‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît;Chapitre 19 sur 56 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Fondation de l'abbaye. — Monographie de l’église.

Au milieu des sanglantes rivalités des rois mérovingiens, la régence de Brunehilde présente, pour la première lois, le spectacle d'une femme essayant d’apporter dans le gouvernement de ses Etats des idées d'ordre et de civilisation.

Elevée à Tolède, à la cour d’Athanagilde son père , roi des ^ isigoths , elle avait été, dès 1 enfance, habituée à de grands exemples de pouvoir et de gouvernement. Dans cette Espagne depuis longtemps soumise au christianisme, l’esprit juridique de l’ancienne Rome, allié à la charité de l’Evangile, formait le fondement delà mo-

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nar chie et de ses institutions. Administration romaine substituée à la constitution germanique-, unité du pouvoir impérial électif remplaçant la féodalité des chefs de tribus ; langue latine chassant progressivement 1 idiome gothique ; conciles composés des évêques et des leudes, traitant tour à tour des lois religieuses et des lois de 1 Etat ; étroite union entre 1 épiscopat et la royauté , qui se pietaient un secours mutuel pour se concilier le respect , adoucir les moeurs et faire prévaloir le sentiment de la justice- législation à la fois religieuse et politique, destinée à atteindre ce double but : tels étaient les éléments de civilisation queBrunehilde avait vus se développer sous ses yeux. Elle avait vu son père appelé par les conciles à la couronne , pour avoir été l'homme de ces traditions -, elle l’avait vu, après les avoir fait régner avec lui pendant quatorze ans , mourir en emportant , chose rare à cette époque, les regrets de son peuple.

Elle-même , pleine découragé et d’élévation dans l’esprit, instruite du passé et prévoyante de l’avenir, une fois rentrée en Àustrasie et tutrice de son fds , elle dut penser à consolider ce trône si longtemps disputé à l’anarchie. De ce moment, on la voit essayer d'appliquer à la société des Franks des règles et des habitudes empruntées à la jurisprudence romaine et au gouvernement des évêques. Elle s’entoure des Gallo-Romains les plus dévoués et les plus habiles, leur assure les grands offices de 1 Etat; introduit parmi eux le goût du luxe et de la politesse ; encourage les arts, ressuscite les édits impériaux, et rêve, en toutes choses, d'une cour de Rome ou de Byzance. Mais au milieu des leudes franks et burgondes . dont l'influence se trouvait ainsi refoulée et l'indépen-

•dance gravement atteinte , au sein de cette aristocratie grossière, ignorante, peu accessible au sentiment religieux , plus forte par le nombre et les passions que par les talents et les idées, une pareille tentative n’était pas possible ou né l’était qu’à demi. Le temps et l’autorité manquèrent à Brunehilde dans la poursuite de cette œuvre dont l’accomplissement était réservé à Charlemagne. Elle y perdit la vie ; elle ne put y sauver l’honneur de son nom.

Ce qui lui fut donné de réaliser avec le plus de succès , c’est en quelque sorte le côté extérieur et matériel. Par elle, des villœ, , des places fortes, furent bâties; les anciennes voies romaines furent restaurées , et de nouvelles se prolongèrent de toutes parts jusqu’aux extrémités du royaume. La Flandre, le Hainaut, le Cambrésis , la Bourgogne , la Picardie , les provinces du Midi , montrèrent longtemps les restes de ces magnifiques ouvrages connus sous le nom populaire de chaussées Bruneliaut. Aimoin, qui vivait plus de trois siècles après , s’étonnait qu’avec les ressources de la Bourgogne et de LAustrasie, elle eût laissé de si puissantes marques de son passage. 1

Ce fut surtout à l’influence religieuse qu’elle s’adressa. Elle qui avait abjuré le schisme d’Arius pour le catholicisme ; qui , dans le clergé visigoth , avait trouvé tant d’exemples de science et de vertu, elle ne pouvait méconnaître la grandeur et la durée de cette influence. Fille docile de l’Eglise, elle seconda de tout son pouvoir la papauté dans la propagation du christianisme, chercha à étendre l’action du clergé, l’éclat extérieur de la religion,

1 Aimoin , IV, 1.

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et y aida en construisant un grand nombre d’écoles, d’hôpitaux, d’églises et de monastères. Autun, cette ville à demi-romaine qui lui était chère par ses souvenirs et qui était le centre de la Bourgogne -, Autun , où elle se plut à résider souvent, obtint une large part dans ses munificences. Elle l’enrichit de trois établissements qui , après douze siècles , protégeaient encore sa mémoire.

Elle fut secondée par un homme avec qui une grande conformité de vues et d’opinions l’unissait intimement. Syagrius , attaché comme elle au parti gallo-romain , avait été appelé à l’épiscopat par sa vertu et par sa science. En lui , le zèle du pasteur s’alliait à la culture des lettres chrétiennes et profanes 5 son palais était une académie où des jeunes gens de grande famille venaient poursuivre leurs études sous sa direction. Plusieurs en sortirent des savants et des saints. Ces plaisirs de l’esprit , loin de nuire à la dignité du ministère épiscopal, en rehaussaient l’éclat 5 et , dans les limites de son diocèse , Syagrius veillait attentivement à la stricte distribution de la justice , au maintien de la discipline cléricale, à l’agrandissement et à la multiplication des écoles et des édifices religieux.

Ce fut en 589, qu’avec l’aide de Syagrius, Brunehilde jeta les fondements de ses constructions monastiques.

Quoique le christianisme fût généralement établi dans les Gaules et dans le pays Eduen depuis le passage de saint Martin , il restait néanmoins de nombreuses traces de paganisme. Les temples, les statues des dieux, les symboles druidiques , avaient disparu ou tombaient en ruines; mais la superstition hantait toujours les lieux qu’ils avaient occupés, ou s’en éloignait à regret. Des usages profanes, des sacrifices sanglants, des rites impurs,

s'y étaient conservés. L’imagination populaire y plaçait ses fables , ses apparitions , ses influences mystérieuses , toutes ces idoles de la pensée qui survivent longtemps aux idoles de bois et de pierre. C’était surtout au foyer domestique que se perpétuaient avec ténacité les traditions païennes. Là existaient des autels pour les lares et les pénates', là retrouvaient encore un sanctuaire secret . Cybèle, Minerve, Janus, Jupiter, Apollon, les Mânes. ’ Â l’exemple du grand évêque de Tours, Brunehilde voulut attaquer ces croyances sur leur terrain consacré et faire une réparation plus solennelle au Christ. En relevant en son honneur les édifices primitifs, elle conserva plusieurs de leurs parties , suivant un usage fréquent à cette époque1 2. L’Eglise succédait ainsi aux possessions des temples 5 elle tournait au profit de la foi nouvelle les habitudes développées par le culte des faux-dieux. Souvent même elle lui emprunta ses chants et ses cérémonies ; elle eut comme lui des fêtes, des processions, des images • à travers tout le moyen âge, les réunions du peuple, l’époque des fêtes, les noms même du paganisme se sont conservés , mais épurés par l’Evangile et revêtus d’une signification nouvelle. Brunehilde construisit l’hospice de

1 Beugnot. — Histoire de la destruction du paganisme en Occident.

2 Tellesétaient aussi les idées de saint Grégoire. Il défendit au moine Augustin de détruire les temples païens qui pouvaient être utilisés pour des usages chrétiens. « Ut dùm gens ipsa eadem fana sua non videt destrui , de corde errorem deponat et , Deum verum cognoscens ac adorans, ad loca qncc consuevit , familiariùs concurrat. Nam duris mentibus simul omnia abscindere, impossibile esse non dubium est, quia is, qui locum summum ascendere nitilur, gradibus vel passibus, non autem saltibus elevatur. »

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Saint-Andoche sur le temple de Minerve, l’abbaye de Sainte-Marie et Saint-Jean sur le temple de Bérécynthe , celle de Saint-Martin sur l’ancienne demeure de Saron.

Depuis le jour où saint Martin avait détrôné la statue du vieux roi mythologique , les lieux avaient de plus en plus changé d’aspect. Autour d’un vaste polyandre consacré par les cendres des premiers évêques et des premiers martyrs d’Autun mêlées aux cendres des nobles familles romaines, plusieurs basiliques s’étaient élevées. C’étaient celles de Saint-Pierre et Saint-Etienne, dont le nom réunissait , par une association touchante , le premier apôtre et le premier martyr de la foi; c’était l’autel érigé à saint Pierre et à saint Paul par saint Martin lui -même , le continuateur de leur apostolat dans la Gaule. Près de là, une abbaye florissante remplaçait l’oratoire primitif élevé sur la tombe de saint Symphorien ; des reclus , des solitaires , étaient venus placer leurs cellules sur ce berceau de la foi éduenne. Célèbre par ses souvenirs , par les miracles qui s’y accomplissaient , par mille exemples de renoncement et de piété, il attirait de nombreux pèlerins, et souvent gardait ceux qu’il avait attirés. On venait prier dans ses oratoires, s’inspirer de l’exemple des saints, et recueillir sur leurs tombeaux de pieuses traditions.

A quelques pas du polyandre de Saint-Pierre et de l’abbaye de Saint-Symphorien , au couchant, sur une colline descendant en pente insensible au bord de l’Arroux, s’élevait le monastère de Saint-Martin. 11 était posé en face de la ville et commandait la plaine tout entière. Un cercle de montagnes , ouvert de distance en distance à d’étroites vallées , enfermait celle-ci de tous côtés dans les plis variés et flottants de ses antiques forêts. Les der-

niers rayons du soleil se couchaient sur le Beuvray 1 , qui , les dominant toutes , abritait derrière lui des pays encore sauvages , derniers asiles des superstitions druidiques dont il avait été le centre initiateur. Dans la plaine , encore marquée d’un caractère primitif, l’uniformité des forêts n’était interrompue que par les lignes blanchissantes de quatre grandes voies romaines se subdivisant au pied des montagnes , et bordées aux approches de la ville de tombeaux et de cippes funéraires ; par des lacs brillant ça et là comme des miroirs ; par quelques colonnes de fumée s’élevant d'une riche villa abritée sous les grands arbres , ou d’une colonie assise au milieu des champs cultivés, et par le cours sinueux des fleuves sacrés le Taranis et l’Arus.

Sur leurs rives tombait chaque jour un fragment de ia ceinture de temples antiques qui environnait la ville , et qu’avait déliée la main des apôtres chrétiens; c’étaient ceux de Dis et de Proserpine, minés par les eaux et ouvrant aux mânes leurs salles désertes ; celui de Janus , laissant pénétrer par ses quatre faces démantelées les quatre vents du ciel ; celui de Cybèle , mère des dieux , voué désormais à la mère du Christ; celui de Minerve, dont la sagesse s’était tue devant la parole de vie.

En vain se dressaient-ils encore dans la majesté de leurs ruines ; en vain les portes de Sens et de Langres ,

1 Au sommet de celte montagne, une chapelle fut élevée à saint Martin. Une fontaine sacrée porte son nom et est visitée par les gens du pays , qui vont y puiser la guérison de certaines maladies. D’anciennes superstitions se pratiquent toujours sur cette montagne, et remontent, selon toute apparence, à l’èrc druidique.

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le théâtre et l’amphithéâtre encore debout, frappaient-ils le Frank d’admiration , et accueillaient-ils la bienvenue du voyageur; ce n’était point à eux qu’était dévolu le rôle de faire de l’un un homme et un chrétien , d’ouvrir à l’autre les trésors de l’hospitalité. Il appartenait désormais à ces quatre diaconies placées aux portes de la ville , où la main de la charité donnait à tous le denier de l’aumône , la nourriture , un abri ; à ces quatre basiliques et chapelles, Saint-Nazaire, Sainte-Croix, Saint-Pancrace, Saint-Pierre , qui s’étaient emparées du cœur d’Augustodunum pour le transformer.

La cité sacrée et profane était là tout entière , posée en amphithéâtre sous l’œil et la méditation des moines , au pied du mont des Druides , de celui de Jupiter, à l'ombre de ceux de Cucubar et de Philosie, où les symboles rapprochés de la mort et de la volupté leur rappelaient que sous le règne de Y esprit toutes deux devaient être vaincues par l’abstinence et la foi. 1

Les édifices romains échappés aux désastres de l’invasion servirent à Brunehilde de modèles. Destinée, dans la pensée de sa fondatrice, à recevoir 300 moines, l’abbaye de Saint-Martin fut construite avec une magnificence et une solidité dignes de l’ère impériale. Une tradition du monastère assurait que l’on avait utilisé dans l’église une grande partie de l’ancien temple de Saron , converti , par l’évêque de Tours, en oratoire à saint Pierre et à saint Paul, mais en y faisant des additions considérables.

1 Le mont Cucubar était occupé par un polyandre appelé encore aujourd’hui le Champ des Urnes, et par la rue des Mânes; celui de Philosie par un bois sacré et un temple dédié à Vénus.

Elle était construite en blocs de pierres de taille posés sans ciment comme aux portes d’Arroux et de Saint- André. On a prétendu qu’ils étaient liés à l’intérieur par des crampons de fer ; mais peut-être a-t-on été induit en erreur à la vue des cavités que les Romains creusaient dans les gros matériaux pour faciliter l’emploi des pinces. 1

Quoique les diverses ruines dont cette église fut la victime eussent altéré l’unité de son architecture , cependant , jusqu’à sa reconstruction , en 1750 , on regarda les deux murs de la nef et celui de l’entrée , épais partout de lm,65, et composés de blocs de même grandeur, comme des restes romains de l’ancien temple -, seulement , la forme de l’édifice païen n’étant point en harmonie avec les besoins de l’édifice monastique , on avait démoli le mur oriental semblable à celui de l’entrée , et des matériaux de cette démolition avait été construite une apside.

Le plan de l’église était conforme à celui des basiliques constantiniennes et offrait peu de développement. Son chevet était tourné à l’orient , vers Jérusalem et le calvaire , ses pieds au couchant , suivant les traditions de la symbolique chrétienne. Ses dimensions , conformes aux règles consacrées , présentaient une longueur deux fois égale à sa largeur, 108 pieds sur 54 en œuvre. C’était un rectangle terminé par trois apsides semi-circulaires et divisé en trois zones , tout se formulant dès-lors d’après la triade.

La première zone , dite7r/sôvaoç ou avant-temple , consistait en un simple portique à colonnades , sous lequel on

1 A l’arc romain de Saintes, les pierres étaient liées à l’intérieur par des crampons en bois.

entrait par un arc arrondi , soutenu sur des colonnes engagées ou sur des pilastres latéraux*. La seconde partie , appelée vao? ou nef, était séparée de la première par un mur transversal à trois portes. Au-dessus de celle du milieu, une peinture dédicatoire, contemporaine de la fondation , montrait la reine Brunehilde présentant de la main droite des religieux , et de la gauche son monastère à saint Martin et à saint Benoît. Cette peinture paraît avoir été, avec celle de l’apside de Saint-Vital de Bavennes, où l’évêque Ecclesius offre son église au Sauveur, un des plus anciens exemples de ces dédicaces devenues si fréquentes à partir du VIe siècle.

Cette seconde zone était partagée en trois nefs par deux rangs de colonnes de marbre qui correspondaient aux trois divisions de l’apside.

Elle était séparée de la cella ou sanctuaire par une balustrade en marbre, que surmontait un arc triomphal soutenu par deux colonnes de marbre dont les auteurs , parlent avec admiration. On montait par trois marches au presbyterium , dont les voûtes rappelaient , par leur surbaissement, les premières cryptes chrétiennes.

L’art romano-bysantin déployait dans l’apside le luxe de ses mosaïques à couleurs éclatantes 2 sur des fonds d’or

1 Plus lard, à une époque toutefois très ancienne, on éleva deux tours à chaque côté de ce porche. Ces tours étaient d’architecture romane : une seule fut achevée.

2 Saint Desidefius, disciple de saint Syagre, lit imiter dans l’église

d’Auxerre les mosaïques de Saint-Martin. Saint Germain suivit le

même exemple à Paris. En 1724 , l’abbé Lebeuf vit encore à l’abbaye

de Saint-Martin des restes de ces mosaïques. Elles étaient formées

de cubes dont une partie étaient en verre coloré.

ou d’azur $ dans l’arc triomphal , ses arabesques et ses bas-reliefs, dans la nef ses lambris à compartiments dorés. Le sanctuaire était pavé de mosaïques représentant les signes du zodiaque, et la nef de marbres qui furent conservés jusqu’à nos jours.

L’autel élevé par l’évêque de Tours , après le miracle qui signala son passage , était adossé au fond de l’apside contre le mur oriental 1 , et de là dominait tout le reste du temple. Cette situation , conforme à un usage bysantin rrès ancien2, fait supposer qu’il n’y en eut longtemps qu'un seul , consacré au Dieu premier-né , altare Uni genito 3 4. Il était petit, fort bas, se rapprochant ainsi des autels antiques , et peu commode pour le saint sacrifice de la messe \ Une antique pierre de jaspe en ornait le devant.

Sous le chœur de l’édifice s’étendait une crypte dédiée à Notre-Dame, rappelant la confession où l’on recueillait les restes des martyrs. Dans ce tombeau commun , où les sépultures des abbés vinrent se grouper autour de celle de la fondatrice , brûlaient des couronnes de cierges suspendues à la voûte par des chaînettes. 5

1 L’autel placé au milieu du chœur fut, selon toute apparence, ajouté plus tard: celui de Saint-Martin fut reporté dans la chapelle de Sainte-Marguerite « où le cardinal Rolin est dépeint » . On lui donna pour rétable un tableau des saints Pierre et Paul.

2 Instructions du comité des monuments historiques.

s Cyprien Robert. — Cours d’hiéroglyphique chrétienne; Université catholique , octobre 1838.

4 Notes manuscrites des archives de Saint-Martin.

5 Ces couronnes étaient encore en usage à Saint Martin au XVI'' siècle. On s’en servait aussi au Mont Cassin.

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Rien n'indique que l’édifice ait été voûté. Un passage de la vie de saint Hugon dit que la reine Brunehilde décora l’église de poutres de sapin ornées1. Faut-il appliquer cette expression à la charpente qui soutenait les toits, ou aux lambris ornés des plafonds ? Selon une disposition adoptée quelquefois dans les basiliques bizantines , il existe à Rome plusieurs églises dont la charpente plus ou moins décorée est visible à l’intérieur. Cette pratique toute primitive se trouve parfaitement conservée à l’église des SS. Nérée et Achille. D’un autre côté , la vie de saint Léger nous apprend que Syagrius fit faire à Saint-Nazaire des plafonds dorés : l’on ne peut guère douter qu’il n’ait employé la même décoration à Saint-Martin. C’était là d’ailleurs un usage presque universel. Prudence, parlant de l’église de Saint-Paul hors des murs , bâtie par Constantin et embellie par Honorius , emploie le mot trabibus dans le sens de lambris 2 * * . Il fournit un argument de plus en faveur de cette dernière opinion. 5

1 Ecclesiam decoravit trabibus abietinis formosis. — Eméric David [ Histoire de la peinture ] s’est mépris sur ce passage en attribuant à saint Hugon les ouvrages intérieurs datant de Brunehilde.

2 Bracleolas trabibus sublevit, ut omnis aurulenta lux esset inlùs; ceu jubar sub ortu.

L’usage de dorer et de peindre les plafonds était alors général.

Hildebert bâtit Saint-Germain-des-Prés et en fit dorer les plafonds; l’église s’appela même dans la suite Saint- Germain- le-doré.

5 Ces détails sur l’architecture de l’église sont puisés dans la vie de saint Hugon, dans les archives de l’abbaye, dans un manuscrit de l’abbé Germain et les mémoires des ingénieurs qui la virent avant sa reconstruction ; enfin , dans les plans et devis des architectes qui la rebâtirent en 1750.

Comme dans un grand nombre de monuments roman obysantins de l'Italie , la plupart des ornements de la basilique de Brunehilde provenaient des édifices païens. La facilité de trouver, sous la main, des marbres précieux amenés, au temps de l’empire, de toutes les parties du monde romain , ne fut pas sans effet sur la richesse de l’art dans cette période. Les temples et les autres édifices chrétiens étaient des musées où l’on réunissait tous les débris de l’art antique. Dans les cloîtres , sous les péristyles , dans les cryptes , les statues des dieux et des héros trouvaient un asile. Colonnes , fûts , chapiteaux , sarcophages , mosaïques , bas-reliefs , sculptures de tout ordre et de toute époque , étaient mis en réserve , en attendant la main qui devait les relever et les consacrer au Christ. Il en était ainsi à Saint-Martin. 1

1 On voyait dans l’intérieur de la maison une foule de fûts, de bases, de chapiteaux en pièces, entre autres deux demi-chapiteaux corinthiens d’un travail exquis. On faisait si peu de cas de ces restes, que , lors de la révolution, le mur de clôture était plein de morceaux de marbres de Sicile et d’Italie. Après la démolition de l’église, plusieurs colonnes furent enlevées et emmenées à Paris, où quatre au moins sont au musée du Louvre. Ces marbres étaient de même nature que ceux de la petite église de Saint-Racho , construite à une époque rapprochée, et indiquaient une communauté d’origine. Sous les deux églises et dans tous les alentours de celle de Saint-Martin , on trouvait un grand nombre de ces tombeaux de pierre en forme d’auges, si fréquents à Saint-Pierre-l’Etrier, et dans lesquels on enterrait souvent des moines à Saint-Martin , car on les trouvait en creusant les fosses. Avant la démolition de la chapelle souterraine, trois de ces tombeaux, d’une grandeur démesurée, et placés l’un au bout de l’autre, faisaient partie du mur occidental, et traversaient tout l’espace compris entre la porte par laquelle les religieux entraient au chœur et celle qui donnait sortie pour aller à la chapelle Notre-Dame. Ces tombeaux, qu’on croyait n’avoir jamais été ouverts,

Les colonnes qui soutenaient l’église , au nombre de 44, avaient une semblable origine. Prises en différents lieux , elles étaient disparates de forme et de grandeur, particularité qui se retrouve dans plusieurs édifices très riches de cette phase *. Elles avaient généralement 0m, 55 ou Om,58 de diamètre et une hauteur proportionnelle. Dans plusieurs cette dernière était égale à neuf fois le diamètre. Les unes , de cipolin , crèche brune ou grise , marbre jaspé ou granulé , étaient généralement unies ; les autres , de marbre blanc , avec bases et chapiteaux de même matière, étaient cannelées. Les chapiteaux , exclusivement corinthiens , étaient , ainsi que les bases , rarement assortis avec les fûts. 2

La basilique de Brunehilde subsista jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Elle était restée comme un des derniers types de cet art primitif qu’il faut aujourd’hui aller étudier en Italie , et dont on cherche vainement les traces dans notre pays , qui en possédait autrefois de si riches et de si nombreux modèles.

n’étaient enfoncés en terre que de leur épaisseur, au niveau du sol de la crypte. Dans tous les autres lieux du monastère, au cloître, à la cuisine, au réfectoire, il en existait également, ce qui pourrait les faire supposer antérieurs à la fondation. On en rencontre du reste dans toutes nos églises anciennes.

1 D’Agincourt. — Histoire de l’art.

2 Lettres manuscrites sur les antiquités d’Autun à M. Thomassin, par l’abbé Germain.

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