SAINT-SÉVERIN DEPUIS LE CONCORDAT
Le Concordat ouvre la dernière époque de l'hisloire de Sainl-Séverin.
A la suite de cet édit de Nantes qui mettait un termie aux luttes religieuses de la Révolntion française, réglise Saint- Séverin fut rendue au culte.
La convention du 25 messidor an IX (l'i juillet 1801) ratifiée par la loi du 18 germinal an X (8 avril 1802), réorganisait le cuHe catholique en adaptant ses divisions aux nécessités nouvelles d'une société transformée. Les circo'nscriptions ecclésiastiques se modelaient sur les nouvelles circonscriptions civiles.
Paris était le centre d'une province ecclésiastique qui avait pour évêchés suffragants les sièges de Versailles, de Meaux, d'Amiens, d'Arras, de Cambrai, de Soissons, d'Orléans et de Troyes.
Il y avait à Paris une paroisse et un curé par arroindissement, une succursale et un desservant pour chacun des quartiers autres que celui de la paroisse.
Ainsi le XP arrondissement qui comiprenait à peu près les V et VP arrondissements actuels avait pour paroisse Saintr Sulpice et pour succursales Saint-Germain des-Prés, SaintrSé.verin et Saint-Benûit.
I/égiise Saint-Benoît (( entièrement détruite lors du percement de la rue des Ecoles, dit M. Albert Lenoir (1), était située rue Saint-Jacques ». Son territoire — à peu près celui qu'aurait l'église de la Sorbonne si elle était une paroisse — avait été distrait de Saint-Etienne-du-Mont et fit à sa disparition retour à cette paroisse.
Quant à Sainl-Séverin « ses limites sont déterminées en partant de l'angle formé par la rue du Fouarre et celle de Saint-Jacques en suivant cette rue et celle de la Huchette à gauche traversant la place du pont Saint-Michel dont il prend la gauche ainsi que le quai jusqu'à la rue Pavée; prenant la gauche de cette rue et celles de FEperon. du Battoir, Serpente, de la Harpe et du Fouarre, jusqu'au point de départ (2) ».
Avec le Concordat commence l'histoire contemporaine de l'église.
Cette histoire embrasse, aujourd'hui, un siècle.
Le dernier curé de Saint-Séverin. M. Tabbé Castelnau, a eu rheureuse pensée de faire placer à l'entrée de l'église une plaque qui relaie les règnes des curés successifs depuis le Concordat . Voici la reproduction de celte plaque:
MEMENTOTE
Presbyterorum Vestrorum
QUI VOBIS Locuti sunt verbum Dei
(Hœb. XIII. :> Paul BAILLET 1802 — 182'i
<l) stallstiiiuc monumentale de Parts, p. 117 (2) Almanacfi national, pour ran XII, p. 6si.
Pierre SIRET 1824 — 183'!
Jean-Baplistc DEMEBSON 183'i~1837
Jean AUZOURE 1837 — 1840
Juste HANICLE 1840— 1869
Jean MOLEON 1869 — 1875
Benianiin CASTELNAV 1875 — 1900
Au moment du rétablissement du culte, l'ancien curé de Saint-Sévcrin existait encore.
L'abbé Philippe Gantuel de Blémur fut aussitôt le Concordat nommé chanoine honoTaire de Téglise de Paris (1), et bientôt curé de Saint-François-d'Assise, aujourd'hui Saint-Jean-Saint- François (2). On ne paraît pas avoir songé à le replacer à la tête de son ancienne paroisse.
Le décret de réorganisation rendu par Mgr de Belloy le 9 floréal an X (29 avril 1802) indique comme titulaire de la succursale de Saint-Séverin l'abbé Boisnantier (3) .L'abbé Boisnantier n'accepta-t-il pas? Fut-il appelé à d'autres fonctions? Nous ne savons. Ce qui' est certain c'est que le 15 mai 1802 l'abbé Félix- Joseph-Paul Baillet fut nommé curé de Saint-Séverin (4). Dutil ce poste aux agissements des jansénistes, comme l'assure
(1) Mmanach national pour l'an XI, p. 67-2.
(2) Almanach vattorial, \wur l'an XIII, p. 765.
(8) L'abbé Delarc, L'Eglise rie Paris vendant la Révolution française, t. III,
(4) L'abbé de Madaune, Guide du pèlerin au sanctuaire de Notre-Dame-de Salnte'Espérance, p. 51.
M. Huysmans (1)? Fut-il désigné sur la proposition de Portalis qui voulait qu'au moins un prêtre constilulionnel fût à la tête d'une paroisse, comme l'indique M. Paul Valet (2)? L'un n'exclut pas l'autre et l'abbé Baillet qui était à la fois janséniste et constitutionnel pouvait satisfaire aussi bien les assermentés de la Révolution (juc les appelants de l'ancien régime. D'un côté l'abbé Baillet conservait comme une sorte de relique un fragment de la pierre tombale du diacre Paris (3) que M. Paul Valet possède aujourd'hui et il n'a jamais dissimulé son attachement à ce qu'il appelait u son système » (4) . D'autre part il avait été activement mêlé au schisme. Né à Nogentsur-Seine le 18 janvier 1759 il était venu à Paris avant la Révolution. Au moment de la Constitution civile il publia sous le même titre et dans le même sens que l'abbé Grégoire une brochure intitulée Légitimité du serment civique (in-S", 56 p.). Un écrivain, Jabineau, l'ayant réfuté le 25 janvier 1791 dans une brochure intitulée Légitimité du serment civique convaincue d'erreur (in-S". 53 p.), il défendit le 25 mars 1791 sa première œuvre dans une nouvelle brochure intitulée Légitimité du serment civique justifiée d'erreur (in-8°, 53 p.). Il devint en 1797 secrétaire du presbytère de l'église métropolitaine de Paris, et fut l'année suivante sur le point d'être élu évèque constitutionnel du Loiret (5).
Enfin en 1800, quand l'abbé Legrand de Beaulieu, curé de SaintrSéverin (|ui administrait l'église de Saint-Etienne-du- Mont, eut été élu évêque de la Seine-Inférieure, il fut appelé à
(1) La Bièvrc et Saint-Séverin, p. 202.
(2) Le Diacre Paris et les convulsloiinaires de Suiiit-.^îedard, Bulletin du comité: La Montaune Sainte-Geneviève, t. Il, 1897-1S98, p. 418.
(3) Paul Valet, Le Diacre Paris et les convuisioiinalres de Saint-Médard. Bulletin du conlté: La Monlayne Sainte-Geneviève, t. Il, 1S97-1898, p. 405. n l
(4) L abbé de Madaune, Guide du pèlerin à Notre-Dame de Sainte-Espérance, p. i»:i.
(5) Paul Valet, Le Diacre Paris et les convulslonnaires de Saint-Médard, Bul letln du eomUé: La Montagne Salntc-Genevléve, t. 11, 1897-1898. p. 418.
le remplacer. Lors du Concordat il signa la formule arrêtée entre le pape et le gouvernement français par laquelle il déclarait renoncer librement à la Constitution civile du clergé, adhérer au Concordat de 1801 et reconnaître M. de Belloy pour son archevêque (1). C'est alors qu'il fut nommé curé de Saint-Séverin.
L'église fut rouverte le dimanche 23 mai 1802 (2), huit joui s api'ès celui où Tabbé de Pierre avait pris possession de Saint- Sulpice (3).
Si l'église était dépouillée de tout ce qui lui constituait connue une parure sacrée, elle ne tarda pas à acquérir de nouveaux joyaux de sainteté. Le principal fut un fragment de la sainte tunique d'Argenteuil. La sainte tunique avait été découpée pendant la Révolution pour être plus facilement sauvée. Un fragment en fut donné à Saint-Séverin après le rétablissement du culte. Il est, ainsi que nous l'apprend M. fabbé Salmon (4) conservé dans un reliquaire doré fixé contre la muraille d'une chapelle voisine de la sacristie des mariages.
La fabrique recouvra aussi quelques biens de l'ancienne église dont les lois de 1792 et 1793 l'avaient dépouillée. C'est ainsi que la piéfectiirc d.' la Seine lui restitua une maison située lue des Prètres-Saint-Séverin et ([ui avait été acquise le 23 septembre 1512. Cette maison frappée d'expropriation, a été vendue par la fabrique le 13 novembre 1863.
Malheureusement, si le Concordat avait ramené au point de vue général la paix nhgieuse en France, cette paix devait se
(1) Relation de deux conférences qui ont eu lieu entre M. Desjardins et M. Baillet les 4 et 26 octobre 1820 dans Examen de la conduite schisniatiQVt»
(2) [/abbé de Madaune, Guide du pèltrin au sanctuaire de Notrc-Danu ■ie M. l'.'irchi vêi/ur de Paris, p. 86.
de Sainte-Espérance, p. ôl
(3) Charles Hamel. Histoire de Salnt-Sulpice, p. 295
(4) Les pèlerinages de Paris, t. I, p. 224
trouver troublée à Saint-Séverin.
(( Disciple zélé de Port-Royal, l'abbé Baillet fit de sa paroisse le quartier général des appelants (1) ». M. Huysmans (2) et Tabbé de Madaune (3) racontent que rarchevèque de Paris dut sévir contre ce janséniste impénitent et que « le 18 octobre 1820 il le déposséda canoniquement de sa cure ». Ces indications, on le voit, ne concordent pas avec les mentions oflicielles de la plaque, d'après laquelle l'abbé Baillet serait demeuré curé de Sainb-Séverin jusqu'en 1824. Cette discordance qui a été déjà signalée par M. Paul Valet (4) semble bien n'être que le résultat d'une erreur, peut-être d'une méprise du graveur. D'ailleurs, VAlmanach royal pour 1820 est le dernier qui indique l'abbé Baillet comme curé de Saint- Séverin (5). UAlmanacJi roijal pour 1821 désigne l'abbé Sirel comme titulaire de la paroisse (6).
En fait, le 2 octobre 1820. l'archevêque de Paris adressa à l abbé Baillet une lettio qui lui annonçait sa déposition : « .Tai l'honneur, lui disait-il, de vous prévenir que j'ai nommé pour vous remplacer un autre ecclésiastique et je charge M. le grand vicaire de Sainte-Geneviève de vous notifier cette décision en vertu de laquelle vous aurez à lui rendre les comptes de droit dans ces sortes de mutation et à cesser au reçu de la présente toute espèce de fonctions curiales dans la paroisse de Saint-Séverin (7). » La notification eut lieu le 26 octobre. C'est ce qui résulte du récit que M. Baillet en a laissé
(1) Huysmann, La Bièvre et Saint-Séverin. p. 199.
(2) La Bièvre ei Salnt-Séverln, p. 199.
(3) Guide du pèlerin au sanctuaire de Notre-Dame de Sainte-Èspérance. p. 62.
(4) te Diacre Paris et les co7ivulstonnalres de Salnt-MMnrd. Bulletin du comité: La Montagne Sainte Geneviève, t. II, 1897-189S, p ^iis.
(^) Almanach ror/al pour 1820, p. 146 (6) Almanach royal pour 1821, p. 216.
/7) Lettre de l'Archevêque de Paris du 2 octobre 1.^20, dans Examen de la conduite scMsmatique de M. l'Archevêque de Paris, p. 94.
entièrement écrit de sa main. Ce récit dont iM. Paul Valet (1)
reproduit plusieurs passag"es d'après l'autograplie a été imprimé en 1832 dans un ouvrage publié à roccasioai de la mort de Tabbé Baillet VEjamcn de la conduite schisinatique de M. VArclievéque de Paris. La narration de Tabbé Baillet est intitulée : Relalion de deux conférences qui ont eu. lieu entre M. Desjardins, vicaire général, archidiacre de Sainte-Geneviève et M. Baillet, curé de Saint-Séverin les 4 et 26 octobre 1820. Le récit qui a la forme même de la conversation, qui reproduit le dialogue entre le vicaire général et l'abbé Baillet renferme ce passage qui indique quels étaient et l'état religieux de la paroisse et l'état d'àme du curé:
« D. — ^'ous savez qu'aucun curé de Paiis ne vous voit?
R. — Je le sais, Monsieur.
D. — ■ Vous êtes tout seul.
R. — ■■ Non, Monsieur, je ne suis pas seul.
Très étonné de cette réponse, il me demanda avec vivacité :
D. — Qui avez-vous donc pour vous ?
R. — Toute la tradition (2). »
Cependant l'abbé Baillet se trouvait dans une situation précaire. Le 13 décembre 1820, l'archevêque de Paris autorisa par une décision spéciale une réunion du conseil de fabrique. Cette réunion eut lieu le 15 décembre. Tous les membres s'unissent pour solliciter u du gouvernement un acte de sa part qui, en mettant M. Baillet dans un état à pouvoir subsister, satisfasse en môme temps le vœu de la paroisse entière (3) ».
(1) Le Diacre Paris et les convulsionnaires de Saiiit-Médard, Bulletin du comité: La Montagne Sainte-Geneviève, t. II, 1897--1898, p. 418.
(2) Relation de deux conférences qui ont eu lieu entre M. Desjardins et M. Baillet les 4 et 26 octobre 1S20 dans Examen de la conduite schismatique de M. l'Archevêque de Paris, p. 87.
(3) Extrait du registre des délibérations du Conseil de fabrique de la paroisse de Saint-Séverin. Séance extraordinaire du 15 décembre 1820, dans Examen de la conduite schismatique de M- l'archevêque de Paris, p. 94.
L'abbé Haill.'l niouiiil le *.) novembro 1831, \u\gl vi un jouis iipi'c'S s( Il ami M. de Hi'rlliiei-, aiicicn ('■vcmiuc cunslitulioiiiu'l (Je Rodez, (Iceédc' le JU ()cl()l)re. M. de IJi'iiliier (M;iiil iiioct sans rélraelalioii ne l'eçut ])as les saeii'iiiciils cl ne (k>vail pas être enh né à l'é^iise. Mais Saint-Luuis-cii-rile, sa pai'oissc, fut envahie et ses (ibséqucs y l'uicnl célébrées malgré la défense dr rarchcvè(|ue pai' l'abbé Giicl. le même ijui avait otllcié p.ciur le eélèbre Giégoire. L'abbé Baillel au ctmtraii'c fut adniinisti'é et eiilciié par le cuié de t^ainl-Ucr\ais. Ces incidents sui'venani ix'u a])rcs renlerrementde réNèipie constitutionnel de Blois donnèrent lieu à une vive polémique (1).
Les « règnes » des successeurs de Fabbé Baillet ne nous présenteront pas beureusemenl d'aussi regrettables conflits.
L'œuvre de Tabbé Siret qui le remplaça en 1820 consista surtout dans la reconstitution intérieure de l'église. En 1822, on édifia le maîlre-aulel (lui, remplacé en 189i, a été transporté dans la chapelle deSaint-Charles-liorromée. En 1823, on érigea la chaire remplacée en 1892. Enlin la même année, l'abbé Siret lit rtstaui-er la chapelle elliptique qui avait été la chapelle du Saint-Sacrement avant la Révolution et la dédia à la Vierge. Le 15 décembre 1823, Mgr de Quélen vint présider à l'érection
(1) Ami de la neliaioii, 3 décembre 1831, reproduit Deuxième lettre à Mur l archevêque de Paris relative aux obsèques de MM. de Berthier et Baillet, p. 14.
liéflexions sur la cireuUnrc de M(jr V ■ireluré(iiie de Paris adressée aux curés de son dioeèse relativement aux obsèques de M. de Bertliier, décédé ancien évèque de ISodez Paris, .Jérôme, libraire, rue Saint-Séverin, w^ 4, novembre 1831, in-8°, 16 p. Bib. Nat. lAi 469J.
Deuxième lettre à Mur l'Arclievequj de Paris relative aux obsèques de MM. de Berthier et Baillet. Paris, Jérôme, décembre 1831, ln-8°, 16 p., Bib. Nat. Ld'i 4694.
Le cleroé de S'uiioléoîi oi)iiosé au clerué de Ctiarles X et de Louis-Philippe ou défense complète de MM. Grégoire de Berthier et Baillet d l'auteur des deux brocliures sur le relus de séiiuilure par un iirètre ami de la vérité, ennemi du fanatisme ei de la mauvaise fui. l'aris, IH^aunay libraire, PalaisUoyal, et Jérôme, janvier 1S3'2, ln-8", 16 p. Bib. Nat. 1a14 4697.
Examen de la conduite scliismatiiiue de M l archevêque de Paris envers M. de Bertliier, ancien évèque de Bodez. Testament spirituel de ce dernier, suivi de quelques détails sur la mort de M. Baillet, ancien curé de Saint-Séverin, Paris, Jérôme et Vldecoq, 1832, in-8", 96 p., Bib. Nat., L(14 4698.
et à la bénédiction de la slatiic, remplacée plus tard par la Vierge de Bridau.
Les successeurs immédiats de l'abbé Siret n'ont pas laissé de traces profondes dans les annales de l'église. L'abbé Demerson et l'abbé Auzoure ne firent du reste, que passer dans la paroisse. L'un et l'autre ne restèrent que trois ans à Saint-Séverin. Ce fut au moment où l'abbé Auzoure succédait à l'abbé Demerson, en 1839 que l'incrustation du portail de Saint-Pierre-aux-Bœufs dans la baie occidentale de l'église vint donner à rédifiee sa véritable entrée. Le travail fut exécuté par un sculpteur ornemaniste, Piganel, et coûta cinq mille francs (1). C'est i'abbé Auzoure qui fonda la confrérie de Notre-Dame-de-Sainte-Espérance.
Beaucoup plus long et plus important fut le « règne » de M. l'abbé Hanicle qui demeura curé de Saint-Séverin près de trente ans, depuis 18i0 jusqu'à sa mort au mois de février 18G9.
Au point de vue paroissial, il réussit à substituer aux deux ordres jansénistes les frères de Saint-Antoine et les sœurs de Sainte-Marthe, qui occupaient les écoles de la paroisse, les frères des écoles chrétiennes et les sœurs de Sainte-Marie bientôt remplacées par les sœurs de Saint-Vincent-de^-Paul (2).
En même temi)s il donnait un nouvel élan à la dévotion à la Vierge. En 18i9, la confrérie de Notre-Dame-de-Sainte-Espé^ ranee était érigée en archiconfrérie. De nombreux ex-voto venaient attester les grà.ces obtenues.
u Pas d'étude plus cuiieuse, a dit M. Henri Dabot (3), que celle des ex-voto qui tapissent les chapelles de la Vierge dans
il) Inventaire des riciicsscn darl de la France, Ville de l'ans. Moiuments rcUyieux, t. II, p. 89.
(2) Huysmaus, La Blèvre et Saint-Séverin, p. 202.
(3) Souvenirs et impressions d'un bourgeois du quartier latin, 24 mal 18&3.
la grande ville et, p;uliculièii'iH(iiL celle de SaintrSéverin où les générations viennent successivement se prosterner depuis le xiv' siècle. Le cœur humain y laisse échai)per ses secrels. » Et il cite cette mystérieuse insciiption gravée sur une plaque de marbre posée dans rancionne chapelle de la Vierge au printemps de 1868 :
Transivi per ignem
Et edujisti me in reingerium.
Tibi vota reddam.
(( J'ai passé par le feu et vous m'avez conduit dans le lieu de rafraîchissement. Je m'acquitterai de mon vœu envers vous. »
Sous l'administration de M. Hanicle, plusieurs objets d'art vinrent orner l'intérieur de Téglise. En octobre i8il fut érigée une statue de la Vierge en marbre blanc, don, dit M. Huysmans (1), d'un janséniste converti. C'est la statue que l'on voit aujourd'hui dans l'abside. Elle est l'œuvre du sculpteur Bridau.
« Elle est, dit l'abbé Salmon (2), elle est au point de vue artistique la plus belle Vierge qu'il y ait à Paris. » C'est la même stalue que M. Huysmans (3), qui n'en goûte pas plus que Victor Hugo l'auteur (i), qualifie « cette Vierge si grossièrement femme, sculptée par ce Bridau dont l'Assomption à la fois fade et charnue souille le maître-autel de Notre- Dame de Chartres ». Cette statue fut couronnée en 1858. Ce couronnement est rappelé dans cette inscription qu'on ht sur [inv placiuc de mai])re fixée au i)oiirtour méridional du chœur.
(1) La Dièvre et Saint-Sévcrlii, p. SO^.
(2) Les Pèlerlnayes de Paris, l- I, p. '^'ii.
(3) La Blèvre et Salnt-Séverin, p. -05.
Ci) Victor IIUKo Bretagne et Norniaixlic 1836 Cliartros dans France et «<'li/i<;i(f éd. ln-32, t. 1, p. 66.
— lio —
Quum in hac ecclesia
CuUus
ImmacuJatœ Virginis
Prinium IlorueriL
liane efligieni
Im macu la tœ Virg inis
Matris Sanctœ Spci
Corona aurea
Decoravit
SS. D. N. Plus Papa IX
die 19 aug. 1858
« Comme c'est dans cette église que le culte de la Vierge
immaculée fleurit pour la première fois, cette statue de la
Vierge immaculée, Mère de Sainte-Espérance, fut décorée
d'une couronne d'or par Notre Très Saint Seigneur le Pape
Pie IX le 19 août 1858. »
L'église reçut un tableau de Noire-Dame-Auxiliatrice, copie de Notre-Dame d'Ostrobrama de Wilna, apportée de Pologne par André Towianski. Placée d'abord le 8 décembre 18'il dans la chapelle de l'Immaculée-Gonception, cette peinture fut, comme l'indique la plaque de marbre^ fixée dans, la chapelle de l'Immaculée-Gonception, encastrée en 1866 dans la boiserie conliguë à l'entrée de la sacristie. Towianski,. né en Lithuanie le l^*" janvier 1799, avocat à Wilna, de 1818 à 1826, émigré à la suite de l'insurrecton de 1831, s'était, à ce que nous apprend M. Huysmans (1), inféodé à la secte de Vintras, et faisait « brûler une lampe ù Saint-Séverin pour la venue du Paraclet ». L'objet de cette dévotion s'étant ébruité, l'abbé Hanicle supprima le luminaire hétérodoxe. Towianski qui avait
(1) La Btèvre et SaiKt-Séverln, p. 20-i.
— iU\ —
trouvé en Mirkii'w icks « le jikis HdMc adcplo » (1) cl qui avait fini par se croire une réiucariialioii de Naïuiléon fut expul?c de France en 18'i2 et mourut à Zurich le 13 mai 1878 (2).
Enfin, le li janvi(U' 1859, François Dei-re lit doin à l'église dfun baptistère en pienv artislement fouillé. Vingt ans plus lard ce baplislère fut pla,cé dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, auprès de la porte conduisant au presbytère. C'est là qu'il se trouve encore aujourd'hui. 11 sert de bénitier.
Non seulement l'église, mais le clocher fut complété. Après la guerre de Grimée, Napoléon 111 donna à Saint-Séverin une cloche de Sébaslopol. En 18(32, Mgr Afringue donna une autre cloche à l'église.
C'est vers la même époque que Ton retrouva au pied du pilier de droite de la chapelle de rimmaculée-Conception l'ancien puits de SaintrSéverin. Ce puits profond de dix mètres et où, à ce que nous apprend M. Huysmans (3), les foules au Moiyen âge venaient chercher la guérison des écrouelles, aurait, d'après la tradition, été creusé par le saint lui-même. Le conseil de fabri(iue fit nettoyer le puits et prescrivit qu'on y puisât l'eau nécessaire pour Teau bénite du samedi saint et de la Pentecôte.
C'est aussi sous l'adniinistratidn de l'abbé Hanicle que fur(Uit faites presque toutes les dernières retouches à l'extérieur du monument.
JMi 18'i2 fut érigée la \'ierge, œuNie du sculpteur Gras, qui surmonte le pignon de la façade. En 18'iT, une statue de saint Séverin abbé, œuvre du sculpliîur Thomas vint remplacer dajis la niche voisine du porche la vieille statue usée par le
(1) Trawinski, arl. AUckiewicks clans la Crtuuir KncycloiH'dif. t. xxiii, p. 930.
(2) Bugell, art. TowiANSKi dans la Grande h'ncucloiiCitic. t. xxxi, p. >256.
(3) La Bièvrc et Saiiit-Séverin. p. 196.
temps et en 1853 on encastra dans le tympan du porche septentrional le bas-relief de Maillet représentant saint Martin.
Mais bientôt le quartier se transformait. La percée du boulevard Saint-Michel et du boulevard Saint-Germain venait ouvrir de larges fleuves d'air sur l'emplacement d'un lacis de ruelles. La paroisse en s''embellissant voyait sa population diminuer. On offrit à l'abbé Hanicle une rectification de frointière qui lui aurait donné l'Ecole de médecine et ses environs avec leur population de professeurs et d'élèves. Le saint prêtre s'effaroucha à la pensée di'avoir de telles ouailles sous sa houlelle. Peut-être se siouvint-il; d'un vieux dicton du Moyen âge : Duo medici, très athei. Deux médecins font trois athées. Aussi les limites de la paroisse telles qu'elles furent fixées par l'oTdonnance du 26 novembre 1857 laissèrent-elles en dehors de la circonscription de Saint-Séverin les locaux de ce qu'on appelait dans l'ancienne Université la Saiuberrima facuJtas.
La circonscription de Saint-Séverin, qui est encore la circonscription actuelle fut déterminée ainsi qu'il suit : rue des Ecoles, côté pair, — rue de l'Ecole-de-Médecine, côté pair, — rue Hautefeuille, côté impair, — ' rue Serpente, côté pair, — rue de l'Eperon, côté impair, — rue SaintrAndré-des-Arts, côté pair, — rue Dauphine, côté impair, — quai des Augustins, -— place du Pont-Saint-Michel, côté Ouest, — rue de la Huchette, côté impair, — rue de la Bucherie, côté impair, — rue de l'Hôtel-Colbert, côté i)air, — rue Galande, côté impair, — rue des Anglais, côté pair, — rue des Noyers, côté impair, — rue Saint-Jean-de-Beauvais, côté pair, jusqu'à la rue des Ecoles, point de départ.
Le dernier événement du lègne de M. Hanicle fut l'attentat
dont il failli! rlro viclimo. Ainsi que \o raconte M. He'nri Dabot (l), une vieille folle déguisée en lionime, qui se plaignait de ne pas recevoir des secours assez abondants, tira sur lui le 18 décembre 1864 deux coups de pislclet au moment où il saluait la statue de la Vierge. « Le. salut le sauva », et il ne fut que légèrement atteint. Oîi, voit au pourtour du chœur une plaque de marbre qui conserve la mémoire du danger couru par le pasteur de la paroisse.
Elle porte l'inscription suivante :
M. J. IlanicJc hujus ccclcsix parochus
liane Virginis Inimaculalœ imaginou
Salulando
cjusdcni palroclnio
A morte sibi parata incolumis Cactus est
die XVlll dec. MDCCCLXIV
Paroehiani grati Virgini Malrl
MonunientiDu posuere
Elle peut se traduire ainsi :
« M. J. Hanicle, curé de cette église en saluant cette image de la Vierge inmiaculée, fut par sa protection préservé de la mort qu'on lui destinait le 8 décembre 1864.
Les paroissiens reconnaissants envers la Vierge Mère firent placer ce souvenir. »
C'est sous le règne de M. Hanicle que furent exécutées les peintures murales des chapelles latérales. Saint-Séverin nous offre, on peut le tlire, un véritable nuisée de la peinture nmrale française au milieu du xix^ siècle.
Toutes ces peintures peuvent se ramener à trois groupes
(1) !>ouvefilrs et itni>rrssiuns d'un bounjeois du quartifr laUn. li) ilécombre 1864.
principaux : le groupe qui se rattache à Vincent et aux traditions de l'école française de l'ancien régime, le groupe de récole de J.-B. Regnault et le groupe de l'école de David en ses diverses branches.
Le peintre \'inccnt (1747-1814) qui fut le maître d'Horace Veinet eut entre autres élèves Heim et Picot.
Heim obtint le grand prix de peinture en 1807. « Parmi les contemporains d'Ingres, a dit Al. Roger Peyre (1), un seul, trop oublié, put dans l'école classique être mis quelquefois à côté de lui, Heim (1785-1865), l'auteur du Massacre des Juifs au Louvre, du Martyre de sainte Juliette et de saint Cyr à Saint-Gervais. » Heim eut, comme le rappelle M. Albert Soubies (2), la singulière fortune d'obtenir à soixante-dix ans une vogue qu'il n'avait jamais rencontrée. Son triomphe, en effet, fut l'exposition universelle des Beaux-Arts de 1855 où l'on adniira, VExposition de 1824, le Martyre de saint Hippolyte et seize portraits au crayon « jetés sur le papier avec une verve et une facilité surprenantes. »
Cet artiste auquel ses adversaires reprochaient la froideur de sa correction a décoré la chapelle Sainte-Anne; il y a peint trois composiliO'US : la Vision de sainte Anne, la Nativité de la Vierge, Sainte Anne montrant à lire à la Vierge.
Picot (1786-1868), premier grand prix de peinture en 1813, n'a pas exécuté de peinture» murale à Saint-Séverin, mais l'administiation lui avait conuiiandé un tableau destiné ti la chapelle de Saint-Pierre : la Mort de Saphire en présence de saint Pierre. Ce tableau ligura au Salon de 1819, demeura (]uel({ue temps à Saint-Séverin, fut placé ensuite dans le tran-
(1) Histoire générale des Beaux-Arts, éd. in iip. 743. (2) Les membres de l'Académie des Beaux-Arts, 2* série, p. 5t
— \no —
sept de Saint-Siilpice et se trouve aclucllemciit à Sainl-Thomas-d'Aquin (l).
C'est de l'atelier de Picot qu'est sorti Aug-uste Leloir (1809- 1892) l'auteur de la Parabole des dix vier(jes et de la Cène.
Auguste Leloir a décoré la chapelle Saiut-Louis; il y a peint l& Translation de la couronne d'épines et la Mort de saint Louis.
Un autre élève de Vincent, Pallièrc (1787-1820), grand prix de 1812, avait, comme Picot, reçu la cumm;inde d'un tableau Saint Pierre gnêrissant les boiteux à la porte du temple^ destiné à la chapelle Saint-Pierre. Son œuvre, comme celle de Picot, après être restée quelque temps à SaintrSéverin émigra dans le transept de Saint-Sulpico, et trouva enfin asile à Saint- Thomas-d'Aquin (2).
Le second groupe est celui de l'école de J.-B. Regnault.
Regnault (1754-1829) re-mporta.un an après David, en 1776,1e grand prix de peinture. Il eut comme élève, à côté de Guérin d'Hersent, de Blondel, Mural, qui obtint le grand prix de peinture en 1837. IMurat (1807-1801) qui est l'auteur de Agar dans le désert et de Jésus précluiut la eharilé, a peint pour la chapelle de Sainte-Madeleine quatre co'mpositions : le Repentir de la Madeleine, Jésus chez Marthe et Marie, lApparition de Jésus à la Madeleine, la Madeleine répandant un vase de parfums aux pieds de Jésus.
Mais le groupe de beaucoup le plus important à Saint-Séverin, comme dans la peinture française du xix" siècle, est ce (jucî nous pouvons appeler l'atelier de David. (Vest de Talelier de David que sortirent les teuqiéraments artistiques les plus
(1) Inventaire des richesses d aii de la France, Ville de Paris, EdiUces nUuieux. t II, p. 83.
(2) id. ibid
opposés. David eut, entre autres élèves, Gros (1771-1835), Ingres (1781-1867), Michel Drolling (1786-1851) et Schnetz (1787-18/0).
Un seul artiste de cette première génération, Schnetz, contribua à la décoration de Saint-Séverin. Schnetz qu'on a souvent appelé « le bon M. Schnetz » qui seul avec Hébert eut au XIX® siècle l'honneur d'èlr(> à deux reprises appelé à diriger l'Académie de France à Rome (1) el qui, comme le constatait Ml. Albert Soubies (2), semljle avoir, entre les écoles qui divisaient la peinture, représenté l'éclectisme, a laissé une œuvre importante mais où la lechui({ue l'emporte sur l'art. Schnelz a peint la Voctdion de saint André, la. PrihUcalion de saint André, Jésus et les bateliers, Saint André conduit au supplice, le Martyre de saint A)uh'é pour la chapelle Saintx\ndré.
Les autres élèves de David ne sont représentés à Saint-Séverin que par leurs élèves ou les élèves de leurs élèves.
Michel Drolling eut pour élèves Richomm© et Biennoury.
Richomme, né en 1818, a décoré la chapelle Saint-Vincentde-Paul. Il y a représenté Saint Vincent de Paul plaidant la cause des enfants trouvés. Saint Vincent de Paul consacrant à Maiie les concjrégalions quril a instituées, VHumilité, VEspérance, la Foi, la Charité.
Biennoury (1825-1893), grand prix de Rome en 1842, a peint dans la cliapcUe SaiiU-Pierre-Sainl-Paul hi Chute de saint Paul sur le chemin de Damas, Saint Paul irappé de cécité, Saint Pierre recevant les clefs, le Repentir de saint Pierre, Saint Pierre en prison convertissant son (jcôlier, le Triomphe des deux apôtres.
(I) Alhert Si)ul)ies, Les Dirccliurs de l'Académie de France d la Villa Médlcis, p. 70.
(2J Les Meinbre>i de l'Académie des Bcaux-Arls, 3' série, p. 17.
Toulc autre est l'iinporlance, à Sainl-Sûvcrin, des groupes des élèves d'Ingres et des élèves de Gros.
Ingres occupe, dans lu renaissance artistique qui a marqué le début de ce siècle, une place à pari; il a joué, dans la peinture, à côté de Delacroix, un rôle ([ui n'est pas sans analogie avec celui que Lamartine jouait, dans la littérature, à côté de Victor HugO'. « L'atelier de M. Ingres, a dit M. Henri Delaborde (1), représentait une sorte d'église schismatique au double point de vue des croyances classiques, comme on disait alors, et de la foi contraire que le romantisme venait de proclamer.
« Phidias et Raphaël, les deux saints du lieu, mais Phidias et Raphaël étudiés en face et sans les détours de l'esprit académique, la nature expliquée par ces maîtres souverains, mais avant tout hardiment et ingénuement sentie, le dédain des recettes et le culte des hautes traditions, la haine des réalités vulgaires et la passion des vérités caractéristiques, tels étaient les principes de l'enseignement de M. Ingres. »
« Par-dessus toiit^ dit aussi à propos d'Ingres M. Albert Soubies (2), il entendait procéder de Raphaël qu'il déclarait « un être vraiment divin, descendu parmi les hommes », et le môme critique ajoute : « Plus encore peut-être que la Renaissance, Ingres admirait l'antiquité où, selon la parole de Taine « il habitait de cœur et d'imagination ».
L'école d'Ingres est assurément l'école qui est représentée à Saint-Séverin par les œuvres les plus considérables. Parmi les élèves du maître, deux des Flandrin, Hippolyte et Paul, Mottez, Piclion et Cornu ont contribué à décortM' h's nuirs de
(1) La peinture religieuse en Franee M. Hippolyte Flandrin. Revue <'fj Deux Mondes du 15 décembre 1859, p. 878.
(2) Les membres de l'Acadentlc des Beaux-Arts, 2' série, p. 35.
l'église.
Lo premier, par l'importance de l'œuvre comme par la hauteur du talent, est sans conteste Hippolyte Plandrin.
Hippolyte Flandrin (1809-1864) l'élève préféré d'Ingres, grand prix de 1832, l'auteur des frises de Saint-Germain-des- Prés et de Saint- Vincent-de-Paul, a décoré la chapelle de Saint- Jean-l'Evangéliste. Il y a peint quatre sujets : Saint Jean écrivant VApocalypse, la Cène, la Vocation de saint Jean cl de saint Jacciues, le Martyre de saint Jean. Ces quatre peintures constituent une œuvre capitale.
Ce fut à son retour de Rome en 1838 qu'Hippolyte Flandrin fut chargé par radministration municipale' de la décoration de la chap'Clle Sainl-Jean à SaintrSéverin.
11 avait pendant son séjour en Ilalie envoyé à Paris son tableau de Saint Clair, preinier évéquc de Nantes, guérissant les aveugles (aujourd'hui à la cathédrale de Nantes) qui avait été fort remarqué.
Il rapportait de Rome une grande toile, Jésus et les petits enfants, qu'il avait commencée dans la Ville Eternelle et qu'il finit à Paris.
Cette œuvre, aujourd'hui au musée de Lisieux, très admirée des artistes, notamment de Paul Delaro'Che et surtout d'Ary Scheffer dans l'atelier de l'auteur, n'obtint pas un moindre succès auprès du public à l'exposition de 1838. Un autre artiste, M. Gattoaux, grand prix de gravure sur médailles en 1809 et qui avait en 1833 donné sur les dessins d'Ingres les quatre grands modules de la médaille des Beaux-Arts, s'entremit en faveur de l'élève de son collaborateur. « C'est grâce à lui, dit M. Henri Delaborde (I), que le peintre de
(1) Peintres modernes de In France. Hlppolutc Flandrin, Revue des Deux- Mondes du 15 mai 1864, p. 588.
— loi —
Saint Clair cl ili; Jésus fut ciiargé d'ornei- la chapelle de Saint- Jean à Sainl-Scverin. »
Quelle tclche .pouvait mieux que cette glorification du disciple aimé convenir au maîU'c pieux dont la u figure douce, mélancolique et recueillie paraissait appartenir à un homme d'un autre âge, soit à un néophyte chrétien peignant les catacombes, soit à un artiste du xv^ siècle décorant les chapelles et les monastères avec unei inépuisable fen^eur (1) ».
Aussi Tœuvre consacra-t-elle la réputation du peintre. Il nous est peut-être difficile de nous rendre compte aujourd'hui de ce qu'elle était lorsqu'elle sortit du pinceau de Flandrin. L-a vétusté des murs, suivant M. Beulé (2), ou plutôt, d'après M. \'ictor Champier (3), la mauvaise qualité de l'enduit dont Flandrin s'était servi — il avait préféré peindre à la cire parce que le ton mat et blond qu'il obtenait par ce procédé donnait aux pleins de l'architecture toute leur signification — a compromis la peinture qui s'écaille et s'efface. Mais ceux à qui il a été donné de la contempler dans sa prime fraîcheur, sont unanimes à louer la première œuvre de décoration murale de celui que M. Henri Delaborde n'hésite pas à qualiher « le idus grand peintre religieux que la France ait vu naître depuis Lcsueur ».
« Le parti de la résistance (lue personniliait M. Ingres, dit M. Henri Delaborde (4) venait de trouver dans M. Flandrin un très utile auxiliaire et le parti du mouvement à outrance un adversaire, d'autant plus dangereux qu'il se gardait avec plus de soin des témérités et des aventures. Restait à savoir si
(1) Beulé, Discours prononcé aux funérailles de M. Flandrin, p. 3.
(2) Notice sur la rie et les ouvraoes de M- lliiniolute l'iandrin, \nW. p. 6.
(3) Art. Fl.\niikin (Ult'iiolijteJ dans la Grande Enrijcloiiédie. t. XVII, p- 574
(4) La peinture reUyieusc en France. M. Hippulyto Flandrin. Hevue des Deux Mondes du 15 décembre 1859, p. 88i.
cette retenue extrême ne dégénérerait pas à la longue en inertie, si cette attitude de disciple ne finirait pas par immobiliser l'action propre du peintre et les progrès de la cause qu'il avait entrepris de soutenir.
« Deux ans s'étaient écoulés à peine, que la question était résolue déjà et que les yeux même les moins clairvoyants reconnaissaient dans les peintures de la chapelle de Saint- Jean-l'Evangéliste à Saint-Séverin, l'empreinle d'un talent désormais sûr de soi et d'une inspiration toute personnelle.
« Qu'on ne se méprenne pas toutefois sur le sens que nous attachons à ce dernier mot. Certes, en décorant la chapelle de Saint-Jean, M. Flandrin ne prétendait pas faire acte d'indépendance absolue. Il se souvenait, et il avait bien raison de se souvenir, des enseignements qu'il avait reçus de son maître, des chefs-d'œuvre qu'il consultait naguère en Italie; mais il a'interrogeait aussi lui-mêm©, il réussissait à tirer de son propre fonds des ressources de composition nouvelle, à rajeunir, à force de sincérité et de bonne foi. des sujets consacrés depuis des siècles par le génie des artistes souverains. Dans la représentation de la Cène par exemple, même après Giotto et Léonard, auprès Raphaël et Andréa del Sarto, il trouvait le secret d'émouvoir par l'expression pathétique de l'ensemble, par le caractère imprévu de certains types, en particulier de saint Jean, l'une des figures- les mieux senties et les plus touchantes qu'ait produites l'art religieux contemporain.
« En se soumettant aux exigences de la tiadition et aussi aux conditions toutes spéciales qu'imposaient l'âge ou les formes de l'architecture il évitait avec une égale habileté, la contrefaçon archaïque et le désaccord qu'eût créés un style
trop ouvorloiiKMil nindoi'iio ou l)i('ii iinr irnilulion trop fidèle lie la réali((''... Drs sou {)i('mi(M' essai de peinture luonunienlaJe, M. Flandrin avait su garder cette mesure diflîcile entre l'expression al)sti'ait(^ et l'iniitalion littérale. »
« D'instiui'l, dit M. \ielor l^liami)ier (1), Tartisle s'élève aux abstractions de l;i fresque, supprimant la perspective et l'illusion de la réalité jiar la gradation des plans, afin de mieux faire pénéticr le spectateur dans le domaine du divin et de l'immatériel. »
« Oui n'a présentes à l'esprit, dit M. Beulé (2), ces peintures compromises malheureusement par la vétusté même des murs ? Ici sîdnt Jean quitte ses filets pour suivre le Christ qui l'appelle, là il écrit TApocalypse qu'un ange lui dicte avec un geste gran liose. D'un côté il est plein de jeunesse, revêtu d'une beauté que la tradition a.vait consacrée, en face, il apparaît épuisé par les années, par l'ascétisme, par les tortures. Mais du milieu même de la cuve bouillante où il est plongé, il se dresse vers le ciel avec un élan si fervent que le ciel fait un miracle : les flammes se détournent, les bourreaux se rejettent épouvantés sur la foule, les païens sont touchés par la grâce, les chrétiens raffermis, les magistrats confondus. Letfet de (M^tte composition est simple, saisissant : rien n'est cherciié, tout ressort naturellement de la force des situations. La Cène où le Christ rompt pour la dernière fois le pain avec ses disciples t'ait songer aux vieilles fresques par la sobriété du modelé et ])ar ses tons un i)eu effacés. Saint Jean accablé de d( uleur. s'est affaissé devant son Maître, les bras allongés sui' la tiible avec Tabandon du désespoir. L'àme du juMutre s'est complu dans celte composition pathétique;
(1) Art. Flanduin Jlippolytlic) dans la Crundc Encijcloiiédie. t. XVH, p- 574.
on dirait qu'elle s'est incarnée dans le personnage de saint Jean afin de se prosterner, de s'anéantir elle-même sous la main du Christ. OEuvre de jeunesse et d'ardeur, ensemble exquis où Flandrin s'est révélé par un style fier, par un dessin ferme, par les combinaisons de lignes les plus heureuses ! »
« La chapelle de Saint-Jean à Saint-Sôverin, écrivait en 1859 M. Henri Delaborde (1), n'est pas seulement une œuvre pleine d'onction et d'attendrissement chrétien, c"est aussi un spécimen remarquable des règles pittoresques à suivre en pareil cas, et si depuis vingt ans ces règles ont été mieux respectées, si, en général, les artistes qui ont eu à s'acquitter de tâches analogues ont paru en étudier de plus près les conditions, il appartient à M. Flandrin d'avoir, l'un des premiers, donné l'exemple et d'avoir contribué, autant que personne, à déterminer ce pro'grès. »
Et le même critique d'art marque ingénieusement la place qu'occupe la chapelle de Saint-Jean dans la vie et dans l'œuvre du peintre. « Les peintures de Saint-Séverin, dit-il, a^rievèrent de mettre en faveur un talent déjà connu et apprécié, mais que le succès n'avait récompensé jusque-là qu'avec une certaine réserve et sous la forme d'un encouragement conditionnel.
« En attribuant de nos jours au public le rôle dévolu dans les deux derniers siècles à l'Académie royale de peinture, on pourrait dire que les premiers tableaux de M. Flandrin avaient sulïi pour lui mériter le titre d'agréé parmi les artistes d'élite, mais qu'il lui restaif encore à faire ses preuves définitives; à présenter, suivant le terme consacré, son morceau de réception.
(1) Tm peinture religieuse en France. M. Illprolyte Flandrin. Revue des Deux-Mondes du 15 décembre 1859, p. 882.
« Ce gage siiprûnie d'habileté élail donné maintenant et accepté partout. »
Cette œuvne capitale payée à l'aiiiste Iiiiit mille francs (i), fut achevée en iS'iO.
Elle permet d(> considérer Saint-Séverin comme le berceau de la peinlui'f murale religieuse de notre temps.
Quati-e autres élèves d'Ingres, Paul Flandrin, le frère d'Hippolyte, Cornu, Pichon et Mottez ont contribué à la décoration de Saint-Séverin.
Si Hippolyle Flandrin a décoré la chapelle de Saint-JeanrE\angéliste, son fi'ère Paul (1811-1902), a décoT<'> la chapelle d'un autre saint Jean, la chapelle de Sainl-.l'ean-Baptiste. Cette chapelle sert de baptistèrv. L'artiste y a tracé deux grandes compositions : la Prédication de saint Jean^Baptisle dans le désert et le Baptême de Jésus.
Sébastien Cornu (1804-1870), lyonnais d'origine comme les Flandrin, camarade d'Hippolyte dans l'atelier d'Ingres où il l'avait précédé de peu, et qui devait être appelé à terminer les fresques de SaintrGermain-des-Prés laissées inachevées par le maître de la peintui-e murale, a orné la chapelle de Saint-Séverin de trois compositions : la Présentation au temple, Saint Sévcrin solitaire donnant l'iuibit monastique à saint Cloud, Saint Séverin abbé d'Atjaune guérit le roi Clovis.
Pichon, né en 1815, Fauteur de la Cène et du Repos de la sainte Famille a décoré le passage qui conduit à la sacristie des mariages, ancienne chapelle de Saint-Mamers, de deux piiinlures murales : le Pape saint Clément envoie des missionnaires dans les Gaules et les Anges retirent de la mer le corps de saint Clément.
(1) Inventaire des rlclnsses tt oit de lu l riuice ViUc de l'arlit, Edifices reUyleux, l. ii, p. 82.
Enfin IMottez, né en 1809, qui avait suivi les leçons de Picot en même temps que celles d'Ingres et qui se ratttacherait ainsi au premier groupe, Mottez, l'auteur des peintures de Sainl-Germain-l'Auxcrrois, a peint dans la chapelle de Saint- Franç.ois-dC'-Sales : VEnlancc de saint François de Salcs^ Saint François de Sales prêchant les hérétiques du CJiablais^ les Courses apostoliques de saint François de Sales, FApotJiéose de saint François de Sales.
Mottez a peint aussi dans la chapelle de la Bonne-Mort, Vîmmacidée Conception méditée par le prophète Isaïe et dans la chapelle actuelle de la Vierge Adam et Eve citasses du por radis. Ce sont les plus récentes peintures murales de l'église : elles datent de 1865.
Non moins nombreuses, sinon aussi remarquables, sont les œuvres qui procèdent de l'école de Gros. Gros a formé, entre autres élèves, Paul Delaroche (1797-1856), Signol (1804-1892), Alexandre Hesse (1806-1869). Ces deux derniers seuls ont tfavaillé eux-mêmes pour Saint-Séverin. Alexandre Hesse « le dernier Vénitien », comme l'ont appelé quelques critiques d'art, a décoré la chapelle de Sainte-Geneviève. Il y a peint Sainte Geneviève en prière., la Consécration de sainte Geneviève., le Miracle des Ardents., Sainte Geneviève distribuant du pain aux pauvres.
Signol qui avait suivi les leçons de Bloudel en même temps que celles de Gros, et qui obtint le grand prix de peinture en 1830. a décoré la chapelle Saint-Josepii. Il y a iieiut les Anges Adorateurs, le Mariaqe de la Vierge, la Mère de douleurs et la. Fuite en Egypte.
Quant à Faul Delaroche « le Casimir Delavigne de la peinture », il n'est représenté à Saint-Séverin que par deux de se?
rlèvcs, Jol)b6 Diival ci fuMomo. Jobbû Diiviil (1821-J880), qui
avait siii\i les Ummuis de (llcyrt^ eu même Iciups que celles de
Dekiidclit'. a ilrcoié la cliapcllc de SaintrCharles-Borromée.
11 y a peinl les Trois mi us Ihéoloijalcs, Saint Charles Dorro-
turc (idniiiiislrniil les pesliférés, J<i MorI de saint Cliarlcs Bor-
ronièe, rApoIhéose de saint Cliarlcs ]U)rr(yince.
Géronie, né en 1824, a déc'oré la eliapelle de Saintr-Jérôme.
Il y a peint deux conipositions, l'une' la Communion, de saint Jérôme, où il n'a pas craint de se mesurer avec Lô Domini-
(luiu, Taulre, les Pestiiérés de Marseille, où il rencontrait la
rivalité du « peintre des rois » et du « roi des peintres »,
Gérard, ({ui avait donné, en 183'i, la Peste de Marseille.
On voit qu'en réalité si Saint-Séverin peut passer pour un musée d'arcliitecture du Moyen àg'e et de la Renaissance, ses chapelles constituent une série de « loges » donnant des spécimens de la manière des principaux maîtres du siècle. En taisant le tour de Tégliso, de droite à gauche à partir de l'entrée, on commence par Paiil Plandrin, Heim et Signol pour arriver à Jobbé Duval, Mottez et Richomme.
L'école de peinture religieuse dont les œuvres tapissent les nmrs des chapelles est aujourd'hui l'objet de vives critiques et M. Iluysmans (1) ne cache pas son dédain pour la veulerie d'un tel art.
Il se félicile, non sans cruauté, que les œuvres que nous venons d'indi(iuer et iiu'il appelle k de sinistres peintures » « pouriisscnt lieui'eusemtMit et s'éteignent daais l'humide ceinture des cliapelles ».
Qu'il y ait eu une pari de conventioinnel et d'italianisme dans la manière de Flandiin et de ses successeurs, nul ne le
(1) La Blèvre et Saint-Séverln, p. 180.
contestera; mais ce qu'on ne doit pas oublier, c'est que, le premier, Flandrin sut réaliser le vœu de son compatriote Orsel, « baptiser l'art grec; » qu'il parvint, comme le dit M. Victor Champier (1), « à exprimer avec effusion, avec éloquence, parfois avec grandeur, des sentiments qui parlent aux cœurs chrétiens, aux esprits cultivés tout au moins, sinon à la foule ignorante; » qu'enfm, comme on l'a dit, entouré de la pléiade d'artistes qui a fait refleurir la peinture sur les murs délaissés de nos églises, il représente dans l'art du xix^ siècle le mouvement religieux que le Génie du christianisme et les Méditations poétiques représentaient dans les lettres.
Si le règne de M. Hanicle avait été paisiblement occupé à achever l'ornementation ultérieure de l'église, le règne de son successeur devait être plus agité.
M. Moléon succéda, en 1869, à M. Hanicle. C'est au commencement de son administration, en 1870 que fut placée la Vierge du tympan de la porte principale due au ciseau du sculpteur Ramus. D'autres soins, d'autres préoccupations que l'embellissement du sanctuaire devaient bientôt absorber le pasteur. ,
M. Hanicle avait été le spectateur d'une révolution et d'une insurrection : la révolution de février et l'insurrection de juin. Mais pas plus la révolution de février que la révolution de juillet;. pas plus l'insurrection de juin que les nombreuses émeutes du règne de Louis-Philippe, n'avaient touché ni à l'église ni au clergé paroissial. M. Moléon était, lui, appelé à être le pilote de la paroisse dans la rude traversée de la guerre et de la Commune.
(1) Art. FLANDRIN (Hippolythe) dans la Grande Encyclopédie, t. XVII, p. 574.
L;i guerre, épargna SainUSéverin. Pendant le bombardenient, les obus ne dépassaient guère le boulevard Saint-Gerniain. Aussi Sainl-Séverin n'eut-il pas comme Saint-Etiennedu-Mont de vitraux endommagés. On prit du reste des précautions au moment du siège. Les vitraux des hautes fenêtres furent démontés et on cloua des planches à leur place. « L'église, dit un témoin oculaire que nous aurons fréquemment l'occasion de citer et qui nous donne dans ses instantanés journaliers rimpiession la plus juste et la plus impartiale, M. Henri Dabot (1), l'église a un aspect étrange avec ses clôtures de fenêtres en bois de sapin. »
Mais ce n'était pas là la plus douloureuse épreuve : o>n sait comment à la guerre étrangère succéda la guerre civile. Sainir Séverin placé au centre d'un quartier populeux, se trouvait dans un des foyers de l'émeute. Saint-Séverin qui avait eu, au xvi^ siècle, ses journées de la Ligue devait, trois siècles après, avoir ses journées de la Commune.
Le rapprochement des deux époques s'offre naturellement à l'esprit. C'est ainsi que Maxime du Camp a pu sans anachronisme citer, en décrivant l'agonie de la Commune, la fameuse adjuration que d'Aubray adressait à la ville de 1593 : « 0 Paris, qui n'es plus Paris, mais un spelonquei de bestes farouches, » (2) et rapprocher les incendies qui furent comme le bûcl'er de l'insurrection expirante des projets de mise à feu et à sang de la ville qui hantaient les sicaires des Seize (3). C'est ainsi que le parallèle s'imposait comme de force aux hommes éclairés: « Mon esprit, dit M. Henri Dabot (4), se reportait sans cesse vers le siège de Paris du temps de la Ligue. C'était
(1) Griftonnages quotidiens d'un bourgeois du quartier latin. 30 janvier 1871.
(2) Maxime du Camp, Les Convulsions de l'aris, t. I, 48 éd., p. 589.
(3) id. id i. I, p. 394.
(4) Griffonnages quotidiens d'un vourgeois du quartier latin, 4 avril 1871.
comme une obsession. En effet, quel singulier rapprochement à faire entre la Ligue du xvi® siècle et la malheureuse ligue des fédérés du XIX^ Mêmes calamités, mêmes misères, mêmes illusions surtout. L'une croyait pouvoir s'emparer du roi Henri IV, l'autre de M. Thiers : toutes les deux payèrent de leur sang leurs décevantes chimères. »
Il est un point sur lequel pourtant il semblerait y avoir un contraste absolu et une radicale opposition entre la commune blanche du xvi" siècle et la ligue rouge du XIX^ La, première était religieuse jusqu'au fanatisme; la seconde irréligieuse avec passion. Il ne faudrait cependant pas exagérer. Au XIX* siècle la question qui divisait Paris et la France était surtout une question politique et sociale. Si, en général, la Commune fut anticléricate (1) et parfois anticléricale jusqu'à l'assassinat — le meurtre des dominicains d'Arcueil est là pour le prouver — elle ne le fut ni partout ni toujours (2). Elle eut ses modérés comme elle eut s-es sectaires. C'est ainsi que le journal officiel de la Commune ne mentionna pas l'enlèvement de la croix du Panthéon.
L'histoire de Saint-Séverin sous la Commune nous fournit des marques de ce double courant très sensible pendant toute la durée de l'insurrection. Saint-Séverin située sur le V* arrondissement se trouvait dans la circonscription administrative de Regère, nommé par la Commune délégué à la inairi'e du V^ Regère n'était nullement hostile aux idées religieuses. Loin de là, dans une lettre à son avocat, il se proclame « démocrate et catholique » « quelque chose, moins le taleTit,comme un Keller socialiste ou un Veuillot républicain ».
(11 Gaston Feugère, La persécution religieuse sous la Commune, CorreS' pondant du 25 juillet 1871, p. 201.
(2) i^-i. ici. p. 205.
11 Lient pour établi, ajoute-t-il « qu'il n'est pas d'Etat duraible sans une religion quelconque — que le matérialisme, raihéismc sont les symptômes de dissolution pour les Etats — que la morale philosophique suffisante pour quelques esprits est bien loin, si file y parvient jamais, de pouvoir reii> placier la foi chez les nations — que l'action du prêtre est d'autant plus grande qu'elle est moins dépendante de l'Etat lel plus renfermée dans son domaine propre (1). » Pendant la Commune, un de ses 111s suivait le catéchisme à SaintrEtiennedu-Mont et y fil même sa première communion le 23 mai. « Mon fils aîné et moi, dit Regère [2), heureux de donner ce témoignage public de notre foi, au moment où le danger grandissait, assistions en uniforme à cette douce cérémotnîe qui a été ma dernière joie. » Si des chefs se proclamaient catholiques, il y avait des soldats qui ne se piquaient pas d'irréligion. Un des fédérés tués le 4 avril au combat de Ghâtillon et dont le corps avait été ramené à son domicile, rue Zacharie, eut un service à SaintrSéverin.
Mais dès les premiers temps les prêtres ne laissaient pas d'être parfois inquiétés. Un jour, un soldat d'une de ces bandes de Garibaldiens en chemise rouge, qui composaient u'n des corps irréguliers de l'armée insurrectionnelle, rencontra le premier vicaire de Saint-Séverin, l'abbé Caslelnau, en costume ecclésiastique, et l'interpella : « Citoyen curéi, de quel droit portez-vous ce costume ? » L'abbé Gastelnau eut la présence d'esprit de lui répondre : « Mais je puis bien
(1) Regère, Lettre à M. Dupont de Bussac, avocat, ancien représentant du peuple, prison de Versailles, 27 juillet 1871, dans M. Th. D- Itegèrc, ex-maire du Panthéon (V arrondissement) et inembrc de la Commune, Notes justificatives, par Mmes Kegère. sa mère et sa lenuue, in-8°,i-i,p. Blb. Nat. Ld57. 2582, p. 17.
(2) Mes actes durant deux niuls, dans M. Th.-D. Regère, ex-maire du Panthéon (Vf' arrondissement) et tnrnibre de la Commune. Notes justitlcatives, par Mmes Regère, sa mère et sa femme, p. 13.
m'habiller en prêtre, puisque vous vous habillez en cardinal. » Il mit ainsi les rieurs de son côté et la foule amassée cria : « Il a raison le curé (1). »
Il n'était pas toujours possible de se tirer d'affaire avec un mot spirituel. Si le 118* bataillon de la garde nationale put empêcher le couvent des dominicains de la rue Jean-de-Beauvais, de devenir, comme le collège des Jésuites de la rue Lhomond et le séminaire du Saint-Esprit, le théâtre d'un véritable pillage, le commencement des hostilités, qui s'ouvrirent le 2 avril, déchaîna les passions. Le 6 avril, veille du Jeudi Saint, le curé de Saint-Séverin fut arrêté : « Un employé do la préfecturei, dit M. Henri Dabot (2), vint le prévenir que son neveu avait été arrêté et retenu prisonnier parce qu'il avait sur lui un papier compromettant. M. le curé était à ce sujet prié de se rendre à la préfecture de police. Son premier vicaire le supplia de fuir, mais l'abbé Moléon, craignant pour son neveu, se rendit quand même à la, convocation. Il ne revint pas. »
Le mandat d'arrestation du curé de; Saint-Séverin a été retrouvé. M. Maxime du Camp (3) relève au nombre des mandats qui lui ont passé sous les yeux les mandats suivants : « Moléon, 5 avril, curé de Saint-Séverin. Hédeline (Alphonse) pour avoir cousu des papiers dans le dos du gilet du neveu de M. le curé ci-dessus. »
Ce ne fut pas la seule épreuve de la paroisse sous la Commune. Au commencement de mai, un club fut installé à Saint-Séverin : « En l'absence de M. Moléon, raconte M. Henri
(1) Henri Dabot, Griffonnagea quotidiens d'un bourgeois du quartier latin, 31 mars 1871.
d) Griffonnages quotidiens d'un hourgenis du quartier latin, 6 avril 1871. (3) Les Convulsions de Paris, t. I, p. 62.
Dabot (J), en l'absence de M. Moléon retenu comme otage, le premier vicaire, l'abbé Gastelnau, remplissait les fonctions de curé; on élait venu lui demander l'église pour y installer un club; après avoir refusé, il courut à la mairie et supplia Regère d'empêcher la profanation. Celui-ci fit remarquer que la meilleure manière de préserver SanilrSéverin était d'accepter le club; il lui promit qu'aucun dégât n'y serait commis : l'abbé fit contre fortune bon cœur. En conséquence SaintrSéverin donna pendant le jour asile au bon Dieu et le soir à la sainte Commune. Un grand rideau était tiré devant l'autel. »
« Il se débita, dit encore M. Dabot, de fortes insanités dans la chaire de vérité, mais pas toujours sans protestations car les matrones du quartier assises dans le chœur conspuaient l'orateur uu l'oralrice qui expectorait de trop grosses énormités. »
Et il ajoute : « L'état d'àme de ces femmes est vraiment curieux. » Une an^ecdote rapportée par Ludovic Halévy en témoigne. Le donneur d'eau bénite de Saint-Séverin raconta au futur auteur de UAbbé Constantin qu'un des premiers jours de mai il voulut revenir faire un tour dans l'église qu'il avait dij déserter depuis l'installation du club et oii il n'entretenait plus l'eau bénite dans les bénitiers. C'était le soir. Il vit un homme arriver au club entre deux femmes. « Une de ces femmes met la main dans le bénitier et dit: « Comment ! pas d'eau bénite ! c'est dune uniP- baraque. que c't'égliselà ? )) Et l'autre femme lui répond : « C'est pas de l'eau bénite que je voudrais voir là-dedans, c''est du sang des Versaillais et plein à déborder. 11 y aurait iilaisir alurs li faire le
(1) Grlftonnages quotidiens d'un bour<jcois du quartier latin. 11 mai ^71.
signe de la croix... ce serait le signe de la croix rouge (i). »
« Il fallait, ajoute M. Henri Dabot (2), il fallait payer cinq centimes pour entrer au club, ce qui excitait la rage de certains citoyens : « Mais c'est toujours la même chose, disaient-ils, c'est toujours comme du temps d'es curés. »
Le club de Saint-Séverin qui ne siégea d'ailleurs que du iO au 20 mai et ne tint pas plus de dix séances (3) s-emble avoir joui d'une certaine notoriété : M. Henri Dabot (4), raconte qu'après l'entrée des Versaillais. il acheta une lithographie co'ntenant les portraits de tous les membres de la Commune, mêlés à des vignettes représentant des épisodes du second sièg'e de Paris: « A l'angle supérieur droit, dit M. Henri Dabot, se voit la chaire de l'église Saint-Séverin dans laquelle pérore une femme. »
Si le club installé dans l'église avait pu préserver l'édifice, il n'avait pu arraclJer de prison le pasteur.
De divers côtés on s'employa à faire cesser une incarcération que rien ne justifiait et ne pouvait même expliquer.
Dès le commencement d'avril une manifestation touchante que rappelle M. Henri Dabot (5), avait été faite dans le but d'obtenir la mise en liberté du curé de Saint-Séverin. Il existe sur la paroisse une association de charité destinée à venir en aide aux vieux ménages; c'est l'œuvre de la Sainte-Famille; les vieilles femmes qui composaient cette confrérie, dès les premiers jours de la captivité de l'abbé Moléon, se rendirent, drapeau rouge en tête, à l'Hôtel de Ville pour le réclamer. Moifx.^ heureuses que les dames de la halle qui avaient obtenu
,1) Ludovic Halévy, Notes et souvenirs is7c-is7t. p 92.
i-i Grif/hnnaf/es (luotlil(e)is d'un bourgeois du quartier lalin, il mai rs71.
(3) Paul FontouUeu, Les églises de Paris sous la Commune, p. 386.
(A)Griff\jTiitagrs quotidiens d'un bourgeois du quartier latin, 3 juin 1871.
.■5) id id. 21 mai 1871-
la délivrance du curé de SaintrEustache, elles échouèrent dans leur démarche. Une femme de lettres distinguée qui avait obtenu l'élarg-issement de l'aumônier de la clinique, Mme Blanchecotte, tenta aussi une intervention en faveur de M. Moléon auprès de deux membres de la Commune, Arnould et Delescluze : on ne lui fil que de vague» promesses (1). Le 21 mai, dans la matinée, des dames de la paroisse allèrent présenter une pétition à l'Hôtel de Ville : elles ne purent rien obtenir.
Bien loin d'élargir le curé, peu s'en fallut que la Commune n'arrêtât le premier vicaire : « Le jour du 21 mai, dit M. Henri Dabot (2), fut assez agité dans le quartier des Ecoles. Le vent communard soufflait en tempêtci, surtout contre les ecclésiastiques. L'abbé Castelnau, premier vicaire de Saint-Séverin fut emmené comme un malfaiteur à la mairie du Panthéon... Regère était heureusement à la mairie : l'abbé fut immédiatement relâché en vertu d'un ordre conçu à -peu près en ces termes : « Nous, membre dé la Commune délégué, à la mairie du V* arrondissement, en vertu des pleins pouvoirs qui nous sont confiés, ordonnons la mise en liberté immédiate du citoyen Castelnau au nom de la liberté de conscience. » C'était ce même jour 21 mai, à cinq heures du soir, que Tarmée de Versailles entrait dans Paris.
L'agonie de la Commune commençait. L'abbé Moléon qui après avoir passé une journée au Dépôt (3) avait été conduit à Mazas (4) fut transféré à la Roquette. Le dimanche 28 mai, jour de la Pentecôte, la Roquette fut dans la matinée abandonnée par les troupes de la Commune. T/abbé Moléon,
(1) Mme Blanchecotte, Tablettes dune fetiniie pendant la Commutie, p. 209.
(2) C'iffatiiKi'iis iiuotldlens d'un bouro<^ois du quartier laliii, -il mai 1871
(3) Maxime du Camp, Les Convulsions de Paris, t. I, p. 98.
(4) id id. t. I, p. 317.
Mgr. Siirat, l'abbé Bécourt, curé de Bonne-Nouvelle s'échappèrent. Plus heureux que ses compagnons, arrêtés et massacrés par les fédérés (1), l'abbé Moléon put gap:ner Saint-Séverin. « Il arriva pendant la grand'messe, dit M. Henri Dabot(2), en vêtements civils délabrés. Personne ne le reconnut à la sacristie. « Je suis votre curé », dit-il. Le premier vicaire prévenu accourut annoncer la bonne nouvelle aux fidèles. M. Moléon vint bientôt après et adossé à la grille du cœur, il dit quelques mots aux paroissiens. »
La Commune était terminée. Arrêté le 26 juin, à l'hôtel des Italiens, rue de Ghoiseul. Regère comparut le 7 août, avec quinze autres membres de la Commune, devant le troisième conseil de guerre séant à Versailles.
Ainsi que le rappelle M. Henri Dabot (3), l'abbé Gastelnau, appelé comme témoin, ne craignit pas, malgré le mécontentement du ministère public (4), d'exprimeir hautement sa reconnaissance pour l'accusé qui lui avait sauvé la vie le 21 mai et qui avait défendu les sœurs de la rue Boutebrie comme les dames de Saint-Michel contre les violences et le pillage. Le président constata du reste que Regère avait protégé les établissements religieux (5). Regère fut condamné le 4 septembre à la dépoTtation dans une enceinte fortifiée.
On voit sur le pourtour méridional du chœur une plaque de marbre. C'est un ex-voto à Notre-Dame de Sainte-Espérance. Ce marbre porte l'inscription suivante :
Anno 1871 liost fjermanicam obsidionern
fl) Maxime du Camp, Les Convulsions de Parts, t. I, p. 458.
(2) Griffonnaoes quotidiens d'un bouri/i-ois du quartier latin, V juin 1871.
(3) c! iri. 5 septembre 1871.
(i'i Procès des membres de la Commune, 3e Conseil de guerre de Versailles, 17 août 1871, Droit, 18 août, 1871.
(5) Procès des membres de la Commune, 3° Conseil de guerre de Versailles, 17 août 1871, Gazette des trlbuiiaux, 18 août 1871.
sediliosis urbcm cornmovcntibus Immaculata Virgo Mater Sanctœ Spei parochuni cavccre erepluin gregi restituit siKDn hanc basilicam clerumque delendit. (( L'an 1871, après le siège allemand, alors qne les insnrgés troublaient la ville, la Vierge iiiimaculôe, Mère de sainte Espérance, arracha de prison le pasteur, le rendit à son troupeau, défendit cette basilique qui est la sienne et le clergé. » Pendant la Commune les vases sacrés de l'église avaient été remis en dépôt entre les mains de M. Dalle, charbonnier, sonneur de l'église. Celui-ci les conserva fidèlement. Le conseil de fabrique lui vota une médaille d'or en récompense de son dévouement. Cette médaille fut remise à la famille Dalle en 1879.
L'abbé Moléon ne devait pas survivre de longues années à sa délivrance. Quatre ans plus tard, en 1875, il soiccombait aux suites des fatigues, des souffrances et des émotions de son incarcération. Il avait pour successeur son premier vicaire qui avait, aux jours douloureux de la Commune, rempli, au prix de quels dangers, nous l'avons vu, les fonctions de curé intérimaire.
L'administration de l'abbé Castelnau s'étend de 1875 au 12 mai 1900, date de sa mort. La laïcisation scolaire imposa presque aussitôt au pasteur d'impérieux devoirs: il dut installer de nouveaux établiss'ements. Le 6 avril 1880 les écoles libres de la paroisse furent inaugurées.
Mais ces nécessités du temps ne détournèr'ant point l'abbé CasLeInau de l'œuvre de l'ornementation intérieure de l'église à laquelle il s'était consacré dès le début de son « règne ».
De nombreuses verrières, dons des paroissiens, vinrent colorer la première rangée des fenêtres de la nef et du chœurd'autres ornèrent la chapelle: parmi ces dernières, le triptyque de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste contient un pâtre dont la figure est le portrait de Charles Garnier, l'architecte de l'Opéra; le 7 avril 1876, un chemin de croix fut érigé; une statue de saint Pierre, fac-similé de la statue de saint Pierre à Rome fut placée en 1882 dans la chapelle Saint-Pierre.
D'autres changements plus importants encore ne tardèrent pas à se succéder.
Le grand orgue fut restauré par les frères Abbey de Versailles. Cette restauration qui demanda plusieurs années de travail fut achevée en 1890. Le 3 décembre 1890 eut lieu sous la présidence de Mgr Soulié, l'inauguration solennelle de l'orgue renouvelé et le Père Ollivier prononça une allocution.
Le 13 novembre 1892, fut inaugurée solennellement, sous la présidence de Mgr des Forges, une nouvelle chaire dans le style de l'église, œuvre de la maison Buisine de Lille, et le Père Henriot prononça un discours.
Un accident vint amener une nouvelle et heureuse transformation. Le 3 août 1893 un feu de cheminée se déclara chez le î'estaurateur qui occupait la maison sis© au n° 12 rue Saint- Jacques. Il paraissait éteint quand à minuit il éclata de nouveau et détruisit une partie de la toiture de la chapelle de la Vierge. On en profita pour réaliser un vœu formé (1) et caressé depuis longtemps (2). On replaça sous un baldaquin la statue
(1) L'abbé Salmon, Les Pèlerinages de Paris, t. I, p. 222.
(2) L'abbé de Madaune, Guide du pèlerin au sanctuaire de Notre-Oame de Sainte-Espérance, p. 84.
de la Vierge à l'extrémité d'e l'axe de l'église, à l'intersection des chapelles de rinuiuu'ulée-Gonc.cplioai et de la Bo'nne-Moj't, à r-endroit qu'elle occupait avant la Révolution et l'on transforma l'ancienne chapelle en une sacristie des mariages, que l'on ferma du côté de l'église par une cloison en bois. Sur cette cloison on remarque une statue de saint Michel retrouvée dans les magasins de l'église. Cette statue a sans doute appartenu autrefois à la chapelle SaintrMichel qui précisément confine à cette cloison.
Le 18 janvier 1894, sous la présidence de S. E. le Cardinal Richard, était inauguré un niaîlre-autel de marbre blanc dans le style de l'édifice et le Père Ghapotin en prononçant le discours inaugural pouvait féliciter cette vieille et noble église qui secouait enfin la poussière des siècles et les ornements parasites dont l'avait surchargée un art mal inspiré; qui sous l'infatigable action de son pasteur retrouvait sa première jeunesse.
Enfin le 20 janvier 1895, était inauguré le petit orgue du chœur complètement transformé.
En même temps s'opéraient quelques modifications secondaires : les chapelles de l'Immaculée Conception, de la Bonnes Mort et du Sacré-Cœur lecevaient de nouveaux autels. Lee pavé du chœur était refait et remplacé par une mosaïque de marbre. Une table de communion en fer ouvré était substituée à l'ancienne balustrade du chœur. Enfin l'élargissement de la rue Saint-Jacques amenait la démolition des maisons qui aveuglaient le chevet de l'église, versait à flots et l'air et la lumière dans les pénombres de l'abside.
Cette illumination du sancluaire fut la dernière joie de l'abbé Gastelnau. 11 mourut le 12 mai lOlX). M. l'abl»*^ Sal-
mon, premier vicaire de SaintrGermain-rAuxerrois, lui succéda.
Pierre Loti a parlé quelque part de cet arôme rémanent de piété, de foi et de supplication qui demeui'ait en quelque sorte attaché aux temples où on avait beaucoup prié : assurément Saint-Séverin est toiit imprég-né de ce saint baume, car, autant qu'en aucun autre sanctuaire, on y a imploré le Ciel.
he « pèlerin au pays du Cid », Ozanam a exprimé l'espoir que les antiques basiliques faites de foi autant que de pierre trouveraient à la fin des temps grâce devant Dieu et que, préservées de la destructioin, elles seraient conservées dans le ciel : assurément, parmi les monuments religieux il en est peu à qui la beauté et la piété donnent autant de droits qu'à Saint-Séverin d'être sauvé des flammes destinées à consumer le monde.
Mais si Saint-Séverin garde comme un relent d'implorations, il conserve aussi ce que Lamartine appelait « le parfum des souvenirs, l'odeur du passé » : s'il doit jouir un jour de la pérennité céleste il a été trop mêlé aux événements de notre vie nationale pour ne pas mériteir cette humaine immortalité que donne l'histoire.
Ce sont ces souvenirs et ces événements dont nous avons cru opportun de rappeler les principaux au moment où le remaniement imminent du quartier qui enveloppe l'édifice, en tirant le bijou architectural du sordide écrin qui l'enferme semble ouvrir à la vieille église une ère nouvelle.