‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît; (volume 2)Chapitre 53 sur 62 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Jeannîn de CSattîUe. — Réforme de la oongrégatlon de Saint -Maur. — Henri de Gaftîlle. — Translation des reliques de saint Symphorien. — René Bonneau.

 PABTiB du cardinal, deux Rolin, deux Salazar, deux Huraut, deux Brulard, deux Jeannin, succèdent Tun à l'autre sur le siège abbatial de Saint-Martin. On est abbé par droit de naissance comme on est gentilhomme. Les abbayes ne sont plus que des bénéfices dont les ministres disposent au profit de leurs créatures : celles-ci les exploitent au profit de leurs familles. Les principaux prieurés sont occupés par des Salazar, des Huraut, des Jeannin, frères, neveux, ou cousins des abbés de ce nom. Nulle garantie, nulle convenance, nulle stabilité dans ces choix. î^ protégé ne reste en place qu^autant que le

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protecteur n>st(^ lui-même en faveur. Ainsi, les intrigues des cours eurent leur contrecoup dans les nionastèrps. et la vie religieuse, image de la lixtté et de ta pureté de la vie future, participa à toutes les vicissitudes et les intrigues de la vie du monde.

l-e nouvel abbé, Nicolas de Castille, neveu du président Jeannin, était un enfant âgé de treize ans, et poursuivait encore ses études k l'université, La faveur de son oncle l'avait déjà fait pourvr>\r des abbayes de Saint- Bénigne de Dijon et de Notre-Dame de la Bussière ; il était aumânier et conseiller du roi. Le véritable abbé fut messire Pierre de Castille son père , baron de Cbagny et deHontjeu, qui s'empressa d'envoyer au monastère le don de bienvenue du nouveau commendataire, consistant, selon l'usage, en un ornement d'église et un marc d'or. Il désigna pour vicaire de son fils, en attendant qu'il eût reçu les Ordres, Simon des Crois, chanoine de la Cathédrale d'Autun, prévôt de Beligny. C'était une atteinte aux droits du grand-prieur, à qui les buiies papales conféraient l'administration spirituelle du monastère ; aussi le prieur et les moines ne manquèrent-ils pas de protester contre cette nomination. I^ mésintelligence si prompte h éclater fut entretenue par des causes non moins sérieuses. Les Jeannin ne se montrèrent pas empressés à

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un r^me plus stable. Ses treize religieux logeaient parmi les décombres, l/église . d'une pauvret*' extrême . manquait des objets les plus nécessaires au culte. Elle était pri%*ée de calices, de linsre d'autel, d'ornements sacerdotaux; le tabernacle était brisé. Afin de réparer ces désastres et de reconstruire, au moins en partie, les bâtiments, on eut recours à des émancipations de serfs, à des ventes de futaies dont le produit fut insutfisant. Nonseulement M. de Castille n'y suppléa point, mais les religieux eurent quelque soupçon qu'il avait détourné à son profit les sommes destinées aux réparations. A défaut de Fabbé, le grand-prieur du Bourhet de Flogny fit exécuter d'importantes restaurations qui rendirent au monastère une partie de son ancienne splendeur.

Ce n'était là que la moitié du remède. La manse des religieux leur fournissait en abondance le blé et le vin. mais les revenus en argent l'taient tellement réduits. qu'ils ne pouvaient suffire à la nourriture, au vêtement, aux aumônes, à tous les frais d'entretien d'une maison considérable ; ils ne dépassaient pas 900 livres. I^s moines, après s'être inutilement adressés h Pierre de Castille. puis à leur abbé, portèrent leurs doléances au parlement de Dijon, et demandèrent une augmentation de mans«^et de pensions, conformément aux anciens statuts de l'abbaye et aux arrêts rendus en faveur <les monastères de Flavigny et de Saint-Seine. Nicolas de Castille répondit quïl ne s'opposait point <^ ce que ces anciens statuts fussent remis en vigueur, mais à condition qu'on les suivrait en tout ; qu'on reprendrait les anciennes observances et tous les points de discipline depuis longtemps abandonnés. 11 ajoutîiil d'ailleurs que la manse dos religieux.

consistant pour chacun en trente-six boisseaux de bléet neuf feuillettes de vin par an, devait amplement suffire à leurs besoins, déduction faite de la part des serviteurs et des pauvres. Après de longues procédures , une transaction fut conclue le 8 juillet 1633. L'abbé consentît à ajouter 300 livres au revenu du couvent et demeura seul chaîné de la rente viagère de son prédécesseur Brulard, dont 200 livres seulement réversibles sur le revenu conventuel.

Restait une difficulté depuis longtemps pendante, et qui avait déjà suivi de grandes involutioiu de procès. Elle était relative au clos de vigne de la Mousse, sur le finage de Beaune, dont Nicolas de Castilles'était emparé comme dépendance de la manse abbatiale. Les moines en revendiquaient le tiers, en vertu d'une donation faite autrefois h Tabbaye par l'abbé Mîcbel, renouvelée en dernier lieu par l'abbé Brulard. On transigea en 1640. Nicolas de CasttUe resta en possession du clos, sous la promesse de fournir à perpétuité la prébende de froment du mois d'octobre qui, par une antique exception, était de tout temps restée à la charge du monastère.

Ces contrariétés d'intérêts semblaient annoncer la dissolution prochaine de l'abbaye. Vainement le grandprieur du Itouchet de Flogny essa\a-t-îl de ramener

ment, avaient, après de longs siècles, abaissé les intelligences, amolli les cœurs. Les institutions religieuses et la société civile dépérissaient sous le poids de la même lassitude; après les luttes du moyen âge elles appelaient toutes deux la même réforme. Elle se fît longtemps attendre, mais elle vint. Un pauvre moine. Jean Renaud, religieux de Saint-Vannes, en fut l'instrument obscur. 1^ congrégation de Saint-Maur fondée par lui en 1597, érigée en 1621 par le pape Grégoire XV. se donna pour mission de restaurer dans sa pureté primitive Tobservance de la règle de saint Benoit. Elle rendit aux fimes leur énei^ie, à la vie contemplative sa dignité, à la pensée chrétienne son autorité dans le monde. Elle accomplit dans le cloître cette œuvre de régénération et d unité appelée par les vœux de tous les membres de rOrdre qui avaient conser\'é Thonneur de leur profession. appelée par les vœux de l'épiscopat aux états généraux de 1614, où Torgane du clergé, Richelieu, alors évéque de Lucon, demandait Tintroduction dans les monastères de France, de la réforme commencée dès 1600 par le bienheureux Didier de Lacôur dans l'abbaye de Saint- Vannes de Verdun. Citer Mabiilon. Bouquet. Luc dWchen»'. Martène, Montfaucon, c'est résumer en quelques noms tous les services et toutes les splendeurs de cette illustre école de savoir et de sainteté, c'est rap[>eler à la fois ses gloirf*s et celles de la France.

Dès 1618, avant même qu'elle eût reçu la consécration du pape Grégoire XV, plusieurs monastères étaient entrés dans la nouvelle société. Elle étendit rapidement ses conquêtes. Confirmée par Urbain VIII , soutenue par Richelieu devenu premier ministre, elle releva les mu-

railles d'un grand nombre d'abbayes, rebAtit les églises et les lieux réguliers, la plupart abandonnés'^ en peu d'années elle avait pénétré dans plus de cent vingt établissements bénédictins. Ce fut en 1652 qu'eut lieu l'agrégation de Saint-HarUn. Nicolas de Castille, qui résidait alors à Paris, se prêta de bonne grAc« à celte grande mesure, soit qu'il comprit la nécessité d'un retour complet k la r^le, soit qu'il n'y vit autre diose qu'une occasion de représailles contre ses religieux jt qui il pouvait garder rancune. Le traité fut conclu le 29 janvier, en sa demeure rue de la Verrerie, à Vlmoffe de Notre-Dame, dom Brachet, de l'abbaye de Saint- Germa in-des-Prés, stipulant au nom de la congrégation de Saint-Maur. Il portait en substance que l'abbaye de Saint-MartiD serait incorporée désormais à cet Ordre, et soumise h ses chapitres généraux. L'admission des religieux, la désignation auxemplois réguliers, furentconfiées aux nouveaux pères et aux chapitres. Mais ces sages dispositions étaient en partie neutralisées par la clause qui conservait au roi la nomination de l'abb^ à l'abbé U collation de tous les bénéfices dépendants de l'abbaye, deux prérogatives également funestes au rëtablisseoient des moeurs monastiques , et par lesquelles tous les abus qui avaient aflligé l'I^^ltse devaient bientôt reparaître.

ouvertement hostiles à la congrégation de Saini-Maur; mais en admettant les réformateurs, ils n^admirent point Il réforme. Ils reconnurent bien que les anciennes observances étaient relâchées ( mais ils en accusèrent le malheur des temps et des guerres civiles. Vaincus et non humiliés par cet aveu, ils ne délaissèrent point Théritage de saint Benoit; mais ils traitèrent avec les héritiers légitimes sous la condition qu'ils ne seraient point mêlés avec eux, quMls vivraient séparés et indépendants; après quoi ils n'eurent plus de sollicitude que pour la conservation de leurs manses et de leurs prébendes. Ils se réfugièrent dans de vaines satisfactions d'étiquette. Ils se ménagèrent en tous lieux, tant au dedans qu'au dehors du monastère, toutes les actions d'honneur et de prééminence. Chacun fit naïvement sa part et stipula pour son ëgoîsme. Philibert Laguenne, religieux ancien, ne consent à quitter le logement abbatial où il demeurait, qu'autant qu'il lui en sera fourni un autre a commode et convenable à sa condition, et dont il soit satisfait et eonieni, » Un jeune profès de Tabbaye, Nicolas Brunat, qui revenait de l'université do Valence, assisté de François Brunat, « curé de Saint-Johan-le-Grand d'Ostun , » ratifie le traité , à condition d'étro logé a commodément comme les anciens moines ' . )>

Les deux corps vécurent ainsi, chacun suivant ses usages, dans la même maison. I^s anciens religieux s'étaient réservé la faculté de s'établir ailleurs sans être privés de leurs pensions. Il ne paraît pas cependant que le contraste

' Cet acte est du G novembre 1 652.

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de cette observance rigoureuse d'une r^le à laquelle ils n'avaient plq^le couraged'obéir, leur ait ëtëun reproche trop sévère. Aucun d'eux n'émigra. Où auraient-ils trouvé une vie plus douce, une obéissance plus facile ? En 1671, ils étaient encore au nombre de six, parmi lesquels le grand-prieur du Bouchel de Flogny. A mesure quHls s'éteignirent, ils furent remplacés par des membres de la nouvelle congrégation.

Nicolas de Castille mourut deux ans après la réforme, ne laissant à Tabbaye d'autre témoignage de sa munificence qu'une belle lampe d'ai^nt destinée à l'église. Encore cette libéralité passa-t-elle aux yeux des moines peu reconnaissants pour une restitution, on dédommagement des sommes retenues ou détournées k son profit. H eut pour successeur Henri de Castille son frère. Celui-ci fitconstruire, au chœur de l'église, des stalles ms^ifiques qui coûtèrent plus de 5,000 livres.

1^ réoi^nisation de l'abbaye fut marquée par un redoublement de sollicitude envers les pauvres. Elle distribua régulièrement de plus amples aumônes, et subvint pour une plus forle part au terrible impAt de la peste qui faisait encore à Autun de fréquentes apparitions et y exerçait de grands ravages. Elle fournit des aliments à un huitième de la population indigente de

ville On doit Lvinlri' cflti' iustiet> aux moines.

la fondation de rilospicegénéralJecouTent lui constitua une rente de cinq cents boisseaux de blë. Ces aumônes et d'autres distributions partielles non régulières formaient comme le budget des pauvres : elles répandaient autour de Fabbaye sa bienfaisante influence : elles lui assuraient la vénération.

Des fondations particulières concouraient à cet ensemble de bonnes œuvres. On se rappelle celle de Tabbé Huraut. En 1699, Guillaume de Saint -lissant, prieur de Notre-Dame du Feste, légua tous ses biens à THÔtel- Dieu de Paris ; mais faisant en même temps la part des misères des pauvres selon Pesprif , il institua au chef-lieu de son prieuré un maître d'école pour enseigner aux enfants delà paroisse, à lire et écrire ^ le cafégismcy et principalement la religion cathoHquey apostolique et romain^y àmoim que la charité du prieur du Feste ne le portât à remplir hd-méme ces fonctions.

Vers cette époque , Fabbaye recueillit en grande pompe le chef de saint Symphorien. Les calvinistes, en saccageant le prieuré de ce nom , avaient violé les trois tombeaux où reposaient les dépouilles de la famille du martyr, jeté de côté et livré aux flammes , celles déposées par le cardinal Rolin, en 1467, dans une châsse d'argent du poids de 50 marcs. Le chef du saint , recueilli aussitôt après leur départ par les habitants de Saint-Pantaléon, avût été transféré dans le sanctuaire à demi renversé de leur église. 11 y était , depuis près de cent ans , grossièrement enchâssé dans une tête de bois, exposé aux jeux et aux insultes des enfants qui venaient s'ébattre au milieu de ces ruines abandonnées. Sous la nef ouverte îi tous les vents, les ronces . les buissons, les arbres rrois-

saient en pleine liberté. Affligé du spectacle de cette double profanation et crai^ant que cette relique ne vint à disparaître, l^zare Desplaces, curé de Saînt-Pantaléon. l'olfrit k l'abbaye de Saint-Hartin à la condition qu'elle lui rebâtirait son église. La translation eut lieu le iA août 1664. Au sortir de vêpres, les religieux se rendirent processionoellement au son de toutes les cloches, suivis d'une foule qui rappelait les translations du moyen ige. Le chef du saint, d'abord exposé sur le grand autel, fut placé sur un brancard richement orné , et enlevé par deux moines en dalmatiques. I^es gens de la paroisse qui s'étaient mis sous les armes ouvraient la marche et faisaient à des intervalles réguliers des décharges de mousquelerie.Puisvenaitune légion d'enfants de chœur habillés en anges, tenant chacun un cierge. Des religieux chantaient des hymnes en l'honneur de Dieu el de saint Syinphorien. Les officiers de l'abbaye fermaient le cortégeau milieu d'une affluence considérable. On se rendit ainsi à Saint-Martin où l'on chanta le Te Deum. Cette hospitalité ne fut pas de longue durée. Après tant de vicissitudes, ce vénérable débris fut encore enveloppé dans la chute de l'abbaye. On n'en a retrouvé aucune trace. Les ^lises d'Aulun possèdent aujourd'hui quelques ossements qu'avut conservé le prieuré. Le seul souvenir qui subsiste dans les lieux consacrés aulrefoîs par eus est If

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maine, près du lieu .où, selon la tradition, saint Svmphorien avait reçu le martyre.

A Henri deCastille succéda René Bonneau, conseiller, aamônier ordinaire du roi , courtisan spirituel, hâbleur et lettré, qui devait embellir, corrompre et ruiner de nouveau l'abbaye. Le 16 avril 1671 , il en prit possession saivant le cérémonial usité, il entra par la grande porte aasoo de toutes les cloches. Après avoir baisé le maîtreaatel et chanté le Vent, creator, on l'installa sur le siège abbatial. Un nuage obscurcit Téclat de cette solennité. Les bulles du nouvel abbé paraissant lui conférer jaridiction plénière, les moines protestèrent au procèsverbal même de la cérémonie, pour le cas où il voudrait empiéter sur la direction spirituelle, à laquelle les cornmendataires ne pouvaient, comme nous Tavons vu, prendre une part directe.

Cette même année on reçut à Saint-Martin une partie des reliques de saint Vivien apportées recemmentd'ltalîe. C'était un don de Tabbave de Saint-Germain-des-Prés. en souvenir de Tantique parenté qui unissait les deux maisons *. Un ancien moine de Saint-Martin, dom Victor Tixier, d'Autun, après avoir introduit la réforme à Saint- Oaen de Rouen , était alors prieur de Tabbaye parisienne.

La réforme de Saint-Maur n'atteignant pas les abbés de Saint-Martin, les discussions d'intérêt qui signalaient

le glorieux soutenir de notre histoire religieuse. — La toile de M. Ingres lui airare une seconde immortalité.

* Saint Germain , l'un des patrons de Paris et fondateur de Saint- Germain-des-Prés, était d*Aulun. — V. plus haut, p. 82.

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Tavénement de chaque nouveau commendalaire recomniencèrent sous René Bonneau avec la même vivacité. 11 négligea d'abord d'acquitter selon l'usage le don de bienvenue, et ne s'inquiéta nullement des réclamations qui lui furent faites à ce sujet. Les moines consentirent k échanger le produit de leurs manses contre une pension que l'abbé s'engageait à leur payer ( 1671 ) '. C'était livrer à celui-ci l'administration exclusive et sans contrôle des biens du monastère, et lui permettre de réaliser des bénérices considérables sur leur gestion. Par ses prodigalités, l'abbatiale devint un séjour plein de magnificence ouvert à la meilleure société de~la ville. Il y introduisit une élégance et une somptuosité mondaines qui eussent fait honneur à son bon goût , si ce luxe n eût péniblement contrasté avec la pauvreté des moines. — Des terres, des terrasses, des jardins dessinés dans les proportions majestueuses du. grand siècle, couvrirent le vaste clos péniblement défriché jadis par la main des religieux. Une des tours de l'église fut incorporée au logis abbatial , et la sacristie transformée en salle de billard. Rempli des souvenirs de Versailles , l'abbé avait projeté la construction d'une galerie pour communiquer de ses appartements aux tribunes résenées dans l'église, devenue sa chapelle. Peu s'en fallut que cette pensée ne fût mise à exécution ; elle échoua cependant devant l'opi-

DB SAINT-MARTIN. 36 f

Ces pauvres moines payaient les frais de ce bon plaisir. Ils manquaient du strict nécessaire. Bonneau ne leur remboursait point les censives quMl avait aliénées et dont il avait depuis longtemps reçu et dissipé le prix. — Après seize ans de fonctions, on lui reprochait de n'avoir point fait dire à Saint-Martin wie messe qu*il eût payée. En toutes choses il n'agissait que selon son caprice, ne consultant personne^ même dans l'administration des biens restés en commun. — Comme il avait rintention de pourvoir un de ses parents du prieuré de Saint-Pierre-le-Moûtier^ il fit proposer un jour au prieur de lui résigner volontairement ce bénéfice. Celui-ci répondit qu*on le connaissait mal y et qu*il était de qualité phtt que suffbantepour supporter une telle dignité. On no sait ce qu^il advint de cette épigramme lancée au plus vif de la vanité roturière de rabl>é Bonneau. Il était assez habile pour dissimuler son obstination et son ressentiment sous les dehors de la courtoisie , son avidité sous ceux du désintéressement. 11 savait prendre le masque et le déposer à propos ^ mais si rusé diplomate qu^il fût, ses actes trahissaient tôt ou tard le s<^cret de ses pensées. Un de ses moines a tracé de lui c^ portrait : « 11 est à » remarquer que M. Tabbé Bonneau est ainsi fait , outre » qu'il est extrêmement réservé , que plus on fst faciU» » à lui accorder quelque chose, plus il se rend importun » à vous faire de nouvelles demandes et sans bours4* dé- » lier, sous prétexte de faire des accommodements pour » son usage et profit particulier seulement , et de ses » successeurs en cette abl)aye , et souvent aux dé[>ens et » dommages considérables de la communauté régulière. » dont fontfoy toutes les concessions gratuites ci-dessus*.

» lesquelles demandes il n'abandonne pas aisément, at » sorte queçequ'il ne peutobtenir du tempsd'un prieur, » il taschede l'avoir du r^ned'un autre, avec rhmaeçoit M de gvelgue diteure, etc., et après cela, netcio vot, etc. * Ce fut au moyen de ces hameçons que l'abbé Bonneau ruina le monastère. Après avoir dissipé une partie de sa manse abbatiale, il se prétendit lésé par une dimina- Uon de plus de mille livres de revenu, et fit casser en vertu de lettres patentes de Louis XIV, enregistrées au parlement de Dijon, les traités par lesquels ses prédécesseurs s'étaient engagés à fournir au monastère, dont les revenus ne dépassaient pas 790 livres, un supplément de 300 livres de rente. Il est pénible d'entrer dans les misérables détails d'une vie sans dignité , de voir dans quel esprit d'intérêt et d'intrigues les monastères étaient alors dirigés. Autrefois les abbés écrivaient pour les affaires de l'Eglise, pour maintenir la pûx entre le seigneur et le vassal, se faire les champions du droit méconnu , de la charité mise en oubli , pour ramener les abbayes à la pureté des antiques observances. — Aujourd'hui, quelle décadence profonde ! leur correspondance se traîne dans les préoccupations les plus infimes, dans les brigues les plus subalternes ; Bonneau écrivait à un de ses confidents :

» parce que c'est un prieure de la dépendance de Tab-

* baye. Le père général m'a promis de plus , de pour- « suivre TuDiondece prieuré à Tabbaye de Saint-Martin » lorsque le temps sera favorable à Home ] j'ai sujet de H croire que jusqu'à ce que cette union se fasse , que w la manse de Fabbé se sentira de ce nouveau revenu n aussi bien que celle des religieux , ou que Ton me 1» donnera à l'avenir quittance de la meilleure partie de w ce que je dois d'argent annuellement, sans en donner. » Jen'ay néanmoins rien stipulé eur cela^ j'opine cela H sur quelques discours que Ton fait depuis ma provision V donnée, et ainsi ne vous pressez point de payer , et » Toyes ce que l'on vous dira, sans faire semblant que je » vous ay rien mandé de tout cccy.

» Ne montrez cette lettre à personne du monde. J'ay » écrit au père prieur que j'avois eu Tintention de luy » donner (Saintr-Pierre-le-Moûtier); que le rôvcrend père » général ne Favoit pas souhaité par de bonnes raisons, et n que j'ai choisi le père d'Arfeuillc. La vérité est que je n n'ay jamais eu l'intention de luy donner, et afin qu'il ^ ne fût pas mécontent de moy, nous avons concerté le

* père général et moy de luy mander ce que dessus. Le » père général est un fort honnOte homme , j'auray ' je » crois, satisfaction de cette ail'aire cy, etc. »

Tel était l'abbé Bonneau. Sa conduite envers ses moines Alt toujours marquée de ce caractère de ruse et de duplicité. 11 ne lâche pas de concession qui ne lui soit amplement payée. Donne-t-il par aventure, et par un mouvement iinguiier de piété, 800 livres au monastère, il se fait, en compensation, diminuer 1 00 livres par an sur la rente qui 1 est obligé de desser\*ir aux moines. Promet-il une l)elle

lampe d'argent de 500 livres à l'église de l'abbaye, il se réserve pour réaliser ce don, un terme de deux ans, afin sans doute de se ménager l'oubli décent d'une promesse échappée dans un moment de belle bumeur, à la suite d'un traité en bonne forme réduisant de 275 livres celle même rente déjà si insuffisante et si écourtée.

Le dénùment de l'église n'était pas un des moindres griefs des religieux contre leur abbé. En 1695, il firent venir de Lyon, à frais communs, un sculpteur habile nommé Gabriel Hasson, et lui confièrent la restauration de certaines parties du chœur. Ils mirent à sa disposition des marbres précieux, débris de l'opulence romaine. Avec ces matériaux, l'artiste lyonnais refit le grand autel, et sculpta le retable composé d'un bas-relief de marbre représentant Jésus-Christ reconnu dans la fraction du pain par les disciples d'Emmaûs. Le chœur fut dallé en losanges de marbre, et orné de chaque cûtë de deux colonnes surmontées d'anges. Lorsqu'il fallut' payer ces embellissements, les moines, à qui ils avaient coulé pour leur part plus de 1,000 livres, furent obligésd'enajouter cent autres afin de dédommager le pauvre sculpteur de la retenue forcée que Bonneau voulait lui faire subir sur le prix convenu.

Sous un pareil régime, les bons etfets de la réforme

DE SAIIfT-MARTIN. 365

Annales de saint Benott. La \isite de Mabillon fut pour elle un événement. Il y passa quatre jours en mai 1682. Lechartrier, la bibliothèque, étaient vides : les Calvinistes avaient tout enlevé. La réforme avait battu monnaie avec For et l'argent couvrant les riches reliures des tnanuscrits. Cependant le séjour de Mabillon k Autun ne fut pas tout-à-fait perdu pour la science. Il exhuma des archives de l'église de Saint-I.azare, qui avait conservé ses richesses primitives, un sceau du roi Eudes, qu^l publia au titre \ De re diphmaticd. Il admira aussi un Evangéliaire manuscrit que Fausta, abbesse de Saintlean-le-Grand , avait fait faire au commencement du règne de Pépin. A Saint-Martin, il s'attacha surtout aux inscriptions tumulaires , dont quelques-unes ont été relatées dans son voyage*. Dom Michel Germain raccompagnait. Tous deux se dirigèrent vers Cluny, qu^ils se proposaient de visiter.

Un moine inconnu recueillit à la prière de Mabillon quelques brèves indications sur les origines du monastère, et rassembla les titres qui avaient échappé à la destruction *. Malheureusement les cartulaires auxquels

' Mabillon. — lUnerarium Bur^Ddicum.

* La comparaison des écritures permet de conjecturer que l*auteorde ce travail est frère N. Drunat. Il fut un des deux moines qui viaitèrent Clony en 1669 et rapportèrent des reliques de saint Beroofk

A défaut de Saint-MarUn, Autun ne fut point étranger aux traraux des BénédicUns. Dom Thiroux travailla aux trois premiers Tolumes de la G^Uia ChrUtiana, et passe pour aToir composé le quatrième looi la direction de MIk de Sainte-Marthe.

366 \BBAYE DE SAHIT-MARTIS.

renvoie cette espèce de catalogue n'existent plus. Cet humble travail , le seul qui permette aujourd'hui de suivre avec quelque précision la série des faits et des caractères dont se compose cette Histoire, accuse d'ailleurs un remarquable esprit d'ordre et fait vivement regretter que l'auteur ne nous ail pas laissé des recherches plus complètes.

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