‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît; (volume 2)Chapitre 40 sur 62 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

d'Aniy par LathbaU. — On d en Pal^na

Le récit de ces men'eilleuK événements, recueilli av avidité, devait naturellement attirer h l'abbaye les f

ciences inquiètes à restituer des biens dontrorigine était violente ou incertaine. D'autres fois la crainte d'être recherchés dans ces possessions ou d'attirer sur eux la réprobation publique, décidait à cette mesure des détenteurs inaccessibles à des scrupules plus respectables. On en peut citer plus d'un exemple.

Le comte Heccard * se trouvait dans une position semblable. Il descendait de cette famille des Childebrand et des Nibelung qui avait donné des comtes à Autun , à Nevers, à Auxerre, à Orléans. 11 était fils de Childebrand,

* Heccard semble avoir été un des représeulanls de ceUe fraction leUrée des leades karlo? Ingiens qui araienl puisé au palais impérial Tamour des sciences, la préoccupation des arls et des habitudes de luxe contrastant arec les scènes de barbarie et de violence qui précèdent et suivent le règne de (iharlemagne. Le palais d*fleccard était un musée où étaient réunis, dans un riche pèle-mèle, des manoscrits précieux, de riches armes, des objets d*art. C'étaient les Chroniques de Grégoire de Tours, les Gestes des Lombards, desévangéliaires, des missels, des écrits des Pères, toute sorte de livres d'église, des vies de saints, à côté d'un traité d'astrologie, d'art militaire, de médecine ; des boucliers , des lances , des épées indiennes et autres ; de l'or en lingots, des hanaps de corne, de verre, de marbre, d'argent; des camées, des cachets sculptés, des pierres anUques, des saphirs, des améthystes, des reliques enchâssées dans l'or et l'argent, des tables sarrasines ; une chapelle complète où brillaient les ornementa les plus Taries , des vases sacrés des plus précieux métaui , enrichis de ciselures et de pierres précieuses, des calices, des encensoirs, des croix d'or, etc.; des chevaux avec des selles et des tapis, une meute de chiens segiuii, des faucons. C'est par erreur que Pérard, p. 23 et suiv. , a daté ce testament de 840. Il a confondu la première année du règne de Charles le Chauve, comme roi, aveir la première de son règne comme empereur, ce qui reporte la date de ce monument à 876.

lis ABBAfE

comte de cette ville, arrière petit-tiU du premier comte d'Autun du même nom , et frère de Théodorik , à qui l^uis le Bègue donna Autun , en S79 , après la révolt*> de Bernard de Gothie. Quoiqu'il ne paraisse pas que Heccard ait possédé de comté en titre comme les membres de sa famille, il n'en possédait pas moins des terres considérables dans cens d'Autun , de Màcon et de Chalon , à Sens et ailleurs. Dans ce dernier pays , l'abbaye de Sainte-Colombe lui avait été donnée par Charles le Chauve ; dans celui d'Autun, il avait hérité, de son aïeul Childebrand, delà terre de Perrecy, arrachée par Charles Martel , frère de ce dernier, à l'église de Bourges.

Lorsque le retour de la paix permit au clergé de rechercher les usurpations, Wulfald, archevêque de Bourses , se présenta, pour contester cette propriété , à HonI . près Bourbon, où les missi dominici, Liudo , évéqut' d'Autun, et le comte Adhalard, tenaient un mantim, assistés des plus nobles personnages du pagus. H présenta (les chartes des rois Hildebert et Hilpérik, constatant que c«s terres étaient biens d'église , et un titre de Pépin le Bref, prouvant que le comte Nibelung, aïeul d'Heccard. ne les avait reçues qu'à titre de bénéfice. Heccard, de son cûté , produisit ses diplâmes , et , suivant l'usage des Franks, fil prêter serment à dix témoins, la main éten-

de la terre de Baugy qui en dépendait, et dont il atiecta le revenu à l'entretien du luminaire de Tabbaye de Saint-Andoche d'Âutun.

Cette terre de Baugy était justement occupée par Tun des dix témoins qui avaient figuré dans ce procès. Ce témoin était un chevalier nommé Lethbald, un des fidèles du comte , un de ses vassaux les plus riches et les plus puissants. Sa famille , alliée à celle des Tonantii Ferreoli, à laquelle appartenait Tabbé Amulf, était tixée depuis longtemps dans les environs de Perrecy, possédait des propriétés patrimoniales entre la Grône et r^Vrconce , dans la baronnie de Brancion , à côté de celles qu^elle tenait en fief des comtt^s d' Autun et de leurs descendants. Lui-même occupait sous ces derniers un poste important qui paraît être celui de vicarrus de Semureo-Brionnais *. Peut-être par remords d'avoir prêté un serment douteux et d'avoir pris sa part dans les dépouilles adjugées à son suzerain , peut-êtn^ afin d'imiUn* son exemple par un acte de piété purement volontaire , liethbald , d'accord «vec son épouse Altasie * , voyant dans Tabbaye de Saint-Martin une pépinière florissante

> Voir dans Pérard les charlei» extraites du cartul. de Perrecy.

2 On troore meotionoé dans les Charles du comte Heccard , sur Perrecy [Pérard, p. 23, 25 et 27] un fils d' Altasie : « Qurdquid Rafembaldns, flllus Altasian», babet de nostro beneflcio.... Item quidqaid Godbertos babet et Ragembaldus atque Leotbaldus. n En 896, an moine Ragembaldus fut témoin, au diocèse d* Autun, d'un acte entre Winitaire et Théodoric, frère d'Heccard. En 994* Letbbald de Brancion , fut éréque de Mécon , et plus tard un autre do même nom, éT^que de la même rille. En 639, un Léodbod arait fondé Fleury.

(ligne de porter ailleurs ses rejetons , voulul l'uider & foQder sa première colonie. Les deux époux se rendirent un jour à l'abbaye , et lui firent don d'une terre patrimoniale située à Anzy ' (Anzy-le-Duc), attenante à celle de Baugy. Ils y avaient construit à grands frais une de ces villas où que)que»-uns des successeurs des nobles galtoromains avaient conservé , avec le culte des arts , tout le luxe de la civilisation antique. Ils cédèrent à raustérité des habitudes monastiques et aux sévères observances de la règle de saint Benoit cette résidence privilégiée, élevée aux aisances de la vie et aux exigences de la richesse *.

L'établissement du nouveau {prieuré fat conlié à saint Hugon. L'habitation de Lcthbald, transformée en demeure monastique , fut augmentée des constructions nécessaires à la vie religieuse. Comme dans l'abbayemère, un hospice s'ouvrit aux voyageurs, aux pauvres . et ces derniers eurent leur part réservée dans les revenus de la communauté. Ce lieu , presque entièrement couvert de ces forêts destinées au plaisir de la chasse dans les familles féodales, ne tarda pas de se peupler. Les terres furent défrichées par les mains des moines ; les colons , instruits par leurs conseils et leurs exemples , soutenus parleurs aumAnes, étendirent de proche en proche la culture sur ce sol naturellement fertile ; et quand son

leur séjour; lieu de retraite placé près des bords du plus lieau fleuve de la France, dans un giacieux vallon, dont la tranquillité calmait Tesprit et le coeur , en leur inspirant (iedoaces pensées.

Labbaye de Saint-Martin célébrait les anniversaires cFAltasie et de Lethbald aux ides de septembre et aux calendes de janvier. Elle se croyait en possession de la sépulture de ce dernier, d'après une inscription tunmlaire placée dans la sacristie * , et ainsi conçue :

MAVSOLEO œWPTVS TEGITVR DE MORE SVB ISTO S. LETHBALDVS QVONDAM NOBILIS ATQVE PROBVS SCANDIT AD ASTRA DIE QVA CRVX VENERANDA

EXALTATA FVIT.

Personne n'eût osé contester à Saint-Martin cette propriété, avant que de récentes recherches dans Téglise d'Anzy eussent fait nattre des doutes fort graves.

Au-dessous du transept nord, en dehors de cette église, on découvrit il y a quelques années un tombeau en ciment à auge double , indiquant , selon toute apparence , celui de deux époux ^ dans Tune se trouvait, parmi des ossements, un anneau de cuivre de la forme la plus simple. Près de là, dans la maçonnerie d'une antique porte murée du transept nord, on lit encore aujourd'hui le fragment de Tinscription suivante , évidemment antérieure au XIP siècle , d'après la forme des lettres :

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