‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît; (volume 2)Chapitre 35 sur 62 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

SaÎBt Grégoire le Grand. — Privâlégei de Seiot-Merlio. Pffemîen moinei. — Régie de rebbaye.

Ce fut en 600 que Brunehilde acheva son abbaye. Après ravoir fait consacrer par Sya^rius, elle la dota de terres considérables , à Girolles , Avallon *. Commagny, à

< Un des prieurés les pins importants de Saint-Martin d'Autan était le prieuré de Saint-Martin d'ÀTallon. Sa fondation, sur laquelle on ne possède aucun titre, parait contemporaine de Bninebilde.

Gomme l'église de l'abbaye-mère , celle de Saint-Martin d'Arallon reposait sur des substnictions romaines où la tradition place un temple païen.

Comme elle encore , elle était ornée de marbres antiques proTe-

30 ABBAYK

Saint-Pieire-le-Moùtier, uù elle s'était construit «ne riche villa et hahilait souvent ' . Sa sagesse prévoyante s'occupa d'en assurer l'avenir. Elle avait à redouter pour elle plus d'un danger. Elle avait àcraindre la simonie qui exposait alors les dignités ecclésiastiques à l'intrusion de prêtres indignes ou à l'usurpation de leudes ambitieux. Cette plaie, ravivée sans cesse par les divisions des partis^

□•ni de même origine. Deux coloDoe* de cipoUn eiiMent (i^iHird'hni dans l'apside de I* curieuse el ancienoe basilique qui dot mceéder à celle de Brunehilde. On ignore égalemenl la date préciw de U toodalioade* prieurés de Commagny el de Saint^ierre-l»-llodtlar. On raltlonleroia reniouler ce dernier au VIII* siècle. La méwe incerli- Inde plane da rcete sur l'origine des autres prieoTés de Saint-HarUn , k l'eicepUoD de celui d'Amy.

* L'auteur de la Via de ulnt Hugoo dil que cet donationt s'tieraienl à 100,000 nuuua ! • Ferlur enim primllflt ipdus c<suobii luiniiia fuiiM lolim posscMionis luque ad centum inlliia mansoi. •

DiDS la cbarle de Jonu , les religiemes de Salni-Andoclie soiit dllet aroir SOO huhimi, sufOstnle reisource pour 60 penannei da monislëre el une ninlUlade de bonnes œurres.

La mesure de terrain reprAsentée par le mime mol ii'eal point éridemment la même dans chacun de ces cas. Elle doit Mre plus considérable dans la charte de lonas , el moins oonsidérabte dam la Vie du B. Hugon.

Aussi Mabilloa rail-îl remarquer que te mnt moniiu, pris wavent pour colonia, ne peut signifier, dans la Vie prècilée, nne étendue

lui avait été signalée avec trop d'énergie par le pape, pour qu'elle ne se tint pas en garde contre elle. Elle avait à craindre paiement la juridiction épiscopale, dont les exigences auraient pu amoindrir le lustre de labbaye en lui enlevant ses hommes les plus distingués , et en poi^ tant ainsi atteinte aux travaux et à la discipline. Elle ne crut pouvoir mieux Ten préserver qu'en la plaçant sous

de cofonia relalif emenl à Saint- Andoche, parce qu'on troare dans la charte de Jonas plcuieurs expressions qui supposent que le mot M«iif«f indique une mesure bien déterminée et qui a ses sousdhriaioos : 77 mansi dimidium et iertiarium. — Ces fractioiit sont eMore ases importantes : Tertiarium tinum in qvo poêêuni banam pariem fcmi coUigtre , aique ad monasterium devectum hyemiê {empote anmaUum êuorum inapiam quam frequentiiu paiiebantur tem"

Ce mamMUB dont il est ici question doit être le numsue integer, mentioDiié dans le 83* cap. du Utto I des Gapitnlaires de Charlemagne, c'est-à-dire le mansum i^jugerum dont parle Du Gange au moi mamuê.

On ToH, par le long et sarant article du Glossaire, que ces dans explications du mot mantu» sont appuyées sur des faits certains.

Alors le monastère de Saint- Andoche aurait possédé 2,400 journaux de terre, et celui de Saint-Martin 100,000.

D'alUeurs l'auteur de la Vie de saint Hugon écrivait dans le \1* siècle. La Bourgogne pouvait avoir alors des usages qu'elle n'avait point au temps de Charles le Chauve, époque à laquelle Jonas donna la charte précitée pour Saint^Andoche.

Le canon iSS du concile d'Aix-la-Chapelle indique les églises poasédant 8,000 manses comme les plus riches. Il n'y a pas d'apparence qae le monastère de Saint-Martin ait été beaucoup plus riche que les plus riches églises. Pour établir l'égalité , il suffit de multiplier 8«000 par 13, on a 06,000 journaux. Et alors le mansut ôes GapUoUires , comme celui de la charte de Jonas , qui est du même temps, se compose de 13 jugeribus.

In protection imiii^lmt*- el saus la juridiction exelbsivc (lu 8aiitt^i<^e; celait raffranchir à la fois de l'aulorilé des év^ues et du pouvoir temporel.

Ce fut pour Grégoire le Grand l'occasion de renouveler h la reine les marques particulières de son estime. Gardien vigilant des intérêts de l'Eglise, ce pape, célèbre' par son géme et ses vertus , n'ignorait tien de ce qui se pas-

Oa ■nT*U, pour 1,400 joaratux, aa oaplul de 1,>00,000 fr., oa une r«nle de fiO.OOO fr. Or, telle éltll le rereou de Pablnje Sainl- Andocfae iTtDt 1* râTolntion. Cw mémei bieni aurdeiit «^vd'boi nne nieur p)iu furie; mail lei dODaliona et le* ■cqnblliOM qM'cIlM ■raient fiilei depuli la charle de Jonat onl pu lunre poor MtUIr cette diffAreoce.

En prcDinl le mol mminu dani m nlinime acc«pliou, o'eit-i-dire pour un «impie journal de terre, lei tOO.oOOmanieadeSBJal-lfariJn, eMiméi 500 tt. chacun, reprteeDteralent on capital d« 50,000,000 de friM». Celte lomme terait exorbitante ; maii la plopirl dea terre* n'étaient dI «Hei cultirée* ni d'auei bonne q jaliU poor atteindre ce cfailTre; de plu<, toute la portion de ce* terres qui était d'origine réoitate, derail Tonmir de* homniei d'arme* et de* lolMide*. EaAo . nne partie notable dei rerenui de Saint-Harlin, à l'^oqiw mAro- Tingicnne, dut MTTir i l'entretien de la bullique monétaire étabbe par la reine Bronehilde à Autun , où lurent IVappé* lei Uer* de tob d'or pDbUéi par H. de Honaid dans les Mémoirei de la BoolAld Eduenne. AoHi le* comtes d'Anton po*iédèrent-ll> le* bleu de l'alK bajre de Salnt-UartiD, depuis Charles Martel Jn*qu'i CbariM le ChanTe. Aprit la restauration du monastère, la plu* grande partie

siiit dans le royaume des Franks. Par ses envoyés , ses vicaires apostoliques, ses relations fréquentes avec les évéques des Gaules , il avait toujours Tœil ouvert et la main posée sur ce pays , dont il sembla prophétiser la gloire future et rattachement au catholicisme'. Son langage envers Brunehilde, en cette circonstance, n'est pas un des éloges les moins précieux pour la mémoire de cette reine aussi grande par ses qualités que par ses malheurs. Il voyait en elle ce que ses passions , irritées par des inimitiés et des vengeances terribles, n'avaient pu entièrement effacer. Elle était toujours pour lui une reine éclairée et ferme , un soutien courageux de TEtat et de TEglise.

11 loue ses excellentes intentions , son active sollicitude dans l'administration du royaume et dans l'éducation de ses enfants -, il signale son habileté prudente à gouverner le caractère farouche des Franks^ il estime ceux-ci heureux, par-dessus toutes les nations, d'avoir une reine <louée de toutes les qualités. « Vos sentiments religieux , » dit-il, se peignent dans vos lettres-, la piété respire » dans celles que vous nous avez écrites. » Ix)in de lui imputer les maux de l'Eglise , il se plaint à elle des vici^ de quelques évéques; l'exhorte a réprimer le mal, en attendant qu'il lui envoie un légat pour la seconder; (^père , de celle qu'il appelle son excelUnte fille , la tenue d'un synode et une constitution pour réprimer la simonie ; lui envoie des reliques de saint Pierre et saint Paul avec de précieux manuscrits ; adresse , à sa sollicitation , le pallium à saint Syagre, et lui recommande Augustin et

« ElOst. s. Greg.;leUr4!Vl.

:t'f AnKAYK

les inissionnuins dt-sliiips ii la ciiiivt>rsKm «les Anfilo- Saxons.

(^ fut en 602 qu'il reçut à Itome les ambassadears dp 1» reine. Burgoald et Vannaricaire , chaînés de diverses missians religieuses, dt^mandèrent en son nom des privilc(;es pour les établissements monastiques dont elle venait de doter Autun. Le pontife en témoigna sa joie, et, accordant qu'ils relevassent immédiatement du Saint- Si(^, remit aux envoyés la lettre suivante :

Grégoire à itrvnehilde , reine dei Fran/u. '

a Parmi les qualités qui vous distinguent, celle-là occupe la première place , qui , au milieu des agitations de ce monde , source de trouble et d'irrilation pour l'esprit de celui qui gouverne , ramène votre cœur vers l'amour du culte divin et vous fait travailler à la prospérité des lieux saints , comme si vous n'aviez d'autre souci. De telles dispositions chez les princes sont la meilleure garantie pour leurs sujets , et nous félicitons la Fronce , entre toutes les nations, d'avoir ainsi mérité une tàne ornée do toutes les vertus,

n En apprenant par votre lettre que vous avez construit une église à Saint-Martin dans le voisinage d'Autun ,

llK SAINT-MARTIN. 35

vUégf^ aux lieux <lésif;n4's. pour le ivpos H la clétVns«^ de ceux qui les habitent, et nous n'avons pas voulu différer un instant de sous<;rire à votre désir

i> Nous avons donc mis tous nos soins à sanctionner. comme elle l'a voulu , les garanties des lieux au sujet desquels votre excellence nous a écrit. Mais de peur qu'il n'arrive plus tard qu'ils ne soient supprimés par les sup(frieurs de ces établissements , dont on sait qu'ils limitent le pouvoir en certaines matières, il faut faire transcrirez c€tte constitution dans les actes publics, et la conserver aux archives royales comme nous le ferons aux nôtres.

» Que le Dieu tout-puissant garde toujours votre excellence dans sa sainte crainte, et qu'il exauce vos vœux et ceux de vos petits-fils, par l'intercession de l'apôtre saint Pierre h qui vous les recommandez, et qu'en leur accordant la santé, comme vous le désirez, il vous procure une joie dumble. Donné au mois de novembre. Indiction VI. »

Grégoire le Grand adressa directement le privilège de Saintp-Martin à Lupon ou Loup , premier ablM^ du monastère, dont le nom rappelle celui d'une illustre famille, et entre autres d'un duc Lupus mentionné en 587 dans l'entrevue d'Andelot, entre Gontramn, Brunehilde et son fils Hildebert, et qui fut rétabli auprès de ce dernier*. Voici le contenu de cette pièce :

Grégoire à Lupon, prêtre et abbé, * (( Lorsque le cœur des rois catholiques , prévenu par

' Un éTèque de Chtlon, len ce temps, s'tppeltit aussi Lupus. Ce nom se retroure dans plusieurs listes d'éf éques de ce siècle, s Epist. X.

36 ABRAÏl':

la grftce divine , s'enflamme d'un zèle ardent pour des actions auxquelles la voix des pontifes devrait les encourager, et qu'ils réclament eux-mêmes de les exécuter, on doit écouter leurs vœux avec d'autant plus d'allégresse, que c'eût été un devoir de demander ce qu'ils désirent, s'ils n'eussent pas voulu le faire.

» D'après la lettre de nos enfants et illustres souverains la reine Brunehilde et son petit-fils Théoderik , noua accordons à l'abbaye de Saint-Martin près Autun les privilèges suivants :

» Nous statuons qu'aucun roi, évëque ou dignitaire, ne pourra rien s'approprier de ce que Brunehilde et Théoderik ont donné au monastère , pas plus que des donations futures , et que, sous aucun prétexte, nul ne pourra leur porter atteinte pour son usage, en se cachant sous des motifs pieux , ni les céder k d^autres pour dissimuler son avarice.

» Nous ordonnons qu'A la mort de l'abbé, nul, par des moyens d'intrigue , ne sera nommé que celui qui sera choisi dans la crainte de Dieu , par le roi , avec le consentement de l'abbaye. Pour enlever tout prétexte à l'avarice , nous ajoutons qu'aucun roi , prêtre , ou tout autre ne pourra, par soi ou par un tiers supposé, recevoir, & l'occasion de l'ordination de l'abbé, ni or ni concession d'aucun genre , et que l'abbé ne pourra prendre sur lui

De là décoult^ la nécessité , s'il s'élève des plaintes contre lui, que la cause ne soit point seulement soumise à révéque d^Autun ; mais pour l'examiner, il s'adjoindra six autres évéques , et lorsqu'ils seront unanimes dans leur jugement , ils pourront lui appliquer canoniquement la censure, le punir s'il est coupable, ou l'absoudre s'il est innocent.

» D'après le désir des fondateurs , aucun abbé du monastère ne sera élevé à Tépiscopat , quelles que soient les manœuvres qu'il oserait employer pour y arriver, dans la crainte que par une distribution coupable des biens de l'abbaye, il ne mette dans la nécessité ceux qui rhabitent.

» L'évéque ne pourra , sans le consentement de Tabbé , sortir aucun moine pour l'élever à l'état ecclésiastique, ou pour toute autre cause , de peur que cette usurpation ne détruise, en enlevant les moines, ces lieux fondés par leur réunion. »

A la suite de ces règlements , saint Grégoire en recommande l'observance à l'abbé actuel ainsi qu'à ses successeurs futurs. Il les consacre par les malédictions qui étaient en usage en France dans ces sortes de chartes , en menaçant ceux qui y contreviendraient de la privation de leur dignité , et en les appelant au tribunal de Dieu.

« Nous voulons que tous les préceptes et décrets contetenus dans notre écrit soient à jamais observés par toi ou ceux qui succéderont à ta charge ^ et par tous ceux qu'ils pourront concerner. Si quelques rois . prêtres , juges ou personnes séculières ayant connaissance de cette (constitution essaient de Tenfreindre , qu'ils perdent leur

.3R ABHAYK

pouvoir Pt leurs himiieurs, <!l sacheni qu'il» répoiidronl de leur crime au jugement de Dieu.

• S'ils persistent b retenir ce qu'ils ont injustement détourné , ou si par un repentir suffisant ils n'expient leurs coupables actions , qu'on leur refuse le corps et le itang sacrés de Jésus-Christ , et qu'ils restent sous le coup de la vengeance éternelle, Mais que la pais de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec ceux qui maintiendront les droits de l'abbaye-, qu'ils recueillent dès icir-biis le fruil de leur sage observance , et trouvent devant le juge sévère les récompenses de la paix étemelle. »

Invoqué plus tard par Grégoire Vil', l'hommage de Brunehilde, qui était une reconnaissance solennelle de la suprématie romaine , a été contesté. Les formules de malédiction qui le terminent ont fait suspecter son authenticité, ou du moins celle des deux derniers articles. Ces formules ne se retrouvaient point , disait-on , dans d'autres privilèges accordés par saint Grë^ire, et n'étaient pas dans le style de la chancellerie romaine'. Ces objections s'évanouissent de%-ant un examen attentif. Cent cinquante ans après leur promulgation , Pardule , évéque de I^on , voulant dresser, par ordre de Charles le Chauve , un privil^e en faveur du monastère d'Origni , prit pour modèle celui que saintCrégoire avait accordé kuneabbat/e

de Saint-Martin , et qui tous deux avaient dû être déposés, à la recommandation du pape, dans le Cartulaire de Brunehilde. L'emploi de cette formule inusitée s'explique par la demande expresse de cette reine (sicut vokHt). Elle se retrouve à chaque pas dans les chartes contemporaines , et , pour ne pas sortir de la Bourgogne , dans un privilège accordé à Saint-Marcel de Chalon et Saint-Symphorien d'Autun , par le roi burgonde Gontramn, et ratifiée par le deuxième concile de Valence en 584. En 885 ' , Charles le Gros rappelle le privilège de saint Grégoire dans la charte de restauration de Tabbaye de Saint-Martin. Au XI^ siècle, Nicolas II le ratifie dans les mêmes termes , d'après le texte original. Toutes les copies de cette pièce sont conformes entre elles dans les manuscrits français et romains. Enfin, sa teneur elle-même indique qu'elle fut entièrement rédigée en vue de l'Eglise de France, et contre les abus qui la désolaient à cette époque. A l'insistance avec laquelle le pape recommande à l'abbé de fuir l'épiscopat , et lui interdit de s'y frayer un chemin par des libéralités du bien du monastère , on reconnaît la même main qui quatre ans auparavant écrivait sur la simonie , l'intrusion , le relâchement du clergé , à Brunehilde, à saint Syagrius, à Didier, évéque.de Vienne*.

Le patronage exclusif du Saint-Siège sur l'abbaye lui mérita, à différentes époques, l'intérêt des papes. Jean Vill, Nicolas 11, Innocent II, Alexandre V, Clément ÏV. renouvelèrent Tacte qui lui assurait Tindé-

* Charle n. 7.

2 Lettrei» do Mini Grégoire.

40 4BBAVK

pttndance ; l'abbc prit rang d'évéque ; il en revêtit les insignes, exerçant sur tout le territoire du monastère le même pouvoir et la même juridiction ' .

D'où furent tires les premiers moines qui peuplèrent Saint-Martin ? Etaient-ils sortis de Saint-Symphorien , florissant depuis plus d'un siècle ; de Saint-Harcel de Chalon , de Saint-Bénigne de Dijon , associés à Saint- Maurice d'Agftune ■ ? Vinrent-ils de Luxeuil , dont Tabbé saint Colomban n'était pas encore en mésintelligence avec Brunehilde ? La reine les prit-elle dans le monastère de Saint-Médard de Snissons , bâti par Sighebert son premier mari , et qui était en plein développement P Aucun document ne nous autorise à faire à l'une ou l'tutre de ces questions une réponse affirmative : ces sources et plusieurs autres durent contribuer à la formation de la nouvelle colonie.

1^ même incertitude plane sur la règle primitÎTe de l'abbaye. Celle de saint Benoit parait y avoir été en usage dès l'origine. Toutefois, elle n'y fut pas suivie exclusivement , lu coutume générale de presque tous les monastères étant de se donner une réfle mélangée de plusieurs autres. Le nom d'OrrfrK de h reine BrvM/uait*, qui a survécu , semble indiquer, à Saint-Martin , l'existence d'une fusion semblable. L'exemple en avait été donné à

DE SAINT-MARTIN. 4l

rapprochant dans une organisation commune ' les clercs réguliers de Saint-Jean-de-Latran des Bénédictins de Tabbaye de Saint-Pancrace , élevée par lui dans le voisisinagede cette basilique. Chaque groupe , tout en conservant sa règle spéciale , participait à celle de Tautre dans une mesure que Ton ne peut aujourd'hui déterminer rigoureusement.

Le même mélange existait dans Téglise de Lyon . Lorsque Brunehilde releva l'abbaye de Saint-Martin d'Ainay , quel" que temps avant Saint-Martin d- Autun , elle n'y établit point la règle de saint Benoît dans toute son intégrité. Les moines d'Ainay étaient unis aux chanoines réguliers de Saint-Paul , avec lesquels ils coopéraient au service de TEglise.

Dans un ancien missel d'Ainay, saint Martin, saint Benott et saint Maur, étaient représentés tous trois en costumes d'abbés. Saint Martin , placé au milieu , tenant ouvert le livre de la règle et le présentant au prieur agenouillé devant lui , indiquait la part qu' il avait prise dans la constitution de Tabbaye; saint Benoît, saisissant le prieur par le capuchon , semblait revendiquer la sienne ; saint Maur, placé à la gauche , figurait comme propagateur de la règle de son maître dans la Gaule. Si saint Martin n'eût figuré que comme patron d'Ainay, il n'eût

saint Walaric , n*hé0ile point à donner à ces clercs le nom d* Ordre de ioint Grégoire. Il dit, en racontant Texpolsion des religieux de Saint- Walaric par Hugues Capet :

Oréinê duz Hugo Tacuans mox GregoiHano , etc. * Videbantur passim cum eruditistimiê clericiê adherere pontiHci religiosÎMimi roonachi, et in diverti» profcêêivnibus habcbatur vita romniKfiû.

4i ABBAVK

pus tenu It; livit! du la i-è);le : il «tût iltt^ \èm en évéqur et non en abbc. l/iniportance de son r61e élail en- <»re désignée par cette inscription placée sur les cdiés :

Hlo Hartinn qri dtIU nocTil Uio HartiDT» qri CTnctii profTiL <

Le même sujet se retrouvait , comme nous l'avons vu , ilans la peinture dédicatoire de Saint-Martin d'Aulun. I^ reine y présentait son monastère à saint Martin et à saint Benoît.

Tous deux furent les principaux instituteurs de la vie monastique en Occident, et la répandirent par des voies diverses. Saint Benoît, dans un esprit d'ascétisme plus prononcé, lendit à isoler les moines de tout contact extérieur, et les entraîna loin du séjour des hommes*. Le perfectionnement individuel était le but exclusif de sa règle , et les services rendus à la science par l'ordre Bénédictin, montrèrent plus tard que la retnùte n'Ate riei> aux puissances de l'homme. Saint Martin, an contraire , comme tous les grands évéqucs gallo-romains du V* et du VI* siècle, rapprocha ses monastères des villes', avec

> Hlitoire lillénire de Ljan, pir le P. Coloni*, t. Il, p. 15 et luiv.

> En parlant de Mint Benoît, Mint Odon diMU: iNaii) qnàm ma|tnlHcuin lllad eal qnbd pateraa» nt Tertur, locnptaUMlmM admoditai , spM relut obKBnum ilercui eihorruil , el Tana eue stadia philoMi-

le dessein de faire de ses religieux des auxiliaires pour le clergé séculier dans la desserte des églises et dans Texer-* rioe du ministère sacré.

L'union introduite à SaintrJean-de-Latran par Grégoire le Grand servit de modèle à Syagrius et à Brunehilde dans Torganisation de l'église d'Autun*. Les Bénédictins de Saint-Martin étaient unis aux clercs réguliers de Saint-' Symphorien , chargés du service de la Cathédrale ; la liturgie des deux abbayes était commune. Un missel servant à toutes deux au VII® siècle, dit que saint Martin était le père des moines de Saint-Sympharien.

Cet état de choses ne dura pas longtemps. Saint Léger avait une prédilection marquée pour la règle de saint Benoit. Abbé de Saint- Maixent, il Tavait introduite dans ce monastère; il opéra la même réforme à Autun, fit dominer exclusivement cette règle , et éloigna du service de son église les religieux de Saint-Symphorien. Ces changements ne s'établirent pas sans résistance : cette abbaye devint un foyer d'opposition et le point de réunion des ennemis du grand évéque. Sous son successeur Ansbert ^ elle participait encore aux revenus de l'église épiscopale , et cette circonstance témoigne que les anciens liens n'étaient point entièrement rompus. La règle de saint Benoit, en cherchant à devenir exclusive, essuya de nombreuses répulsions dans un grand nombre de monas-

* Cet usage le remarquait en Angleterre , où le moine saint Augus- Un avait implanté les idées de saint Grégoire :

In insulâ Landisfarnensi , ait Beda , S. Cuthbertus B. patris Benedicii et B. Antonii, et sanctissimi palris Aurelii Auguslini episcopi imitatorem se praestitit.

^^ AttBAVR

tëres régis par les coutumes mérovingiennes. En présence de ces débats , soulevés fréquemment devant la cour de Rome, Grégoire VII répondit que les anciens usages pouvaient être maintenus, s'ils ne renfermaient pas d'abas manifestes.

Aux portes de la cité aboutissaient ainsi les voies diverses tracées par la sainteté ou par le génie k la pratique plus complète de l'Evanfple. Elles représentaient, dans leur ensemble , l'etTort des siècles antérieurs vem la perfection des ftmes et la glorifîcalioD de l'Eglise. La règle de saint Antoine, qui dès le berceau de la vie monastique avait arraché les solitaires à la propriété qui attache le cœur, à l'étude qui enoi^ueillit l'esprit , au contact des vices qui énervent la volonté , possédait des disciples k Saint-Symphorien. A cAté de ces enfants de la solitude , la même abbaye ouvrait son sein au ministère acUf et à la vie fraternelle de l'ordre de saint Basile , qui, frappé à son tour des avantages de la vie sociale, avait placé ses cénobites près des villes et des bourgs, dans la même communauté de biens et d'études , dans le service des hApitaux et l'exercice des bonnes œuvres.

L'abbaye de Saint-Hartin , dans la règle de saint Benoit, présentait donc le dernier effort de l'esprit monastique ,

La doctrine barbare de la régénération sociale par le glaive allait être promulguée au midi par le Coran , au nord par le cri de vengeance des Saxons. I^es Arabes du Midi et les hommes du Nord devaient trouver dans les divisions intestines des Franks et dans Tambition des leudes un puissant auxiliaire. Il fallait que cette nation des Franks, destinée, selon la parole prophétique d'un pape% à défendre TEglise contre ses adversaires, élevât les plus énergiques de ses enfants à ce degré de contemplation religieuse , où les hommes , assimilés aux esprits célestes, peuvent lutter avec plus d avantage contre les assauts de Tesprit du mal.

* Lettre du pape Antstase à Cloris. — Histoire de l'Eglise gallicane, t. II, li?. V. — Lettres de saint Grégoire.

OHAPITBE III

Liturgie de l'abbaye de Saint-Martis. '

I.A lilurgip est l'ensemble des prières el des cérémonies destinées ji reproduire symLioliquenient les principaux actt^ de la vie du Christ el à guider, par l'expression de la foi , de l'amour et de respérane«, la volonté du chrétien vers l'imitation de e« divin modèle. Le Fils de Dieu ne s'est pas en effet borné h ré\'éler aux hommes leurs espérances et leurs devoirs, il s'est manifesté sous la

hommes aposUiliques qui ont raconté les principales circonstances de sa vie , ses plus persuasives actions, ses plus fécondes paroles ; il a voulu qu'un ensemble de rites et de cérémonies , transmis d'âge en âge avec fidélité , rappelât d'une manière frappante les faits essentiels de son existence terrestre. La liturgie est donc comme la traduction extérieure des vérités de la foi. C'est elle qui, en les rendant palpables, les fait pénétrer jusqu'au cœur par la voie des réalités sensibles. Les principes de la liturgie sont dans TEvangile ; n y voit-on pas en effet Timportance de la prière publique , Tobligation de rapporter par Toflrande du pain çt du vin le souvenir de la passion de Jésus-Christ , et enfin la communication des pouvoirs hiérarchiques et des grâces surnaturelles par la vertu des sacrements.

Parmi les grandes Eglises de TOccident, il en est une dont les fondateurs, disciples de saint Jean , apportèrent à Autun les usages et les rites , développés sous les inspirations mêmes de cet apôtre. Un ancien manuscrit consente dans la bibliothèque du British-museum affirme que le grand évéque de Lyon , saint Irénée, introduisit dans les Gaules une liturgie spéciale puisée dans les traditions de l'Eglise de Smyrne. Un autre manuscrit d'une date bien plus reculée , envoyé de Lyon à l'université de Cambridge, par Théodore de Bèze, au moment des guerres de religion, prouve qu'au IV« et V* siècle l'office se célébrait encore, partie en grec, partie en latin, dans l'antique primatiale de la Gaule celtique. Ce manuscrit , l'un des plus anciens textes connus de l'Evangile, est évidemment liturgique , oiv on voit à la marge l'indication des points où doit e/)mmencer la lecture faite par

àO ABBAVR

<lruit ecclésiastique, des questions historiques, puis un exposé de la liturgie et des sacrements. Olle Somme manuelle appartenait précisément aux moines de Saint- Martin d'Autun , si intimement liés aux clercs de Saînl- Symphorien leurs plus proches voisins '. Plusieurs rites du cérémonial primitif de l'abbaye de Saint-Hartin , ilécrits dans ce commentaire, accusent une origine tout orientale. On y trouve le transport solennel de l'Eucharistie du sacrarium ' k l'autel , au moment de l'offrande ; la fréquente répétition du trisagion ou tanelus, et Tomission de l'hymne angélique k la messe; l'usage symbolique des sept chandeliers portés devant le prêtre célébrant ou le diacre chantant, usage mentionné encore au XII' siècle, par Honorius d'Autun, et que l'Eglise de Lyon , fille de saint Irénée , a fidèlement conservé.

Cette préoccupation d'origine grecque est d'ailleurs formellement exprimée dans ce commentaire par les paroles suivantes : " Le trisagim se chante en grec , Il parce que la prédication du Nouveau Testament s'est >i faite dans le monde par la langue grecque , si l'on en I) excepte cependant l'évangile de saint Mathieu écrit en Il hébreu : conservez donc l'honneur dû à la langue qui, 0 la première , a seni à l'a propagation de l'Evangile*. >i

DK SAINT-MAHTIN. 51

Oite liturgie se rapprochait également du rit mozarabe^ à la ressemblance duquel aucune liturgie gallicane n'a complètement échappé, et qui avait été de même apporté de l'Orient en Espagne par les Yisigoths déjà convertis au christianisme au moment de la conquête. Elle se distinguait, comme lui, par une grande variété de prières et de rites appropriés à la convenance de chaque mystère. *

Le commentaire liturgique de Tancien abbé de Saint- Symphorien , conservé à Saint-Martin , n'est pas un fait isolé ; indépendamment de ses rapports avec le Mismle gotkieth-gallicanumf il se lie encore à un Processionnal du XII* siècle de Tabbaye de Saint-Martin d'Autun, qui

Europe par des caloyers. Richard Simon [ Histoire criUque du Nouveau Testament, édit de 1689 , in-4"f p. 250 ] réfute cette opinion.

* La dernière des questions historiques et bibliques exposées dans la Somme de Saint-Martin est résolue ainsi : « Septem signacula Ubvi hnjus hac »unt : I eorporatio , II nativitaê , III pamo , IV mors , Vreswrreeiio, VI§ioria, Vllre^nmm.* Pois fient immédiatement le titre suirant : « Capitula paternarum tradiUonum suscipimus quomode solemnis ordo Ecclesi» ag^etur, qnibus yel instructionibus kanon ecclesiasticus decoratur. Germanus episcopus Parisiusscripsit de Misse. »

II y a là une allusion manifeste au rit moiarabe par lequel Thoslie est divisée en neuf portions , dont sept sont placées en croix arec les titres suivants : Corporatio , nativitas , circumcitio, apparitio , passio, mors, reêurrecHo; les deux autres particules sont placées à c6té et sont appelées, VuxÈégloria, Tautre rêffnum.

La Utnrgie est en effet la représentation de la vie et de la mort du Christ, qoi explique les mystères de la Bible , et qui est devenue la TÎe do monde, comme le dit saint Germain , Mois Christi farta est vita mundi ; c*est là le Nouveau Testament qui explique les fi^^ures de TAHeien.

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ultpste la perspvériincf' do noUbles panier de l'oftici* gallican dans le monastère de BrunebUde. Il peut nous aider k décrire l'ordre entier d'une solennité principale célébrée par les moines de Saint-Martin^ et nous permettre d'apprécier les idées symboliques qu'attachaient aux moindres usages ces pieux cénobites voués r une vie de prière et de contemplation.

L'office divin se partage en neuf parties, dont deux appartiennent Il la nuit, et sept au jour, selon cette parole du psalmiste : Septies in die laudem dixi tibt.

a L'office de la nuit, dît la Somme manuelle des moines <> de Saint-Martin , se compose du nocturne et des mai> Unes. Le nocturne a pour but de célébrer la délivrance » de la captivité d'Rgypte , la délivrance de saint Pierre , » et d'avertir les Ames fidèles du cri par lequel l'Epoux 11 manirestera sa présence au milieu de la nuit. C'est à H ce moment que saint Pierre eut le malheur de renier >i son maître.

Il En célébrant matines ( que l'on appelle aujourd'hui H laudes ), il faut se souvenir de la joie des saintes femmes Il et des anges , lorsque le Christ sortit glorieux du tom- 11 beau au moment où apparaissait l'aurore.

H L'heure de prime rappelle le conseil tenu par les

» sur la croix , et les ténèbres durèrent jusqu'à Theure » suivante. On rapporte au même instant du jour la » vocation de saint Paul et celle du centurion Corneille

w A none, le Christ rendit l'esprit^ saint Pierre aperçut »> à la même heure le vase plein de ^reptiles qui lui fut » présenté par un ange , avec Tordre de manger les choses » immondes aussi bien que les choses pures.

n La onzième heure ( que nous appelons vêpres ) est » celle à laquelle se fit la dernière cène ; à laquelle Tan- » cienne loi cessa pour faire place à la nouvelle.

» A /la douzièfne heure (appelée aujourd'hui compiles) » le Christ gravit le mont des Oliviers afin d'y prier. Son » oraison fut si profondément douloureuse, qu'il couvrit » la terre par une sueur de sang. »

Cette division symbolique des prières de la nuit et du jour est empruntée, dit le manuscrit, à saint Jérôme. Saint Germain va décrire maintenant le principal et comme le résumé de tous les oflices , celui de la messe.

Selon cet ancien abbé de Saint-Symphorien , u les » pièces de chant de l'office divin se composent d'an- » tiennes et de répons. L'antienne précède et suit le chant » d'un psaume. Son origine remonte aux usages établis » par Salomon dans le temple de Jérusalem. Le soin avec » lequel on applique une suave modulation aux paroles w de Vantienne, a pour but de faciliter l'amour des » choses spirituelles, en saisissant, par le charme d'agréa- » blés accents , ceux que la vérité toute seule ne pourrait » porter à la contemplation.

n Le répwis consiste dans le chant d'un passage tiré de » la sainte Ecriture , auquel on oppose un passage qui y » correspond. C'est une imitation des chants de Marie la

Il Prophéte&se , auxquels tout 1« peuple d'Israël répon- >r dait par acclamatioBS , lorsque cette sœur de Hoise >i célébrait la défaite de Pharaon et le passage de la mev n Rouge.

u Vmd>e dont le prêtre ee sert pour admÏDislrer les Il sacrements, et en particulier le baptême, représente » la vertu de saint Jean-Baptiste , dont il doit être l'imi-

I tateur.

» La ckambU est le signe du pouvoir législatif, dont il » est investi comme un autre Moise. Ce vêtement, fermr » par le haut, environne le corps d'une seule pièce. M parce que le prêtre doit conserver dans l'unité de la >i foi une multitude de mystères cachés dans U sainte n Ecriture.

» Le pallium qui environne le cou et descend jusqu'à i> la poitrine, représente le rational de l'aodenne loi. » C'est un signe qui avertit le prêtre qu'étant l'image de '• Jésus-Christ , il est dépositaire des grftces de l'Esprit- » Saint.

H Quand le prêtre va commencer l'offioe solennel, on

II chante Tantienoe dite Ad prœlegmdvm, parce qu'elle Il précède les leçons. Elle est comme la voix des pa- >i Iriarches, annonçant avant le déluge la venue du Christ Il par leurs mystérieux accents. Aussi , pendant que les

DK SAINT-MARTIIS. 55

sont tellemeut conformes à Tesprit des premières oraisons de chaque messe du MissaU gothico-galUcanum de Saint-Symphorien , qu^on ne peut s^empécher d'y voir un précieux débris des antiques usages de cette abbaye.

« Le diacre, dit saint Germain, invite les clercs à faire » silence. Alors le prêtre bénit le peuple en disant : Que » le Seigneur soit toujours avec vous; et le peuple répond : » Avec votre esprit. Le prêtre a besoin en effet d'être H rempli de la grâce d'en haut pour la répandre sur le » peuple.

» Le chœur chante VAïus ( ^^ ou autrement rpt^raytov, » en grec ) , afin de rendre hommage à la langue dans » laquelle le code évangélique a été primitivement prêché » et écrit.

» Trois enfants modulent ensuite d'une voix harmo- » nieuse le Kyrie, pour marquer Tunion des trois » langues, hébraïque, grecque et latine, et aussi les trois » grandes époques dites le temps avant la loi , le temps y> de la loi et le temps de la grâce.

)) Puis vient le cantique Benedictus, appelé la pro- » phétie. On le chante en l'honneur de saint Jean-Baptiste^ » dont le ministère fut d'annoncer que les ombres de la » loi allaient disparaître pour faire place à la lumière de » TEvangile. Saint Jean , placé entre les prophètes et les »» évangélistes , est comme une lampe d'où partent les M rayons de la plus pure lumière. C'est pour cela que M l'Eglise répète par un chant alternatif la prophétie ins- » pirée le jour même de son entrée dans la vie. » Le prêtre récite une collecte, indiquée dans les livres de Saint- Symphorien sous le nom de Collectio posi prophetiam.

Un clerc lisait un passage de r.\ncien Testament,

tiré oi-dinairemeiU des Prophètes, u L'ordre établi dans » les leçons de la sainte Ecriture a pour but de montrer a que le même Dieu a tonné pur les prophètes , enseigné H par les apAtres, et jeté un resplendissant éclat par les » évangélistes.

» La lecture d'un passage des Actes des apAtres et de a leurs écrits , suit la lecture de l'Ancien Testament. Il a est en effet convenable que l'apdtre vienne témoigner Il de la réalisation des paroles des prophètes. La leçon » varie suivant l'esprit des différentes solennités. Quel- » quefois, au lieu d'un passage des apAtres, on lit un H passage de la vie du martyr ou du «onfesseur dont on i> célèbre la fête. C'est , dit saint Germain , un moyen de » faire comprendre aux fidèles avec quel amour Jésus- >> Christ aime ceux qui le servent généreusement . et » comment il en fait les protecteurs de son peuple.

M On entonne alors l'hymne chantée autrefois à Babyu lone par les trois enfants que Habuchodonosor fît jeter i> dans la fournaise ardente. Ils figurent les vœux que » formèrent les saints de l'Ancien Testament. Assis dans Il les ténèbres , ils étaient soutenus par l'espoir de l'arriu vée du Christ. L'ange qui vient soulager leurs souf- » frances est une image de l'ange du grand conseil , qui 11 brisa les liens de l'enfer, et donna à ses frères cette

DE SAIHT-MARTIN. 57

Diaprés saint Germain, le chant du répons était confié à des enfants de chœur.

« Le chœur, ajoute-t-il , reprend le chant du trisagiori » un moment avant Tévangile , afin d^miter les anges qui )> allaient devant la face du Christ, commandant aux » portes éternelles de s'ouvrir pour faire un passage à ce » roi de gloire.

n Pendant cette harmonie angéiique, le diacre s'avance » à Tambon portant le saint Evangile. liC texte sacré w est orné d'une garde recouverte de quelque riche étoffe » de couleur rouge indiquant le sang du Christ. Sept aco- » lytes, munis chacun d'un chandelier, marchent devant » le diacre pour symboliser les sept dons du Saint-Esprit. >i Le clergé, en répondant Gloria Wn^ Domine y proclame » la puissance du Christ venant siéger sur le trône de » son père.

» Quand le diacre retourne à l'autel , le chœur entonne » le SanctuSy à IMnstar des saints qui chantèrent un can- » tique de louanges lorsque le Christ sortit des limbes ; » à l'instar aussi des vingt-<]uatre vieillards qui déposent » leurs couronnes devant l'agneau en faisant retentir les » cieux de leurs accents pleins de douceur.

» On lit quelque homélie des saints Pères , afin que » le prêtre , qui est docteur et pasteur, puisse expliquer » au peuple les vérités contenues dans les leçons soit du » prophète, soit de l'apôtre, soit de 1 Evangile. Il faut M qu'usant des ressources de l'art de bien dire , il évite » de choquer les savants par la rusticité de son langage , )> et d'être obscur aux hommes ignorants en affectant une M inconvenante recherche.

» Saint Germain , dont nous cit4)ns pres({ue textuelle-

58 ABBAVE

a ment les pai'oles, ajoule que l'huinélie est suivie de la » prière. » On donne spécialement ce nom à cette suite de supplications que nous nommons aujourd'hui lepr&tie.

» Ces priàres étaient récitées par le diacre , suivant une » tradition dont l'origine remonte à Hoise, car les lévites, u dont les diacres sont le^ successeurs , priaient pendant » que les préires prosternés sur le pavé du temple inter- » cédaient pour le peuple.

» Vers ce moment, le diacre ordonne aux cUéchumènes 11 de se retirer, par respect pour l'antique usage. Admis Il seulement aui instructions préparatoires, les catéchu- H mènes n'étaient pas dignes encore de prendre part aux » saints mystères. »

Le Miaaie goikico-ffallicamnH de Saint-Symphorien place une collecte après la prière. Dans les grandes solennités , cette prière est suivie d'une espèce de fonnule de confession prononcée par le prêtre , et qui a pour titre : Apoloffiasacerdotis. Cette confession ou apologie est suivie d'une préface dont le but était de préparer les fidèles à entrer dans l'esprit de la fêle du jour.

u C'est alors qu'on va processionnellemeot chercher au » sacrarium la sainte Eucharistie que l'on apporte avant M l'offertoire, afin que le Christ soit visiblement sar l'autel » dès les premiers instants du sacrifice. On l'apporte dans

0 roffrande , et que tous , prosternés devant le taber- » nacle, adorassent le Seigneur jusqu'au moment où ap- » paraissait la colonne de nuée , indice de la bénédiction » répandue sur le sacrifice. »

Nous sommes assez heureux pour citer ici textuellement cet antique chant des Gaules. On lit dans le Processionnal de Saint-Martin pour la messe de Pâques : Adesi sacrijieandijàm sacra hora, Mundate corda j quifertis vam Domini, atque munera sacrosoncta offerte sacerdoti,

« Le chant du sonus, reprend saint Germain , est suivi » du chant des louanges, c'est-à-dire de Valleluia, que » saint Jean entendit pendant sa révélation. L'Ëglise rén pète trois fois Valleluia en mémoire des trois temps qui » mesurent la vie du monde, et qui sont dits avant la loi, » sous la loi, sous la grâce. Après que le corps du Ghrist a » été couvert de la palle, sorte de voile, on récite les noms » des défunts, parce qu'il est écrit qu'à la venue du Ghrist » pour la résurrection, le ciel sera plié comme un livre. »

» On se donne ensuite mutuellement le baiser de paix. n ]je Ghrisi , en montant aux cieux , a dit en effet à son » disciple : Je vous laisse ma paix, et je reconnaîtrai ceux » qui m'appartiennent, à la charité qui les unira. »

Le Missel de Samt-Symphorien et tous les autres missels gallicans contiennent deux collectes , l'une pour les défunts, l'autre pour la paix. Get usage de la lecture des diptyques persévéra longtemps dans la province de Lyon. ' La bibliothèque de la Cathédrale d'Âutun , aujourd'hui au séminaire, possède un évangéliaire liturgique du IX* siècle , destiné aux leçons du diacre , en tête duquel on voit toute la série des évéques de Lyon depuis saint Pothin jusqu'à Amolon , qui vivait en B4l .

fii) ABBAVK

" Api-ès le baiser de paix, le prêtre iiivile le peuple à H élever son cœur veis les choses supérieures , afin que » nulle pensée étrangère ne se présente dans un esprit 'I occupé à contempler la présence du Christ pendant » Toblation. »

Le Missel de Saint-Symphorien donne le nom de eontetlatio aux paroles que récite le prêtre pour développer le mystère du jour d'une manière affective. Nous appelons ce genre de composition la préface, quelquefois il s'appelle immolât io.

Après la contestation vient le sanctuâ, puis une prière variée suivant la solennité, qui se termine par les paroles . Quiprediè quant pateretur, indiquant évidemment la formule essentielle de la consécration. On trouve, dans le manuscrit de Saint-Martin et dans celui de Saint-Symphorien , des expressions tellement précises sur la présence réelle, qu'on n'est point surpris de voirl'évôque d'Autun, Etienne , au XII* siècle , fournir un des témoignages les plus remarquables de la tradition catholique sur ce dogme important. ■

« I^ confractitm et la cmamunion du corps du Seigneur, >) dit saint (îennain , continuant à décrire le divin office , » recèle tant de mystères ', suivant la voix commune des

DE SAINT-MARTIIV. 61

» Pères les plus anciens, qu'au moment où le prêtre n exécute la redoutable action , ils croyaient voir un an^e » diviser le corps d*un enfant resplendissant de lumière, » et verser dans le calice le sang qui sortait de la blés- » sure. Ils le disaient afin de mieux prouver que la chair » et le sang du Christ sont notre nourriture et notre » breuvage.

» Pendant cette confraction, le chœur chante une an- » tienne conçue dans un sentiment de supplication et de » douleur.

Qoe éfidente analogie arec Texplication que le manuscrit de Saiat- MarUn donne des sept sceau^c apocalyptiques , explication qu*il fait ivàvre de l'exposé liturgique.

L'Eglise grecque diTîse le corps du Christ en quatre parties. L'Eglise romaine en trois parties seulement. La réunion des deux rites donne sept ; aussi la communion , dans laquelle ces parties sont consommées par une même bouche, annonce-t-elle Vunité des fidèles dans le Christ, par la foi dans la trinité et par l'amour dont elle est le type parfait

L'intention qu'a le rit mozarabe d'appliquer les noms donnés au\ parties de l'hostie, aux sept sceaux, est éridente, par les mots que le prêtre prononce en plaçant dans le calice la particule regnum, Vicit leo de tribu Juda radix David, AlUluia, Ces paroles sont prises du liyre de l'Apocalypse, V. 5. Ecce vicit leo de tribu Juda radix David, aperire librum et solvere signacuta ejus. Le prêtre chante le trecanum, symbole d'nnité, ayant de prendre la particule gloria ; puis II consomme les sept parties qui restent en forme de croix. II est dilQcile de n'y pas Toir une tradition renfermant une pensée d'union entre les Grecs et les Latins par les souvenirs de l'origine unique et juive de leur croyance. Cette pensée convenait à ces Gaulois de la Celtique, de llfalle el de l'Espagne , liés si anciennement aux Grecs aussi bien qu'aux Latins. Saint Irénée, rédacteur de la liturgie graeco-romaine des Gaules, fut, arec les martyrs de Lyon, comme un conciliateur entre les discussions des Grecs et des ÏAttins , au sujet de la célébralion de la Pàque.

63 ABIIAtE

H Le pi'étrc récite alors l'oraison «loiiiinicale , cur toute i> prière doit se résumer dans celle qu'a dictée le Sauveur 11 lui-même. «

A l'oraison dominicale succède la prière Libéra mu; puis vient la bénédiction solennelle du peuple. Le Missel de Saint-Symphorien contient de longues formules. D'après le manuscrit de Saint-Martin , les longues formules distinguent la bénédiction ëpiscopale de la bénédiction sacerdotale qui consiste dans les seules paroles : Pnx, Jides et carifas, et communicatio corporii et taaffuinis Domini sU semper vobiscum.

L'église cathédrale d'Autun a conservé l'usage des antiques formules épiscopaies ; elle possède un manuscrit du IX* siècle dans lequel on les retrouve. Ce manuscrit ayant appartenu à une église dédiée à saint Martin , et présentant une peinture où l'on voit un abbé bénir des moines, nous sommes autorisé à penser que l'abbé de Saint-Martin d'Autun se servait lui-même de ces longues formules , jouissant déjà de quelques-uns des privilèges de la dignité épiscopale.

« Après la bénédiction ^ient la communion du corps » et du sang de Jésus-Christ, pendant laquelle on chanta » une pièce spéciale , nommée rreronum^sortede répons » combiné de manière à montrer dans la communion

du trecanwn. Voici le chant de la liturgie dite des apôtres * : « Unus Pater sanctus, unus Filitis sancttis , unus Spiritus sanctuSy gloria Patri et Filio, et Spiritui sancto in secula seculorum. Amen, )>

En lisant ces paroles, on croit reconnaître le chant décrit par saint Germain : « Trecanum verà quodpsalletur^ signum est catholicœ Jidei de Trinitatis credulitate procedens. Sicut enim illic prima in secundâ, secunda in tertiâ, rursiim tertia in secundàj secunda rotatur in prima, ita Pater in Filio mysterium Trinitatis complectet, Pater in Filio, Filius in Spiritu sancto y Spiritus sanctus in Filio, Filius rursiim in Pâtre. >»

Le Missel de Saint-Symphorien renferme des collectes dîtes postcommunion ; là se termine la célébration de Tauguste sacrifice et le drame liturgique. Il est facile de voir que ce drame est combiné de manière à conduire le fidèle depuis les éléments de la foi et de Tespérance , jusqu'à la perfection de sa croyance et de la charité qui doit en être le précieux et éternel résultat.

^ Litargiamm orientalium coUectio. Opéra Easebii Renaudotii. Paris, 1716, t. Il, p. 595.

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