CHAPITRE IV
Mort à» BnnrakîU
Bri'nehilde vit disparaître peu à peu ceux qui l'avaient aidée ou encouragée dans ses œuvres reli^euses , et se trouva seule aux jours de ses derniers malheurs.
En 600 mourut Syagrius, qui avait fondé avec elle
DE SAINT-MAKTIN. 65
(l'unité et de pouvoir royal dont la reine était la gardienne inflexible. Cherchant à confisquera leur profit les préroimtives de la royauté, ils refusaient de rendre à Tun des quatre fils de Théoderik l'hommage que Brunehilde attendait d'eux. Les évéques, épousant leurs passions et leurs (|uerelles , s'entendaient avec les chefs du parti aristocratique ; elle trouva un traître jusque dans Warnahaire son maire du palais. Ils appelèrent contre elle KIother. roi de Neustrie^ et se mirent eux-mêmes à la tête d'une armée vendue d^avance à son ennemi. A peine les troupes furent-elles en présence de leurs adversaires ^ qu'elles tournèrent le dos et reprirent tranquillement leur chemin n'ayant pas tiré une flèche. KIother s'avança sans résistance sur les bords de la Saône et s'empara de trois des fils de Théoderik ; Brunehilde fut atteinte dans la Bourgogne transjurane, où elle s'était réfugiée. Les conjurés , le connétable Herpon à leur tête ^ Tarrétèrent ii Orbe .. près du lac de Neufchâtel , et la conduisirent à Renéve sur la Vingeanne ^ où KIother avait assis son camp. Xnienée en présence du roi frank entouré de ses leudes K des traîtres qui avaient tramé sa perte , elle eut pour accusateurs et pour juges ceux qui attendaient son héritage. KIother lui reprocha le meurtre de dix rois franks , que lui-même et sa mère avaient presque tous fait périr ; puis il prononça la sentence capitale. Par un raflinement de cruauté inouï, il fit égorger deux de ses petits-fils sous ses yeux ^ pendant trois jours elle fut promenée sur un chameau, exposée aux insultes d'une soldatesque sans frein et sans pitié; attachée enfin par les cheveux*,
I Frédéfjraire.
00 ABItAYK
pur un pied et par un bras k la queue d'un cheval in- (Inmpté , son corps fut mis en pièces. 1^ chronique de saint Bénigne raconte qu'elle fut tirée à quatre chevaux , cl que ses membres séparés furent jetés au feu. Cette dernière circonstance parait assez probable, d'après les restes trouvés dans son tombeau. '
Sous quelque aspect que l'on envisage le caractère de (^tte princesse , il y a quelque chose de profondément triste ft considérer les malheurs qui pesèrent sur elle, Ji la voir seule avec ses enfants, trahie par les leudes, poursuivie par le fils de Frédégonde, hériUer de la haine maternelle, Rnir indignement dans un supplice horrible. Gett« vie et cette mort, en faisant la part dea mœurs «t des temps, ont plus d'un rapport avec celle d'une autre reine cél^re comme elle par sa beauté et ses malheurs. KInther et Elisabeth , en reprochant leurs propres crimes h des victimes qu'attendait le bourreau , manquaient au moins aux premiers devoirs de la justice. Pour toutes deux l'histoire, pendant longtemps, a pris le parti de leurs assassins : Frédégaire écrivait pour les vûnqueurs. *
l/>s restes de Brunehilde furent déposés à Saint-4lartiD, où elle avait voulu être ensevelie-, chaque année un service solennel était célébré en son honneur. Dans la crypl« de Nolre-rtanic . qu'elle «vail fait creuser, on lui éleva
un tombeau. Il était de marbre gris , en forme d'auge comme les sarcophages romains , supporté sur quatre piliers de marbre noir. Le couvercle était de marbre massif noir, veiné de blanc ' -, il était long de 2 mètres , large de 70 centimètres, haut de 41 centimètres. Ce couvercle et quelques débris des piliers existent encore aujourd'hui au musée Jovet.
A la fin du XV* siècle, la crypte de Notre-Dame tombant en ruines , le cardinal Rolin , abbé du monastère , fit transférer ce monument dansTéglise. Il fut placé dans un des bas-côtés*, à main droite^ contre le gros mur près
1 Voyage litlérairede deuiBénédictîDS de la congrégation de Saint- Maar, p. 158.
s On a parlé d'aotres translations de ce tombeau; mais il ne paraît pas qu'il ait subi de noureaux déplacements. CeUe allégation est fondée sur une fausse interprétation d'un passage de Chasseneuz. Le jurisconsulte autunois rapporte, d'après un manuscrit de l'abbaye, que le tombeau fut placé au-dessous du grand autel , à l'entrée de la chapelle de Notre-Dame : Sub magno altari in ingressu capellœ glorioêissimœ Mariœ Virginia. Déposé dans une espèce de niche Toûtée, haute de cinq mètres et terminée par une galerie a claire- Toie, le monument était du côté de l'épttre, à l'extrémité de l'ancien temple, où commençaient les constructions de la fondatrice. Le grand autel était Tis-à-ris de ce tombeau, un peu , néanmoins, plus arancé rers l'orient, ce qui fait dire à Chasseneuz, êub magno altari. Dans le même collatéral, au-derant même du mausolée, était l'ou- ▼erlure par laquelle on descendait à la chapelle souterraine, in ingrtêsu, etc. Rn 1667, le grand autel fut reporté de plus de six mètres ▼ers le haut de l'église; la chapelle Notre-Dame fut comblée, ainsi que son ouverture : le passage de Chasseneuz derenait inintelligible ou tout au moins inexact. — Les débris de ce tombeau ont échappé deux fois à la destruction. De nos jours, un architecte, dans un projet de réparation du chœur de la cathédrale , demandait à M. Joret la cession de ces restes pour les utiliser.
Ug ABBAYK
df! la port« clt; lu saciistie, sous une niche {gothique, avec l'inscription suivante : .
C; f iii la reine Brunebaul ,
A qui le Mlni pape Grégoire
Doona des éloge* de gloire,
(jni meUttit u rertu bien hmt.
Sa piélA pour no» mj'slère»
Lui flt fonder Iroii monutères
Sous la règle de Silnl-BenoisI ;
Sainl-Manin , Silnt-Jeui.Salnl-Andocbe
Sont IroiiMlnl» lieux oit l'on coonoitt
Qu'elle eil exempte de reprocbe.
On y ajouta relle-ci , avec une anagramme comptisée sur ces mots : Bri7(EH!LDF. . HEINE de FRARCE.
Brunebil fdijadii reine de France, Fondalerene du lainl lieu de céans, Cy inhumée en *ixeenti qualone am.
En iltendant de Dien réniunérance.
atHim FLEira D'nmocHtcn bau , N'écoatei donc pas ces esprits , Qui trallenl celte bonne reine U'ambitieuse , d'Inhumaine , Et d'autre* terme* de mépTi!<.
On ne doit condamner u Tie.
Njr sur un très lu^bre sort , Croyw qu'elle est en u
DK S\I>T-MARTIN. 60
historique pour laisser des douU^ , mais sa mort éUmt racoiitét^ avec des particularités qui variaient selon les historiens, on résolut d'ouvrir son tombeau, (.ette ouverture eut lieu le 25 août 1632, à 4 heures du soir, au milieu d*un grand cx)ncours. Des religieux de différents jMtys s'y trouvèrent, entr'autres deux Minimes de la place Royale de Paris, et Jacx]ues Duval, de Saint-Bénigne de Dijon. Les trois monastères de Brunehilde y furent représentés par les deux abbesses de Saint-Aiidoche et de Saint-Jean , et par Nicolas de Castille , commendataire de Saint-Martin, actMdmpagné de sa mère Charlotte Jeannin et de Jacques Anthouard , grand prieur de Tabbaye. Tout le clergé et les habitants de la ville assistaient à c^tte cérémonie, présidée par Tévéque Claude de Ragny. La pierre de marbre levée , on trouva dans un cercueil de plomb quelques ossements, un peu de cendre et de charbon; c'était tout ce qui restait de cette illustre reine. \ji. présence de c^ charbon confirmait la chronique de Saint-Bénigne, qui assurait que son corps avait été brûlé, et une molette d'éperon attestait Taffreux supplice.
Plus tard, en 1767. Cortois de Quincy, évêque de Belley, commendataire de Tabbaye , fit replacer ce tombeau dans réglise nouvellement reconstruite , près de la chapelle dédiée à Saint-Martin , à côté du chœur, et substitua aux inscriptions du moyen âge Tépilaphe suivante :
HIC REPOSITI JACE\T CINERRS
RRVNEGHILDIS
POTE?ITISSUlOR\ M REtiVM
riLi*, soRonis, r/>iwvus, v\rr.is, avia.
CKLEBEHRIU.C.
QVOKVH SE SVOSQVE HI