‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît; (volume 2)Chapitre 54 sur 62 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Edae Moagin. — Gorloit de Qniikoey* — ReooMtlnMition de FeblMiye. — 0a

L'abbé Mongin, commendataire de Saint-Martin vers 1712, rappelle un nom célèbre autrefois dans la chaire chrétienne, mais dont le souvenir est à peu près éteint anjourd^bui. C'était un de ces hommes par\'enus aux hveurs de la fortune malgré leur origine obscure, et trouvant en eux-mêmes un appui pour s'élever au-dessus du niveau commun de leur extraction. Couronné trois fois de suite par TAcadémie française, il fut admis à prononcer devant elle le panégyrique de saint Louis. 11 dut à ces succès réitérés d'être choisi par la famille de Condë comme précepteur dos ducs de Bourbon ol de

Charollais. A )a mort de Louis \IV, il fit au Louvre son oraison funèbre. Ayant ainsi pour lui la cour et Tacadémie, il tie pouvait manquer d'avoir l'Eglise; il obtint l'évéché de Bazas.

L'abbé Hongin était un de ces prédicateurs moyens à qui leur âge accorde un succès d'estime, mais qui ne possèdent pas des qualités assez éminentes pour échapper à rinflexible oubli que le temps fait peser sur la plupart des illustrations passagères de ce monde. La chaire française retentissant encore des derniers accents de Bossuet, de Bourdaloue, de Hassillon, projetait un éclat dans lequel vinrent s'éclipser toutes les lueurs qui s'allumèrent fc la suite. Mongin possédait cependant les principaux mérites de l'orateur évangélique. » Instruction solide, puisée dans l'Ecriture et les Pères; ton noble et simple : douce sensibilité, diction élégante et pure; style, en un mot, ayant la première qualité d'un bon style, celle de laisser au lecteur toute son attention pour la matière traitée ; » telles sont, suivant les expressions de d'Alembert, qui prononça son éloge à l'Académie, les qualités qui distinguent ses panégyriques et ses sermons. Homme disert, persuasif, facile de langage et de manières, il cherchait avant tout dans la parole chrétienne les effets religieux, et ne trouvait pas ceux d'une haute éloquence. Aussi n

querelles du jansénisme, l'abbë Mongin ne se montra pas moins accommodant à l'égard de son monastère. Afm de mettre un terme aux instances pendantes avec ses prédécesseurs au sujet des pensions alimentaires, des redevances dues aux offices claustraux et des réparations mises à la charge de la manse conventuelle, il souscrivit de bonne grâce un traité faisant à toutes ces obligations une part libérale.

Ce n'était pas un motif pour l'abbaye de vivre sans procès. Ils se renouvelèrent sous toutes formes sur des questions de propriété, de redevances, de justices, tantôt avec des personnes étrangères, tantôt avec les prieurés de sa dépendance. Afin de prévenir ces contestations interminables, assises souvent sur de minces intérêts*.

* 1716. — Depuis longtemps un procès était pendant entre le couTent et les seigneurs de la Boulaye, la Cour, la Chaloire, au sujet des jnstkei de la Pelite-Verrière. Pour y mettre fin, on céda à Barthélemj Darlay de la Boulaye, seigneur desditslieux, la justice haute, moyenne et basse, à la condition par lui de payer doubles les rentes dues jusqu'à ce jour, sous la réser?e toutefois des droits de patronage de la Celle, Verrière-sous-Roussillon, son annexe, et du droit de mouTance sur les seigneuries remises, au profit de Tabbé qui, en lOD absence, cédait tous les droits honoriflques au sieur Darlay. Celui-ci, en doublant les redevances, payait à Tabbayc 58 livres 18 sons 2 deniers, 46 boisseaux d'avoine qu'on réduisait en 23 boisleaox de blé, vu que Vavoine est petite et stérile en ce pays , ^8 boisseaux de seigle sur le moulin de Péage autrement la Chaloire, 115 pots de vin à deux sous le pot, une livre de cire, corvées, clc, eU*. Sur le hameau de la Vault du Tîllot ou redoubla de même les redevances, en sorte qu'il parait que le seigneur Darlay de la Roulaye payait assez cher la jusUce haute, moyenne et basse, et ses droits honorifiques. Toujours avide de justices, Barthélémy Darlay proposa de nouveaux arrangements pour celle du mont des ( hcvadcvs, lia-

afin de garantir les religieux des distractions que causait leur poursuite devant les tribunaux, Benë Laneau, supérieur général de la congr^ation de Saint-Haur, obtint du roi, en. 1739, ^é^■ocation de tous les procès de l'Ordre au grand conseil chargé d'en activer la solution.

Le successeur d'Edme Mongin , Gabriel Cortois de Quincey, vicaire général de Dijon, prit possession de Saint'Hartin en 1746. Issu aussi d'une famille obtcure jusqu'alors, il parvint par son mérite et son habileté à réunir plus tarda l'évéchéde Belley le titre de prince do Saint-Empire. « L'abbé Cortois était un esprit juste et fin, également propre à la société et aux affaires, homme nouveau d'ailleurs, auquel il fut donné de fonder l'illustration de sa famille en montrant l'exemple unique de

muu de U Cdle. Il l'obtint «ni mtm» cODdidoai qne 11 ftétédaote, en donblint Ira rederancM parmi lesqDelles figaralenl li^

1784. — Lm piieun de Salnl-PierrB^e-UoAtier, àatj, Salafc — Saalge, CommafDj, le Prate, Bri^y, Thil et Stiiit-AoftMUB, 4^^— nient, i leur insUtutlon, payer one chape à l'abbaT^-mire A^ Sdnt-Harlln. Lea autres prieur) pourra» de bénéflcra moini coaaA— dtrtUes élileal ûltpmÈia de ce trlbuL Ct* auge ancien , qnl «raAS d^à amené BDtreToii ploilenn contetUtioni, ranonfela, ma se^Kmeacemeot da XVIII' ilèole, uae querelle digne du moyen è(e. "Mj» prieur <lt SiiniPierrele-Moiilier refusa l'acquit de relie deltr H l'entrée de son monasIèTe à dont de la Todr^, prieur de Sainl-Martia. Il prétendait que m juridiclion ne s'étendait pat au-delà de l'aUtMyp Autunolte. et que d'*illeur< Saint -Pi erre-le- M oùtier élonl » Cluny depuis pins de qualre-rin^ ans, était affranchi, dom de Clerraonl. prieur de Saint-Pierre, eut beau entretenir fc procèi pcndanl quelques années, il fut condamné » payer la ctufr

DE saitst-martix. 371

trois évéques du même nom as^^is à la foi> sur troif sièges de l'Eglise de France '. » Aux qualités sociales il joignait encore les vertus épîscopales. Sa vigilance et sa pieté le rendaient dans son diocèse le modèle du clergé -. sa charité bisait de lui le père des pauvres. Les revenus des trois abbayes dont il était pounu. celles de Saint-Martin, de Conches près Cvreux et d'Ambronay en Bugey, servirent à doter rëvèché de Belley. qu'il ne voulut jamais échanger contre un siège plus considérable, de plusieurs teUissements religieux qui seuls ont consene à cette ^lle son importance ecclésiastique. 11 fît réparer, orner de marinres et de statues le chœur de la Cathédrale : il Irâaaa collège de la ville une dotation considérable: il fit construire le palais épiscopal. Abbé commendataire de Stint-Martin jusquen 1791. il mourut cette année iQéme à l'Age de soixante-dix-sept ans. par suite des ^^'^•grins que lui causèrent les événements révolution - '^res et la constitution civile du clergé, à laquelle il ^Jm avec fermeté de prêter serment. '

Afin de se maintenir en paix avec les religieux , il se Prêta à tous les arrangements qui pouvaient leur être ^firêables. Il leur céda la presque totalité des revenus ^ Tabbeye contre une pension de 912 livres, se ré- ^^"ant seulement toutes les dépendances du prieuré

' L'éféque de Belley et ses deux nereux, Cortois de Daiiore, éré- ^ttedeNImet, et Gortois de Pressigny, arcbeTéqoe de Besançon. C Hiilolre do préaidenl de Brosse, par M. Foisset.]

* Voyei tor cet éTèque une noUce plus étendue dans THisloire ^UgMogiqiia du diocèie de Belley, par M. Depéry, Tîraire frén<>ral ii belley, I. II.

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pas de les enduire de stac. Quatone colonoes mo* dernes d'un mètre de diamètre ornaient la grande nef, haute de 19 mètres 80 c. sous clef, et la séparaient des bas côtés dont la hauteur ne dépassait pas 1 1 mètres 88 c. Des pilastres d'ordre dorique, avec bases et cbapileaax , une architrave en plates-bandes droites sur la ligne des colonnes et des pilastres, formaient la décoration des collatéraux. Au-dessus de l'entablement ■de la grande nef, un piédestal supportait la voûte. Dix fenêtres dans l'intérieur, hautes de 4 mètres 62 c. , vingtune dans les collatéraux, y compris celles des chapelles, une à chaque extrémité de la nef , versaient à Bots la lumière dans le sanctuaire.

Cinq marches conduisaient aux trois chapelles absidaires séparées de l'église par une balustrade de pierre. Celle de la sainte Vierge, qui occupait le milieu, fut ornée avec les colonnes de marbre antique retirées de la démolition. Les huit plus belles et les moins défectueuses furent taillées de nouveau. Pour conserver à l'ornementation son unité, ces colonnes rectirent des chapiteaux neufs en pierre blanche fouillés avec délicatesse. On sculpta sur les archivoltes des arcades et sur les architraves , > festons. D(?»\ iTstrti i

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chapelle et celle de Saint-Martin. Au dehors, elle était couronnée par une lanterne de pierre haute de 4 mètres 29 c. et surmontée d'une croix. Cet édifice achevé en 1752, après onze ans de travail, coûta 113,869 livres.

Il était précédé d^une cour donnant entrée à droite et à gauche dans deux autres situées au-devant du cloître et de l'abbatiale dont les façades faisaient saillie sur celle de l'église. Le premier, dessiné en rectangle, attenait à celle-ci par ses deux extrémités et présentait sa face principale sur une terrasse dominant au levant les vergers et les jardins. Cette façade présentait uii avant-corps central couronné d'une galerie en balustre , et se terminait par deux pavillons. Les angles de ces constructions saillantes étaient garnis de refends dont l'aspect corrigeait la monotonie d'un développement régulier de soixante mètres. A main gauche de la cour de l'abbatiale , un perron de quelques marches donnait entrée dans un vaste parterre dessiné par des tilleuls*, et dont l'extrémité fermée en demi-cercle se prolongeait, par une magnifique allée, jusqu'à la route d'Arnay. Derrière la demeure de l'abbé, un massif de tilleuls masquait le cimetière situé sur le flanc gauche de l'église, et l'église elle-même. A une distance assez éloignée, en avant du corps du monastère, on construisit les écuries, les granges et autres bâtiments de desserte.

Ces travaux prolongés jusqu'au moment de la révolution semblent avoir occupé exclusivement les moines. Jamais temps plus rapproché de nous n'a laissé moins de souvenirs que ces dernières années, où la vie religieuse ressemblant à la vie civile n'offre plus de ces détails intérieurs qui en caractérisaient autrefois les habitudes.

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Une sorte de tranquillité etil'îndëpendance éuit aux moines vis-à-vis de leur abbë tout aussi dant que son prédécesseur. Ce fut par une pente iniensible, au milieu des douceurs d'une existence à deuûrégulière , à demi-rnoodaine, que le temps les amena U seuil de la révolution. Ils étaient occupés à mettre ex harmonie complète les deux vieilles tours de l'égUt^ avec sa nouvelle façade , lorsqu 'une main irrésistible vint arrêter la main de l'ouvrier.

Les établissements monastiques ayant été supprima par décret du 13 février 1790, les commissaires dO district se transportèrent à Saint-Martin pour faire rio-" veotaire et enlever le superflu de l'ai^enterie. Ils accep^ tèrent un de ces dîners somptueux dont les religieux n^ connaissaient que trop l'usage, et qui semblait être ofler'comme un appel à leur modération. L'exiguïté de l'in-— ventaire dressé par eux prouve évidemment qu'ils accomplirent leur mission dans cet esprit, et laissèrent les moines se mettre en mesure contre la confiscation. Les linges, les ornements, les vases d'église indispensables, quelque argenteriede table pour l'usage journalier, telles sont les seules richesses mobilières figurant dans ce relevé*. Du reste, la maison ne possédait plus aucun meuble sculpté, aucun reliquaire, aucun objet d'art ou de prix, débrisde la splendeur du moyenftge échappé aux dévastations. Le trésor pillé par les Huguenots ne renfermait ni ornements pontificaux, ni médailles, ni sceaux, ni manuscrits de première main. Deux seulement, sauvés

par leur chétive apparence, mais précieux pour la science liturgique, ont été conservés jusqu'à nos jours. L'un était la Somme ecclésiastique du IX* siècle*, l'autre le Processionnal du XIP, dont il est parlé au chapitre III de cette Histoire. *

Quelques mois après, on vint notifier aux religieux d'évacuer le monastère. A cette nouvelle qui les rejetait dans le monde pauvres comme ils en étaient sortis, ils répandirent des larmes, regrettant moins la régularité monastique que la vie aisée dont elle était pour eux le prétexte. En présence des scènes terribles qui agitaient la France, leur avenir était loin d'être sans nuages; on les rassura en leur affirmant que la modique pension octroyée par l'Etat leur serait fidèlement payée. Ces derniers hôtes de Brunehilde quittèrent la retraite où les premiers disciples de saint Benoît étaient entrés douze cents ans auparavant.

Tous abandonnèrent Autun, à l'exception de dom Forneron et du sous-prieur dom Nicolas Joly. Ce dernier, détaché d'une profession désormais privée de revenus, exposée à l'insulte et à la persécution, jeta le froc et devint un des rédacteurs de la correspondance de la Société des Amis de la Constitution, rattachant dans sa personne les souvenirs du club aux souvenirs du cloître.

' Tombée entre les mains du sayant chanoine Troufflaut, elle fut achetée à sa mort par M. Saolnier, supérieur du grand séminaire, qui recueillit ayec sollicitude les manuscrits de Téglise d*Autun , dispersés par la révolnUon.

' Ils sont aujourd'hui à la bibliothèque du grand séminaire. Les débris du chartrier de Saint-Martin sont à TéTéché.

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souillant d« ses profanations dans l'un ce que dans l'autre il avaithonoré de ses respects. On Ut dans le procès-verbal de la séance du club du décadi 30 brumaire an II : a Le » citoyen Joly, ex-moine de Saint-Martin, renonce à son » métier de moineet ne veuldorënavantfairedeprofessîon ■ que celle de la vérité et du bon sens'. » Cette abjuration solennelle donna lieu & une indigne plaisanlerioà laquelle on trouva plus que le mérite de l'a propos. Un des membres fit apporter le crucifix de saint Odon devant l'assemblée. Là, montrant des cavités qu'on venait de pratiquer ii dessein dans la t^te et dans les yeux, il s'écria que les moines, auteurs prétendus de cette supercherie, versaient de l'eau dans ces cavités pour faire pleurer le Cbrist. k Cet » échantillon des miracles dont on a jusqu'à présent bercé u les sots, a été renvoyé au district pour y être déposé » comme un monument propre à corriger les crédules et • ramener enAn le sens commun si longtemps égaré. »

Le lenflemain, 1" frimaire, la séance ayant été ouverte au cri habituel de Vive la république ! u trente » sans-culottes sont entrés au bruit d'un serpeHl répubU- » coin dans la salle, revêtus de chappes, de chasubles et a autres ornements du fanatisme et de la superstition. La H société, satisfaited'unspectaclequi annonce le triomphe » de la raison sur les préji]^és sacerdotaux, a invité ces

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4 commune pour être employés aux besoins de la répun biique. Il a été arrêté que dès ce moment les temples « du fanatisme et de la superstition seront fermés.». Le » dtoyen *** est chargé d'éclairer demain le public en pro- » menant la statue trouvée à Saint-Martin, au marché et » dans les voies de la commune *, il démasquera les four- » beries des prêtt^ qui faisaient pletirer cette statue par » I0 moffen de Peau qu'an lui versait dans le crâne par le * moyen d'un trou pratiqué à cet effet (sic). »

« On a arrêté qu'il serait fait une adresse à la Gon- » vention , pour lui annoncer que la société avait abjuré » toute espèce de culte ; qu'elle ne connaît de divinité » que la liberté , et de culte que la philosophie et la « raison*. )i Le lendemain, la scène annoncée eut lieu avec la démence que les passions populaires apportent dans l'exécution des ordres de leurs agitateurs. Le crucifix, devant lequel tant de siècles s'étaient agenouillés , fut suspendu au balcon de l'hôtel de ville et exposé comme un ecce homo à la dérision de la populace. Après avoir renouvelé sur lui Tcpreuve de la veille , un des clubistes les plus exaltés le livra à des misérables chargés de la répéter à tous les carrefours. Traîné dans les rues de la ville, plongé dans les fontaines, il fut mis en pièces et jeté dans un puits.

A la profanation des objets sacrés succéda la destruction des bibliothèques et des archives. Huit jours après , un membre de la société s'écria : u La noblesse et le clergé » n'infectent plus de leur haleine l'air sain que nous » respirons \ mais il existe encore des titres de féoda-

* Procè»-Terbal de la séance du i*' frimaire an II.

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» lité et une intinité d'actes qui attestent lexistencf » de cette première caste si vaine , et que le genre hu- » main, je crois, avait vomie dans une indigestion. Il H existe de ces recettes de charlatanisme connues sous le » nom de théologies, vies de saints , sermonaires, et une » infinité d'autres, le demande que chacun de nous en H nettoyé ses foyer^, et que , pour la fête de la Raison , n il soit formé un monceau de ces impertinences , qui , Il livré aux flammes, nous serve d'auto-da-fé à la raison.» Cette proposition étant appuyée au milieu des applaudissements , le président annonce qu'elle aura son plein dentier accomplissement. Les citoyens'" et'" oflVentde contribuer à l'auto-da-fé en y jetant leurs bréviaires « qui sont tout neufs, puisqu'ils n'ont jamais servi. •> Un autre demande « qu'on brdle les confessionnaux et les confesseurs , mais la société se réserve les premiers pour en faire des guérites, et envoie au diable les seconds. » '

II Cette dernière victoire de la raison » fut célébrée par les feux de joie allumés sur la place publique avec les productions des/ana/i^tiei qui s'étaient passé la plume depuis dix-huit siècles. Les livres confisqués sur les couvents et les séminaires, ceux apportés par les patriotes dévoués sen'irent d'aliment à ces réjouissances de vandales. Des deux mille volumes composant la bibliothèque

Les moines sortirent par une porte et les démolisseurs entraient par Tautre, le marteau à la main. L'abbaye vendue avec ses dépendances pour la somme de 142,900 livres, abrita momentanément une fabrique d'affûts de canons, et bientôt fut mise en carrière. On eut un instant la pensée d'y établir une école d'artillerie ; mais la démolition trop avancée et les frais d^une reconstruction devenue déjà nécessaire empêchèrent la réalisation de ce projet.

Le gouvernement impérial acheta pour le palais du roi de Rome les huit colonnes antiques de la façade et de la tribune, restées dans les ruines. Emmenées à Paris, les événements leur donnèrent une destination bien différente. En 1814, les Prussiens réclamant les colonnes de granit rose du tombeau de Charlemagne , enlevées h Aix-la-Chapelle ', on parvint à leur faire accepter en échange celles de Saint-Martin. Les huit autres colonnes antiques de Tapside furent vendues à un marbrier ^ une d'elles existe encore au parc de Saint-Jean-le-(>rand. D'autres monuments et objets d'art, en petit nombre , n'éprouvèrent pas une destinée moins funeste-, presque tous ont fini par disparaître. Les tableaux ornant le pourtour de l'apside , déposés au musée de la ville formé des dépouilles des églises et des émigrés, suivirent à Paris le tableau de Fra Bartholomeo représentant le mariage mystique de sainte Catherine de Sienne , et la vierge au donataire de Jean de Bruges', placés tous deux

* Elles lont aajoard'hui au LouTre , à rentrée réserTée du Musée àm anUqaei .

> Ce lableau, désigné dans le lifret du Musée (n* 452) !H)us le

au musée du Louvre. Le tombeau de Bruoehilde, en partie brisé, exposé à la pluie dans la cour du coll^ , puis transporté dans le vestibule du réfectoire, et cédé à l'évéché, fut sauvé par M. Jovet au moment où on allait l'utiliser à la réparation des marbres du chœur de la Cathédrale.

Nous ne suivrons pas les prieurés de Saint>Hartin dans les vicissitudes qu'ils éprouvèrent. Une ruine égale les enveloppe, c'est en dire assez. Quelques églises, celles d'Anzy', de Saint-Pierre-le-Moâtier, de Saînt-Saulge, de Br^ny, durent leur conservation à leur qualité d'alises paroissiales; celle du prieuré d'Avallon, dans son ap^de et dans la partie de la nef qui subsiste encore, présente un spécimen curieux de l'art du XIP siècle. Leurs terres, leurs dépendances, tombées dans le domaine privé, ont subi tous les démembrements auxquels semble destinée la propriété des temps modernes.

litre àf.tla Vitrgt toitroimét par wi angt artc Pmfaiil Jé»ut adori par taint Joieph , • représente le chioceller Holin k genoux deTinl la Vierge. Il I'itiII donna à Véf}ite colléglile fondée par loi à Anlim. — Celui de Fra Bartholomeo ( n* lOOS ) pr«Tenait de la Calbédrale;C'élaflimdonde]'éTéqne Jacquet Horaul, IqnlleaFlo- Tcntlni en araient Tall prêtent dorant ton ambaiiade. ' A Amj, l'éelÏM paroîHiale et l'égUte du prienré eilMaienl en-

Une haute pensée conservatrice a seule protesté au nom de la religion et du passé. Une partie de l'héritage de Brunehilde et de Syagrius a été rachetée par le dernier saccesseur de ce grand évéque. Dans les édifîces mutilés de Saint-Jean-le-Grand et de Saint-Andoche, Tindigence a trouvé un asile, l'éducation de la jeunesse des soins religieux et éclairés. Frappé plus complètement par la destruction, Saint-Martin n'a laissé que l'emplacement de ses clottres, de son église et quelques bâtiments de desserte. Dans son vaste clos, aujourd'hui consacré aux délassements des élèves du grand séminaire, de nouveaux ombrages ont remplacé ceux qui ont si souvent mal abrité la paix des moines.

Telles furent les destinées d'une des plus anciennes abbayes bénédictines de France. L'esprit monastique s'y était éteint longtemps avant que les murailles croulassent sous les coups des manœuvres de la démolition. Quand la révolution vint en ouvrir les portes, elle trouva quelques moines moins occupés du service de Dieu que de jouir en paix des riches revenus déposés entre leurs mains par la piété des siècles pour un autre usage. Quelques vieillards se souviennent encore aujourd'hui de ces réunions mondaines où les plaisirs de la table et du jeu, partagés durant de longues soirées avec des laïques, ne rappelaient même plus à l'esprit des moines le contraste de cette vie dissipée avec la vie austère de leurs prédécesseurs et la règle sainte de leur fondateur. Entre un passé à tout jamais éteint et un avenir dont quelques-uns pouvaient deviner d'avance l'étroite limite, n'avaient-ils pas eux-mêmes étendu un voile de plus en plus épais? De tout ce qui animait au-

Irefois ces (uraiides corporations, celait à i>t?ine s'ils avaient laissé debout quelques vestiges.

Dans le relâchement universel , le goût de l'étude glorieusement ressuscité par ta congrégation de Saint- Maur, n'avait pu prendre racine a Saint-Martin. Le sens même des exercices pieux et des vénérables monuments de la foi de leurs prédécesseurs s'était perdu dans l'esprit des moines. Lorsque dans le cours du dernier siècle on reconstruisit en France plusieurs grandes abbayes de l'ordre de saint Benoit, les bâtiments primitifs où les fondateurs avaient déployé la richesse de l'art catholique firent place il des constructions vastes, r^ulîères, aérées, mais sans caractère architectural. Aux anciennes sculptures pleines de naïveté et de foi succédèrent de froides et routières décorations; les vitraux furent défoncés j les symboles hiératiques, les nombres sacrés, tout cet ensemble de prescriptions chrétiennes qui présidait Ji l'érection des églises et en faisait comme une doctrine vivante, tout cela était tombé dans le mépris avec lequel l'âge mâr traite les jouets de l'enfance. On avait porté une main sacrilège sur ces lîtui^es admirables où les âges de foi avaient déposé le trésor de leurs divines légendes et les élans d'une ardente piété. Une prétentieuse réforme, k laquelle Cluny avait coupablement prêté la main, leur avait substitué au XVIII' siècle l'élégance

DE ^AINT-MARIIN. 385

époque où l'on reconstruisait Saint-Martin et Cluny, dom Datose^ prieur de cette abbaye, s'écriait : » Je bâtis, mais cent ans ne se passeront pas avant que notre maison soit détruite*. » Il plut à la Providence d'avancer les jours de cette épreuve.

La chute des monastères ne trouva pas seulement des approbateurs dans Taveugle multitude pour qui la haine est un instinct et la destruction un spectacle. 11 se rencontra dans le clergé séculier des mains pour y applaudir, et, en vérité, les immenses richesses des abbayes n'étaient pas de nature à les préserver de l'envie. Nous citerons une preuve caractéristique dans un passage qui semble échappé à la plume chagrine et mordante d'un second Saint-Julien de Balleure. Sur un exemplaire des Œuvres de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, appartenant à la bibliothèque de la ville d'Autun, on lit cette note écrite de la main d'un chanoine de la Cathédrale, aussi connu par l'indépendance de son esprit que par rétendue de son érudition : « Du temps de Pierre » le Vénérable, il y avait à Cluny quatre cents moines ; ^ depuis lors cette abbaye tomba dans une grande obs- « curitë. Avant la révolution française arrivée en 1 790 et » 1791 , les religieux de cette illustre abbaye ne pouvaient » alors, comme les Egyptiens, que se vanter de leurs » anciennes momies. Les grands biens dont ils jouissaient » et le beaucoup plus grand orgueil qu'ils affichaient les » ont perdus. C'est ainsi que la fille Vanité a tué la » ^inte mère Religion. Bonne leçon pour les fondateurs

* Histoire de Cluny, par M. Lorrain.

3ti6 abbave

H futui's dont toutes lee pieuses iDstUiitions se trouvent n fondues à présent (sic). » Quelle oraison funèbre ! et de quelle main !

Et nousqui sommes arrivé à la fin de ce récit tracé quelquefois avec des impressions pénibles; qui avons évoqua de l'oubli où ils dormaient depuis des siècles tant de noms inconnus, nous nous demandons si cet oubli n'eût pas été meilleur pour eux et pour nous \ nous nous demandons surtout si nous n'avons pas été trop sévère envers ceux qui semblent avoir dévié de la ligne tracée h la perfection chrétienne. Avons-nous assez fait la part des circonstances et des malheurs des temps, dans le récit de cette décadence qui forme le fonds de l'histoire du monastère depuis le X* siècle ? Nous sommes-nous arrête avec assez de complaisance sur les époques où la sainteté se rallumait comme la lampe du sanctuaire qui ne jette parfois qu'une faible lueur, mais ne s'éteint jamûs? Ne nous sommes-nous pas égaré trop avant sur les traces apparentes du mal, et n'avons-nous pas fermé les yeux aux traces moins visibles de la vertu ? Nous le craignons. '

Quelque religieux que soient les motifs de cette sévérité, à Dieu ne plaise que nos paroles puissent paraître un blflme des institutions monastiques dans le passé ou dans l'avenir. Loin de nous la pensée de nous associer à cette satin> amère dont nous venons de trouver l'expres-

■ Lei uies ctpiluliiret qui léinaignent presque seula de l'étal in- TÎenr îles monail^Ti». n'onl omit. ]iir la n«luT« mtmf rfc leur Aefscaiiiljles Iraduil» Jevsul le& clia|)ilres. L)

sioD dans la bouche d'un prêtre. Qui sommes-nous pour nous armer d^austérité, et que pourrions-nous jeter de notre côté dans la balance ? Cette décadence même n'a-telle pas sa raison dans les desseins de Dieu ? Qui sait si die ne doit pas être pour Tavenir le mobile régénérateur de ces institutions tombées mais non vaincues , le gage d'une vie nouvelle et plus énergique. Cette vie, d'ail leurs, a-t--ellejan^isété éteinte? Ne s'est-elle pas transmise sans cesse au sein de l'Eglise d'un Ordre à l'autre, oonune ces flambeaux de l'existence que se transmettent les générations , suivant la belle pensée du poète ' ? A chaque nécessité de l'Eglise, à chaque transformation sociale, ne se sont-ils pas trouvés prêts, reprenant le eombat où leurs prédécesseurs dégénérés Tabandonoaient? Ne les a-t-on pas vus successivement instituteurs des Barbares, colons de l'Europe, sauveurs des livres et des sciences , protéger le peuple sur d'immenses domaines, porter jusqu'en Terre-Sainte leur zèle et leur sang; puis pauvres, mendiants, évangéliser les humbles, racheter les captifs des mains des infidèles, conquérir par la prédication évangélique un monde nouveau h la civilisation et à la science, suffire à l'étude, à Tensirignement, à la prière, à la pénitence, à Texpiation ?

Quel que soit leur avenir *, que la société les repousse avec défiance ou se les associe dans ces œuvres de dévouement dont le nombre et la nécessité s'accroissent chaque jour davantage; qu'elle les appelle au chevet du

E{ quasi cursores Tilap lampada traduiit.

[ Lir.nkcE. ]

malade, dans la cellule du prisonnier; qu'elle nmieiu» entre leurs mains l'éducation du pauvre et leur demande de coloniser, avec les orphelins abandonnés, les landes de la France, el au-delà des mers une France nouvelle ; que dans un Ordre plus élevé mais non plus dévoué elle leur confie l'achèvement des grands monuments historiques, interrompu entre les mains de leurs devanciers, il n'en viendra pas moins un moment, et ce moment n'est pas loin, où l'on reconnaîtra que, malgré leurs fautes dans le passé, malgré les vices de quelques-uns d'entr'eux, les établissements monastiques possédèrent au degré suprême les vertus sans lesquelles il n'y a point de dévouement social, l'humilité, la pauvreté et la charité du Christ.

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