ESSAY HISTORIQUE
Kingsbury et ayant en tête un aide de camp de Wilkinson, investit l’hotel où le général Adair était descendu. Adair était alors à table; il en fut arraché et conduit au quartier général de Wilkinson. Cependant on battait aux armes dans les rues, et le bataillon des Volontaires d’Orléans et une partie des troupes de ligne parcouraient la ville en tous sens. La surprise causée par cet étrange spectacle fut augmentée par l’arrestation du juge Workman et de deux autres citoyens, nommés Kerr et Bradford. Wilkinson ordonna que Bradford fut relaché immédiatement, et le jour suivant, Workman et Kerr furent rendus à la Hbeïrté,'‘én vertu d’un ordre d’habeas corpus lancé par lé jige de la cour de district des Etats-Unis.
Peu de jours après, l’on apprit que Burr était arrivé au bayou Pierre, situé un peu au dessus des Natchez; qu’il avait avec lui quatorze bateaux plats chargés d’armes et portant environ cent hommes. (Claiborne, croyant que l’approche du danger nécessitait des moyens extrêmes pour le repousser, recommanda, mais en vain, à la législature de passer un acte pour suspendre le privilége du writ de l’habeas corpus. Loin de cela, des membres de la chambre des représentans, y introduisirent un mémoire adressé au congrès et dans . lequel la conduite de Wilkinson y était, disaientils, placée dans son vrai jour. Ce mémoire donna
lieu à des débats qui durèrent plusieurs jours et fut enfin rejeté par une majorité de sept voix.
Le 28 Janvier, l’on fut informé qu’un fort détachement de milice du territoire du Mississippi g’était porté vers cette partie du fleuve où se trouvait Burr; que celui-ci s’était renda aux autorités et avait fourni une sécurité pour répondre de sa comparution au prochain terme de la cour territoriale; que, malgre cela, il s’était enfui du territoire et que le gouverneur avait lancé une proclamation par laquelle il offrait une récompense de deux mille piastres pour quiconque 56 saisirait du fugitif.
Cependant Claiborne n’avait pas soutenu le pouvoir judiciaire, et Wilkinson, en dépit des nombreux writs d’habeas corpus auxquels on l'avait sommeé de répondre, avait gardé ses prisonniers. Le jage Workman, voyant qu’il n’était qu’un vain simulacre placé ser un tribunal sans force et sans pouveir, ot que la voix de la justice et des lois offensées ne pouvait se faire entendre au milieu du bruit des armes, envoya sa résignation au j'auverneur.
Vers le 15 Mars, Burr fut arrêté dui:3 les environs du fort Stoddard et conduit sous forte escorte à Richmond dans la Virginie, où il fut admis à donner caution pour sa comparution, lorsque l’on instreirait son procès.
La législature du territoire ajourua vers la fin d'Avril, après avoir passé plusieurs actes impor: taus. Les cours de comté furent abolies. Le
territoire: fut divisé en dix-neuf paroisses, et il fut créé un juge de paroissé pourchaque paroisse. Ce magistrât devait être ex-officio juge de la cour des preuves :et agir de:plus dans la triple capacité de greffier, shérif et notaire. Le nombre des représentans: fut fixé à vingt-cinq membres qui furent répartis ainsi que suit: Le comté d’Orléans en avait six; les comtés de la cûte des Allemands, de l’Acadie, de Lafourche, d’Iberville, de Pointe-Coupée, des Rapides, des Opeloussas'et des Attakapas en avaient deux chacun. Les comtés de Concordia, de Ouachita et des Natchitoches avaient droit chacun àun représentant.
Wilkinson partit pour la Virginie, vers le 15 de Mai, pour assister au procès de Burr à Richmond. Son départ fit cesser la terreur que sa présence. avait causée. Jamais depuis O’Reilly, les Louisianais n’avaient éprouvé autant d’inquiétudes et de consternation. ÆEn effet, ils se trouvaient de nouveau à la merci d’un homme de guerre et ils tremblaient d’être témoins d’une exécution .militaire semblable à celle qui avait épouvanté la colonie, en 1769. Heureusement, leurs craintes ne furent pas réalisées et le sort de Villeré n’échut en partage à personne. La loi suprême de la nécessité exigeait-elle que toutes les autres lui fussent
sacrifiées .Telle.est la question que la postérité sera appelée à résoudre, en prononçant sur la conduite de‘Wilkinson. Quelle qu’en-soit la solution,
malheureux sont les tems, malheureux est le pays où le salut public a besoin de la protection dictatoriale du despotisme. Semblable à la foudre, il peut éclaircir les nuages de l’horizon politique, mais il laisse toujours une fatale empreinte sur l’arbre sacré de la liberté.