CHAPITRE XV
^^'PÎtfM gènérAuz. — Suite des traDtaotlont. — Ornements
pontificaux.
Entre Hugues IV et Guillaume 11, s'efface Guy 1"*, qui fut abbé deux ans à peine.
le nom de Guillaume 11, élu en 1225, est resté à
Saint-Martin comme celui d'un des hommes éminents
qui l'ont gouverné. Plus heureux que ses prédécesseurs,
il lui fut donné de diriger l'abbaye pendant près d'un
demi-sièole, et, plus vigilant, de laisser après lui des
* Il Tut enterré dans la chapelle de Saint-Hilairc, d'où sa tombe fut pins tard transportée dans celle de Notre-Dame.
332 ABBATF.
Cette division des revenus, d'une part entre les prieurés «t l'abbaye, et de l'autre entre l'abbé et les officiers claustraux, éuit un commencement de propriété individuelle. Klle fut, après l'accuniulation des richesses dont elle était la conséquence, la cause seconde de la décadence des monastères. Les moines ne pouvant tous parvenir k des dignités, en ambitionnaient les privilèges. Ils voulurent, en prenant l'habit, conserver une partie des biens qu'ils laissaient dans le monde, sans renoncer à leur portion des revenus de l'abbaye. Ils se tirent payer leur prébende moitié en aident, moitié en nature, et puisant à la fois dans leurs propres ressources et dans celles de la communauté, libres à peu près d'en disposer à leur gré, ils s'isolèrent et abandonnèrent la vie commune. i^ premier abbé à qui l'on trouve des propriétés persimnelles, est Hugues IV, en lâlO. Le premier religieux est cet autre Hugues, qui lègue en 1 207 des terres situées k Saint-Pierre-le-Moùtier ; mais il est incontestable que ces faits, signalés pour la première fois dans les notes manuscrites de l'abbaye, ne remonlenl à la seconde moitié du XH* siècle. En 1 246, ils seront entrés déjà si avant dans les habitudes claustrales, qu'on ne trouvera rien de mieux que de les faire légitimer par le souverain IMntife; et Innocent IV, à la requête de Guillaume il , y ivli^ii'ux |>ri>l't-s dliériler. de
étaient appelés à réglement^^r. Ils mettaient un obstacle à ce que les propriétés des prieurés et des abbayes fussent absorbées dans un intérêt purement égoïste^ les besoins communs sacrifiés aux besoins personnels. Us pouvaient arrêter des dilapidations imprudentes qui, dévorant le imtrimoine de tous, auraient compromis le présent et engagé Tavenir. Ils pouvaient arrêter la ruine des bâtiments, des églises, les ventes arbitraires des propriétés et les dettes contractées sans nécessité. S'ils n'atteignirent pas toujours ce but, la faute en fut aux circonstances extérieures, plus fortes que Tinstitution elle-même ; elle <^n fut surtout à Toubli dans lequel, à différentes reprises, <>n la laissa tomber.
Ce fut dans Tun de ces chapitres que Ton prit, eu
1236, la détermination de fortifier l'abbaye V Les que-
'^^Hes incisantes de la petite féodalité, malgré la paix
générale dont la province avait joui durant plusieurs
années, et surtout les soulèvements des serfs, rendaient
nécessaire cette mesure commune alors aux villes et aux
t^ampagnes. H n'y avait pas une habitation dans la plaine
^w sur les hauteurs, qui ne s'enfermât d'une triple en-
^inte de fossés et de murailles, tant il existait peu de
***^urité au sein d'une population se disputant à la fois la
^♦'fre et la lil)erté. En l'absence de toute clôture, labbaye
^vaii eu souvent à souffrir les pilleries dt»s voleurs, les
'•^âts des serfs fugitifs, les insultes des bandes armées.
•^abbé. les prieurs, les officiers claustraux et certains
*Hoines de bcmne volonté, prirent à leur charge les frais
Charte n* 50.
de cette construction. Le premier s'engagea personnellement à verser quarante livres dijonnaises pendant deux ans, les autres vingt livres seulement. Si l'un d'eux décédait avant l'entier acquittement de sa dette, son office en restait passible entre les mains de son successeur. En récompense de ce sacrifice , à la mort d'un des frères qui y avaient concouru, une prébende était donnée pendant un an à un prétn^ chargé de célébrer, pour le repm de son âme, une messe quotidienne ' . Les mêmes gr&ces spirituelles, la môme participation aux bonnes oeuvres, furent offertes k ceux qui concoururent volontairement à la réparation du clocherqui menaçait ruine ; plusieurs moines y aidèrent par des cotisations particulières. L'aumanier, frère de Coi^oloiii, et le cellérier Robert de Sainte -Hélène, versèrenl, sur le produit de leurs revenus, vingt livres dijonnaises, et obtinrent la fondation d'une messe quotidienne à partir du jour de leur mort*. i.a reconstruction du cloître eut lieu par les mêmes moyens, avec les agrandissements que nécessitait la vie séparée des moines.
Guillaume eut à se défendre plusieurs fois contre les tracasseries des ducs et des seigneurs de Bourgogne, dont les propriétés avoisinaient celles de l'abbaye : les comtes
DE SAINT-]IARTI?(. 235
dos sentiments de justice ou de piété, ne respectait pas assez les monastères pour les enrichir ou les prendre sous son patronage, il était rare qu'elle ne leur portât pas assez d'envie pour ne pas tenter des envahissements sur leurs biens. La terre, dont la possession exclusive commençait à lui échapper par suite des affranchissements et des dettes contractées soit à la croisade, soit à Tintérieur, lui semblait assez mal placée sous la crosse d'un abbé. Un suzerain en froc lui inspirait plus de jalousie que de crainte, et les droits qui n'étaient point abrités sous la sauvegarde de Tépée méritaient à peine ce nom à ses yeux. D'autres fois, faisant céder des motifs d'intérêt personnel à des considérations de vanité et de bienfaisance mal entendue, elle dépouillait une abbaye étrangère pour en doter une autre placée sur ses domaines-, les comtes de Chalon cherchaient ainsi à enrichir, aux dépens de Saint-Martin, la Ferté-sur-Cirosne qu'ils avaient fondée. •
Contre ces violences, les abbés n'avaient d'autre défense que des concessions amiables ou des actes de partage. Os actes consistaient à céder une partie des revenus d'une propriété contestée ou envahie à un seigneur capable de la défendre, et dont la protection constituait le droit désigné sous le nom (Vavouerie on de mainbaumie. Ces actes de pariage, accompagnés do stipulations variant à l'infini, conféraient ordinairement aux avoués des droits de justice, des redevances en nature, des servitudes sur les hommes et les terres. A la faveur
< Charte n* 15.
a;ifi *BB.ivE
du l'égime féodal, les cliargos d'avoués se convertirent en llefs recherchés par les familles nobles, tmnsniis héréditairement, cessibles à pris d'argent, et subdivisés souvent plus qu'il ne convenait aux intérêts des monastères. Gréés [Ktur soutenir ces derniers soit à main armée, soit avec le secours des tribunaux séculiers, lesavoués en devinrent souvent les premiers ennemis. Personne ne les opprimait davantage et ne se montrait plus exigeant à leur égard que ces dangereux protecteurs. Oe là entr'eux et les couvenls des conventions toujours mobiles et renouvelables À la volonté de chaque nouveau titulaire.
L'abbé Guillaume associa ainsi, en 1236, Kobert, évoque de Clermont, et après sa mort le duc de Btmrgogne, HU droil de garde et de prolection de la lerre de Marmagne, à l'exception du tîef occupé par Barthélémy de Favert, du prieuré, de l'église, des dîmes, du four, d'un pré et des moulins.
F.n deboi-s de ces réserves, tes revenus, la justice, les dniits seigneuriaux delà terre de Marmagne étaient communs au due el à l'abbé. Ils s'étaient réciproquement inlerdil d'eu distraire un seul serf et d'y retenir cea» venus d'ailleurs. S'il se comnu'tlait un délit en l'absence de leui's repn'sentants. eelui qui se trouvait présent pouair les dénonciations et accepter caution pro-
entrer dans la communauté; le prieur et le prévôt se jurèrent mutuellement fidélité, et s'engagèrent ii respecter réciproquement les droits de leurs seigneurs.
A ces conditions, le duc s'engageait à tenir sous son patronage et sous sa garde la terre de Marmagne, ses habitants et tous les droits d(» Tabbaye, sans pouvoir jamais aliéner cette terre ni en céder le revenu à personne, même pour un temps déterminé. I.e fort de Mannagne étant encore, comme les donjons du X* siècle, entouré de fossés et d'une simple palissade en bois, le duc exigea qu'en cas de suppression de cette clôture, les moines fissent construire à leurs frais les parapets et le tablier du ponl-levis: dans le cas où il aurait voulu y l>àtir une forteresse en pierres, il ne pouvait contraindre ïes moines à lui fournir des corvées. *
Béatrix, comtesse de Chalon, était en différend avec f'Uillaume au sujet de la distinction de leurs serfs, habitant douze manses appelées Comtaut, près du prieuré de Chenôves. Son prévôt, confondant sans cesse par erreur ^u à dessein ceux de sa suzeraine avecc^ux de Tabbave,
inquiétait c>es derniers par des taxations arbitraires, «âlgréson caractère altier et les vexations qui l'avaient ^ndue redoutable à l'église de ('.halon, la comtesse re-" connut qu'elle ne devait lever sur les serfs de Saint-Martin que trente sous à carnaval, et trente autres au moment ^ "ft foire de Chalon. Les manses en friche et sans te- '^^'ers restaient à la discrétion du prieur, qui devait * donner à cens aussitôt qu'il se présentait des colons.
•Ch
arte n" kX,
23 s ABBATE
Sur SOD l'cfus, ou sur un simpl» retard de sa paii, le prévdl df la comtesse pouvait en disposer lui-même. Le clos des moines et leurs autres vignes étaient francs de toute redevance (1236). '
Le comte Jean de Chalon, tilsde Béatrîx. tomba quelques années après en contestation avec Saint-Martin au sujet de leurs droits mutuels sur les terres et les hommes de ChenAves et de Bragny. Il fut convenu entre les parties que Bragny, Chenûves et leui-s dépendances seraient placés sous ia protection du comte de Chalon. Le droit de parée ( consistant à héber(;er le seigneur dans ses visites) possédé par le comte sur la terre et les hommes de Bragny, fut converti en une redevance annuelle de sept livres des foires de Souvigny. payables avant le mois de novembre. 1^ prévAt de CharoUes, son otHcier, devait se faire remettre, par chaque homme de Bragny possédant un attelage de bœufs, un bichet de seigle, mesure du pays, et par ceux qui possédaient des maisons et point de bœufs, un demi-bichct. Les habitations situées dans t'enceinte de Bragny, restaient sujettes comme par le passé au service militaire du comte. Les habilations da dehors ne l'étaient qu'en cas d'appel général de toute la terre, lorsque le ban et l'arrière-ban étaient convoqués. I.e prieur de Bn^ny, devait fournir au comte des chars oomlé.
amendes provenant de confiscations de ce genre se partageaient par moitié entre le prieur et le comte. Celui-ci envoyait à Bragny un représentant pour toucher sa moitié, sans pouvoir toutefois y entretenir un prévôt ou un sergent. Les amendes prononcées pour délits commis dans la maison du prieur^ dans le prieuié, dans son enceinte, dans son pourprix, appartenaient exclusivement au prieur^ excepté en c^is d'homicide : al(»rs elles devenaient communes. Le comte s'en n»féra, pour (^henôves, à l'accord déjà fait avec sa mère Béatrix, en y ajoutant toutefois que les moines seraient libres de charrier partout où ils le voudraient leur vin et leur blé sans opposition, et que le prieur de Chenôves, ainsi que les habitants, auraient droit d'usage, comme par le passé, dans les bois de Bragny. La justice de Chenôves était rései^vée également au prieur ; il ne la partageait que dans les c^s d'homicide ou di» mutilation de» membres. Toutes les fois que le comte ou ses successeurs rendraient hommage au sujet de ces droits à Tabbé de Saint-Martin, cet abbé était tenu de leur payer sept livres, dont cent sous prélevables sur les hommes de Bragny, et quarante sur ceux de Chenôves. A ces conditions, le prieuré et les moines pouvaient demeurer en repos et en liberté; le comte les prenait sous sa sauvegarde et sa défense (1232). '
Ces transactions, conclues après de grandes et de longues ditiicultés, étaient à peine signées, qu'un différend d'une nouvelle espèce s'éleva entre l'abbaye et le mitre, et les frères tant lépreux q^i'en santé de la lépro-
1 Cbarle o* 47.
série d'Avallon. Quelques terres du prieuré leur avaient ét<^ données fi cens, sous la condition de rendre un tiers des récoltes. Os tierces n'étant pas exactement payées, les moines de Saint-Martin prétendirent rentrer dans leurs possessions, et les cultiver à leurs frais et convenances lin partage intervint, en vertu duquel un tiers de ces terres rentra dans la propriété de l'abbaye; les deux autres restèrent aux lépreux, passibles seulement d'une redevance de douze deniers payables à la Saînt-Remî. Ils cédèrent, k perpétuité, deux arpents entre l'étang d'Avallon et le chemin d'Agnent, et s'engagèrent à ne rien acquérir dorénavant sans le consentement des moines(l232). '
Sous les fosses du chAteau de Cussy-la-Colonne, possédé par Philippe d'Antigny, s'étendaient des terres appartenant à l'abbaye. I.<es habitants du chAteau s'en étaient approprié une assez grande partie. Le chAteau lui-même était soumis à une rente de trois sous au profit du monastère. Philippe consentît à reconnaître cette dette et à relâcher ces usurpations, mais à la condition que les religieux lui céderaient A Cussy une maison dans laquelle il s'engageait d'ailleurs h entretenir à ses frais deux religieux, sauf le vêtement que l'abbaye devait leur
mort duquel le tout devait revenir à Saint-Martin. 11 accorda aux deux moines l'entrée de son château et de sa chapelle pour y célébrer Tofiice divin. Hugues de Pagny, son frère, qui confirma ce traité, nourrissait lui-même deux religieux dans sa maison de Cussy-le-Chàtel, suivant un usage fréquent parmi les seigneurs (1241). *
A c6té de ces transactions complexes, consenties dans un but d^intërét et de protection réciproques, les donations continuent et reçoivent des croisades une impulsion nouvelle. Hugues de Teman, afin d'obtenir sa sépulture à Saint-Martin et des prières pour le salut de son âme et de celle d'Agnès sa femme, donne sa vigne de Van-Bertrand, sise à Verrière, et laisse d'abondantes aumônes à plusieurs églises du Morvan *, Plus tard, prenant la croix, il se recommande aux prières de Tabbaye par de nouvelles libéralités. Hugues de la Tour imite ces dispositions, et prend aussi la croix. Eudes de Sully, chanoine d'Âutun, partant pour la Terre sainte, lègue, entr'autrtes dons, quarante livres dijonnaises, afin de faciliter l'acquisition du champ de la Pierre de Saint- Martin, dans la paroisse d'Agneot près Avallon. '
Eudes, maire * de Marey , et Sarrone ou Sara sa femme, donnent le quart leur appartenant dans la terre de Marey, propriété indivise entr'eux et Tabbaye. Il fut stipulé que
I Pérard, p. 447-4A8.
> Charte n» 53.
* Charle n« 88.
* C'était un agent qui réunissait à l'administration des terres, l'e&ercice de la justice. [V. Du Cange, au mot major, ]
242 ABBAfE
si la femme domeuratt veuve sans enfants ou se consacrait à la vie religieuse, ses biens personnels appartiendraient au couvent, qui lui desservirait une prébende de pain et de vin, comme à un moine, aussi longtemps qu'elle resterait sur ses domaines et sons sa juridiction (1246). '
Jean , cheval ier, seigneur de CI)fltîllon-en-Bazois, abandonne aux religieux de Sainte-Martin, pour l'anniversaire de son père et de sa mère, la justice et juridiction, les cens et coutumes possédées par lui sur le Meix, Rnageet territoire d'Urcey, voisin de la terre defiunas appartenant à l'abbaye. Ces cens et coutumes consistaient en deux minots d'avoine, une trtmsse de foin, trois sous, trois deniers, un septier de vin, quatre charrois de six bœufs chacun, avec les collectes et les tailles. Il leur cède également le fief tenu à Urcey par la veuve de Guy de Uigoine, chevalier, et dans lequel les filles ne pouvaient se marier, ni les fils embrasser Tétat cccléûastique sans le consentement dudii sieur de Ch&tillon. Il leur abandonne la justice de la terre de Marzy, s'engage à ne rien réclamer des coutumes, censives, hommes et revenus possédés par les religieux k Uontchainoia , Vautelles. Abbon, Marzy, lx>ugrand et Hootnlu-Bois , Monte de £<uca(ia58). *
embarrassés par suite de guerres., de dépenses de luxe^ de débauches ou de départ pour la croisade, se voyaient dans la nécessité d'engager leurs terres ou de les aliéner. Ils préféraient les vendre ou les engager à des couvents, parce qu'ils espéraient y trouver du moins un avantage spirituel', et que surtout ils avaient la certitude d'être payés sans être obligés d'en venir à des réclamations à main armée, comme il arrivait souvent avec leurs pairs. Les abtNiyes, sagement administrées et possédant des fonds de réserve, étaient leur ressource en pareils moments, et les abbés des banquiers prêtant à des conditions moins onéreuses que les Juifs et les Gahorsins '. Citons-en quelques exemples.
Guyd'Arroux, chanoine de Beauneet d'AVallon, poussé par des membres de sa famille, pour le compte desquels il agissait peut-être, avait engagé à Tabbaye, moyennant un prêt de cinquante livres parisis, sa maison d'Ârroux avec ses dépendances , ses prés, situés sur TArroux et VAscarrtm, et en général toutes ses propriétés en ce lieu. Parmi elles se trouvait Tancien étang du duc, mentionné sous le vierg Raynald, et tombé depuis en domaine privé'. N'ayant pu se libérer, il vendit le tout à Guillaume de Loges, chevalier, qui le revendit lui-même à labbaye de Saint-Martin , au prix de vingt-neuf livres parisis, avec les hommes de Champ-Chauvain et le mou-
* Harter. — Tableau des InaUtaUons de l'Eglise, L II, p. 134. ' Banquiers ainsi nommés de la Tille de Cahors en Languedoc, où l« commeroe de l'argent par des chrétiens ayait pris naissance. ' Charte n* 53.
lin 4« Tarogne, attaché autrefois à la Vièrie d'Autvn*. L'abbaye céda en outre h Guillaume de L(^es, sa vie durant et celle de sa femme, le prieuré du Fefte, près Arnay-le-Duc, à la condition d'y entretenir deux moines. Cette vente devait être ratifiée par le duc et ia dacheue de Bourgogne, qui avaient possédé autrefois une partie des propriétés de l'Arroux (1245-1248).
Henri de Brandon, seigneur complètement ruiné par suite de la croisade, et qui vendait de tous côtés ses propriétés au duc de Bourgogne et aux abbayes, fut obligé de recourir k la bourse de l'abbé de Sainlr-Martin , qui lui avança quatre cent quarante livres viennoises*. Il engagea la terre de Thil-sur-Arroux, chfttellenie importante défendue par une forteresse, avec les village» de Demitry, Chavigny et Souves, ainsi que leurs hommes et jusqu'aux habitants du cbàteau. H prêta hommage à l'abbé, et promît de faire ratifier cet engagement par Regnault et Elisabeth de Semur, de qui il relevait (1249). Le remboursement des quatre cents livres s'opérant lentement, Pierre Oiarvot, prévdt d'Uchon, et Morel Piaux de Luty , se constituèrent caution de Jean de Chastel-Vilain, seigneur de Luzy, héritier de Henri de Brancion, pour une partie de la somme prêtée à ce der-
DK SAINT-MARTIN. 245
prunts, cautionna cet engagement, et plus tard cette terre resta définitivement à Saint-Martin, faute par les débiteurs de se libérer. *
Guy de Ville-Arnoul, chevalier, emprunte à Tabbé de SaintrMartîn la somme de quatre cents livres. Dans Tîmpossibilité de s^acquitter autrement, il lui vendit, pour cent livres, la justice haute et basse sur les terres qu'il possédait à Sommant, Tavernay, la Celle, Monthelon, sur sa maison de Lépanneau, et devint dès lors tenancier de Tabbé, à qui il rendit hommage comme à son suzerain. '
La prospérité de Tabbaye, les soins éclairés donnés par Guillaume à sa direction, étaient un motif pour attirer sur elle comme sur lui l'attention et la bienveillance des souverains pontifes. 11 sut mettre à profit ces dispositions dans rintérét de sa maison et dans l'intérêt de sa personne : il en accrut d'autant les immunités de Tune et la dignité de Fautre. A sa sollicitation , le pape Innocent IV, au concile de Lyon en 1245, et plus tard Alexandre IV, renoncèrent à prélever sur Saint-Martin ces droits de procuration^ y qui représentaient les charges et les dépenses auxquelles étaient astreintes les églises vis-à-vis des évéques et des papes, dans les visites qu'elles recevaient d'eux, droit moitié féodal et moitié ecclésiastique, analogue aux droits seigneuriaux de parée et de gtte. Ces droiti, étendus à toute la chrétienté par la cour
* Notes maniucriles des archifes de TETéché d'Autun.
> Charte n" 74.
> Charte n** 54 e( 55.
244 ABBATK
lin de Tarogne, attaché autrefois à la Viérie d'Autun*. L'abbaye céda en outre à Guillaume de Logea, sa vîe durant et celle de sa femme, le prieuré du Feete, près Arnay-le-Dnc, à la condition d'y entretenir deux moines. Cette vente devait Atre ratifiée par te duc et la dachease de Bourgogne, qui avaient possédé autrefois une partie des propriétés de l'Arroux (I245-I248).
Henri de Brancion, seigneur complètement ruiné par suite de la croisade, et qui vendait de tous cAtés ses propriétés au duc de Bourgogne et aux abbayes, fut obligé de recourir h la bourse de l'abbé de Saint-Martin , qui lui avança quatre cent quarante livres viennoises*. 1) engagea la terre de Thil-sur-Arraux, chfttellenie importante défendue par une forteresse, avec les villages de Demitry, Chavigny et Souves, ainsi que leurs hommes et jusqu'aux habitants du château. 11 prêta hommage A l'abbé, et promit de faire ratifier cet engagement par Renault et Elisabeth de Semur, de qui il relevait (1349). Le remboursement des quatre cents livres s'opérant lentement, Pierre Qiwot, prévAt d'lIchon,etHorel Piaux de Luzy, se constituèrent caution de Jean de Chastel-Vilain, seigneur de Luzy, héritier de Henri de Brancion, pour une partie de la somme prêtée à ce der-
prunts, cautionna cet engagement, et plus tai*d cette terre resta définitivement à Saint-Martin, faute par les débiteurs de se libérer. *
Guy de Ville-Arnoul, chevalier, emprunte à Tabbé de SaintrMartin la somme de quatre cents livres. Dans l'impossibilité de s'acquitter autrement, il lui vendit, pour cent livres, la justice haute et basse sur les terres qu'il possédait à Sommant, Tavernay, la Celle, Monthelon, sur sa maison de Lépanneau, et devint dès loi*s tenancier de l'abbé, à qui il rendit hommage comme à son suze-
rain. '
La prospérité de Tabbaye, les soins éclairés donnés par Guillaume à sa direction, étaient un motif pour attirer sur elle comme sur lui l'attention et la bienveillance des souverains pontifes. 11 sut mettre à profit ces dispositions dans rintérét de sa maison et dans l'intérêt de sa personne : il en accrut d'autant les immunités de Tune et la dignité de l'autre. A sa sollicitation , le pape Innocent IV, au concile de Lyon en 1245, et plus tard Alexandre IV, renoncèrent à prélever sur Saint-Martin ces droits de procuration^ y qui représentaient les charges et les dépenses auxquelles étaient astreintes les églises vis-à-vis des évéques et des papes, dans les visites qu'elles recevaient d'eux, droit moitié féodal et moitié ecclésiastique, analogue aux droits seigneuriaux de parée et de gtte. Ces droite, étendus à toute la chrétienté par la cour
* Notes maniucrites Ae* archÎTes de l'Efèché d*AiUun.
> Charte n** 74.
> Charte n- 54 et 55.
244 aBbate
lin de Tarogne, alUché autrefois à la Fierté d'Àutun'. L'abbaye céda en outre h Guillaume de Loges, sa vie durant et celle de sa femme, le prieuré du Feete, près Arnay-le-Duc, à la condition d'y entretenir deux moînee. Cette vente devait être ratifiée par le duc et la duchesse de Bouifi^ne, qui avaient possédé autrefois une partie des propriétés de l'Arroux (1245-1248).
Henri de Brandon, seigneur complètement miné par suite de la croisade, et qui vendait de tous cAtés ses propriétés au duc de Bourgogne et aux abbayes, fut obligé de recourir à la bourse de l'abbé de Saint-Martin , qui lui avança quatre cent quarante livres viennoises*. I) engagea la terre de Thil-sur-Arroux, chfllellenie importante défendue par une forteresse, avec les villages de Demitry, Chavipy et Souvee, ainsi que leurs hommes et jusqu'aux habitants du château. Il prêta hommage à l'abbé, et promit de faire ratifier cet engagement par Regnault et Elisabeth de Semur, de qui il relevait (1249). Le remboursement des quatre cents livres s'opérant lentement, Pierre Qiarvot, prévôt d'Uchon, et Horei Piaux de Luzy, se constituèrent caution de Jean de Chastcl -Vilain, seigneur de Luzy, héritier de Henri de Brancion, pour une partie de la somme prêtée à ce der-
prunts, cautionna cet engagement, et plus tard cette terre resta définitivement à Saint-Martin, faute par les débiteurs de se libérer. *
Guy de Viile-Arnoul, chevalier, emprunte à l^abbë de SaintrMartin la somme de quatre cents livres. Dans l'impossibilité de s'acquitter autrement, il lui vendit, pour cent livres, la justice haute et basse sur les terres qu'il possédait à Sommant, Tavernay, la Celle, Monthelon, sur sa maison de Lépanneau, et devint dès lors tenancier de l'abbé, à qui il rendit hommage comme à son suzerain. '
La prospérité de l'abbaye, les soins éclairés donnés par Guillaume à sa direction, étaient un motif pour attirer sur elle comme sur lui l'attention et la bienveillance des souverains pontifes. 11 sut mettre à profit ces dispositions dans rintérét de sa maison et dans Tintérét de sa personne : il en accrut d'autant les immunités de Tune et la dignité de l'autre. A sa sollicitation , le pape Innocent IV, au concile de Lyon en 1!245, et plus tard Alexandre IV, renoncèrent à prélever sur Saint-Martin ces droits de procuration^ y qui représentaient les charges et les dépenses auxquelles étaient astreintes les églises vis-à-vis des évéques et des papes, dans les visites qu'elles recevaient d'eux, droit moitié féodal et moitié ecclésiastique, analogue aux droits seigneuriaux de parée et de gtte. Ces droite, étendus à toute la chrétienté par la cour
* Notes manuflcriles de» archifes de TETèché d'Aulun.
> Charte n" 74.
> Charte n** 54 et 55.
lin de Tarogne, atUché autrefois k la Viérie d'Autun'. L'abbaye céda en outre à GuîDaume de Loges, sa vie durant et celle de sa femme, le prieuré du Feçte, près Arnay-le-Duc, à la condition d'y entretenir deux moines. Cette vente devait être ratifiée par le duc et la dachesse de Bouifogne, qui avaient possédé autrefois une partie des propriétés de l'Arroux (1245-1246).
Henri de Brandon, seigneur complètement ruiné par suite de la croisade, et qui vendait de tous cdtés ses propriétés au duc de Boui^ogne et aux abbayes, fut obligé de recourir à la bourse de l'abbé de Saint-Martin , qui lui avança quatre cent quarante livres viennoises*. Il engagea la terre de Thil-sur-Arroux, chfttellenie importante défendue par une forteresse, avec les villages de Demitry, Chavigny et Souves, ainsi que leurs hommes et jusqu'aux babitants du cbàteau. Il prêta hommage A l'abbé, et promit de faire ratifier cet engagement par Renault et Elisabeth de Semur, de qui il relevait (1249). Le remboursement des quatre cents livress'opérant lentement, Pierre Oisrvot, prévdt d'Uchon, et Horel Piaux de Luiy, se constituèrent caution de Jean de Chastel-Vilain, seigneur de Luzy, héritier de Henri de Brancion, pour une partie de la somme prêtée à ce der-
prunts, cautionna cet engagement, et plus tard cette terre resta définîtivenient à Saint-Martin, faute par les débiteurs de se libérer. *
Guy de Ville-Arnoul, chevalier, emprunte à Tabbë de SaintrMartin la somme de quatre cents livres. Dans Timpossibilité de s'acquitter autrement, il lui vendit, pour cent livres, la justice haute et basse sur les terres qu'il possédait à Sommant, Tavernay, la Celle, Monthelon, sur sa maison de Lépanneau, et devint dès lors tenancier de Tabbé, à qui il rendit hommage comme à son suzerain. *
La prospérité de Tabbaye, les soins éclairés donnés par Guillaume à sa direction, étaient un motif pour attirer sur elle comme sur lui Tattention et la bienveillance des souverains pontifes. Il sut mettre à profit ces dispositions dans rintérét de sa maison et dans l'intérêt de sa personne : il en accrut d'autant les immunités de Tune et la dignité de l'autre. A sa sollicitation , le pape innocent IV, au concile de Lyon en 1245, et plus tard Alexandre IV, renoncèrent à prélever sur Saint-Martin œs droits de procuration*, qui représentaient les charges et les dépenses auxquelles étaient astreintes les églises vis-à-vis des évéques et des papes, dans les visites qu'elles recevaient d'eux, droit moitié féodal et moitié ecclésiastique, analogue aux droits seigneuriaux de parée et de gtte. Ces droite, étendus à toute la chrétienté par la cour
* Notes manuscriles des archifes de TEféché d*Auiun.
> Charte n« 74.
1 Charte n** 54 et 55.
HA ABBATK
lin de Tarogne, attaché autrefois à la Viérie d'Autun'. L'abbaye céda en outre à Guillaume de Loges, sa vie durant et celle de sa femine, le prieuré du Feste, près Arnay-le-Duc, k la conditiond'y entretenir deux moines. Cette vente devait être ratifîëe par le duc et la dachesee de Bourgogne, qui avaient possédé autrefois une partie des propriétés de l'Arroux (1245-1248).
Henri de Brancion, seigneur complètement rainé par suite de la croisade, et qui vendait de tous cAtés ses propriétés au duc de Boui^ogne et au^i abbayes, fut obligé de recourir à la bourse de l'abbé de Saint-Martin , qui lut avança quatre cent quarante livres viennoises *. Il engagea la terre de Tbil-sur-Arroux, chAtellenie importante défendue par une forteresse, avec les villages de Demitry, Chavigny et Souves, ainsi que leurs hommes et jusqu'aux habitants du cbftteau. Il prêta hommage à l'abhé, et promit de faire ratifier cet engagement par Regnault et Elisabeth de Semur, de qui il relevait (1249). Le remboursement des quatre cents livress'opéranl lentement, Pierre Qiarvot, prévAt d'Uehon, et Horel Piaux de Lucy, se constituèrent caution de Jean de Chastel -Vilain, seigneur de Luzy, héritier de Henri de Brancion, pour une partie de la somme prêtée à ce dernier. Jean de Chastel-Vilain, réduit lui-même aux em-
pruots, cautionna cet engagement, et plus tard cette terre resta définitivement à Saint-Martin, faute par les débiteurs de se libérer. *
Guy de Ville-Arnoul, chevalier, emprunte à Tabbë de Suot-Martin la somme de quatre cents livres. Dans Fimpossibilité de s'acquitter autrement, il lui vendit, pour œot livres, la justice haute et basse sur les terres qu'il possédait à Sommant, Tavernay, la Celle, Monthelon, sur sa maison de Lépanneau, et devint dès lors tenancier de Tabbé, à qui il rendit hommage comme à son suzerain.»
La prospérité de Tabbaye, les soins éclairés donnés par (^illaume à sa direction, étaient un motif pour attirer sur elle comme sur lui l'attention et la bienveillance des ^verains pontifes. 11 sut mettre à profit ces dispositions dans Tintérét de sa maison et dans Tintérét de sa personne : il en accrut d'autant les immunités de Tune et la dignité de l'autre. A sa sollicitation , le pape Innocent lY, au concile de Lyon en 1245, et plus tard Alexandre IV, renoncèrent à prélever sur Saint-Martin ces droits de procuration*, qui représentaient les charges et les dépenses auxquelles étaient astreintes les églises vis-à-vis des évéques et des papes, dans les visites quelles recevaient d'eux, droit moitié féodal et moitié ecclésiastique, analogue aux droits seigneuriaux de parée et de gtte. Ces droitl^, étendus k toute la chrétienté par la cour
* Notes manuscrites des archiTes de rEvéché d*Aiilun.
i Charte n* 74.
> Charte n" 54 et 55.
de Rome, à raison de sa suprématie universelle et de la nécessité où elle pouvait être d'envoyer partout des légats ou des représentants, étaient prélevés par un dignitaire ou un envoyé muni d'une commission spéciale à cet effet. Cette perception, tantôt arbitraire et tanlAt fixe, sninnt les besoins de l'Eglise ou la volonté des papes, constituait un bénéRce; elle était ordinairement confiée k un haut titulaire, qui souvent s'en débarrassait lui-même sur un remplaçant à gages, et se réservait une somme Axe sur son produit. Cette immunité , pas plus que d'autres, ne plaisait beaucoup à l'évéque d'Autun on à ses représentants, dont elle pouvait réduire les remises. Elle n'empêcha pas, en 1298, Henri de Villars, archevêque de Lyon, administrateur du diocèse d'Autan pendant la vacance, et autorisé à lever dans toile la province le tribut des provisions, de le réclamer à l'abbaye et au prieuré d'A vallon. Elle n'empêcha pas non plus, seize ans plus tard, un de ses successeurs de lancer une excommunication contre les moines et leurs gens de Granges et de Chenêves, à raison de leur refus de l'acquitter. Il ne fut pas difficile d'obtenir, dans l'un et l'autre cas, la renonciation à des prétentions si mal fondées, et la levée d'une excommunication qui n'était qu'un acte de dépit. ■
DE SAINT-MARIIN. 247
appelé du nom de prélat, se plaçant ainsi de la manient h plus éclatante sur le pied d'égalité avec les évéqucs, et doonant un démenti au titre qu'il prenait en tête de ses chartes : Minister humilis monasterii, *
Ces distinctions honorifiques, hautement réprouvées par saint Bernard , repoussées par plusieurs évéques comme incompatibles avec le vœu d'humilité, après avoir été accordées d^abord par les papes en récompense de services rendus à TEglise ou en témoignage d'estime particulière pour des chefs d'Ordre, pour des abbés d'un talent ou d'un caractère éminent, avaient fini par devenir d'un usage général au XIP siècle, et plusieurs avaient obtenu à prix d'argent ce qui n'aurait jamais été accordé à leur seul mérite. Ces concessions, faites à des abbayes situées dans l'enceinte ou dans le voisinage d'une ville épiscopale, manquaient rarement d'exciter la Jalousie des évéques. Ils ne voyaient pas sans peine s'élever à côté d 'eux des dignitaires revêtus des mêmes prérogatives, possédant des richesses souvent supérieures et, par les nombreuses dépendances de leurs abbayes, dirigeant en quelque sorte un diocèse dans leur diocèse. C'était un nouvel élément de discorde entre les évéques et les abbés, qui étaient déjà en guerre au sujet de l'exemption des monastères. (]eux-ei cherchaient à en tirer un appui en faveur de leur indépendance ; ceux-là y trouvaient un motif de plus pour l'attaquer. *
* Dans le calendrier d*un Antiphonairc manuscrit de Saint Mar- Uq, on Usait à la date du décès de Guillaume : /fie important ponti- (iratia.
* V. Hurler, t. II, p. 238.
L'abbaye de Saint-Hartin l'éprouva bientôt. Quoique de siècle en siècle ses franchises eussent été renouvelées d'une manière assez formelle par des bulles pontificales, l'évéque d'Autun paraissait disposé moins que jamais j) les reconnaître. Gérard de la Roche de Beauvoir, de la famille de Chastellux, saisit la première occasion d'humilier l'abbé qu'on venait d'égaler ii lui : il surprit & la bonne foi du souveriùn pontife des lettres confinnant en sa faveur les droits de visite, de correction et de prédication dans l'abbaye, les représentant comme un usage depuis longtemps établi, et se taisant avec soin sur le privilège primitif auquel ils étaient contraires. L'abbé repoussa ces prétentions avec énergie; il réclama au souverain pontife, qui commit l'abbé de Saint-Martin de Nevers pour examiner le litige. Sur son rapport favorable, le pape annula coup surcoup, dans le mèrae mois, les décisions rendues dans l'ignorance des faits de la cause. Un traité fut conclu par l'intermédiaire de Jean, cardinal de Saint-Laurent, et de Hugues, cardinal de Sainte-Sabine '. L'évéque renonçait à visiter l'abbaye, à y prêcher et porter la correction en temps ordinaire. Il renonçait Ji s'immiscer dans l'élection de l'abbé, sauf à la confirmer ou à l'infiriner après le choix des moines, sauf aussi k lui donner sa bénédiction hors de la clèture,
mer, dans le cours de cette visite, ce qui lui paraîtrait irrégulier. Ce droit de correction emportait avec lui le draitd'interdire, desuspendre, d'excommunier les moines 00 l'abbé. Il ne pouvait se prolonger au-delà d'une seule journée. Il ne permettait pas à Tévéque de passer la nuit et de prendre aucun repas dans Tabbaye. L'évéque, et pour lui l'archidiacre et Tarchiprétre d'Autun, étaient exclus du droit de présenter à la dignité d'abbé et aux offices claustraux, de convoquer le peuple dans l'enceinte de la clôture, et d'exercer aucune fonction de leur ministère avant ou après la visite.
En compensation, l'abbé et les moines consentirent à porter devant le tribunal épiscopal les procès survenus CDtr'eux. Si l'abbé, cité à la requête de ses moines, faisait défaut ou refusait de se soumettre à la sentence, il pouvait être suspendu de la célébration de l'office divin. Si c'était au contraire le couvent qui ne comparût pas, l'interdiction le privait de la célébration solennelle et à haute voix , de l'office qui devait alors se réciter à voix basse, les portes fermées, excepté aux fêtes de Noël, de Pâques, de la Pentecôte et de Saint- Martin. Si le différend existait entre le prieur et les moines, l'excommunication était applicable aux uns et aui autres.
Là se bornait la juridiction de Tévêque et de son officiai. Ils ne pouvaient évoquer de leur propre autorité aucune cause du monastère*, ils ne pouvaient, dans aucune de celles portées devant eux, prononcer d'autres peines que celles que nous venons de citer,* encore même rappel étaitril ouvert aux moines, si la sentence leur paraissait trop sévère.
252 ABBAVK
élevaient sur son indépendance et sur sa direction spirituelle les mêmes prétentions que les seigneurs sur ses domaines. Le choix des moines tomba sur Michel de Heurseaut , prieur du Feste, dont la famille donnait à la même époque un chanoine à l'église de Chalon et un moine à Saint-Martin. 11 ne serait pas resté trop audessous de sa tflcbe, s^il faut en juger, par la vénération attachée à son souvenir, et la qualification qui lui a été donnée par un de ses successeurs : Abbas felicissima recordalionis et boaœ taemoria.
Son élection fournit à Girard de Beauvoir l'occasion de renouveler les tracasseries qui avaient été déjà, de la part du souverain pontife, Tobjet d'une décision si ferme. Le prélat avait à coeur la question des ornements pontificaux. Dans l'impossibilité d'annuler ces prén^tivcs, il s'efforça, autant qu'il était en lui, d'en suspendre l'effet : il protesta de recbef en refusant nettement de bénir le nouvel abbé. Celui-ci se pourvut en cour de Rome. Sans cbei'cher davantage à vaincre l'obstination de l'év^ue d'Autun, le pape conféra à celui de Nevers de pleins pouvoirs pour le substituer dans cette circonstance. Il autorisa d'ailleurs Michel à user des ornements pontificaux même avant la bénédiction. L'abbé fit reconnaître ce privilège par lesévéques de Nevers et de Chalon,
jettent quelque lumière sur la vie intérieure de l'abbaye. Elle était alors à une époque intermédiaire entre Tâge ascétique et l'âge du relâchement. Les désordres qui avaient signalé le passage de Norgàud, avaient fait place à des mœurs plus régulières et plus tranquilles. Il était érident que la longue administration de Guillaume avait été réparatrice, et que s^il n'avait pas négligé les affaires, ii n'avait pas non plus laissé tomber la piété en oubli. Il était rare, du reste, que ces deux ordres de faits ne marchassent ensemble et ne se prétassent un mutuel appai. L'influence des chapitres généraux n'avait pas été certainement sans résultats favorables. C'était un caractère propre aux institutions monastiques de trouver, dans leur vitalité même , un prompt remède aux blessures qui leur étaient faites par des ennemis étrangers ou par des vices intérieurs. Il suffisait de quelques années dW direction exemplaire pour élever le niveau des mœurs religieuses ; il suffisait de quelques années de négligence pour les laisser retomber au même point ou plus bas encore, entraînées qu'elles étaient par le poids des passions rattachées désormais à un seul mobile, celui de la propriété ; mais jusque-là du moins, cette propriété était restée intacte , et à côté d'elle , malgré elle , une partie des anciennes prescriptions.
Si les rudes observances des premiers Bénédictins , si ces miracles de mortification , que nous avons peine à comprendreaujourd'hui, avaient disparu à la faveur d'une existence plus opulente , on conservait néanmoins des abstinences sévères et une sobriété dans la nourriture et le vêtement, qui témoignaient d'un reste de respect pour une règle avec laquelle on avait admis des accommode-
254 ABBAVE
meots. Sous Guillaume li, sous Michel et sou« son successeur, les veilles, les offices delà nuit, l'ordre desdîvera exercices religieux, étaient eacore fidèlement observés. Si les moines, trouvant le régime du carême trop frugal . avaient obtenu le supplément d'un hareng durant cinq jours de la.Beinaine ', et de treize septiers de vin pour toute la durée de la sainte quarantaine * i, si, pour le vêlement, ils s'étaient fait donner une pelisse diaque année, tandis quie jusque-là on ne la donnait que tous les deux ans *, txs adoucissements et d'autres semblables ne faisaient qu'alléger l'abstinence et la pauvreté sans les détruire. Les aliments étaient maigres durant toute l'année ; les œufs * formaient une exception réservée aux jours de la célébration des anniversaires ; encore les moines, sous l'abbé Pierre , consentirent-ils à y renoncer durant cinq années consécutives, pour aider à payer quelques dettes du monastère. Les repas , composés habituellement d'une livre de pain, de poisson, de l^mes cuits et de fruits, se prenaient , l'un à midi , l'autre le soir avant la iîn du jour. !.« silence le plus profond était observé pendant leur durée. On employait , pour se faire
comprendre, les signes manuels recommandés par la règle de saint Benoît, et transcrits à la suite de tous les statuts particuliers des monastères *. Suivant cette môme règle, chaque moine était chargé alternativement de préparer les aliments et de veiller au service de la cuisine, afin de maintenir* intact le précepte du service mutuel dans an exercice où Von acquiert^ dit saint Benoît, plus de mérite et de charité. Il était interdit de prendre aucune nonrritare hors des repas, même en temps de jeûne, si cen'estdereau.
La prière, ce soutien spirituel de la discipline, reçut sous Michel un nouveau développement. Il multiplia les associations régnant entre son abbaye et presque toutes celles de la Bourgogne au sujet des offices des morts. Il ^iit une pieuse et nouvelle coutume destinée au soulagement des frères décédés. Elle consistait, à la mort de chaque moine de Saint-Martin et des prieurés de Saint- Pierre-le-lfoûtier,Saint-Saulge, Anzy, Commagny, Aval- Ion, adonner, depuis le jour du décès jusqu^à la fin de Tannée et dans le lieu même du décès, une prébende de vivres à un prêtre tenu de célébrer la messe à Tintention du défunt. Cet usage persista jusqu'à rétablissement de la congrégation de Saint-Maur, qui le remplaça par les prières habituelles.
De temps à autre, comme ses prédécesseurs, Michel avait à soutenir des différends avec la noblesse etnotam-
< V. 5ur l*énuméraUoii et l'explication de ces signes, D. Marlenne : De antiquiê monachorum rilibus , p. 884 et suivante; et Unirersité catholique, juillet 1838.
256 ABBiVK
ment avec le duc de Bourgogne. Le duc Hugues IV prétendait à la justice haute, moi^enne et basse, et iui dimt de main-morte sur les terres de Girolles, Tarot, Etaules, Agneot, Tbory, Vacy, sur les granges du bois de Saint- Martin, près de la chftlellenie de ce nom. il prétendait & la propriété et à l'héritage des gens du prieuré d'Avallon qui se mariaient sur ses domaines. Les moines, de leur cdié, soutenaient que leurs vassaux pouvaient s'étaUir dans la chfltellenie d'Avallon sans payer de taxe de franchise. Le duc, reconnaissant la justesse de leurs objections, consentit à accorder ce dernier privilège à six familles du prieuré d'Avallon. 11 abandonna ses prétentions sur la justice de la terre de Granges , de Chendves et autres lieux de la ch&tellenie de Buxy; permit aux religieux d'y élever des potences en signe de juridiction ; renonça k la taille que son châtelain de Chalon voulait exiger des hommes de Granges. Il se réserva seulement un ancien péage dont il jouissait sur cette terre et sur Ghenôves. Il convertit en une redevance de quatre-vingts bichets de seigle par an, la moisson qu'il prélevait à Bragny. Il laissa l'abbaye jouir de ses usages dans tous les bois ducaux situés près d'Autun, excepté dans ceux de Cordesse et de la rive gauche de l'Arroux, et lui permit d'acheter à Marmagne, en toute franchisée! propriété, d<?s leiTPS pour oircuper une charrue, sans réclamer la
oeax que tenaient de lui Guillaume le Bègue et Jean Damoiseau. Un si grand nombre de concessions ne pouvait être tout-à-fait désintéressé ; le duc obtint en échange une somme de huit cents livres et la terre de Saint-Ilier, entre DAle et Ghoisey*. Ces acquisitions se rattachaient à un système général par lequel il cherchait à étendre partout ses domaines et à soumettre à foi et hommage plusieurs grandes terres nobles possédées auparavant par les seigneurs en franc-alleu. Il avait fini par devenir mattre des plus belles terres de son duché, des unes comme seigneur dominant, des autres comme propriétaire. On n'est plus surpris de voir dans la suite ses successeurs posséder tant de châteaux et de si grands domaines', et la puissance des premiers vassaux de Bourgogne aller toujours en s'afiaiblissant.
A Michel de Meurseaut, mort de 1 277 à 1 280 % succéda Pierre, dont le nom de famille est inconnu. L'acte le plus curieux de son administration est une charte d'indépendance qu'il se fit consentir par Raoul de Torette, archevêque de Lyon. Ce prélat, à la mort de Jacques de la Roche, évéque d'Autun, en 1286, vint administrer le diocèse pendant la vacance, l/abbé Pierre l'invita à dîner
> Charle n* 79. — (>érard, p. 532.
* Dom Plancher. — Histoire de Bourgogne, t. II , p. 25.
> IirutenlerréconlrelemurcoUaléralde la nef, du côlé de l'épilre, ns-è-fift U chapelle de sainte Marguerite. On voyait sur sa tombe cette simple épitaphe : Hic jacet abbas MickaeL — Son anniversaire fol fondé par Nicolas son frère, chanoine de Chalon, avec le sien et celui d'Amoul son neveu, d*abord curé d'Auxy, puis moine ù Saint- MarUn.
S&8 ABBAVR
et i coucher àSainl-Hartin avec les siens, eti'évéques'j rendit contrairement aux tranBactiona homoli^aées par ie pape entre l'abbé Guillaume et l'évéque Girard de Beauvoir. Pierre, craignant que l'archevêque on ses successeurs s'autorisassent de nette simple politesse pour l'ériger en coutume, fît déclarer par écrit à Raoul qu'il n'était venu à Saint-Hartin ni comme métropolitain, ni comme administrateur du diocèse, mais comme hâtent ami, à la prière de l'abbé, sans intention aucune de poiler par ce fait atteinte aux privilèges du monastère. '
En 1280, le pape Nicolas IV ayant jeté un interdit général sur la France, Pierre obtint de faire continuer l'ofRoe divin à Saint-Martin, àcondition qu'il serait célébré à huis-clos, à voix basse, sans recevoir personne du dehors. '
Depuis le commencement du XII* siècle, les Tondations d'anniversaires s'étaient ronltipltées d'une manière prodigieuse. Sollicitées d'abord par les rois, les aeigneuiB, les ecclésiastiques, elles ne tardèrent pas de l'être par les bourgeois, les hommes de loi et les gens du peuple. A cdté des ducs de Bourgogne; b edté des seigneurs de Vautheot, d'Igomay, de Corebœuf, de Honetoy, de Koussillon, de Muse, de Millery, de Voudenay, d'I:
Hunibaud, Aniaury, Langlois, lii^ort, notaires vX gens de loi, et ceux plus plébéiens des Poymenu, Montaigne, Poilarme, Marescot et Lecamus^ Comme ces anniversaires couraient risque, à raison de leur grand nombre, de tomber dans Toubli ou de ne pas être célébrés à jour fixe, Tabbé Guillaume II, afin de les rétablir, avait fait faire 3oigneusement la recherche de ceux qui étaient à la charge de la manse abbatiale. Mais si leur célébration présentait peu de difficultés, il n'en était pas de même des revenus que leurs fondateurs y avaient afiectés. Ils consistaient en une foule de redevances assises sur des terres et des maisons anciennement possédées par eux et dispersées sur mille points du territoire. Leur recouvrement était une cause continuelle de dérangement et de voyages pour les religieux. Afin d'y obvier, Tabbé Pierre les prit en totalité à son compte, et en échange des avantages qu^il en pouvait tirer, il céda aux moines Tuniversalité de ses droits sur la propriété de la Celle et les censives dont il jouissait sur les hommes, les maisons et les marchés, à Âutun et à Saint-Martin, se réservant quelques grains et autres menus produits quMl ne pouvait toucher que lorsque les moines étaient entièrement satisfaits (1284). Cette difficulté levée, il en restait une autre à faire disparaître. Le successeur de Pierre * , Hugues de Communes (1292), débuta dans l'exercice de sa dignité par un règlement à ce sujet. Il était d'usage, le jour des anniversaires ou de la sépulture de quelque laïque dans Tablmye, que les parents envoyassent à
> Charte ii * 70.
dîner aux moines, souvenir conservé de ces repas funèbres de l'antiquité, qui ont régné dans tout le cours du moyen Age et régnent encore aujourd'hui dans la plus grande partie de nos campagnes. Ces offrandes étaient si nombreuses, qu elles étaient considérées comme de peu de vuieur et qu'on y faisait partidper des personnes séjournant hors de la cliMure. Elles se trouvaient atnu, contrairement k l'intention des donateurs, consommées par des gens qui ne prenaient aucune part aux prières faites pour Je défunt. Quels pouvaient être ces gens désignés dans les chartes d'une manière asses incomplète? Sans doute les grangiers, les ouvriers, les convera, les domestiques attachés à quelque service ou quelque exploitation extérieure. Hugues exclut de cette participation tous ceux que leurs fonctions retenaient au dehors, et la réserva aux reli^eux présents h roffice(lï92).
Il donna, en 1299, sur une question qui n'était pas sans analogie avec cette dernière, une charte curieuse par son vernis de rhétorique, modèle classiqae de la littérature de couvent. Elle parut si belle à ses successeurs, qu'ils la reproduisirent plusieurs fois avec des dispositions diiférentes. H s'agissait simplement d'affecter par cette charte la terre de Dinay, dépendant de la masse abbatiale, h la fourniture des oeufs et du fromage formant la principale nourriture de la maison*. Pour traiter
■ Pierre monrar en 1)93 el fui enterré derant la chapelle de RaiRt-Hilaire, miu uoe tomlw noire. On en royait encore qndqiMi rpiliges au \V1- sitclp, au prnbylère el aux marche* de la chapelle
ce sujet en apparence si prosaïque, l'Ecriture et les SS. Pèfes ne suffirent point à Tabbé de Saint-Martin , il y joignit encore les ressources de sa faconde : « A tous ceux » qui ces présentes verront, frère Hugues, humble abbé « de Saint-Martin, et tout son cx>uvent, salut dans le » Seigneur. Aux saints hommes voués aux œuvres di- » vines, la nourriture temporelle doit être offerte de telle » sorte, que. ceux à qui il a été dit : Cherchez le royaume » de DieUy ne veuillent ni ne puissent être en sou^i de ce » qu'ils auront à manger -, il faut au contraire que les « justes se réjouissent dans le Seigneur^ sachant gu*il ne n tnanque rien à ceux qui craignent Dieu et l'aiment » en vérité. Sans doute, nous et nos successeurs étions » tenus, suivant Tusage, de prendre sur notre manse » les œufs et les fromages du couvent; mais comme » cette fourniture ne reposait point sur des revenus n fixes, il arrivait souvent d'une manière peu conve- » nable qu'elle vint à manquer, et que la bouche des » frères fût liée comme celle du baeuf qui fotile le blé, » Gomme ils n^avaient pas suffisamment pour leur réfec- » tion, ils ne pouvaient faire éclater les psaumes sur le » psaltérion et le décacorde, qui se fnarient agréablement ^ à la lyre dans les hymnes et les chants d'allégresse. Ils n semblaient plutôt suspendre leurs harpes aux saules » (arbres privés de fruit), et chantaient avec langueur » faute d'une convenable nourriture. »
Quoique moins nombreuses que les fondations d'anniversaires, les demandes de sépulture privée à Saint- Martin apparaissent plus fréquentes sous Hugues de Communes que par le passé. C'était pour les familles nobles ou riches un honneur et une consolation do dormir
26S ABBAIR
k l'ombre du cloître parmi les religieux , k c6té. des cendres de ces saints personnages qui avaient illustré Is première période, comme si la sainteté de ce voisinage eût dû protéger leur sommeil et plaider leur cause devant Dieu, Là se rejoignaient souvent les membres d'une même famille, les uns, fervents religieux danslemona»lère, les autres, seigneurs ambitieux dans le inonde. Là se réconciliaient des querelles prolongées pendant toute une vie entre un abbé et un seigneur qui, au moment de sa mort, n'avait pas de signe plus sincère de repentir à donner que de léguer avec son corps des bienfaits posthumes au monastère qu'il avait tourmenté pendant sa vie. Les testaments dans lesquels cette dernière hospitalité était sollicitée, renferment souvent des dispositions curieuses. Les uns liaient au monastère learsarmures, en signe de résignation de leur puissance au moment de la mort, comme ceux qui prononçaient autrefois leurs voeux la résignaient par l'offrande de ces mêmes armes. Les autres, par une sorte de vocation tardive, demandaient à être ensevelis dans l'habit religieux, pensant couvrir leurs fautes sous la livrée de l'abstinence et du renoncement : mais Thabit ne faisait pas.le moine.
En 1277, Guillaume de la Croix, parent des sires de Roussillon, afin d'obtenir sa sépulture dans l'abbaye, lui
DE SAINT-M.iRTlN. 263
lomiic de pierre où il était représenté uriné de pied en cap comme un chevalier. Ce seigneur, après avoir, selon Tusage, recommandé de payer ses dettes et de faire justice aux plaintes qui pourraient s'élever contre lui, légua aux moines une rente de cent sous tournois, son grand cheval de bataille, son paUftxn, son armure complète, un demÎHnuid de seigle par an, destiné à faire du pain aux pauvres de la ville et de la banlieue d'Autun, le jour de son anniversaire, et cent sous le jour de sa mort seulement. Les prêtres qui célébrèrent son service funèbre, reçurent, suivant ses intentions, cinq sous dijonnais et ane pleine réfection. Un très grand nombre d'églises, de tmàsoru-Diêu, de léproseries, de prieurés, d'abbayes, dans TAutunois, le Nivernais, les environs de Dijon, Beaune. Saulieu, Moulins et Nevers, eurent part h ses libéralités, ainsi que ses serviteurs et ses vassaux. '
Un regret avait poursuivi Eudes de Koussillon jusqu'à ses derniers moments, c'était de n'avoir pu aller en Terre sainte. Foroé de renoncer à ce voyage qu'il jugeait sans doute nécessaire au salut de son âme, il voulut du moins y être représenté, et chargea Pierre de Mont-Ancelin de le faire pour lui. Il lui légua, à cet effet, cent livres tournois et une de ses armures complètes, composée d'ung keaulme à visère, un bacignety un pourpoint de crndal, me gorgereUtf un godichet^ des trumelières d'acier y des brassarts, des cuissarts, des chaussons^ un grand couteau et une petite épée. A défaut par ce légataire de prendre part à la prochaine croisade, le tout devait être remis aux
' Supplément charte» n" H et 1).
templiers, afin d'en équiper un chevaiier qui, à «a place et en son nom, irait combattre pour le service de iésua- Christ. '
Le demi-siècle suivant est plein de ces demandes de sépulture ; on retrouve parmi elles les suivantes : Henri Bardoux d'Autun, prêtre, en reconnaissance des curei et des bénéfices dont l'avait comblé l'abbaye, luiconlëce, par donation entre vifs, son corps, ses biens présents et futurs, sa maison placée au faubourg Saiot-Jean-le- Grand, avec les terres, arbres etdroits qui en dépendaient, plus quatre deniers de cens sur un pré attenant à l'église de St^it-Léger-du-C/iemm, et possédé par Simon de Saint-Sympborien '. Pernet de Muse, damoiseau, fonde qufuante messes ;pour obtenir la même faveur, Pierre de Beaune, vierg d'Autun, est enterré dans le dottre à l'entrée de la salle capitulaire. Les femmes elles-mêmes, Marie de Thénissey, une demoiselle de Quincey *, Isabelle de Thury, plusieurs seigneurs de Vautheot*, un Jean de Clugny, un membre de la famille de Vauxelles, figurent parmi les noms des personnages qui reposaient dans l'abbaye. Les moines faisaient des legs et des fondations afin d'obtenir d'être ensevelis dans un lieu désigné par eux. Hugues de Roussillon, religieux, fils d'Eudes de Roiusillon et bienfeiteur de l'abbaye comme son père, fit
llE SÀlNT-MARTIN. 265
à saint Antoine , il donna soixante livres pour la pourvoir d'ornements, de linge, calices, missels et autres objets. Il voulut y être inhumé devant un autel où l'on célébrait chaque semaine Toffice divin à son intention. Un diapelain spécial jouissait de tous les droits et revenus de la terre d-Achereuil, que Tabbaye lui avait abandonnés en compensation de cent livres laissées par Hugues pour subvenir aux frais de cette desserte. <
A Hugues de Communes ' succéda Raynaud, dont peu <k traces sont restées à Saint-Martin. Il fit continuer le cartolaire interrompu sous quelques-uns de ses prédé- ^iSttears, recueillir et mettre en ordre les titres négligés. Son nom figure seulement dans quelques actes de fondation d'anniversaires et dans un accord par lequel Eudes IV, duc de Bourgogne, céda à l'abbaye le pré de l'étang près Avallon, contre une rente de vingt sous affectée è l'anniversaire du duc Robert ' son père. Il fit fcconnattre, devant le bailli du duc, Jean de Chàtillon, 'exercice contesté par des marchands d'Autun de certains droits prélevés jusqu'à ce jour, au nom de l'abbaye, sur les foires de Saint-Martin. Ces droits, consistaient en huit deniers sur les sels amenés en charrettes, quatre sur les sels vendus dans des coft'res, autant sur les chairs vendues
* Charte n*l il.
* n mourut tu mois de décembre 1316 ; il fut enseveli d'abord
dans la crjple de Notre-Dame, qu'il avait fait réparer. Au XV* siècle, cette chapeUe tombant en ruines , on transporta dans Téglise les iépollures de la fondatrice et des abbés ; la sienne fut placée du cAlé lie l'évangile, dans une chapelle neuve dédiée à Notre-Dame. > Chartes n" 103, 106 et 107.
266 ABBAYF.
dans des chaudièree. 11b étaient analogues à ceux que nous avons constatés dès 1209. '
Sous les trois derniers abbés que nous venons de citer, se présente un nouvel ordre de faits inconnu jusqu'ici et se rattachant à un mouvement général des esprifa. Il s'agit de la lutte entre les juridictions ecclésiastiques et les juridictions séculières, qui remua si vivement le Xlil* et le XiV siècle. Ce n'est plus, comme autrefois, pour des limites de liefs, pour des partages de droits seigneuriaux, pour des r^lements d'avouerie, que d'une part les ducs de Bourgogne, et de l'autre les évéqaesMles abbés, plaident ou transigent ; ils ne sont plus en conteslation sur les limites de leur justice respective, mais sur son existence même. H s'f^t de savoir si les tribunaux ecclésiastiques continueront de réunir dans letir compétence les causes religieuses et les causes àviles, ou s'ils abandonneront ces dernières aux juges séculiers. Ce n'est plus une question de fait isolé qui s'agite entr'eux, c'est une question de droit souveraine et universelle.
Produit mixte de la jurisprudence romaine et de l'eaprit du christianisme, le droit canonique, après quatre siècles d'accroissements non interrompus, était arrivé aux dernières limites de sa puissance. Remarquable par la moralité de ses prescriptions, par ses nombreux moyens
avait attiré à lui une foule de causes, en étendant l'immunité ecclésiastique à quiconque était marqué du sceau de la tonsure ; en connaissant, sous prétexte de connexité, de tous les actes civils se rattachant aux trois grandes époques de la vie consacrées par la religion, la naissance, le mariage et la mort -, en conférant à un juge conservateur choisi par le pape, par les abbés ou les prélats, parmi les dignitaires de TEglise, le soin de connaître de loates causes réelles ou personnelles sans exception, de mettre les personnes à couvert des outrages et des persécutions, et de les maintenir dans la possession de leurs biens et de leurs droits. Multipliés sur tous les points et sous tous les noms, officiaux, délégués, subdol^^és, vice-gérants, commissaires, conservateurs, les juges ecclésiastiques couvraient la France du reseau de leur juridiction ; ils connaissaient de Tétat des personnes, de la légitimité de la naissance, de la validité du mariage, des conventions matrimoniales, des testaments, et de toutes plaintes dinjures et de violences. Les progrès de cette juridiction étaient favorables sans aucun doute à la civilisation générale dans laquelle elle faisait pénétrer (ies sentiments d'équité, de douceur, et ce principe qui fait rhonneur des sociétés modernes, Tunité de législation. Mais ils n'étaient pas sans danger pour TEglise, et saint Bernard se plaignait qu'elle offrit de son temps le scandale d'un vaste barreau où retentissaient de toutes parts les réclamations des plaideui*s. Les justices des barons étaient désertées. Les juges laïques s'irritaient, en voyant leur échapper cette partie si importante de leur autorit<^^ ils luttaient à la fois contre les empiétements du clergé par leurs réclamations auprès du souverain, par leurs répré-
sailles contre les otticiers cléricaux. En 1235, les barons, réunis à Saint-Denis, écrivirent au pape une lettre où ils fle plaignirent de l'oubli dans lequel les prélats aviùent jeté leurs justices et leurs tribunaux, et, tout en restant dans les tennes de la soumission et du respect, ils manifestèrent leur mécontentement avec une radefraocbise : Nonpoinamu tolerare. En -1246, ils rédigèrent un acte d'alliance par lequel il était interdit aux clercs ou aux laïques de porter aucune cause devant les juges d'église, quelfl qu'ils fussent, sous peine de confiscation de leurs biens et de mutilation. Leurs officiers étaient chargés de veiller à l'exécution de ces ordres. Hais la première atteinte portée à l'indépendance des tribunaux ecclésiastique, le fut par Louis IX, qui se refusa à fkire exécuter leurs sentences par les sergents royaux avant d'avoir examiné lui-même si elles étaient droitwiènt ou non. Cette indépendance fut presque anéantie le jour où l'avocat du roi près le parlement de Paris, Pierre de Cugnières, organe de la juridiction civile, obtint contre Pierre Bertrandi, évéque d'Autun, oi^ne du clergé, l'appel comme d'abus qui ramenait au parlemenlle jugement définitif de toute cjiuse civile ou cléricale.
Ce conflit entre les deux juridictions, pendant près d'un siècle, avait amené entre leurs ofiîciers et leurs
^ venaient aux voies de fait et aux violences ouvertes ; >» ils arrêtaient les porteurs de lettres des évéques qu'ils M leur arrachaient et déchiraient ; ils prenaient les clercs, >« les chargeaient de coups, les emprisonnaient, les ran- 9 çonnaicnt, et quelquefois les mettaient à mort. » *
L'abbaye de Saint-Martin ayant été fréquemment en butte à des attaques de ce genre, obtint, en 1280, du pape Nicolas 111 , la bulle suivante contre les empiétements des justices séculières : u Nous avons été informés que » quelques clercs et laïques vous suscitaient des diffi- • cultes , et , prétextant une coutume condamnable , i> enlevaient les moines et les frères convers, s'emparaient >i des animaux et d'autres propriétés du monastère, les M mettaient à gage, et menaçaient de les retenir jusqu'à n satisfoction et à leur bon plaisir, quoiqu'ils n'aient sur "» vous aucune juridiction ni ordinaire ni déléguée. Puis N donc que la justice est ainsi constituée que personne » ne doit venger ses torts, et qu'une telle vengeance ne » peut être tolérée puisqu'elle ne repose sur aucun droit, » voulant assurer votre repos et obvier aux maux sus- ») dits, nous défendons par ces présentes, d'occuper, en- » gager, envahir, de tenir à quelque titre que ce soit les u biens du monastère -, et si quelqu'un l'ose, qu'il sache « qu'il encourt l'indignation du Dieu tout-puissant et V des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul. » *
Cette défense n'obtint pas de grands résultats. Jusqu'au commencement du XV' siècle, les hostilités ne cessèrent
« Fleurv, 7* dise, ï Charle n» 8ft.
i72 ABBAve
vassauxù la justice canoniale. Le viei^.l'uUlaumedeHaizière, mettait la main sur le/orettier ei un chorial du chapitre, et les déposait dans ses prisons sans autre fonne de procès. Le plus violent , le plus audacieux, le type enfin de ces ofSciers séculiers, le bailli Robert de Martimpuys, surnommé le Diable, forçait nuitamment la clAture du couvent de Saint-Jean-le-Grand , et saisissait une religieuse dans sa cellulle, consignait par ses violences l'ëvéque Geoffroy David dans son évâché, pillait ses biens, dévastait ses chAleaux, emprisonnait les clercs , les attaquait à coups de dague , ne leur laissait la vie qu'au prix d'une rançon, leur interdisait, sous peine de mort, toute poursuite et tout exercice de juridiction. Il faisait déshabiller sur place, attacher par les quatre membres, à une échelle, un charpentier nommé Jean Juignot, travaillant au chAteau de Riveau. et, dans cette position, la bouche ouverte avec un haillon, il lui faisait avaler un seau d'eau plein. 1^ crime du pauvre ouvrier était d'avoir, en Atant sa capuce pour saluer le bailli, laissé apercevoir une tonsure, signe revêtu par les justiciables de l'évéque. '
Pour la réparation de ces méfaits, l'évéque et h> chapitre se contentaient à moins que les religieux de Saint-Harlin ; ils obligeaient les coupables à des pénitences exemplaires. Jean de la Roche-Millay se soumettait il suivre nu en chemiïe avec ses complices, use
chapitre assemblé ; Robert de Martimpuys se mettait aux pieds de Févéque, et le suppliait humblement de l'absoudre des excommunications lancées contre lui; tout ceh sans préjudice des amendes et de la prison, Tévéque etlediapitre nWbliant pas, à côté des réparations ducs à leur honneur, les réparations dues h leurs gens et à leurs propriétés.