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' Mibilloo. — llinerariuni Burgundicuiii.
I 22 ABBAVË
On peut y retrouver avec certitude ies mots suivants i
OVI OBIIT, elc.
Le double tombeau d'Anzy, rapproché de cplle inscription, semble devoir faire pencher la balance en faveur de cette églii^e et lui faire céder la sépulture de Lethbald et d'Altasie. '
Quant k Tinscription de Saint-Martin, était-elle une de ces inscriptions tumulaires qui rappelaient la mémoire d'un personnage loin du lieu où reposaient ses cendres ? On peut le penser en retrouvant plus tard une même sc-
' Le» osseiuenls de ce luiubeau oui été enfouis ik>ui une dalle de l'égliw. Les réparslions Tailea aui marches dn iRocluaire, wm la direction de M. l'abbé Berland , alon curé d'Ani;, ont fait décourrir une ioicription en caractères du XII* siècle. Elle e«t d'un grand inlirét, parce qu'elle proure que l'église fui consacrée sous le Tocable de la Trinité, de la Sainte-Croix el de la Sainte-Vierge :
t H'KC AHA EST
CONSBCRATA I\
HONORE SVftG ET
INDIVIDVE TRINITATIS
ET CBVCIS VERERAND-Efiif)
ATQVE SAWCT-f: DEl
pullure indiquée en différents lieux à la fois *. Peut-être aussi cette inscription se rapporte-t-elle à l'un des desœndants du fondateur d'Anzy, dont le nom se mêle plus d'uoe fois dans la suite à l'histoire des églises et des monastères? Serait-ce celui dont parle Raoul Glaber au commencement du XI* siècle , et qui mourut en Terre sainte? S'il en eût été ainsi, son épitaphe eût rappelé sans aucun doute les circonstances frappantes de sa mort et confirmé le récit du chroniqueur de Cluny.
Raoul Glaber nous montre , bien avant les croisades ^ les âmes éprises du tombeau du Christ. Les pèlerinages qui, depuis le IV* siècle, avaient été continuels, se multiplièrent, à partir du X', avec une nouvelle ardeur. Elle passa du peuple aux classes aristocratiques ; les rois et les chevaliers, en levant bannièi*e et prenant la croix, ne faisaient que suivre les pauvres qui couvraient depuis longtemps par troupes la route de Jérusalem.
* CeU ainsi que le cardinal qui était ensereli près de Tautcl du Petit-Crucifix, adossé au pilier oriental de la coupole de la Cathédrale d^Autun, arait encore deux épitaphes fictiTes, Tune dans l'église collégiale de Beaune, l'autre dans Téglise de Saint-Martin d*Autun. Celle de Beanne était ainsi conçue :
Cl-GIST MOiNS JEHAN HOLLIN
JADIS CARDINAL EVESQVE D'OSTVN
QVI TRÉPASSA LE DERNIRR JOVR DE JVIN
M CCCC LXXX IIL
Voici celle de Saint-Martin ; « Cy-gist inons Jehan Rolin, qri Tft cardinal eresqre d*OstYn, et abbé de ceste église de Saint-Martin- Lei-OstTn, qui trépassa Tan M CCCC LXXX III. Priez Dier poTr Iry. Amen.
Deux causes particulières st^nblenl avuîi- iiillué sur (tes migrations. D'une (>art, l'occupalion des lieux saints par les Arabes excitait les élans de la fui et rendait les ômes avides d'aller expier leurs profanations ; de l'autre, la croyance qui fixait vers l'an mille la destrurtioi) du monde , frappait de terreur les esprits et les disposait à finir par la pénitence une vie destmét; à s'éteindre bientôt dans le cataclysme universel. Beaucoup désiraient y mourir et périssaient effectivement martyrs des dangers et des fatigues du voyage , en s' écriant : » Seigneur, vous avei donné votreviepourmoi,jedonne la mienne pour vous'.» Le spectacle de ces départs , qui n'étaient pas toujours suivis de retour, causaient à ceux qui restaient une tristesse profonde ; ils ne voyaient pas sans alarmes ce mouvement enthousiaste qui entraînait des populations loin de leurs parents , de leurs amis , de leur patrie. Quand on les interrt^eail surcetempressementinoui, Us répondaient sagement « que c'était le signe avant-coureur de l'infâme Ante-Christ que les hommes attendent vers la fin des siècles sur la foi des divines Ecritures, et que toutes les nations s'ouvraient un passée vers l'Orient sa patrie, pour marcher bientôt it sa rencontre. » '
« Dans le même temps, une foule innombrable venait des extrémités du monde visiter le saint sépulcre du
plus puissants., les comtes, les marquis, les prélats; enfin ce qui ne s'était jamais vu , beaucoup de femmes nobles ou pauvres entreprirent ce pèlerinage ; il y en eut même plusieurs qui témoignèrent le plus ardent désir d'y mourir plutôt que de rentrer dans leur pays.
» Un Bourguignon nommé Lethbald , du territoire d'Autun , fit ce voyage avec plusieurs autres. Quand il \it les saints lieux et qu'il fut au haut du mont des Oliviers . d'où le Seigneur s'éleva aux cieux à la vue d'un f^rand nombre de témoins irrécusables, en promettant <|uil viendrait de là juger les vivants et les morts, il se pn>stema la face contre terre , les bras étendus en forme de croix , versa un torrent de larmes , et sentit son âme pleine d'une extase ineffable qui relevait à IHeu. Il se releva quelques temps après, étendit les mains vers le ciel , faisant des efforts pour se soulever et se soutenir dans les airs , et exprima en ces mots les désirs de son cœur : « Seigneur Jésus, disait- '> il , vous qui avez daigné descendre du trône de votre ') majesté sur la terre , pour sauver les hommes ; vous •» qui , de ces lieux présents à mes regards , avez quitté » le monde sous une forme humaine pour retourner » dans les cieux d'où vous étiez venu, je vous en supplie, » au nom de votre bonté toute puissante , si mon âme » doit se séparer cette année de mon corps , faites-moi « la grâce de ne pas m'éloigner d'ici, pour que je puisse »» mourir à la vue des lieux témoins de votre ascension , ^ car , de même que mon corps a voulu vous suivre en » venant visiter votre tombeau, mon âme serait peut- M être assez heureuse à son tour pour vous suivre sans » obstacle dans le paradis. )>
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H Après cette prière, il revint avec ses compagnons chez leur hdte. On allait dtner. Les autres se mirent k table ; poiir lui il alla gaiement se mettre au lit afin de prendre quelque repos , car il paraissait accablé par le sommeil. Il ne tarda pas à dormir en effet. On ignore ce qui lui apparut alors, mais il s'écria aussitôt : «- Gloire à vous, Seigneur; gloire à vous! » Ses compagnons l'entendirent et voulurent le faire lever pour mangeravec f ux ; mais il s'y refusa , se tourna de l'autre côté , et commença k se plaindre de quelque indisposition. Il resta ainsi couché jusquW soir. Il fit appeler alors ses compagnons de voyage , reçut en leur présence le saint viatique de l'eucharistie vivifiante , salua doucement les assistants, et rendit l'àme. Certes, celui-là n'avait pas fait le voyage de iérusalem par vanité, comme tani d'autres qui ne l'entreprirent que pour s'en faire honneur il leur retour ; aussi Dieu le père ne lui refnsa-t-il pas la grAce quHI lui demandait au nom de Jésus son lils. Nous avons recueilli ces détails de la bouche même des compagnons de Lethbald , qui nous les ont racontés (|uand nous étions au monastère de Béze. »
Ce touchant épisode, propagé comme tant d'autres par les récits des pi-lerins dans les chftteaux, dans les monastères, dans les églises, étail populaire au moyen-ftge.
toutes les souffrances et les extases de laniour divin. Il revêtit, sous sa plume, ce charme plein de grâce que stvent seuls communiquer ceux qui le portent en euxmêmes.
« Un fort illustre et vertueux chevalier alla un jour outre mer en Palestine , pour visiter les saincts lieux esquels Nostre-Seigneur avoit fait les œuvres de nostre rédemption ; et , pour commencer dignement ce sainct exercice , avant toutes choses il se confessa et communia de\'otement *, puis alla en premier lieu en la ville de Nazareth , où Fange annonça à la Vierge très saincte la très sacrée incarnation , et où se fit la très adorable oonception du Verbe éternel ; et là ce digne pèlerin se mit à contempler Tabysme de la bonté céleste qui avoit daigné prendre chair humaine pour retirer Thomme de perdition. De là il passa à Bethléem, au lieu de la nativité, où on ne sçauroit dire combien de larmes il respandit , rontemplant celles desquelles le Fils de Dieu, petit enfant de la Vierge, avoit arrousé ce sainct estable, baisant et rebaisant cent fois cette terre sacrée , et leschant la poussière sur laquelle la première enfance du divin poupon avoit esté receue.
» De Bethléem il alla en Bethabara , et passa jusqu'au petit lieu de Bethanie, où , se ressouvenant que Nostre- Seigneur s'estoit devestu pour estre baptisé, il se despouilla aussi luy-mesme ; et entrant dans le Jourdain . se lavant et bernant des eaux d'iceluy, il luy estoit advis d'y voir son Sauveur recevant le baptesme par la main de son précurseur, et le Sainct-Ksprit descendant visiblement sur iceluv sous la forme de colombe, avec les cieux tMirore ouverts, d'où, ce lu\ semblent, descendait la
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voix <lu Vèrf elcnicl, ilisaiit i " flesluy-cy est mon Fils bien-aimé , uuquci jt; me complais. ' »
« De Bethanie il va dans le dcserl, et y voit, des yeux de son esprit, le Sauveur jeusnant, romtwllant et vainquant l'ennemy ; puis les anges qui le servent do viandes admirables. De là il va sur lu montagne de Thabor, où il voit le Sauveur transfiguré; puis en la montagne de Sion, où il voit, ce luy semble encore , Nostre-Seigneur agenouillé dans le cénacle, lavant les pieds aux disciples, et leur distribuant par après son divin corps en la sacrée eucharistie. Il passe le torrent de Cedron, et va au jardin de Gethsemani, où son cœur se fond es larmes d'une 1res aimable douleur lors<iu'il s'y représente son cher Sauveur suer le sang en cette exlresme agonie qu'il y soufîruit; puis tost après lié , garollé et mené en Hierusalem , où il s'achemine aussi , suivant partout les traces de son bien-aimé; et te voil en imagination Iraisné çà cl lit chez Anne, chez Caïphe, chez Pilate, chez Ilerodes, fouetté, baffoué, craché, couronne d'espines, présenté au peuple, condamné it mort, chargé de sa croix, laquelle ■1 porte, et la portant fait la pitoyable rencontre de sa Mère toute détrempée de douleur, et des dames de Hierusalem, pleurantes sur luy. Si monte enfin ce devost pèlerin sur le mont Calvaire, où il voit en esprit la croix
Vierge U)ute transpercée du glaive * de douleur -, puis il tourne les yeux sur le Sauveur crucifié, duquel il escoute les sept paroles avec un amour nompareil -, et enfin le voit mourant, puis mort, puis recevant le coup de lance, pt monstrant par l'ouverture de la playeson cœur divin ; puis osté de la croix et porté au sepulchre où il va le suivant, jettant une mer de larmes sur les lieux détrempez du sang de son Rédempteur *, si qu'il entre dans le sepulchre et ensevelit son cœur auprès du corps de son maistre; puis, ressuscitant avec luy, il va en Emmaùs, et voit tout ce qui se passe entre le Seigneur et les deux disciples^ et enfin revenant sur le mont Olîvet où se fit le mystère de l'Ascension, et là, voyant les dernières marques et vestiges des pieds du divin Sauveur, prosterné sur icelles, et les baisant mille et mille fois avec des souspirs d'un amour infiny, il commença à retirer à soy toutes les forces de ses affections , comme un archer retire la corde de son arc quand il veut descocher sa flesohe ; puis se relevant , les yeux et les mains tendus au ciel : O Jésus ! dit-il, mon doux Jésus, je ne sçay plus où vous chercher et suivre en terre : hé ! Jésus, Jésus, mon amour, accordez donc à ce cœur qu'il vous suive et s'en aille après vous là-haut ; et avec ces ardentes paroles il lança quant et quant son ame au ciel , comme une sacrée sagette , que comme divin archer il tira au blanc de son tres-heureux objet.
n Mais ses compagnons et serviteurs qui virent ainsi subitement tombé comme mort ce pauvre amant, eston-
«Loc. 11,35.
nez de cet accident, coururent de force au médecin, qui venant, trouva qu'en effect il eatott trespassé, et pour faite jugement SBseuré des causes d'une mort tant inopinée , s'enquiert de quelle complexion , de quelles mœurs et de quelle humeur estoit le deffunct ; et il apprit qu'il estoit d'un naturel tout doux , aimable , devost à merveilles , et grandement ardent en l'amour de Dieu. Sur quoy, sans doute, dit le médecin, son cœur s'est donc esclaté d'excès et de ferveur d'amour. Et afin de mieux affermir son jugement, il le voulut ouvrir, et trouva ce brave cœur ouvert, avec ce sacré mot gravé audedans d'iceluy : Jésus, mon amour / L'amour doocques fit en ce cœur l'office de la mort, séparant l'ame du corps sans concurrence d'aucune autre cause. Et c'est S. Bernardin de Sienne, autiieur fort docleetfort sainct, qui fait ce récit, au premier de ses sermons de l'Ascen'
' Stint FriDCobde Sile*. cbap. XII.
irdeDieu.llireVU,