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l’arbre se rejette en arrière connue repoussé par un vent impétueux, et tombe du côté opposé. 1
En 376, revenant de Trêves où il avait été voir l'empereur Valentinien , il évangélise le pays Eduen et visite Autun , du temps de l’évêque Simplicius , qui se signalait comme lui contre le culte des idoles. Non loin de la porte de Langres, à un jet de pierre du rempart romain, s'élevait un temple attribué à Saron2 3 4, roi fabuleux des Gaules5, renommé pour son savoir, et fondateur de certaines écoles d’où une section des Druides avait pris le nom de Saronides /‘. Aux alentours s’élevaient les monuments funéraires du vaste polyandre compris entre les voies de Sens et de Besançon -, près de là , saint Symphorien , dans son cercueil de pierre , reposait entre son père Faustus et sa mère Augusta. L’évêque de Tours n'hésita point à renverser l’idole, au péril même de sa vie. Les
1 Sulpice Sévère.
2 Le nom mytique de Suron se lie à des associations dont l’origine se perd dans l’antiquité. Voir Edme Thomas, note 2 [édition de 1846 ].
Le dieu Saron n’est autre que le dieu Kernunnos dont le bas-relief a été trouvé à Paris. 11 est représenté avec des bois de cerf dans les oreilles et des anneaux qui y sont attachés, symbole de la surdité dont l’idée se trouve encore exprimée dans des lieux qui ont conservé le nom de Sernin. En grec, a «o&mç ainsi que iïpvç dont on fait venir le nom des druides, signifiaient tous deux chêne. Fortunat de Poitiers, en parlant du passage de saint Martin, dit qu’un chêne était placé devant le temple de Saron.
3 Diodore de Sicile.
4 Au XVIe siècle, Ladone, dont le témoignage est au moins dou¬
teux, assure que, de son vivant, une tradition fixait en ce lieu des écoles connues sous ce nom.
gens du voisinage se soulevèrent et accoururent en armes. Un d'eux, plus irrité, s’élança sur lui l'épée à la main; mais le saint , dépouillant son manteau , se présenta la gorge nue à son ennemi , qui , levant le bras pour le frapper, tomba à la renverse saisi de frayeur et demandant pardon. 1
Un manuscrit , conservé au chœur de l'église de Saint- Martin d’Àutun , attestait que cet événement s'était passé sur son emplacement même , et que l’apôtre , consacrant le temple à Jésus-Christ, y avait élevé un autel à saint Pierre et saint Paul.
La défense de l'Eglise le trouvait toujours à l'œuvre, parlant aux fidèles, aux conciles, aux rois. La même voix qui dictait aux moines la règle de leur discipline, initiait à la connaissance de Dieu le pauvre habitant des campagnes, jetait aussi l’anathème sur le schisme ou l'hérésie, rappelait les évêques à leurs devoirs avec une autorité qui n’était pas contestée, soutenait des discussions théologiques sur les points les plus délicats de la foi , et demandait tour à tour aux empereurs la répression des hérésies et le pardon des hérétiques.
Pendant qu’il établissait dans la Gaule le culte du Christ sur les ruines de celui des idoles, s'éleva, en
1 Sulpice Sévère. — Forlunat de Poitiers s’exprime ainsi en vers qui sentent leur époque :
« Post Heduorum dum lemplum divellerc tentât ,
» Obstant inculti cul tores ruricolares,
» Ne colerenl melius, sua si cultura periret.
» Ex quibus audaci nixu rnalè forlior unus » Aggredilur gladio caput obtruncarc sacratum. »
ABBAYE
Espagne , l’erreur des priscillianistes , secte issue du manichéisme et du gnosticisme. Ils prétendaient que nos âmes étaient une portion de la substance de Dieu , exilées sur la terre en punition des crimes qu’elles avaient commis dans le ciel ; nos corps étaient, selon eux, l’ouvrage du démon , et pour en témoigner leur mépris , ils se livraient aux désordres les plus infâmes. Ils rejetaient la distinction réelle des trois personnes en Dieu , anéantissant le mystère de la Trinité , niaient la divinité du Christ , la résurrection des morts , et sapaient ainsi tout l’édifice de la croyance catholique. Leurs mœurs n'étaient pas moins dépravées ; ils cachaient sous un extérieur austère , sous les apparences de la piété et de la pénitence , sous l'habit monastique qu’ils revêtaient à dessein , le libertinage et la promiscuité.
Les évêques d’Espagne avaient condamné leurs erreurs aux conciles de Sarragosse et de Bordeaux. Emportés par un zèle déréglé et poussés par l’un d’eux , Ithace , ennemi personnel de Pnscillien , ils demandaient la mort de l’hérésiarque à l’empereur Maxime , auprès de qui il avait interjeté appel de leur sentence. Saint Martin et saint Ambroise, alors à Trêves, joignirent les efforts de leur charité pour lui obtenir la vie-, mais, à leur départ, la colère mal comprimée des évêques espagnols se réveilla. Priscillien fut exécuté avec deux prêtres, deux diacres et d’autres adhérents. Sur les instances d’Ithace, pressé d’exterminer tous ses disciples, Maxime était au moment d'envoyer en Espagne une commission militaire pour exécuter ce qui restait d’hérétiques , lorsque saint Martin , averti de cette nouvelle décision, se rendit à Trêves. Il venait une seconde fois demander la grâce des condam-
nés. Les évêques exaspérés, le représentant comme le complice et le vengeur des priscillianistes , obtinrent de l’empereur de lui interdire l'approche de la ville, s'il ne promettait de s'y tenir en paix avec eux. Il éluda adroitement cette demande en promettant « d’y venir en paix avec Jésus-Christ. » Entré de nuit à Trêves , il se rendit à l’église pour prier, et le lendemain se présenta au palais. Les évêques se jettent aux genoux de l’empereur , le suppliant de ne pas céder à l’influence d’un seul homme. Maxime chasse Martin de sa présence et envoie des assassins pour tuer ceux en faveur de qui il venait intercéder. Le saint homme, poussé à bout, accourt de nouveau , promet , si l'on fait grâce , de se rallier à ces évêques souillés de sang, dont il avait jusque-là repoussé la communion , et obient , à ce prix , le rappel des tribuns expédiés pour la destruction des églises d’Espagne. Les évêques , trompés dans leurs cruelles espérances , firent tous leurs efforts pour qu’il signât leur communion , selon sa promesse : ils ne purent rien obtenir.
a Le lendemain il s’en retournait triste et inquiet de ce pieux mensonge. Ses compagnons l’ayant dépassé le long de la route , il s’assit dans une forêt solitaire , non loin d’un bourg nommé Andethana1 2, accusant et défendant tour à tour dans sa pensée l’action qu’il avait commise. Soudain un ange lui apparut : « Tu as raison, Martin, d’être affligé, lui dit-il; mais tu ne pouvais faire autrement. Relève-toi et prends courage , de peur de risquer maintenant non pas seulement ta gloire, mais ton salut. » '
1 Echlernach, à quaire lieues de Trêves.
2 Sulpice Sévère.
ABBAYE
Cette consolation divine ne put le rassurer entièrement ; il se plaignait , avec larmes, de sentir languir sa vertu. Mais durant seize aimées qu il vécut encore, il la recouvra plus vive que jamais en redoublant d’humilité et d’austérités. L’esprit de miracle et de prophétie la faisait briller chaque jour d'une manière éclatante. Sa volonté dominait la puissance du démon ; son don de seconde vue lui faisait prévoir l’avenir et lui rendait présentes les choses éloignées. Sa science, trempée dans les rayons de la foi , éclairait d'une lumière surnaturelle les textes de la sainte Ecriture , dans ses conférences avec ses disciples. Pour les fidèles témoins de ses vertus , c'était là la récompense d’une vie de travail et de sainteté -, pour lui-même , c’était l’annonce prochaine de la vie éternelle. Absorbé tout entier par ces grâces et par ces communications divines , il renonça désormais au monde , n'alla plus à aucun synode, et s'interdit d’assister à aucune assemblée d’évêques. Vieilli dans les austérités et dans la prière, objet de la vénération religieuse même de son vivant, il mourut à l’âge de quatre-vingt-un ans. Plus de deux mille moines formés dans ses monastères et accourus de tous côtés, assistèrent à ses obsèques.
Son culte se répandit avec une rapidité prodigieuse ; il fut le premier saint à qui l'on consacra des églises , sans qu’il eût été martyr ou apôtre. Les cathédrales , les monastères , les oratoires , les bourgs et les cités , se placèrent à l’envi sous son invocation; aujourd’hui même, dans le diocèse d’Autun , 107 paroisses portent son nom. La basilique de Tours, élevée sur ses cendres, devint un des pèlerinages les plus fréquentés du monde chrétien. En souvenir de son passage à Autun , saint Euphrone , évêque
de cette ville , envoya à Perpétuus , archevêque de Tours , des marbres précieux pour orner le tombeau de son illustre devancier. Perpétuus, reconnaissant, légua en mourant à Euphrone un exemplaire des Evangiles écrit de la main de saint Hilaire, maître de saint Martin , qui avait introduit aussi dans ses monastères l'usage de la copie des manuscrits.
Sa mémoire se mêla , dans nos pays, aux habitudes de la vie privée. Pendant longtemps le jour de sa naissance marqua le point de départ de la chronologie. Les redevances annuelles s’acquittaient pour sa fête , et après quatorze siècles cet usage n’est point encore effacé. La Gaule tout entière se soumit à un jeûne qui portait le nom de Carême de saint Martin, et qui consistait à jeûner trois fois par semaine , depuis sa fête jusqu'à Noël.
L’Espagne, l'Italie, l’Allemagne, se joignirent à la Gaule pour le vénérer ; saint Benoît plaça sous son invocation l’église du Mont-Gassin. Sulpice Sévère, son disciple, écrivit sa vie , qui se répandit rapidement dans tous les pays chrétiens 5 Paulin de Périgueux, Fortunat de Poitiers, chantèrent ses louanges 5 Grégoire de Tours, Alcuin, OdondeGluny, tracèrent le récit de ses miracles. Les rois franks placèrent leur royaume sous sa protection. La relique la plus vénérée de leur chapelle était une cape grossière qu'avait reçue saint Martin après avoir donné son manteau à un pauvre. Ils faisaient prêter sur elle le serment de fidélité à leurs vassaux, serment redoutable et que nul n’aurait osé enfreindre. Ils ne commençaient jamais la guerre sans l’avoir au milieu de leur camp, gardée sous une tente d’honneur par des clercs. Gharle-
magne voulut reposer à l’ombre de cette humble tunique , en lu transférant à Aix-la-Chapelle. 1
Brunehilde avait pour saint Martin une grande vénération -, elle l’invoquait dans les revers qui tourmentèrent son existence. Parvenue au gouvernement de la Bourgogne et de l’Austrasie, elle lui consacra le magnifique monastère d’Autun qui porta son nom,
1 Histoire de saint Léger et de l’Eglise des Franks, par dom J.-B. Pitra. — Le nom de Chapelle, attaché à la ville d’Aix, tirait son origine de la cape, capella, de saint Martin. Selon de graves autorités [Mémoires de l’Institut, 1818 ], elle a donné son nom à la race des Capétiens.
Celle médaille a clé trouvée à Aulun.