‹ Essai historique sur l'abbaye de l'Immaculée-Conception-St.-Michel (primitive observance deChapitre 27 sur 36 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La salle capitulaire. — Le dortoir et les cellules. — Le cloître. — La bibliothèque. — Le réfectoire et les diverses hôtelleries du monastère.

Le vestiaire des religieux et la salle capitulaire font suite, l'un et l'autre, à la sacristie.

L'un est une salle lambrissée d'armoires en bois blanc portant chacune le nom d'un père ou d'un frère de la maison et renfermant son habit de chœur. L'autre est une vaste pièce voûtée, qui s'éclaire à la fois et sur le cloître et sur une petite cour intérieure : elle n'a d'autre ornement qu'un triple siège de bois sculpté destiné au T.-R. Abbé, au R. P. Prieur et au R. P.

Sous-Prieur.

Entre le vestiaire et la salle capituLiire, qui font l'un sur l'autre un retour d'angle, une porte donne accès à l'entre-sol sur lequel prend naissance l'escalier qui conduit au dortoir des religieux.

L'entre-sol se compose d'un corridor solidement voûté à plein cintre sur lequel s'ouvrent les appartements destinés an secrétariat, la chambre du T. R. P. Abbé, celle des principaux officiers de la maison, etc.

La même disposition se répète au premier étage, dont le corridor mène aux dortoirs , vastes pièces où des cloisons à demi-hauteur forment de petites alcôves fermées par un rideau : les Pères du chœur y prennent sur une étroite couchette les heures de sommeil que leur accorde la règle.

Là,,comme dans les cellules des principaux dignitaires de la maison, comme dans celle du T. R. P. Abbé lui-même, tout respire un air de pauvreté et d'austérité qui vous saisit et vous pénètre. Rien n'y apparaît de ce qui peut flatter les sens : on voit bien qu'il n'y est accordé à la nature que ce qui ne peut lui être refusé. Mais,, en revanche, la plus grande propreté et le plus grand ordre régnent dans cette salle de repos, etj malgré soi, Ton se sent porté à envier le sort des vertueux cénobites qui viennent sur cette . couche dure faire trêve pendant quelques heures de la nuit aux fatigues de la journée.

Le dortoir des Pères de chœur règne au-dessus de. la salle capitulaire et du réfectoire. Celui des Frères Gonvers est au Midi, au-dessus de la sacristie, et les locaux du noviciat s'adossent au collatéral gauche de l'église.

Au bas de l'escalier, à l'entrée du corridor situé au rez-de-chaussée, une porte s'ouvre sur le cloître.

Le cloître est la partie la plus curieuse du monastère. Ce n'est pas à dire pour cela qu'il étale sur les chapiteaux de ses colonnettes le luxe de

végétalion architecturale qu'on admire à Sénanque, â Montmajouret à Saint-Paul-du-Mausolée ; on ne voit par conséquent pas sculptées sur ses tailloirs ces scènes bibliques devant lesquelles le plus indifférent est forcé de s'extasier à Saiut-Trophime-d'Arles et à Sainte-Eulalied*Elne. Non, ici tout est d'une simplicité extrême, d'une rare sobriété d'ornements ; je ne sais quoi de lourd, de massif, de grossier même règne tout autour de ces quatre galeries. Sans être arcliéologue, l'on s'aperçoit aisément que l'on a devant soi un monument datant presque de l'enfance de l'art roman dans nos contrées.

Façonnée, depuis des siècles, à l'architecture que lui avaient imposée les Romains, accoutumée aux chefs-d'œuvre que leur main avait semés â profusion sur son sol, la Provence resta longtemps en arrière du mouvement architectural imprimé par la religion aux pays catholiques du Nord de l'Europe, et ce fut à ce point que l'ogive s'épanouissait depuis bien des années déjà en Bourgogne, en Bretagne, en Normandie et dans les Flandres, lorsque les architectes provençaux en étaient encore au plein cintre du romano-byzantin de la première époque.

11 ne faut donc pas s'étonner si, dans ce cloître du X« siècle, tout à un aspect primitif et presque primordial. Ses quatre galeries sont voûtées en berceau avec des têtes de monstres, grossièrement taillées, pour support de leurs arcs*

doubleaux inégalement placés ; elles s'éclairent chacune sur le préau par six fenêtres cintrées, disposées deux à deux sous de grands arcs que relient des contreforts.

La galerie orientale se distingue des autres par le banc en pierre qui court à l'intérieur tout le long du préau, et au-dessus duquel on découvre quelques armarioles creusées dans la pierre. Elle donnait, dans le principe, sur des appartements claustraux, tels que la salle capipitulaire et autres, qui devaient occuper l'emplacement du corridor et des cellules de l'entresol, comme on peut s'en convaincre par les traces de grandes arcades qui apparaissent au levant sur les parois même du cloître.

Les RR. PP. Prémontrés ont parfaitement restauré cette portion, la plus ancienne de leur monastère ; ils ont couvert ses murs d'inscriptions religieuses; ils ont établi sous ses voûtes le Chemin de la Croix ; ils ont garni ses fenêtres de vitres blanches sur lesquelles un pinceau exercé s'est amusé à tracer en lignes noires de gracieuses arabesques ; ils ont enchâssé dans la muraille un tableau sur émail de la Mère de Dieu, tableau antique et fort en vénération dans cette demeure bénie.

Mais c'est le préau surtout qui a réclamé leurs soins. Véritable fouillis de ronces et d'épines, cette cour intérieure n'était plus qu'un réceptacle de décombres et d'immondices -, c'est maintenant un fort joli parterre, mu jardin fermé

au centre duquel, sur Torifice masqué d'une ancienne citerne, s'élève la statue du glorieux patriarche saint Joseph. Il était juste, en effet, que le chef de la Sainte Famille fût représenté au milieu du cloître ; en prenant possession de la solitude deFrigolet, le jour de son tout-puissant Patronage, le T. R. P. Edmond ne Ta-t-il pas établi le maître de sa maison et le seigneur de toutes ses dépendances ? Constituit eum Dominum domus SU3S et principem omnis possessionis suœ, (Ps. GIV, 21)

Le côté méridional du cloître se prolonge par un couloir entre les basses offices et le réfectoire.

Gomme la première travée de l'église de Saint- Michel, le réfectoire a été gagné sur le roc par les RR. PP. Prémontrés. G'est une vaste pièce voûtée, qui peut contenir environ deux cents personnes. Des tables en bois blanc de fort modeste apparence sont disposées, dans toute sa longueur, pour les membres de la communauté; deux fois par jour, les religieux viennent s'y asseoir pour prendre une nourriture simple et frugale. Le T. R. P. Abbé est seul à la table qui se trouve au haut de la salle ; les Pères du chœur occupent les tables latérales, et les Frères Gonvers se placent à leur suite. Quelques sujets religieux, les uns peints sur toile, les autres lithographies, complètent l'ameublement avec une chaire en bois de chêne.

De l'autre côté du chemin qui en cet endroit

jjorne le monastère, Ton voit, flanquées d'une tour que surmonte la statue monumentale do saint Norbert, la bibliothèque et la salle d'études, vastes constructions rattachées au reste de l'Abbaye par un arceau. La bibliothèque mérite en particulier de lixer l'attention des visiteurs : elle a 22 mètres de long et occupe deux étages ; on y compte plus de vingt mille volumes, ^ proprement reliés et plus proprement encore aménagés.

Tels sont les Lieux Réguliers du monastère. Les diverses habitations, réservées à ceux qui ne font point partie de la communauté, se groupent tout autour de lui, comme nous l'avons donné à comprendre en décrivant l'ensemble du monument. Ainsi, à la suite de l'église, en tirant vers le Midi, l'on trouve la Maîtrise dont le bâtiment unit une certaine élégance aux conditions essentielles d'une maison d'éducation.

Puis, en face de l'église et de la maîtrise, se développent sur une même ligne, quoique séparées les unes des autres, en se dirigeant vers la statue de la Très-Sainte Vierge qui termine sous un berceau de verdure une fraîche allée d'acacias :

Le réfectoire des ouvriers aflFectant à l'extérieur les formes d'une chapelle romane, — l'hôtellerie des dames desservie par des religieuses du tiers-ordre de St-François, — la grande hôtellerie des étrangers, pouvant recevoir près de 600 personnes, — puis, au sous-sol,

des cuisines spacieuses qu'un tour met en communication avec le monastère, — et en arrièreplan, la boulangerie et ses annexes, — la bassecour et les murs des jardins potagers du couvent.

Toutes ces constructions, en pierres moellons extraites sur les lieux mêmes, sont, comme le monastère et l'église, enduites d'un revêtement en mortier qui leur donne, aux reflets du soleil de Provence, un air de fraîcheur et de jeunesse sur lequel le temps semble avoir perdu son action et son empire.

L'aile septentrionale du monastère se prolonge par l'hôtellerie des retraitants et par celle des Prêtres-pensionnaires, premier corps de logis que l'on découvre en arrivant du côté de Barbentane et du côté de Graveson. Un peu plus loin, toujours dans la direction du Nord, se trouvent, entièrement isolées du reste des constructions, les écuries avec l'hôtellerie des pauvres passants, et derrière elles, le cimetière qu'un petit mur en pierres froides sépare des champs voisins (1).

(l) Toutes les nouvelles constructions du monastère sont dans le style le plus sévère du XIP siècle : elles sont crénelées ainsi que tous les murs de clôture^; ce qui donne à tout cet ensemble de constructions un air de vieux moûtier, un aspect pittoresque qui ne manque pas de grandeur. Plus tard, tous les anciens bâtiments seront remontés dans le même style ; toute ^'^lise ellemême sera crénelée.

Dans ce Carrvpo Santo^ Ton ne voit ni mausolée, ni marbre sépulcral ; point de distinction : chaque tombe est surmontée d*une humble croix de bois portant le nom du défunt, son rang dans le monastère, le chiffre de son âge et la date de son décès. Quelques arbustes funèbres, alternant avec des touffes de fleurs champêtres, sont les seuls ornements qu'on ait laissés â ce lieu de solennel silence, où l'image de la mort se présente, il est vrai, en abondance, plurima mortis imago, selon l'expression du poète, mais où elle apparaît â l'ombre du Calvaire, témoin irrrécusable de sa défaite et gage assuré de la résurrection et de la vie.

Page 1