‹ Essai historique sur l'église Saint-SéverinChapitre 8 sur 14 · MO · texte numérisé non relu

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lion : il sulïlsait luiur allcinflro co dernier résultat de choisir unmodedï'leclioiis éj)iscopak's (•(iiiipulible avec les exig'ences du gouvernement universel de l'Eglise. Au xix" siècle,

plusieurs concdidals oui éli'' conclus dans ce sens avec le ièiûnl Siège. »

Lu jugement le plu- jiisle qui ail ('le porté sur la Constitution civile du clergé est peut-être oelui qu'a formulé l'un des plus fidèles disciples d'Auguste Comte, le docteur Robinet. Son opinion pour (Mre celle d'un homme étranger et m.ême hostile au catholicisme et au christianisme n'en a que plus de valeur. Il constate le caractère luthérien de cette Constitution civile d"un clergé piétendu catholique. « Ce retour absurde à la primitive Eglise, dit-il (i), n'était qu'un mode de piétisme prolestant, un credo arbitraire imposé à un pays qui voyait bien au delà. )> (Comment en eùtril été autrement alors (lue les « pères ecclésiastiques de la Conslilution civile du clergé» étaient animés de l'esprit protestant; u Gi'égoire, dit-il (2), en a les vues étroites, l'attachement à des distinguo théologiques, l'absolu dans les convictions et l'absence de conciliation dans la conduite. » Bien loin d'apporter la liberté religieuse, la Constitution civile était imposée à la façon dont la Réforme l'avait été au xvi" siècle dans certains Etats : « L'instauration brusque, dit-il (3), par l'autorité temporelle, par la loi, manu niUitari, à la manière d'Henri VIII d'Angleterre, de ce mélange d'anglicanisme et de presbytérianisme ad^ninistratifs devenu religion de l'Etat n'avait rien de commun avec l'indépendance d'esprit. » Et c'était bien une religion d'Etat et une religion légalement obligatoire puisque la loi portait :

(1) Le Mouvonent religieux d Paris penttnnt la Uevulutton. l. I. P a98-

(2) ici ici t. 1, p. 301

(3) iil. id. t. I, p. 298.

— jlll —

« L'élection des curés ne pourra se faire ou être commencée qu'un jour de dimanche dans la principale église du cheflieu du district, à l'issue de la messe paroissiale à laquelle tous les électeurs seront tenus d'assister (1). » et qu'ainsi « la messe se trouvait imposée non seulement aux électeurs catholiques, mais protestants, mais libres penseurs » (2).

Le docteur Robinet s'étonne que les esprits indépendants n'aient pas reconnu les liens profonds qui attachaient les catholiques de France à l'Eglise Romaine. « Gomment n'ontils pas vu, s'écrie-t-il (3) , qu'une fondation pareille entièrement due à la papauté et qui avait fait la grandeur et l'originahté de la civilisation au Moyen âge jusqu'au xni*' siècle, au moins, jusqu'au temps de B'oniface VIII pour le plus grand profit de la société occidentale ou de la chrétienté avait sa raison d'être dans le fond même des choses el qu'elle avait diî laisser des traces dans la conscience des populations cafhoUques ? ))

« Si l'on se rappelle, dit-il (4), tout ce que la papauté dans sa phase ascendante et ses plus grands jours du vni* au xn" siècle a su tirer pour l'éducation du monde barbare et la purification de la société romaine d'une doctrine aussi imparfaite (luc celle du Christ, des pères de l'Eglise et des conciles, si on songei aux améliorations capitales obtenues par l'action politique du clergé romain, entre autres le développement de sentiments, da mœurs, de pensées et d'actes communs aux divers peuples de rOccident, on sentira combien pouvait paraître injuste et blessante l'attitude de l'Assemblée Constituante soutenant la prétention de son Comité ecclésiastique à

(1) Décret sur la constitution civile du clergé du 12 juillet 1790, titre II, art. 30.

(2) Robinet, Le Mouvement reUylcux à Paris pendant la Hévolution, t. I. p 339, n. 1.

(3) id. id. t. I p. 300

(4) id. id. t. 1 p, 297

rt'giud (lu Siiiiil Siège et de la communion des ndèlcs.

« La couslilulioii civile du rlerp;'/', la reforme de' l'Eglise lit' Fi-ance par une assemblée laïtiue et politique, arbilrairenieiil transformée en concile, ne fut en effet dans 1°) mouvemenl i éNolulionnaire. ([u'uu i^ronnuciamenlo rcHrograde cunlie Tauloiilé générale des papes, mouvement qui reprenait contre l'Eglise universelle et au profit de l'Eglise gallicane ou nalionah\ nioieelée et {jarficularisée, c'est-à-dire dans Tintérèl même d'une portion de notre bourgeoisie, celle qui appartenait aux parlements et autres tribunaux, la politique

de prépotence que no< rois avaient suivie depuis Philippe le Hel. »

Et il conclut : u La France aurait été la dernièrei des nations de l'iJccident, la plus sotie et la plus immodifiable si elle avait pu s'arrêter à celte superstition sans grandeur, à ce christianisme rabougri, et si elle s'en fût déclarée convaincue...

« La Constitution civile n'était qu'une hérésie de plus et une faute politique considérable (1) ».

L'histoire de Saint-Séverin à cette époque eist là pour nous montrer les vices de ce système qu'on prétendait imposer aux consciences. Certes, s'il n'avidt été, comme on s'est quelquefois ingénié à le prétendre, qu'un essai d'application des principes d'Arnauld et de Bossuet, une tentative d'organisation d'une église janséniste ou gallicane, la paroisse SaintrSéverin, habitée par des familles de ro'be plus oii moins imprégnées de gallicanisme parlementaire, peuplée de disciples de Port Royal eût dû accueillir avec enthousiasme la Constitution civilt^ (lu clergé et ceipcndant, disons-le à l'honneur de la paroisse, (|uelles ([ue pussent être à cette épo(iue les opinions

(l) KoMiiet. / (• nwuronritt religieux à Paris pendant la Itévolution, T. I. p. 301.

particulières, les préventions, il n'y eut que peu de défections.

La Révolution trouva à la tête de la paroisse l'archiprêtre Philippe Canlucl de Blénuir qui était curé de SaintrSéverin depuis 1776 (1). Pour les éleictions aux Etats généraux le vote dans l'ordre du clergé était à deux degrés. Mais certains ecclésiastiques étaient à raison de leur bénéfice eit de plein droit électeurs du second degré (2). Les curés des paroisses liaient tous électeurs de droit (3). C'est à ce titre que l'abbé Gantuiel de Blémur figure parmi les électeurs du secoaid degré (4). Le clergé d^ Saint-Séverin, qui comptait vingt-cinq membres, tant attachés à l'égliseï que domiciliés sur la paroisse se réunit sous la présidence du curé. Il choisit pour secrétairei à l'unanimité l'abbé Bertoglîo et nomma une commission composée des abbés Bertoglio, Fleury, Pech, Paschal et Havas pour procéder à la rédaction du cahier spécial de la paroisse. Il nomma pour électeurs fabbé Fleury, premier vicaire et l'abbé BertogliO', prêtre et avocat au Parlement, domicilié sur la paroisse (5). Il protesta contre le règlement comme contraire à l'usage des assemblées de la Commune (6). Le 27 avril au soir l'assemblée des électeurs réunie à l'archevêché choisit un/fi Commission de vingt-cinq membres, chargée de rédiger le caJiier des doléances cl remoniranccs (7). L'alibé Cantuel de Blémur fut ainsi ({lie l'abbé Bertoglio (8)

(1) Almanach royal pour 1789, p. 104.

(2) Ordonnauce du mercredi 15 avril pour la convocation des trois états de la Ville, dans Clia-ssin, Les élections et les cahiers de Paris eu 1789, t. I, p. 4U6.

(3) Chassin, Les élections et les cahiers de Paris en 1789, t. III, p. 18.

(4) Liste générale des électeurs de l'ordre du clergé de la Ville et des fauxbourgs de Paris pour la dévutation aux Etats généraux, in-4°, p. 5 (Bib. nat. Le 23 99)

(5) Chassin, Les élections et les cahiers de Paris en 1789, t. II, p. 44. (6^ ici. W. t. II, p. 233.

(7) il iH. t. III, p. 23.

(8) L'aljbé Delarc, L'Eglise de Paris iiendant la Révolution française, t. I. p. 86

appt'lc- à fairo iiai'tic (1(> celle noniniissinn. De m(^nic que les aulies roininissaires il lui \ ifilcmnicnl alUKiué par un janséniste passionné. Tabbé lîruiiières ipii iniblia une virulente criliqne du caliiei' dans une brocliiiic inliUih'c J)()lr(ntccs des cfjJisicrs soutanicrs ou i^rclrcs des paroisses de Paris (1). que M. Cliassin (2) considère comni'^uno sorlc de cahier ofTicieux des disciples de Poi'l-lioyal.

L'année 1789 s'acheva sans Iroubles irli^iciix. Ce fut seulement en 1790 que les déci-^ls ecclésiastiques l'ufent ixuiés. Le 12 juin, un décret élablissail les é\éeliés et niélropoles. Il y avait un évéché par départeni^i'int. l*aris était le siège d'un évèché et le ccntiH^ d'un arrondissement méiropolilain ou archevêché dont relevaient l':'S évéchés des départements de Seine-el-Oise. Eure-el-Loii'. Loiret. Yonne, Aube et Seine-et- Marne. Le 12 juillet 1790 était décrétée la Constitution civile du clergé : les titulaires conservaient leuj-s bénéfices, mais étaient astreints à prêter serment à la nouvelle Constitution. La plupart des évêques et un grand nombre d'ecclésiastiques lefusèreint de se soumettre à un acte i|ue leur conscience rél^rouvait. Un décret des 27-30 janvier 1791 j)rescrivil les élections p()Ui- les sièges vacaids par retus de sri'inent et un décret du i février 1791 fixa le nombre et ta circonscription des paroisses de Paris.

Paris était divisé en 33 paroisses. Saint-Séverin était la vingt-huitième, entre la vingt-septième Saint-Nicolas du Ghardonnet et la vingt iicu\ième Saint-Aiidré-des-Arcs. La l)ai'oisse avait pour limiU's les rues suivantes : « Kuo de 1,1 ll.irpe cl celle de l;i \'ieille-nouclei'i(> à dnule

(1) L'aldjé Delarc. L'IùjUsf de Paris rcnddiit Ui Itcntlutioii Ininçmsc, t. [. p. 116.

(2) Les élecHons et les caltlers ti.: Paris en tlS9, t. Il, p. 91.

jusqu'à celle de la Hucliette; ladite à droite et à gauche à paiîir du Cagnard; rue de la Bucherir h droite jusqu'aux Pelits Degrés; ladite à droite et à gnnhe jusqu'à la rue d'Amboise; ladite à droite jus(iu'à la place Maiibert; rue des Noyers, rue Saiut-Jacques à droite jusqu'à celle des Mathurins, ladite à droite jusqu'à celle de la Hiirpe (1). »■

La délimitation de la paroisse peut facilement se reconstituer aujourd'hui.

Si à l'Est elle u"était pas sensiblement dilTérente de la délimitation actuelle, elle en différait considérablement à l'Ouest. Elle s'airôtait à la rue de la Harpe, alors qu'elle va aujourd'iiui jusqu'à la rue Daupliine. Le cliangemcnt de périmètre s'expliqua facilement : en 1791. Saint-André-des-Arcs était maintenu; en 1801, cette église fut supprimée et Saint-Séverin dut hériter naturellement d'une partie de son territoire.

Si le territoire de la paroisse était profondément modifié, le clergé qui desservait l'église ne subissait pas des changements moins importants. Le serment devant être prêté à partir du 4 janvier, les commissaires de la municipalité de Paris se rendirent le 9 à Notre-Dame et dans plusieurs paroisses pour recevoir le^ serment des prêtres qui s'étaient fait inscrire. On prolongea bientôt le délai jusqu'au 16; le 9, quarante curés de Paris l'avaient pr'^^té. douze refusé : au nombre de ces deirniers était le curé de Saint-Séverin (2) : comme le curé de Saint- Sulpice (3) il s'éloigna. L'abbé Delarc (4) donne une liste des prêtres qui ont prêté ou refusé le serment à Saint-

(1) Décret de l'-^sseniblée nationale du 4 févr.tr 1791 sur la circonscription des paroisses de Paris art, 6. dans Robinet, Le Mouvement religieux à Paris pendant la Révolution, t. I, p. 426.

(2) Robinet, Le Mouvement religieux à Paris pendant la Révolution, t. I, p. 3S6.

(3) id. id. t. I, p. 388.

(4) L'Eallie de Paris pendant la Révolution irançaise, t I, p. 361.

S(Horin. Lo nombre de ces ecclésiastiques sa monte à vingtsept et est donc supérieur à celui des ecclésiastiques qui avaient au nombre de vingt-cinq figiiré dans l'assemblée électorale pour la désignation dets électeurs aux Etats généraux. Cette divergence ne s'explique jias pai' les niodificaticns (|ue deux années ont })u îqiporicr dans \.\ clergé de l;i paroisse. 1! ne faut cliercher en réalité aucune concordance entre les deux groupements. Nondire de prèti'es de iirovinec vciiaieiil à l^aris et faisaient leur déclaration à l'église sur le territoire de laquelle ils se trouvaient. Pour n'en citer ([uun exemple, Jacques Roux, qui devait plus tard comme oITieiei' municipal, assister à l'exécution de Louis X\'I (1), vint à Saint-Sulpice prêter le serment à la Constitution civile du clergé (2), bien qu'il fût du diocèse de \\innes. Ainsi nous ne trouvons pas sur la liste des non jureurs ni des jureurs de la paroisse Tabbé BertogliO' qui, noius l'avons vu, avait joué pour ainsi dire le premier l'ole dans l'assemblée électorale du clergé de Saint-Séverin. C'est que. suivant l'exemjile donné le 28 décembre 1790 par Roussineau l'ancien curé de la Basse-Sainte- Chapelle, qui allait devenir curé de Saint-Germain-des-Prés. il avait avec Poiret, le supérieui' de i'dralodre de Paris, qui allait devenir curé constitutionnel de Saint-Sulpice, devancé le moment oîi il devait prêter le serment dans sa paroisse ou à la numicipatiit' rt l'avait prèle à l'assemblée éleictorale^ (3V 'Voici, d'après l'abbé Delarc, la liste d".s pivtres non jurcuirs iH jureurs : les noms entre i)arenthèses sont ceux des diocèses d'origine.

(l)Bucliez et Roux, Histoire iiarlcmeutnire de la lîéeolu'ion iritiiçaise. t. XXXIII, p. 342.

(2) Robinet, Le Mouvement relitjieux à Paris pendant la Itérolution, t. I, p. 383.

(3) id. id. t. I.p. 377.

Non jureurs :

Canlupl de Blémiir. curé, archiprètre (Saint-Plour);

Mercier, premier vicaire (Amiens);

Durand, second vicaire (Rouen);

Portunali, prêtre, confesseur et prédicateur (Paris);

Tricot, prêtre et sacristain (Paris);

Deslouches, prêtre et diacre d'office (Goutances);

Gosse, vicaire des convois, prêtre (Paris);

Mercier, prêtre administrateur des Sacrements (Annecy);

Abbeville, prêtre administrateur des Sa.creiments (Saint-

Flour); Escudié, prêtre (Toulouse); Duliamel, prêtre approuvé (Lisieux); Monnier, prêtre^ (Paris); Vasseiur, prêtre (Saint-Omer); Dérivas, prêtre (Paris); Breans, prêtre (Rouen); DelO'U, prêtre (Montpellier); Prat, prêtre (Tarbes);

Jureurs :

Havas, prêtre, prédicateur et confesSiSur (Bayeux); Cassan François, prêtre sans fonctions (inconnu); Durand Pierre, prêtre (inconnu); Le Clerc Charles, prêtre approuvé et clerc des Sacrements

(Rouen); Bachelier Charles-François, prêtre (inconnu); Borde Jean-Louis, prêtrei approuvé, sacristain (Paris); Boutté Louis-François, prêtre approuvé (inconnu); Jeannet Nicolas, prêtre, mathurin défroqué (inconnu); Parant, maître d'école (Arras);

Noi] jin'ftirf^ : 18. Jiiirurs : 9.

On 1<^ \oil. les deux licis des drclaralioiis failos à Saint- Sùvciin riuvnl dos rcliis de soi'inciil. I^rcsiiiu' tous les prêtreis (|iii l'ciiiplissaionl dans Tôi^liso ](>s l'onclions du ministère r"ifiisri'enl le sciiiit'iil. Il \\r se Iroiiva (mi réalilé que quatre pri'tres de régli^c \u\[\v le pirlrc (1).

Ces nombreux icrii< de srrturnl luéeonhMilrrent le parti l'rvoluliitnnaire qui sai<il l"i prcmiei' iirôlcxle pour manifester sa colère, et dans la soirée» du 9 janvier, un tumulte éclata qui est relaté ainsi dans un éci'il du tiMUps :

(( M. le ^■ieaire (iM. fabbé Mercier, inenii"!' vicaire de Saint- (( Sévei'in) faisait la pi'ière du soir pour un de ses confrères, (' le 9 janvier. La p>aroisse Saint-Séverin connut le tumulte K excité alors dans cette église par certaines personnes qui « lui liront un crime dignet de la Lanterne de prier selon « l'usage pour N. S. Pèi'e le pape, pour rarchevôque de Pa- (( ris, i)Our le roi, la reine et la famille royale. Leis patrouilles (( de plusieurs st'clions fuient app<,»lées el lirent. des informa- « lions sur lei discours de M. Mercier (lui liaitait du devoir « des pères et des mères envers leurs eidanls et de ceux-ci « envers leurs pai'cnls. 11 fui déclaré non coupable et MM. les <; officiers delà garde nalicnale ]c l'cconduisirent cliez lui (2).«

L'abbé Cantuel de lîlénnir ayant refusé le serment à la nouvelle Conslilulion, on dut procéder à Télectiou d'un nouveau curé. Quant aux vicaires, c'étaif le curé ({ui les choisissait i)armi les i)rètres ordinaires et admis dans le diocèse de l'évèque (3).

(1) Robinet, Le Mouvcnifiit reUuicux à l'uiis poiddiit lu licrolution, t. I,

(2) L'ahi)éBoiis-drd. Ilislolrc du svriiieitt à Paris, it. 117. n. 7. cité l'abbé Delarc. L'EyUsc dr Paris lU'itdant la Ilcvolution jruin-alsr, t. I. p. 362.

(3) Décret sur la cun.stituUuu civile du clergé du 12 juillet 1790, titre II. art. A».

Le docteur Robinet (J) donno de cuiieux délails sur l'établissement du clergé constitutionnel.

Le droit de désigner les nouveaux curés apparleaiait à u l'Assemblée éleclorale de Paris ».

Cette Assemblée était le Congrès des électeurs du second degré, élus par les citoyens actifs du premier.. Elle se réunit le dimanclie 30 janvier pour procédeir aux élections des curés de Paris. Les réunions se tenaient le dimanche à Notre-Dame. Cette sorte dei session capitulaire à séances dominicales d'une assemblée politique se prolongea jusqu'au dimanche 30 mars.

On avait décuré l'anlique Basilique d'une façon quelque peu singulière. « On avait, lit-on dans un éciit du temps (2), placé dans l'église Notre-Dame, entre l^s autels de la Sainte-Vierge et de SaintrDenis, un peu en avant, un aut^q à l'antique élevé sur deux ou trois marches, de formei carrée, de trois pieds et demi de hauteur ut de trois pieds de largeur et de profondeur. Cet autel élail orné d'un/'i corniche et décoré de peintures sur les trois faces; à celle de devant, était une couronne de chêne renfermant une inscription : Dicu^ la loi, le roi. A la face droite, qui était du côté de l'autel de la Sainte- \'ierge, on voyait une couronne (•i^'ique semblable à la pren-i-'T- -Mil .. il •'■> i!i'""on'é" du '"O^net d"^ la

libellé; à la lace gaucuL', un laisceau d'arm'jis était entouré d'unt; couronne semblable; aux deux côtés étaient deux candélabres. »

L'auteur de cet écrit, qui, suivant j\L llubmel. exprime bien l'impression que cette mascarade devait produire sur les ca-

(1) Le Mouvement religieux d Paris fendant la Itévolullon, t. I, p. 433. (2) Tableau comparatif contenant les itoms, offlees et diocèses des ccclésiastiijues de la Ville de Paris qui ont jirèté le serment civuiue les diiiiaiichcs 9 et i6 janvier (791 et de ceux qui ne l'ont pas prêté, cité Robinet, /.c Mo7ivcment religieux d paris i:endant la Révolution, t. I, p. 433-

tholiqucs sincères, ajoulo : « Lo tout paraît avoir élé fourni par les Menus. — Les Menus étaient le service des menus plaisirs du Roi, ou direction des l'êtes de la (loui- — et tiré de la représentation cVIphifiénic. »

Le personnel de ce synode ecclésiastique était encore plus singulier. On y voyait siéger comme scrutateur général Danton, le futur ministre de la justice, comme scrutateur particulier Delarive, un acteur du TliéâirerPrançais. Mais ce qui indignait surtout les croyants, c'était de voir le maire de Paris, Bailly, a.ccoinpagnév dit l'écrivaiji de l'épioque, diie MM. Hourmel et Tassin, banquiers, de la relifjion inétendue rèlormée que leur qualité d'officiers municipaux appelait à assister le maire dans cette espèce de chapitre laïque d'un culte qui n'était pas le leur.

Et à un siècle de distance, M. Robinet (1) — dont les sentiments posilivistes sont assez connus — ne peut dans son imiiartialilé s'empècliei' de s"associer aux sentiments des ca tlioliques de 1791 et s'écrie, à la vue d"un tel spectacle: u Quelle comédie'! »

Telle était l'assemblée appelée à désigner le successeur constitutionnel du curé r/éfracfaire de Saint-Séverin. Elle nomma d'abord le pasteur d'une paroisse qui disparaissait dans la nnuvelle organisation, eJle élut par 247 voix sur 398 le eui'é de Sainl-LaiidiA'. i'^rancdis (îirard (2). Mais celui-ci n'accepta |)as, ne voulani pas, dit-il dans une hMIre qu'il adressait le 15 février à l'assendilée (3), accepter une place qu'un de ses confières avec leiiuel il vivait depuis dix ans, n'aban-

(1) Le Mouvement reUtjieux ù Paris jiouUtnt la liévolutioii, t. I. p. 434.

(2) L'abbé Delarc, L'Eglise de Paris iH'iula)tt la liûvolution française, t. I. p. 422.

(3) irl. ici. t. ]., p 423.

donnait qu'à regret ou pour mieux dire à laquelle il tenait toujours. François Girard devait, avoir une destinée assez mouvementée. Il devint l'un des vicaires épiscopaux de l'évoque Gobel, et c'est à ce titre qu'il offrit à Marie-Antoinette dô l'assister à la veille de son exécution (1). Mais la reine/ déclina le ministère du prêtre schismalique {2). François Gii'ard n'accompagna pas Gobel à la scandaleuse séance du 7 novem- Itre 1793 où l'évêque de Paris abjura. Il se rétracta dans les premiers mois de 1795 (3) et fut au Concordat appeilé à faire [)arlic du chapitre de l'église de Paris (4). Jaloux de témoigner sa gjatitude au premier consul, à qui il deivait son canonicat, il fonda pour lui à l'église métropolitaine une messe perpétuelle et quotidienne, qui sei dit encore aujourd'hui (5).

En présence du refus de François Girard, l'assemblée dut procéderle 20 février à une nouvelle élection. Par469 voix sur 529 elle appela à la cure de Saint-Séverin Jean-Claude Leblanc de Beaulieu (6). L'abbé Leblanc de Beaulieu. né à Paris le 29 mai 1753 (7), était alors âgé de 38 ans. Il était chanoine régulier et grand chantre de l'abbaye de Sainte-Geneviève. Il accoi)ta les fonctions qui lui étaient déférées.

Il fut proclamé à la séance du dimanche suivant 27 février 1791. Il prononça un discours dans lequel il débutait, à ce que nous apprend l'abbé Delarc (8) par essayer de démontrer qu'^ la cure de Saint-Séverin était vacante et qu'il ne s'y était pas ingéré.

(1) Victor Pierre, Marie-Antoinette à la Conciergerie, p. 36.

(2) L'abbé Delarc, L'Eglise de Paris vendant la Récolution française, l. lï p. 394.

(3) il. id. t. Iir p. 373.

(4) id. id. t. III. p. 435.

(5) Victor Pierre. Marie-Antoinette d la Conciergerie, p. 37, n l.

(6) L'abbé Delarc.L'i'ffltse de Paris pendant la Révolution française, t. I,

(7) Alrnanach national pour l'au XI, p. 226.

(8) L'Eglise de Paris pendant la Révolution française, t, l, p. 4î4.

L'nbbé Lop^rand de Heaiilit'U s{> fil roiii;n'(iiior par un acte de coiirag-e. Il s'unil, ainsi (juc rindi(Hi(> M. (Uiarlcs Hamel (1) à trois autres curés consiiiulionnels : Matliicu, cuvv de Sainl-Sulpicc, Lemairc, curé do Sainic-Margucrilc et Bru.i'iéics, curé de Saint-Paul jtour pnitcslcr contic la nomination d'un préti'c mai'ié Aubert, à la cure de Saint-Augustin (aujourdMuii NolrerI)anu>-des-\'ictoires) et contre la faiblesse de GoJK'l. ([ui avait dorme à ce prétio rin-litution canonique et Taccolade et nièiiie fait placer la i'eniine dans une stalle- tllKuineur en face de celU- du mari (2). Cette pi'Ot(>stalion intitulée RdcUnnatioit des curés de Paris adressée à tous les évêques de France et qui a été analysée et en partie reproduite par l'abbé Jager (3) fut prol)ablenient rédigée par Brugières, curé de Sainl-Paul (4). Klle attira aussitôt les persécutions sur ses signataires. 13rugières fut incarcéré aux Madetonnettes, Leblanc de Beaulieu à rAbbaye, Lcmairci et Mathieu à Sainte- Pélagie (5). Des électeurs venaient même tous les jo'.is presser Fouquier-Tinville d'r.ccélércr 'la condannuition des protestataires (6). Mais dans l'intervalle, Audrain, évêque conslitulidunel du Finistère, obtint i)ar rentremise d'un membre de la Convention, Jullien de Toulouse, le décret du 12 août 1793 qui mettait lin à toutes poursuites pour obstacle ai'poité au mariage des i)i êtres. Dès le lendemain, sui' la requête d'Agier leur défenscui' ollicieux, un jugement du Tribunal révolutionuîiire ordonna la mise en liberté des quatre curés détenus (7).

Après le 9 ;, thermidor. Saint-Séverin demeurant

(1) Histoire, de VEijlisc Saint-Sulincc. p. Si73.

(2) Nouvelles ecclésiastiques pour 1793, p. 91, cité Picot. Mémoires pour servir à l'Itistotre ecclésiastique pendant le xviii* siècle. 3' éd., t. VI, p. 194, n. 2-

(3) Histoire de Itqllse de l ratice pendant lu liévolution. t. III. p. 1^0 (/.) L'al)l)é Delarc, LE(jUse de l'arls pendant la Hévolutiou t. Il, p.i'Jl

(5)Brugières. Ménioi- : apologétique, cité l'abbé Delarc, L Eijltse de Paris pendant la liévolution française, t. II, p. 29'i.

(6) id . la. i:ilc ibid

(7) id. ici. cité ibid

fermé l'abbé Legrand de Beaulieu adminisira l'église de Sainl-Elienne-du-Mont attribuée aux consfifufionncls. Il fut élu évêque constitutionnel de la Seine-Inférieurei en remplacement de Charlier de la Roche qui avait rétracté son serment à la Goiistilution civile du clergé (1), et sacré comme tel dans son église paroissiale (2) le 28 nivôse an VIII (18 janvier 1800) (3). Il présida comme u métropolitain des côtes de la Manche » — c'était le titre attaché au siège de Rouen dans la Constitution civile du clergé — le concile constitutionnel qui se tint dans sa Aille épiscopale du 5 au 12 octobre 1800 (4). Il fut l'un des quarante-cinq évèques qui adressèrent leur démissiO'U au Cardinal Légat (5) et il fut nommé au Concordat évêque de Soissons « où, dit l'abbé Delarc (6), il a laissé les meilleurs souvenirs ». Il prit le titre d'archevêque d'/Vrles à la suite du Concordat de 1817 (7) et niDurut à Paiis le 13 juillet 1825 (8).

On sait combien fut éphémère l'institution ecclésiastique de' la Constituante. On sait que la Constitution civile du clergé justifia les craintes de Mirabeau pour la constitution politique, et ne fut, elle aussi, que « l'almanach d'une année ». Dès le 19 août 1792, l'Assemblée législative ordonnait la vente de tous les biens réels des églises, en attribuait l'administration aux ofllciers municipaux et allouait connue indemnité aux églises une reaite annuelle égale à quatre pour cent du pro-

(1) L'abbé Delarc, L'Eglise de Paris pendant la Révolution française, t. III, p. 60.

(2) Picot, Mémoires -pour servir à l'histoire ecclésiastique -pendant le xviir siècle, t. VII, p. 298, n. 2.

(3) Almanach national, pour l'an XI, p. 227.

(4) Picot, Mémoires pour servir d l'histoire ecclésiastique pendant le XVIII' siècle, t.. VII, p. 300, n. 1. (5) moniteur, du 22 vendémiaire, an X.

(6) L'Eglise de Paris pendant la Révolution française, t. III p. 32.5.

(7) Picot, Mémoires pour servir d l'histoire ecclésiastique pendant le XVIII' siècle, t. VU, p. 29X, n. 2.

{'<) Robinet Robert et Le Chaplain, Dictionnaire de la Révolution et de l'Empire, V. Leblanc de Beaulieu, t. II, p. 357-

duit (le la vente cie ces l^iens. C'est ainsi ijne la gestion d'une maison appartenant à la fabri(iue de Saint-Séveirin depuis le xvi" siècle fut enlevée aux niarguilliers el passa à la Comnnnie. HiiMilùt un arrêté du conseil g-énéral de la Communei du 28 septembre 1792 supprima à dater du 1*"" janvier 1793 le salaire de tous les employés d'église (1). Peu après un décret de la Convention du 13 brumaire an II (3 novembre 1793) confisqua la rente promise en déclarant l'actif des fabriques propiiété nationale, l-^nliu, le décret de la Convention du 20 brumaire an II (10 novembre 1793) vint consommer offîciellement la ruine de la religion (( d'Etat » en consacrant l'église métropolitaine de Paris au culte de la Raison.

Ainsi VAlmanach national pour 1793, mentionne encore comme curé de Saint-Séverin « le citoyen Jaan-Claude de Beaulieu (2) ». Mais à partir de 1794, les Almanachs nationaux ne contiennent plus d'indications relativeis au culte; les clergés, quels qu'ils fussent, ont cessé d'avoir rang dans l'annuaire ofTiciel.

A cette époque, Saint-Séveirin fut désaffecté. Il fut transformé à ce que nous apprend M. Huysmans (3) en un magasin de salpêtre el de poudre. Saint-Germain-das-Prés était à la même époque un dépôt de salpêtre.

Il est intéressant de rechercher comment les catholiques romains de la paroisse pouvaient à cette époque exercer leur cultei.

Au début, les prêtres catholiques romains <( les non juleurs » comme on les ;ippelait, V(MuiicMl iliio la messe dans les églises constitutionnelles. « La messe de paroisise du

(1) Charles Ilamel, Histoire de lE<jUse Saint-Sulincc. p. 246. (2) Almanach national, pour 1793, p. 197. (3) La Blèvrc et Sal7it-Sévcrin. p. 199.

curé constitutionnel était do plus en plus désertée dit M. Sciout (1) et il y avait foule dans l'église pour entendre la messe dite par un ancimi vicaire expulsé. »

Il y avait biein quelques évèques qui avaient trouvé que la célébration de la messe dans les églises des constitutionnels constituait une adhésion indirecte au schisme, mais d'autres avaient approuvé cette pratique et conune le Saint Siège ne l'avait jamais condamnée, les prêtres avaient pu agir chacun suivant les inspirations de sa conscience (2). D'ailleurs les catholiques romains ne tardèrent pas à avoir leurs églises. Le 11 avril 1791, le Directoire du département de Paris — c'était le nom que portait le déparlemeiUt de la Seine — autorisait les particuliers à affecter des édifices ou parties d'édificci à un culte quelconque, à la seule condition d'apposer une inscription distinguant ces temples privés des églises affectées au culte ofTiciel. M. de Pancemont, le curé de SaintrSulpice dépossédé par les co<nstitutionnels,loua le 16 avril une chapelle confisquée, la chapelle des Théatins (3). Elle était située sur le quai des Théatins, aujourd'hui quai Voltaire (4). L'ouverture en eut lieu le 17 avril, dimanche des Rameaux; l'église portait l'inscription : « Edifice consacré au culte redigieux par une Société particulière. Paix et Liberté. » Mais à la suite des troubles qui se produisirent le jour de l'ouverturei et qui se renouvelèrent le 2 juin, jour de l'Ascension « les catholiques durent renoncer à l'exercice public de leur culte aux Théatins comme ailleurs (5) ». Les catholiques se rassemblèrent dès lors dans l'église des Missions étrangères, dont les prê-

(1) Histoire de la Constitution civile du clergé, t. II, p. 216. (2) L'abbé Emery. Lettre à Mgr Mauru, archevêque de Nicée, décembre 1792, dans l'abbé Delarc, . Eglise de Paris pendant la liévolution irançaise, t. Il,

'iv ciiarles llamel. Histoire de léglise Salnt-Sulplce, p. 248. (4) Victor Pierre, L église Salnl-Thonias-d' Aquln pendant la Hévolution, p. 26. (5) Charles Uamel, Histoire de léglise Saint-Sulvice , p. 248.

très, nuMiii' au plus rcul di' la Idurnienlc. ne furcul jamais inquitMôs, ol oîi Von u'ciilia ([u'avec des cartes, à la chapelle du l'elil-Cahaiii', rue do X'augirard, près la place. Sainl-Michivl, — c'était à celte épotiuo la place de la barrière Saint-Michel, aujourd'hui place Médici.s — (>l cliez les Bénèdictiues du Saint-Sacreuieul, ru(^ (^a.^selle (1). Mais les oratoires se rarélièrent l)ieiilùl. Obligé de se cacher dans Paris, l'abbé de Panceniont ix)u\ait dire dans les instruciioins imprimées qu'il adressait à ses paroissiens : u Nous n'avons plus de leuiples. Les uns sont renversés, les autres sont envahis par le schisme et la violence nous ferme contre la disposition même de la nouvedle constitution ceux dont nous pourrions faire, usage (2). » De plus une loi du 18 août 1792 imposa à tous les anciens curés dépossédés pour toucher leur pension un serment ainsi conçu : « Je jurei d'être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir en les défendant. » Ce seiinent était purement politique (3), néanmoins, beaucoup d'ecclésiastiques, sinon à Paris, du moins en province, refusèrent dei le prêter et Maury, archevêque de Nicée, alors à Rome, condamna véhémentement dans une lettre du 5 décembre 1792 les prêtres ijui s'y étaient soumis. Plus clairvoyant el plus sage l'abbé Emery prit la défense de ceux qui avaient consenti à faire une promesse qui ne touchait ni à la foi ni à la discipline et iiue le Saint Siège n'avait pas coudé'umée. u A'ous i)arlez, disait-il (4), des ravages tjue fait ce nouveau serment (le sei'ment Lilx'rté, Ivgalité). je crains bien

(1) Cliai'le.s Hamel, Histoire de Saint-Suliiicc. p. '260.

(2) Pre'inU'rc exhortation aux vrais catholiques pour passer saintemeut le carême et se tlisposer à la Pâques, citée Charles Hiuncl, Histoire de Saint- Sulvlce. p. 251.

(3) L'abbé Grente. Une paroisse de Paris sous lanclen régime, Saint-Jacquesdu-Haut-Pas, p. 223.

(4) Lettre à Myr Maury. archevi'qiie de NLcée, décembre 1792, d.ins labbé Delarc, L'Eyltse de Paris pendant la névulution française, t. H, p. 310

qu'il n'en fasse, mais c'est moins la faute de ceux qui Font prêté que la faute de quelques prêtres d'un zèle exagéré qui ne l'ont point prêté. » Et parlant de ces théologiens puristes qui, dans des matières libres, prétendaient trancher du pape et devancer les décisions romaines, il ajoutait : » A force de vouloir s'éloigner du schisme, ils deviennent eux-mêmes schismatiques. »

Sous la Terreur, le culte catholique romain ne fut célébré qu'à l'église de la Conception, dans un atelier de peintre au faubourg Montmartre' et rue' Saint-Jacques, à la Vache Noire II faudrait, d'après M. Gazier (2) ajouter la cha-

pelle des religieuses anglaises de la l'ue de Lourcinc. Mais d'un côté l'église de la Conception et la chapelle^ de la rue de L( urcino furent fermées au commencement de 1794 (3) et, d'un autre l'oratoire de la rue Saint-Jacques n'aurait été, d'après M. Charles Ilamel (4), établi qu'après le 9 thermidor. Une ancienne carmélite du couvent de la ruf> de Grenelle, Mme Camille de» Soyecourt avait ouvert sous cette enseigne triviale une modeste aubeirg'©. « Sous le déguisement de cabaretière, dit M. Charles Hamel (5) elle donnait asile à des pj'êtres et à des religieux qui pouvaient y célébrer la messe dans une petite chapelle installée dans un réduit obscur de la maison. »

Quant aux constitutioniiels, leur centre paraît avoir été la clia[ielle de rinstitution de l'Oratoire, aujourd'hui hospice des Enfants-Assistés, rue d'Enfer. M. Gazier (G) dépeint ainsi,

(1) Mgr d'Astros, Lettre à Tabhé Tréveaux, Toulouse, 16 septembre 1848 dans ralihé Delare, L'Eglise de Paris pendant la Révolution française, X III. p. 319

(2) Eludes sur l'Instolre reliaiiuse de la dévolution iraiiçaisc, p. 2-2U ,

(3) A. Gazier, Etudes sur l'histoire relUjWuse de la llévolutlon Irançaise, p. 220.

d) Histoire de l'ét/Use Saint-Sulplce, p. 261. n° 2. (5) id id.

(3) A. Gazier. Etudes sur l'histoire religieuse de la Révolution française. p. 220. - - - —

d'apr^s la gazette do leur parti les Nouvelles ecclésiastiques, Total (lu cullo en décembre 1793 :

.1 l.i cliaii'llo do l'Institution de FOraloire ne désemplissait pas. Dos gens de la campagne qui s'en retournaient après avoir vendu leurs provisions, profitaient avec joie de cette occasion d'assislor au saint sacririce. D'autres venaient exprès de doux ou trois lieues, comme oii allait, pour le même sujet, du faubourg Saint-Antoine à Bercy, à Gharenton, à Saintr Maur, à Cliollos, distant de quelques lieues et jusqu'à Lagny, qui est au moins à six lieues. L'après-midi fi vêpres, il y

avait autant de monde que la chapelle pouvait en contenir » Mais cette chapelle dut ellcrmême fermer ses por tes

le 23 février 1794 (1).

Gependan.t le 9 thermidor amena une défenle qui alla en s'accentuant. Le 3 ventôse an III (21 fôvriiu' 1795), un décret de la Convention autorise l'exercice du culte dans une enceinte close en proscrivant tout signe et toute inscription extérieurs. Les catholiques se hâtent do profiter de ce qui leur est rendu de liberté. Quelques jours ne s-ji sont pas écoulés que l'on vend sur le « pont Michel » un livret annonçant l'ouverture des églises dans toute la République (2). Los cérémonies religieuses occupent l'opinion. « La liberté des cultes, litron dans un rapport de police (3), fait sur les opinions une agréable diversion : les associations religieuses profitent du décret pour ouvrir en nombre d'endroits des

(1)A. Gazier, Etudes sur l'Iiistoire reliuieuse de la liévolutiou française, p. 220.

(2) Rapport de police du 17 ventôse t7 mars) sur la journée du 16 (6 mars) dans Aulard, Paris pendant la réaetion therniidorleune et suus le Directoire, t. I, p. 535.

(3) Rapport de police du 19 ventôse an III (9 mars 1795) sur la jouruée du 18 (8 mars) dans Aulard, Paris pendant la réaction thernadoricnne et sous le Directoire, t. I. p. 540.

lemples à leur usag-e. Tout jusqu'à ce moment nous annonce que la décence et la tranquillité y ont régné. »

Tous les journaux constatent l'assistance aux olTices et la re'prise des habitudes religieuses. « Dans quelques églises, liton dans l'un (i)à l'occasion du dimanche 8 mars 1795, dans quelques églises on a dit la messe. Les dévots et les curieux s'y sont portés en foule. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'on ne paraît pas plus étonné des queues qui sont à la porte des églises que des queues qui sont à la porte des boulangers : cela fait croire que la messe est devenue pour les Parisiens eux-mêmes un objet de première nécessité. » « On s'aperçoit dans cette ville (Paris), lit-on dans l'autre (2), que la liberté des cultes n'est pas illusoire. Plusieurs églises étaient ce matin (24 ventôse an XIII, 14 mars 1795) si pleines de fidèles que leur surabondance formait de longues queues connue aux portes des boulangers et des bouchers. La messe était pour certaines gens aussi nécessaire qu'un bon repas après un long jeûne... » L'aiïluence se maintient : « Il y avait aujourd'hui, lit-on dans un journal (3) à propos du dimanche 15 mars, deux sortes de queues, queue à la messe, queue à la porte des boulangeries. » Le dimanche, la ville prend un aspect spécial : « C'est aujourd'hui dimanche, suivant l'ère catholique, lit-on dans un autre journal (4). Dans plusieurs quartiers de Paris le3 boutiques des marchands sont fermées et l'on voit de longues queues autour des maisons oi!i on cé-

(1) Gazette [raiiçntse du 19 ventôse an IH (9 mars 1795) premier Paris en date du 18 ventôse (8 mars) dans Aulard, Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire, t. I, p. 542.

(2) Journal des Municipalités, rédigé par le citoyen Lamlral, n° 13 cité Bertrand Robldou, Histoire du clergé pendant la Révolution française, t. I, p. 388.

(3) Gazette française du '-'6 ventôse an m (10 mars 1795) premier Paris en date du 15 ventôse dans Aulard, Paris pendant la réaction thermidorienne et tous le Directoire, t. I, p. 54i.

(4) Courrier républicain du 19 ventôse an III (25 mars 1795) premier Paris, ^n date du 18 ventôse dans Aulard, Paris pendant la réaction thermidorienne ".t sous le Directoire, t. I, p. 542.

Ièl>re la nipsso. Ainsi il i)araît quo le poiiplc français, mémo à Paris, est lniii de rt'S])iit j)]iil(is(iiilii(|iic anquol on a voulu le [(irnicr. » ('et asi)(>el liiiil ])ar devenir une soi'le de calendrier de clioscs, rappelant les conipulations proscriles : « Ceux qui ne savent pas, lit-on dans un journal (1), ceux qui ne savent pas que c'est aujourd'liui diniancliecn sont avertis par les nombreuses queues que Ton remarque à la porte des anciennes églises. »

Ces égiises. c'était Saint-l'^rançois, aujourd'hui S ùnt-Jean- Sdinl-François; c'était r("giise des Cai'mcs située rue des Rillettes: (( L'ofllce s'y l'ait, lit-on dans un document (2). av(>c autant de solennité que ci-devant. » La foule y était si granile que dans la matinée du 25 ventôse an Jl (15 mars 1795) la ])oite était l'estée à moitié ouverte (3); c'était enlin. ce (pii intéressait davantage les paroissiens de Saint-Séverin, Saint- Germain-des-Prés : « Il se fait, lit-on dans un rapport de police (i), il se fait une unitation ai)rè> cliaque messe par le curé de ci-devant Saint-Germain-des-Prés aux citoyens qui y assistent et qui veulent i)rolitcr du bénélice de la loi en suivant le culte catholique de respecter toujours la loi et la représentation nationale. »

Mais quels étaient les prêtres qui ofTiciaient dans ces églises ? Etaient-ce 1:« assermentés ou les insermentés confondus sous le nom de catholiques ? Depuis le désélablissement de l'église constitutionnelle, il devenait parfois malais? de les

(1) Mcssaijer du .soi/- du 26 vciito.-e an HI (10 niar.s 179Ô) premier Paris, en 4ate du 25 ventôse dans Aulard l'arLs pendant la réaction tlicrniidorienne et sous le Directoire, t. I, p. .'67.

(2) Kappurt de pulice du 19 ventôie (9 mars) sur la journée du IS (S mars) dans Aulard, Paris pendant la réaction therinldoriennt et sous le Directoire, t. 1, p. 510.

(3) happort de police du 2u vento>c (16 mars) sur la JouruÊe du 25 (l5 mars idans Aulard, Paris vendant la réaction ttiernildorienne ei sous le Directoire, i. 1 p. 566.

Cii Kapport de police du 18 ventûie (8 mars) sur la journée du 17 dans Aulard, Paris vendant la réaction tltermidorlenne it ^ous le Directoire.

distinguer d'autant plus que dans les premiers mois de 1795 un grand nombre d'ecclésiastiques qui avaient adhéré au schisme constitutionnel étaient rentrés dans le sein de l'Eglise romame. C'est ainsi que M. Victor Pierre est fort empêché de préciser à quel catholicisme romain ou constitutionnel appartenait une partie du clergé de Saint-Thomas-d'Aquin (1) et que des difficultés analogues se sont éle\^ées au sujet du clergé de Saint-Jacques-du-Haut-Pas (2).

A la suite de la journée du l*"" prairial an III (20 mai 1795) où l'insurrection jacobine avait été repoussée, les Thermidoiriens firent voter par la Convention le 11 prairial an III (30 mai 1795) une loi sur la célébration des cultes dans les édifices qui y étaient originairement destinés. Cette loi concédait aux citoyens des communes l'usage des édifices non aliénés destinés aux cultes et dont les communes étaient en possession le premier jour de l'an II (22 septembre 1793). Elle n'accordait à Paris qu'un édifice par chacun des douze arrondissements. (Cependant le Directoire du département de Paris, chargé de choisir les monuments en accorda quinze (3). Saint- Séverin ne fut pas au nombre des édifices rendus. Parmi les églises restituées se trouvaient deux édifices oii auraient pu se rendre les paroissiens de Saint-Séverin, Notre-Dame et Saint-Sulpice. Mais si la plupart des églises furent remises aux catholiques romains, quelques-unes furent livrées aux constitutionnels, et parmi ces dernières se trouvèrent Notre-Dame que l'on dut débarrasser de quinze cents tonneaux

(1) Victor Pierre, L'église SaiiU-Thonias-d'Aquin pendant la Révolution p. 42, 56, 64.

(2) L'abbé Grente, Une paroisse de Paris sous l'ancien régime, S ai nt- Jacquesdu Haut-Pas, p. 2i3.

(3) L'abbé Delarc, l'Eglise de Paris pendant la Révolution française, t. m p 325.

(Je vin destinés aux hôpitaux niililaires ([ui l'encombraient (1) et Saint-Sulpice (2). Il y avait d'ailleurs d'autres édifices servant de ('liai)elles : si l'on ajoiilc les oraloires privés on arrive au chilTre de trente locaux consacrés au culte dans Paris (3). Les membres du chM'gé étaient nonibieux. D'après les rapports fournis au Directoin; le 8 lloréal an IV (27 avril 1796) il y avait dix-neuf prêtres attachés à Notre-Dame (4) et sur le XP arrondissement, dont faisait partie la paroisse de Saint-Séverin, 13i prêtres avaient fait la déclaration de fidélité aux lois ({ui avait été prescrite (5). Le nombre des édifices consacrés au culte s'accrut rapidement. Le 11 frimaire an V (l""" décembre 1796) il y avait dans Paris quarante édifices affectés au culte catholique sans compter les oratoires privés (6) . Trois églises occupées par les catholiques romains s'ouvraient alors aux paroissiens de Saint-Séverin : Saint- Gcrmain-des-Prés, Saint-Benoît et les Carmes, rachetés par Mme de Soyecourt, qu'administrait l'ancien curé de Saint- Sulpice, l'abbé de Pancemont (7).

Le coup d'Etat du 18 fructidor an V (5 septembre 1797) vint tout arrêter. La loi du 11 prairial an 111 (30 mai 1795) n'exigeait qu'un serment de soumission aux lois de la République; la loi du 7 vendémiaire an IV (29 septembre 1795) n'exigeait qu'un serment ainsi conçu : « Je reconnais que l'universalité des citoyens français est le souverain et je promets soumission et obéissance aux lois de la République »,

(1) Bertrand Robiduu, Histoire du cUnjé pendant la Révolution !rançal$e, t. I, p. 406.

(2) L'abbé Delarc, L'Eglise de Paris pendant la liêi'olution Irançaise. t. III, p. 3i-\

(3) id. id t m, p. o"*^.

(4) Sclout Histoire de la Constitu'ion civile dii clenjé, t .IV, p. 460.

(5) 1... ici t. IV. p. '164.

(6) I/abbé Delarc, l.'Eijlise de l'aris pendalnt la Révolution française, t: 111. p. 369.

(7; Charles Hamel, Histoire de Saint-Sulplee P ~!'5.

serment exclusivement civil et qui n'avait rien qui pût alarmer sérieuseme'nt les consciences religieuses. Malheureuse*ment des préjugés d'ordre parfois purement politique firent obstacle à ce que ces serments fussent universellement prêtés par les prêtres catholiaues romains, malgré les conseils de l'abbé Emery et de Mgr de Bausset (1) : « Vous frémiriez. écrivait en 1796 M. Emery à un ami, vous frémiriez si vous étiez témoin jusqu'à quel point est funeste à la religion la prévention de quelques personnes dominées par des vues de contre-révolution très mal entendues et pour qui la Religion au lieu d'être fm n'est que moyen (2) ».

Les mesures qui suivirent le 18 fructidor pouvaient être de nature à inquiéter davantage les consciences. La loi du 19 fructidor an V (5 septembre 1797) prescrivit le serment de haine à la royauté qui souleva bien des scrupules. Mais les explications du rapporteur aux Cinq Cents. Chollet, faisaient de cet engagement une simple promesse de respect du g'ouvernement établi. Plusieurs prêtres n'hésitèrent pas à le prêter (3), comme semblait le conseiller l'évêque de Marseille, le futur archevêque de Paris, Mgr de Belloy. Du reste, ainsi que le fait observer l'abbé Grente (4) le seul serment condamné par l'Eglise conmie schismatique était le serment à la Constitution civile du clergé. C'est ce serment que le gouvernement prétendit réclamer: on exigea que les ecclésiastiques qui voudraient profiter de la liberté des cultes justifiassent qu'ils avaient prêté serment à la Constitution civile du clerg'é s'ils y étaient

(1) L'abbé Delarc, L'Eglise de Paris pendant la Révolution française, t. III, p. 355.

(2) L'abbé Emery, lettre â l'abbé de ViUèle. 1796, citée l'abbé Delarc, L'Eglise de Paris pendant la Révolution française, t. III, p. 355.

(3) ^L'abbé Delarc, L'Eglise de Paris pendant la Révolution française, t. III, p. 36^

(4) Une paroisse de Paris sous l'ancien régime, Saint-Jacques- du Haut-Pas p. 223.

tenus et ne s'étaient pas rétractés. Enfin l'on interdisait l'ouverture des temples autres que ceux accordés par la loi du 11 prairial an IV et on défendait la réunion dans les oratoires privés de plus de dix personnes qui n'y étaient pas domiciliées (1).

Le Consulat mit un terme aux rigueurs. Un arrêté des consuls du 7 nivôse an VIII (28 décembre 1799) autorisa la. réouverture do douze églises. Deux ans plus tard, le Concordat venait ramener la paix religieuse.

(1) L'.ibhé Grente, l'nc luiroissc </c l'arts sous l'iiiictcii réijUiu\ saltttJacQiiesdu- Haut-Pas, \' --•'•

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