‹ Essai historique sur l'abbaye de l'Immaculée-Conception-St.-Michel (primitive observance deChapitre 28 sur 36 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Le 6 juin 1856, une touchante solennité, dont nous n'avons pas parlé dans cette histoire, se célébrait â Tancienne abbaye de Prèmontré. Le T. B. P. Edmond y était venu demander les blanches livrées de son Ordre au successeur de celui qui en revêtit saint Norbert, à Mgr de Garsignies, évêque de Soissons et de Laon.

La cérémonie fut des plus émouvantes. Il y avait plus d'un demi-siècle que cette solitude bénie était veuve de ses religieux. Elle en revoyait

enfin qq que le Ciel lui envoyait, aâa de lui engendrer de nouveaux enfants. Depuis plus de cinquante ans, elle n'avait point entendu les hymnes sacrées, et voilà que des centaines de prêtres la faisaient tressaillir par les plus beaux chants d'espérance.

Mais une parole surtout fut alors entendue qui consola tous les cœurs, et qui tomba sur le désert et sur les ruines de Prémontré comme une parole de vie. Le prédicateur invité pour cette vêture, M. le chanoine Thévenart, archiprêtre de l'ancienne cathédrale de Laon, prit pour texte de son discours ces paroles du Prophète : « Non moriar^ sed vivant» et ndrrabo opéra Domini; Je ne mourrai pas, mais je vivrai encore pour glorifier les grandeurs du Seigneur. »

Nous demandons à ceux qui ont lu notre histoire si ces paroles n'ont pas été une prédiction; — si le T. R. P. Edmond ne les a pas réalisées magnitiquement par l'extension que le bon Dieu a donnée à son œuvre ; — si, grâce à lui, l'œuvre de Norbert fondée, il y a près do mille ans, n'est pas maintenant pleine d'avenir; — si Prémontré enîin, malgré ses ruines, malgré le vandalisme, malgré les menaces de la Révolution, ne peut pas, lui aussi, appuyé sur ces espérances fondées, songer au jour de sa résurrection à la vie ?

Non, saint Norbert n'est pas mort; il vit, et il vivra dans son œuvre, dans son œuvre restaurée par sa foi qui vit elle-même dans ses

nouveaux enfants. L'histoire de l'abbaye de Saint-Michel nous en est un gage certain.

C'est ainsi que Dieu sait, en son temps et à son heure, réparer les pertes de son Église. Il renouvelle, comme celle de l'aigle, la jeunesse des éditices élevés -:i l'honneur de son nom par la foi de nos ancêtres, et il ramène aux beaux jours de leur heureuse enfance les instituts monastiques sur lesquels ont passé les âges et les générations. Il va chercher jusque dans la poussière ce qui n'est plus, alin de lui communiquer une nouvelle existence ; il donne à la femme stérile les joies d'une maternité nombreuse ; il fait fleurir le désert, et il peuple la solitude ; il rend à la terre devenue inféconde son antique fertilité, et le grain de sénevé perdu dans le sillon, il le transforme en un grand arbre sur lequel les oiseaux du ciel viennent se reposer. Le rétablissement de l'Ordre sacré de Prémontré sous les voûtes du monastère de Saint-Michelde-Frigolet est l'abrégé de ces merveilles de la droite du Très- Haut.

Grâces donc soient rendues à la divine Providence qui a daigné opérer ces prodiges, qui a daigné surtout relover parmi nous Tune des plus belles branches de l'arbre planté par l'immortel évêque d'Hippone.

Sous son ombre, les pieux chrétiens, fatigués de la sécheresse et de l'aridité du siècle, viennent étancher leur soif aux eaux jaillissantes du Tabernacle et puiser à longs traits aux sour-

ces vivifiantes du Sauveur. C'est dans le jardin fermé où poussent ses rameaux, où se développent ses rejetons, que Ton comprend toute la grandeur du culte catholique, (jue Ton se pénètre du respect dont nos églises sont dignes, que Ton apprend, en un mot, avec quel saint tremblement Ton doit s'approcher des autels du Dieu vivant.

Béni soit Dieu, qui a rattaché de la sorte le présent du monastère de Frigolet à son passé sans tache et sans reproche, et qui lui fait entrevoir encore de plus magnifiques espérances dans l'avenir !

L'avenir, en effet, appartient au vieux Moûtier : Resurgens jam non moritur. Et c'est la charité chrétienne, cette flamme sacrée que les grandes eaux sont impuissantes à éteindre, c'est la charité chrétienne qui, sous le souffle de la Foi et dans l'espoir des récompenses éternelles, assure cet avenir ; car il est impossible qu'elle ne mène pas à bonne fin ce qu'elle a si heureusement commencé et plus heureusement poursuivi.

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