ESSAI HISTOR'QUE
passagers dont l’intention était de se fixer dans la colonie. Peu de tems aprs, l’on apprit que la France avait déclaré la gurre à l'Espagne ; aussitôt, un conseil de guerre fut convoqué, et Bienville, Hubert, l’Archambaa’t, le Gas et Sérignyÿ qui en étaient membres, déidèrent qu’il! fallait attaquer Pensacola. Les colons, désireux de donner à la France une preuv': de leur zèle, applaudirent à la résolution de leuss chefs. Alors, Bienville, ayant pris avec lui tous les soldats de garnison qu’il put tirer des, forts sans nuire à leurs moyens de défense, et s’étant adjoint quelques Canadiens et quatre cents Indiens, se mit en marche paur attaquer Pensacola par terre, tandisque la petite flotte qui était au service de la colonie en presserait le siège par mer. Les habitans de la Louisiaus prirent part à cette expédition avec le plus vif enthousiasme, et ils se réjouirent d’avoir loccasion d'exercer leur valeur, Mais ils furent déçus dans leur attente, car Mattamore, le gouverneur espagnol, capitula dès que l'ennemi parut, à condition que les habitans seraient exempts du pillage et qu’on transporterait à la Havane la poignée de soldats qu’il avait sous ses ordres. En vertu de cette capitulation, deux navires de la Compagnie partirent pour l’Ile de Cuba, afin d'y déposer la troupe espagnole ; et Chateuugné, frère de Bienville, eut le commandement du fort. La petite armée louisianaise, après
la cette heureuse campagne, rentra dans ses foyers. la : Le capitaine général de l’Ile de Cuba ne craignit si- | pas de violer ouvertement les lois de la guerre et Ile, de s’emparer des navires de la Compagnie qui, en ‘en exécution du traité de capitulation, avaient transuer porte la troupe espagnole à la Havane. Non con- Ja tent de cela, il voulut les faire servir à reprendre à la Pensacola, et y fit embarquer les troupes nécespant saires à cette expédition. Le 5 Août, les Espaqu’il gnols étaient en vue de Pensacola. L’Archambault yens s’y trouvait encore avec Chateaugné, et ils résoluliens rent de faire une dérense vigoureuse, dans l'espoir r at- qu’ils seraient bientôt secourus par Bienville et etite Sérigny. Mais la confusion causée par l'approche e8e- } inattendue de l’ennemi et la défection de quelques
Loui- soldats qui furent gagnes par des ofliciers espaplus gnols subalternes que l’on avait eu l’impr.sence | l’oc- de garder dans le fort, obligèrent Chateaugné de
t dé- se rendre le jour suivant. | Ne uvet- Peu de tems après, les forces de la province | arut, ayant, été augmentées sr ! rrivée de trois V1 smpts vaisseaux de ligne, sous :* comimandement de avane Champmeslin, Pon résolt de faire une nouvelle | AS dres. attaque sur Pensacola, et d’y employer t: 1tr1 les [À es de forces de la colonie. Bienville commandait les
afin forces de terre composées :le deux cents soldats et À teuu- cent Indiens, et Champmesiin avait sous ses ordres nl sent celles de mer. Pensacola était défendue par deux \ |
après forts, l’un grand, ot l’autre, petit, et par une flotte
à pu pres égale à celle des Français. Le fort principal ne tira pas un coup de «arvn, mais le petit se défendit deux heures. La flotte espagnole fit une courageuse résistance qui honora sa défaite. Aussi, lorsque l’amiral espagnol présenta son épée à Champmeslin, celui-ci ne voulut pas la recevoir et lui dit de garder une arme dont il savait si bien se serviret qu’il méritait de porter. Mais il traita différemment le gouverneur de Pensacola. Car il ordonna à un matelot de recevoir son épée et lui fit des reproches sur son peu de courage. — ‘6 Je me félicitais, lui dit-il, d’avoir à combattre ‘6 un Espagnol, parce que je me promettais un enne- ‘6 mi digne de moi. Au lieu de cela, je n’ai trouvé en ‘6 vous qu’un traitre envers son Roi. Vous avez 66 Jachement abusé de sa confiance, et vous faites 66 honte à la nation chevaleresque à laquelle vous ‘ appartenez. Allez, je rougis d’une victoire ‘ qu’une femme m’aurait fait acheter plus cher.”
Les Espagnols eurent beaucoup d’hommes tués ; les Français n’en perdirent que dix. Le nombre des prisonniers se monta à dix-huit cents qui furent envoyés à la Havane. Mais Champmeslin eut la précaution de garder des officiers supérieurs en otages, afin d’assurer le retour de ses batimens. Le commandement de Pensacola fut laissé à Delile, lieutenant de vaisser à.
Sur ces entrefaites, 1:s directeurs de la Compagnie ayant appelé l’attention du gouvernement sur
les changemens que de nouvelles circonstances demandaient dans l’ancien ordre de choses, le conseil supérieur de la Louisiane fut réformé par un édit du mois de Septembre 1719. D’après cette ordonnance royale, le conseil devait être composé des directeurs de la Co jui se trouveraient dans la province, du gou: de deux lieutenants de Roi. “e squat lers, d’un avocat général et é'"a greffier orum fut fixé à trois membres pour les affaires civiles et cinq pour les affaires criminelles. Au cas qu’il ne put pas y avoir de quorum, à cause d’absence ou de maladie, les membres présens avaient'le pouvoir de s’adjoindre les notables de la province. Le conseil avait juridiction en dernier ressort et devait siéger tous les mois. Jusqu’en 1719, le conseil avait été le seul tribunal de la province, mais la population ayant augmenté, il fallut créer des tribunaux inférieurs et l’on institua juges, les directeurs de la Compagnie et les habitans les plus recommandables par leurs mœurs et leur fortune. Il en fallait au moins deux pour prendre connaissance d’une affaire civile et quatre pour une affaire criminelle. Mais leurs jugemens devaient être révisés par le conseil supérieur.
À cette époque, la colonie commençait à sortir un peu de son état de langueur. On travaillait la terre dont on avait remarqué l’extrême fertilité, et, on l’avait trouvée admirablement adaptée à Ja cul-