‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît;Chapitre 53 sur 56 · SUPERSTITIONS RÉPROUVÉES PAR SAINT HUGON · texte numérisé non relu

SUPERSTITIONS RÉPROUVÉES PAR SAINT HUGON

Le passage de la vie de saint Hugon, où l’auteur mentionne les superstitions populaires usitées de son temps, rappelle une curieuse homélie de saint Eloi sur le même sujet, et le catalogue des pratiques païennes conservées chez les Franks, dressé au concile de Leptine en 743. (Voyez Ozanam. Les Germains avant le Christianisme. Notes et pièces justificatives).

Des vestiges nombreux de ces superstitions ont longtemps persisté dans nos pays. Nous citerons seulement celles qui paraissent se rattacher à la défense de saint Hugon, ou qui ont un caractère plus particulièrement local.

Incantations, charmes, sortilèges. — On peut ranger dans cette classe les pratiques suivantes : les charmes qui ont pour but de faire dépérir ou prospérer le bétail , d’aug-

NOTES

menter ou diminuer la quantité de son lait, en employant des signes magiques accompagnés de certaines formules, en déposant dans un coin de l’étable certaines herbes, certaines peaux d’animaux tels que serpents , crapauds, en marchant à reculons au sortir de l’écurie, en promenant le bétail pendant la nuit du premier mai, dans les pâturages voisins, afin d’en absorber tout le suc.

Des sorciers et devins, en traçant le signe de la croix a la cheminée, détournent les orages, éteignent subitement l’incendie ■ ils arrachent les brebis à la dent du loup en jetant leur chapeau derrière leur tête. Les chasseurs , au moment de l’Elévation de la messe, sortent leuis lacets de la poche, afin de leur communiquer la \eitu d’attirer le gibier.

Fêtes païennes. — Quelques fêtes ou concours de peuple au moyen âge se rattachaient vraisemblablement au culte de Cybèle qui possédait un temple à Autun, sur l’emplacement de l’abbaye de Saint-Jean-le-Grand.

« Ce qui se pratiquait encore en cette ville au XVIIe siècle dans la société des Valentins , avait un grand rappoit avec les anciennes pompes de Cybèle. Cette société fut mise au moyen âge sous la protection de saint Valentin , martyr, dont la fête est fixée dans le calendrier à la place même qu’occupe la fête des Lupercales dans les calendriers antiques, au 14 février. Cette pieuse industiie n’avait pas suffi pour faire tomber la vieille coutume de promener par les rues d Autun le char de la mère folle. Vers 1648, le P. Eudes, frère de l’historien Mézeray, obtint par ses prédications la cessation de cet abus. »

k L’abbaye de Saint-Jean possédait le Mont-Dru, dont le nom est synonyme du français Mont-Gaillard et du latin rnons hilaris. A cette montagne se rattache . une fête

1 Edme Thomas. Histoire d’Autun, notes, i>. 158 et 171.

NOTES

baladoire qui , depuis un temps immémorial , avait lieu à la fin de l’hiver, vers l’époque où les anciens avaient leurs fêtes dites les Hilaries , en l’honneur de Cybèle, la mère des dieux. On s’y rendait encore au 1er mai pour les fêtes de Flore, vers le milieu d’août pour les fêtes d’Opis ou de Priape, dieu des jardins, et enfin au mois de décembre pour les Saturnales; c’est-à-dire vers le commencement de chacune des quatre saisons de l’année, parce que Cybèle représentait la terre et les modifications que cette mère des humains éprouve par le cours régulier des saisons. »

Aux mêmes époques, des fêtes populaires réunissaient la foule à quatre oratoires élevés prèsd’Autun : au Mont- Dru, à Ornée, à Fleury, à Parpas. L’Eglise, s’emparant de ces lieux, remplaça le culte qu’on y rendait à Cybèle, à Priape , à Flore , par celui des saints Laurent , Jacques et Philippe, dont les fêtes tombaient à la même époque. Elle institua, à Fleury, un pèlerinage dont le but était de soulager par des aumônes et des offrandes les lépreux établis sur l’emplacement du temple de Flore. 1

A Uchon, au mont Beuvray, à la montagne de la Certenue (Circiniacum), près de Mesvres , points culminants de l’Autunois, il y avait en janvier, au commencement et à la fin de mai, un nombreux concours. A Uchon, pays sauvage, semé de pierres druidiques, on allait à l’oratoire de Saint-Sébastien le supplier de faire cesser le fléau de la peste. On se rappelle que les Druides, qui avaient en ce lieu une résidence importante, étaient eux-mêmes médecins. A la Certenue, dans? une chapelle abandonnée, dédiée à la sainte Vierge, et située sur un antique plateau rond, fait de main d’homme, les filles du

1 Edme Thomas. Histoire d’Autun. Notes, p. 158 et 171.

NOTES

pays se rendent encore aujourd'hui, le lundi de la Pentecôte, et passent la nuit en dévotion afin d’obtenir un mari dans l’année. Au mont Beuvray, se tient, de temps immémorial, une foire dont l’objet paraît moins être le commerce de bétail que le culte de certaines pratiques superstitieuses. Sur ce sommet dominant les contrées les plus primitives du pays Eduen, les habitants du Morvan viennent boire à une fontaine sacrée, dédiée, depuis l’introduction du Christianisme , à saint Martin , afin de se guérir de la fièvre ou de s’en préserver. Les nourrices s’y lavent le sein pour obtenir du lait. Une croix de bois, dédiée aussi à saint Martin, passe pour posséder la même vertu. Les hommes jettent à ses pieds leurs bâtons sans se détourner , et les femmes attachent leurs jarretières à l’arbre.

Rappelons en passant que, dans le même pays, on dépose en buvant, auprès des fontaines, une pièce de monnaie, afin de perdre la fièvre qui passe à celui qui ramasse la pièce ou qui boit ensuite. Dans des communes du bord de l’Arroux, on boit à la rivière, avant le soleil levé , en prononçant ces mots :

Arroux , je t’apporte la fièvre,

Tu me la rendras Quand tu remonteras.

On place encore maintenant une petite pièce dans la bouche ou entre les doigts du mort , et un vase à côté de sa tête, souvenirs de la barque de Caron et de la croyance qui attribuait aux mânes les mêmes besoins et les mêmes goûts que pendant la viet

Mascarades des calendes de janvier. — La fête des Calendes inaugurait, dans l’antiquité, l’année nouvelle par des mascarades où l’on se déguisait en cerfs, en veaux, en lions et autres animaux. Elles étaient accompagnées de bouffonneries, de danses, d'excès de toute sorte. La fête

NOTES

des fous et de l’âne, celles du roi Hérode, de l’Evêque des innocents, célébrées de la fin de décembre à la Circoncision, paraissent une dérivation de la fête des Calendes. Une quatrième fête en usage dans l’Eglise d’Autun , le premier jour de l’année, celle du bâton de Van neuf' où l’on présentait en cérémonie un bâton et un bouquet à un chanoine, rappelle la coutume druidique du gui Van neuf. Cette fête, sur laquelle on manque de détails, fut interdite dans un chapitre général de 1230, sous l’épiscopat de Hugues de Vergy. Les trois premières, attaquées sans relâche par les conciles, les papes et les ordonnances royales, subsistèrent dans l’église d’Autun jusqu’en 1535.

Feux de la Saint-Jean. — Les chrétiens, à l’imitation des païens , se livrèrent, pendant plusieurs siècles , aux danses en usage dès l’antiquité la plus reculée, à l’époque des solstices, c est-à-dire à Noël, et principalement à la Saint- Jean d été. Alors, on allumait de grands feux autour desquels on dansait, on chantait et on commettait toutes sortes d’extravagances. Ces réjouissances abusives furent, au Ve siècle, prohibées par saint Augustin : mais malgré les efforts des docteurs et de l’Eglise , elles persistèrent durant tout le moyen âge et se retrouvent aujourd’hui dans plusieurs parties de la Bourgogne.

Telles sont quelques-unes des superstitions en usage dans le pays Eduen. Nous sommes loin d’en avoir épuisé la liste. Elle demanderait un travail spécial. Même encore aujourd hui , il n y a point de jours marquants dans l’année, ou d’évènement de quelque importance dans la vie de l’habitant des campagnes, auxquels ne se rattachent quelques pratiques bizarres dérivées du druidisme, du paganisme romain ou de croyances surnaturelles.

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