L’ABBÉ BONNEAU
( Voir chapitre XX, pag. 360 -364.)
L’abbé Bonneau était ce que l’on nommait à cette époque un mondain. Il se faisait honneur des revenus de son Bénéfice dans la haute société de la province. Il fréquentait, à Autun et dans les environs, ce que Bussy- Babutin, dans son exil de Chaseu, appelait les plus honnêtes gens de qualité du voisinage. « Quand je suis à Chaseu, dit -il, j’ai le voisinage de l’évêque d’ Autun (Roquette), de Tavannes, de Jeannin, d’Epinac, de Toulongeon , de l’abbé Bonneau , sans compter encore
beaucoup d’autres . Nous fîmes la partie de nous
trouver le 29 d’août chez Tavannes, à Sully, et nous en
revînmes le trente et unième . Outre le premier pié-
sident (de Dijon) et sa femme, M. et Mme du Houssay, il y avait l’évêque de Langres, Mme de Chamilly, le commandant Brulard, M. d’Epinac, Mnie de Toulongeon et l’abbé Bonneau, et comme Tavannes ne pouvait coucher tant de gens, M. d’Epinac nous emmenait tous les soirs.
NOTES
M. et Mme de Toulongeon , l’abbé Bonneau, ma fille et moi, coucher à Epinac qui n’est qu'à une demi-lieue de Sully. »
L’abbé Bonneau est encore nommé une fois ou deux dans les lettres de Mme de Sévigné et de Bussy-Rabutin ; mais cette correspondance, qui ne tarit pas sur l’amabilité spirituelle, adroite et un peu pateline de l’évêque d’Autun, ne dit pas un mot du pauvre abbé; il ne méritait apparemment guère mieux que le silence. 1
Une lettre de M. de Roquette nous apprend quelque chose de plus; c est que l’abbé Bonneau n’était pas précisément un parfait modèle de vie ecclésiastique. La minute de cette lettre, écrite de la main de M. de Roquette, fait partie des papiers administratifs de l’évêché d’Autun . Elle ne porte pas le nom du prélat auquel elle fut adressée, étant toute confidentielle.
Monseigneur ,
« Vous avez eu la bonté de me faire espérer que vous parleriez ou écririez fortement à votre bon ami, M. l’abbé Bonneau , pour l’engager à mener une vie plus conforme à son état. Il est toujours le même. Il ne sait toujours ce que c’est que porter la soutane; il n’y a pas moyen de l’y obliger, quelques instances que je puisse faire. Il me serait fâcheux d’en venir aux extrémités à l’égard d’une personne que j’honore et, je puis dire, que j’aime autant que lui. Cependant vous ne pouvez croire le mauvais effet que cause ici son exemple. Il y a des chanoines opposés aux bonnes maximes, qui s’en prévalent et croient que malgré les règlements de leur chapitre faits sur ce sujet , et l’exactitude de presque tous leurs confrères à les suivre , ils sont en droit de faire ce que fait M. l’abbé Bonneau, depuis si longtemps, au vu et au su
1 V. Lettres de M 111,1 de Sévigné, édit, grand in-8° 1835, t. II, p. 27.
NOTES
de tout le monde, et sous mes yeux. Je vous serais donc très obligé, Monseigneur, si vous vouliez bien employer votre crédit auprès de lui pour l’engager à mener une vie plus ecclésiastique qu’il ne fait. Qu’il ne paraisse point davantage dans le lieu de sa résidence ordinaire et dans la ville épiscopale autrement qu’il y est obligé par son état et les ordonnances de mon diocèse. On n’a pu encore savoir de lui s’il est dans les ordres sacrés ou non. Il nie, à ce qu’on prétend, qu’il y soit engagé 5 cependant on m’a assuré qu’il avait reçu le diaconat de monseigneur de la Rochelle. Quoi qu’il en soit, il est un des bénéficiers de mon diocèse, et cela suffit pour qu’il doive porter l’habit long et être fort soigneux de donner bon exemple.
J’espère, Monseigneur, qu’excité par vos avis et vos remontrances, il changera de conduite-, sinon, après avoir usé des voies de charité et de douceur à son égard, comme l’exige mon devoir, je ne pourrai me dispenser, pour y satisfaire, d’en venir à d’autres moyens plus fâcheux et moins conformes à mon inclination. »
Ces sentiments font évidemment honneur au zèle du pasteur. Nous voyons encore dans une correspondance avec un de ses neveux nommé à une abbaye, sous quel point de vue sérieux il envisageait les obligations qu’imposait la possession d’un bénéfice en commende.
Sceau de
l’abbé Bonneau.
d’azur à trois grenades d’or, feuillées et tigées de même, ouvertes de gueules.
Avant-propos . f
Introduction . . VI
Saint-Martin . ■>