CHAPITRE XIV
de MiBt Hippalyta.
[IHO— 1225]
Au XII' siècle s'ouvre pour Saint-Hartin une période nouvelle. La féodalité entrant de plus en plus dans l'Eglise, la détourne des voies spirituelles et l'enlace dans le réseau désintérêts terrestres. Avant d'élre des communautés religieuses, les abbayes sont surtout de grands
diques renouvelaient sans cesse dans un état divisé contre lui-même par la promptitude énergique des passions^ par la multiplicité des intérêts, par la différence des législations et la difficulté de leur assurer des garanties. L'acquisition des richesses a corrompu les monastères ; le soin de leur conservation les empêche de revenir à la pureté primitive. Ils ont assez de jouissances et de peines aux biens de ce monde pour laisser un peu dans Toubli ceux de l'autre; ils vérifient par avance ce mot de rimitation, sorti du cloître deux siècles après : u Gompediti sunt omnes proprietarii, sui ipsius amatores, cupidi, curiosi, componentes quod non stabit. » *
Les abbés deviennent de sages administrateurs et de bons pères de famille. Ils régissent avec prudence les biens considérables de l'abbaye, terres, bénéfices, cures, dîmes, redevances , usufruits de toute espèce sur les terres et sur les hommes. Ils cherchent à leur assurer à prix d'argent, dans quelques barons de bonne volonté, de puissants protecteurs. Ils acquièrent, vendent, échangent, prêtent, plaident, transigent, font avec soin leur part et celle de leurs moines dans les donations nouvelles, se concentrent aux détails intérieurs de leurs maisons, et ils s'inquiètent peu de, laisser d'autres chartes que des titres de propriété», titres précieux enfermés dans la partie la plus sûre et la plus forte de l'abbaye, seuls moyens de prouver souvent les droits les plus légitimes. Sous un régime plus ou moins sévère , plus ou moins régulier, étrangers désormais aux affaires
« LiT. m, ch. XXXIII.
de ta chrétienté, dépourvus de toute influence publique, ils se contentent d'élever l'éclat de la dignité abfaaiJale au niveau des richesses de l'abbaye. Ils accompliraient leur vie en paix s'ils n étaient troublés de temps à autre par la jalousie des prélats avec qui ils veulent marcher de pair, et dont ils prenditmt plus tard le titre et le* insignes, par des procès de dîmes , de redevances , par des fuites ou des résistances de serfs, par des usurpations de propriété, des querelles de mauvais voisinage et des empiétements de justice séculière.
Ils trouvent un dédommagement dans fes donations nombreuses que leur font, soit au moment de leur mort, soit de leur vivant, soit en partant pour la croisade, les nobles, les clercs, les bourgeois, les religieux même, sollicitant en échange des prières pour le remède de leur Ame, pour la réussite de leurs voyages, de leurs, entreprises, demandant la fondation de leur «DHÎversaire, la fiiveur d'être enterré dans T^ise, dans le ctottre, dans la salle capitulaire de l'abbaye. En l'absence d'actes plus apparents, ces donations prouvent que les préceptes de la règle étaient observés dans ce qu'ils avaioit d'essentiel. Il n'y a pas d'exemple de monastère enrichi aux époques de dissolution ; la richesse est presque toujours le signe et le résultat de la sainteté. Les fidèles donnaient en considération des vertus qui frappaient leurs yeux, en
dépositaire d'un fonds commun à tous, et chargée de le répartir entre ceux que la naissance ou la loi avaient déshérités. Il était rare que .ces intentions fussent complètement trompées. Jamais les devoirs de Taumône et de lliospitalité, réduits quelquefois par le malheur des temps à des limites exiguës, ne furent entièrement méconnus. Tandis que du haut du donjon , le duc ou le seigneur pressuraient le pauvre peuple, le couvent lui tenait en réserve le droit de gtte et la part à Dieu, Ce n'était donc pas le peuple, mais la noblesse qui formait des entreprises contre les propriétés religieuses ; le peuple savait de qui attendre une consolation dans ses souffrances, un secours dans ses nécessités. Il savait quVn devenant moine il pouvait entrer dans Tégalité des enfants de Dieu, et quMI ne pouvait devenir seigneur et entrer dans l'égalité aristocratique. Aussi est-il à peu près sans temple que les habitants des environs aient pris un coQveni en aversion au point de le dévaster*. SMl se fit, au moment de Témancipation des communes , quelques tentatives contre eux, ce fut plutôt pour leur arracher un lambeau de la puissance féodale, que pour se venger de la nmnière dont ils Texerçaient.
Enregistrons donc , à mesure qu'elles se présentent, ces contestations et ces donations, témoignages tour à toar d'intérêt et de charité. Si insignifiants qu'ils puissent paraître au premier coup-d'œil, ils ne laissent pas de résumer Tesprit de cette époque et de faire revivre par-
* Hurter. — Tableaa des mœurs et des institutions de TEfflise,
^".p.ar
212 abBaTE
fois <li?s deuils précieux à l'histoire de nos pays. Ils forment pendant plus d'an siècle, les seuls éicmenU de celle de l'abbaye. Ils se prolongeront plus tard encore , à des époques moins dépounoes d'événements et de cataclères remarquâmes.
Après Bernard, le premier abbé que l'on rencontre dans une période de temps tndëlerminée, est Philippe *; puis Walther H. son successeur, qui cède, en 1 148, k l'abbaye de la Ferté-sur- Crosne près Cbalon, fondée récemment par les comtes de cette ville, la chap^le de Saint-?! i colas habitée par deo\ ermites, située au milieu de la Vesvre de Saint-Martin ' avec toutes ses dépendances, moyennant une rente de dix sous de Cbalon. Cette transacUon a\'ait pour but de mettre fin à des contestations existant entre les deux églises, à la suite d'usurpations commises par les comtes de cette ville sur les terres de Saint-Martin, au profit de celles de la Ferté. Elle leur fut une occasion de fonder une association de prières pour les défunts et d'hospitalité pour les voyageurs. *
En Itfil , deux frères, Bernard et Walther d'Alone, en présence de Henri, évéqued'Autun, donnent la moitié des dîmes de Villène et la Chaume près Etang, à la diarge d'anniversaires pour leurs familles. *
F.n 1161. l'alttié de Saint-Martin . Bernard II . obtient
de l'é\'éque de Nevers la reconnaissance de vingt ë^çlises situées sur son diocèse et dépendant de Tabbaye*. C'étaient celles de Château -sur- Allier, Saint- Augustin, Momay-sur-Allier, Livry, Précy, Langeron, Azy-le-Vif, Toury, Saint-Humbert, Bragny, Crux-la-Ville, Crux-le- (Ihâteau, Saint-Maurice-les-Saint-Saulge, Sanizy, Narioux. Ciseiy, Moulîns-Engilbert, James^ Sainte-Péreuse. il obtint de Févéque d*Autun Henri la cession de la chapelle de Magny, siiuée entre Quarré-les-Tonibes et Aval- Ion, en faveur de ce dernier prieuré. *
En 1164, Guillaume 1''% sous lequel la chronologie commence à prendre quelque certitude et les documents à devenir plus abondants, se rend à Sens auprès du pape Alexandre III, réfugié dans cette ville pour éviter les persécutions de Tempereur Frédéric Barberousse. Il fait renouveler par lui les privilèges de son monastère si souvent menacés par les évéques et par les puissances séculières. Dans la bulle de confirmation, soixante-neuf églises sont énumérées comme étant dans la dépendance de Saint-Martin. C'étaient, dans Tévéché d'Autun, celles de Thoisy-le -Désert, Chàtillon, Maletat, le Feste, Saiut- Pantaléon. Saint-André, la Chapelle-des-(fémeaux au polyandre Saint-Pierre-PEtrier, Tavernay, Sommant, la (*4elle, Saint-Prix, Verrière, Marmagne, (iharbonnat, Thil-sur-Arroux, Haut-Pont, Haute-Ville, Anzy, Avrilly, BusseuiK le Lac, la Valette, IJxelles, Vindecy, Monceaul'Etoile, Bragny, Clessy , Moùtier, Etormet. Magny , (iirolles. Agnôt, Sermizelles, Couveau, Saint-Martin
* Charte n» 17. — » Charle d» IV
d'Avallon, Tarot,. Chenay, Chougny, Urbîse, Aulnay; dans l'évéché de ^eve^s, Sainte-Péreuse, Moulins-Engilbert, James, Commagnï, SainlrMaurice-les-Saint-Sautge, Saint-Saulge , Narlous, Sanizy, Cisely, Saint-Pierrele-Moùtier, Saint-Babyle , Saint-Humbert , Langeron, ChAteau-sur-Allier, Saint- Augustin, Livry, Précy, A>y, Trennes, Homay, Saint-Martin-de-la-Her, Colombier, Toury; dans l'évéché de Lyon, Hilliet^ dans celui de Bourges, Colombier; dans celui de Besançon, Saint- Hilliers ; dans celui de Langres , le Cry. '
L'année suivante il recommença le même voyaige pour traiter avec Louis VII d'une contestation survenue entre la justice royale et celle de l'abbaye, sur la ville de Saint- Pierre-le-Hoûtier dont Saint-Hartin possédait le prieuré. Ou temps de Brunebilde-, et longtemps ^rèe elle, les droits de Saint-Martin s'étendaient à tout le territure de Saint-Pierre ; mais la ville ayant pris progressivement de l'extension, les justices séculières s'étaient établies à c6té de celle de l'abbaye, et toutes deux étaient en diflërend sur leurs limites respectives. Guillaume, ne se sentant pas assez fort pour se défendre «Mintre un puissant ennemi, jugea plus sage de transiger; il préféra conserver la moitié plutdl que de s'exposer à perdre le tout. Il eut recours, suivant un usage fréquent à cette époque, à VaymifTip ' A\\ r^\. H lui réda In m^'itié des dmtts dp
Saint-Martin sur le bourg et le château, se réservant seulement le cloître en toute franchise. Aux termes de ce rraité, le roi ne devait jamais se départir de la sauvegarde dont il était chargé. 11 ne pouvait, par cession ou par échange, faire passer le bourg de Saint-Pierre sous une autre juridiction que la sienne. Cette terre resta effectivement dans le domaine royal jusqu'à Charles VllI, grikce au soin pris par les moines de Saint-Martin de faire confirmer cetle transaction à chaque nouveau règne. '
Guillaume abandonna au monastère de Fontenav la terre d*Estormet, située entre la Brenne et la Seine, à la charge de quelques rede\'ances annuelles, dont la principale consistait en quatre muids et demi de blé*. Ces redevances donnèrent lieu à des procès qui se prolongèrent jusqu'au XV* siècle, et ne se terminèrent qu>n cour de Rome. Une animosité secrète, dont les motifs nous sont inconnus, excitait les deux maisons Tune contre rautre(nW-l432).
Hugues 111, duc de Bourgogne, près d'aller en Terre sainte, se rendit au chapitre de Saint-Martin, et lui fit don de la terre de la Commaille et d un serf nommé Raynion, avec toute sa descendance à perpétuité (11 70).
Sous Tabbé Achard, successeur de Cuillaumc, le
* Cahier de chartes de Saint-Pierre-le-Moùtier, imprimées sur Télin. ArchÎTes de TéTéché d*Autun.
> Pérard, p. 999 et 400. — Cet acte est signé du vicrg Guillaume. Son fils Raynald, rierg en 1188, Tut enterré à Saint-Martin. En f J17, OD autre rierg, Pierre, fut enterré derant la porte du chapitre. Le nécrologe Taisait encore mention du rierg Simon, mort ▼ers 1365.
216 «.BBAYE
même duc étant en contestation au sujet de la justice de l'étang d'Avallon, réclamée en totalité par Sainl- Hartin , fit abandon de ses droits, à condition toutefois que si on y construisait un moulin, un tiers du revenu appartiendrait au duc, un tiers au prieur d'Aval- Ion, et un tiers au constructeur. Il délaissa le foor banal bAti par son père mr la vieille place , h Templacenieat du cimetière actuel, au-dessous de l'église du prieuré, se résen'ant des prières pour lui et pour ses ancétres( 1176). Les moulins et les fours étaient généralement cédés aux couvents afin de les placer ainsi sous l'inviolabilité de la paix de Dieu et les proléger de la destruction.
Le connétable de Bourgogne, Eudes de Grancey, prétendait avoir droit, à titre d'honoraires de sa cbarge, k cent sous d'or payables par l'abbé de Saint-Martin au moment de son élection. Les moines, surpris de cette prétention nouvelle, nièrent l'existence de cet usage ; le duc n'eut d'autre moyen de s'éclairer que de recourir à une enquête. I..es témoins furent Guillaume, vîerg d'Autun . Raynald son tils, receveur des tailles el vierg après son père, Girard de Riveau, Guillaume de Riveau, chapelain du duc, Tfaéobauld, cellérier du duc, Gérard, pèlerin paumier', fils de Raynald, et petit-fils du vîerg Guillaume. Sous leur atlînnation par serment que Sainl- Marliii n'iivail rit-ii payé ^i aurtiii l'uiiiirlabl.-. Kuil.-s
DK SAINT-MARTIN. 217
Les ducs (le Bourgogne possédaient auprès de Saint- Martin , entre l'Arroux et TAccoron , un vaste étang où l'on péchait leur provision de poisson durant leur séjour à Âutun. Cet étang, placé sous la surveillance du \ierg Raynald, avait été agrandi aux dépens des terres de Tabbaye. Les moines se plaignirent au duc Eudes, et obtinrent une défense interdisant au vierg de prolonger rétang au-delà du pont de Saint-Martin, et d'en exhausser, la chaussée. Dans le cas où elle aurait besoin de réparation, on devait nommer de part et d'autre quatre experts jurés pour déterminer avec le vierg les limites de la levée. Il accorda aux religieux le privilège exclusif de pécher dans cette réserve, de jour et de nuit, avec deux barques et quatre pécheurs, la veille et lavant-veille de Pâques, de la Pentecôte, de Noél , de TAssomption , et des deux fêtes de Saint-Martin -, les autorisant à vider rétang, comme le vierg le vidait pour lui et pour le duc*, quand celui-ci se trouvait par circonstance à Autun. Il leur céda aussi la faculté d'v consen-er en tout temps deux monceaux de ramées* , sous lesquelles le poisson pouvait être pris à la main, avec des filets ou tout autre engin. Le quart du produit des moulins, des battoirs et autres usines situées sur cet étang, appartenait aux moines. Ce produit était verst» en totalité dans un coffre commun dont les religieux possédaient une clef, le vierg une autre ^, et partagé ensuite ( 1 1 80).
1 Charte n<* 21.
> Du Caii|:e, au mot ramala, ne détermine pas le sens précis «le celte expression.
1 Chartes n*" 21 et 145.
330 ABBAtE
la messe quotidienne fut convertie en une messe des trépassés. Des deux religieux qui la chantaient, l'un était exempt du service de la semaine , et le jour de l'anniversaire la fondatrice, une prébende était distribuée en aumAne(]190). ■
Ses cinq fils et son man s'associèrent à ces libéralités*. Après avoir favorisé de tout son pouvoir auprès du duc les restitutions et les donations au profit de l'abbaye, après avoir accru lui-même ses possessions à Girolles et à Sermizelles, Raynald mourut vers 1204. Ses enEuils, fidèles à sa mémoire, lièrent des terres à Pruillé* pour fonder son anniversaire et celui de leurs ancêtres*; famille unie dans la même piété, dans le même exercice des bonnes œuvres , dans ta continuation après la m<irt de celles qui l'avaient unie pendant la vie ( 1 1 99 ). *
A cdlé d'elle, le principal bienfaiteur de l'abbaye paraît avoir été le duc Eudes III, prince pieux, généreux , brave , adoré de son peuple , le Louis IX de la Bourgogne. A l'époque où son père était en Terre sainte, il ratifia de son propre mouvement les donations faites par ce dernier avant son départ. II donna lui-même au prieuré d'Avallon la terre d'Etaules, à la charge d'en laisser la possession, à la mort du vicomte de Bracy, son tenancier, à Simon de Saucey. Au décès de celui-ci ,
l'abbaye pouvait disposer de cette terre selon son bon plaisir ( 1209 ) *. H prit sous sa protection spéciale les propriétés du monastère , hs vaches y les chevaux et ânes sm'ant à l^usage des moines , défendant de les toucher sons les peines les plus graves , même en cas de dettes , si ce n'est du consentement exprès de Tabbé. Il céda tous ses droits féodaux sur les terres et les habitants de Crec^y et d'Eschaulées , à Texception du droit de guet et de garde *. Il s'engagea à ne cx)nserver sur ses domaines aucun des serfs de Tabbaye qui viendraient s'y réfugier'. Il lui accorda une rente de trente sous dijonnais sur le péage des foires tenues à Autun à la Saint-Martin d'hiver, et trente sur celui des foires de Saint-André , quatre li?res sur celles de la Saint^Remy , à Chalon ( 1209 ) *. Plus d'un demi-siècle après , Tabbaye possédait , sur les mêmes marchés des droits analogues". En 1326, Jehan, vikier d'Ostun, condamne les bouchers à payer aux religieux, pour les foires de Saint-André ^ et de Saint- Martin , deux deniers sur chaque cuir à poil vendu par eux. En 1348, le bailli confirme par une sentence le droit de Tabbaye à lever deux deniers sur Tétalage de chaque panetîer et panetière vendant du pain. H fait comparaître devant Hugues de Chapes, viher d'Ostun, plusieurs
« Charte n* 3î.
2 Charte d* f5.
s Charte n* 33.
« Charte d* 31.
> En if Si , Geoffroy de iToyau rendit aux relifrleux de Saint- Martin, tous les droits qu'il possédait sur la foire de Saint-André. * Cette foire se tenait près de Téglise.
boulangers qui avaient refusé de payer ces tailles'. En 1383, une sentence pareille confirme le dniît de toucher sur les sauniers autant de sel qu'on en peut lever MT les deux doigts de la main. *
Les abbés , les prieurs , les simples moines concouraient aussi bien que les laïques à ces libéralités. Il était rare qu'ils ne fissent pas quelque don à l'abbaye au nM>ment de leur profession ou au momenl de leur mort. Hugues, religieux de Saint-Martin, l^e au monastère de grands biens situés k Saint-Pierre-le-Hoûtier , pour se faire célébrer une messe quotidienne. Le prieur de Saint-Pierre, qui en fut mis en jouissance, était tenu de verser chaque année di\ livres pour réparer les ornements des prêtres de l'abbaye. Hugues donna à cette deniière une MoùoM de pierre k Avallon et des rentes considérables en échange de l'usufruit de quelques terres, pour sa Tte seulement. L'aumAnerie en faveur de laqurileune partie de ces dispositions était fitile, fut tenue de verser chaque année quarante sous pour la célébraUOD de too anniversaire, de distribuer cinq sous aux enfants de chœur, le jour de la fête des Innocents, et d'en consacrer trente à l'entretien de la lampe allumée denni l'image de la Vierge ( 1207 ) *. Nous voyons plus tard Hugues de Huse, prieur de Saint-Saulge, faire de semblables concessions ilansU- [iièiiif bul.cllesiiuii-ps prieurs
Eudes III, qui se montrait depuis plusieurs années favorable à l'atfranchissement des communes de sa province, à une charte d'immunité concernant le bourg d^Avallon soumis à leur double juridiction. Il fut convenu entf eux que tous tes hommes libres qui viendraient se fixer sur ce territoire, y conser\'eraient leur liberté, à la charge de payer au duc et à labbé , le jour de la fête de saint (Germain , cinq sous et un septier d*avoine à la mesure du pays. Ils étaient exempts de la justice du duc et de son prévôt, de toutes redevances et obligation de service militaire. Si les serfs dii duc ou ceux de Tabbé venaient s'y fixer, chacun conservait sur eux ses droits particuliers, sauf à partager la taille de cinq sous, le septier d*avoine et le droit de justice. A partir de la porte du château , la franchise s'étendait à Tétang de Saint- Martin, au territoire de Plausse et au pont du ruisseau de Tétang des Minimes (j9on^<^iirtt7ti/i Victoris). La moitié de la justice^ des impôts et redevances appartenait au duc, Tautre moiUé à labbave. Tous les fours construits ou à construire dans la ville devaient tomber sous la dépendance de Tabbé , suivant une cession précédente faite par le duc Hugues 111. \je cloître et son pourprix demeuraient entièrement libres. Les deux juridictions étaient f^présentées par deux prévôts qui devaient s entendre «ilr'eux pour lever les taxes, et s'engageaient par serinent ^ en faire un partage égal. *
^^U8 Hugues IV, Guy d'Etang avait bâti une maison à '* Celle, sur les terres des religieux. Ce seigneur, mieux
* I^rard, p. hOk et 405.
324 A&BAYK
conseillé par ses amis , reconnut ses torts et fit don aux moines de cette construction avec ses dépendances. Il s'engagea pour lui et ses héritiers à ne jamais rien bAtir dans la vallée de )a Celle et à n'y jamais séjourner, même dans une maison étrangère, excepté peut-être au temps des vendanges et de la moisson , ou bien en cas d'évidente nécessité. Pour plus grande sûreté , on fixa les limites dans l'enceinte desquelles il ne pouyait demeurer ou bfltir. Elles étaient comprises entre la croix de Bèbe , Tilleu , Aignol , la croisée des chemins de Hizieux et de Cortecloux, Champ-Gontaut, Véroles et Reclenne ' . L'évéque d'Autun , Gauthier , devant qui furent passées ces conventions, appela sur leur infracteur les censures de l'Eglise (ISSO). Hugues IV paraît avoir exercé un ofSce dans les coDtnls, sans doute celui de notaire, qui n'était pas encore re%'êtu d'un caractère public, et appartenait atout dignitaire ecclésiastique possédant des sceaux. En 1221, un homme du bourg de Saint-Jean vendit par-devant lui un meix relevant du fief de Guy de Quincy '. Plusieurs de ses successeurs se trouvent dans le même cas. Guillaume II, en 1264, scelle avec l'oftîcial d'Autun une reprise de fief de Philippe de Bourbon, seigneur de Hontperroux. *
Une tradition du monastère fixait sous Hugues IV la révélace des reliques de saint Mippolyle, transférées en
étaient enfermées à Saint-Martin dans une châsse revêtue d'une peinture représentant le supplice de plusieurs martyrs, dont les uns avaient été brûlés , crucifiés , les autres décapités ou noyés , et parmi lesquels figuraient quelques enfants, victimes, avec Hippolyte, Taurin, Herculien, Sénateur, Félix*, de la fureur du peuple d'Ostie pendant la persécution de Dèce et de Gallus. Relevées au Xlll* siècle par Durand, éveque de Chalon, administrateur du siège d'Autun pendant le séjour de Gauthier en Terre sainte et pendant la vacance qui suivit sa mort, elles furent Tobjet d'unegraiide vénération jusqu'au
< c Les reliques des SS. Hippolyte, Taurin , ctc, transférées arec tant de solennité par un évéque de Chalon et un abbé de Saint-Martin, du nom de Hngaes, dont on trouve la preure au Martyrologe nnn usent dn monastère, XII kal. seplembris, et addition au Cartulairc col. 178, sont assez probablement un ciïet de la piété de notre abbé Hofoes IV :
i* Parce qae Téréque d'Autun Gauthier, W du nom, fil le voyage de la Terre sainte en 1317, et que l'an 1223 le siège d'Autun était racant ;
3* Dans la châsse on a trouvé deux billets : l'un si eiïacé qu*on ne peut y lire presque aucune lettre, Pautre en partie mangé de pourriture, mais d'un caractère lisible, s'il y avait suffîsammcnt de leUret pour composer les mots. Le caractère de ce dernier billet semble écrit environ en ce temps, au rapport des antiquaires à qui on l'a fait voir. • [Notes manuscrites de Saint-Martin.]
L'abbé Lebœuf vit au prieuré de Marcy près Auxerre une copie do Martyrologe de Saint-Martin , écrite au \1II' siècle ; on y lisait,
an sujet de ces reliques : « Quorum corpora longo post
» tempore ab episcopo Cabilonensi et bons mémorise, domno Hu- • gone videlicet S. Martini cœnobii abbate, et ab ipsiiis loci inonu- » chis, viris religiosis et honestis necnon et ab uiri verso clero 0 circumquâque adveniente honorilicè recondila. »
226 ABBtVE DE SAtNT'HARTIN.
XVI*. On ne cessa de leur rendre unculle publie qu'après le passage des Calvinistes, dans la crainte qu'au milieu des profanations qu'ils firent subir à l'élise de Saint-Hartin, ils n'eussent, suivant un usage dérisoire, substitué des ossements profanes à ces reliques, après les avoir détruites.