AU NOM'DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Pierre Clément Laussat, préfet colonial, commissaire du sozvernement fratçais, aux Louisianais. j
Louisianais, La mission qui m'avait transporté à travers 2800
‘lieues de mer, au milieu de vous, cette mission dans
laquelle j’ai longtems placé tant d’honorables espé-
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rendit tant 1bux pour votre bonheur, elle est aujourd’hui changée: Celle dont je suis maintenant le ministre et l’exécutenr, moins douce quoiqu’également flatteuse pour moi, m'offre une consolation: c’est, qu’en, général, elle vous est encore plus avantageuse. :
En. vertu des pouvoirs et des ordres: respectifs,
les commissaires de sa majesté catholique viennent
de me remettre le pays, et vous voyez les étendards flottans de la république française, et vous entendez le bruit répété de ses canons, vous annoncer en ce jour, de toutes. parts, le retour de sa domination sur ces plages. Elle n’y sera, Louisianais, que d’un instant, et je suis à la veille de les transmettre
aux commissaires desEtats-Unis chargés d’en
prendre. possession: aunom de leur gouvernement fédéral. Ils sont près d'arriver. Je les attends. Les approches d’une guerre commencée sous de sañglans et terribles auspices et menaçante pour les quatre parties du monde, ont conduit le gouvernement français à reporter son attention et ses reflexions sur ces contrées. Des vues de prudence et d’humanité s’alliant à des vues d’une politique plus vaste, plus solide, dignes en un mot du génie qui balance à cette heure même de si grandes destinées parmi les nations, ont alors donné une direction nouvellé aux intentions bienfaisantes de la France sur la Louisiane. Elle l’a cédée aux Etats-Unis d'Amérique.
64 ESSAI ne: “<
Devenez ainsi, Louisianais, mn gage chérie d’une amitié qui ne peut manquer d’aller se fortifiant de jouren jour entre les deux républiques, etqui doit concourir si puissamment à leur commun repos et à leur commune prospérité. : . »
L'article 3 du traité de cession ne “vous échappera pas. ‘ Les habitans, y. est-il dit, des territoires cédés seront incorporés: dans l’union. des Etats-Unis, et admis, aussitôt qu’il sera possible, d’après les principes de la constitution fédérale, à la jouissancede tous les, droits, avantages et immunités des citoyens des Etats-Unis; et, en attendant, ils seront maintenus et protégés dans la jouissance de leurs libertés, propriétés et dans Fexeroico des religions qu’ils professent.
Vous voilà donc; Louisianais, investis tout dun coup, d’un droit acquis aux métropolitains d’une constitution et d’un gouvernement libres, élevés par la force, cimentés par les traités et'éprouvés par les années et l’expérience.
Vous allez faire partie d’un peuple déjà nombreux et puissant, renommé d’ailleurs par son activité, son industrie, son patriotisme, ses lumières, et qui, dans sa marche rapide, promet de remplir un des rangs les plus brillans que jamais peuple ait occupé sur là face du globe.
Sa position est à la fois tellement heureuse que ses succès et sa splendeur ne peuvent néanmoins de longtems nuire à sa félicité.
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Quelque bienve [lantes et pures que fussent les intentions d’une n ère patrie, ne le savez vous pas, un immense éloignement est un rempart ivexpugnable en faveur de l'oppression, des exactions et des abus. Souvent même la facilité et la certitude de les y couvrir corrompt l’homme qui les envisageait d’abord avec le plus de haine et de crainte.
Dès à présent,: vous cessez d’être exposés à cet
inconvénient funeste et désespérant.
Par la nature du gouvernement des Etats-Unis, et des garanties dans la jouissance desquelles vors entrez sur 18 champ, vous aurez sous un régime même provisoire, des chefs populaires impu.ément
. sujets à vos réclamations et à votre censure, et qri auront un;besoin permanént de votre estime. de vos . suffrages et de votre affection.
Les affaires et les intérêts publics, loin de vous être interdits, seront vos affaires et vos intérêts propres sur lesquels les opinions sages et impartiales” seront sures à la longue d’obtenir une influence prépondérante, et auxquels même vous ne pourrez rester indifférens sans encourir d’amers repentirs. .
L'époque arrivera promptement où vous vous donnerez une fn-me de gouvernement particulier qui, en même ten. qu’elle respc::{:ra les maximes sacrées consignées dans le pacte social de Punion fédérale, sera adaptée à vos mœurs, à vos usages, à votre climat, à votre eo à vos localités.
Mais vous ne tarderez pas surtout à ressentir les avantages d’une justice intègre, impartiale, incorruptible, où les formes invariables de la procédure et sa publicité, où les bornes soigneusement posées à l’arbitraire de l’application des lois, concourront avec le caractère moral ct national des juges et des jurés, à répondre efficacement aux citoyens de leur sureté et de leurs propriétés. Car c’est ici un des attributs singulièrement propres à la domination sous laquelle vous passez. *
Ses principes, sa législation, ses encouragemens pour les intérêts de l’agriculture et du commerce, et les progrès qu’ils y ont faits sont bien connus de vous tous, Louisianais, et le sont nar.la part même que vous en avez tirée avec tant de frait dans ces dernières années. s
Il n’y a point et ne peut avoir de mékrépsis sans monopole colonial plus ou moins exclusif. ‘Au contraire, de la part des Etats-Unis, vous n’avez qu’à attendre une liberté sans limites à l’exportation et que des droits à importation combinés seulement au gré de vos besoins publics ou de votre industrie intérieure. Par l'extrême concurrence, vous acheterez bon marché, vous vendrez cher, et vous recueillerez en outre les bénéfices d’un immense entrepôt. Le Nil de l’Amérique, ce Mississippi oui baigne non des déserts d’un sable brulint, mais les plaines les plus étendues, les plus heureusemeut situées du nouveau monde, se verra incessamment,
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sous les quais de cette autre Alexandrie, couvert de mille vaisseaux de toutes les nations.
Parmi eux, ves regards, je l’espère, Louisianais, distingueront toujours avec complaisance le pavillon français et. sa vue ne cessera de récréer vo: cœurs. Telest notrefermeespoir. Je le professe formellement ici aunom de mon pays et de son gouvernement. |
Bonaparte, en stipulant par l’article 7 du traité, que les Français seraient admis pendant douze ans, à commercer sur vos rivages, Aux mêmes conditions’ et sans payer d’autres droits que les citoyens mêmes des Etats-Unis, a eu pour l’un de ses principaux buts, ‘celui de donner aux anciennes liaisons entre les Français de Ja Louisiane et les Français de l’Europe l’occasion et le tems de se reformer, de se resserrer, de se perpétuer. Une nouvelle correspondance de rap) va s’établir entre nous d’an continent à l’autre, d’autant plus satisfaisanté et durable qu’elle sera purement fondée sur une éonstante réciprocité de sentimens, de services et de convenances. . Vos enfans, Louisianais, seront nos enfans, et nos enfans deviendront les votres. Vous les enverrez perfectionner leurs connaissances et leurs talens au milieu de nous, et nous les enver-rons parmi vous accroître vas forces, votre travail,
votre industrie, et arracher avec vous À une nature
encore indomptée ses tributs.
Je me suis nie, Louisianais à opposer avec quelque étendue ce tableau aux reproches touchans d’abandon et aux tendres regrets que l’attachement ineffaçable d’une infinité d’entre vous à la patrie de leurs ancêtres leur a fait ‘exhaler en cette circonstance. La France et son gouvernement en enteudront le récit avec amour ét reconnaissance ; mais vous vous convaincrez avant longtems qu’ils
se sont signalés envers vous, par le plus éminent
et le plus mémorable des bienfaits.
La république française retrace dans cet événement, la première aux siècles modernes, l’exemple d’une colonie qu’elle émancipe volontairement slle même, l’exemple de ces colonies dont nous retrouvons avec charme l’image dans les beaux âges de l'antiquité. Puissent ainsi de nos jours et à l’avenir, un Louisianais et un Français ne se rencontrer jamais sur aucun point de la terre, sans se sentir attendris et portés à se donner mutuellement le doux nom do frère. ‘ Puisse ce titre être désormais seul capable de représenter l’idée de leurs éternels engagemens et de leur libre dépendance.
À la Nouvelle-Orléans, le 6 Frimaire, an 12 de
la république française, et 80 Novembre 1808. LAUSSAT.
Par le préfet colonial, commissaire du gouverne-
ment français, le secrétaire de la commission. DAUGERO'.
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an 12 de bre 1808.