‹ Essai historique sur la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 19 sur 34 · PE D ER · texte numérisé non relu

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SUR LA: LOUISIANE. 131 Mexique, y inclus toutes les îles. à: six lieues de la côte ; à l’Ouest, par le Lac Pontchartrain, le Lag Maurepas et le Mississippi. Au Nord, par.une ligne tirée d’un point: sur le Mississippi, sons le 58e. dégré de latitude nord, jusqu’à la: Rivière Apalachicola, et à EM ellsétait;bornée par cette rivière elle-même, .* .. : ,*

George Johnston, ayant été nommé gouverneur

de la province de West Florida, arriva bientôtà

Pensacola avec le Major Lôftus qui devait prendre. le commandement. destllinois et qui se hâta d’envoyer des . détachemens prendre poséession:-des forts Condé, Toulouse, Baton Rouge et Natchez.

Lorsque les Îndiens eui étaient en alliance avec les Français virent le drapeau blanc disparaître, devant l’etendard anglais, ils abandonnèrent sans regret le territoire que leurs amis ne possédaient plus et se rendirent à la Nouvelle-Orléans. . Le Gouverneur, touché de cette hreuve de fidélité, leur prodigua les louanges qu’elle méritait.et leur alloua des terres sur la rive ouest du Mississippi.

Le gouvernement français, mécontent de la conduite de Kerlerec dans cette occasion, conduite qui avait peut-être mortifié l’urgueil britannique, le rappela immédiatement et le, fit mettre à‘la Bastille. Il fut relaché. quelque tems après, mais le

chagrin avait déjà usé tous les ressorts: de la vie

et il mourut peu de jours après qu’il eut recouvré sa liberté. à

132 ESSAT HISTORIQUE

Après le départ de Kerlerec,: le gouvernement de la province fut confié à d’Abadie qui fut revètu du'titre de directeur général. Les troupes avaient été réduites à trois cents hommes et divisées ên six compagnies, sous le commandement d’Aubry.

Des bruits sinistres commeñçaient alors à circuler dans la colonié et l’on 8e disait avec :effroi que l’on allait passer souâile joug espagnol. Ces

craintes furent réalisées en Ootobre:par une lettre que d’Abadie reçut de son souverain et dans la quelle était contenu le traitE de cession,

Dans ce document, le Roi ordonnait à son directeur général de livrer la colonie au premier ofcier espagnol qui se présenteraït avec les pouvoirs nécessaires et de sè retirer ensuite avec tous ses officiers et soldats. Il lui enjoignait aussi de tour-

. nir à tout Français qui ne voudrait pas rester sous la domination espagnole, un passage pour l’Europe, ou pour les Indes Occidentales,

D’Abadie devait aussi remettre aux autorités espagnoles tous les papiers de la colonie relatifs aux terres concédées, à l'établissement des différens postes, et aux affaires des Indiens, et il devait prendre pour toutes ces piècesdes reçus en forme.

Un double inventaire devait être fait par ke directeur général et un commissaire espagnol, de tous les objets qui appartenaient au Roi de France: tels que l'artillerie, magasins, hôpitaux, navires attachés au service de la province, &c., afin qu’une

ernement ut revêtu s avaient visées ên d’Aubry.

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estimation pût être faite de tous les articles que le Roi d’Espagne * jugerait convenable de gardér.

Ainsi finit, à le Louisiané, le è de‘Louis XV. qui fut aussi flneste aux possession françaises dans le nouveau-monde;qu'à la France ellesnrême. Cependant, l’année qui'‘précéda lu cession fut signalée dans la colonie par l’expulsion des Jéauités et la saisie et cohfiscatiôn de lets propriétés qui furent vendues pour la somme dé cent quatrevingt mille piastres. Ceux de France; Espagne et de Naples eurent le inéme#ort. Cette société éthit devenue trop puissante, L’on craignäit son ambition et ses doctrines dangereuses dont des richesses immenses facilitaient l'opération. ‘C’est ce qui provoqua son abolition. Ainsi fut anéahti, dit Voltaire, cet ordre fameux qui avait toujours eu des hommes estimables, mais encurg plus de brouillons, et qui fut, pendant deux cents ans, un sujet de discorde. L

Louis XV, qui ne donnait pas une heure aux seins de son empire, mais qui consacrait tout sôn tems aux orgies scandaleuses duparc aux cerfs, aliénaisans regret une colonie superbe-qui aurait puftenir lieu dy Cauada à la France, : Turgot en avait deviné toutes les ressources et il avait fait présenter au Roi un plan par lequel il devait appeler en peu de tems une forte population dans ces régions fertiles qu'il décorait durom de France

Equinoxiale. Mais il fut traité en visionnaire. VOL. 3 4

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134 ESSAI HISTORIQUE «Le Roi d’Espagne qui acquérait la Louisiane,

était Charles Hl:qui avait quitté-le trône de Naples pour succédegà ‘sôn frère Ferdinand VE, qui

” mourut le 1€: 1769. : %

Lorsque d’Abadie publia les instructions qu’il avait reques, la province-füt plongée dans la plus grande cpnsternation. Les malheurs semblaient suivre de*prés les malheurs. Ce’h'était pas assez que la colonieeut été divisée et qu’une partie en eut été cédée'à l'Mgleterre ; il fallait encore que la portion qui était restée à'la France, prétât foi et hommage à un monarque étranger. Les jours de désolatiof étaient arrivés ; Jérusalem n'avait plus qu’à se couvrir deses voiles de deuil. Le Seigneur avait retiré sa main: protectrice et les vases de Sion étaient donnés à l’Amalécite., Les rivesdu Meschacébé ne retentirent pas des gémissemens de la douleur, ainsi que les bords sacrés de l’antique Jourdain, lorsque les vierges de la Judée, chantèrent" leurs élégies plaintives sur la hatpe de David, mais un désespoir muet déchirait tous les cœurs et l’on interrogeait son courage et sa raison sur lés mnyens de résistance que l’on

poñvait avoir. Jamais le nom Français ne partit

aussi beau qu’au moment où on allait le perdre ; jamais la vue du drapeau sans tache n'inspira autant d'enthousiasme qu’au moment où le.tissu glorieux ne.flotterait plus sur la tête des enfans de la France. L'on se demandait s’il falluit renoncer à

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ce patrimoine de gloire dont toutes les générations françaises ont hérité depuis qe les forèts de la Gaule ont vu briller l’oriflamme. C’est alors que les Français de la Louisiane, remontant à la source de leur arigine,. apercevaient ce long sillôh. de lumière que la ation française a laissé, dans sa marche, sur locéan des âges. Leur patriotisme aimait à contempler ce.chemin étincelant au travers de l'obscurité des siècles, comme, cette voie lactée qui embellitla voute céleste: cependant il fallait laisser tomber le rideau sur ce spectacle sublime ; él fallait dire un éternel adieu à ces nobles suuvenirs, et qu’un oubli “politique méritât dtêtre récompensé par un nfaître nouveau.

Ces idées qui fermentaient dans les têtes méridionales des Louisianais, les exarpérèrent à un tel point, qu'ils résolurent de faire des représentations au gouvernement français. Ils espéraient que le Roi de France, touché par le cri plaintif qui serait porté aux pieds de son trône, ferait quelque modification;au traité de cession, et qu'ils éviteraient ainsi le coup qu’ils craignaient. En conséquence, chaque paroisse de lajprovince fut invitée à envoy qu des délégués à la Nouvélle- Orléans.

Touteses sjittenité se hatèrent d’acquiescer à cette requête, et une assemblée nombreuse compo- , sée des personnes” len plus respectables du pays, “eut lieu à la Nouvellk-Orléunr. Les membres

principaux étaient : Lafrénière, avocat général, Doucct, avocat, Qui -étuit arrivé depuis peu de France, St Lette, Pin, Villeré, le Chevalier d’Arensbourg, Jean Milhet qui était le plus riche négocian®de la Nouvelle-Orléans, Joseph Milhet son frère, St. Maxent, De Lachaise, Marquis, Garic, Mazent, Mazanige, Poupet, Boisblanc, Grand- Maison, Lalande, Lesassier,, Braud l’imprimeur du Roi,-Kernion, Carrère et Dessalésé - +.

Lafrénière, après avoir; dans un discours éloquent, fait une vive peinture de la triste situation dans laquelle se trouvait la coloñie, proposa une résolution par aquelle les colons en masse supplieraient le Roi de France de-ne pas les détacher de la mère patrie. La proposition fut acceptée à l'unanimité, et Jean Milhet fut choisi par es concitoyens pour aller porter aux pieds du trône la requête des Louisianais.

Arrivé en France, la première démarche de Milhet fut de ag rendré à Paris, auprès de Bienville qui, ayant passé la plus grande partie de sa vie à la Louisiane et si longtems veillé sur ses destinées, prenâit à son sort le plus vifintérét. Le fondateur de la Nouvelle-Orléans, qui avait débarqué à la Louisiane, à l'age 0 vingt-cinq ans, était alors, dans. sa uatrevingt-septièfe année. Il regrettait d’avoir rw ai longtems, depuis qu’il avait vu le démembrement de’ la colonie dont une, partie avait été cédée à Mnglèterre et l’autre à

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l'Espagne. Le vieillard accompagne Milhet chez le Duc de Choiseul. . Cerseigneur reçut la requête des Louisiandis avec un gracieux sourire et combla Milhet et Bienville de civilités. Mais, commè c’é tait Ihi-méme qui avait conseillé. la cession, il n’était nullement disposé à favoriser la demarche des cofons. En effet, il sut avec beaucoup d’art, empêcher Milhet d’approcher le Roi et d’atteindre le but de sa mission.

. Sur.ces entrefaites, d’Abadie mourut en 1766 et le conmandement suprême dévolut à Aubry.

Quoique Milhet eut informé ses concitoyens de sa non réussite, ceux-ci se flattaient toujours que le traite de cession serait annulé. En effet, des circonstances décevantes nourrissaient cette espérance, Car deux ans:s’étaient écoulés, depuis que d’Abadie avait reçu l’ordre de remettre la colonie au premier oficier espagnol qui se présenterait

avèc des pouvuirs nécessaires. Cependant cet

officier n’arrivait pas, et le Roi d'Espagne ne semblait faire aucune disposition pour prendre possession de la province, + L'horizon repsenait ainsi une faible couleur de rose, lorsqu'il se rembrunit tout à coup, à la nouvelle que Don Antonio

de Ulloa avait été nommé gouverneur de la Loui-

siane et était arrivé à la Havane.

En effet, au «mois de Juillet 1768, le conseil supéeur de la Louisiane reçut une lettre par la quelle Ulloa lui nr: quil était chégé de

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