‹ Essai historique sur l'église Saint-SéverinChapitre 3 sur 14 · DE CETTE ANTIQUE CONFRÉRIE · texte numérisé non relu

DE CETTE ANTIQUE CONFRÉRIE

DONT l'institut PRIMITIF EUT LIEU A LONDRES EN 1228.

(2U mars 18il.)

Lefèvre et Leiteuf, Hlsloirc de Pdris.

D'après cette inscription, la confrérie aurait eu pour origine une confrérie de l'Immaculée Conception fondée à Londres en 1228; c'est ce que nous lisons dans Sauvai (3) et ce qu'ad-

(1) Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, t. I, p. 103.

(2) Les Pèlerinages de Paris, t. l, p. 210.

(3) Histoire et recherches des antlquttez de la Ville de Paris, t L i> ilV

met M. Fabbé Salmon (1). iMais M. l'abbé de Madau ne (2) combat cette opinion. On ne trouve nulle part trace de Térection d'une confrérie de la Goaicrption à Londres en 1228. La date elle-même semble le résultat d'une confusion : on semble avoir pris un concile pour une confrérie et le xni'' siècle pour le XIV*. En effet, en 1328 se tint à Londres un concile qui décida que des honneurs devaient être rendus à Flmniaculée Conception de la Vierge. Mais en 1328 la confrérie établie sur la paroisse existait,ce semble, depuisi dix-sept ans. Ce n'est pas là qu'il faut en chercher l'origine. En réalité eJle naquit du mouvement qui se produisait aussi bien en France qu'en Angleterre en faveur du culte' de l'Immaculée Conception. Si en 1222, au concile d'Oxford, Etienne de Langton, archevêque de Cantorbéry, avait rangé Tlmmaculée Conception au rang des fêtas de dévotion, en 1280, Raoul de Houblières, évêquc de Paris, avait légué une somme de 30O livres pour la fondation dans la cathédralei d'un office de la Conception. D'ailleurs saint Bonaventure (1221-1274) avait soutenu le dogme qui ne devait être proclamé de foi que six siècles plus tard et sous le pape Nicolas III (1277-1281) la fête de l'Immaculée-Conceiption était déjà célébrée à Rome. La constitution de la confrérie sortit tout naturellement de ce mouvement des esprits. La date même de l'érection de cette confrérie donnée par Sauvai et après lui par l'aJ^bé Lebeuf (3) n'est pas, d'ailleurs, universellenient admise. Piganiol de la Force (4), tout en constatant que Saint-Séverin eut « la première coinfrérie qu'on ait vue en France en l'honneur de la Conception de la

(1) Les Pèlerinages de Paris, t. I, p. 216.

(2) Guide du pèlerin au sanctuaire de Notre-Dame de Sainte-Espérance. p. 17

(3) Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, t. I, p. 113. (41 Description historique de la Ville de Paris, t. VI, p. 24S.

Vierge », on rnmrno la fondation à l'année 1385. Il ajoute : « On annonçait cette fètei dans Imis les quartiers de Paris jusqu'à ce qu'on eût érigé de pai'eilles cO'nfréries dans les autres égliseis. » Un crieur en effet, à ce que nous apprend l'abbé Salnion (i), parcourait la ville « distribuant jiarlout l'image de Marie iiuinaculée avec une notice sur les indulgences que gagneraient ceux (jui visitei-aient la bénite chapelle )>.

Cette chapelle contenait une statue à mi-corps' et en bois représentant la sainte Vierge dans une chaire de prédicateur ({ statue, dit Piganiol de la Force, dont aucun descripteur ou historien de Parias n'a parlé, et qui C(>p(mdant est une des plus belles qu'il y ait .» Lors de la démolition de la chapelle de la Conception en 1495, on plaça cette Vierge au sixième pilier Nord de l'église, du côté de la rue Sainl-Séverin. Elle fut restaurée en 1724. Quant à la chapelle de l'Immaculée Conception, elle fut désormais la chapelle de l'abside occupant les deux travées extrêmes ayant deux autels mais ne formant (lu'un seul tout comme l'indiquent les mots qui se complètent gravés aux clefs de voûte Ave, Maria (2). C'était là, à ce qu'on suppose, (3) que les candidats au doctorat venaient prêter le serment de défendre la doctrine de l'Immaculée Conceiption, serment que la faculté de théologie imposa à partir de 1497 à ceux qui briguaient devant elle l'honneur du bonnet carré ('i)

Une autre dévotion lleuiàt aussi à Saint-Séverin à celte époque. Joachim de Chanteprime, d'une famille riche et puissante son père avait été général sur le fait des financée et des aides sous Charles V(5)et un autre Chanteprime devait

(1) Les Pi'lrriiifuirs dr Paris, t. I, ]). 219.

(-2) L'abhé de Madaiine. Guide du pHerin au sanctuaire de Notre-Dame de Saltite-Esperaiice, p. 83.

(3) id. ici. 1). 103.

(4) id. id. p. 8i.

(5) L'abbé Lebeuf, Histoire de la vnie et .'e tout le diocèse de Parts, t. I. p m

ôLre échanson de Charles VII (1). Joachim de Chanteprimc qui mourut le 14 juin 1413, archiprètre de Saint-Séverin, était, lorsquil fut appelé à la cure, chanoine d'Auxerre ; il apporta de cette ville, un fragment des ossements de saint Mamers (|ue Ton confondit ensuite avec saint Mamniès (2). Une chapelle fut consacrée au saint et une confrérie érigée en son honneur. Mais la chapelle fut en 1673 convertie en passage pour se rendre à la chapelle elliptique qu'on venait de bâtir et qui sert aujourd'hui de sacristie des mariages, et la confrérie disparut.

Ce n'étaient pas d'ailleurs les seules, chapelles que possédât Saint-Séverin. Avant 1300, Suzanne, de Garlande dont l'hôtel voisin de l'église devait donner à une rue tout proche le nom qu'elle a conservé jusqu'ici, fondait une chapelle à Saint-Sé" verin (3) : ce fut une autre personne du même nom, Mathilde de Garlande ou de Gallande, épouse de Mathieu de Montmorency, qui fonda à l'intention de son mari parti pour la quatrième croisade l'abbaye de Port-Royal-des-Champs.

Avant 1300 encore Pétronelle la Frisonne, veuve de Thierri Frison fonda une chapelle à l'autel de Saint-Nicolas, qu'elle dota d'une rente de 17 sols sur une maison de la rue Serpente. Cette chapelle devint plus tard la chapelle de Saint-Jeanl'Evangéliste (4) et est aujoui'd'hui la chapelle saint (>harles Borromée. '

Entin avant 1400 j^ichai'd de la Mai'e fonda une chapelle à l'autel de Sainl-Michel (5) ; c'est aujourd'hui la chapelle Saint- Michel.

Ce fui le xv^ siècle qui fut le grand ouvrier de Saint-Séverin.

(1) Auguste Longnon, Paris prviUuil la (Juminatiou aiinlaise. p.2T(in- I. (2) L'abbé Lebeuf, Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris. t I, p. 104.

(4) icl.<. I, p. 103.

5} id. t. I. p. 106

11 éleva les derniiMcs travées et agrandit l'église.

« Les cinq travées qui suivent les trois premières, dit M. Albert Lenoir (1), ont été élevées au xv" sièel(^ et elles diffèrent des trois premières en plusieurs i>uinls. Leurs arcades inférieures, plus élevées, ss'encadii'ent de nombreuses moulures dépourvues de eliapiieaux à la jointure des impostes; de longues lignes verticales s'élèvent sans interruption jusqu'aux nervuics des voùti's (pii sortent directement de ces moulures; le tiiforium garde à peu près les mêmes proportions que celui du xnT siècle, mais tous les détails sont changés. Les hautes l'enèti'es de la nef sont closes par des meneaux contournés. »

Nous avons les dates précises de plusieurs travaux d'agrandissement de l'église.

D'après les mentions d'un registre reproduites par l'abbé Lebeuf (2) .l'on commença le i mai 1489 les fondations pour (( l'accroissement » de l'église. Le li juillet liOl, on posa la première pierre de la chapelle Saint-Sébastien, depuis chapelle Saint-Mamers et aujourd'hui passage qui mène à la sacristie des mariages. En 1493 « le pénultième mars devant Pasques » les agrandissements de l'église furent bénis par « le révérend père en Dieu Jean Simon, évêque de Paris ». Le

12 février 1498, Michaud Legros « coanmença la besogne de mettre les chapelles dehors du côté des charniers ». Le 12 mai de la même année, ?ui\ani une mention rapportée par l'abbé X'alentin Dufour (3), conunencèrcnt les travaux des chapelles du Nord.

Ces constructions soaiL décorées à la fois avec richesse et goût.

(1) statistique monumentale de Parts, p. 151.

(2) Histoire de la Ville et de tout le diocùse de Paris, t. i. p. lOt

(3) Les etiarnlers des églises de Paris, Salnt-Sévcrin, p. 9

« Les frontons qui masquent les toits des chapelles latérales de l'église au nord, dit M. Albert Lenoir (1) sont très ornés; les crosses végétales et les fleurons placés à l'extérieur de leurs pentes et à leur sommet ont disparu; mais les moulures externes et les tympans isont demeurés intafcts. De riches feuillages mêlés de fruits encadrent les fines moulures contournées formant des cercles enlacés, des trèfles et autres combinaisons variées qui remplissent ces frontons. Au-dessous règne une corniche sculptée qu'interrompent devant les arcs-boutants de longues gouttières sous forme d'animaux fantastiques. Au-dessous de chaque fronton est une fenêtre qui éclaire la chapelle qu'il surmonte; ces baies dont les propoi'tions et les moulures d'encadrement sont harmonieuses ont été closes par des meneaux variés. »

C'est alors que fut élevée « cette mélancolique et délicate abside plantée, ainsi qu'un jardin d'hiver, de bois variés et un peu fous)j.«On eiit dit, continue M. Huysman9(2), on eût dit d'un berceau pétrifié de très vieux, arbres tout en fleurs, mais défeuillés, de ces futaies de piliers carrés ou taillés à larges pans, creusés d'entailles régulières près de leur base, côtelés sur leur parcours comme des pieds de rhubarbe, cannelés comme des céleris . » Ailleurs il appelle cette abside K l'une des i)Uis ét.onnantes omljcllas que les artistes d'antan aient jamais l)rodées pour abiiter le Saint-Sacrement de raut('l.>M(Ils semblent, ajoute-t-il, en avoir emprunté la forme à la végétation du pays oiî naquit le Christ, car ils ont planté une forêt de palmiers dont un fruit tom'be en une goutte de sang, en un rubis de veilleuse, devant le tabernacle (3), ».

(1) statistique inonumentale de Paris, p. l-iS.

(2) En route, p. 38.

(3) Huysmans. La Ulèvre et Salnt-Séverin, p. 180.

Cotte alisido a \M)[\v axe un luiicr l()rs(> u ailii'c, dit encoce M. lliiy.-niaiis (I), dniit le Innic lo-in-iic en spiraJc sur luiiiirinc, Iduciie la voùlc cl ivtninbc t'U uiiu pluie pûlriHûo de branches .»

Saint-Séveiin est donc lucn le lypc de cet art iiolliiiinc (|ui, suivant le mot de Clialeanbi-iand (2). faisait de cIukiuu cathédrale (( une t'oi'èt, un labyrintlie, dtuil les mille arcades à chaque inoiivenKMd du spectateur s'intersectaient, se séparaient, s'élançaient de nouveau, en clhlTres, en arceaux, en méandres.»

Au xv^ siècle plusieurs usages touchants se, perpétuaient dans réglise .

D'un côté, il existait un bréviaire attaché à un pilier près des fonts par une chaîne. Ce bréviaire avait été établi en 1415 et avait coûté cent douze sols parisis, soixante-de.ux francs suivant Tévaluation de Sauvai. Ce bréviaire, comme celui de Saint-Jacquesda-Boucherie, était destiné aux pauvres prêtres et aux chapeilains qui n'avaient pas les moyens de s'en procurer un. Aussi la cage de fer qui le contenait étail-elle placée

(3) contre le pilier le plus visible et lei plus clair de l'édifice ^

D'un autre côté « lorsque les pauvres femmes, après leurs couches, entemdoient la messe de Relevée, on leur mettoit un manteau foui'ré sur les épaules alin de les tenir chaudement (4) .))

C'est encore au xv^ siècle (jue fut établie l'horloge. Elle fut fondiu' au début et la llèche de la tour qui soutient le cainpainle <tù elle est jdacée, érigée vers la thi du siècle.

(1) La Blèvre et Saiiit-Scverin, p. 206.

(2) Anultise ralsonnf.e de l'Iilstoire de l'raiice. Mœurs (/fVK'ro/cv des \ll'. XIII' rt XIV' siècles. Œuvres éd. Panthéon littéu.\ire, f. I, i>. 533

(3) S;iuval, Histoire et recherches des anttquttez de la Ville de Parts, t 11, p. 634.

(4) id. id. t. n. p. 633.

La cloche de l'iiorlo-ge n'a. pas de battant. C'est en réalité, un simple timbre destiné à sonner les heures. Il sonne l'ut dièse. « La cloche de Saint-Séverin, dit M. Adolphe Berty (1), occupe entièrement la largeur du camiianile où elle est suspendue. » Elle porte autour de son cerveau^ c'est-à-dire de sa partie supérieure, deux lignes gravées en relief contenant douze vers de huit syllabes. Le déchiffrement de cette inscription est une périlleuse aventure et un véritable exploit archéologique. En effet « pour atteindre, dit M. Adolphe Berty, qui accomplit ce haut fait de science et de courage et communiqua le texte de cette inscription au comité historique des arts et monuments, le 12 février 1848, pour atteindre jusqu'à sa partie supérieure (de la cloche) oii se trouve l'inscription, il faut sortir tout le corps en dehors de la baie de ce campanile (qui surmontai la flèche de la tour), ce qui à quarante et quelques mètres de terre n'est ni sans difficulté ni sans danger ».

Voici le résultat de cet héroïque déchiffrement qui nous donne et le nom du fondeur Thomas de Caville et l'indication des donateurs, leâ marguilliers et quelques personnes pieuses de la paroisse, en même temps que le nom de baptême de la cloche Macée (du latin Matho'a, féminin de Malhœus, Mathias), et la date, je pourrais presque dire de sa naissance, 1412.

Mil GGGGXII année Des aumosnes de bonnes gens Pour OTlog'e fus donnée Et d'aucuns des paroissiens

(1) Cité, de Guiihermy, Inscriptions de la France du V^ au XVIII« siècle. t. I, p. 322.

Do Saint Soverin fus cy posée

Oui' lors estoient iimri'ogliers

l'dui' y servir uy nom Macée

llobeil Caorii lui li premiers

Regnault Lecleclerc {f^ic) et Jli. Sandrin

Et. nuis de (-avilie Thoinias

Me lls'i de métal pur et fm

Ainnsi (sic) corne veoir pourra.

Sauvai (1) rapporte que d'après les registres de Saint-Séverin, c'était le sonneur Benoît Sezede qui était chargé en 1425 du soin de l'horloge, probablememt établie alors dans un édifice provisoire. Ce sonneur était aussi chargé du couvre-feu qui, à cette époque, était sonné par Saint-Séverin, comme il lei fut au \vr siècle par Saint-Germain-des-Prés, au xvni® par Notre-Dame et la Sorbonne (2)

Non loin de la tour de l'horloge, à l'angle de la façade septentrionale, se ti'ouve une niche hnement sculptée. « Elle présente, dit M. Albert Lenoir (3) les dispositions les plus capricieuses de rarchitecture de la fin du xV siècle : pour proléger ces découpures si délicates, l'architecte a surmonté le tout d'un toit en pierre, orné dans le style de la Renaissance; le fleuron qui le surmonte est malheureusement détruit en partie. »

Cette niche contient une statue de saint Séverin abbé, par Thomas, qui date de 18i7, et qui a remplacé une antique statue du même saint, décapitée par les protestants au xvi^ siècle et restaurée en 1840 (4).

(1) Histoire et recherches des antiiiuitez de la Ville de Paris, t. I. p.t'33

(2) Art. Couvre-l''cu dans la Grande Encyclopédie t. .Mil p. 23j

(3) Statistique monumentale de Paris, p. 145.

(''OL'abbé de Madaune, Guide du pèlerin au sanctuaire de Notre-Dame de Sainte-Espérance, p. 98.

Enfin, c'est, au xv* siècle, ainsi que l'indique le style des parties encore subsistantes (1) que furent élevés les Charniers : « Cette constructioni importante, dit M. Albert Lenoir (2) était composée de galeries analogues à celles d'un cloître; de foTts piliers saillants à l'extérieur vers le cimetière maintenaient la poussée des voûtes. »

« La façade de chacun de ces piliers, ajoute le même auteur, est finement décorée d'arcatures légères et surmontées d'une pointe portant des feuilles contournées : de longues gouttières ornent les piliers. Les arcades formant des travées entre ceux-ci sont construites en arcs aigus encadrés de moulures et supportés, à hauteur d'impostes par des colonnettes. Ces colonnottes reposent sur un bahut de pierre le.rmant la travée et s'appuya.nt contre les parties latérales des piliers. »

Paris comptait autrefois un grand nombre de ces charniers , sortes d'arcades encadrant le cimetière. L'un des plus célèbres était celui des Innocents oi^i l'on voyait un u prêchoir », chaire en plein air d'où les prédicateurs pouvaient haranguer la foule aux époques où le cimetière se remplissait de fidèles. Un cloître du xv^ siècle était aussi contigu à l'église des Carmes de la rue des Billettes, édifiée au xni^ siècle, démolie et reconsti'uite en 1754 sur les dessins d'un dominicain, le père Claude. Le cloître des Billettes, d'ailleurs de très petite étendue, subsiste encore aujourd'hui et se voit à côté de l'église, devenue temple luthérien en 1812. Un autre charnier d'une date un peu postérieure puisqu'il ne fut élevé

(1) L'abbé Valentin Dufour, Les charniers des églises de Paris, SaUit- Séverin. p. 9.

(2) Statistique monumentale de Paris, p. 150.

(1) De Guilhermy, Inscrlptlonsde la France du V au XVlll' sii^cle, t. I, p. 425.

quo (le I58'i à fn08 o( qui ost classé parmi les monumonts l.islori(iiu*s, cxislc ciiCDrc à. Mniiirorl-rAnumry.

Saint-Sévoi'in a gardé quclqiios fragments des galeries de son cldilrt', une parlii' a été transformée en chapelle des catéchismes, et quelques arceaux se voient encore, conservés dans leur état pi'imitif, au fond du jardin du presbytère.

Les charniers ne restèrent pas longtemps vides, car suivant le mot de Bossuet « la mort est prompte à remplir les places ». Les premières inhumations dans les charniers dont on trouve inenti(Mi sont celles de Hugues Ferret, marchand drapier et bourgeois de Paris, mort le 9 juin 1496, et de Marguerite Ferret, sa fennne, morte le 25 septemibre 1501 (1).

Le charnier était à peine terminé qu'il aurait été, d'après la tradition, le théâtre d'un exploit chirargical. C'est là qu'aurait eu lieu sur un archer de Bagnolet ou de Meudon, condamné à mort pour vol, la première opération de la pierre. Elle auiviit parfaitenient réu^^si et le patient auradt obtenu sa grâce.

Cette opération est rappoaHée par Mo^réri (2). et par Garnier (3), mais ni l'un ni l'autre ne disent que l'opération ait eu lieu dans le cimetière de Saint-Séverin.

Qui pratiqua cette opération ? Un des historiens médicaux de la taille, Devaux, et après lui Moréri, l'attribuent à Germain Co'llot dont un homonyme ou un parent devait s'illustrer un siècle et demi plus tard par ses extractions de la pierre.

Quelle fut cette opération ? Etait-ce le premier essai de la méthode nouvelle, grand appareil ou taille Marianne qui de-

(1) L'abbé Valeutiu Dufour, Les charniers des éoUses de Paris. Saint- Séverin, p. 20.

(2) Grand Dictionnaire Mstorique, V. Collot (Germain), éd. 1759. t. III. p. 828.

(3) Histoire de France, éd. ln-12. 1768, t. XVIII, p. 125

— savait au XVI* siècle se substituer aux procédés de Gelse et de Paul d'Egine qu'emiployaient pendant toute la durée du Moyen âge les lithotomistes ambulants et les grands chirurgiens Guillaume de Salicet et Guy de Chauliac? Ainsi que le constate M. Bouilly (i), on l'a cru longtemps, on en doute aujourd'hui. Si M. Haller pense que c'est bien la taille par grand appareil qui aurait été pratiquée, suivant M. Chauvet (2), il s'agirait non d'une opération sur la vessie, mais d'une opération sur le rein, d'une néphrotomie et non d'une cystotomie; d'après Tollet. les médecins auraient ouvert l'abdomen pour chercher une portion d'intestin repliée sur elle-même; enfln d'après Ambroise Paré, il s'agirait d'une simple dissection.

Dans ces conditions, il semble bien difTicile de déterminer le caractère et rnhjel aussi bien que le lieu de l'opération à laquelle la tradition assigne les charniers de Saint-Séverin pour théâtre. Telle est la conclusion à laquelle s'arrête M. Servier (3). Un événement aussi incertain ne peut donc figurer que pour mémoire dans les annales de l'église et de ses dépendances.

En revanche, s'il est douteux que les charniers aient servi au xv^ siècle d'amphithéâtre d'opération, ils devaient au siècle suivant être employés comme salle d'élection. C'est là en effet qu'eurent lieu à partir de 1548 les élections des marguilliers (4). Les marguilliers étaient élus par une assemblée formée du curé, des marguilliers et des notables de la paroisse (5) et l'on conçoit quune pareille assemblée pouvant

(1) Art. Taille dans Dictionnaire de médecine de Jaccoud, t. XXXV, p.3<J. (2) Art. CïSTOTOMiE dans Dictionnaire encyclopédiQue des Sciences midicales de Dechambre, t. XXV, p. 17.

(3) Art. NEPHROTOMIE dans le Dictionnaire encyclopédique des Science» médicales de Dechambre, t. LXIV, p. 107.

(4) L'abbé Valentin Dufour, Les charniers des enlises de Paris. Saint- Séverin, p. 12.

(5) Guyot, Répertoire de jurisprudence, V. MARGUILLIER, t. XI, p. 327.

être, assez nombreuse, les salles des chaiiiieis devaient être particiilièremeni convenables pour de semblables serutins.

Le xvi^ siècle vint parfaire Saint-Séverin en lui donnant les deux annexes, la sacristie et le trésor, qui lui manquaient encore, et qui furent construits vers 15i0. La saicristie se compose de deux salles à voûtes d'arête : au-dessus de la première se trouve le trésor, salle à laquelle on accédait par un escalier à vis, dont la porte déboucjiait à côlé de l'entrée actuelle de la sacristie. Celle sacristie a été conservée' dans toule son intégrité.

C'esj, encore une des curiosilés de Saint-Séverin, car, comme le dit M. Albert Lenoir (1), « les sacristies jointes aux églises du Moyen âge pour le service intérieur ont été généralement détruites depuis le xvn® siècle pour faire place à des constructions modernes plus commodes ».

Enfin, en 1549, on trouve mention (2) d'une chapelle nouvellement bâtie et dédiée à Notre^Dame-de-Lorcxte dont on ne connaît pas l'emplacement. C'est la dernière contribution de la Renaissance à la construction de l'église.

C'est aussi du xvi* siècle que date la verrière qui occupe la grande demi-ros& de la façade. Cette verrière représente un arbre de Jessé analogue à celui que Victoir Hugo nous montre dans Bùoz endormi (3).

Une race y montait comme une longue chaîne Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

Dans la verrière de Saint-Séverin, c'est la \'ierge ipii occupe le sommet de l'arbre. M. l'abbé dé Madaune (-1) signale dans la

(1) statistique inoiiunientalc de Paris, p. 155.

(2) L'ahbé Lebeuf. Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris. t. I. p. 106.

{^î Légende des slùcles. II, éd. ln-32, t. I. p. 65

( ij Guide du pèlerin au sanctuaire de ^otre-Dame de Salntc-Esperance, p. 35.

chapelle Saint-Michel, à la partie inférieure du mur de gauche un autre arbre de Jessé peint par Van Holtorp en 1858.

C'est aussi au \\f siècle que les orgues furent renouvelées. En 1512 fure'nf placées dans l'église des orgues destinées à remplacer celles qui avaient été données par Regnauld de Douy en 1358.

Au point de vue architectural, la contribution que le xvi^ siècle apporta à Saiut-Séverin est modeste; au point de vue épigraphiquc, la moisson est plus abondante, et enfm l'église nouvelle commence à jouer un rôle historique dans les troubles du temps.

Sur le côté occidental de la première des chapelles du Nord on trouve ces deux lignes qui remontent au commencement du xvi^ siècle :

Bonnes gens qui par cy passez Priez Dieu pour les' trespassez.

La troisième chapelle du bas côté septentrional renfermait les sépultures de la famille Desportes. On y avait enterré Jean Despo'rtes, notaire et secrétaire du roi, vidame d'Ambours; sa femme Jeanne de Maizière, moirte en 1493; leur fille Jeanne Desportes, vicomtesse d'Ambours^; leur gendre Guillaume Fusée, procureur au Parlement, seigneur de Voisenon, mort le 10 janvier 1511. Par acte du 18 mai 1511, il fut fondé trois messes pour le repos de l'âme de Guillaume Fusée. Une inscriptio^n de sept lignes très longues' en gothique noire avec plusieurs initiales en rouge et en bleu, relatant cette fondation, s'enroule autour du pilier qui sépare cette chapelle en deux travées. Chose piquante, dans cette inscription une tardive vanité a rehaussé après coup les qualités, du défunt ot transformé les mots « maistre procureur » en « mes-

sire président ». l.'épilaphe de Guillaume Fusée révèle l'altération que (lécMenl d'ailleurs les traces visibles des retouches. En elïei( « Tt'-pilajyhe (ie Guillaume Fusée, dit M. de Guilheriiiy (i), répilaitlic de Guillaume Fusée dont Forig'inul n'existe plus, mais doni la copie, llg-ure au (jrand b]i)itaphiei' d(; Paris (t. \', p. liO) ne lui doime d'aulics (pialilés (jue celles de : honorable et sage maisire pnH-iiicui en Parlement, seigneur de Voiisenon ». » N'cstril j)as curieux, ajoulc-l-il, de [jrendre ainsi sur le l'ait les faussaii'es en généalogie. »

Une autre famille de robe, la famille Leiiuiire enterrée dans le charnier eut un de ses membres enseveli dans l'église. Pierre Lemaire. genlilhumme de la chambre du roi Louis XII: sa femme, Jeanne de Valenciennes-; sa fille, Isabeau Lemaire; son gendre, Philippe du Four, licencié ès-lodx, coanmissaire examinaleur au Ghatelet de Paris, sont réunis dans une même inscription funéraire, qui se trouvait autrefois dans les galeries du cloître ci qui se voit aujourd'hui au musée de Cluny.

Le lits d'isabeau Lemaiie et de Philippe du Four, qui s'appelait du même prénom que son père l^hilippe du Four, mort le 2 août J555. fut enteiré eiitie quatre piliers dans le côté méridionai du cliicLir de Sainl Séveriu. Loiiginal de rinscripli'on obituaire gravée sur sa pierie tomibale n'existe plus, mais une co[ue s'en peut liie dans le Grand Epitupliier .de Paris (t. V. p. 121) (2).

Dans l'église encore,se trouvait la sépultui-e du célèbre érudit Jacques de Billi. Jacqui's de jailli, le traducteur de saint Grégoire de .Naziaiize et de saint Jean Damascène, frère de Jean

U) Inscriptions Jr la I rame du V au XVIIJ' si^cle-< l I. p. 318. (2) De GuUhermy, InscHpUons «t la France du V au XVIW Hfcle t. 1. p. 811.

de Billi Chartreux, auteur lui-même de plusieurs traductions d'auteurs grecs et lartins, mort en 1580 et de Geoffroi do Billi, évêque de Laon, traducteur de Vives et de Louis de Grenade, mort en 1612, mourut sur la paroisse de Sairit-Sévedn. Chassé par les troubles religieux de son abbaye de SaintrMichel-du- Désert, il avait trouvé asile chez un ami qui habitait sur le territoire de l'église. (l)C'était Gilbert Genebrard, professeur d'hébreu au Collège de France, dont saint P^rançois de Sales se faisait gloire d'avoir été l'élève (2) « un des plus savants hommes du xvi« siècle » (3) et qui se jeta dans la Ligue et devint en 1501 archevêque d'Aix. C'est chez lui que mourut Jacques de Billi. Une lame de cuivre fixée à un pilier du chœur indiquait l'endroit où il était enterré. Cette lamei placée dans la sacristie à la suite du remaniement exécuté en 1684 portait^ l'inscription suivant© que reproduit Piganiol de la Force (l).

Jacobus Billius Prunœus^ nobilissima Billionum lamitia^ generosissimo Poire pro rege Guisiœ imperanle ortus, Abbas Sancti Michaelis in Ercmo, pientissinius, sacrae et poUtioris Litterarum calentissimus, Linguarum Hebraicœ Graecœ et Lathvc pcritissimus, Sanctoruni Graecorum Patrum interpres lidissinius, CalhoHcœ lidci dejensor acerrimus, Pauperum Paie)- l<>(iipli'tissirn}iis^ in cunctis Religionis et Pietatls operihus exercitalissimus, omni denique virtutwm génère cumulatissirnus, niultis tibris Grxcis Latinis et Gallicis summa diiclrina et pietate refertissimis prosaque el nictro editis celéberrirnus .anno œtalis suœ 47.Sahitis vero iôSiMora nona

(1) Moreri, Grand Dictionnaire, historique, V. Billi (Jacques de), t. Hl.

(2) .J. |>I. V. «".encbrard (Gllfiert), t. \',ll p. 127 ^.^ -^

(3) Henri Martin, Histoire de France, 4e éd., t. X, p. 263, n 2 {%) Description fiistorique de la Ville de Paris, t. vi, p, 255.

serotina diei IHlus quo Christus Dominus in mundum venit utctiin ca'tcrosque pioscjiis shniles in cœlum assumcrct moritur hicque lacet cn'ius anima rvquiescal in pace. Hic ja.cct, illustri PniiKvo ''Icinutalc clarus^

BilUus^ et longe clarior ipse siio.

Cuius (funa valut virlusque irjnara sepulchri, Cu/us doc la viijenl nescia seripla luori^ Cujus et in cœlis anmnis per secula gaudet, Ejus hic ad teinpus dum tegit ossa lapis. Sed tria hela vinim tantum pctrlUa' sibi suiit

Mundus. terra, palus, nil miser orcus habct. On peul traduire ainsi celte inscription : ' Jacques de Hiili de Prunoy, né de la noble famille des Billi, alors que son très noble père commandait pour le roi à Guise, abbé de Saint-AIichel-du-Désert, très pieux, très versé dans les lettres sacrées et classiques, très habile dans les langues hébraïque, grecque et latine, très fidèle traducteur des saints Pères grecs, très vaillant défenseur de la foi catholique, très riche père des pauvres, très exercé dans toutes les œuvres de la Religion et de la Piété, enfin très abondant en toutes sortes de vertus ç/t très célèbre par des ouvrages grecs, latins et français tout pleins de haute science et de piété soit en prose, soit en vers, Tan iT de son ùge, du Salut 1581 à la neuvième heui'e du son* de ce juur où le Seigneur Chris't vin! au monde \)our ouxrir le ciel à lui, et aux auti'i's gens pieux (|ui lui lessemhlenl, uieurt et est ici couché dont puisse fàme i'ei)oser eu paix.

('.i-gîl, glorieux lits d'une fauiille illustre, Oilly, qui devait tant en accroître le lustre. Tandis que sa vertu, son nom bravent le sort ,

Que ses écrits savants tiiriiiiphent de la mort, Que son âme à jamais goûte aux cieux l'allégresse, Ici restent ses os : une dalle les presse . Univers, terre, ciel, les séjours de bonheur Ne laissent rien de lui pour les lieux de douleur.

Le xvi^ siècle avait aussi laissé dans le charnier des sculptures et des inscriptions.

Au milieu du charnier se dressait une (omlje élevée. Sur la pierre était couchée la statue d"un jeune homme, la tôle appuyée sur sa main, le coude sur des livres. C'était la sépulture d'un jeune noble hollandais Ennon de Emda, de la famille des comtes de la Frise Orientale, mort étudiant à Paris, à l'âge de 23 ans, le i8 juillet 1545. Le tombeau se voyait encore au milieu du xvni^ siècle, et Piganiol d© la Force (1) prend soin de le dépeindre.

On ne sait ce ([u'est devenu ce tombeau aristocratique. Plus heureuse, la modeste pla(iue funéraire de la famille bourgeoise de Bonmont (jui se trouvait dans le charni'er, a été conservée.

Transportée dans l'église, elle se voit aujourd'hui au-dessus de la porte de l'escalier de l'ancien trésor, à côté de l'entrée actuelk de la sacristie. Cette plaque comprend une inscription (,'t un bas-relief. L'inscription rappelle la mémoire de Nicolas de Bonmont, marchand et bourgeois de Paris, mort le 18 septembre 1540 et de Bobine de Coyedel, sa femme, morte le 14 février 1547. Le bas-relief, (jui est la partie curieuse de ce petit monument représente le. Christ en croix, la \'iei-ge à droite, à gauche saint Jean l'Evangélist'e, au fond Jéiusulcm. Ml j-icd de la croix se tiennent deux groupes, à

(1) Description historique de la Ville de Paris, t. VI, p. 255.

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droite Nicolas de. lîmiinoiit ot ses cinq lils, à gauche Bobine (le Goyedel et ses dix tilh-s. k 11 n'est pas rare, fait observer à ce propos M. de Guilliermy (1), il n'est pas rare à cette époque de trouver des familles de plus de dix enfants sur les vitraux et dans les monuments funéraires. »

Un autre monument peut servir de pendant au monument des Bonmont. C'est celui de Nicolas Bourgeois et de sa femme Catherine Bocher au cimetière des Innocents, aujourd'hui au musée de Cluny (2), C'est une pierre légèrement cintrée à la partie supérieuie: qui porte au-dessus de l'épitaphe une gravure au trait. La gravure représente » la \"ierge assise au pied de la croix et tenant sur ses genoux le corps de son divin lils. A la droite de la Vierge, saint Nicolas en costume- épis- ' copal protège le défunt agenouillé et suivi de ses fils au nombre de neuf. A la gauche, sainte Catlierine. tenant l'épée de son martyre, assiste Catherine Bocher accompagnée de douze filles (3) ». Comme Nicolas de Bonmont. Nicolas Bourgeois était bourgeois de Paris; comme lui il appartenait au négoce : il était marchand pelletier; tous deux étaient d'ailleurs contemporains, cai' Nicolas Bourgeois mourut le 3 mai 1529.

Sauvai (1) mentionne piu.-ieurs exemples de di-sceiidances multipliées auprès desquelles pâlissent les familles des Bonmont et des Bourgeois. C'est Marguerite Malartin, enterrée sous les orgues de Saint-.leun-de-Grève, qui put voir cent dix enfants nés de ses deux garçons et de ses trois tilles. C'est Gillette Methelet, morte en 1579 et enterrée à Saint^Maurice

(1) Inscriiitions de la I raiice du V au XVJIJ' sit^cle. t. I, p. 314. (2) Labbé Valentin Dufour, Les charniers des éqlises de Paris, Saitit-Séverin, p. 26.

(3) De GiUlhermv, Inscriptions delà France du V^ ou Wlll» sit'cle. t. I, p. 689.

i] Histoire et rccttercties des antiquilez de la Ville de Paris, t. 11. p 5M.

(Je Seiilis el qui pouvait voir huit cents descendants ou neveux issus de deux de ses enfants et de ses sept sœurs; c'est la grand'mère des Faverolles qui avait pu voir cent cinquante enfants ou descendants d'elle. C'est entin Yolande de Baille, femme d'un procureur au Ghâtelet nommé Gapette, enterrée comme Nicolas Bourgeois au cimetière des Innocents : veuve à 42 ans, elle pouvait en mourant à 88 ans voir autour d'elle deux cent quatre-vingt-quinze enfants.

Il n'esl pas nécessaire d'ailleurs de sortir de Saint-Séverin pour rencontrer à cette époque des familles nombreuses.

Deux autres familles ayant une abondante couronne d'enfants et de plus toutes deux illustres se rattachent à la paroisse.

L'une est celle du fondateur d'une véritable dynastie de magistrats, Pierre Seguier. Pierre Seguier (i504-i5'80) eut de son mariage avec Louise Boudet seize enfants, six filsi et dix filles. Il habitait sur le territoire de la paroisse et fut élu marguillier le 8 avril 1548. Il fut le premieir marguillier élu dans les charniers (1). D'abord avocat au Parlement, il était, au moment de son élection et depuis 1535, avocat à la Cour des aides et chancelier de la reine Eléo^nore. Il devint en 1550 avocat général, puis en 1554 président à mortier au Parlement de Paris. (2) (fC'était, ditScévole de SaintcrMarthe, l'une des plus brillantes lumières du temple des lois. » Quand la Savoie conquise par François I" eut été cédée au Piémont par le traité de Gateau-Gambrésis (1559), ce fut lui qui, comiUb commissaire du roi, dût procéder à la fixation do la frontière. Gallican déterminé, il avait, com.nie avocat général, fait enre-

(1) L'abbé Valentin Dufour, Les charniers des églises de Paris, Saint-Séverin, p. 12.

(2) Morerl, Grand Dictionnaire historique. V.?eguier (Pierre), t. I.\ H p- 3

gislrer au Parlement en 1551 un édil interdisant d'envoyer au pape de lor ou de l'argent. Ce magistrat devait ètie le i)récurseur du plus grand des évèqiies du siècle suivant, de Bossue!. Le seul ouvrage en effet (ju'il ait laissé est un traité de cognitione Dei cl sui qui, traduit en français par Gollclet en 1637a bien pu fournir au précepteur du Dauphin le cadre et le titre du manuel de philosophie qu'il composa pour son. élève, et qu'il appela De la commissance de Dieu et de soi-même.

L'autre est celle du père de la chirurgie moderne, Ambroise Paré. Ambroise Paré eut en effet neuf enfants de ses deux mar riages, quatre garçons et cinq filles. Ambroise Paré qui avait perdu le 4 novembre 1573 sa première femme, Jehanne Masselin, épousa le 18 janvier 1574 à Saint-Séverin une habitante Je la paroisse, Jacqueline Rousselet. C'est ce que constate cette mention d'un registre de Saint-Séverin, relevée par M. Ghéreau (1) : « Paroisse Saint-Séverin mémoire de faire les bans le dimanchellP j. de janvier 1574, d'entre M. Ambroise Paré, premier chirurgien du roy, de la paroisse SaintrAndré-des-Arts et Jacqueline Rousselet de ce'ste paroisse espousez le XVIIP j. de janvier 1574. » En faut-il conclure qufe Ambroise Paré était non pas protestant, comme on l'a longtemps admis, mais catholique ?

La question est vivement controiversée. D'un côté Ambroise Paré dans ses OE.uvres raconte comment après la prise de Rouen se trouvant « en quelque compagnie où y en avoit quelques-uns qui me hayoicnt à mort pour la Religion » on lui présenta « des choux où il y avoit de l'arsenic » et com-

(1) Art. Paué Anilirolse dans le Dictionnaire t7Ui/(/o/«'((i(/i/c dfs Sciciict's niidlcales de Dechambre, t. LXXIII, p. 129.

ment il parvint à conjurer les effets du poison en buvant de l'eau, du vin, de Thuile et du lait. Ce. passage semble à M. Chéreau (1) et à M.Le Paulmier (2) la démonstration décisive du protestantisme de Paré. Mais d'autre part non seulement Paré à sa niort fut enterré dans un cimetière cathoilique, non seulement il fit publier à Saint-Séverin les bans de son second mariage, mais encoure, il remplit, comme l'a indiqué M. P. Valet dans son étude intitulée Autour de Saint-Séverin, Ambroise Paré, publiée en 1899 dans le Bulletin du comité : La Monlaijnc Sainle-Gencviève, à Saint-André-des-Arts sa paroisse les fonctions de parrain et le docteur L. Hahn 1.3) en conclut qu'il était en réalité catholique.

Nous croyons cette conclusion exacte. Elle est selon nous confirmée par le passage suivant du Mémoir© d'Am:broise Paré en réponse aux attaques de la Faculté à propos de la publication de ses œuvres, passage où il explique précisément l'endroit de ses OEuvres que l'on avait considéré comme une profession de protestantisme, et où MM. Ghéreau et Le Paulmier voient encore aujourd'hui la preuve qu'il appartenait au culte réformé' : u Par cette histoire que je fais de moy, dit-il (1) je l'ay escrite afm que si aucun avoit été empoisonné il peust se secourir par tels remèdes. Au reste méchamment mes ennemis ont voulu tirer ce mot de Religion en conséquence pour me mettre en haine envers tous les gens de bien : car il a esté cité par moy pour ne me glorifier avoir suivi telle opinion mais seulement de peur que le lecteur ne pen-

(1) Art. Paré (Ambroise), dans Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales de, Dechambre, t. XXIII, p. 1-29.

(2) Ambroise Paré d'après de nouveaux docuinoits, p. 91.

(3) Art. Paré Ambroise dans la Grande Encijclopédie, t. XXV, p. 10/12.

(4) Mémoire en réponse aux attaques de la Faculté à propos de la publication, de ses œuvres, n° 24, dans le D' Le Paulmier, Ambroise Paré d'après de nouveaux documents, p. 243.

sàt que j'eusse coanmis quelijue haut crime qui touohail ou la vie au les biens de quelqu'un puisqu'on auroàt attenté sur ma vie. Kt moins Tayje cité en intention de monstrer que ceux qui suivent la sainte Eglise Catholique et Romaine abusent des moyens illicites pour se deiïaire de leurs ennemis. Car je déclare préseinte-ment et est tout cerlain que l'empoisonnement n'estoit ni d'une ni d'autre religion, mais seulement libertain et sans aucune crainte de Dieu. »

On le voit. Paré ici désavoue toute induction qu'on prétendrait tirer de ses écrits pour les ranger dans une confession religieuse. Ainsi que Ta dit M. Desclosière (1). il semble avoir voulu éviter de se mêler aux querelles du temps. Comme Lhospital conviant. non sans quelque indifférentisme, catholiques et protestants à clore leurs querelles et disant ; « Osions ces noms diabolicques, noms de partys, actions et séditions, luthériens, huguenots, papistes, ne changeons le nom dO' chrétiens »; comme Cujas répondant aux indiscrètes interrogations de ses élèves, demandant son avis sur les conflits religieux du temps : « Cela n'a rien à voir avec l'édit du préteur » Mhil hoc ad cdictimi prêtons, Ambroise Paré semble avoir voulu observer dans les controverses théo>logiques de son époijue une neutralité qui n'allait pas peutêtre sans quelque scepticisme et qui expli(iue aussi bien qu'une adhésion foirmelle à la Réforme les haines qu'il s'attira de la part de catholiiiues passionnés.

Les bas-relK^fs funéraires comme ceux des Bonmont et des Bourgeois, ne sont pas les seules images où viennent se grouper les faniillos nombreuses. Des tableaux suspendus en ac-

(1) Rapport à la Socif'té des études lilstorlqurs sur letuilf sur A)nt)roise Paré par le D' Le Paulmler, p. 6.

tio'iis de grâce dans les églises réunissent aussi les parents et les multiples enfants. Telle est la toile offert© à Notre-Dame de Paris et représentant la famille de Jean Juvénal des Ursins, chancelier du roi Charles VI. » Dans la chapelle de Saint-Remy dite des Ursins, la troisième à gauche derrière le chœur, dit l'abbé Valentin Dufour (1), se trouvait un tableau votif actuellement au musée de Versailles, où il était représenté avec Michelle de Vilry sa femme et onze de leurs seize enfants, neuf garçons et deux filles. »

Les images votives tels que celui de Juvénal des Ursins se rencontrent partout aux approches de la Renaissance. Une peinture de ce genre, un triptyque de Memmling de 1484 a figuré en 1902 à l'Exposition des primitifs flamands et de l'art ;inci('n au palais du gouvei'neur à Bruges. « Tels so^nt, dit la comitesse Roger de Gourson (2), tels sont les profonds sentiments de vérité et de charme qui s'en dégagent, qu'il nous semble, après l'avoir étudié, connaître à fond Guillaume Mo'i)eel et Barbara de Ylaenderbeck et leur nomibiteuse progéniture. Derrière le premier sont les cinq fils, les aînés graves comme leur père, les derniers, petites têtes curieuses et mutines, dont l'une a la bouche rieuse un peu relevée aux coins que Memmling donne de temips en temps à ses petits anges. A Tarrière-plan est un château féodal, demeure soJide et somptueuse, faite ijour résister aux assauts et assez vaste pour abriter une famille de seize enfants, car en face de Guillaume sont agenouillées 9a fenmie et ses onze filles. »

Les images de famille que nous offrent les Boumont, les Séguier et les Paré ne doivent cependant pas nous faire croire

(1) Les charniers des églises de Paris, salnt-Séverin, p. 26. (2) A Bruges, Gaulois du dimanche, 16, 17 août 1902.

qu'au mili(;u des troubles du xvi* siècles la. paroisse de Saint- Séverin fui une sorte d'oasis pacifique, calme asile de toutes les V(M'tus i)alriarcales. Non seulement^ comme le rappelle M. l'abbé de Madauno (l) l'église fut en 1568 le théâtre d'un vol sacrilège — une ni;i|llKuireuse naiinnéc Baibci Hazory s'empara de l'ampoule d'argent contenant les Saintes huiles et d'un cMl)oire en vermeil — mais la paroisse si elle ne fut pas le berceau de la Ligue, eu demeura longtemps un des foyers les plus actifs.

On sait comment, à la suite de la paix de Monsieur (14 mars 1576), négociée par le duc d'Alençon entre le roi et les proteslants, nombre de catholiques et de mécontents, opposés aux concessions du monarcjue et l'accusant de tiédeur, formèrent un peu partoul des unions de résistance à la politique royale. Mais peu à peu leur inlluence déclina. La mort de Monsieur (1583) amena une recrudescence des passions. L'on songea à former un nou^■eau groupement, une sorte de ligue dans la ligue. Bientôt s'établissait « un comité des archigueurs qu'O'U nommait, dit Lestoilei, (•2)(( 1& Lerceaui de îai Ligue ». Il se réunissait au collège de Forttu'et. A Paris, le premier instigateur de cette association fut un bourgeois, La Roche-Blond; le premier ecclésiasticiue. auciucl il s'ouvrit de ses projets, fut le curé de Saint-Séverin, Jean Prévost. Jean Prévosts Jean Boucher, curé de SaintrBenoît, el Mathieu de Lajinoi, chanoine de Soissons furent sinon les « premie^^s piliers de la Ligue de Paris », comme les nomme l'auteur anonyme de VAbi'égé dos Etats de la Ligue, une des pièces de la Satire Menippée, du moins les premiers architectes de cette nouvelle Ligue.

(1) Ouille du v^'liifln au xanctuiiin' de Notre-Dame de SainteEsp^ranee,

(2) lleijistre journal de Henri III, éd. Mlchuud, p. 215.

mières réunions du comité des archiligueurs. C'était un homme instruit et disert. « Thynot, dit M. Cliarles Labitte (1), voit dans Prévost une des lumières de la théologie de son temps. Davila loue aussi sa science et son éloquence uomo di rara doctrina e di copiosa eloquenlia. » C'était au fond un honmie modéré. « L'historien de Thou, dit M. Labitte (2), l'histOTicn de Thou qui l'appelle un homme docte le jugeait bien en disant qu'il était entré dans la Liguei surtout par imprudence, imprudentia potins quam turharum desiderio. »

C'est aux environs de Saint-Séverin que le 2 septembre 1587 eut lieu entre les partisans de la Ligue et les représentants (le Tautorité royale une escarmouche par laquelle on préludait à la journée des Barricades, qui devait, huit mois plus tard (12 mai 1588), chasser le roi de Paris.

Nous avons plusieurs récits de cette émeiute. Lestoile, dans son Journal (3), Nicolas Poulain, lieutenant de la prévôté, dans son procès-verbal des années troublées qu'il a traversées (4) l'auteur anonyme de Vyibrégé des Etats de la Ligue (5), enfin de Thou (6) dans VHistoire de son temps en ont laissé des récits détaillés.

Les ligueurs favorisés par l'inertie de la Cour, foirmôrent vers la fin d'août le dessein de se saisir du roi. Les prédicateurs qui. pour la plupart, « confessoient, dit Lestoile, qu'ils ne preschoiont que sur des billets de Madame de Montpensier » redoublèrent de violence. Il y eut un sermon séditieux à

(1) De la démocratie chez les vrédlcateurs de la Ligue, 2e éd., p. 137.

(2) De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue, p. 137.

(3) Registre journal de Henri III,

(-1) Procès-verbal de Nicolas Poulain, lieutenant de la prévôté, à la suite du Hegistre journal de Henri III, éd. Panthéon Lillerc.ire.

(5) Dans Satyre Menippée, a la suite de Macquéreau. p. 556.

(6) Hlstorise sut temporls, LXXXVII, X. éd. Buckley, t. IV, p. -iôt.

Jean Prévost avait été le pieinier professeair de pliilosophie de Boucher. L'élève prit sur le maître une grande influence, et Jean Prévost assista dans la chambre de son élève aux pre- Saint-Séverin : l'oialeur s'empo'rta jusqu'à appeler le roi <( tyran et fauteur d'Iiérétiques ». Les conjurés espéraient que le ro'i ferait saisir le prédicateur et qu'on aurait là une occasion de soulèvement. Le roi irrité proféra vn effet des menaces contre l'audacieu.x s(;rmonnaire. Donna,-i-il aussi com'mandement à Rapin. lieutenant du roi de robe courte, d'arrêter le prédicatem- et le curé de Saint-Séverin ? Devait-on se saisir d'eux la nui t. et les noyer dans la Seine? Les ligueurs du moins en firent courir le bruit. Aussitôt il y eut grand émoi dans le (|uartier. Quelques hommes armés parcoururent la rue Saintr- Jacques en criant : « Aux armes.mes amis; qui est bon catholique, à cette heure, qu'il le montre. Les huguenots veulent tuei' les pré'licateurs et les catholiques. » La foule se rassembla aulour du logis de Nicolas Hatte notaire. C'est Hatte, « enseigne de son quartier, dit Lestoile, homme turbulent, impudent et ligueur enragé » qui aurait été l'auteur de ce soulèvement. Averti de ce tumulte, le roi balançait, Villequier, le lieutenant de police — étaitrce imprévoyance ou trahison, se demande de Thou — s'efîoirçait de tranquilliser le prince, raillant l'exégération de l'avis, l'inamité des bruits, assurant le monarque de la fidélité des Parisiens, désireux de garder le loi et rassurés par ses démonstrations religieuses. De Cheverny, le chancelier, insistait au contraire pour qu'on ne négligeât pas de pareils renseignements; Villequier, alors se tournant vers le roi. déclara que cela ne l'empèchei-ait pas de boire ses quatre bouteilles, c'était sa ration ordinaire, et s'en fut souper. Cependant les nouvelles arrivaient sans cesse,

annonçanl que l'agitation allait croissant. Le roi, d'un naturel indécis prit le parti d'envoyer un de ses valets de chambre au logis de Halte. Mais les insurgés enhardis par cette longanimité qu'ils prenaient pour de la crainte, retinrent le valet de chambre prisonnier. Le roi envoya alors Lugoli, lieutenant du prévôt de l'hôtel, avec des cavaliers, les commissaires Chambon et Bertereau avee des sergents, puis Jean Seguier, lieutenant civil. Mais les ligueurs Crucé, Bussy Le Clerc, Senault et Ghoussier occupaient en force les avenues des po'uts et dilïérents endroits de la ville. Lugoli et Seguier voulurent tenter de s'ouvrir un passage jusqu'à la maison de Hatte. Mais à ce moment on entendît les cloches de Saint-Benoît. C'était le tocsin, le tocsin « qui est dans les villes,

dit de Thou, comme la trompette de la sédition ». Aussitôt une foule en armes entoura la maison de Hatte : des clameurs confuses s'élevèrent : <( On en veut aux catholiques ! D'Epernon favorise le Navarrais et les hérétiques. Les Parisiens ne le souffriront pas, car ils font passer le royaume et la religion avant les caprices du roi. » Le tumulte croissait de plus en plus. Le lieutenant civil envoya chercher du renfort : mais s'apercevant, dit Nicolas Poulain, « que la plupart de ceux qu'on avait envoyé quérir étaient gagnés du côté des mutins », il se rendit au Louvre pour conférer avec le chancelier.

Au Louvre, les avis étaient partagés. D'Epernon, le chancelier de Chiverny insistaient pour des mesures énergiques : ils voulaient qu'on se saisît de Le Clerc et de ses complices, et qu'on les pendît sans délai « ce qui eût été, dit Lestoile, un grand coup d'Etat ». Mais Villequier, le lieutenant d^ police et les courtisans qui craignaient déjà que la multitude ne vînt assiéger le Louvre conseillèrent d'agir en douceur.

— tli) —

Cet avis rcnipuita. On rappela les gardes qui i)urenl se rel' rer à la fa\riii' de la nuit. Le lendemain, l'émolion se répandit dans tout Paris, il y cul des rassenablemenls dans les carrefours, liuiuiets, néanmoins, avertis par Villequier et des membres du (lonsiMl, à ce que dit Poulain, de ce qu'on avait pro- Dosé contre eux , Bussy Le Clerc et ses complices quittèrent Paris pour quelque temps.

On sait connnent la tentative avortée en septembre fut renouvelée au mois de mai suivant et comment, à la suite de la journée des Barricades, la Ligue devint maîtresse d© Paris. On réorganisa alors les pouvoirs de l'Union.

« Outre ce Conseil des Seize qui futrai'clnteotcdelaïjigue,on fut d'advis d'en dresser un plus grand (1). » Le iG février 1589, sur la proposition de Mayenne (2), on constitua un Conseil général, composé de quarante personnes représentant les trois Etats. Ces personnes furent désignées par Fassemblée de ville, appro'uvées par les conseils de quartiers et définitivem'cnt nommées par un bureau « assemblé près les seigneurs princes ». L'une des premières personnes appelées à faire partie pour l'Eglise de ce Conseil des Quarante, fut le curé de Saint-Séverin, Jean Prévost. Il y entra avec ses confrères des paroisses voisines, Boucher, curé de. Saint-Benoît; Aubrai, curé de Saint-André; Pelletier, curé de Saint-Jacques et Pigenat, curé de Saint-Nicolas.

Ce conseil n'eut qu'une durée éphémère et dès la lui de l'année, Mayenne réussit à l'éliminer par la formation d'un conseil privé auquel il déféra toutes les affaires (3).

D'ailleurs si au début, Jean Prévost s'était trouvé mêlé aux

(1) Abrégé des Estais de la Ligue, clans Salire Menippée, p. 560. {2J Henri MarUn, Histoire de France, t. X. p. i33. (3) id. id. t. X, p. 195.

violents, il ne tarda r)as à s'en séparer. Avec un petit nombre de ses confrères, Morenne, curé de Saint-Merri; Chavagnac, curé de Saint-Sulpico, et Benoist, curé de Saint-Eustache, il représenta les idées de modéralion. Aussi reçut-il le surnom de politique, comme Chavagnac celui de ministre et Benoist celui de pape des Halles (1). Il cessa d'accepteir les instructions de la duchesse de Montpensier, et tandis que les prédicateurs, qui étaient, suivant le mot de Pasquier (2), des « allumettes des troubles » « se cassoient, comme dit Lestoile (3), se cassoient ventre et poumon pour imprimer leur catholicon au cerveau du peuple », il se refusa avec Morenne, Chavagnac et Benoist à prêcher « sur billets » (4).

Aussi courut-il des dangers: le 8 avril 1590, après la bataille d'Ivrj\ il y eut un grand tumulte au palais. Jean PrévO'St se trouva pris au milieu de la foule : heureusement il « fut tiré de la presse, dit Lestoile (5), par Senault, l'un des Seize et recomduit par lui en seureté jusques en sa maison après l'avoir exhorté à reprendre le parti de la Ligue qu'il avait laissé ».

Il ne s'en prononça pas moins énergiquement contre les exaltés après la levée du siège de Paris. « Le mercredi 27 du présent mois de mars (1591) dit Lestoile (6), le curé de Saint- Séverin fit un sermon en sa paroisse qui offensa fort les Seize et les mutins qu'on appeloit les Zélés : car il les apela (sic) par plusieurs fois larrons et voleurs et tellement chatouilla les aureilles de quelques prestres et autres qui y estoient qu'ils le contraignirent de sortir de sa chaire demie heure

(1) Lestoile, Registre journal de Henri IV, p. 17.

(2) Cité Labitte, De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue, p. 126.

(3) Registre journal de Henri IV, p. 17.

(4) Lestoile, Registre journal de Henri IV, p. 17.

(5) Registre journal de Henri IV, p. 17.

(6) Registre journal de Henri IV, p. 46

avant l'heure jKir le bruit et tintamarre des cloches qui se mirent à sonner jiour cest effcct. Et au sortir de son sermon un advocat du grand Conseil de sa paroisse dit tout haut que leur curé estoit malade et quMl lui faloit prendre l'air : voulant (lire qu"il le faloit chasser; et un paussier proche de ladite église dit qu'il le faloit traîner à la voirie ou le mener à la rivière. »

Ces menaces ne l'intimidèrent pas. Cependant les passions s'exaltaient autour de lui. La prise de Chartres « le grenier de Paris » (19 avril 1591) et l'investissement de Rouen (novembre 1591) surexcitèrent encore les esprits. Profitant de l'absence du duc de Mayenne, les Seize instituèrent le 6 novembre 1591 un conseil secret de dix membres (1). Jean Prévost n'en faisait pas partie : mais ses relations avec les ligueurs le mettaient à même de savoir ce qui s'y tramait. Le 14 novembre le Conseil secret tint deux séances, l'une le matin chez Launay, Tautre le soir chez Pelletier. On y ourdit la perte de Brisson. Averti, Jean Prévost courut « sur le soir, bien tard » chez « son bon ami » Brisson, lui disant « qu'il n'avait pu dormir sans lui donner avis de se sauver, sans lui conseiller même de résister par la force (2) ». « Je congnois les Seize, dit Brisson. — Je les pense bien congnoistre quelque peu. réiM'ndit M. de Saint-Sevrin; ce sont meschanles bestes quand on ne leui- monstre pas les dents. » Brisson promit ([ue dès le lendemain le Parlement s'assemblerait pour donner remède à la situation (3) « Mais, dit M. Labilte (1), il n'était plus temps pour Brisson : les conseils de Prévost arrivaient trop tard. » Brisson, arrêté le lendemain 15 luivembre

(1) Lestoile, Kci/istre journal dr Henri IV, p. 64.

(2) l.uhltte, De la déiiiurratie clirz les iiréiticatetirs de la Ligue, p. 216. ;3; Le.sloilf, Iteulstrc journal de Henri IV, p. tàô.

(4) De la déiHocratie chez les prédicateurs de la Liaue. p 216.

sur le pont Saint-Michel au moment où il se rendait au palais, fut traduit devant un tribunal improvisé formé de membres de la faction des Seize et pendu sur-le-champ.

Jean Piévost ne devait pas survivre longtemps au magistrat qu'il avait essayé de sauver. Il mourut au moiSi de juin 1592. Comme si les agitations de sa vie devaient se continuer sur son cercueil, il y eut à ses funérailles des disputes de préséance. « Le 23 dudit mois de juin (1592), dit Lestoile (1), maistre Jean Prévost, curé de Saint-Sevrin (sic) à Paris fust enterré. A son service assistèrent messieurs de la Cour du Parlement avec messieurs de la Faculté de théologie du corps desquels il estoit : et lesquels n© furent point à l'offrande pour ce que messieurs de la Cour les vouloient précéder. Ce qu'ils disoient qu'il ne leur appartenoit pas et qu'ils dévoient marcher les premiers. »

La. mort du curé de Saint^Séverin fut une perte pour le parti modéré (2). Peut-être son caractère conciliant eût-il adouci les dernières convulsions de la Ligue expirante et tempéré les violences de langage par lesquelles les curés des paroisses voisines, de Saint-André-des-Arts, de Saint-Pierre-aux-Bœufs et le prédicateur de Saint-Jacques-larBoucherie accueillirent l'abjuration et l'absolution de Henri IV à SaintrDenis (25 juillet 1593) (3).

Tel fut le rôle de la paroisse et de son pasteur dans cette crise qui termina l'âge troublé du xvi® siècle. Avec l'entrée de Henri IV dans Paris, 21 mars 1594, s'ouvre une ère nouvelle : l'église est achevée, et la paroisse est rassérénée. Il nous reste à voir les modifications que les variations du goût artistique

(1) Registre journal de Henri IV, p. 88.

(2) Labitte, De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue, -, v05, n. 2.

(3) L'abbé Feret, Henri IV et VEglise catholique, p. 102.

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devaient ,nniger ù r,.„e, el, au.., les événements auxquels à de. époque, plus récenle. l'aulrc devait .c trouver mêlée.

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