‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît; (volume 2)Chapitre 43 sur 62 · I 40 ABBA · texte numérisé non relu

I 40 ABBA

Sénateur, Félix, Herculieii, Taurin et autres, martyrisés à Ostie suus l'empereur Claude. Dans le partage de ces reliques entre ditférentes^lîsesde France, celle de Saint- Martin, récemment relevée, ne fut pas oubliée. Elles avaient un prix tout particulier pour elle. Le rapprocbeineot de ces reliques des testes de son illustre fondatrice pouvait servir à réhabiliter sa mémoire dans l'esprit des peuples égarés par les leudes ambitieux. Elles rappelaient qu'on peut être innocentetdignede respect, même après avoir subi l'ignominieux supplice de récartellement'. Ce présent, ou peut-être un concours plus direct, mais qui nous est resté inconnu , fit considérer le pape Jean VIII comme ayant pris une part importante à la restauration de l'abbaye. Elle avait gardé du moins son souvenir avec une reconnaissance parUculière. * Le siège d'Autun offrait à Bernard une belle occasion

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Itïr cet moU, Tabula perantigua: • Reparalio. bqjus veoeribilii mo-

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■ ajmd Mduam cottgregata, prcceplo et auctorilate Johaonii pipB. ei • rogalu LvdovUi imperatorit el Krincoram régla, dicli Ctroll Cal*i

Ce prétendu concile d'Autaa, dont il

(le âi" venger du roi qui l'avait dépouillé do son comté (t du pape qui l'avait excommunié au concile de Troyes. Il s eu prit à Tévéque représentant de tous deux, pilla ses biens, mit à nu les églises, et se livra envers les personnes à des violences inouïes. Adalgaire souffrit ces désordres avec la dignité et le calme convenables à son caractère. Dans un écrit signé de sa main et parvenu jusqu^à nous', îl a laissé échapper ses plaintes avec une noble concision : « Ni leurs menaces, dit-il, ni leurs violences, ne nous ont ému *, mais inflexible dans la fidélité que nous lui devions, nous avons soutenu celui que par droit de naissance et d'élection nous reconnaissons pour roi . Ses infidèles sujets nous ont fait éprouver des maux sans nombre^ nos paroisses ont été dévastées, et nos églises réduites à rien. »

Les deux comtes , restés maîtres d'Autun , ne purent s'accorder entr'eux. Boson, qui venait de trahir le roi en se réconciliant avec Bernard , ne craignit pas d'outrepasser ses ordres en revendiquant pour lui-même le comté d'Autun, dont il devait mettre en possession Théodorik. Cette rivalité entretint entr'eux les hostilités et les désordres jusqu'à ce que Hugues FAbbé . interposant sa médiation, par\'int à les amener à un accord. Boson eut en partage la ville et le comté d'Autun , Théodorik les abbayes, et parmi elles Saint-Martin. Ces nouveaux possesseurs apportèrent quelque soulagement à la position

* Charte n* 6. — L'original de celle pièce, citée partiellement «Uns le Gall. Christ [n<* XXII , inter insl. eccles. il^^uens. ], est conservé aux archires de Téréché d'Autun.

1 42 ABBAYI!

d'Arialgain'. A I» favf^ur de la bonne intelligence régnant entr'eux et lui, ses protestations furent enfin écoulées: il obtint de Théodorik la restitution de la terre de Bligny appartenant à l'élise d'Autun , et ce dernier étant mori la même année, Boson, seul possesseur désormais de son héritage, déposa lui-ménit^ sur l'autel de Saint-Nazaire l'acte par lequel il rendit jt l'église d'Autun celle d« Lucenay. '

Ces réint^rations de la part de Bomhi étaient loin d'être désintéressées. II cherchait ainu k enrôler Adalgaire dans ce parti d'évéques avec le secours de qui il espérait se faire déclarer roi des provinces qu'il goa- Teraait à titre de duc ou de comte. Par menace» ou par promesses , il avait gagné ceux de Provence en donnant et promettant des terres et des abbayes. Ses projets ambitieux étaient encouragés, dit-on, par son épouse Ermengarde, fille de Louis le Bègue. Unissant l'orgueil d'une haute extraction à la vanité d'une femme, elle disait « qu'étant fille d'empereur, fiancée autrefois h un empereur grec , la vie lui était à chaîne si elle ne faisait un roi de son mari', n 1* 15 octobre 879, k Mantarlle

«ail. Cbrirt.. charle XXII. [rhartet fe

DK SAIMT-MAHTIN. 143

près de V'^kmne en Dauphiné, une réunion de seigneurs, delaîques et d'évéques, présidée par L'archevêque d'Arles. liiieoniërèrent la couronne de Bourgogne et de Provence.

Cet événement attira sur Autun les forces royales. Kn 880, Louis et Karloman s'emparèrent de ce comté. leprireDt Màcon sur Bernard de Gothie , relevant de Boson, el qui, puni de mort ou tué durant le siége^ disparait de Thistoire à partir de ce moment. Les deux princes. contÎDuaai le système de restitution adopté par Boson . détachèrent de son comté la terre de Tannay usurpée sur l'Eglise , el la rendirent à Adalgaire , qui s'était tenu à l'écan du concile de Mantaille.

L'abbaye de Saint-Martin, ruinée depuis plus d'un an, ne put profiter de ces réparations ; elle resta encore cinq unées sous ses ruines. Ce fut seulement en 885 que Charles le Gros, resté Tunique souverain de la monarchie franke, à la mort de Louis 111 et de Karloman ses frères, renouvela Tesemple de Charles le Chauve et entreprit de la relever.

11 confia cette œuvre à un moine nommé (^régoire. Des religieux d'Aquitaine , chassés par la crainte d«»s Normands qui assiégeaient sans cesse les pays situés entre

ouB ioierai cùn privilégia eccleiiae ^ËdueDbis « confirniavii VI idus BOfcoibris, dalo dipUmiate Lugduni quod EUbertus conoeUarius ad TicMB Aureliaiii archiepiscopi recognoTiL PaoUè po»t alind RnMeptaMB rog^Mi Siowaldi comilis indulut Carilocensi pagi MaUsoonensift monasterio , cai abbaUolam S. Martini concessit, dalum IV «0fMU éecemMs , ludietiont XII , anno primo regni domni /iosotiis , •eiu» kanio€0 mona$terio, Quod prasceplum Slephanus notarius ad ▼icein Aéalfarii recognovii.

144 AIIIIATE

la Seine et la Luire, y furent recueillis '. Ils suivaient , (x>mnie ceux amenés par Baditon , la refile de saint Benoît. Charles le Gros nomma Grégoire abbé à vie, mais à sa mort les moines devaient rentrer dans leur droit d'élection; Tempereur leur garantit cette franchise. I) confirma le privîi^e apostolique par lequel saint Grégoire avait déclaré l'abbaye indépendante de tout pouvoir temporel. Il lui rendit les terres de la Celle, Verrière. Thit-sur-Arroux , au territoire d'Autun ; Chambord en Nivernais; Girolles près d'AvalIon; Barf;emont dans le pays deFréjus; les bénéfices de Robert, Aymuif, Baldulf , Gottedeus, seigneurs inconnus appartenant ft ccUe féodalité de second ordre, qui , au milieu des luttes de la grande , n'oubliait jamais de faire sa pari. Il astreignit les tenanciers de l'abbaye k payer exactement la none et la dtme, les obligea à concourir k sa reconstruction proportionnellement à l'importance de leurs bénéfices. Défenses furent faites à tous comtes, vicomtes. mmi dominici en voyage, de rien entreprendre contre les ou les propriétés du monastère et d'y faire

* On ignore de quel monulëre élaient sortie cet religieux. Depais ■a ■nnËea des èmigratioDS temblablea étaient très rréquente*.

aucun séjour. Toute infraction à cette défense était paoie d'une amende de 600 sous d'or, dont moitié était attribuée au fisc et moitié à l'abbaye lésée. La seule condition imposée en échange de ces bienfaits était d'adresser à Dieu des prières pour lui-même, pour Charles le Chauve , Louis le Bègue et Karloman , pour la paix et la prospérité du royaume. '

* Chartes n*' 6 et 7.

» de Saiaf-HartSii.

à Aniy.

Avant la destruction de Tabbaye ou plutôt par suit« de ce désastre, les hommes d'élite réunis h Saint-Martin s'étaient dispersés dans la Bourgogne. Il n'en restait pas un seul lorsque Grégoire reprll la direction.

t.'flithé Rftdilon ^KviM mort ■. son neveu avnil Imuvé un

monastère tenait à honneur de posséder, et dont la possession était souvent une cause de guerre ou de pieux larcins.

Une tradition reçue dans presque toutes les églises de la Provence * , à Senez, à Alby, à Arles, à Fréjus, à Orange et même à Âutun, attestait que Lazare, ami du Sauveur, Marthe et Marie, et Marie-Madeleine, chassés de Jérusalem par les Juifs , en haine du Christ , avaient été jetés dans une mauvaise barque et livrés à la merci des flots, sans voiles ni gouvernail, ils avaient abordé au rivage de la Provence , où chacun d'eux laissa en différents lieux les traces de son passage et de son souvenir. Sainte Madeleine s'était retirée dans la solitude de Sainte-Baume , où elle acheva ses jours, et ses reliques avaient été transportées à Aix dans Téglise de Saint-Maximin. En 880, cette ville, exposée comme toutes celles du Midi aux fréquentes incursions des Sarrasins, se ressentait encore de leur passage, et était dans un état de ruine et de désorganisation.

Le moment était favorable pour tenter un coup de main sur ces reliques, convoitées ardemment par le fondateur et les religieux de Vezelay, et que les dangers des invasions avaient fait enfouir, ils envoyèrent donc à Aix <c un certain moine nommé Badilon, avec un nombre suffisant de frères pour en rapporter ces précieux restes. »

* Voyex, sur ces tradilious généraleiaent adoplées par la critique ecclésiastique contre le sentiment de de Launoy, une brochure intitulée : Essai sur l'apostolat de saint Lazare et des autres saints tulébires de ProTence; P^ris, Adrien Leclere, 1835; — et Natalis Alexandri Historia ecclesiastica , t. III, p. 176.

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Cette traaslatton, dont il est diâicile de nier l'eiiactilude historique, mais de laquelle on ne possède aucune relation précise., était racontée dans la légende du onzième nocturne des matines de l'église de Sens et de Vezelay , avec des détails merveilleux, plus conformes è la piété du temps où elle a été écrite qu'à la réalité ellemém«. '

M Badilon étant arrivé à Aix , se mit en prières et fit des » jeûnes pour réussir à enlever ce précieux trésor. Dieu » l'exauça , et il se sentit inspiré. Ce pieuK voleur, s'ap- 'I prochant du tombeau , en cassa un morceau du cAlé » des pieds. Il sortit de cette ouverture l'odeur la plua n agréable, et il aperçut le corps entier de sainte Hade- >' teine ', les deux mains croisées sur la poitrine.

» Il ne s'agissait plus que d'enlever ces précieuses » reliques. A cet effet , Badilon convint , avec ceux de sa » suite , de se trouver le lendemain matin auprès du » tombeau. On s'y réunit en effet , et le corps saint tout » entier fut enlevé et placé sur une voiture. On partit; le " chemin se fit très lentement jusqu'à un mille du ino- » nastère de Vezelay. Là le fardeau devint si pesant, qu'il H ne fui plus possible d'avancer.

» L'abbé et les moines, instraits de cet heureux socq ces et de l'approche de leurs frères, se fa&tèrent d'aller )i à leur rencontre processionnellement et en grande césde;

M semblaient, en marchant, être portés eux-mêmes. On « le déposa dans Téglise dédiée à la sainte Vierge et aux » apôtres SS. Pierre et Paul , jusqu'à ce que la basilique » qu'on lui bâtissait fût achevée (878). » *

Badilon ne resta point à Vezelay *, il se retira à Tabbaye de Leuze en Gambrésis, où il devint abbé, et fut honoré comme saint.

Bemon porta la règle de saint Benoît à Baume-les- Messieurs*, fondée par saint Colomban au diocèse de Besançon, et tombée dans un relâchement extraordinaire -, il rétablit cette abbaye dans un tel état de prospérité, que bientôt elle fut capable de porter elle-même la réforme ailleurs.

A différentes fois des chevaliers et des familiers de <iuillaume, duc d'Auvergne et d'Aquitaine, avaient visité Baume. De retour auprès du prince, ils avaient exalté la bienveillante hospitalité qu'ils avaient reçue et la régularité de l'abbaye. Depuis longtemps le duc méditait d'élever un monastère et s'inquiétait du lieu de cette fondation. Ce qu'il entendait raconter du mérite de Bernon rengagea à le mander auprès de lui. Celui-ci,

* Veielay, par M. Flaodiu , ayocat-f^éiiéral à la cour royale de Poitiers. — Anauaire de l*Yonne , 184 i « p. 89.

Le Toyage de Badilon esl un fail altesté par plusieurs manuscrits des églises du Midi du Xll* siècle, et par les traditions de ces églises et de celle de Vezelay. Seulement la légende de cette dernière est éfidemment exagérée , puisqu'une partie du corps de sainte Madeleine est toujours restée à Aix. Voyez , sur les faits et sur la controvene <|ai eut lieu entre Aix et Vezelay* les deux ouvrages cités plus baot.

^ Raoul Glaber, liTre III, chap. V.

150 ABBAVE

aoconipagné d'Hogon qui se trouvait alin-s à Bauine soil par hasard , soit à dessein , vint avec lui au rendez-vous donné par le prince. Il était alors dans un lieu couvert de forêts appelé Cluny, et s'y livrait aux exercices de la cbasse. Ayant fait part de son projet aux deux moines , ceux-ci parcoururent les environs , sondèrent les bois et les vallées , et revinrent annoncer au duc qu'ils ne trouvaient aucun emplacement plus convenable que Cluny. Guillaume, dont ce cboix troublait les plaisirs, semblait peu disposé à en faire le sacrifice; il alléguait la difficulté d'élever un monastère dans un lieu où il avait établi ses meules et ses équipages de chasse.

I' Ote tes chiens et mets-y des moines, lui répondit saint Hugon en souriant ; tu sais lequel le sefa plus méritoire aux yeux de Dieu. »

« Tu as raison , mon père , dans ta simple franchise , reprit le duc avec joie ; qu'avec l'aide du Christ il soit fait selon ton avis. » '

Tels furent les faibles commencements de cet ordre de (lluny, qui devait couvrir le monde de ses monastères. Bemon en prit la direction en 915 et le gouverna on»" ans. En 1669, deux religieux de Saint-Hartin, visitant Cluny, virent ouvert le tombeau où reposait Bernon , et obtinrent une partie considérable de ses reliques. Cluny

renfermant de grandes choses à l^honneur de leur monastère^ ils en demandèrent communication, et l'abbe leur répondit : .ic Vous obscurciriez une partie de la gloire deGuny, si je vous accordais votre demande. » *■

Après avoir séjourné quelque temps à Cluny, et assisté Remon dans ses travaux , saint Hugon , laissant son ami éiever les fondements d^un empire monastique, vint reprendre à Anzy la conduite de son modeste prieuré. La sainteté de sa vie lui attira bientôt la vénération universelle ^ on accourait des provinces voisines le consulter sur le choix des abbés et le gouvernement des monastères ; ses décisions étaient reçues sans contrôle. Le peuple , témoin de ses vertus , plaçait dans son intercession une confiance sans bornes; il voyait en lui un médecin à tous ses maux, un adoucissement à toutes ses calamités. Ceux dont Tâme était troublée par leurs fautes lui confiaient leurs peines et s'en retournaient avec la paii^ *; les malades lui demandaient rimposition des mains et recouvraient la santé. Un orage menaçait-il les récoltes, on accourait demander au saint ses prières, et les moines, la croix en tête, portant les reliques de leur église, sortaient implorer la miséricorde divine. Les animaux frappés dé contagion étaient guéris par un signe de la croix ou par une goutte d'eau bénite de sa main. Les semences confiées à la terre n'auraient pas prospéré s'il

* Notes nianiuerites des archives de Saint-Martin. — Julien de Balleare parle d*iin manuscrit de Gluny renfermant tout ce qui s*y était passé depuis la fondation ; serait-ce celui de Jacques de Guise ?

> WiM S. Hogonis.

n'eût appelé sur elles les bénédictions du ciel*. En se prêtant à ces témoignages d'une foi naïve , il ne laissait pas d'adresser parfois aux habitants de la campagne de sévères reproches sur les restes de superstitions païennes qui régnaient encore parmi eux. Il leur interdisait , sous peine d'anatbème, les incanutions, les charmes, les sortil^es, la croyance à l'influence des astres, les fêtes païennes , les mascarades grotesques en usage aux calendes de janvier, et les feux allumés à la nativité de saint Jean-Baptiste*. Ces rapports journaliers, qui avaient pour fondement la charité chrétienne, nous montrent quelle influence paternelle pouvait exercer un monastère au milieu des populations souvent grossières de la campagne. Ces pratiques, si minutieuses qu'elles puissent paraître , n'allaient à rien moins qu'à enraciner dans lés esprits cette idée de providence trop souvent obscurcie par l'ignorance et les malheurs du temps. La morale évangélique rapprochait peu à peu les cceurs et élevait les intelligences; à la longue elle atténua la barbarie, puis le servage ; chaque pas nouveau fait dans la vie chrétienne était un pas vers la civilisation.

Partagé entre ses travaux et la prière, saint Hugon était arrivé à l'entrée de celle roule que doit suivre toute chair *,

Sa vieillesse, couronnée de cheveux blancs ' , Tavertissait quïl devait bientôt quitter la terre. 11 voyait approcher sa fin avec ce calme que possèdent seuls ceux pour qui la vie a été un sacrifice ou un devoir. En vain son corps brisé s^affaissait ; la foi rendait à son âme une énergie qui o'était plus dans ses organes. 11 continuait de pratiquer des jeûnes austères et puisait dans la méditation la lumière et la force. Ses derniers jours furent consacrés à ses frères; dans ces entretiens il leur fit diverses prédictions réalisées depuis. Une pensée de crainte et de tristesse semble avoir troublé ces expansions saintes où le zèle du pasteur conservait la voix de Tamitié. Les paroles de saint Hugon peuvent faire supposer qu'il partageait la croyance générale qui fixait à son siècle la fin du monde ; et son âme s'effrayait de la pensée des périls et des séductions qui devaient précéder la destruction finale. Les textes par lesquels TEvangile et TApôtre ont annoncé ces jours sinistres et pleins de dangers où Viniquité abondera, où la charité sera froide* y lui revenaient sans cesse dans la mémoire. II redoutait que la foi ne vint à faillir dans quelqu'un de ses moines; il leur recommandait ave<* instance un inviolable attachement à la croyance catholique. Pour les prémunir, il aimait à rappeler les préceptes de la règle, leur guide infaillible, et leur racontait quelque trait de la vie de saint Benoît ou de saint Maur, leurs premiers modèles.

* Viu s. HogODis. — Gycn»o capile decoratus.

) Ihid. — Et eranl in noTisumis diebus teinpora periculosa. El akondabit iniquitas, el rerrigescet carilas niullorum. [ Epist. II ^Thim., chap. III. — Matth., chap. XXIV. ]

i ai «BBATE

Depuis trois années il avait cessé de s'occuper d'aucun soin terrestre. Pour que rien ii'arrétAt désormais ses communications avec Dieu, il s'était retiré à l'écart dans une cellule construite hors du monastère. Enfermé comme les reclus dans cette prison volontaire', il y redoubla ses larmes et ses prières. A la veille du carême, ses membres, frappés par le froid el la maladie, avaient perdu tout mouvement. Les moines, à chaque instant, craignaient que la mort ne vint le surprendre ; lui, savait les rassurer, dissipait doucement leur tristesse, et ramenait le sourire dans ces derniers entretiens, en leur promettant de prier pour eux quand il serait arrivé à la gloire étemelle. A la fin de la sainte quarantaine, dans les réjouissances de la résurrection du Sauveur, son esprit s'arrêta plus fixement sur le jour de sa mort. On le vit souvent les mains élevées au ciel, les yeux baignés de larmes , dans un état d'extase^ enfin, le 12 des calendes de mai 924. son Ame , affranchie de la glèbe du corps, selon l'énergique expression de la légende , s'envola vers le Christ. il fut enseveli dans sa cellule ; on plaça sur son tombeau t'épitapbe suivante :

Vlvere pmt obilTui teslialrr hic osm besli , Hlccineres pTodTOl Tirere posl obitTm, florpora livm riielin nLorilvri> spc reparu iilTt

DE SÀlNT-MARTlN. 155

FfOGtTs amore Dei, prostaospia dona pelenli,

Dal bona credenti fvnctys amore Dei.

Hb opibTs décorât irmbani pernobilis HTgo Omiie qTod hrDC rogitat, bis opibTs décorât. Gloria qTem refoTel, ubi dal pro niToere laTdeui , OmnlpotentL» oTans gloria q?ein refoTel.

Die bona Terba Deo trniTlTin q?i cemis Hygooii» ,

Vt decel, omnis bomo, die bona rerba Deo.

lies vertus de saint Hugon , après avoir frappé la foule pendant sa vie, ne tardèrent pas à Tattirer à son tombeau. La foi se transportait alors au souvenir de ces hommes qui semblaient avoir spiritualisé le corps même et vaincu la matière. La mort, qui hftte la dissolution des corps, donnait aux leurs une force nouvelle, et miraculeusement conservés pendant des années , ils acquéraient le pouvoir d'opérer ces guérisons promises à la foi : « Fides tua te salvftm feeit, »

Une multitude de tout rang et de tout sexe apportait donc ses infirmités au tombeau du saint, a Un homme fut amené, raconte la légende^ dans un charriot traîné par deux bœufs ^ jusqu^aux bords de l'Arconce. Infirme de naissance , il n'avait jamais eu Tusage de ses jambes . qui étaient nouées et repliées sous lui. La rivière était tellement débordée, qu'il était impossible de la traverser. Il envoya un de ses serviteurs porter un cierge au tombeau de saint Hugon , et , pour lui , il se mit en prières . demandant sa guérison avec fen'eur. 11 resta ainsi jusqu'au lendemain matin. Alors il sentit la vertu de Jésus- Christ opérer en lui par le mérite de saint Hugon, ses janets se délièrent, ses jambes s'étfMidirent, son (îorps se redressa Dans ses mouvements de joie il secouait la

portière de. Vandrone ', criant de toute sa force qu'on lui ouvrtt, et répétant le nom du saint. Il fit délier un de ses bœufs, et l'envoya au monastère en action de grâces. » '

a Un moine, nommé Ajlhémar, remplissait l'office de sacristain. Il reposait, selon l'usage, sur un petit lit, dans un coin de l'église où un grand nombre d'hommes et de femmes apportaient des cierges au tombeau du saint; il s'imagina, par avarice, de les éteindre et de les enlever aussilAt. Or, une nuit qu'il les avait soufilés selon sa coutume, relise etlui se trouvèrent dans les ténèbres. Ne sachant plus comment sortir, il tfttonnait de tous cAlés. I) Anit par trouver la porte et appela des serviteurs qui lui rallumèrent son cierge ; mais il n'y vit pas davantage, venant d'être frappé de cécité. Il se fit conduire au tombeau du saint et s'y jeta à genoux en implorant le pardon de sa faute. Tout-k-coup il vil briller par une petite fente du tombeau une étoile resplendissante dont les rayons lui faisaient baisser les yeux. Il redoubhi de prières pour obtenir sa guérison ; mais Dieu , en différant de l'exaucer, voulut lui faire expier son avarice, car il resta un an sans y voir clair. Guéri alors de ses tromperies et de son infirmité , il racontait à qui voulait l'entendre ce qu'il avait appris à ses dépens. » *

DE SAIMT-MARTIN. 157

y voyait un incroyable amas de béquilles et d'escabelles laissées par ceux qui s'en retournaient guéris ^ de nombreux témoins, aujourd'hui vivants, peuvent l'attester. » ' Ainsi s'accomplissait la promesse faite par le Sauveur, à ses disciples , de dompter en son nom les mauvais anges et les forces de la nature -, ainsi les saints ébranlaient ceux des païens qui. étaient moins accessibles à la persuasion et les conduisaient à la foi par le prodige.

* YiU s. Hof onk.

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