CHAPITRE I Les origines de Saint-Séverin
Au centre de Paris, non loin des bords de> la Seine, au milieu de maisons vieilles et pauvres, s'élève une église qui remonle par ses traditions aux époques les plus r&culées de l'histoire de France, qui nous offre des spécimens originaux de Fart depuis le xn!** jusqu'au xvi^ siècle, une église qui a cette rare fortune de conserver encore à côté d'elle un fragment de cette enceinte (jui encadrait les cimetières paroissiaux d'autrefois, une église dont la délicate architecture fait une sorte de l)ijou de pierre ei qui pourrait sans présomption aspirer à former au cœur même de Paris, avec la Sainte Chapelle, Notre-Dame et Saint-Julien-lc^Pauvre, une sorte de quadrilatère esthétique marqué à chaque coin d'un mo'Uument original de notre art national : celle église, c'est Saint-Séverin.
A la différence des régions de l'Ouest américain, où, comme le faisait observer M. Louis Simonin (1), le^ voyageur s'attriste de ne rencontrer d'autre souvenir d'un passé humain que de rares et énigmatiques i^esles de civilisations rudimentairos, le sol de nos antiques cités est tout héiissé de monuments, ou fourré de débris historiques.
« Si sous les pieds de chaque génération, disait le Manzoni portugais, Ilcrculano', dans la préface de son roman, ie Moine de Cistcr, si sous les pieds de chaque génération qui
(11 Les deux rivales de l'Ouest Américain. Revue des Deux-Mondes du 1" avril 1875, p. 556.
passe sur ];i Icirc donnenl les cciidres di' l>it'ii des générations, (|iii l'ont précédée, sous les fond'iiiicnts aussi d(! e]ia(|ue cité grande et populeuse des vieilles nations euiopée.mes sonl répandus les cssenienls de la cité (|ui a précédé la cité actuelle. »
Plus qu'à bien des villes qui n'ont qu'un passé limité, cette reniai'iiue convient à l^aris dont on pourrait répéter ce qu'un ancien disait d'Atliènes : « Quelque, part qu'on aille dans cette vill(\ (il nicl le pied sur (jucliiue histoire, » mais elle s'appliqui' tout si)écialcmcnt au tei-ruin où s'élève Saint-Séveii'in.
Le sol de cette poition de Paris où se dresse l'église faisait encore, duiunt la deuxième période de l'âge de la pierie éclatée, pai'tic du large lit de la Seine (1). A l'époque romaine, sur la live gauche de la Seine, précisément en face du milieu de la Cité, venait s'e jeter un bras dérivé de la Bièvre, etoiit la grosse emboiuchure se trouvait plus loin, à la Tournelle. Toute cette rive n'était iju'un marécage et ce furent ses fondrières (jui lui valurent la première mention des historiens. Tous ces terrains détrem'pés constituaient une excellente défense. Aussi, lorMjue Labienus, lielutenant de César, se vit, dans la grande insuirecti(/n de Tan 53, qui mit en question la domination romaine en Gaule, menacé par les troupes de la ligue du Nord que conmiandait Camulogène, il vint — telle est du moins l'opinion conunune qu'a combattue il est vrai M. J. Quicherat (2) — il vint prendre position dans la petite île des Parisil, où César avait, l'année précédente, tenu une assemblée générale des Gaules, protégé au Noi-d par les haul-j-iurs qui encadrtMd la rive droite de la Seine, au Sml par les
(1) Plan des translormalions et agrandissements de Paris, dans Joanoe. Dictionnaire ijéouraitlil<iue et administrant de la France, ml. Paris, t. V
(■.!) /. oinnion de M de Saulnj sur la hatallle entre l.attlenus et les Parisiens Mélunijes d'arcliéoloQlc et d'Ixlstoire. ^ ntUjulléa celtitiues, rontaUies et ijaUoromaines, p. 235.
marais de la Bièvrc. C'est donc à propos de ce terrain même, où s'éleva depuis SaintrSéverin, que l'on trouve l'une des premières mentions de: la peuplade qui devait èlre la marraine de Paris, dans les mémoires de ce voyageur armé, précurseur de l'empire romain, qui s'appelait César.
C'est dans un autre littérateur souverain que nous trouvons quatre siècles i)lus tard un rappel des lieux où devait se dresser Saint-Séverin. En 359 de no'tr© ère, Julien, césar et gouverneur des Gaules est dans le palais de Lutèce. Où était ce palais ? Pour les uns (1), il était situé sur l'emplacement du musée de Cluny actuel et tes salles de construction romaine qu'on voit encore à côté de l'édifice construit au Moyen âge par les abbés de Cluny sont les salles mêmes où les soldats romains quittant le quartier fortifié situé soit au Luxembourg, soit plutôt rue Soufllot vinrent acclamer Auguste leur général (2). Pour les autres (3), il s'élevait entrei la rue des Ecoles, le boulevard Saint-Micheil, la rue Saint-Jacques et les approiclies de la rue Soutïlot et des fondations considérables découvertes rue des Ecoles en 1866 en auraient été les assises. Mais quelle qu'en fut la position exacte, on s'accorde à reconnaître que les jardins du palais descendaient jusqu'à la Seine, dont ils embrassaient la rive gauche, d'après M. Edmond Beaurepaire (4), depuis les environs de la rue Saint-Jacques jusqu'aux environs de Saint-Germain-des-Prés.
Successivement lit du lleuve, marécage et partie du parc du palais des Césars, le sol où s'élève aujourd'hui SaintrSéverin se trouva, après les invasions, à peu près abandO'Uné,
(1) Anthyme Saint-Paul, art. Paris, histoirt', dans Dictionnaire géoyraphUiue et adiiniiisiruttl de la France de Joannp, t. V. p. 3388.
(2) J. Quicherat, La rue et le château Hautefeuille à Parts, Mélanges d'archéolodlc et d'Iiistolre. AntUiuités celtUiues. ronmlncs et (jaUo-rainalnes, p. 449.
(3) Edmond Beaurepaire, art. Paris, Kâificcs civils, dans Dictionnaire geoyruiilii(iue et adntinistratil de la France de Joaune, t. V. p. 3325.
(4) Art. Paris, Edifices civils, dans Dictionnaire (jéO(jraiiltique et administratif de la France de Joanne, t. V. p. 3325.
el nirino un l)oisy ava.il poussô (1).
Il apparlonail nu du moins cunlinail à la Ioito fiscalo d'Issy {Iscuin hiaccnscm apparlenanl à ]"al)l)ayt' de Sainl-Germaindos-Prés, doanainc fon?id(''ral)l(' dont la l'uo do la Ilai'pt marque Ja limite de ce cùlé, mais (jui cuvoloppait la campagne jusqu'audessus de Meudon el qui ciHupiiuiail. la livc gaucho de la Seine d'^puis le pelilimnl jusqu'au rù de Sèvres (2), A rcndroiloù se Irouve Sainl-Séverin futéiig'é après le iv^ -iècle un Gi'aloire (.lédiéàsaint-AIai tin. Unancieu liisloiien de Paris Dnjilessis y i)lace aussi nn nionaslère de saint LaurenI; mais connue le l'ait observer Jaillot (3). rien ne confirme l'opinion de Dnplessis.
Au VI' siècle, un ermite vint s'établir près de l'oratoire de saint Martin.
C'était saint Séverin le solitaire. Un petit-fds de Clovis, Clodoald ou Cloud, devint son disciple. « Elevé, comme le seul survivant des enfants de son père, pour lui succéder, Clodoald • — lit-on aux actes des saints, dans la \ ie de saint Cloud, — Clodoald dédaigna la pourpre royale et regarda comme vils l'or et l'argc^it, cesi métaux brillants, comme vaine la beauté des perles et repoussa les vêlements d'or et de soie. Il alla trouver le bienheureux Séverin (jui vivait retiré dans une cellule et le pria de lui faire prendre l'habit religieux et de lui changer le visage en le tonsurant de ses propres mains. »
En souvenir de cette consécration, saint Cloud avait donné à l'oraloii'e de Saint-Marlin une rente loncièi'e établie sur des teiiains sis au village qui i)orte aujourd'hui son nom, et lelto
(I) .^uuval, nii:t(ilrc et rccliercl^es des aiiliiiiiitcs (Je Ut Ville de l'tiris. t. l.
[■2) CliarU's Uaiiu'l, Htstoire de l'éijUse Suint-Suliiiee. \^. 2. n ;>
(3) Ihcnerches crilKiucs. hintoriques et toijograptiiques $ur Paris, t V. p 130
aurail élé, (raprès l"a])bé Lebeuf (1), roriginc de la rente de 80 livres ({ue le curô de Sainl-Séveriii touchait encore au xvni" siècle sur le parc de Saint-Cloud.
Saint Séverin mourut le 24 novembre 555, sous le règne de Childebert.
Sur renii)lacemcnt de la cellule du solitaire fut bâtie une cljapelle. Cette chapelle (]ui ne semble pas avoir jamais, comme on Ta pi'étendu, été dédiée à saint Clément, reçut le vocable de Saint-Séverin (2) Il semblerait naturel qu'elle eût élé dédiée au solitaire qui avait vécu dans les lieux mêmes où elle s'élevait. F.t cependant cette dédicace ne laisse pas d'être douteuse. Il existe en etTet un autre saint Séverin antérieur au solitaire et qui fut abbé d'Agaune, aujourd'hui Saint- Maurice-enA'alais. Il fut, vers Tannée 50G, appelé à Paris auprès du roi Clovis, alors malade, et le guérit par l'imposilion de son manteau. Il se retira cnsui'te à Chàteau-Landon, en Gàlinais, où il mourut le 11 février 507.
On sait (lue le jour naial des Samts est le jour de leur avènement au Ciel, la date de leur mort. Or, jusqu'à ce siècle, la fête patronale do saint Séverin se trouvait toujours placée au 11 février, c'est-à-dire au jour (( natal » de l'abbé d'Agaune, et non au 2i novendjre, jour u natal » du Solitaire. Il semblerait donc <iue l'église fut jilacée, si l)izari'e (iiie soit la chose, SO'US le vocable du saint qui iL'avait jamais habité sur son territoire, et non sous relui du saint (^ui avait illustré par SCS vertus l'endroil où elle devait s'éle\er.
D'iiprès Me)réii(3), et Féhi)ien (i). le véritaljle patj'on serait
(1) Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, éd. 1883, t. III. p. 37.
(2) L'al)l)é I.ebeuf, Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, t. I, p. 108.
(3) Grand dictionnaire hlstoriiiw. éd. 1759, V. Séverin (saint), t. IX, ii,
(4) Histoire de la Ville de Paris, éd. 1725; t. I, p. 24.
l'abbé (rAiiiiuiic. D'après Lcliciif (I). et son réei'ul, ('•(litcnr, M. KcMiKiiul liiairiioii ['^], le NC'iilahlc palion sci'ail le Sdlilaii'c. I^uliii on a cxpliiiiK' (|iic le Solilairc serait le iiati'oii priiiiaiie île Téglise, vi (\ur rajjlir (rAiiauiie en sei'ail de\enu le patron secondaire en l()83, à la ^uite de la translation à SainL- JScvei'in d'une de ses reliques (3), Sans pi'éleiidie liancher le litige nous nous borneions à signaler, (|ue, (piand en janvier 189i, on j)rocL'da à la jecdunaissanee des reliciues placées dans l'ancien niaître-autel, on (rouva |>arini elles des fragnienls d'os dui' sans l'ornic [jrécise auxtfut'ls un papiei' était joint portant la mention : 8. Sevcrinus Soliltihus.
SLunt Séverin le solitaire et saint 8é\erin, abbé d'Agaune, s'ils sont les seuls à se })artager le patronage de l'église, ne sont pas les seuls bienbeureux du nom de Séverin. Trois autres sonl assez célèbres. C'est d'abord saint Séveiin, apôtre de la i\oiii[ue, province qui correspond à l'Autriche et à la Bavière actuelles el qu'il évangélisa au li>ndeniain du passage des bandes d'xVttila. Il mourut près de \'ienne en i82. Il est fêté le 8 janvier. (( On- ne sait point sa patrie, dit Moréri (4) parce qu'il a voulu demeurer caché. » u Quelques écrivains, ajoute M. \'ollel (5), lo l'ont naître en Italie et suiiposent qu'il mena la vie ascétique en (nàent. » C'est ensuite saint S(''\ciin, évè(pu> de Cologne, mentionné i)ar Grégoire de Tours u (jui \ivait, dit iMoiV'i-i (<>), du temps de saint Martin de Tours ». On le tète le 2i octot)rt\ D'après Tabbé Lebeuf (7). (luelques auteurs attribuaient à l'évèque
(1) llistnlrc cil- la ViUr et de tout le (Hnci-se lie Paris, t. I. p. 90.
(2) Hiitiftnitions et adilitioiis à iliixloirc di- la Ville et de tout le ilioe^se de Paris de Lebeuf, Ville de Parts et ancienne l)anlieiiet. p. 72.
(3) Semaine relifjieuse de Paris du 24 février 1900, p. 277.
(4) Grand dietionnaire liistoriiitte. art. Sévehin (.saint), t. IX, ii, p. aSG.
(5) Art, SÉVKKIN (saint), dans Craiide Ein yeloiiédie, t. XXIX. p. 1116.
(6) Craiid ilictKiiiiniire hislorliiue. arl Skvkuin (saint), t. IX, u, p. 386, ( 7( Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Parls\ I. I, p. 107.
de Cûiogne les reliques du Solitaire qui étaient autrefois conservées à l'église. C'est enlin saint Séverin évèque de Bordeaux également mentionné par Grégoire do Tours « qui, dit iMoréri (1). était venu des pays crOrient à Bordeaux, qui avait été reçu par saint Amand vers Tan 'lOl et que l'on dit avoir lait quantité de miracles dans ce pays ». Un le fête le 23 octobre.
Plusieurs autres saints moins connus encoi'e portent le même vocable : saint Séverin. martyr à \'ienne sous Marc- Aurèle. huiioré le lU novemlne ; saint Séverin, évèque de Catane, mort vers 312. honoré le 8 juin : saint .Séverin,évèq«e de San Severino, mort vers 540, honoré le 8 janvier; saint Séverin, solitaire, mort vers 540, dont on célèbre la fête à Chelles en Beriy le 10 juin; saint. Séverin, évèque de Trêves .m \n^ siècle, honoré le 21 décembre; enfni saint Séverin moine de Tivoli (juc Ton honore avec le connnun des saints le i^" novembre (2)
Ainsi dès les temps mérovingiens, on trouve sur remplacement de l'église actuelle une chapelle dédiée à saint Séverin. soit le solitaire, so-it l'abbé d'Agaune et où l'on conservait le corps du solitaire. (3)D'après MAI. Tisserand et Plator(4) une femme de haut rang Erminethude aurait par testament de la dernière année du vu- siècle gratifié cette chapelle de biens considéi-ables; à en croire l'abbé Lebeuf (5). cette chapelle aurait relevé d'abord de la basilique voisine de Suinl-Juli{'n-le-Pau\ re; rllc lui aurait même servi de baptis-
(1) Grand àiclionnaire historique, art. Séverin (saint), t. IX, II, p. 386. (2) Latioé Ulysse Chevalier, Heiiertoirc historique des sources du Moyen âge Hi» Bibliograiihie V. séverin (S.) p. 2075.
(3) Tisserand et Platon, Topotj rapide historique du Vieux Paris. Région ceiitraic de l'univirsité, p. /il2.
(4) ToiKxj rapide historique du Vieux Paris. Uéijlou centrale de l'université p.. 412.
(5) Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, t. I, p. 99.
ti'i'c. M-iis (ir-s rori/:i!iie on voit Saint-Sévciiii iioiiiiiié >iir un pied d'égalitt'' avec Sainl-.Julicn-lc-l'aiiN ic. cl on peut donc on conclure avec Jaillot (1) cl M. Fernand Bournon (2) que dès le début Sainl-Sévci'in était indéj-cndanl. Lors (\o? incursions des Normands, on transpoita le corps de saint Sévcrin le solitaire à Notre-Dame. La cathédrale le conserva jusqu'à la lin (le lancirn i-ég'ime. Un procès-verbal de reconnaissance des reliques de l'église juétropolitaine en date, du 28 juin 1449 relate rexistence d'un relitpiaire et ajoute : « //( Jinc copsa faU ùivcnluin corims integnnn inosslbus Sancli Severmi. » Les reliques de saint Séverin sont mentionnées dans un autre procès-verbal du 8 juin 1571. Le procès-verbal du 29 avril 1699 indique (pie la eliàsse de saint Séverin se trouvait placée à l'autel du fond dit des Ardents (3). On ne sait pas ce que sont devenues à la Révolution les reli<iues de saint Séverin. La cathédrale n'en possède plus rien aujourd'hui (4).
Une charte de 1(131. reiuoduile par Dubois dans VUisloirc de VEglisc de Paris et ipii auiait été conservée à Notre-Dame, contient dona'ion par le roi Henri l" à Imb(>rl. évèiiue de Paris, de quatie églises : Saint-Etienne, Saint-Julien, Saint-Séverin, Saint-liacchus. SaintrSéverin est qualitié église Scverini Solilani. Sauvai (5) semble suspecter l'authenticité de celte charte, et doute que l'égiiseï Scvcnini SoUlarii dont il est question lut l'oratoii'e éle\é dans les marais de la Bièvn^ Mais ces soupçons et ces doutes ne paraissent pas justifiés. D'un
(U Kecherclics criluiuoi, hlstoriiiucs vt toitooiapliitiucs sur Paris, t. V, p. 129.
(2) nectiflcatlons et additions à lliistoirc de la Ville et de tout le diocèse de Paris, de Leheuf. Ville de Paris et ancienne l)anlieue, p. 72.
(3) Sauvai, Hisloire et rectierclies des aiitUiuilez de la Ville de Paris, t. I, p. 373.
(4) L'abbé de Madaune, Guide ùu lu-lerin au sanctuaire de Notre-Dam.-^ de mainte KsiK^riiiHc [i ',[ n. 1.
(5) Hisloire et rcciterclies des atitiiiuitez de lu V>llr de l'aris. I, I, p. 413.
côte i'abbé Lebouf (1) admet rauthenticité de ce document, et elle ne semble plus contestée aujourd'hui (2j de l'autre l'on reconnaît unanimement qu'il s'applique à l'église bâtie sur remplacement de l'édifice actuel.
Autour de cette église se forma un bourg qualifié viens Sancd Severini (3). La chapelle fut reconstruite, peut-être détruite de nouveau et en tout cas rebâtie au xn^ siècle. C'est l'édifice du xn* siècle qui fut le berceau de l'église actuelle.
(1) Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, t. I, p. 101
(2) Fernand Bournon, liectificatiniis et additions d l'histoire de la Ville ri de tout le diocèse de Paris de Lebeuf, Ville de Paris et ancienne banlieue, p. 73.
(3) L'abbé Salmon, Les Pèlerinayes de Paris, t. I, p. 210.
CHAPITUE II Saint- Se vérin au Moyen- Age et à la Renaissance
A l"('p()([iic où Suini-Sévcriii l'iil lebùtio, au xii^ siècle, l\iiis s'était t'()nsidéral)lrment développe.
(Vélail le leiiips où Pliilippe-Aiiyustc ceignait la \iile d'un mur, (|ui, sui- la rive gauche, partant de remplacement artuel de l'Institut, aboulissail en passant par la rue des Fos^és-St-Jacques, au i)oni de la Tournelle.
L'extension des limites de la vilh^ amena une rectitication de» fjoiitières entre Saint-Séverin et l'abbaye Saint-Germain. Une transaction dont Félibien (1) donne le texte et Sauvai (2) la linduclion, inl".rvint en janvier 1210 entre le curé de Saint- Sévei'in et l'abbé de Saint-Gei'main-des-Prés et fut ratifiée par Hugues, évèt(ue de Paris en juin 1211. C'est cette transaction qui nous révèled'existence d'une cure et par conséquent d'une paroisse de Sainl-Séverin (3). Il fut convenu que tout ce ipii était hors les murs dépendrait de Saini-Germain-des-Prés. A l'intéi'ieur, SaintrSéverin avait i)Our points rixtrêmes : l'église, une borne placée à la maison de Guillaume de Saint Marcel, ime autre placée près dei la maisoai tl'Odom de Lierre et une l['oisièine i)lacée sur un terrain occupé par l'architecte liaudoni, cpii dépendait de Siiint-Julien. Entre la première et la seconde la limite était toi-mée par un chemin;
(1) Histoire de la VtUe de P<tri!>. Preuves, t. I. p. 91. (2) Histoire et reetterelies des iuiti(niit(Z ile la Ville de Paris, t. I. p. 419 (3) SauviU, Histoire et lleelierel es des antiiiuitez de la Ville de Pans, t. I, p. /|19.
entre la seconde el la troisième par une rue. II est impossible de retrouver aujourd'Iiui les points de repère indiqués dans cei acte et par conséquent de déterminer exactement le territoire de Saint-Séverin à cette époque. Mais on s'accorde à reconnaître que Saint-Séverin embrassait toute la. partie méridionale de Paris. C'était une église arcliipreabyléralei.
L'archiprètre, comme l'a fait observer M. Luchaire (1), occupait le degré intermédiaire entre l'archidiacre et le curé. Il correspondait à ce qu'on appelle dans nos campagnes actuelles le doyen. Le diocèse se divisait en archidiaconés, en archiprêtrés ou doyennés, conmie le département se divise en arnmdissements subdivisés en cantons. L'archiprètre était un groupement de paroisses. L'archiprètre devait entretenir une sorte de comannuaulé ecclésiastique entre les curés de son ressort : c'était pour eux un centre et entre eux un lien.
C'est au début du xn^ siècle que fut entreprise la construction de l'église. Nous igno'rons quand elle fut terminée. Nous savons seulement qu'elle fut solennellement consacrée avant la lin du xiv*' siècle, et que l'anniversaire de la dédicace tombait le surlendemain de la Saint-Martin d'été, soit deux jours après le 4 juillet, soit le 6 juillet (2), car une inscription du XIV* siècle dont on voit encore les restes à rentrée du porche, indique parmi les devoirs des fossoyeurs l'obligation de nettoyer l'église le jour dei la Saint-Martin d'été, à cause de l'anniversaire de la dédicace de l'église qui tombait le surlendemain (3).
Un souvenir historique se rattache au monument qu'on édi-
(1) Manuel des Instltutioiis françaises, période des Capétiens directs, p. 9. 17, 18 et 3U.
(2) L'abhé Lebeuf, Histoire de la Ville et de tout le dlucèse de Paris, t. I, p. 102.
(3) De Guilhermy, rfiscrliitio7is de la France du F» au XVIIIf siècle, t. I, p. 308.
fia ;il()is. (Vc'sl là (juc ('oinnii'iu'c. à pirclicr F()ul((ues qui dovail jilus tai'd cnlraiiici' 20().0(K1 jx'rsdiiucs à i)i-(Mi(lre la tM'dix cl (li'li'iniiiicr lit (|iialii-ièiiii'! cioisaihi [\). L'abbé Lfibouf (2) rappoiic, iTapirs un tM'rivaiii du xiir siècle, .Jacques tic \'ilry que t( Pi"rrc, clianoiiic de Paiis, voulani faire connaître les talents extraordinaires de F(iu](|ues son disciple, le fil prècli(>r en sa pi'ési>nce et Dieu donna une telle bénédiction à ses sermons, ((uoiqu'ils fussent d'un style fort simple que mèni'^, tous tes savants de Paris s'excitaient ù, venir entendre le prêtre Fonlqu(»s ipii prècbait, disaient-ils, comme un second saint Paul ». Ces faits, ajoute l'abbé Lebe^uf, sont d'environ 1180. Foulques mourut curé de Neuilly-sin-Marne en 1201. De l'église où retentit la parole de Foulques', il reste bien peu de cbose. Le seul vestige du xn^ siècle ([ui subsiste dans le monument actuel est. suivant IVt Albert Lenoir (3), la fenêtre qui s'ouvre au Sud de l'entrée principale actuelle. Cette fenêtre était autrefois en plein cintre surmontée d'une archivolte taillée en pointe : mais la disposition en a été modifiée et l'ouverture est maintenant ogivale : on distingue encore les dents dt^ scie de l'archivolte. Non loin de cette fenêtre, se trouve le tympan du portail qui ne fut sculpté (|u'en J870 et qui esti la dernière addition apportée à l'extérieur de l'église. Entre ces deux fragments de l'égli&e sept siècles s'étaient écoulés.. Mais c'étaient surtout les divers siècles de la (in du Moyen àgei qui avaient travaillé à l'édilication du monument. « Ces siècles, dit M. Iluysmans ('i), s'étaient réunis pour apporter aux pieds du Cluist l'effort surhumain de leur art. he, xui" siècle avait laissé ces piliers bas et trapus, dont les cha-
(1) Selgnubos, Les Croisades daiiS Lavisse et Kaiubauii, Uislolrc (jéiicralc, t. II, p. 731.
(2) Illstoirr de la Ville et de tout le diocèse de Paris, t. I, p. 101.
(3) Statistique monumentale de Paris, p. 143.
(4) En route, p. 52.
pitaux se cournnneiU de nymphéas et de trèfles d'eau, de feuillag-es à grandes côtes, volutées en crocliets et tournées en crosses. Le xiv* siècle avait élevé les co'lonnes des travées voisines sur le flajic desquelles des prophètes, des moines, des saints soutiennent de leurs corps étendus la retombée des arcs. Les xv" et xvi" siècles avaient créé Tahside, le sanctuaire, quelques-uns des vitraux ouverts au sommet du chœur. »
Ce pittoresque panorama nous donne une vue d'ensemble des époques de la construction de l'église.
M. Anlhymc Saint-Paul (1) résume ain.-i les développements successifs du monument, tels que les do<nnées archéQ- Ing-iques permettent dei Its i-econstituer. (( Les trois premières travées de la nef, dit-il, et le clocher qui est très élégant, datent du milieu du xni^ siècle, a,vec leur triforium ajouré dont le dessin se continue sur tout le reste de la nef, bien que les dernières travées de celle nef dalent du xiv'' siècle. Aux xni^ et xiv^ siècles, l'église n'avait ({ue des bas côtés simples; les seconds bas côtés et tonte la région absidale sont du xv^ et de la première m;oitié du xvi^ siècle, de même que la grande fenêtre de la façade et toutes les chapelles. »
Le xni^ siècle est l'auteur des trois premières travées de la nef, de la partie inférieure de la façade et du porche ménagé sous la tour.
« L(^s trois premières travées, tlit M. Albert Lenoir (2), reposent sui' de courtes colonnes couronnées de chapiteaux dont les angles sont foniK's d(; crosses végétales; au-dessus s'élèvent des arcs d'une décoration simple : entre eux des colonnes légères montent jusqu'aux nervures multiples des
(1) Art. Paris, Moiiu:nevtx relUjlcux dans DictiomtaVrc oéoijraphique et (Uliuuiistratil de la France de Juaniu!, l. V, p. 3302.
(2) Stattstuiue munumeiilalc de Paris, p. 151.
N'oùlcs lie ri'ylist'. Aii-(i('s>us des aicadcs iiilï'riciiics se (l(''\oloiipc un liiroiiiiiu, Irgèi'O galiM'ic à jiair ([iii s'élciid de la faradr de rédilici' jiis.[i!"à raWsidc. Los ares sul)di\ isés vi\ trèfles reposent sur de iiiinccs coldiuu'llKV^; plus haut s'ouvrent les grandes fenèlirs qui éclaiicnt le eliœur. »
11 ccinvienl (robserver cependant que. les chapiteaux et les bases (h'> colonnes ont été refaits en plâtre à une époque moderne, connue \o faisait remarquer M. de Lasleyrie à ses élèves au cours dime visite archéologique (1), pèlerinaige de science que TEcole des Chartes accomplit chaque année à Saint-Séverin.
M. Albert Lenoir cite un certain nombre d'ornements, de clefs sculptées à la vo«ùte ijui paraissent renionler au \iif siècle. C'est la bénédiction de la Vierge au milieu d'un encadrement de trèfles, c'est le mot Ave dans un quadrdatère, ce sont des fleurs s'énanouissant, au milieu de bi'anclies et de feuillages.
La façade, dans sa partie inférieure, n'eut longtemps d'autre ouverture qu'une baie cintrée. En 1837, lorsqu'on dut, pour le percement do la rue d'Arco-le, démolir l'ancienne église de Saint-Pierre-aux-Bœufs, on eut l'iieureuse pensée d'en transpoitei', pierre à pierre, la porte pour en faire la porte de la façade de Saint-SévcMin. Elle se marie haimonieusement avec le style de l'église.
« Cette porte, dit M. Raymond Tayac (2), a douze colonnettes que séparent des gorg-e« sculptées de feuillages et do rinceaux. L'arcliivolte en ogive a desi crochets en saillie et des moulures en tori(iues. Un bas-relief r(>présentant la Vierge
(1) FciTiand Bournon, llrctitiititloits et tiiittitions à l'Instotrc tic Ut ViHc île tout II- ilioci'sr df l'dris do Lclnnif. Ville do l'arls et anclomio banlieue, p. 73. (2) M()no(jrai)ltle des jnoiiuiiieiits de l'aris. MutUteur du UessUi, 15 avril 1900, p. 'ii.
sur son Irùnc recevant les lionneui s de deux anges à genoux, sculpté par Ramus en 1870, remplit le champ trilO'bé du tympan. Sauf quelques insignifiantes réparalaons, cette porte d'un travail très Un date de la première moitié du xni^ siècle. Elle a conservé ses vantaux du xvn^ siècle oi^i les apôtres Pierre et Paul figurent en médaillon. » On voit encore gravées sur une sorte de cartouche les deux initiales enl relacées S. P. initiales de l'église à laquelle appartenaient autrefois ces battants.
Get.te nouvelle porte a remplacé coniime entrée de l'église la baie qui s'ouvre au Nord sous le porche et qui date aussi du xni'^ siècle. M. Albert Lenoir (1) la décrit ainsi : « Un piédestal orné de moulures supporte de chaciue côté de la base cinq colonnettes de diamètres différents; leurs bases et leurs chapiteaux sont du travail le plus délicat du xni^ siècle. » Le tynqian qui leprésente saint Mai'tin partageant son manteau est un morceau moderne e.t a été sculpté par Maillet en 1853. A droite et à gauche de ce porche se trouvent encore les vestiges de deux lions sculptés dans la pierre. Deux autres qui ne furent détruits ({n'en 1759 se trouvaient aux extrémités des degrés (2). Os deux lions accostaient-ils le sièg© oij. l'OfBcial rendait la justice? C'est ce que suppoise l'abbé Lcibeuf (3). Mais, connue le fait remarquer son récent éditeur (4), rien n'indi(iue ({ue rarchiprètre de Saint-Séverin ait jamais été investi d'un droit de justice. Il est donc plus vraisemblable ([u'ils ne sont là ({ue pour décorer l'entrée du cimetière, disposition (iiic l'on retrouve à Saint-Piei-re-de-Vienne en
(1) statistique tnonumentale de Parts, p. 147.
(2) l'iganiol de la Force, Dcscrliitlo». Iilstoriquc de la Ville de Parls,cd 1765 t. VI, p. 440.
(3) Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, t. I, p. 109.
(4) Fernand Bournon, Additions et corrections d l'Iilstoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris de Leheuf. Ville de Paris et ancienne banlieue, p. "4.
Daupliiné. C'rtail Iiumi rcnlrée- du ciniolièro puis(|uo les charniois t'(iniimini(|iiai(Mit a\'cc réglisc.
C'était à ce porlail que les écoliers des diverses parties de la France V(Miaieiit accrocher les fers de leurs chcivaiix en cxvoio à saint Maiiin. pieux usage quï était aussi pratiqué à Saint-Martin-de-Cliabl esel, à SaintrMartin-d'Erblay, près Conflans-Sainte-IIonorine (1) Les voyageurs, à leuf départ, faisaient aussi marquer avec la clé de la chapelle du saint les fers dei leurs montures : à leur retour ils les suspendaient en actions de^ grâce au portail. Ce culte particulier de saint Martin s'explique : Saint-Séverin s'élevait sur remplacement d'un oratoire dédié à saint Martin et le cliapiti'e de CJiampeaux en Brie, avait donné à l'église une partie du manteau du bienheureux . (2)
Cettei dévotion particulière et la façon dont elle se manifestait avaient développé aux alentours une industrie spéciale à laquelle fait allusion ce passage des Mouliers do Paris, cité par M. l'abbé Salmon (3),
Saint-Séverin pour la ferperie
Qui est achetée et vendue
De son carrefour est tenue
De plusieurs manières de gens
Qui s'enchérissent bel et gent.
Un [LuIre vestige du xm" siècle se rencontre à Saint-Séverin. C'est un fragment d'inscription qui se trouve sur le seuil d'une des chapelles méi'idionales. C'est un des rares débris subsistant des dalles funéiaires tlont le sol était autrefois cou\ert, mais (|ui, comme le cttnstale M. dt> Cuilliei-my (1),
(1) L'ahlié Lebeuf, Jlistuirc de la Ville et itr tout le Uiuci'nf de Paris, t I. p. KKi.
(21 L'ablié Salmon. Les {'{"l^rliinues de Paris, t. 1, p. 'ilO
(3) Les l'^lérlJiaues de l'arls. t. I, p. 91.1
(4) liiserii)tloiis de la b'ranee du V au AT///" sii-ele, l. 1. i) 308.
ont été pO'Ur la plupart enlevées et ont servi à construire un passage de circulation au-dessus des basses voûtes, à hauteur des grands vilrages de la nef et du chœur. Voici l'inscripliou telle que la donne M. de Guilhcrmy:
<( ... die lune scxtadccuna die mensis marcii in aurora diei anno Dni M C C. ■>■>
Cette inscription nous fait connaître le décès, le seizième jour de Mars à l'aube, d'une personne dont le nom a été effacé.
Celte épitaphe est curieuse pour le soin rare avec lequel est donné, non seulement le jour, mais encore le moment de la m'ort. On indique, en effet, non seulement le jour du mois, mais encore le jour de la lune et on précise que le décès se produisit à l'aube.
La construction, après le xni^ siècle, subit une longue interruption. L'argent manquait. En 1347, le pape Clément VI, le ({uatrième des pontifes de la « captivité de Babylone », qui avait été professeur de théologie à Paris et archevêque de Sens, qui par conséquent avait eu pour suffragant, l'évêque de Paris, le pape Clément VI, qui devait acheter Avignon à Jeanne de Naples et construire la façade actuelle du palais des Doms, accorda des indulgences pour la reprise des travaux et bientôt on put se remettre à l'œuvre.
Avant même que l'église ne fût terminée, elle reçut des embellissements. Les orgues avaient été introduites en France au vnr siècle. Un empereur d'Orient, Constantin Copronyme avait donné à Pépin le Bref, en 757, un orgue à tuyaux de plomb qui fut placé à l'église Sainte-Corneille de Compiègne. Six siècles plus lard, SaintrSéverin était la seule église de Paris qui possédât un instrument de ce genre.
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« H y en eut, dil Tal)])»'' [jcbciil' d) drs le iv,!H-nc du loi Joaii; mais c'était un pclil biiITt'l, aussi régiise irélail-elic alois ni si long'uo ni si lari^c. » Tl cito un oxli'ait (iu Nccrolorje dp régliS'C (lui poiio : u L'an 13r)S, le lundi a.i)i-rs l'Ascension, maître Regnand de Douy, écolici' eu lliéolngie à Paris et gouverneur des grandes écoles d(> la paroisse Saint-Séverin donna à l'église de l»onn(>s orgues et l)jen oirdenées. » D'ailleurs lel était le {tlaisii- (pTdu éprou\ait à entendre les sons de ce rar(> instiinnent que (( J'ou cuydoii ouïr les anges du paradiz » (2). Ces orgues denieurèienl, eu usage jusqu'au commencement du xvi^ siècle.
Au XIV* siècle, SainirSéverin, comme l'église des Innocents, comme l'église Sainte-OppoTtune, avait une logette où se renfermait une pénitente : elle avait son « reclusoir » et sa « sacliette ». Nous connaissons le nom d'une recluse qui mourut au milieu du siècle. On lit en effet, à ce que rappo^rte l'abbé Lebeuf (3) dans le nécrologe de Saint-Victor, rédigé sous Cbarles V (1337-1380) la nu^ntion suivante à la date du 11 avril: (( Gbit douiin<v Florœ redusa' de Sancto-Scvcrino ».
On peut encore distinguer à l'iudrée Nord de l'église les restes d'une inscription des premiiers temps du xiv'' siècle. Cette inscription de douze ligues est devenue prescjne complètement illisibh^ ('i). Mais on peut d'après les indications de l'abbé Lebeuf se rendre compte île ee (pi'elle renfermait. Elle déterminait les O'bligations des fossoyeurs de Saint-Séverin. Ils ilevaient notamuient nettoyer les voûtes et l'église entière le jour de la Saint-Alaitiu d'été à cause tic la célébra-
(1) Histoire de la yillc et de tout If dioii'xe de raris. t. 1, p. 106.
(2) L'abbé Salmon, Les PtHériJUKjes de l'iiris, t. 1, p. 216.
(3) Histoire de la Ville et de tout le dioeùse de Paris, t. I. p. 111.
(4) De Guinieriiiy. Inscriptions de la Franie^ du Y» au Wllh' siècle, t. I, p. 3().S.
tion de la fête de la Dédicace de l'église qui tombait le surlendemain.
Dans le cours du xiv° siècle furent élevés la tour et sa flèche ainsi que le second collatéral de la nef à droite. La tour est à deux étages et présente comme ouvertures des baies ogivales. C'est au xiv^ siècle qu'appartiennent les figures humaines, les « marmoiiiS-ets » comme on disait au Moyen âge, qui servent de chapiteaux et de consoles. L'une représente un maçon portant une hotte, l'autre un homme croisant ses mains qui tiennent un trousseau de clefs. Il reste encore du xiv* siècle une dalle funéraire portant les efTigies d'un bourgeois et de sa femme encensés par des anges.
« On remarque, dit M. de Guilhermy (1), on remarque à côté de la tête du mari une grande paire de ciseaux ouverte les pointes en bas. » C'est sans doute un emblème professionnel.
On voit dans l'église, au bas côté gauche, encastré au-dessus de la porte d'entrée d'une petite tourelle, un autre morceau du xiv^ siècle (2). C'est un Calvaire représentant le Christ en croix entouré d'une foule en adoration. Cette sculpture provient des charniers, comme l'atteste l'inscription gravée au-dessous.
CETTE PIERRE A ÉTÉ TRANSPORTÉE LA DU CHARNIER DE CETTE ÉGLISE EN L'AN MDCCCL
Les charniers n'ayant été élevés qu'au xv* siècle, il est probable que cette sorte de bas-relief ornait une tombe dans le cimetière adjacent à l'église avant rédification du cloître funéraire.
(11 Inscriptions de la France du V au XVIII' siècle, t. I, p. 309. (2) Inventaire des richesses d'art de la France, Ville de Paris, Monuments religieux, t. II, p. 76.
C'est à la fin du xiv* sirclo quo furcMit cxi'cutL'Os les verrières des fenèliTs liantes : cv seul, sinon les jilus anciennes de Pai'is - d'après un liishuien de la peinliire sni- xn-yv. ([ue c'.ile M. l'abbé île iMadainie. la eliaprile de Sainl-.leaudiapliste à Nolred)aine en a eu d'anléiieuics du ludius les i)lus
anciennes ipii ixiitent des aiinoii-ies. L.es \ilraux de l'abside qui sont les plus j'eniaïqnables sdul aussi les seuls nu à peu près à préscnlei- celle ])arlicularil('. Les vei'rières dtîs trois p)reniières feuèlres des deux cùlés vien.uenl de Saint-Gcrmaindes-Prés où elles furent remplacées par des verrières exécutées sur les dessins d'IIippolyle Flandrin; trop petites, elles furent, ag-randies par le maître verrier Lafaye qui répara également les anciennes verrières de Saint-Séverin. Ces verrières sont remarqualiles par la puissance du coloris. « La profondeur des tons, dit M. l'abbé de Madaunc (1) est due. comme on sait, à la juxtaposition de verre sur verre. L? lumière semble s'absorber tout entière dans les couleurs qu'elle ne répand pas avec elle dans l'espace. Nos vitraux modernes, au contraire, projettent leurs teintes. »
Le XV'' siècle continua l'ceuvre du xiv* sièclei.
Le style arcliitectural \wv[p à croire que c'est dans la première partie du xx*" siècle, au cours des seize années (1420f436) pendant lescpielles se prolongea l'occupation de Paris jiar les Anglais, que le (diœur de l'église a été construit.
« II semble, dit en elTet M. Autbyme Saint-PauJ (2), qu'on ait travaillé à Sainl-Séverni pendant la domination anglaise: le triforiumdu (diœur, par une exception tiès rai'e en France, est d'un(^ ordonnance anglaise très carjictéristique, en revanche la lleur de lys tics iivis de l-'iMUee se dessine dans ceux
(1) Guide du pèlerin au sanctuaire de Notre-Dame de Salntc-Espérance. p. 62.
(2) Art. PARIS, Kdlftccs religieux dans le Dictionnaire ot'oyraphlque et p»rnltiistratlf de la France de Joannei t. V. p. 3302.
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des hautes fenêtres de la nef les plus voisines du chœur. Le triforium de SaintrSéverin est le seul trifo'rium véritablement ogival que renferment les églises de Paris. »
Il est un endroit où la suture entre le travail du xiv^ et le travail du xV siècle est encore visible' : « Le pilier, dit M. Albci't Lenoir (1), le pilier qui dans le collatéral du Sud, après la huitième travée, se relie aux constructions du xiv" siècle en présente le style par ses colonnes engagées, puis par un autre côté prend les formes molles et ondulées du xv® siècle. »
Sur le second palier du premier collatéral du Sud se trouvait une plaque en cuivre rouge poiiant rinscriplicn suivante en petites gothiques qu'on put y lire jusqu'à la Révolution et que reproduit l'abbé Lebeuf (2) : « Les exécuteurs testamentaires de feux Antoine de Gompaigne, enlumineur de pincel, et Oudete sa femme ont fait faire ce piUer du résidu des biens desdits défunts. Tan MGCGXIIIL Priez Dieu pour l'àme deulx. Amen ». IjC» enlumineurs étaient des paroissiens de Saint-Séverini: ils occupaicnl, la rue des Enlumineurs qui est devenue la rue Boutebrie, comme la rue des I^^crivains est devenue la rue de la Paroheminerie (3).
Pour l'exécution des travaux l'on dut abattre l'hôtel des abbés d'Echallis et la chapelle de la Gonception.
L'hôtel dont étaient propriétaires les abbés d'Echallis du diocèse de Sens, était situé au chevet et occupait ce qui forme aujouid'luii l'abside, la sacristie des mariages, la chapelle du catéchisme et une partie du jardin du presbytère.
La chapelle de la Goiiccptinn, dite aussi chapelle de Notre- Dame-des-Ardeints occu])ait l'espace compris entre la sacris*
(1) statistique monumentale de Paris, p. 158.
(2) Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, t I, p. 103.
(3) Huysmans, /a Biùvre et Saint-Sévcrln, p. 208.
lie et le chœur actuels : elle appartenait à la confrérie de la Conception.
La confrérie de la Conception renionlail certainement au xiv« siècle. L'abbé Lebeuf(l) cileun bourgeois de Paris qui, en 1361, légua cinq sous à cette confrérie. AI. l'abbé Salnvon (2) dit que Sauvai avait trouvé un vieux manuscrit gothique qui portait au premier feuillet : « Note qu'en ce lieu appert qu'il s'est rendu compte depuis l'an 1311 jusqu'à l'an 1361 qui sont cinquante comptes. » La confrérie remonterait doaic à l'année 1311. C'est la date qu'assigne à la fondation l'inscription qui se lit gravée sur une plaque de marbre noir au pourtour septentrional du chœur dans l'aLside. Voici cette inscription :
c'est dans cette église que fut érigée en 1311
LA première confrérie ÉTABLIE EN FRANCE
EN l'honneur de LA TRÈS SAINTE VIERGE