‹ Essai historique sur la Louisiane [microforme]Chapitre 5 sur 39 · PNEUS · texte numérisé non relu

PNEUS

d’une piastre et douze sous sur chaque cheminée dans les limites de la Nouvelle-Orléans.

Le roi d’Espagne avait recommandé à son mandataire de veiller à ce que les esclaves des colons fussent traités avec humanité. Le Baron s’empressa d’exécuter les volontés bienveillantes de son maitre, et lança, le onze Juillet, une proclamation par laquelle il imposait certaines obligations aux propriétaires d’esclaves. Cette proclamation contenait à peu-près les mêmes dispositions que celles du code noir actuellement en vigueur.

Il est remarquable que même à cette époque où ilest vrai de dire que presque toute la Louisiane était inculte, et où elle avait besoin de bras pour dessécher ses marais et retenir le Mississippi dans son lit, le Baron, à la sollicitation du cabildo, défendit l’introduction des esclaves des iles françaises et anglaises, parcequ’on craignait une insurrection et parceque les nombreux achats qu’on en avait faits, avaient épuisé la colonie du peu d’argent que produisaient un commerce naissant etune agriculture toujours précaire et languissante, Mais ce qui est assez extraordinaire, c’est que le roi d'Espagne, tout en approuvant ce que le Baron avait ordonné à cet égard, lança le premier Janvier 1793, une proclamation par laquelle il offrait toute espèce d’encouragemens à ceux de ses sujets qui voudraient aller chercher des nègres en Afrique pour les introduire dans ses domaines américains. Le souverain

8 ESSAT HISTORIQUE

avait peut-être pour but, par ces navigations lointaines et peérilleuses, de se former des marins expérimentés.

Dans les colonies espagnoles, nul ne peut faire le commerce, s’il n’est Espagnol, ou citoyen naturalisé. Le gouverneur Miro avait eu le bon esprit de ne pas apercevoir les fréquentes violations de la loi qui sanctiannait cet absurde monopole, et, encouragés par cette tolérance politique, un grand nombre de marchands des Etats-Unis, et surtout de la ville de Philadelphie, avaient établi des maisons de commerce à la Nouvelle-Orléans. Le Baron de Carondelet suivit la sage conduite que son prédécesseur avait tenue et ferma tellement les yeux sur le commerce illicite des Américains, que les officiers de la douane, a l’aide d’un léger prétexte, aisément fourni, enrégistraient comme espagnols, les navires qu’ils savaient ne l’être pas. Personne ne se plaignait de cette infraction des lois; car les gouvernans et les gouvernés s’en trouvaient également bien.

Les fortifications que les Français avaient élevées autour de la ville n’étant plus qu’un monceau de ruines, le Baron de Carondelet jugea prudent d’en construire de nouvelles. Il fit bâtir deux forts sur le fleuve, l’un au dessous et l’autre au dessus de la ville qui formait alors un carré, et trois redoutes sur le derrière, dont Pune était au milieu de la ligne et les deux autres aux angles du carré.

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Ces redoutes étaient liées entr’elles par une tranchée profonde. Une forte palissade formait les lignes laterales de la ville et au milieu de chacune de ces lignes, une.batterie avait été établie.

Les fortifications des Français au Détour des Anglais furent abandonnées et remplacées par le fort St. Philippe, à Plaquemine, et un autre petit fort, vis-à-vis.

Le Baron tourna aussi son attention vers la milice et fit exécuter avec vigueur les lois qui y étaient relatives.

D’après un rapport qu’il envoya à Madrid sur les forces militaires de la colonie, il parait qu’elles se montaient à près de six mille hommes et qu’il se vantait de pouvoir, en moins de trois semaines, concentrer trois mille hommes sur un point quelconque dans la province. Il est cependant difficile de concevoir comment il aurait pu tenir à sa parole.

Suivant ce rapport, il y avait quatre compagnies de cent hommes chacune, depuis la balize jusqu’à la ville.

A la Nouvelle-Orléans, il y avait cinq compagnies de volontaires, une d’artillerie ei deux de carabiniers de ligne. Chacune d’elles était composée de cent hommes.

La légion du Mississippi qui comprenait la milice de Baton Rouge, Galvezton, Pointe-Coupée, Féliciana, Attakapas et Opeloussas, était composée de deux compagnies de grenadiers, dix de fusiliers et quatre de dragons.

Aux Avoyelles, il y avait une compagnie d’infanteries aux Illinois, deux d'infanterie et deux de cavalerie.

A la côte des Allemands et des Acadiens, un régiment de mille hommes.

A la Mobile, une compagnie d'infanterie et une de cavalerie,

Ainsi tous les habitans de la Louisiane étaient enrolés et soumis à une discipline militaire rendue nécessaire par l’état d’inquiétude dans lequel se trouvait la colonie qui se ressentait de la secousse révolutionnaire dont l’Europe était agitée.

La presse a rendu dernièrement de si grands services à l'humanité et est arrivée justement à un tel dégré de dignité et de puissance, que l’on apprendra sans doute avec quelqu'intérèt, que ce fut en 1794, que parut le Moniteur de la Louisiane, C'était le premier journal publié à la Louisiane depuis qu’elle était devenue espagnole.

Cette même année vit achever l’église cathédrale située en face de la place publique, entre la mairie et le palais de justice. Ce fut à la pieuse libéralite de Don André Almonaster, régidor et alferez real le sa majesté catholique, que les habitans de la Nouvelle-Orléans durent la construction de cet édifice qui mérite d’obtenir pour son fondateur, une place honorable dans les fastes de la Louisiane. La plume de l'historien ne doit pas oublier l’homme opulent qui consacre ainsi ses richesses.

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Ce fut aussi en 1794, que le Baron de Carondelet signala son administration en faisant creuser ce canal et ce bassin, qu’une compagnie de navigation incorporée sous le gouvernement territorial de la Louisiane américaine a depuis agrandis et transformés en une propriété particulière, extrémement lucrative. Il employa à cet ouvrage les nègres condamnés aux chaines et les esclaves que des citoyens zéles.s’empressèrent de lui fournir.

Pendant que ces travaux si importans par leur utilité publique, se faisaient à la Nouvelle-Orléans, il s’executait sur les vords du fleuve, à cinq milles au dessus de la ville, une entreprise qui doit rendre l’année 179%, à jamais mémorable pour les Louisianais. Cette entreprise si grande. si vaste par ses résultats, était l’établissement d’une sucrerie, Jusqu’alors, l’indigo avait été l’objet principal sur lequel les cultivateurs de la Louisiane avaient porté leur attention. Sur cette plante, reposaient en effet toutes les espérances des Louisianais et en quelque sorte, la prospérité et l'existence de la colonie. Cependant, les rapides vicissitudes du climat rendaient cette culture extrêmement précaire, et le froid et le chaud, la plie et la secheresse, le soudie de l’ouragau et les inondations du Mississippi, ancantissaient fréquemment le fruit des labeurs de l'annee. T'outetois les Louisianais n’avaient encore eu à combattre que les élemens; mais en 1793 et 179à, des armées aunombrables de

sauterelles avides couvrirent les champs des malheureux vcultivateurs et dévorèrent tous les pieds d’indigo. Ainsi cette plante qu'une industrie persévérante avait eu tant de peine à naturaliser à la Louisiane, fut presque complètement détruite par les : attaques multipliées de ces insectes dévastateurs. Cette perte énorme plongea la colonie dans le désespoir. La plupart des habitans étaient largement endettés et ne savaient comment échapper à la ruine qui leur paraissait inévitable. Déjà l’on gémissait; déjà l’on veyait s’approcher la misère et la famine, lorsqu’un homme courageux sauva ses

concitoyens et devint le créateur de cette prospérité”

dont jouit maintenant la Louisiane.

En 1766, l’on avait essayé, mais sans succès, de manufacturer du sucre à la Louisiane. Depuis cette époque, la culture de la canne avait été abandonnée. Quelques individus, cependant, continuaient d’en planter aux environs de la Nouvelle- Orléans, et les envoyaient au marché. Entre autres, deux Espagnols, nommés Mendez et Solis, avaient récemment augmenté leurs plantations de cannes à sucre, L'un en faisait du sirop qu’il vendait en nature, et l’autre en distillait le jus qu’il transformait en liqueur spiritueuse.

Etienne Boré, né aux Illinois, d’une ancienne famille de la Normandie, avait passé les plus belles années de sa vie au service de la France comme capitaiue de mousquetaires uoirs, dans la maison

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du roi. Ayant épousé la fille do Destréhan, ancien trésorier de la Louisiane sous le gouvernement français, il s’établit dans la colonie espagnole. Ainsi que les autres colons, il avait cultivé l’indigo, et il avait éprouvé le même sort qui s’était appesanti sur eux. Presque ruiné, il résolut ou de tomber entièrement dans la misère, ou de s'appeler la fortune en établissant une sucrerie. Ses parens ct ses amis joignirent leurs remontrances pour l’empécher de faire ce qu’ils appelaient une folie insigne, Pour l’en détourner, sa femme se jeta à ses pieds en versant des larmes. Elle lui observa que son père, Mr. Destréhan, avait déjà essayé la culture de la canne et n’avait pas réussi. Elle le conjura de se laisser éclairer par l'expérience. Elle lui dit que les faibles ressources qui leur restaient allaient être épuisées par cette nouvelle entreprise et lui fit le tableau d’une famille chérie en proie aux besoins les plus pressants. Rien ne put ébranler la ferme résolution de celui qui devait exercer une si grande influence sur les destinées de

la Louisiane. Mr. Boré acheta toutes les canr es de Mendez et Solis et commença ses plantatic ss.

Le Ciel bénit ses efforts, et en 1796, il fit une ré-

colte qui lui produisit douze mille piastres. Cette

somme était alors énorme. Aussitôt, chacun s’em-

pressa de suivre l’exemple que le courage et l’in-

dustrie avaient donné, et la culture de l’indigo fit

partout place à celle de lacanne. Dès ce moment, VOL, 11. B

une nouvelle ère commença pour la Louisiane. Son sol doubla de valeur pour les cultivateurs, et comme colonie, elle décupla de poids dans cette balance politique avec laquelle les souverains pèsent leurs domaines. Ainsi, un événement qui fut d’abord considéré comme une calamité publique, n’était en effet qu’un bienfait signalé de la providence. Ainsi se vérifie souvent cet axiome de la philosophie: que le mal est souvent la source du bien.

En 1795, un grand nombre d’émigrés français arrivèrent à la Nouvelle-Orléans et annoncèrent au Baron de Carondelet qu’ils seraient suivis d’une foule de leurs compatriotes qui avaient trouvé un asyle dans les Etats-Unis, si le gouvernement colonial leur offrait des avantages assez grands pour les déterminer à venir s’établir dans la province. Le baron ne laissa pas échapper cette occasion d’augmenter la population de la colonie et fit d’immenses concessions de terres aux émigrés qui consentirent à s’y domicilier. La principale concession fut faite au Marquis de Maison Rouge, chevalier de St. Louis, qui offrit de mener avec lui trente familles qui attendaient ses ordres sur les rives de l’Ohio et qui désiraient former un établissement dans le Ouachita.

Le Baron, non content de faire des concessions de terres aux émigrés, convint de leur payer deux cents piastres par chaque personne capable de travailler, Il promit en outre de leur donner des

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guides, toute espèce de provisions, et de faire transporter leurs bagages aux frais du gouvernement. Le roi ratifia en entier tous les engagemens que le Baron avait pris avec les émigrés.

Le Baron de Carondelet désirait si ardemment Pétablissement des émigrés français à la Louisiane, quil fit des concessions immenses à plusieurs d’entr’eux. Il donna au Baron de Bastrop douze lieues carrées sur les bords de la rivière Ouachita; à Jacques Céran Delassus de St. Vrain, officier dans la marine de France, qui avait perdu sa fortune par la révolution, dix mille arpens carrés. Julien Dubuc obtint aussi de la libéralité du Baron une grande étendue de terrain. L’on supposait que ces terres étaient fertiles en mines de plomb que les émigrés espéraient exploiter avec succès.

Pendant le cours de son administration, le Baron se trouva placé dans une situation extrêmement épineuse, produite par Îles relations politiques de la Louisiane avec les Etats-Unis d'Amérique et par les impressions que fit la révolution française sur la colonie, malgré son éloignement. La conduite habile que tint le Baron au milieu des difficultés sans nombre qui l’environnaient, prouve qu’il était doué de talens d’un ordre supérieur qui eussent pu être mieux employés qu’au service du despotisme.

Louis XVI était mort sur l’échafaud, le 21 Janvier 1798, et lo roi d’Espagne avait déclaré la guerre à la nouvelle république. La France était

libre, et debout sur les fers amoncelés qu’elle avait 4 brisés, elle avait fait un appel aux peuples, défié {1 les tyrans, et pour gage du combat, elle leur avait I! { jeté la tête d’un roi. Une sorte d'émotion filiale | ! fit palpiter toute la Louisiane lorsqu'elle apprit ce

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|! qui s'était passé en France, et sur les bords du {| Mississippi, l’on répéta avec enthousiasme les airs | | révolutionnaires qui se chantaient sur les bords de î | la Seine. Le Baron de Carondelet crut qu’il fallait comprimer ces inclinations séditieuses par

quelque mesure énergique. IL fit arrêter six per-

sonnes parmi celles qui avaient RENE Us .

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Janvier, et tés ft’transporter à la Havane où elles

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coup d’Etat, il employa la menace et la séduction

pour engager les colons à signer un écrit qu’il fit

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sianais assuraient sa majcsté catholique de leur pro-

| fond dévouement et de leur inébranlable loyauté. À peine revenu des inquiétudes que lui avaient

causées les symptomes républicains aperçus chez

les colons, le Baron fut informé d’une entreprise

formidable que Genet, l’ambassadeur français au-

près des Etats-Unis, avait formée contre les pos-

sessions espagnoles sur le Mississippi et le golfe du

Mexique. Genet qui avait pour but principal de

sa mission d'engager les Etats-Unis à faire causc

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trigues à compromettre les Américains et à les faire sortir de cette neutralité que Washington qui était alors à la tête du gouvernement avait résolu d'observer. Cet homme qui, par la souplesse de son caractère, la variété de ses talens et l’énergie de ses passions, était fait pour émouvoir et dominer, avait réussi à exciter une fermentation dangereuse chez le peuple parmi lequel il était venu résider. Il avait soulevé une foule d’intérêts divers dont le choc menaçait la tranquillité publique. A Philadelphie et à Charleston, il avait acquis de nombreux partisans, ainsi que dans la Caroline du Nord, la Virginie et le Maryland. Les imaginations s’échauffaient à l’idée de la conquête de la Louisiane et des Florides. Genet redoublait d’activité, distribuait des brevets d’oficiers et employait tous les moyens de persuasion. Ses agens répandus dans lo Kentucky et le Tennessec, promettaient hautement que les Etats-Unis auraient la libre navigation du Mississippi, si la Louisiane redevenait française. Poussant plus loin ses menées audacieuses, Genet chercha sourdement par ses émissaires à détacher des Etats atlantiques les habitans de l’Ouest auxquels il présenta un tableau brillant des avantages qu’ils obtiendraient de cette séparation et d’une union avec les Français de la Louisiane. Un créole de la Louisiane nommé Auguste Delachaise, petit fils d’un ancien commissaire ordonnateur de la Provins, sous le gouvernement R

français, avait été envoyé dans le Kentucky pour y recruter des forces et devait être un des chefs de l'expédition projetée. Un autre agent, nommé Clarke, parcourait la Georgie dans le même but,et devait de ce point, envahir la Floride orientale. Les Creeks et les Cherokees furent gagnés et promirent de fournir un corps considérable.

Le Baron vit s’amonceler l’orage et s’appréta à lui faire tête. Il compléta et augmenta les fortifications de la Nouvelle-Orléans, et parcourut toutes les paroisses pour animer le zèle des colons et inspecter la milice. Résolu de combattre ses ennemis avec les mêmes armes que l’on employait contre lui, il dépécha des émissaires, (parmi lesquels se trouvait un Anglais, nommé Thomas Power,) chargés d’engager les Américains de l’Ouest à se séparer des Etats atlantiques et à contracter une alliance avec l’Espagne qui leur offrirait de grands avantages commerciaux, et s’il le fallait, des armes et de l’argent pour repousser toute agression. Méconnaissant le patriotisme des Américains et comptant sur les calculs d’un sordide intérêt, le Baron espérait qu’ils céderaient à la tentation qu’il leur présentait. En effet, PEspagne maîtresse de la Louisiane ct des Florides,et par conséquent, des dé-

bouchés que la nature avait créés pour les produits de l'Ouest, avait le pouvoir de les faire refluer vers leur source et d’étouffer la prospérité do ce territoire immense,

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Au commencement de l’année 1795, le Baron frappé des progrès que faisaient les principes révolutionnaires à la Louisiane, où plusieurs citoyens avaient os6 dire ouvertement qu’ils espéraient que Delachaise rassemblerait des forces suffisantes dans le Kentucky pour affranchir son pays natal, lança une proclamation dans laquelle il contredisait les fausses rumeurs répandues, disait-il, par des esprits turbulens et pervers qui n’avaient rien à perdre et tout à gagner dans les tems de trouble, et rappelait les désastres récens des colonies françaises. La proclamation contenait aussi des réglemens de police d’une sévérité extrême et qu’il jugeait devoir jeter dans l'esprit des factieux une terreur salutaire. Le Baron s'attendait tous les jours à être attaqué, lorsque ses alarmes se dissipèrent à la nouvelle que, fidèle à ses principes de neutralité, le pouvoir exécutif des Etats-Unis avait, par sa vigilance et sa fermeté, déconcerté les intrigues de Genet, arrêté ses agens et fait manquer l’entreprise projetée.

La population blanche de la Louisiane ne fut pas la seule agitée par la révolution française. Les noirs, encouragés sans doute par les succès que leurs semblables avaient obtenus à St. Domingue, révèrent la liberté et cherchèrent à secouer le joug. L’insurrection fut concertée à la Pointe-Coupée qui était alors une paroisse isolée et dont le nombre

desclaves était considérable. La conspiration

prit naissance sur l’habitation de Julien Poydras, riche planteur, qui voyageait alors dans les Etats- Unis, et s’étendit rapidement dans toute la paroisse. La mort de tous les blancs fut résolue. Heureusement, les conspirateurs ne pouvant s’accorder sur le: jour du massacre, il #’en suivit une querelle qui conduisit à la découverte du complot. La milice de la paroisse prit immédiatement les armes et le Baron la fit soutenir par de la troupe de ligne. On avait résolu d’arrêter et de punir les principaux conjurés. Les esclaves s’y opposèrent, mais ils furent bientôt dispersés, après avoir perdu vingt hommes qui furent laissés morts sur

la place. (Cinquante des révoltés furent condam-

nés à mort. Seize furent exécutés dans différentes parties de la paroisse; les autres furent mis à bord d’une goëlette et pendus tout le long du fleuve, de distance en distance jusqu’à la Nouvelle-Orléans. La sévérité du chatiment intimida la population dont on craignait l’hostilité et tout rentra dans l'ordre le plus parfait.

Le Baron, délivré de la crainte d’une invasion, n’en suivait pas avec moins d’ardeur son projet de détacher de la confédération américaine toute cette population qui habitait l’Ouest du vaste territoire des Etats-Unis. Puwer avait, dit-on, gagné plusieurs citoyens distingués du Kentucky qui demandèrent que le gouvernement espagnol leur envoyât un officier supérieur ct fixèrent, pour le lieu de

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