Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît;
Cet ouvrage ayant été imprimé, en grande partie, durant l’absence de 1 auteur, il s’y est glissé des fautes assez nombreuses, nous relevons seulement celles qui altèrent le sens ou la correction de la phrase.
■pages, lignes.
28, — 8, crèche, lisez brèche.
47, — 11, rapporter, lisez rappeler.
05, — 15, les troupes, lisez ses troupes.
209, 23, et ils s’inquiètent peu, lisez et s’inquiètent peu.
220, 4, 1 anniversaire la fondatrice, lisez l’anniversaire de la
fondatrice.
224, — 27, placez le point et finissez la phrase après ces mots : en 878.
230, — 19, tous étaient restreints, lisez astreints.
231, — 1, ces dernières, lisez ces derniers.
285, 24, déduction à ces dernières, lisez déduction de ces der
nières.
327, — 31, ordre, lisez Ordre.
335, — 27, infectèrent , lisez infecta.
362, ■ — 4, diseure, lisez nisure.
388, — 5, Ordre, lisez ordre.
AVANT-PROPOS
Ces recherches historiques ont été ébauchées dans une notice de quelques pages publiée en 1843. Moins incomplètes aujourd’hui, elles se composent, en grande partie, de l’analyse des chartes imprimées et manuscrites qui concernent le monastère autunois 4. Dans ces documents
1 Un second volume renfermant les chartes et pièces justificatives paraîtra prochainement.
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échelonnés à des époques assez distantes, dans ces lambeaux échappés à de fréquentes dévastations, on ne saurait trouver les éléments complets d’une histoire; et cette histoire fût-elle possible, nous n’avions ni le loisir ni les qualités d’esprit nécessaires pour l’écrire.
Toutefois nous n’avons omis ou passé sous silence aucun des documents que plusieurs années d’investigations nous ont permis de recueillir; et nous pouvons dire en publiant cet essai : voilà tous les souvenirs qui nous restent de l’abbaye de St-Martin d’Autun.
Il a paru convenable à une société dont les travaux se concentrent sur l’archéologie du pays Eduen, de publier les documents inédits qui peuvent être, pour ce pays, de quelque intérêt. Les chartes de l’abbaye de St-Martin offrant un ensemble assez considérable, sinon parfaitement suivi, c’est par elles que nous avons commencé. D’autres, nous l’espérons, feront sur différents points de nos antiquités un travail analogue et le feront mieux. Pour nous, nous n’avons voulu que classer et conserver; nous n’avons visé qu’à l’ordre et à l’exactitude. Que notre faiblesse soit pardonnée en faveur de notre intention.
Nous avons essayé quelquefois de rattacher
AVANT-PROPOS
les faits particuliers à des événements contemporains d’une importance plus étendue , afin de placer ces faits sous leur véritable jour et d’en faciliter l’intelligence. Peut-être nous reprochera-t-on de n’avoir pas été plus souvent fidèle à cette méthode, et de nous être borné presque toujours à des détails secs et arides. Tout en reconnaissant la justesse de cette critique, nous ferons observer que le caractère restreint de nos matériaux nous imposait la plus grande réserve. Le principal aurait été bientôt absorbé par l’accessoire; l’histoire de l’abbaye aurait disparu dans l’histoire générale.
Nous devons ici nos remercîments aux personnes qui nous ont aidé de leurs communications et de leurs conseils; à M. l’abbé Devoucoux, qui nous a confié les papiers de l’abbaye déposés aux archives de l’évêché, et dont la science et la bienveillance nous ont été constamment ouvertes; à M. Lavirotte, qui nous a aidé de ses connaissances paléographiques; à MM. les archivistes de Dijon, de Mâcon, d’Avallon, qui nous ont signalé des pièces importantes.
Lorsque lespeuples du nord eurent envahi le monde romain, on put croire que la civilisation allait périr tout entière , et l’humanité interrogeant les débris restés sur leurs traces, cherchait des yeux l’arche de salut. Cette grande organisation de l’empire, fruit d’une politique que mille ans de guerre n’avaient pu lasser, minée depuis longtemps par l’appauvrissement physique et moral des races, par les turpitudes du polythéisme et des mœurs romaines, n’offrait plus que des lambeaux épars disputés par la violence et l’anarchie. Les bandes tumultueuses des Germains remplaçaient les légions sur les
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voies impériales. Les dieux muets n’avaient plus rien à répondre au mépris de leurs adorateurs. Les écoles se taisaient ou n’avaient de voix que pour flatter les empereurs. Le ciseau tombait des mains des artistes. L’agriculture, frappée par une fiscalité impitoyable, voyait ses derniers colons grossir les hordes qui dévastaient les campagnes et les cités. Le glaive , seule loi du monde , retraçait le contour des provinces et des empires.
En vain les conquérants, les législateurs, les philosophes, les poètes s’étaient unis pour fonder l’alliance des races du midi et de l’occident-, en vain la guerre et la paix , servant tour à tour la cause de l’unité romaine, avaient rapproché dans une même famille les peuples civilisés; la barbarie, dans un dernier choc, renversait cet édifice délabré où s’étaient épuisés tant de siècles , où s’étaient donné rendez-vous toutes les puissances du génie humain.
Par une singulière coïncidence, cette terrible réaction des peuples du nord se produisait au moment où l'influence de Rome semblait avoir pénétré au cœur de leur patrie et de leurs institutions. Leurs chefs, épris d’admiration pour la puissance impériale, paraissaient oublier l'indépendance native, s’enrôlaient dans les milices, ambitionnaient les titres de consuls et de patrices. Eblouis par la force apparente, la pompe extérieure, les merveilleux travaux d’une société nouvelle pour eux , on eût pu les croire plus enclins au respect qu’à la haine , plus disposés à subir l'ascendant des idées méridionales qu’à réagir violemment contre elles. Du Rhin au Danube, tout était vivifié par la volonté du peuple-roi. Les villas remplaçaient , sur leurs bords , les sauvages forêts de la
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Germanie de Tacite. Les légionnaires , quittant l’épée pour la charrue, avaient converti en prairies fertiles , en vignes, en riches moissons, les marécages, les bruyères des Marcomans et des Bructères. Des chaussées indestructibles unissaient le Pont-Euxin à l’Océan • des ponts, des canaux, des digues, d’immenses murailles fortifiées, des temples , des basiliques , des théâtres , des palais , remplaçaient les chétives bourgades , les retranchements grossiers , les enceintes de pierres , les roches entassées des races primitives. Trêves, cette Rome du nord, disputait de luxe , de science , d’éloquence , avec les plus illustres métropoles. Les cent seize villes des anciens itinéraires, Mayence, Cologne, Vienne, Augsbourg , avaient grandi sur le sol des futaies où naguère on cheminait sans issue durant soixante jours.
Le génie romain avait marqué les institutions de la même empreinte. Une administration complète assimilait la Germanie aux autres parties de l’empire. A Trêves résidait le préfet du prétoire. Dans les huit provinces , des présidents , des consulaires , des préposés du trésor, des procureurs des monnaies , des maîtres des milices , fonctionnaires du fisc, de la justice, de l’armée, assuraient à l’administration impériale sa puissance et sa régularité. Les libertés municipales de l’Italie s’étendaient à un grand nombre de colonies. Plusieurs d’entr’elles avaient leur curie , leur sénat , leurs assemblées du peuple. Athènes et Rome leur envoyaient des maîtres de rhétorique et de grammaire. Elles possédaient des écoles entretenues , restaurées par la libéralité des empereurs dont elles payaient les bienfaits par des panégyriques ; et de cette terre native de la barbarie on avait vu
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un Frank, un habitant du Danube, Mérobaudes, venir disputer le prix de la poésie et de l’adulation à la cour des Césars.
C’était un assez beau triomphe pour la civilisation latine d’avoir ainsi conquis le sol et les intelligences. Toutefois ce triomphe était incomplet, il n’atteignait pas les consciences ; le fond des âmes lui échappait, 11 eût fallu des vérités morales , des croyances religieuses pour les régénérer. Or, le paganisme n’avait rien à enseigner , rien à révéler. Sur le terrain de la religion , Rome dut se borner à des échanges. Il se fit un commerce de divinités, un pêle-mêle de cultes entre le nord et le midi ; encore l'avantage se trouvait-il du côté des peuples germaniques. Dans leurs sombres mythologies , dans les luttes de leurs dieux, dans les plaisirs sanglants des fêtes de la vie future, d’énergiques croyances soulevaient les âmes jusqu'au mépris de la mort. Tout, dans leurs traditions , rappelait les combats , le dogme de la fatalité, la nécessité des sacrifices humains. Les divinités latines pâlissaient devant ces cultes impitoyables ; elles ne pouvaient qu’énerver les esprits et les cœurs. Toutes les passions obscènes ou abjectes du cœur humain y trouvaient leur déification. Mars, Hercule, la Victoire, la Fortune, divinisaient la force brutale de la guerre ou du succès; Bacchus, Adonis, Vénus, Priape, la Bonne Déesse, le dérèglement des sens. La peur, le vol. la fièvre trouvaient des dieux ou des autels. Les maîtres du monde auraient pu rougir d’un pareil contraste, s’ils n'avaient eu à se féliciter de ce que leurs croyances achevaient par la corruption l’œuvre de la conquête.
Derrière ces peuples épris du fantôme de la puissance
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romaine , alléchés à son luxe , à ses arts dégénérés , d’autres moins connus , campés au-delà des frontières impériales, Goths , Franks , Alemans , Saxons, Huns, Vandales , parcouraient le nord de la Germanie du Caucase au Rhin. Leurs tribus débordaient sur les provinces par un torrent continu. Elles venaient se heurter aux populations romaines sans y rester étrangères, sans s’y mêler complètement. Empreintes de la rudesse primitive de leurs aïeux , elles ne connaissaient Rome que par les efforts de Rome pour les soumettre , par ses cruautés et ses exactions. A leurs yeux, les représentants de la civilisation romaine, c’étaient le lieutenant impérial qui recrutait les légions, le procureur qui levait les impôts, et qui , à défaut de l’or qu’ils connaissaient à peine , enlevait leurs peaux de bœufs et de buffles, et mettait à l’encan troupeaux et familles. Rome , impuissante à les dompter, cherchait à les affaiblir en soufflant entr’eux la discorde ; elle excitait à s’entr’égorger des tribus entières, prête à donner le coup de grâce au plus faible. Les exterminations entretenues durant plus de trois siècles, de César à Constantin , les populations vendues sur les marchés ou jetées aux lions des amphithéâtres avaient accumulé une dette de vengeance et préparé lentement le triomphe des victimes. Le nombre , la puissance passaient chaque jour du côté de ces dernières. L’esclavage les avait semées par masse dans toutes les parties de l’empire, le recrutement militaire les avait incorporées aux légions dont elles étaient devenues la principale force. La dégénération des races italiques, les affranchissements de plus en plus multipliés leur avaient livré les emplois publics. Esclaves , affranchis , colons , soldats ,
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ils pénétraient l'empire, ou plutôt, ils étaient déjà L’empire. 1
Devant cette double invasion , de la guerre et de l’assimilation des races, l’unité romaine aurait disparu si le christianisme n’eût repris la tâche où celle des dieux et des empereurs finissait. Il apportait l’énergie qui leur avait manqué, en attaquant la barbarie au fond intime de sa nature, dans les passions. Chargé de perpétuer la civilisation , de reconstituer l’unité des peuples, il se présenta seul devant l’invasion. Au moment où les préfets et les patrices fuyaient les provinces , les philosophes leurs portiques , les prêteurs leurs basiliques , les papes, les évêques, les moines restèrent, et avec eux la science, la justice, la vérité, le dévouement.
Jeté entre les deux ennemis de Rome , la férocité et la mollesse, l’Evangile avait une double action à exercer. Il avait à régénérer la conscience romaine, à épurer celle des Barbares 5 à conquérir la première pour s’en faire un moyen de prosélytisme contre les seconds. Dès les premiers jours, il avait attaqué le paganisme dans les centres les mieux fortifiés, dans les villes les plus florissantes , dans les colonies pénétrées le plus intimement des idées romaines. S’il était permis d’assigner à l’activité humaine une part dans l’œuvre de Dieu , on pourrait croire que la semence divine germa plus facilement dans les sillons creusés par la civilisation antique. Les arts et les sciences disputant la pensée à la préoccupation exclusive des jouissances matérielles, la disposaient à des
5 Ozanam. Les Germains avant le christianisme, c. VI et VII passim.
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tendances plus élevées. Virgile et Platon . développant le sentiment de l’harmonie, l’habitude des hautes conceptions, posaient à leur insu une marche à l’autel du Dieu inconnu -, et le beau , dans ses efforts vers l'idéal , jaillissant de la statuaire antique, inclinait les âmes à l’intelligence de cette beauté spirituelle que l’Evangile allait révéler.
Aussi le christianisme en quittant l’Orient, apparaîtil d’abord dans les métropoles 5 à Rome, à Marseille, à Vienne , à Lyon , à Autun , partout où la civilisation l’a devancé. Sur les sièges établis par les apôtres de Rome ou de Smyrne, se succèdent les descendants des plus illustres familles sénatoriales. Héritiers des traditions d’une société expirante, froissés dans leur dignité aristocratique, dans les délicatesses de leur esprit et de leurs mœurs , pénétrés d’une tristesse profonde à la vue des convulsions où se débattait le monde et n’espérant de salut pour lui qu’à l’ombre de la croix, ils allèrent chercher ce salut aux pieds des autels. Versés dans les lettres grecques et latines, entretenant partout de vastes correspondances , luttant par la parole et par la plume contre le paganisme et l’hérésie, les évêques représentent le mouvement intellectuel de leur époque. Ils commandent le respect par leurs vertus, la soumission par leurs lumières , l’admiration par leur fermeté et leur dévouement; personne, au nom des titres reconquis de la dignité morale, ne pouvait faire une guerre plus énergique aux vices de la société romaine.
Le paganisme , miné par la raison , vide de croyances sérieuses, n’avait d’autres gages de durée que la force de l’usage, l’ignorance des peuples. La philosophie, patri-
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moine des lettrés, égarée dans la multitude de ses systèmes, était convaincue d’impuissance. La corruption des mœurs elle-même , pouvait repousser , mais non pas nier la doctrine évangélique. Forts contre les doctrines, les évêques l’étaient moins contre les personnes. Plusieurs causes restreignaient leur action dans des limites difficiles à franchir. L’étendue de leurs diocèses, l’insuffisance de leur clergé séculier , leurs fonctions civiles comme défenseurs de la cité, leur origine aristocratique, entraînant avec elle une inégalité marquée de richesse et d’éducation , concouraient à diminuer leur influence.
Elle tendit à s’affaiblir encore en présence de l’établissement définitif des Barbares dans l’empire romain. Bientôt en effet ils pénétrèrent dans la société ecclésiastique comme ils avaient pénétré dans la société civile , et lui portèrent une grave atteinte. « Ils avaient assez d'in- » telligence pour s’apercevoir de l'avantage qu’il y avait » pour eux à s’emparer des positions suprêmes de l’E- » glise , et au bout d’un petit nombre de générations , » ils avaient placé les rejetons de leurs familles sur la » plupart des sièges épiscopaux. Dès ce moment, l’E- » glise perdait de son caractère protecteur et sympa- » thique à l’égard des populations conquises. Il était » impossible qu'au milieu du déplacement de la puis- » sance matérielle qui appartenait aux évêques , la loi » évangélique agît sur ces fils de barbares, d’une manière » assez forte pour leur faire oublier et les passions et les » intérêts de leur race ; d’où il résultait que parmi ces » évêques, un grand nombre, et peut-être la plupart, » devaient être considérés plutôt comme les ennemis » que comme les défenseurs de leur troupeau.
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Mil
» L’Eglise dut tourner ses regards vers des institu- » tiens moins vulnérables et plus dégagées par leur na- » ture même des intérêts humains. » — Sa force se réfugia dans des ministres plus obscurs. Elle évita dans l’abnégation et l’humilité le péril de tenter la cupidité et l’ambition. « De là l’immense développement que » prirent en Europe , immédiatement après l’établisse- » ment des Germains, les institutions monastiques et » particulièrement l’ordre fondé par saint Benoît *. » L’éducation des Barbares fut l’œuvre de ces dernières; œuvre de patience, de courage, de sacrifices inouïs, à peine achevée après sept siècles de travaux. Bépandus partout, dans les villes, dans les bourgs, dans les lieux incultes, dans les forêts, solitaires, reclus, moines, cénobites s’attachèrent à déraciner des cœurs et des institutions le paganisme romain et le paganisme germanique. Missionnaires ardents, ils parcouraient le pays, prêchant dans les églises, sur les places, le long des chemins, au milieu des peuplades attroupées, parlant leur langage, s’inspirant de leur esprit et de leurs usages pour les gagner à la foi. Unissant l’autorité de l’exemple à celle de la parole, ils protestaient contre leurs passions violentes, leur vie toute de tumulte et de guerre, par la patience, la persuasion, la douceur, l’humilité, la charité, l’abstinence. À l’oisiveté intempérante, ils opposaient le travail assidu des mains et l’ennoblissaient en le partageant avec le colon et l’esclave. Enfin , comme à ces peuples vivant par les sensations plus que par l’intelligence, il fallait
1 Lenormand. Cours d’histoire moderne, t. 1er, p. 234 td passim.