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pagnie commerciale, ou à quelque riche marchand qui, moyennant la concession de ces avantages, ferait toutes les dépenses qu’exigeait la colonie. Antoine Crozat se présenta, et obtint une charte de concession, datée le 26 Septembre 1712. Le Roi, dans cette charte, donnait à Crozat le commerce exclusif de tout le territoire qui appartenait à la France, entre le vieux et le nouveau Mexique et les Carolines, en y comprenant l’Ile Dauphin et l’Ile du Massacre. Le territoire ainsi décrit d’une manière vague devait porter le nom de Gouvernement de la Louisiane, et devait être une dépendance du Gouvernement de la Nouvelle France. Ce monopole commercial accordé à Crozat, était accompagné de beaucoup d’autres privilèges : entr’autres, de celui d’exploiter toutes les mines de métaux précieux, et d’envoyer un navire une fois par an, à la Guinée, chercher des noirs. Tous ces privilèges devaient durer quinze ans, à condition que Crozat remplirait certaines conditions qui lui étaient imposées : telle que celle d’envoyer de France à la Louisiane, tous les ans, deux navires chargés d’un certain nombre de colons. Les dépenses du gouvernement pour les salaires des officiers du Roi à la Louisiane, étaient fixées à une somme annuelle de dix mille piastres qui devaient être payées en France à Crozat, sur les mandats du Commissaire Ordonnateur de la colonie, La Louisiane était soumise par un article de la
charte, aux lois, aux édits, aux ordonnances du royaume de France et aux coutumes de Paris. — Son gouvernement était confié à un conseil supérieur semblable à celui de St. Domingue et de la Martinique.
Lorsque cette charte fut octroyée à Crozat en 1712, il y avait à la Louisiane deux compagnies d’infanterie de cinquante hommes chacune, et soixante-quinze Canadiens au service du Roi. Le reste de la population n’était composée que de vingt-huit familles, et il n°y avait alors que vingt nègres dans la colunie. Enfin, toute la population de la province, en y comprenant les officiers du Roi et le clergé, ne se montait pas à trois cent quatre-vingts personnes, qui se trouvaient éparpillées dans cette région immense et séparées entr’elles par des lacs et des rivières larges et profondes.
Ainsi, en estimant que l’Etat de la Louisiane est à peu près la sixième partie du territoire immense sur lequel cette faible population était répartie, et en faisant d’après cette base, le calcul de la population que contenaient en 1712 nos limites actuelles, nous trouverons qu’elle n’était alors que d’environ soixante-quatre personnes. Or maintenant, dans ün rapport estimatif du nombre des habitans de l'Etat de la Louisiane présenté en 1830 au congrès, notre population est portée à trois cent mille ames. L’histoire ne fournit pas un autre exemple d’une prospérité aussi étannante, et la pos-
térité rejetera parmi les fables un fait qui est de la plus stricte vérité,
Si les cnchantemens d’une magicienne pouvaient ramener Bienville à la vie, quel spectacle ravissant s’offrirait à ses regards ! Quels changemens se sont opérés dans le cours d’un siècle! Un désert est devenu le centre de la civilisation, et des maisons superbes ont pris la place de la hutte du Sauvage. Quelle joie ineffable inonderait son cœur à la vue de ces Etats souverains qui, lorsqu'il en posait lés fondemens, ne pesaient pas la valeur d’une mince bourgade européenne ! Avec quel sentiment d’orgueil, il verr:it son nom figurer dans les glorieuses annales du nouveau monde! Terre chérie, s’écrierait-il, toi qui as vu mes travaux et mes dangers, apprends-moi quel dieu a versé sur toi toutes les faveurs du ciel. Du sein des forêts, des fleuves profonds, des campagnes ovulentes, des hamerux et des villes, une voix s’éleverait et lui dirait : c’est la liberté.
Mais en 1713, époque à lanuelle une politique à vue courte, présidait aux destinéos de la Louisiane, il était impossible de prevoir la in de la paralysie dont elle était frappée. Le monopole au visage hideux et gothique devait encore la fouler sous ses pieds. En effet, le 7 Mai 1713, un vaisseau de cinquante canons débarqua à l’Ile Dauphin les officiers qui étaient chargés de l'administration de la Louisiane, sous ce nouveau système
monopoliseur, Les principaux étaient : Lamothe Cadillac, gouverneur, Duclos, commissaire ordonnateur, Le Bas, controleur.
Lamothe Cadillac ne révait qu’à des mines d’or et d'argent. Il voyait déjà s'ouvrir les entrailles de la terre et son œil parcourait avec transport ces cavités qui renfermaient les métaux que convoitait son ambition. Cette idée fixe, à laquells se rattachaient toutes ses espérances, l’empêécha de se livrer à des travaux utiles et l’entraina dans des recherches qui lui firent perdre un tems précieux qu’il aurait pu beaucoup mieux employer. C'était aux travaux de l’agriculture qu'il aurait du presser les colons de s’adonner. L'agriculture aurait appelé le commerce, et le commerce eut bientôt parsemé le sol de la colonie, de métaux déjà frappés et marqués au coin du prince. Mais loin de se livrer âaucune occupation agricole, les colons préferaient les plaisirs de la pêche et de la chasse qui leur procuraient souvent une subsistance facile. Les fleuves, les lacs et les étangs abondaient en poissons. Leurs bords étaient peuplés d'oiseaux de toute espèce et des troupeaux de chevreuils pullulaient dans les forêts. La colonie continua de végéter jusqu'en 1716, sans qu'aucun évènement digne d'être relaté s'y fut passé. Sa tranquillité n’était interrompue que par les guerres des Sauvages qui s’enlevaient mutuellement Ja chevelure et qui, de tems à autre, attaquaient les Français.
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En 1716, les Natchez donnèrent une singulière preuve de l’entier dévouement qu’ils avaient pour leurs chefs. Des Canadiens et deux Françuis descendaient le fleuve. Ceux-ci furent tués par les Indiens, à l’instigation d’un de leurs chets et les Canadiens furent detenus prisonniers. Bienville qui avait remonte le fleuve et qui se trouvait alors près du village des Natchez, se hâta de s’y rendre pour punir les assassins. En effet, il demanda que la téte du chef coupable lui fut apportee. Les Indiens répondirent que le coupable était un Soleil et un grand guerrier, et que par conséquent, il devait être à l’abri de tout châtiment. Bienvile insista et redoubla ses menaces. Alors, ua Indien résolut de mourir pour son chef ; sa tète fut tranchee et présentée à Bienville comme etant celle du Soleil. Informé de cette susercherie, Bienville ne se tint pas pour satisfait. Alors, une autre tête vulgaire consentit à tomber, Mais la ruse n’ayant pas encore réussi, Ia mort du proscrit que les Indiens massacrèrent, lorsqu'ils virent qu'ils ne pouvaient pas le sauver, apaisa enfin le ressentiment de Bienville,
Ce fut en cette même année qne trois navires de Crosat arrivèrent Je France avec L'Epinui qui avait été nommé gouverneur de la Louisiane ot Huber”, conmissaire crdonnateur, L'Epinai remit à Bienvile pour récompense de ses travaux. une croix de St, Louis, de lu part du Roi de France;
mais cette faveur ne calma pas le mécontentement de Bienville qui croyait qu’il avait plus que tout autre, des titres au gouvernement de la Louisiane, , Peu de teius après, il éclata entre celui-ci et le nouveau gouverneur une funeste mesintelligence qui nuisit beaucoup à la prospérité de la colonie. Crozat, ayant bientôt acquis la conviction que
. le monopole commercial qu'on lui avait accordé,
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lui était plus nuisible qu’avantageux, à cause des charges qui y étaient annexées, remit au Roi sa charte de concession. Pendant le règne de Crozat, l’agriculture et le commerce de la colonie n’avaient nullement prospéré. Sa population seule s’était faiblement augmentée ; car en comptant les troupes, elle était de sept cents personnes.
Le gouvernement français, croyant qu’une compagnie exploiterait les ressources de la Louisiane beaucoup mieux qu'un seul homme, resolut d’en créer une. La charte de cette nouvelle corporation fut enregistrée au parlement de Paris, le 6 Septembre 1717. Cette compagnie devait être composée d’actionnaires, et ces actionnaires pouvaient être non seulement des sujets du Roi de France, mais des étrangers. Les articles suivans étaient les principaux de la charte :
La compagnie aura le pouvoir de faire la guerre et la paix avec les Indiens.
Elie aura la propriété absolue de toutes les mines qu'elle pourra découvrir et travailler.
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Elle aura la faculté de faire des concessions de terres, de construire des forts, de lever des troupes, de nommer les gouverneurs de la colonie et les autres officiers qui devront cependant être présentés par les directeurs au Roi, par qui ils devront être commissionnés. |
Elle avait. de plus le pouvoir de construire des batimens de guerre et de fondre des pièces d’artillerie.
Enfin, la Compagnie était rev étue de toute espèce de pouvoirs et de privilèges, à condition qu’elle jurerait foi et hommage au Roi de France et fournirait, à chaque nouveau règne, une couronne d’or de trente marcs.
Elle était aussi obligée de faire transporter dans la colonie, pendant la durée de ces privilèges, six mille blancs et trois mille noirs,
Le 9 de Février 1718, trois navires de la Compagnie arrivèrent avec des troupes et des colons. Ils apportèrent l’agréable nouvelle que Bienville était renommé gouverneur, Ayant passé vingt ans dans la colonie, il en connaissait toutes les ressources et tous les besoins, et il s'était rendu cher à tous les halitans. Le premier acte de son administration fut de chercher un lieu favorable sur les bords du Mississippi, pour y fixer l’établissement principal de la province, I choisit l'endroit où se trouve maintenant lo Nouvelle-Or-
léans, et il y laissa cinquante hommes pour net- Yo, 1 n
toyer le terrain et y construire des baraques. : La sagacité de Bienville devina les ressources d’une pareille situation et l’évènement a prouvé que son choix était judicieux.
Crozat avait fait de vains efforts pour commercer avec les Espagnols du Mexique et pout découvrir des mines de métaux précieux, L’expérience de Crozat sérvit à la Compagnie qui s’abstint sagement de suivre ses traces. Elle sentit que le commerce exclusif qu’on lui avait accordé -avec une province immense qui n'avait pas d’habitans, ne pouvait donner aucun profit, parce qu’il ne peut pas y avoir de commerce, Ïà où il n’y a pas d’hommes. La Compagnie jugea avec rdison qu’il fallait encourager l’agriculture, et crut atteindre ce but, en faisant de fortes concessions de terre:à plusieurs des personnes les plus riches et les plus puissuntes du royaume. En conséquence, elle concéda quat:e lieues carrécs sur la Rivière des Arkansas, au fameux Ecossais Law, qui jouissait alors d’un grand crédit à la cour du régent que ses projets de finance avaient fasciné ; elle en fit plusieurr autres sur la Rivière des Yazous, à une compagnie composée de Le Blanc, secrétaire d’'Etat, le Comte de Belleville, le Marquis d’Auleck,et Le Blond, qui vint ensuite à la Louisiane comme officier général du Corps des Ingénieurs de la province ; aux environs des Natchez, à Hubert et à une compagnie de marchands de St, Mulo;
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aux Natchitoches, sur la Rivière Rouge, à Bernard de La Harpe ; aux Tunicas, à St. Reine ; à la Pointe Coupée, à de Meuse. L'endroit où est située maintenaut la ville dé Bâton Rouge, fut concédé à Diron d’Artaguette.- Cette partie de la rive.droite du Mississippi qui est vis-à-vis le Bayou Manshac, à Paris Duvernay ; les T'choupitoulas, a de Muys ; les Oumas, au Marquis d’Anconis; les Cannes Brulees, au Marquis d’Artagnac ; la rive opposée, à de Guiche, de La Hou-
saie et de La Houpe ;, la Baie de St. Louis, à Ma-
dame de Mézières, et les Pascagoulas, à Madame de Chaumont.
Il avait été stipulé avec Law, qu’il établirait sur les terres qui lui avaient été concédées quinze cents Allemands ou provinciaux, et qu’il entretiendrait un petit corps d’infanterie et de cavalerie pour Jes protéger. T'outes les autres personnes à qui des concessions avaient été fuites, devaient aussi fournir un certain nombre de colons, chacune suivant l’étendue de sa concession. Cette épreuve ne réussit pas. Quelques paysans furent en effet envoyés à la Louisiane par ces grands propriétaires ; mais plusieurs périrent victimes du climat, et d’autres, qui n'étaient pas surveillés par leurs patrons, ne se livrèrent à aucune occupation utile.
Au printems de l’année 1719, l’Archambault qui venait d’étre nommé directeur général des affaires de la Compagnie, arriva à la Mobile avec cent