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mb ET
SE à
prendre. possession-de là provivce du nom dû Roi d’Espagne ;. qu’en conséquence, il partirait bien-
4ôt pour ‘exécuter l’ordre dont il était chargé ; et
il terminait, en disant qu’il espérait que les pouvoirs dont il était revêtu, lui fourniraïent l’oécasion et les moyens d’être utile aux Louisianais.
Ulloa ne se fit pas attendre longtems, et débarqua à la. Nouvelle-Orléans, au commencement de l’automne. Il était accompagné de deux compagnies d’infanterie sous les ordres:de Piernas. Il reçut un accueil respectueux mais froid et sombre qui,n’annonçait que trop clairement le méconten-
“tement des citoyens. Ayant été requis par le
gouverneur d’exbiber ses pouvoirs, il refuag de le faire, en disant qu’il voulait différer là prise de
pussession jusqu’à l’arrivée des forces espagnoles. 4 ». ‘
f Roi à |
t bien- h gé ; et Ms 8 pou- “4 x (ee Pcasion | CHAPITRE VIiL débar- Population de la Louisiane, lors de le cession. KRetoufde Jean nent de Milhet, Les louisianais témoignent à Ullos toute leur aversion compa- pour la domrition espagnole. Maladie qui ressemble à la Il fièvre jaune, Les bords du Mississippi sont glacés. Les A8: orangers sont détruits. Assemblées déscolons. Pétition si- k sombre gnée par cinq cent cinquante personnes. Elle est prééentée $ conten- au, conseil sypérieur par Lafrénière. Le conseil supéri par le menage Ulloa de le traiter comme perturbateur du repos dé s. i |, de le province, Message envoyé au gouverneur Elliot par les Loële | 1.4 sianais, Sa réponse. Discours’ de Lafténière au conseil su- ù prise de périeur. Le conseil supérieur ordonne à Ulloa d’exhiber ses ignoles. pouvoirs, ou de sortir de la province. Six cents habitans de la
Côte des Allemands et de la ville prennent les armés, Départ d’Ullosa, au milieu dés cris de joie des citoyens, St. Lette et Lesasaier sont envoyés en France Ils ne réussissent pas dans leur mission. Arrivée d'O’Reilly. Tentitives de résistance, Des messagers sont envoyés dans toutes lus parties de la province, pour soulever les habitans. Villeré descend à la Nouvelle-Orléans à la tête des Acadiens et des hsbhitäns de la Côte des Allemands. Prise de possession par les Espagnois. Assassiaat de Villeré. De Noyant, Lafrénière, Marquis, Joseph Milhet et Carrère sont fuaillés. Réflexions.
Lonsqueé Uilona débarqua à la Nouvelle-ON l
léans, la population de la Louisiane était de cinq # "mille blancs et d'autant de nègres. Quoiqu'il ne . voulut pas prendre le commandement de la pro-
vince, malgré plusieurs fenforts qu’il reçut de la Havane, il envoya deux compagnies bâtir un fort sur la rive, gauche du Mississippi, audessous du Bayou Manshac. Beux autres compagnies furent envoyées dans le même dessein, sur la rive droite, vis-a-vis les Natchez, et deux autres, sur la rive gauche de la Rivière Rouge, sur une éminence située éutre la Rivière Noire etile. Mississippi. Un fort détachement fut aussi envoyé aux Illinois. Ainsi, les Espægnols préludaient à üne prise formelle de possession.
Tel était l’état des soets, lorsque Jean Milhet revint. de France. Sa longue absence avait contribué à nourrir les éapér auces dé ses concitoyens ; car ils pensaient qu'il ”e l'aurait pas ainsi proluugee, 5 il n’avait vu une probabilité de réussite. Mais lorsqu'il leur annonça qu’il fallait renoncer aux chimères dont ils s'étaient bercés, l’exaspéra-. tion füt portée à son comble et les colons ne craiguirent pas de manifester à Ulloa toute la haine qu ‘ils portaient à la domination espagnole dont ils étaient menacés. ù
Depuis læ cession de la Louisiane, les lilas et les élémens mêmes parurent conspirer contre sa prospérité. Car en 1766, elle fut dévastée par uñe maladie affreuse qui ressemblait beaucoup à la fièvre jaune d’aujourd’hui, et en 1788, l'hiver fut si rigoureux, que tous les orangers -périrent une seconde fois et que le fleuve fut glagé tout le long de
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Ilinois.
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ses rives. Les ;/:5 anciens habitans ne se fuveyaient pas d’avoir jamais rien vu,de sembl | Ainsi la nature elle même semblait s’armèr de sévérité pour Fepoaer les nouvequx maîtres” ‘de la Louisiane.
Plusieurs assembléés'eurent lieu en ville et à la paroisse des Allemands, et Lafrénière y jova toujours le rôle principak*"Enfin, l’on fit circuler dans la province une pétition par laquelle le conseil supérieur était supplié d’ordonner à Ulloa et à ses troupes de quitter la colonie, puisqu'il ne
voulait pas exhiber ses pouvoirs. Cette pétition”
fut signée par cinq cent cinquante des citoyens les plus distingués et le commissaire ordonnateur Foucault en ordonna l’impreslllon.
Latrénière ayant présenté la pétition aû conseil supérieur, ce corps qui était sous l'influence de Foucault, menaça”Uliloa de le poursuivre comme perturbateur du repos de la province, s’ilne faisait pas connaître ses pouvoirs. * Car,:les colon® prenant leurs espérances pour la réalité, pensaient que le Roi d’Espagne devait avoir rennncé au traité de cession, puisqu'il différait si longtems de prendre possession de la Louisiane. D’autres croiyaient que ce n’était qu’une mesure politique qui avait fait venir Ulloa parmi enx et que le prétendu gouverneur abusait des raisons d'Etat pour lesquelles on l’avait revêéti d’un titre éphémère. Ils étaient ‘entretenus dans cette erreur pär les
ss anglaises, et par quelques individus de cette
on qui étaient venus à lu Nouvelle-Orléans— F Enfin, d’agitation publique s’était un peu calmée, lursqu'on apprit l’arrivée à la‘Havane d’un armement cofifidérable destiné pour la Louisiane,
. Rendus plus furieux par ces alternatives de cmiliiis et d'espoir, les Louisianais se laissèrent entrâiner par uné‘imagination trop-viv e. Ils crurent qu’ils pourraient résister ‘wix Espagnols et ils envoyèrent un message au gouverneur Elliot qui avait succédé à Johnston dans le gouvernement
de ‘la Floride, pour s’assurer s’il aiderait leurs efforts. Le gouverneur anglais répondit, qu’il ne pouvait prendre aucune mesure hostile contre un roi qui était dpaix avec le sien. L’on étend que Jofnsten envoya à Aubry le message qu’il avait reçu, et qu’Aubry le remit à -Ulloa qui le fit
. parvenir à Madrid. Telle fut peut-être une des causes qui, plus tard, firent verser: le sang de plusfburs des habitans les plus ro de la Louisiane. *
Trompés dans leur attente,îde ce côté, les Louisianais sollicitèrent le conseil'aupérieur de prendre en considération la pétition qui lni avait été pré-
. sentée., Le bouillant Lafrénière fit un discours pour soutenir la demande de ses concitoyens. En voici un‘fragment, tel qu’il a été trouvé dans de vieillessarchives:, ‘.
s Messieurs, nous sommes arrivés à un moment
Es M D LE 2m es Anne mine er EP =
de cette léane— calmée, n armene.
ives de issérent Ds crugnols et r Elliot rnement it leurs qu’il ne optre un S étend age qu’il qui le fit une des sang de es’de la
es Louiprendre té préiscours is. En dans de
oment
Lé 2 ht.»
66 de‘crisé; où il faut agir avec vigueur." Dhns:lés ‘6 Mauxextrèmes; il fautsouvent avoirrecours aux |
‘6 mesures dû désespoir. Eyÿ quel plus grand mal- ‘6 héur. pouvons-nous éprouver, que:célui de n'être ‘plus Français { Quelle honte d’être vendus ‘en ‘ esclaves à une nation étrangère dont nous ne ‘6 connaissons pas la langue. : Nos propriétés, ‘6 c’est peu......Mais notre vie, notre honneur se- ‘6 ront soumis à des. lois que nous-ignorons. N’en ‘4 doutez pas; nous finirons par nous trouver étran- 66 gers sur le sol même de la patrit. Nos mœurs, ‘6 nos‘manières, natre caractère, tout en nous est
. 46 différent de l'Espagnol. : Oui, dis-je, les Espa- : gnols nous repousseront ;çonine n'étant pas de
‘6 leur sang, et les Français nous rejetteront comme
‘6 n’étant plus léurs frères. Alors, nous serons .
‘ placés dans une situation vraiment unique dans 6 le monde.‘ Nous serons des hommes qui n’ap-
‘6 partiendront À aucune nation. Evitons, croyez-" ‘6 moi, le sort funeste qui nbus attend. Courons
‘ aux armes, s’il: le faut, et quoique peu nombreux, 66 nous pourrons encore intimider ceux qui veulent ‘6 devenir nos seigneurs et maîtres. Suivons le ‘6 noble exemple du peuple de la Bourgugne. Lors- ‘ que François 1er. que la fortune abandonna anx ‘ plaines de Pavie,-consentit à acheter sa liberté,
4 au prix d’une des plus belles provinces de France,
66 la noblesse de la Bourgogne répandit d’une voix ‘ unanime à -Launoy qui vint pour prendré pos-
ET ET. PR ee, ;
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Al
{ii … fan "Loso) français estinaliénab dé Mr. ‘tuent, le Rot.ne pe pas nous trail évêr à une -éfuisss 8 étrangère. rançais par la natvsaïice et
*__ ffiparle:cœur, nous:saurons vivreset mourir Fran- « ét ais. Mhiési le Roi: persiste à nous-abandonner, “ vénez nous prendre. ons aurez dufer pour vous üe: vous désal-
se fermée, et Louis: XV: ‘qui, ainsi ‘que François ‘s4er., a été @bligé d'acheter la-paix par de és grands sacrifices, sera bien aise d’avoir.uh prék4exte pour rompre un traité déshonerant. Ce: Eu ‘pendant, aj la Ffange, perdant tout sentiment de‘ | ‘an dignité, repoussait en-marâtre des des enfans LUE Ras ne soyons : ni -Françaif, ni Espagnols,
‘ sé lais, mais. soyons Louisianais ; soyons 10 ki Américainé . Un cri de liberté s’est fait en- ‘ {ttendte sur le:continent que nousshabitons. Au
‘éimoment où je vous.parle, le sang-coule peut-être
#.cheg.nos voisins de la Virginie et de la Caroline.*
6 Ils ont juré de foaler aux pieds l'oppression an-
sé ‘ Blaise qui les fatigue depuis longtems ; Hs ont
4 és jure de briser le joug européen ; £t sans doute
è tiMévènement justifiera leur généreux courage. ‘€ Imploronadeurs secours ; invoquons, s’il le faut,
ww:
* L'acte du parlement, connu sous le’titre de Séamp Act, qui fit partir la première étincelle de da rébellion, fut passé en 1765.
et r à une aride et r Frandonner, ur vous sy désale aussi rançois par de uh prét. Ce-
ment de |
| enfans agnols, soyons ait ens Au ut-être line.* ion an- Hs ont s doute urage.
e faut,
Act, qui on 1765,
ù Li
‘6 Passistante des Indiens, ces premiers habitans
6 du sol dela Louisiane, Sans doute, ils nous
* seront fidèles, car ils ont entendu parler des ‘6 mines du Pérou et des buchers de l’inquisition. 66 Je no sais si je m’abuse, mais il me semble que ‘ les vastes prairies de la Louisiane où la pensée 6 s’elargit avec l'horizon, ne recevront jamais au- ‘ cune institution gothique et encore moins Pes- ‘6 clavage féodal. : Non, osons, et n’oublions pas ‘6 que la fortune seconde souvent l’audace.”?
De pareils sentimens eussent été beaux et sages, si la Louisiane avait eu. sa population actuelle,
* mais elle était alors trop faible pour des mesures
aussi énergiques. . Cependant le 29 Octobre, le conseil supérieur, cédant au vœu des colons, ordonna à Uliloa, (malgré lopposition et le protét d’Aubry) de sortir de la colonie, ou d’exhiber les pouvoirs qu’il prétendaittavoir reçus du Roi d'Espagne, afin qu’ils fussent inscrits sur les régistres du conseil et publiées dans la provinre. Environ six cents des habitans de la ville et de la Côte des Allemands pegitt les pos pour appuyer cette requète.
Ulloa répondit que, puisque sa présence était odieuse aux Louisianais, il préférait se retirer et ne plus les importuner. Aussitôt, ikse rendit à bord d’un navire espagnol qui était arrive dernièrement. Le 2 Novembre, au matin, était !»
jour fixé pour son départs La veille, on avait VOL. I L M
146 ESSAT HISTORIQUE
allumé les flambeaux de lhymen dans üne des mai- |
sons les plus riches de la ville‘; 18 danse et le banquet nuptial avaient prolongé la joyeuse réunion jusqu’au point du jour ; lorsqu’une: voix railleuse s'élève et dit: ‘° Messieurs, l’étoile du matin a ‘6 paru, et Ullon va nous priver de sa présence.— 66 Allons tous-en corps lui faire nos adieux.” La proposition est acceptée avec de bruyants éclats de Joie, et les convives; échauffés par lé vin, se dirigent vers la levée; en poussant des cris de triomphe.: Les plus hardis s'emparent des bateauxqui étaient attachés à la rive et vont couper les cables qui retenaient le vaisseau d’Ulloa. Le navire suit Pimpulsion du.courant et descend le fleuve. A cette vue, tous iles} chapeaux ont volé dre onitcrié: ‘bon
6i LUZ pne À Ti
réveil deÿait couter des tabutée de sang.
Quelques jours après cet évènement, toutes les paroisses de la province envoyèrent des délégués à la Nouvelle-Orléans. .Z’on résulut de tenter un nouvel effort pour faire névoquer le traité de cession, et d’envoyer deux citoyens'en France, porter aux pieds du trône les supplications des colons.
Yette mission fut confiée à St. Lette, un marchand des Natchitoches, et Lesassier, un membre du conseil supérieur.
Ulloa partit pour ln Havane, où il rendit compte
à O’Reilly du traitement qu’il avait subi. Celui-ci, croyant que la province avait levé l’étendard de la rébellion, forma ces projets .de deco Heu qui furent exécutés plus tard.
Les députés que les Louisianais sub envoyés en France, ne réussirent pas mieux que leurs prédécesseurs. . Bienville, sur les services duquel ils avaient compté, n’existait plus, et leur ennemi, le Duc de Choiseul, était toujours en place. St. Lette avait contracté, au collége, une liaison intime avec ce seigneur. Aussi, le. Duc reçut-il, à bras ouverts, l’ancien compagnon de son enfance, mais il repoussa durement le député et son collègue, Il leur dit qu’il était trop tard pour que le Roi de France put revenir sur ce qu’il avait fait, et que
Mais afin de Rs cou ce refus avait d’humiliant pour son ami, il lüidonna un emploi lucrstif dans les Indes Qrientales.
Lesassier, privé de l'assistance de son collègue,
revint vers ses.concitoyehs. Peu de tems après gon retour, le 27 Juillet 1769, on apprit à la Nouvelle-Orléans, Parrivée à la Balize d’une frégate espagnole avec vingt-huit bâtimens de transport qui portaient quatre mille cinq cents hommes de troupes et une grande quantité d'armes et d’ammutions. Cette nouvelle plongea la colonie dans la plus grande consternation, L'on parla de ré-
sistance et des messagers furent envoyés dans toutes les parties de la province.
. Le jour suivant, un exprès, portant à Aubry un message de la part de Don O’Reilly, le commandant des forces espagnoles, débarqua en face de la place publique. Les habitans de la ville furent invités par Aubry à se réunir dans l’église, afin de prendre connaissance du message, Le général espagnol écrivait, qu’ilétait envoyé par son Souverain pour prendre possession de la province ; que son intention n’était nullement de causer aucune détresse parmi les habitans ; qu’aussitôt que la province lui serait remise, il publierait les instructions qu’il avait reçues du Roi son muitre ; mais que si on’s’opposait à l’exécution des ordres qui lui ‘avaient été. transmis, iliétait déterminé à repousser la force par la force. :
Les colons, dont la téte avait eu le tems de se calmer, voyant que ia résistance était impossible, ils n’avaient à opposer aux quatre mille cinq cents hommes d’O’Rei pv à quinze cents miliciens mal tin tion de se soumettre avec: résign sort. Ils firent choix de trois personnes qu’ils députèrent vers le général espagnol pour lui annoncer que l’inteniion des colons de la Louisiane était d'abandonner le pays et pour le supplier de leur accorder deux ans pour vendre leurs propriétés et se retirer. Ces députés étaient Grand
Maison, le Major de place, Lafrénière, avocat général, et Mazent, autrefois capitaine dans les troupes coloniales, mais qui, par son ‘industrie, était devenu un des eabiunt les plus riches de la province.
O’Reilly reçut les députés s avec la politesse la plus aimable et leur assura qu’il était disposé à accueillir toutes les demandes raisonnables que lui feraient les colons ;.qu’il avait leurs intérêts à cœur et qu’il ne. négligerait aucun moyen de Île leur prouver, Il ajouta qu’il avait cublié tout ce qui s’était passé d’injurieux pour le Roi d’Espagne, depuis la cession de la Louisiane, et que, s’il se souvenait de quelque offense, ce n’était que pour la pardonner. Enfin, le rusé Castillan dit tout ce qui pouvait endormir l'inquiétude et les soupçons des colons.
Dans cet intervalle, les émissaires qui aéatont été envoyés le long du fleuve, avaient, réussi à soulever les habitand de la Côte des Allemands et des Acadiens, etVilleré était descendu à la Nouvelle-Orlèuns,.à la tête d’un nombre ner de ses concitoyens. : TA
Le 1er. d’Août; les députés qui. évoluée été envoyés à O’Reilly,wrevinrent à la Nile.-Orléans, et firent connaître aupublic, la réception amicale qui leur avait été faite et les promeskes affectueuses qui leur avaient été données, Ce rapport ralma beaucoup les esprits, et la plupart des habitans
qui étaient. descendus avec Villeré s’en retournèrent chez eux dans l’intention de recueillir leurs récoltes. . | L . Le 16 Août, Ja flotte espagnole arriva à la Nouvelle-Orléans et jeta l’ancre en face de la ville. Les habitans accoururent en foule aur la levée pour assister au débarquement, mais il ne s’effectua que Je 18,. à trois heures de l’après-midi. O’Reilly conduisit ses troupes. à la place publique qui est vis-a-vis la cathédrale actuelle, uù il :fut reçu par Aubry à la tête des troupes françaises entourant le drapeau blanc que portait un mât élevé au centre de la place. À l’approche d’O’Reilly, Ja baunière française fut abaissée, celle d’Espagne fut hissée, et au mument où elles se rencontrèrent, leur union fut saluée par des feux de joie que lancèrent les troupes des deux nations. Dès que le pavillon espagnol fut placé au haut du mât, O’Reilly,.escorté par Aubry, et suivi par les officiers espagnols et français, fit le tour de la place, en signe de prise de possession. 11 se rendit ensuite à l’église, où un Te Deum solennel fut chanté et la bénédiction du ciel, versée sur tous les assistans. O’Reilly, s’étant logé dans une des maisons les plus belles de la ville, fit placer dans sa salle un petit trône, sous un dais superbe, et Jà, le singe de la royauté, avait aussi ses levers, sa cour et ses flatteurs. . Les femmes mêmes des colons qu’éblouissait un éclat auquel elles n’étaient pas ac-
coumées, allaient tous les jours embellir de leur présence, le Louvre du Louis XIV de la Louisiane, Enfin la plus grande tranquillité régnait dans la province; malgré la surprise que l’on éprouvait, de ce que O’Reilly ne tenait pas la promesse qu’il avait faite à la Balize. L'on se rappelle que cette promesse était, de publier les instructions qu’il ayait reçues de son Souverain, aussitôt après qu’il aurait pris possession de la colonie. |
Le 850 Août, un cri d'alarme épouvanta les habitans de la Nouvelle-Orléans. Les amis du peuple étaient arrêtés !: Foucault, le commissaire ordonnateur, De Noyant, Boisblanc, deux membres du conseil superieur, Lafrénière, avocat géneral, et Braud l’imprimeur du Roi, avaient été jetés dans une prison. Les infortunés assistaient au lever du haut et puissant seigneur de la Louigiane, lorsqu'il les pria, avec un gracieux sourire, de passer dans l'appartement voisin. Dès qu'ils y furent entrés, ils se trouvèrent entourés d’un corps de grenadiers qui formèrent autour d’eux un cercle de bayonnettes, et l'officier commandant leur apprit qu’il les faisait prisonniers au nom du Roi,
Cette arrestation avait eu lieu, en conséquence d’une détermination qu'avaient prise les autorités espagnoles, d’étouffer tout germe d’insurrection par des exemples de sévérité. Leur politique avait fraidement arrêté que l’on ferait perir douse individus, et l’on avait secrètement
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152 FSSAI HISTORIQUE
taxé à cet effet, différentes portions de la papulation. Les militaires devaient en fournir deux ; les-avocats, deux ; les habitans, quatre ; les marchänds, quatre. En conséquence, ils avaient choisi Marquis et De Noyant, officiers ; Lafrénière et Doucet, avocats ; Villeré, Boisblanc, Mazent, et Petit, habitans, Jean Mihet, Joseph Milhet, Carrère 6t Poupet, marchands.
Toutes les victimes furent immédiatement arrétées, à l’excepticn de Villeré qui était à la Côte des Allemands.: Cette circonstance rendait son arrestation plus difficile. : Il fut averti à tems du danger:qui le menaçait et fut conseillé de chercher sa sureté auprès du pavillon anglais qui flottait à Manshac. Pendant qu'il délibérait sur le parti qu'il avait 4 prendre, il reçut une lettre d’Aubry, ce vil instrument du crime, qui lui assurait qu'il n’avait rien à eraindre:et qui l’engageait à se rendre en ville. Fort de son innocence, Villeré répugnait à l’idée de la fuite, ‘ Si je fuis, se disait-il, ‘6 je m’avoue coupable: J'aime mieux affronter le ‘6 danger et le fer des assassins. Si je péris, ma ‘6 mort sera du moins utile à mes concitoyens, elle ‘6 leur apprendra à haïr les tyrans.”” Encouragé par ces réflexions, il partit pour la Nouvelle-Orléans, mais il fut arrêté aux portes de Ja ville, et, comme on craignait un mouvement populaire, il fut conduit à bord d’une frégate qui avait jeté l’ancre au milieu du fleuve. Dès que sa femme apprit son
SUR LA ZOUISIANE. 158
sort, elle se hâta de se mettre en route pour aller le rejoindre. Mais lorsqu'elle approcha de la fré: gate, elle reçut l’ordre de s’éloigner promptement, Mde. Villeré répondit, en pleurant, que cette faible barque ne contenait qu’une femme désolée qui voulait revoir, peut-être dans ses derniers momens, celui à qui'les lois divines et humaines l’avaient unie jusqu’à la mort. ‘‘ Retire-toi, lui dit une ‘* voix barbare, un traitre n’a ni femme, ni enfans ; va-t-en, ou je fais feu.” Villeré, au son de cette voix chérie qui avait fait vibrer toutes les cordes de son cœur, avait brisé ses chaînes et s'était élancé sur le pont. ?Tne sentinelle se jeta brusquement entre lui et l’objet aimé qu’il voulait revoir avant de mourir. ‘Que veux-tu, traitre? lui dit le fa- 6 rouche soldat. Reprends tes fers et rentre à 66 à l'instant dans ta chambre-——Je veux voir ma ‘6 femme, elle est là, qui m’attend-—C’est l’écha- ‘6 faud qui t’attend et non ta femme-—L'écha- ‘: faud! apprends, vil bourreau, que Villeré n’est ‘4 pas fait pour mourir sur l’échafaud comme un ‘6 criminel”. À ce mot d’échafaud, une noble rougeur avait coloré son front, et son bras indigné fit rouler à ses pieds le satellite étonné de tant d’audace. Mais à l’instant, les bayonnettes espagnoles le renversèrent mort sur le pont, Mde. Villeré fut témoin de cette scène horrible, et pour redoubler son agonie, un démon qui avait sans doute pris une forme humaine, lui jeta la chemise ensanglantée de son époux.
- ne
Le procès des autres accusés fut bientôt entamé. Ils furent poursuivis sur un statut d’Alphonse XI, qui est la première loi du titre septième de la première Partida. (Cette loi prononçait la peine de mort et la confiscation des biens contre quiconque aurait excité une insurrection contre le Roi, ou qui aurait pris les armes sous le prétexte d’étendre ses libertés et ses droits, et contre tous ceux qui auraient aide le coupable.
Foucault plaïda qu’il n’avait rien fait que comme comuissaire ordonnateur du Roi de France, dans une colonie française, et qu’il n’était res“onsable de ses actions et de ses motifs qu’envers son gouvernement. Cette défense fut admise et il fut transporté en France pour être jugé par un tribunal. compétent, .
* Braud prétendit aussi qu’il n’avait rien fait que comme imprimeur de Sa Majesté Très Chrétienne, le Roi de France, et qu’il n’avait imprimé la pétition des colons au conseil supérieur pour chasser Ulloa. que par l’ordre du commissaire ordonnateur Foucault auquel il était tenu d’obéir. Il produisit en effet l’ordre de cet officier par écrit.— Ces raisons furent jugées solides et il fut acquitté.
Les autres prisonniers soutinrent aussi que le tribunal devant lequel ils étaient amenés n'avait pas juridiction. Ils nièrent les faits dont ils étaient accusés, et prétendirent que s’ils avaient eu lieu, c'était pendant que le drapeau blanc fluttait encore
t entamé.
ionse XI, de la preà peine de quiconque e Roi, ou d’étendre ceux qui
ue comme ince, dans sonsable son gou-
et il fut ar un tri-
yn fait que hrétienne, é la pétir chasser ) ordonna- « Il pror écrit.— acquitté.
ssi que le s n'avait 18 étaient t eu lieu, ait encore
sur lours têtes et pendant que les lois françaises retenaient leur empire dans la colonie; que le peuple de la Louisiane n’avait pas pu être soumis à deux souverains à la fois ; qu'Ulloa w’avait pas pu exiger aucune obéissance de la part des colons, puisqu'il n’avait pas exhibé ses pouvoirs, et que le Roi d’Espagne n’avait pas pu compter sur leur allégeance, avant de les couvrir de sa protection.
Les Espagnols avaient résolu de procéder avec la:plus grande rigueur contre six des prisonniers ; mais Vilere ayant éte tué, on se contenta de prendre cinq têtes parmi celles qui restaient. En conséquencé, De Noyant, Lafrénière, Marquis, Jean Milhet et Carrère furent trouvés :coupables, O’Reilly les condamna à être pendus et prononça
= la confiscation de leurs biens.
La population entière de la Louisiane se jeta en quelque sorte aux pieds d’O‘Reilly pour obtenir de jui qu’on suspendit l’exécution, jusqu’à ce qu’on eut eu le tems d’implorer la clémence royale. Mais le tigre fut inexorable, et la seule faveur qu’on put lui arracher, fut qu’on fusillerait les accusés au lieu de les pendre. Avec cette modification, la sentence fut exécutée le 28 Septembre 1769.
Lorsque de soleil du jour fatal parut sur l’horizon, toutes Îles troupes espagnoles prirent les armes et balayèrent les rues en tous sens. Un régiment fut rangé en bataille le long de la levée et sur la place publique. La plupart des habitans
3», Fe Eté: ré bis SE
” = à cs s PT ns
dela ville s’enfuirent à la campagne, loin du théâtre où l’assassinat politique allait se commettre, À trois heures de l'après-midi, les victimes furent tirées de leur prison et conduites au lieu du sacrifice, qui était le carré situé en face des baraques, entre. les rues de l’hôpital et du Quartier. Les accusés marchèrent au supplice, la tête haute, le regard fier. Ils semblaient dédaigner la vie, depuis que le despotiame pouvait en disposer. Arrivés devant leurs bourreaux, ceux-ci voulurent leur bander les yeux, mais ils s’y refusèrent avec indignation. ‘* Depuis quand,.s’écria Lafrénière, des ‘+ Français ont-ils baissé les yeux devant la mort ? 66 Ne craignez rien, nous saurans. vous regarder ‘6 eu face. . Si nous.ne commandons pas le feu nous- ‘6 mèmes, c’est que nous dédaignons de traiter en 6 avldats, des assassins.” Alors ils se tinrent tous par da main, et au moment où ils furent couchés en joue; ils crièrent avec enthousiasme: ‘ Vive la France.” L’exécrable explosion annonça au petit nombre des citoyens qui étaient restés dans la ville, que leurs amis avaient cessé d'exister, Quelques jours après, en termina le procès de Boisblauc, Doucet, Mazent, Jean Milhet, Petit et Poupi:. ©siame la coupe de sang que l’on voulait était pleine, on se contenta de les transporter à la Havane et de les plonger dans les cachots du Moro. R Tel fut le crime affreux qui fut commis, il y a
ni PDC = © Mo el © A 1 d 1 0.
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furent sacriaques, :€S ACate, le ie, de- Arrint leur c indire, des mort ?
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led nttions. Le sort de ces victimés doit nous faire apprétiet-lés institütto rious à donfées. Si jamia voulaient les détruire, SouVenoris-ñous des Noya etdes Lafrénière. L'endroit où ils furent at parun plorhb mercènaire devrait'ètre toutes
| grille” protéctrice et dés fgné à ln véñératiôn 4
citoyens: * Ik:a6pait d’une politique sage de les hideux effets d'un ‘pouveir he dd des, bienfaits delà fierté: C'était ainsi que u Spartiates donhgient'autrefols une ptifésante leçon à leurs enfanë, en faisant contraster”"l’iVresse d’un Ilote avzc la male dignité etIn'hôble subriété de
son raaîtres» Quel est a ua nôus, qui, en
a 24 rl. liberté ) du 4
pasnant auprès d'un monument quidui reppelerait | qué Je sang dés citoyens
Louisiäne a coulé au: grédu Eaprice d'un soldat farouche, ne 6e sentitaitpas. plus'attaché aux i institutions-dont- la: beauté estl’ohjet de l’admiration du moñfe entier? +AF-s6 dirait avec orgueibs -je.ne suis. souniis qu’à la lôi, etroette-loi,.c'ont: mini qui ai'cotribué à la fuire: 1 Puis: portant ses regards ‘etla Louisiang invderne,
il comparerait: les infertunes coloniales de. lune, avec la prospérité, actuelle et la. maÿenté, gouverainé de l’autre. … À cettervue, le.patriotisne jetterait dans sn cœur des racines jlus-profandes, et les:conceptions dr. citoyen: + ap af
no ent 48