‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît; (volume 2)Chapitre 45 sur 62 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

PUU#A«laB «B 948. — Hombert, Odido«rd, Simon, Onaon,

Wdibar, Andté, Hîldegrin. — L'an 1000. — Reoonttmolion

été priemés.— Truifllation des reUifnM de taint Hagon.

^n 949, Louis d'Outre-mer vint tenir un plaid à Autun *^urant l'automne. Ces réunions générales avaient lieu ^^ux fois Tan en Bourgogne ', la première à Chalon après '^ fêtes de Pâques, la seconde à Autun dans le mois de

^hartas duGall. Christ. — Fredégaire, aono 641. — Hirég. de ^^^H,Ut. VII,ch. XXX.

Assemblées du printemps. Assemblées d'auiomne.

ti40— Chalon. 586— Autun.

672— Autun. 640— id.

930— Chalon. 949— id.

924— id, 1025— id.

1076^Autun. Le roi Robert y arait lenu avec

*^ fils Henri le Champ de Mai , la même année.

170 »Bs>n

vrflt^ubir. tUti » aMmblAi^iil d'abonl «• pèeia air, h milim ie& dtunfM. «oos on mArr. ven qnflqii^ borne. Ir kmg d» ffaemins : nuis Owleniipae rt Look Ir Drbootum ajutt recommiDdê de roastniiiv dr laAi ImiiEan pour abrîler les attûtanb contre te jolril et li ploie, le plaid d'Aoton. leoo josqse-là dans h pliiae Toinne dn temple de Janns. fnl transporté dans le Qmm^ de-'lUn'')brclUDx. m tforno}. sons de« halles, sitaêes de tvate anliqoité dans cette partie de la ville.

Toate la ftvnace Céodale et rriigieiue s'y raaoïMln; les iDoiiie* enx-niéiiies . usant du prÎTilége que lear atcordaît un capitnlaire de Qurlemagoe . êtaîeat sortis de leur monastère, et an grand nombre étûent venus de Ouny. Hildebbld. évéque de Cbalon -. Cozlin. érâqne de Tulle, qui, avec Anségise, évéque de Troyes. avait combattu et tué plus de treize œnts Normands près du mont de Chelles': Artaud, archevêque de Reims, un des partisans les plus puissants de Louis d'Outre-mer. ïacn't par lui en 936 ; Hugues le Noir, marquis de Bresae, frère du roi Rodulf ^ Gislebert de Vergy son besu-frto, comte d'Auxois , à qui le même prince . en montant sur le Irftne , avait cëdé le duché de Bourgogne ; Hincmar. ablKt de Saint-ttemi ; Ragenold , comte de Rouci , parent

DK SAINT-M4RT1N. 171

oe pouvait échapper à son attention. Le progrès de la vie monastique n^avait pas marché de pair avec celui de sa prospérité matérielle. Depuis sa dernière restauration, elle était complètement déchue du rang de premier raonstére de la Bourgogne. Elle ne possédait plus qu^un petit nombre de religieux , et peut-être la communauté tout entière se bornait-elle à ces huit moines qui signent tvecAymon réchange de la terre de Baugy^ Soit que l'esprit de discipline se fût perdu , soit que leurs talents fassent peu en rapport avec la direction temporelle de i'ibhiye,on ne pouvait compter sur eux pour assurer l'tvenirdeTune et de l'autre. Tels paraissent avoir été les '^ifsqui avaient déterminé la nomination anticipée de ^^eè contre les habitudes reçues. Toutefois cette mesure ^ levait pas amené le résultat qu'on en attendait, et la tran- Q^llité extérieure dont jouit désormais Saint-Martin ne P^i'met d'en attribuer la faute qu'à ses habitants. En ce mo- ''■^^ntméme, par suite d'une négligence toutrà-fait répré- ''^Qsible, ils étaient sans abbé. L'évéque de Chalon Hildebold se porta le premier leur accusateur ; il trouva ^Q écho dans les moines de Cluny, qui, forts de leur sévère ^^rvance, étaient mus aussi par le désir de réformer t'abbaye d'où étaient sortis leurs fondateurs. Ils affec- Urent de vanter son glorieux passé afin de rendre plus Sensible sa situation dégénérée ; ils demandèrent qu'on portât remède aux abus causés par l'incurie ou l'insubordination des moines, et que l'assemblée pourvût de suite à la nomination d'un abbé.

1 Pérard, p. SS.

172 abbàve

Les moines de Saint-Hartin , coanaissant trop bien le vice de leur position et les projeta de leurs adversaires, ne tentèrent point une justification impossible. L'immunité pontificale était pour eux une sauvegarde derrière laquelle il leur était toujours loisible de se retrancher. Ils comparurent hardiment au mallum, tenant à la main le privilège de saint Grégoire ; et le présentant à l'assemblée , ils demandèrent à faire immédiatement leur élection. L'exercice de ce droit ne pouvait leur être refusé sans scandale; ils se retirèrent donc dans leur église, et élurent à l'unanimité l'un d'entr'eux, nommé Humbert'. Quelques jours après, le nouvel abbé se rendit, à la télé de ses religieux , auprès du prince qui lui confirma la possession de l'abbaye, du prieuré d'Anzy et de toutes leurs autres dépendances. *

Le souvenir d'Humbert ne fait qu'apparaître le jour de son élection pour s'effacer aussitôt. Une obscurité plus complète encore dérobe les traces de ses successeurs, Odidoard , Simon et Gison , durant le demi-siècle où la Boui^(^e fut gouvernée par les ducs Hugues le Noir, Hugues le Blanc, Othon et Henri son frère, de 950 k l'an 1000. Saint-Hartin se trouve enveloppé dans la destinée commune qui pèse sur le monde, frappé de découragement et de terreur dans l'expectative de sa fin

Ters la fin du IX* siècle et le comniencement du X*". t Presque personne ne sait écrire ; les notaires sont rares ; on ne fait guères que des actes verbaux ; Tignorance est oniverselle S » La corruption ne l'était pas moins. De monstrueux abus souillent TEglise depuis le trône pontifical jusqu'au dernier clerc. « La piété des évéques n'est plus qu'un vain nom ; l'austérité régulière des abbés s'amollît; le zèle de la discipline monastique se refroidit ; entraîné par tant d'exemples, tout le reste du peuple devient prévaricateur à la loi du Seigneur *, le genre humain a conjuré tout entier de se précipiter de gaîté de cœur vers sa ruine et de s'ensevelir une seconde fois dans les ténèbres du cahos. » *

Un grand nombre de biens d'église est sous la main des hommes de guerre-, des abbés laïques s'établissent dans les monastères avec leurs femmes , leurs soldats et leurs chiens; des femmes possèdent des abbayes; de^ enfants sont élevés sur le siège épiscopal.

Les temps prévus par saint Hugon , à ses dernières heures, étaient arrivés; la charité s'était refroidie dans le ccmrdes hannnes, et l'iniquité dépassant toute mesure, les âmes chrétiennes étaient entrées dans un temps plein de dangers et d'épreuves^. Il est probable que dans l'attente générale de la dissolution du monde , les moines de Saint-Martin , partageant l'ignorance ou le découragement de leurs contemporains, jugèrent inutile de

* Ampère, Histoire littéraire de la France avant le XII* siècle, i.ni,p. 365.

> Raoul Glaber, Ut. Il , chap. VI.

^ ViU S. Hugonis. — Raoul Glaber, li?. II, cb. VI.

I 74 ABBITE

conserver des souvenirs à une postérité qui allait bientôt comparaître avec eux au jugement dernier.

En tètonnant dans cette obscurité, on trouve, avant 975, comme successeur de Gison, Waltber, le même peut-être qui , cette année , devint évéque d'Autun. Quoique la promotion d'un moine de Saint-Martin à l'épiscopat ftlt contraire aux prescriptions de saint Crégoii-e et aux intentions des fondateurs, il n'est pas impossible que les unes et les autres aient subi plus d'une atteinte à cette époque de décadence. C'était une opinion reçue parmi les religieux de l'abbaye et appuyée par eux sur le témoignage de certaines chartes de la Cathédrale d'Autun (Saint-Nazaire), aujourd'hui détruites, que plusieurs évéques de cette ville avaient professé la vie religieuse à Saint-Martin. <

L'affection conservée par Walther, pendant toute sa carrière épiscopale, pour l'ordre de saint Benoit, les donations dont il l'enrichit, semblent prouver qu'il loi était attaché par des liens particuliers. A son avènement, il fait il l'abbaye de Flavigny, unie depuis cent ans à l'évéché d'Autun, l'abandon volontaire du titre d'abbé et des revenus; il lui rend son droit d'élection , lui cède dix-neuf autels qui ont formé depuis les prieurés, paroisses et chapelles de sa dépendance; il lui annexe l'église (leSiiinl-Jcaii i'Rvangéliste d'Autun, non r servir iriiospi

Ttbbaye de Cluny de tous ses droits épiscopaux sur \e$ églises de son diocèse, qui dépendaient d'elle; il loi confère le gouvernement du prieuré de Mesvres, d^où la discipline avait entièrement disparu , à la condition que l'abbaye de Cluny serait unie à l'église d'Autun dans les prières pour les morts, et avec la réserve que ce prieuré demeurerait sous sa juridiction et sous celle de ses successeurs, aidés du conseil des chanoines, lesquels ne pourraient y établir ' un prieur sans l'agrément de l'abbé deCiuny. Un élève, formé par sa science et ses exemples, Halinard, dont la mère était d'Autun, succéda à saint Guillaume dans la direction de Saint-Bénigne de Dijon y et fut promu plus tard à l'archevêché de Lyon. Toute la conduite de Walther décèle le moine autant que l'évéque. Ses efforts constants vers le développement de l'influence des monastères, même étrangers à son diocèse, semblent d'accord avec les conjectures qui placent dans l'un d'eux le début de sa carrière ecclésiastique.

A la mort d'André , successeur inconnu de Walther, l'abbaye passa à Hildegrin , qui était abbé en l'an mille.

Aux sombres terreurs, aux désordres extravagants qui avaient précédé cette date fatale, succédèrent Tespérance et l'enthousiasme ; il semblait que le monde échappé de it destruction ressuscitât de nouveau. L'humanité, surprise de vivre encore , essayait sa vie pour s'assurer de sa réalité , et , « secouant les haillons de son antiquité , revêtait la robe blanche de la jeunesse *. » Cette robe blan-

* Gagnare, p. 91.

^ Raoul Glaber, Ut. III . chap. IV.

che , c'était celle des églises qui se dressent dans toutes les Rier>-eîlles de leur architecture ; un soufile créateur s'empare de la pierre brute et muette; elle s'anime, se soulève , et porte joyeusement au ciel un hymne de reconnaissance. Il n'est pas une cathédrale , un monastère, une chapelle de village, qui, en se renouvelant, n'apporte sa note dans ie concert universel ; les saints eux-mêmes, endormis pendant cinquante ans d'un sommeil profond, soulèvent la pierre de leurs tombes, «viennent par l'ordre de Dieu réclamer les honneurs d'une résurrection , et apparaissent aux fidèles dont ils remplissent l'flme de consolation '. Ce fut le moment de la découverte d'une foule de reliques. «Desgnérisons miraculeuses, des révélations de différentes sortes et d'autres mdices certains, firent retrouver des reliques saintes cachées depuis longtemps à tous les yeux. » *

Saint-Hartin eut sa part dans ces joies divines; il mêla sa voix au cantique d'action de grâces du monde chrétien-, il apporta sa pierre à l'oeuvre de la reconstruction universelle. La plupart de ses prieurés furent alors r^>àtiB ; il éleva ou restaure les églises de Bragny, d'Anzy, de Saiot-Pierre-le-Moûtier , de Saint-Hartin d'Avallon , de Saint-Saulge , deThil-sur-Arroux.

Deux systèmes d'architecture se partageaient alors et se disputeront jusqu'au XII' siècli'l>);prps&ion do la pensé

hE SAIXT-MARTIN. 177

OU sur la colonne monocylindrique Tare à plein cintre, sans autres ornements qu'une moulure à la naissance de iarrade. Il emploie indifféremment le plafond et la voûte, excepté dans Tapside, où cette dernière se retrouve constamment. Ses baies , régulièrement percées , évasées à rîntérieur, s'allongent et se rétrécissent comme des meurtrières. Leurs voussoirs extérieurs sont souvent surmontés d'un second cintre en pierres d'égale dimension, comme dans les monuments romains dont il imite quelquefois le petit ou moyen appareil, composé de cubes de grés ou de pierre calcaire, mélangé de lits de briques ou de pierres de taille, et formé dans les édifices moins riches de moellons choisis , posés par lits.

Le style bysantin, plus orné, cantonne de pilastres ou de colonnes engagées le pilier primitif; le surmonte de chapiteaux sculptés; courbe sur sa tête Tare à plein cintre, en fer à cheval, en anse de panier, Tare moresque, Fogive naissante; il couvre de sculptures les plates-bandes des portes , les arcs et surtout Tare triomphal : il revêt de fresques les apsides et leurs voûtes , encadre les fenêtres sous une archivolte décorée, soutenue par deux colonnes -, élève la pensée avec ses tours et ses clochers percés de baies géminées, séparées par des fûts; rehausse la nudité de Tapside par une colonnade chargée d'arcs tantôt égaux, tantôt inégaux; et emploie plus fréquemment le moyen ou grand appareil , surtout aux piliers et aux arcades destinées à recevoir des sculptures.

Ces deux styles se combinèrent dans Tarchitecture de 'a Bourgogne et du diocèse d'Autun. On les retrouve dans

178 ABBATB

les ^lises de Bourbon-Lancy ' , Curgy, Baugy et ailleurs. Ils ont été exclusivement adoptés dans celles dépendant de l'abbaye de Saint-Martin. Les monuments du haut et du bas empire conservés & Autun, et dont quelques-uns portent l'empreinte du génie grec , les nombreuses inscriptions en cette langue attestant des communications incessantes avec l'Orient, le caractère mixte de sa liturgie griecJi-latine, les relations avec l'Espagne établies sous Brunehtlde, continuées sous les comtes, avaient préparé de bonne heure cette fusion ; ausM l'ornementation bysantine et t'arc moresque ont-ils laissé de frappants modèles dans les enluminures du Missale gothico-gallicanum de Saint-Sympborien d'Autun rt dans les trois Rvangéliaires de la Cathédrale , dont le plus ancien remonte k 754.

La première des constructions de l'abbaye fut l'église du prieuré de Bragny. Comme les plus anciennes portions de ta basilique de Saint-Martin , elle conserva le plan rectangulaire. Deux rangs de quatre piliers, cantonnés de pilastres et de colonnes , divisent l'édifice en cinq travées et portent des arcs doubleaux légèrement surhaussés. Les chapiteaux, généralement ornés de feuillages, ont la forme de troncs de cdnes renversés-, rien dans lears sculptures ne les recommande k lobsen'atinn de l'artiste.

DE SAINT-MàRTIN. 179

In seul, sur Fun des piliei-s delà nef du midi, pr(^.seiitc quatre animaux informes et méconnaissables. Au-dessus de chaque travée de la nef principale et des basses nefs , s ouvre une fenêtre évasée à Tintérieur, ayant en hauteur plus du double de sa largeur. 1^ clocher est assis sur la première travée et sur le mur d^occident percé par la porte d'entrée. Le linteau de celle-ci , surmonté d*un plein cintre, repose sur des consoles ornées d'une figure humaine. La longueur dans œuvre est de 18°", 35, la largeur de 9",64 ; la hauteur de la grande nef, sous Tare doubleiu, de 8",20-, celle des basses nefs, de 4"^, 87.

L'élise d'Anzy, récemment illustrée par le séjour de saint Hugon et par la révélace de ses reliques, fut la principale construction de Saint- Martin. Elle était aussi la plus riche en ornements , en détails iconographiques , en symboliques inruiges, et portait tous les caractères d'une véritable basilique. Son plan affecte la forme d'une croix latine terminée par une couronne de cinq apsides *, une sixième s'ouvre sur le fond circulaire du presbyterium. Une vaste crypte règne sous cette partie de Téglise , dont la longueur totale est, dans œuvre, de 40". 37. la largeur de la nef« de 14'",26. et la hauteur sous les arcs doubleaux, de 11 ",39. Un double rang de cinq piliers cantiinnés de pilastres et de colonnes engagées, couvertes à la base de torsades, de roses, de feuillages, forme trois Deb divisées en cinq travées. Une nouvelle travée s'élève au-dessus des marches du presbyterium terminé par la double apside dont nous avons parlé. Cinq fenêtres évasées, placées à chacune des travées, éclairent l'église. U façade est percée d'une baie dont l'ai'chivolte repose sur des colonnes. Celles du p(»rtail sont surmontées d'une

plate-bande oii sont sculptés les douze «pâtres, d'une archivolte où douze anges jouent de divers instruments de musique, d'un tympan occupé par ta figure du Christ^ assis sur son tràne et tenant un livre à la main. Ce portail est en grand appareil, ainsi que la majeure partie de l'édifice. La cornicbe extérieure est soutenue par des modillons ornés, surtout à l'apside. Autour de l'apside centrale, dans le plafond compris entre les consoles de la corniche, sont sculptés les douze signes du zodiaque. Aux arcs doubleaux des nefs correspondent des contreforts terminés par une retraite en amortissement. Une magnifique tour octogone, à faces inégales, servant de clocher, s'élève au point d'intersection de la nef et du transept. Elle se compose de trois étages de fenêtres géminées , séparées par des colonnes inscrites sous un arc encadré lui-même dans un parallélogramme dont la partie supérieure est couronnée d'une arcature. Chaque rai^ de fenêtres est séparé par une cx>rniche régnant sur toutes faces. La masse de cette tour, dont le diamètre estde 5*',87,' acquiert par le grand nombre et l'beureuse proportion des baies, une véritable élé^nce. Sa hauteur, au-dessus de la coupole , est de 1 4",38 , et de 26'",77 au-dessus du sol.

Dédiée à la Trinité indivigible, à la sainte Croix et à

DE SAINT-XaHTIX. 181

longue barbe, à longs cheveux, couvert d'un manteau de poil, comme saint Matthieu et saint Luc Tont dépeint ; par saint Jean TEvangéliste , sous la figure d'un homme sans barbe, revêtu d'une longue robe, portant la mitre ancienne, avec le signe de la consécration sacerdotale sur le front. Aux extrémités de ce même arc sont sculptés deux lions*. Sur le pilier du midi, deux fleuves s'échappent au milieu de riches feuillages, de deux cornes .tenues par des anges , et réunissent leurs eaux dans le même bassin. Sur celui du nord, deux personnages se querellent et s arrachent la bart>e ; deux moines se donnent le baiser fraiemel; un solitaire est en méditation, images de la vie du siècle , de la vie commune, de la vie érémitique. Les autres colonnes sont également ornées de chapiteaux sculptés offirant tantôt huit lions affrontés, huit bœufs, hait aigles, attributs des évangélistes ; tantôt des feuillages^ des légendes alternant avec des sujets symboliques. L'n homme renversé est dévoré par le serpent, allusion à la chute originelle *, le démon terrassé frappe on vain de son trident le bouclier de saint Michel ^ les quatre âges de la vie sont symbolisés, le premier, par un enfant que le démon cherche à entraîner; le second, par deux bustes humains précédés d'un joueur de flûte, et réunis à la partie inférieure en un seul corps indiquant le mariage «« dw> erunt in came und; m le troisième, par un cyclope au repos, image de la force virile et de la fixité du but ^ le quatrième, par un homme renversé (|ue cette force

1 Dans d*autres églbc», le» deuv lions sont placés aux deuxoôlés de !• porte d'entrée.

182 ABBATB

abandonne, et dont la vieillesse ne soutient plus la poids de la vie. Un groupe difficile à déterminer, composé de cinq personnages , dont plusieurs d'un type grotesque, est reproduit sur chacun des chapiteaux, d'où s'élancent les deux arcs longitudinaux qui précèdent l'apside centrale ; ceux qui supportent la retombée opposée , représentent des aigles, emblèmes de l'inspiration et de l'esprit. Les fresques de l'apside du transept méridional figurent les sept sacrements \ celles de l'apside nord sont encore ensevelies sous te badigeon.

Des événements, dont le souvenir ne s'est pas conservé, ont détruit la partie septentrionale de l'église de Saint- Pierre-le-Hoûtier. La basse nef du midi, quelques parties du transept et du presbytère, sont les seuls restes des constructions du XI* siècle; on y trouve toutefois des indices évidents d'une disposition primitive. 1^ plan de cette église présente une nef de cinq travées, des transepts très courts , et trois apsides rectangulaires. L'arc en fer il cheval s'y fait remarquer. Les piliers carrés sont cantonnés, sur trois de leurs faces, par des colonnes engagées. Ce plan, analogue dans quelques détails à celui de l'église de Saint-Martin de Bragny, en diffère par l'existence de transepts et de trois apsides ; il en diffère encore par une ornementation plus riche. Les chapiteaux des

DE SAHfT-H.iRTlN. 183

FILIYS 4> VRSVS*. On ignore si cette église a jamais été voûtée; si, dès le principe, elle n'était pas comme aujourd'hui, couverte par un plafond ; si même sa charpente n'était pas apparente, conformément aux plus anciennes traditions romano-bysantines.

Il ne reste rien de Téglise primitive du prieuré de Saint-Saulge, dont les chartes du XI"" siècle font mention. Celle d'aujourd'hui ne remonte pas au-delà du XVI''. Nous ferons toutefois obsen'er que le plan rectangulaire de cet édifice est peut-être un souvenir des constructions anciennes qu'il a remplacées , souvenir qui se retrouve dans plusieurs dépendances de Tabbaye de Saint-Martin.

On reconnaît dans ce qui resie de Téglise de Thil les caractères de Tarchitecture romano-bysantine secondaire^ dans sa phase riche, avec des restaurations exc(;utées au XV* ou XVI* siècle. L'apside était séparée de la nef par un transept servant de chœur. Au point dintersection s*élevait une tour carrée percée sur chaque face d*une baie {ppminée'à colonaette. Les quatre arcs cintrés du transeiU avaient leur retombée sur des colonnes engagées , surmontées de chapiteaux historiés. Selon toute apparence, ces quatre arcs, accompagnés de pendentifs, portaient jadis une coupole; on la remplaça plus tard par une voûte à arrêtes avec ner\'ures. La forme de ces nervures, et celle des consoles d'où elles partent, annonce la dernière phase du style ogival. L'apside était circulaire et séparée du chœur par des pilastres cannelés , dont les

* EMides arcliéolof iqnes sur le Nivernais , par M. George» de SoDltrail.

18'! ABBAVE

chapiteaux à feuillages offrent un travai) relalivemrat très soigné. Une ceinture de colonnettes isolées, portant une arcature, se développait dans le rond-poiot de l'apside. Les moulures de la base de ces colonnettes appartiennent à la phase la plus riche de la période qui a précédé l'époque de transition. Le sujet répété le plus souvent avec différents accessoires dans les chapiteaux du transept etdel'apside, est celui des quatre figures d'animaux, âgure d'homme, de lion, de bœuf et d'aigle. Les têtes d'homme sont aux quatre angles, les têtes de bœuf ou de lion sont sur les faces du chapiteau. On remarque dans l'apside le grand appareil. Des moellons, placés par lits horiiontaux et par couches obliques, donnent à quelques parties des murailles extérieures un caractère assez fréquent dans les provinces d'outre Loire, mais que l'on trouve rarement en Bourgogne ' .

Saint-Martin construisit encore, dans le même siècle, le petit prieuré de James près Moulins-Engilbert, réuni plus tard à celui de Commagny -, et parmi les paroisses de sa dépendance , les églises rurales d'Epinac, de Mallat, de Marmagne. de Sommant, de Saint-Pantaléon et de la Celle. *

ileijjiis à lu lin <iu volume.

DE SAIMT-HàRTIN. 185

Sa dernière construction importante fut celle du prieuré d'Avallon. Les caractères de son architecture ne permettent guère de la croire antérieure au XII* siècle. L'église, en forme de croix grecque, est surmontée, à rintersection des transepts, d'une tour carrée servant de clocher. La façade , percée de trois portes sur le même plan, était précédée primitivement d'un narthex dont les fondations ont été récemment relevées-, la corniche esl soutenue par des corbeaux composés d'une moulure carrée et d'un quart de rond. On retrouve dans la construction l'emploi fréquent du moyen appareil. Quelques colonnettes , attachées encore au flanc droit de l'église, indiquent la naissance de la galerie claustrale qui la reliait aux bâtiments conventuels. Les arcatures des portes et des arceaux intérieurs sont légèrement surhaussées, et marquent le commencement de Togive^ les fenêtres seules, selon l'usage, ont conservé le plein cintre. Le corps de l'église est divisé en trois nefs par des piliers cantonnés de pilastres ou de colonnes engagées, et surmontés de chapiteaux à crochets, fouillés a?ec soin ou recouverts de feuillages et de figures d'une certaine richesse. Dans cet édifice, remarquable par les détails architectoniques, par la profondeur de l'expression religieuse et la sévérité de l'ensemble, les moines Conservèrent un débris de l'église mérovingienne qui

^UMir. La plate-bande des perles est soutenue par des consoles à ■noolnret rerouiUées. Le cintre qui couronne ces portes Tait saiUie %iiz moulores. La corniche est aussi simple que possible, et dépour- ^IM de modifions. l\ est difficile de décider $*il faut fixer la date au XII* on XIII' siècle.

1 86 A^AIB

l'avait précédé, et qui devait, selon toute apparence, sa fondation à Brunehilde ; l'arc doublean, placé au f(Nid du presby terium , est soutenu par deux colonnes antiques de cipoiin , témoins oubliés de celte riche phase où l'art bysantin , dans sa pureté , empruntait k l'Orient et k l'Italie l'usage de ces marbres que la domination romaine lui avait légués.

Saint-Uartin paya son tribut à toutes les préoccupations du XI* siècle. Après avoir participé à la rénovation des temples , il exhuma du tombeau les ossements de ses saints^ il eut ses translations de reliques, ses récits merveilleux, ses légendes. « Environ vers l'as 1000, pendant que l'homme de Dieu Hildegrin étMt abbé de Saint- Hartin, existait à Anzy un moine nommé Ewrard, homme d'une sainte conversation. Il avait fait deux fois le pèlerinage de Jérusalem et y était resté sept ans. A son retour, il s'était fixé à Anzy, dans le dessein d'y finir ses jours. Il était honoré du saint ordre de prêtrise, grand serviteur de Dieu, humble, obéissant à ses supérieurs, aimable à ses égaux et à ses inférieurs. Ewrard passait la plue grande partie de ses journées, perdu dans des contemplations devant Dieu , et ' oubliant le monde sensible. Plusieurs fois saint Hugon lui apparut. Effrayé d'une faveur dont il se reconnaissait indigne, il n'osa d'abord iul.

DE SAINT-HARTIN. 187

des moines. Les cérémonies achevées, ceux-ci allèrent prendre leur repas, puis revinrent à l'église rendre grâces du pain de chaque jour; mais quelle ne fut pas leur surprise en trouvant les cierges allumés, quoiqu'ils eussent été éteints à leur sortie, et que les portes eussent été fermées à clef. Ewrard avait tenu secrète la vision dont il avait été favorisé pendant la veillée sainte. Il sortit et alla visiter le tomheau de saint Hugon son patron -, mais la pierre qui le recouvrait était hc/rs de place et élevée à un demi-pied de terre. Aussitôt il appela les moines pour les rendre témoins de cette merveille ; bientôt le bruit s'en répandit au loin ; les populations voisines s'émurent^ Tévéque d'Autun, Walther, fit venir Hildegrin, dont le témoignage confirma la vérité de ces faits miraculeux. » *

L'évéque d'Autun résolut de relever le corps d'un saint dont Dieu manifestait la gloire d'une manière si éclatante. Cette révélaoe était la canonisation légale de ce temps ; elle autorisait les fidèles à vénérer les reliques. Walther remit cette grave cérémonie jusqu'aux ides de décembre de Tannée suivante, ne voulant point être accusé de précipitation. Ces solennités étaient Tobjet d'un immense concours, et l'Eglise y déployait toutes ses pompes. Aussi, lorsque l'évoque se mit en route pour Anzy, accompagné de ses chanoines et des moines de Saint- Martin chantant des hymnes, une foule immense se déployait le long de la route. Le corps de saint Hugon , tiré du tombeau placé à rentrée de la cellule où il était

* Vila S. Hiif^onis.

ISS ABBATE

mort en reclus, fut lavé dans le vin, couvert de parrums, et exposé à la vénération dans une chftsse d'ai^nt*. « Une multitude de fiévreux et d'autres malades accourus k cette solennité, s'en retournèrent guéris, louant Dieu et saint Hugon; les infirmes, atteints de divers maux, arrivaient des provinces- éloignées, et après un séjour de deux ou trois nuits ii Anzy, repartaient transportés d'avoir obtenu sans difficulté une guérison ardemment désirée, a '

Trente ans après l'élan de foi qui suivit Tan mille de l'incarnation, une famine de plusieurs années plongea l'Europe dans un nouvel accès de découragement, et l'on crut que la destruction attendue pour l'an mille de Pinearnation avait été reportée à l'an mille de lapattiOH(l03i). La mort du pape Benoît VIII, du roi Robert et de-plusieursautres personnages éminents, frappèrent de crainte les imaginations ; une horrible misère et les crimes sinistres auxquels la faim porta les hommes*, mirent le comble k leur épouvante. Hais cette année redoutée ne réalisa pas plus qu(; la première les sombres prévisions du

DE SÀlNT-MARTtN. 189

monde f les pluies, cause des dernières famines, cessèrent^ le ciel s'éclaircit, et d'abondantes' récoltes rendifent la joie au peuple. '

lies évéques, les abbés, des hommes de tout rang, convoquèrent des assemblées et des conciles pour rendre grftces au ciel et pourvoir au rétablissement de la paix et aa maintien de la foi. « On y porta le corps d^un grand nombre de bienheureux et quantité de châsses contenant de saintes reliques*. » Parmi elles étaient celles de aiint Hugon. Les moines se préparaient à ces solennités par un jeûne général. I^es dignitaires et les frères les plus âgés soutenaient tour à tour sur leurs épaules lé précieux brdetu. Aux approches des églises et des monastères, les prêtres ou les moines sortaient en procession, pieds DUS, pour les recevoir; les cloches sonnaient à pleine volée. Les reliques étaient gardées durant la nuit entière dans les églises, au chant des prières et des psaumes ; le clergé des pays voisins accourait en foule pour les vénérer, et entonnait en entrant les hymnes du Veni Creator et du TeDeum, On les reconduisait avec la même pompe à la station la plus prochaine. Les lieux où elles avaient été déposées en pleine campagne, étaient marqués d'une croix en souvenir de leur passage. Hommes et femmes , transportés d'allégresse , dans les champs , au bord des chemins , sur le seuil des maisons , s'écriaient : a Très saint Hugon, notre père, ayez pitié de nous. Priez Dieu pour le salut du peuple, afin que par vos prières «?t vos mérites il nous sauve de la peste et do la fa-

* RmmiI GUber, Ut. IV , chap. IV.

> Raoal Glaber, Ut. IV, chap. V.

mine, et qu'après la mort nous jouissions de Is vie éternelle. H '

Ces restes sacrés furent amenés à l'un de ces conciles provinciaux tenu à Anse', au diocèse de Lyon, et exposés avec plusieurs autres k la vénération des fidèles. On ne saurait raconter, dit la légende, avec quels cris, avec quels gémissements, quelles larmes,- le peuple vînt se pro^erner devant eus. Dans cette multitude entbousiaste, un homme du nom d'André renouvela l'exemple de Lethbald. A la vue des prodiges opérés sur les infirmes par la vertu divine, se sentant touché au profond du coeur, il s'approcha des saintes reliques, et levant les mains au ciel, le visage baigné de pleurs, il s'écria : h 0 saint Hugon, confesseur du Christ, source de tant d'œuvres de miséricorde, je te supplie, par la gr&œ que tu as méritée du Dieu tout-puissant, dem'obtenir, s'il estdans sa volonté que je meure avant la fis de cette année, de ne point sortir de ce lieu et de trouver cette mort déurée ici même devant ton corps. H répétait ces mots sans cesse et demeurait immobile. Au bout de deux ou trois heures, ses genoux fléchirent doucement sous lui; il tomba à terre et rendit l'Ame*. » Il fut enseveli sur place.

Un oratoire^ d'après le vœu de la multitude, fut eleve afin de conserver un souvenir qui. après avoir frapp^^ les esprits, devait, pendant bien des générations encore, servir d*aliment à de naïves et pieuses pensées.

INT de la Tie do rondaleur d'Anij dans la boocbe de cet homme, qoi neart près de la chisse de saint Hogon, se relroaTent également élut le rècH de Raoal Glaber sur la mort de Lethbald.

Méreau de saint Merrv.

iDNaLaÈai» Éi^stm

Page 1