‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît;Chapitre 2 sur 56 · XI V · texte numérisé non relu

XI V

INTRODUCTION

des signes qui ébranlassent l’imagination pour subjuguer l’esprit et le cœur, des légions de saints apparurent, doués de vertus surnaturelles et de la puissance du miracle. Tels furent ces conquérants pacifiques qui prirent la contre-partie de l’invasion 5 saintPatrick, couvrant l’Irlande de monastères, le moine Augustin, allant avec quelques disciples convertir l’île des Bretons, et Boniface, la Germanie -, grandes et calmes figures au milieu de la barbarie, unissant sur leurs fronts la majesté antique à l’auréole des saints et des martyrs.

Au moment, où tout se disloque et tombe en pièces , religion, pouvoirs publics, lois, mœurs, l’esprit d’association , qui semblait menacé d’une mort inévitable, est miraculeusement préservé dans les monastères. Seuls, ils résistèrent aux attaques portées aux éléments de l’ordre social et conservèrent l’exemple d’une société parfaite. La famille, la commune, l’état, y retrouvèrent le germe de vie qui les avait abandonnés et ne se ranima complètement que dans la communauté chrétienne. Elle était comme un monde à part dans le monde de l’humanité ; un foyer de charité et de lumière qui devait , en pénétrant la société civile , la transformer pour les siècles à venir.

On sait quel était l’état de la famille chez les Bomains et chez les peuples initiés à leur civilisation. Un luxe qui corrompait les classes élevées par l’abus des jouissances, et les classes inférieures par l’exemple, avait fait disparaître tout lien moral. Il ne restait dans les âmes d’autre souci que celui de la volupté. Elle était le but de tous les efforts , comme le prétexte de tous les crimes. Les prescriptions des législateurs, les enseignements de la

INTRODUCTION

philosophie stoïcienne avaient échoué contre un mal porté à ses dernières limites par l’activité désordonnée de plusieurs générations. En vain des lois nombreuses étaient-elles rendues pour enlever à la famille le caractère de domination matérielle qu’elle tenait du vieux droit romain et d’une morale dégradée ; les lois se brisaient devant l’autorité plus forte de l’habitude. Si la puissance paternelle avait perdu en partie son caractère absolu , si la loi protégeait le fds contre un châtiment qui pouvait aller autrefois jusqu’à la mort, si elle lui assurait en certaines circonstances la possession d’un pécule, si elle avait établi l’émancipation forcée pour le soustraire aux rigueurs du pouvoir paternel , il n’en restait pas moins à ce pouvoir le droit de vendre le nouveau-né, de l’exposer sur les chemins, à la porte des monuments et des églises, privilège fatal aux enfants des pauvres, livrés le plus souvent à la mort et à la dent des chiens, selon l’expression d’un concile *.

Dans les familles riches, l’éducation des enfants abandonnée aux esclaves comme une tâche servile , s’imprégnait d’une corruption résultant de la désaffection et du mauvais exemple des parents, ainsi que de l’absence de toute autorité de la part d’un maître subalterne , jouet des caprices et des instincts prématurément dépravés de son élève. De ces mains vénales il passait aux écoles publiques , où le commentaire des poètes présentait , dans les turpitudes des dieux et des héros , l’exemple des voluptés; où l’enseignement de l’éloquence était l’art de plier la parole à des jeux d’esprit en dehors de toute conviction .

1 Loi de Constantin en 329. — Loi de Théodose en 391.

Page 1