SN RUSSIE
3ur l'état présent de la esaisir aussi exactement la situation de l'art en
mt, avant de terminer ce ■comme il le mérite le igué qui, s'il n'est pas l>li depuis quarante ans d'importants services et lu mouvement musical 1er de M. Edouard Narchestre duthéAtre Marie e 24 août 1839 à Bejst, , mais qui, après avoir lusicales à Prague, est )ilale de la Russie. Orif d'orchestre de premier rticuliéremeatdistÏDg^ué i dirifi^é, au théâtre im-
les œuvres des compoi-méme à ce théâtre trois ourgeois de Nijni-Novo- (^(doat le.livret lui avait
Tscharkowsky, le frère retté) (1). M. Napravnik très œuvres : trois symle Démon), un concerto
»inbre 1902, au théâtre du ourg, un quatrième opéra, 4 été très beureui.
LA MUSrgUE EN RUSSIE 219
de piano avec orchestre {en la mineur), une Fantaisie russe pour piaco et orchestre, deux quatuors pour iustrumeats à cordes, uae Marche de fête et six Danses oationales pour orchestre, deux Suites pour violoncelle et piano, trois morceaux pour les mêmes instruments, enfin des romances, des chœurs et différentes pièces de piano. Toutefois, et quoiqu'elles soient remarquable m eut écrites, les compositions de M. Napravnik manquent un peu trop, dit-on, , d'élan etdevéritableinspiration. C'est surtout comme cheFd'orchesIre, et par la collaboration intellig^fnte et zélée qu'il n'a cessé de prêter sous ce rapporta ses confrères, que cet excellent artiste s'est Fait à Saint-Pétersbourg une situation hors de pair, due à un dévouement infatigable et à un incontestable talent.
Depuis vingt ans toute une génération d' s'est formée, à la suite et à l'exemple de ceu: peut appeler les fondateurs de l'école musical artistes tout préparés à recueillir la succès leurs maîtres et devanciers, et disposés à laisser tomber leur gloire en déshérence, flottants, un peu hésitants peut-être sur la suivre, les uns penchant vers l'intransigeanct farouche que certains leur conseillaient, les plus sensés, comprenant que tout en coiis( leur art son caractère national, il était à la prudent et inutile de vouloir brisBr brutalem les saines traditions séculairemeut établies | périence de l'art occidental, tous néanmo vaillaient avec ardeur, parfaitement décidés laisser ébranler le mouvement superbe qu tant d'honneur k leur pays et quiavait fixé les de l'Europe musicale, attentive et surprise ces artistes il en est, et ce ne sont pas les moini qui ont déjà fait preuve d'une vigueur sing qui ont forcé l'attention par le nombre et 1; des œuvres présentées par eux au public.
sonnel de M. Rimskj-Korsakow. Celle-ci n*est autre chose qu'un poème descriptif, écrit sur un programme que Fauteur a prétendu suivre pas à pas, en j mêlant jusqu'à de la psychologie, ce qui est assurément le comble de ce que Ton peut exiger et tirer de la musique sans le secours de la parole (1). C'est
(1) On peut s*en convaincre par ce compte-rendu que M. César Gui faisait de cette symphonie :
« Le sujet est tiré d'une nouvelle orientale. Antar, en bulte à l'ingratitude des hommes, s'est retiré dans un désert. Soudain apparaît une gazelle poursuivie par un oiseau gigantesque. Antar tue le monstre, sauve la gazelle, s'endort et se voit en songe transporté dans un palais magnifique où il est charmé par des chants et des danses ; Ta fée de ce palais lui promet les trois grandes jouissances de la vie ; puis il se réveille dans le désert. Voilà le programme de la preiaiëre partie. C'est un admirable spécimen de musique descriptive. Les accords mornes du désert, la course gracieuse de la gazelle, le vol lourd du monstre, exprimé par des harmonies sinistres (?), enfin les danses pleines d'abandon voluptueux, tout est plein d'inspiration. Seulement, dans les danses, le motif est trop court pour leur dimension, et il est trop souvent répété. — La deuxième partie, Les Délices de la Vengeance, est pleine d'énergie sauvage, de rudesse sanguinaire et violente dans la musique comme dans l'orchestration. — La troisième partie. Les Délices du poit^ voir, se compose d'une splendide marche orientale ornée d'arabesques aussi charmantes que nouvelles. — La dernière partie, Les Délices de Tamour, reste le point culminant de l'œuvre. La poésie de la passion y est sentie et rendue d'une manière supérieure. — Encore deux remarques à propos A'Aniar. Pour rendre la couleur locale encore plus frappante, Korsakow fait usage de trois thèmes arabes originaux, et le thème d'Antar lui-même se trouve reproduit dans toutes les parties malgré leurs caractères absolument différents, ce qui donne à la symphonie une grande cohésion » (Ménestrel, 9 mai 1886). — Ici, on le voit, le compositeur emprunte à Wagner son procédé favori, en le transportant dans la musique instrumentale. Mais la musique dramatique de Wagner est-elle autre chose qu'instrumentale ?
une composition d'ailleurs curieuse, quoique inégale^ avec des harmonies parfois sauvag-es, et d'une couleur, d'une puissance, d'une exubérance orchestrales à donner le vertig'e. A ces trois symphonies il faut ajouterune Sinfonietta sur des thèmes russes (en la mineur), une ouverture sur des thèmes russes (en ré majeur), une'autre ouverture : la Pâque russe, sur des thèmes de l'Eg-lise russe, une Fantaisie sur des thèmes serbes, un Capriccio espagnol, enfin deux poèmes sym phoniques : Sadko et Schéhérazade (ce dernier inspiré par les Mille etune Nuits) et un Conte
féerique pour orchestre.
Plusieurs de ces compositions nous sont connues par leur exécution dans nos g'rands concerts. Le Capriccio espagnol est un tableau réaliste un peu cru de ton, mais très curieux et parfois très piquant comme arraniji^ement orchestral, avec une débauche de sonorité et des accouplements de timbres tout à fait extraordinaires. A ce Capriccio je préfère Schéhérazade, qui me semble tout à fait remarquable et qui est en réalité une Suite d'orchestre, que l'auteur a divisée en quatre parties avec des titres distincts : La mer et le vaisseau de Sindbad — Récit duprince Kalender — Le jeune prince et la jeune princesse — La fêle à Bagdad, Chacune de ces quatre parties a une allure bien personnelle, une couleur propre et particulière, l'inspiration générale est chaude, et l'ensemble, qui présente une réelle originalité, est rehaussé par cette instrumentation neuve, pleine d'élégance et vraiment étincelante qui est comme la
marque de fabrique du compositeur. C'est là d musique pittoresque nu premier chef, mais auss la musique fort iutéressante. Dans Sadko, ce tal d'instrumentation est poussé, peut-on dire, jusqi paroxysme ; il y a là encore une véritable orgie sonorilés, souvent curieuses, parfois étran^s, fouillis bizarre d'instruments d'une étonnante intensité de couleur; cela n'a pas toujours de charme, et l'oreille, par instants, désirerait un peu de olme et de repos ; on regrette aussi certaines recherches excessives d'harmonie, et surtout un désir trop apparent et vraiment agaçant de toujours surprendre et dérouter l'auditeur. Il semble que cela soit fait, comme on dit chez nous,« pour épater le bourgeois». Malgré tout il y a tant de verve, tant de chaleur, tant d'élan dans celte musique endiablée, qu'on en reste comme ébloui et qu'on admire la surprenante mattrîse d'un artiste capable de provoquer de telles impressions et de produire de tels effets.
On voit qu'en tout cela le côté caractéristique de la musique russe, avec sa couleur et sa saveur si essentiellement personnelles, tient une grande place dans les préoccupations du compositeur, qui retrempe etfortifie son inspiration aux véritables sources populaires, presque inépuisables eiî son pays. D'autre part, et à le juger en dehors du théâtre, on peut dire que M. Rimsky-Korsatow, comme la ■ plupart des artistes ses compatriotes, a subi beaucoup, au point de vue un peu chimérique de la puissance pittoresque de la musique, l'influence de
Liszt et de Berlioz, qui mène fatalement aux excès de rinstrumentatîon. Ces artistes veulent sans doute demander à la musique plus qu'elle ne peut donner, et, volontairement, prétendent confondre un peu l'art des sons avec l'art des couleurs.
Je crois, comme je l'ai dit, que c'est surtout à ses compositions symphoniques, genre où il est passé maître, que M. Rimsky-Korsakow doit le grand renom qu'il s'est acquis auprès de ses compatriotes. C'est qu'en effet ces compositions sont d'un caractère vraiment neuf et plein d'intérêt en dépit de certains défauts et de certains excès, et qu'elles portent bien la marque et l'empreinte du tempérament national. Pour ce qui est de la musique spéciale de piano, il en a peu écrit : une Suite {Valse, Intermezzo^ Scherzo, Nocturne, Prélude et Fugue sur le thème B-A-G-H)(l) ; quatre Morceaux {Impromptu, NoveU lette, Scherzino, Etude); trois Morceaux (Valse, Romance, Fuguai) ; six Fugues. Mais ce qu'il faut signaler surtout parce que c'est très beau, très mâle, dans la juste mesure, sans développements inutiles et superflus, intéressant au point de vue du dessin adopté dès l'abord et qui est travaillé jusqu'à la fin avec beaucoup d'habileté, c'est le superbe concerto en ut dièze mineur, dédié à la mémoire de Liszt, et qui est digne de ce noble souvenir. C'est là une oeuvre de premier ordre, d'une belle ordonnance et
(1) :filt: >5 is selon la nomenclature
allemande.
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d'une conception supérieure, et qui fait le plus grand honneur à M. Rimskv-Korsakow.
Ce ne sont pas encore là les seules compositions de M. Rimsky-Korsakow, dont la fécondité n'est pas le moindre mérite, cette fécondité, véritable apanage des forts, que M. César Cui blâmait si amèrement chez Rubinstein et chez Tschaïkowsky, et dont — avec raison d'ailleurs — il félicite son compagnon et son ami. M. Rimskj-Korsakow a encore écrit un assez grand nombre de romances et mélodies d'un accent très personnel ; une cantate, Switezianka,pour soprano et ténor, chœur et orchestre ; plusieurs chœurs a cappellapour voix d'hommes ou pour voix de femmes ; d'autres chœurs, pour voix mixtes^ avec accompagnement d'orchestre ou de piano ; enfin une sérénade pour violoncelle avec piano, et une Fantaisie de concert pour violon et orchestre sur des thèmes russes, Dans la plupart de ses œuvres, quel qu'en fût le genre, M. Rimskj-Korsakow a mis lar» g^ement à contribution la mine si riche des chants populaires et des mélodies nationales, qu'il connaissait mieux que personne pour en avoir recueilli luimême un grand nombre, et dont l'abondante variété est presque inépuisable. Et lorsqu'il ne les employait pas directement, il s'inspirait si bien de leur accent, s'imprégnait si profondément de leur couleur, que sa musique en prenait une saveur swi generiSy un caractère vraiment original et tout à fait particulier. Sous ce rapport il a suivi les traditions de Glinka et est entré vigoureusement dans le sillon creusé par lui
En fait, depuis la mort des deux grands artistes, se» aînés, que la Russie pleure encore, on peut dire de M. Rimsky-Korsakow qu'il se trouve virtuellement à la tôte du mouvement musical de son pays, et cela non seulement à cause du nombre et de la valeur de ses travaux, mais aussi par le fait de son enseignement et de la haute situation qu'il occupe comme professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg-, où il a fêté en 1896 le vingt-cinquième anniversaire de son entrée en fonctions. Il a, durant ce quart de siècle, formé un grand nombre d'élèves, dont quelques-uns, comme MM. Glazounow^, Arensky, Wihtol, Grétchaninow, etc., ont déjà fait parler d'eux (1).
C'est aussi, maintenant que j'ai fait connaître, autant qu'il était en moi, ceux qu'on peut appeler les fondateurs et les premiers chefs de l'école musicale russe, ceux qui, par leurs travaux, par leurs écrits, par leurs exagérations même, onl appelé sur elle l'attention et lui ont donné son importance, c'est de leurs élèves et de leurs successeurs que je vais m'occuper pour terminer ce travail, en essayant de
(1) Auprès du nom de son mari^ je ne veux pas oublier do signaler celui de Mme Rimsky-Korsakow (née Nadejda- Nlcolaievna Pourgold). Excellente musicienne elle-même, en sa jeunesse élève de Dargomijsky auquel elle dut une instruction sérieuse, M^o Rimsky-Korsakow s'est produit comme compositeur avec une sonate pour piano et une Fantaisie pour orchestre sur le sujet d'un conte de Nicolas Gogol, la Nuit de la Saint- Jean. On connaît d'elle aussi quelques transcriptions d'orchestre pour piano à quatre mains.
rapide coup d'œll sur l'état présent de la en Russie et de faire saisir aussi exactement ible l'ensemble de la situation de l'art en
n voudrais cependant, avant de terminer ce de ne pas sig'naler comme il le mérite le 1 artiste fort disting'ué qui, s'il n'est pas I naissance, est établi depuis quarante ans ie, où il a rendu d'importants services et iris sa large part du mouvement musical arain. Je veux parler de M. Edouard Nal'excellent chef d'orchestre duthéâtre Marie -Pétersbourg, né le 24 août 1839 à Bejst, nig^gràtz (Bohème), mais qui, après avoir cellentes études musicales à Prague, est B6j fixé dans la capitale de la Russie. Orlabileet surtout chef d'orchestre de premier , Napravnik s'est particulièrement distingué lent avec lequel il a dirigé, au théâtre ImexëcutioD de toutes les osuvres des compousses. 11 a donné lui-même à ce théâtre trois i importants : les Bourgeois de Nijni-Novo-- 'arold et Doubrowsky (doat le.livret lui avait li par M. Modeste Tschaîkowsky, le frère ite si justement regretté) (1). M. Napravnik icore nombre d'autres ceuvres : trois sym- (donl une intitulée te Démon), un concerto
.donné aussi, en décembre I90Î, au tbè&tra da Dire de Siiint-Pëters bourg, an quatrième opéra, da Jtimini, qui n'a pas été très heureui.
LA MUSIQUE EN RUSSIE 2i9
(Je piano avec orchestre (en la mineur), une i taisie russe pour piano et orchestre, deux quai pour instruments à cordes, une Marche de fête e Danses nationales pour orchestre, deux Suites ] violoncelle et piano, trois morceaux pour les m( instruments, enfin des romances, des chceurs et c rentes pièces de piano. Toutefois, et quoiqu' soient remarquablement écrites, les composil de M. Napravnik manquent un peu trop, dit d'élan etde véritable inspiration. C'est surtout COI chef d'orchestre, et par la collaboration intellig et zélée qu'il n'a cessé de prêter sous ce rappt ses confrères, que cet excellent artiste s'est f Saint-Pétersbourg une situation hors de pair, d un dévouement infatigable et h un incontest talent.
Depuis vingt ans toute une génération d'ai s'est formée, à la suite et à l'exemple de ceux peut appeler les fondateurs de l'école musicale : artistes tout préparés à recueillir la successi eurs maîtres et devanciers, et disposés à n aisser tomber leur gloire en déshérence. U flottants, un peu hésitants peut-^tre sur la n suivre, les uns penchant vers l'inlransigeance ii certains leur conseillaient, les a plus sensés, comprenant que tout en conscr' leur art son caractère uational, il était à la fo prudent et inutile de vouloir briser brutalemei es saines traditions séculairement établies pa ^érience de l'art occidental, tous néanmoin raillaient avec ardeur, parfaitement décidés à aisser ébranler le mouvement superbe qui tant d'honneur à leur pays et qui avait fixé lesri de l'Europe musicale, attentive et surprise, cesartistcsil en est, et ce ne sont pas les moins j qui ont déjà fait preuve d'une vigueur singul qui ont forcé l'attention par le nombre et la présentées par eux au public.
'.n première ligne il faut nommer M. Alexandre zounow, l'élève préféré de M. Rimskj-Korsa- V (1). Fils d'un libraire de Saint-Pétersbourg-, Glazounow avait neuf ans lorsqu'il commenta ide du piano avec un professeur nommé Elenl'sky, qui commença^âme à le familiariser avec héorie de l'art. En 1879 il éUit confié aux soins M. Rimsltj-Korsakow, qui lui fit travailler la ue et l'instrumentation, etses progrès furent tels : quatre ans après, en 1883, à peine â^é de dixt ans, il se produisait pour la première fois en ilic en faisant entendre sa première symphonie, t le succès fut si grand qu'il décida de son avenir î fit se consacrer sans réserve à la carrière artisle. 11 crut cependant devoir refaire l'instrumenin de sa symphonie, et l'année suivante, au cours 1 voyage en Allemagne, il la faisait exécuter de veau, à Weimar, dans un des concerts de l'Asation (générale de la musique allemande. Liszt, sent à cette séancei vint serrer vigoureusement mains du jeune artiste et le féliciter chaleureuseit. Celui-ci, encouragé de la sorte, ne resta pas :i beau chemin, et en 1889, aux concerts russes anisés au Trocadéro par les soins de l'éditeur lïew à l'occasion de l'Exposition universelle de Is, il put faire entendre, en en dirigeant luîne l'exécution, sa seconde symphonie et son
t né à Saint-Pétersbourg
poème symphonique intitulé Stenka Razine.
1892 il était nommé second chef d'orchestre di Société impériale de musique russe, et pendant t •e temps il oe cessait de composer et de produ La fécondité de M. Glazounow n'est pas me remarquable que ne le fut sa précocité, et à l'he présente il n'e pas publié moins d'une soixants d'ceuvres, pour la plupart d'uae haute importan Bjmphonies, poèmes symphoaiques, ouvertu:
marches pour orchestre, compositions de musi< de chambre, morceaux de piano, mélodies, etc.
(<) En voici la liste à peu prèa complète : six sympho (l'e, en mi majeur ; Se, en fa diêze mineur ; 3", en ré jear: 4», eu mi b; S' en ti b; 6e, en ut mineur, dûdi U. Félix Bltimenfeldl ; — deui Onvertures sur des mélo grecques empruntées bu beau recueil de M. Bourgt Ducoudray (à qui la seconde est dédiée), op. 3 et 6 ; '-' verlure solennelle, op. 73; — Carnatai, ouverture j orchestre et orgue, op. iS ; — Stenka Razine, poème e phonique (à la mémoire d'Alexandre Borodine), op. 13 Le Kremlin, tableau symphonique en trois parties, op. — deux Sérénades pour orchestre, op. 7 et 1 1 \ — Suite ca téristique pour orchestre, op. 9 ; — Scènes de ballet, s d'orchestre, op. 52; — Deux morceaux (/rfy/^ejflftierie or laie) pour orchestre, op. 14 ; — la Mer, fantaisie (orches op. as ; — Fantaisie (id.), op. 53; — Intermezzo romat. (idj, op. 69 ; — la Forêt, fantaisie (iJ-). op. 19 ; — linèbrea à la lumière (id,), composition dont l'inslrur tation est particulièrement chaude, vivace et colorée ; - Printemps, tableau musical |id.), op. 34 ; — A la mém d'un héros, élégie (id.), op. 8; — Poème lyrique, andan (id.), op. 12; — Marche de noces (id.},op. 21 ;— Hhapi orientale (id.), op. 29 ; — Cortège solennel {iA.),o^. BO Chopiniana, suite (id.), op. 4S ; — deux Valses de con (id.), op 47 et 51 ; — Mazurka (id ), op. ii ; —Ma triomphale pour orchestra et choeurs, écrite à l'occasio; l'Exposition universelle de Chicago en 1S93, op. 40 Qnintetie (en la) pour deux violons, alto et deux via
14 LA MUSIQUE EN nusSIB
Il y a Ik-dedans du bon graio et de l'ivraie, et ut sans doute n'est pas de la même valeur ; maïs, itre que plusieurs de ces composilloos sont dignes I plus vif intérêt, leur nombre et leur importance innent la preuve d'un tempérament rare et d'une Qgulière puissance de conception. Le jeune artiste fait d'ailleurs remarquer par une extraordinaire ibileté de main : on peut dire que le contrepoint a pas de secrets pour lui, et il manie l'orchestre ec une sûreté et une aisance prodigieuses. Se muque, d'abord un peu touffue, un peu épaisse, un !U confuse, s'est éclaircie et éclairée par la suite, à esure que le compositeur a assagi non seulement s procédés, mais sa manière de voir et de sentir. n peu trop enclin, primitivement, à suivre les utes abruptes où il avait vu cheminer MM. Balarevf et César Cui, il se rangerait plutôt aujourd'hui, ns rien sacrifier de son tempérament essentielleent national, dans le sens suivi par Tschaïkowsk^ i ses dernières années. Ce qui manque encore à
lies, op. 39, l'une des meilleures œuvres du composilenr ; cinq Quatuors pour instrumeDts à cordes, op. 1, 10, 26, et 70 ; — Noeelettes (5 morceauïi pour quatuor d'inslroents à cordes (op. 16), composilion eiquise ; — Suite pour jtrumenls i. cordes ; — Cantate du couronDemeut, op. 56 ; Cantate pour snli^ chœur de femmes et deux pianos à mains, op 83 ; — fîantale pour so/i, chœur et orchestre, I. 65 ; — Hymne à Pouachkine, pour chœur de femmes, I. 66 ; — Deui sonates pour piano, op.Ti et 75; — enfin, L asscï grand nombre de morceaux et études de piano, jsieurs mélodies vocales, et quelques morceaux pour ïlon, ou pour alto, ou pour violoncelle, ou pour cor, avec corapagaement de piano.
M. Glazounow, c'est la clarté, la simplicil il aime trop la complication, et c'est ce qui être que sa musique de piano est infériei qu'il écrit pour l'orchestre parce qu'il veut ti de l'instrumeat. Mais il est doué d'une im vive, d'une inspiralioa abondante, et l'on p de ce jeune maftre qu'il sera l'une des ^ l'avenir. Avec ses qualités rares et son ren tempérament, ilya lieu de s'étonner qu'un n'ait pas encore songé à tenter la fortune ( autrement qu'en écrivant de la musique On lui doit celle de trois ouvrages de ce f on t été représentés à Saint-Pétersbourg : Ri les Saiêons et Ruse d'amour. Il est probi aura donné dans ces ouvrages des preuv< étonnante habileté dans le maniement de r< habileté que nous avons pu apprécier tout ici dans sa sixième symphonie, et particu dans le final, qui est remarquable sous c€ En regard du nom M. Glazounow il fa celui d'un autre jeune, M. Arensky, dont I parait guère devoir être moins brillant (1).
médecin, celui-ci donna dès son enfanci d'une véritable passion pour l'art musict assure qu'à peine âgé de neuf ans, et enc rant de toutes règles, il se mit en tète d quatuor instrumental. Placé dans un gy
Saint-Pétershourg" pour y faire ses classes, il se fit admettre ensuite au Conservatoire, où U fut élève d'abord de M. Johansen (1), puis de M. Rimsky- Korsakow, et d'où il sortit en 1882 avec la médaille d'or pour la composition. Il se fit aussitôt connaître par une symphonie et un concerto de piano, exécutés l'un et l'autre avec succès à Saint-Pétersbourg" et à Moscou, et fut nommé professeur de contrepoint au Conservatoire de cette dernière ville (2). Depuis lors il a beaucoup écrit, avec des chances diverses, et a conquis une réelle notoriété, particulièrement à Moscou, où il a fait représenter en 1892, non sans succès, un gran4 opéra, un Songe sur le Volga (sur un sujet d'Ostrowsky), et en 1894 un ouvrage moins important, Raphaël, petit drame musical en un acte composé à l'occasion de la réunion du congrès artistique. Depuis lors il a donné encore un autre opéra, Nal et Damajanti (1899), ainsi qu'un ballet intitulé Nuit d'Egypte, dont il a tiré une très intéressante suite d'orchestre. Parmi ses autres œuvres je signalerai en première ligne un excellent trio pour piano, violon et violoncelle (op. 32), dédié à la mémoire de Charles Davidow, d'un style remarquable, écrit avec une rare habileté et dont le scherzo et l'andante surtout sont exquis ; un quintette, aussi avec
(1) M. Johansen, Danois de naissance, était directeur du Conservatoire de Saint-Pétersbourg, où il a aujourd'hui pour successeur M. Bernard.
(2) Le directeur du Conservatoire de Moscou est M. Safonow, excellent pianiste de l'école classique et chef d'orchestre de premier ordre, dont il sera parlé plus loin.
piano ; puis deux quatuors pour instruments à (op. 11 et 35) ; une Fantaisie sur des chants é^ russes pour piano et orchestre (op. 48) ; la Foi de Bachtschissaraï, musique pour le* poèi Pouschkine, exécutée à Saint-Pétersbourg, au de Tauride, en 1899, à l'occasion du jubilé du poète (c'est une cantate poursofi, chœuret or( comprenant cinq morceaux reliés entre eux lecture du poème) ; une marche intitulée : A l moire de Souworow ; trois suites pour piano à < mains (dont une transcrite pour l'orchestre' cantate pour chœur et orchestre ; un concei violon (en la mineur) ; enfin quatre pièces poi Ion avec piano (1). M- Areoskj, dont la supé se manifeste surtout dans la musique de chi et dans la musique vocale inlimevamodéréso après quelques écartsdus à la foug'uedesajeu et sa manière semble aujourd'hui se rappi de celle de Tschaïko'wskj, en même temps qu' fluence de Schumann se découvre d'une Façoi
(1) A cela il faut ajouter : 6 Pièces pour piano (op. Etude, Prélude. Mazurka pour piano (op. 19); — Silh pour deux pianos (op. Î3); — ÊsquisBes pour piano (o
— i Pièces pour piïDo (op. 25) ; — 6 Romances (o
— Etsais lur des rylhme$ ouàliéi (op. !8(, pour (1' Logaèdea ; i° Péans; 3' Soniques; l» Sari;3<l alcéeuDe ; 6° Strophe saphique) ; — 3 Pièces poi pianos (op. 33) ; — Scherao pour piano ; — i Etudi piano (op. 1 j) ; — 6 Caprices pour piano (op. 43) ; — macces (op. H] ; — 2 Duos pour voii de femmes (a
— Prés de la mer, esquisses pour piano (op. 92). H. Arensky a publié un recueil de mille eiemplt l'étude pratique de l'harmonie.
mI'^
sible dans ses compositions pour le piano. Cet artiste très intéressant et très actif avait succédé depuis quelques années à M. Balakirew dans les fonctions de directeur des chantres de la chapelle impériale. Il vient de résîg'ner ces fonctions.
M. Wihtol paraît être aussi un artiste de tempérament (1). Gomme son camarade Arenskj il a été, au Conservatoire, élève de MM. Johansen et Rimskj- Korsakow, et il en est sorti en 1886 avec la médaille d'or. Gomme lui aussi il a commencé par être touffu, un peu nébuleux, puis a éclairci et allégé sa manière. Parmi ses compositions pour l'orchestre on cite la Fête Lhigo, tableau symphonique sur des thèmes populaires lettons, et surtout une Ouverture dramatique qui est une pag'e intéressante. Une de ses compositions importantes est une ballade pour voix, chœur et orchestre, intitulée le Barde de Bewerin, On connaît encore de lui un quatuor pour instruments à cordes et un recueil de 10 chants populaires lettons. Pour le piano il a publié une sonate fort bien faite, douze préludes et un assez g'rand nombre de morceaux de genre, puis une douzaine de mélodies sur paroles russes ou allemandes et quelques petites pièces pour violon ou pour violoncelle avec accompagnement de piano.
Ces trois artistes, MM. Glazounow, Arensky, Wihtol, élevés dans les principes du cénacle, s'en sont jusqu'à un certain point dégagés par la suite, pour
(1) M. Joseph Wihtol est né le 26 juillet 1863.
subir plus ou moins l'influence de Tschaïkow ont surtout cherché à se former une person II est tout un autre g;roupe, assez nombrei compositeurs qui sont restés fidèles à ces prïi ce qui ne veut pas dire qu'iU soient sanstalen simplement qu'ils manquent un peu trop d'oi lité. Ce groupe comprend les noms de MM. Li Stcherbatchew, Sokolow, Alphéraky, Félix ^ismoad Blumenfeld, Kopylow, Antipow, fiew, Grodski, Grétchaninow, Scriabine, Pét Ewald. M. Anatole Liadow (l)abeaucoup écri peu d'œuvres de quelque importance : pou chestre un Scherzo et une Mazurka [Scène rv près de la guinguette), et une scène finale Fiancée de Messine, de Schiller, avec chœurs chestre ; pour le piano nombre de pièces 11 parmi lesquelles on signale surtout la jolie se Birioulki (li morceaux) et celle des Arabi On lui doit aussi quelques chœurs, deux reci chansons enfantines et plusieurs mélodies. I dow, artiste intéressant et vraiment disting professeur au Conservatoire de Saint-Péters — M. Nicolas Stcherbatchew (2) n'a pas éc vantage pour l'orchestre, et je crois qu'on u natt (çuère de lui sous ce rapport qu'une Se et deux Idylles ; mais il a donné aussi de non K de piano, entre autres une série a{
orte le titre de Féeries et Pantomimes, et des lies russes et allemandes sur des paroles d'A- Tolstoï et de Henri Heine. — M. Nicolas Soko- I) a écrit la musique de Don Juan, poème atique d'Alexis Tolstoï. Son ba^ag^e de compo-
est intéressant et comprend une Elégie pour stre, deux Sérénades pour orchestre à cordes, quatuors pour deux violons, alto et violoncelle, iuite pour violoncelle et piano, divers mor-
pour violon et pour violoncelle avec accomsment de piano, de nombreux chœurs pour ent«s voix, soit a cappella, soit avec accompaent d'orchestre ou de piano, et de nombreuses lies. M. Sokolow est aujourd'hui professeur monie au Conservatoire de Saint-Pétersbourg'
chapelle impériale des chantres, — M. Achille Taky (2) n'a pas écrit de musique instrumenutre qu'une douzaine de morceaux de piano ; il a publié plus de soixante mélodies ou ro~ 3s composées sur des poésies de Pouschkine, s Tolstoï, Lermontow, Victor Hugo, Alfred de !t, Gœthe, Henri Heine, etc. Au reste, M. Alkj doit être considéré plutôt comme un dilet-
un amateur pratiquant, que comme un artiste ofession. — On doit à M. Alexandre Kopjî) une Symphonie (en ut mineur), un Scherzo
Né le S6 mars ISSS.
Né le 3 jnillet i8*6.
Né le li juillet ISSI.
pour orchestre, deux quatuors pour instruir cordes, des fugues et divers morceaux de pian fin plusieurs chœurs, les uns a cappella, les ; avec accompagnement de piano, et quelque mances. — A part un Allegro symphoniquf orchestre et trois mélodies, M. Coastautiu pow{l) n'a publié que des éludeset divers moi de piano, d'ailleurs en assez grand nombre. — '. tafiew, qui est fort jeune et qui est sorti quelques années seulement du Conservatoi Saint-Pétersbourg, est l'auteur, entre autres c> sitions, d'un Poème mélancolique pour orc qui a été exécuté à Paris, aux concerts Lamou et qui a été bien accueilli. lia, dit-on, en portefi un opéra intitulé le Voïvode. — MM. Sigismi Félix Bluraenfeld (2), qui sont tous deux pia distingués, ont publié, le second surtout, d nombreuses compositions pour le piano, ain; plusieurs mélodies vocales. M. Félix Blumen montré même une certaine fécondité. A ses ro ces, écrites sur des paroles de Lermontow, Po kine, Polonsky, Alexis Tolstoï, Bjron, il faut je un grand Allegro de concert {en la majeur) piano et orchestre, un quatuor pour instrum cordes (en /'a), op. 26, àeax Saites polonaises piano, op. 23 et 31, une Étude de concert, op. Éludes-Fantaisies, op. 25, 10 Moments lyrique
(IJ Né le 18 janvier 1859.
(i) M. Sigi.smoad Blumsnfeld est né la 37 décembre M. Félix Bluraenfeld, le 19avrill863.
2 Études, op. 29, et divers morceaux de genre. it cela, quoique non sans valeur, manque ud peu tiliefct de tempérament. — M. Boleslas Grod- (i) a déjà livré au public plus de cinquante œui, au nombre desquelles plusieurs chœurs a pella, des mélodies, quelques morceaux de 10 et des pièces de genre pour violon et pourviowlle avec accompagnement de piano. — Ancien e de M. Rimsk^-Korsakow au Conservatoire de it Pétersbourg, d'où il est sorti lauréat en 1893, GîrétcbaniDow(2) s'est fait connaître par unqua- - (en sol) pour instruments à cordes, divers mor-
IX de piano, quelques mélodies d'un sentiment expressif, et surtout des chœurs a cappella d'un reux caractère. Il a plus d'une affinité avecSchu- . — M. Alexandre Scriabine (3) est un jeune piae d'une virtuosité assez habile, que nous avons enludans ces dernières années à Paris et qui semble mettre un compositeur. Ou connaît déjà de lui
X symphonies pour orchestre, dont une avec ;urs, un concerto (en /'a dièse mineur) pour piano rchestre, uneRêverïe pour orchestre, puis, pour lo seul, trois sonates, une soualo-fantaisie, un tgro de concert, une Polonaise, neuFMazurkas, recueil de douze Études, plusieurs séries forit une cinquantaine de Préludes, etc. — M. Vic-
) Né le 29 octobre 1865.
j Né le 25 octobre 1S64.
) Né le 6 janvier 187Î.
torEwald (1) est l'auteur d'un quatuor (en d'un quintette pour instruments à cordes, aux il faut ajouter trois morceaux de violoncellt accompagnement de piano. — Enfin, je mebo enregistrer les noms de MM. Blaremberg, Lii now et Pomazanskj, auteurs de quelques mél et compositions peu importantes.
De tous ceux de ces artistes qui ont surtout pour le piano, — et c'est le plus grand nomb ceux qui me paraissent le mieux doués, don compositions ont le plus de réelle valeur, MM. Liadow, Antipow, et Félix Blumenfeld plupart d'ailleurs, pour ne pas dire tous, sem s'inspirer directement de Chopin, quelques-ui Schumann, et c'est vainement que l'on chercl chez eux l'originalité, surtout la véritable si russe qu'on rencontre chez les symphonistes c musiciens de théâtre. Il faut ajouter que tou: pianistiques recherchent obstinément l'étrange compliqué dans l'harmonie, dans la modul comme dans le dessein proprement musical semblent ne pas connaître la simplicité, m apprécier les qualités d'un beau chant, bien ca bien pur. Et ce qui est b remarquer, chez prt tous, c'est leur manque de mesure, c'est l'absen sentiment de l'équilibre et des proportions ; îlf des morceaux interminables, qu'ils établissen une formule unique, dont ils ne sortent plusunt
(1) m le S7 novembre 186D.
qu'ils Tont adoptée. Je sig'nale ces graves défauts, sans vouloir en aucun point contester le talent et rhabileté technique de tous ces artistes.
Ces réflexions rappellent à mon esprit le jugement que j'ai entendu porter au point de vue g'énéral par un de mes confrères, excellent jug-e en la matière et fort instruit, sur Técole russe contemporaine. L'expression de ce jug'ement m'a frappé, par son double caractère de justesse et de justice : — e: La plupart des maîtres russes contemporains, disait mon ami, paraissent sous l'influence de Liszt et de Berlioz. Chez eux la préoccupation du pittoresque prime celle de la beauté plastique. . Ils en arrivent ainsi à s'attacher même à des effets d'ordre inférieur confinant à ces effets de pure virtuosité qu'on rencontre jusque dans les meilleures pages de Liszt. Leurs productions ont souvent quelque chose de lâché, de démesuré dans les proportions, avec de fréquentes redites qui les font ressembler à des improvisations. Mais il y a chez eux de belles qualités. Quand ils auront fait le tour des romantiques, ils viendront aux classiques, à Bach, à Mozart, à Beethoven, à Mendelssohn, et alors ils donneront des chefs-d'œuvre. L'école russe date d'hier. L'adolescent préfère toujours Lucain à Virgile. C'est seulement dans la maturité que le lettré sait discerner, sentir et aimer la véritable Beauté. » On ne saurait mieux .dire, avec plus d'éloquence et d'élégance.
Les artistes dont je viens de citer les noms et d'énumérer les œuvres forment un groupe très com-
pact, trësardeDt, entreprenant etdésireux avant tou' d'affirmer la personnalité du jeune art russe. Avec parfois un dédain un peu naïf à l'égard de ce qui s'est fait avant eux (le dédain de l'enfant pour le: conseils d'une expérience dont il se rit, parce qu'il ig;nore les dangers de la vie), ils sont réunis par ui ensemble d'idées, de théories, de préceptes cornmunsà tous, qui les animent égalementet les entraînent vers le but entrevu. C'est là leur force, et c'esl précisément cet ensemble de théories, d'idées et de préceptes dont ils sont imbus qui constitue en art ce qu'on peut appeler proprement une école. Que quelques-uns se montrent excessifs dans l'application, qu'ils s'égarent parfois dans la route à suivre, qu'ils exagèrent certains principes, c'est inévitable. Mais on peut dire que tous ont la flamme, que tous ont foi dans le résultat, et c'est cette foi ardente, inébranlable, qui assuré le succès final de leurs efforts. On en verra sans doute plus d'un rester en chemin,
Traînant l'aile et tirant le pied,
les facultés n'étant pas égales pour tous, et les moins bien doués se voyant naturellement dépassés par les plus robustes. Mais le travail collectif portera ses fruits, et dès aujourd'hui l'école musicale russe, vaillante et courageuse, nous donne le spectacle et l'avant-goût de ce que lui réserve l'avenir. Il faut ajouter qu'elle a pour elle toutes les chances et tous
■n LA St^lQCE ES BCSM»
boobean. A cAt« de reocon moment moral qui lui a jamais lait débat, elle a trouTé une aide clive et sioçnlièreineat efficace dans la personne H commNfant opulent cpii s'est constîtné son :èoe et à qui rien o'a' coûté pour la mettre en lière. Cesl aiosï qu'un puissant éditeur de muû- , M. BélaTew, qui s'est fait son prolecteur, n'a lié derant aucun sacrifice pour faire connaître œuvres, les répandre et les produire dans les illeores conditions. Depuisquinze ans H. Bélaiew nblié, avec un lue du meilleur f^odt, plus de compositions dues aux membres de la jeune le, depuis quinze ans il a donné à ses frais envicinquante concerts, pour la plupart symphonis, dans lesquels ces compositions ont été exécn- , et c'est enfin lui qui a fait aussi les frais des certs russes donnés à Paris, dans la salle dt» cadéro, à l'occasion de l'Exposition universelle 1889. N'avais-je pas raison de dire que la jeune le a tous les bonheurs?
[éanmoios, il est juste de déclarer que l'art russe t pas tout entier confiné dans le groupe que j'ai connaître. 11 existe en Russie un certain nombre ■très compositeurs qui ont droit à ne pas voir ■s noms rester dans l'oubli, et l'on en peut rapir aussi certains autres qui les ont devancés, mons d'abord an souvenir à tous ces grands :neurs, dilettantes distingués qui étaient souvent musiciens pratiquants, et qui ont tant fait pour ancement et les progrés de l'art dans leur pays :
le comte Razoumovsby (l'emi de Beethoven) princes Nicolas et Georges Galitzîne, leprioce ^ saupow, les deux comtes Michel et Mathieu > horski,le prince Odoewsky, leprioce Grég;oire konsky, etc. 11 en est qui écrivirent même et I représenter quelques opéras{tel le baron Vieting qui s'est produit ainsi sous le pseudonyme de 1 Scheel et dont il est question plus loin). On citer aussi quelques amateurs non titrés qi mêlent au mouvement et cultivent l'art pour satisfaction personnelle : MM. Laskowsky, d'A schewsky, Alexandre Tanéiew, Ladjjenskj, et très que j'oublie sans doute.
Ce n'était plus un dilettante que ce Ville qui fit représenter à Saint-Pétersbourg;, en d'ailleurs avec peu de succès, un opéra in Nataschka ; descendant d'une ancienne famille le chef, soldat courageux, fut, dit-on, l'un compag'nons de Pierre le Grand, ilapublié unrt intéressant de chants populaires russes. Dai même temps on rencontre les noms de que musiciens qui se sont produits au théâtre : K pérow, qui, après avoir donné en Italie deux ouv importants, Maria Tudor et Rienzi, rentra da patrie, fit représenter en 1867 à Saint-Pétersl un opéra intitulé la Tempête et devint professe Conservatoire de Moscou, où il mourut en 189 Santis, pianiste distingué, qui avait été élè^ Henselt, et à qui l'ou doit un opéra en quatre intitulé Jermak, qui fut représenté à Saint-P
niTg en 1874 ; Alexandre Famintziiie, artiste fort slruit, liii-meme élève de De Santis, compositeur lablé d'an critique, professeur d'histoire de la us iq ne au Conservatoire de Saint-Pétersbourg-, qui tnna en celte ville deux grands ouvraj^es, SardaipalK, en 1875, et Uriel Acoata, en 1883 (1), et qui !st fait connaître encore comme auteur d'une hapsodie rusêe pour violon et orchestre, de deux laluors pour instrumenls à cordes, et, à l'exemple ! son maître, comme éditeur de chants populaires Lsses (2). Le grand violoncelliste Charles Davidow,
qui son superbe talent de virtuose valut une nommée européenne (3), ne s'est pas produit au léfltre, mais il a beaucoup écrit, et en dehors de s nombreuses compositions pour son instrument, 1 Ini doit des suites d'orchestre, plusieurs quatuors
quintettes pour piano et instruments à cordes, lelques morceaux de piano et surtout nombre de élodics etde lieder d'une expression pénétrante, qui it conservé leur g^nd succès au salon et au concert. D sait que Davîdow, qui fut successivement, au anservatoire, professeur d'histoire de la musique, lis professeur de violoncelle, puis enfin directeur
(1) M>"« Valentine Sérow, la veare du grand compositeur,
uBicienoe instruite elle-même, ëcrivit aussi un opéra sur
sujet et BOUS ce même titra A'Uriel Acmta. Cet ouvrage
t représenlé avec un certain succès, sur le théâtre impé-
kl de Moscou, au mois d'avril 1S8S.
(t)Vé à Kalugale 5 novembre 1811, FamÎDtzine mourut
JaioL-Pêterabourg le £4 juin 189S.
(3) 11 était né à Goldingea le 15 mars 1838 ; il est mort
Moscou le 86 Tévrier 1S89.
(sa direction fut très brillante), qui fut aussi directeur de la Société impériale de musique de Saint- Pétersbourg, et qui déploya encore de rares et remarquables qualités comme chef d'orchestre, obtint aussi des succès retentissants en donnant, avec le violoniste Auer et le pianiste Leschetitzky, des séances de musique de chambre qui pendant plusieurs années attirèrent tous les amateurs. M. Théodore Leschetitzky, dont je viens d'écrire le nom, n'est point Russe, mais, né à Vienne en 1831 , de parents Polonais, il a vécu près de trente ans à Saint-Pétersbourg*, où il a pris une part personnelle importante au mouvement musical, non seulement comme virtuose et comme compositeur, mais aussi comme professeur, en formant de nombreux élèves, dont la plus remarquable est assurément M°i® Annette Essipow, dont la renommée s'est répandue par toute TËuropeetqui est devenue professeur au Conservatoire de Saint- Pétersbourg*. Bien qu'il soit, depuis une quinzaine d'années déjà, retourné à Vienne, où il s'est fixé définitivement et où il a formé, entre autres élèves, l'un des plus fameux pianistes de ce temps, M. Paderewski, dont on peut dire que la fortune a été prodig'ieuse, M. Leschetitzky a laissé en Russie le souvenir d'un artiste très actif et fort distingué.
Parmi les compositeurs qui se sont produits au théâtre en ces dernières années je trouve d'abord le nom de M. Soloview, professeur de théorie et d'histoire de la musique au Conservatoire de Saint- Pétersbourg et critique musical d'un des journaux
les plus importants de cette ville (1). Nag'uère élève ^
de Zaremba à ce môme Conservatoire, d'où il sortit ^
avec le g'rand prix de composition pour une cantate y
intitulée la Mort de Samsony il se fit connaître d'abord par une Ouverture sur un thème national et par un poème symphonique, Russes et Mongols. Il écrivit ensuite deux opéras: Vakoula et une Maisonnette du quartier de Colomna, qu'il ne put faire représenter, mais en fit jouer un troisième, Cordelia (novembre 1885), dont le livret avait été tiré par M. Bronnikow du beau drame de M. Sardou, la Haine. L'œuvre, bien faite, mais sans personnalité, n'obtint qu'un succès d'estime. M. Soloview a publié un certain nombre de romances expressives et caractéristiques. Je ne dois pas oublier de mentionner que c'est lui qui, sur la prière même de Sérow, qui l'aimait beaucoup, termina et mit au point, pour sa mise à la scène, la partition du dernier opéra de ce maître, la Force maligne^ que la mort l'avait empêché d'achever. — M. Serge Tanéïew, pianiste remarquable et musicien instruit, qui fut élève de Nicolas Rubinstein à Moscou, où depuis long'temps il est fixé et où il a été un instant directeur du Conservatoire, s'est produit en premier lieu comme virtuose et n'a cessé d'obtenir sous ce rapport de brillants succès. Comme compositeur il s'est fait connaître d'abord par une série de six quatuors
(1) M. Nicolas Soloview est né à Petrosavodsk (Nord de la Russie), le 27 avril 1846.
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pour piano et instruments à cordes, et i nie pour orchestre. Il a fait ensuite n Saiut-Pélersbourg' (189S) une trilogie huit tableaux, l'OresHe, œuvre très si:
honorable, écrite dans uu style élevé, i de forme, et à laquelle on reproche ausi de personnalité. Il a donné depuis (18!
opéra en un acte intituléia Vengeance c — M. Ippolitow-Ivanow est uu artiste qui l'on doit quelques compositions syn entre autres une agréableS'utte Caucasi Suite caractéristique pour chœurs et on deux opéras : Ruth et Asra, ce dernier TiDis en 1890.M.Ippolitow-Ivanow,qui un peu l'influence de la seconde mauiér kowsky, est, comme M. Serge Tanérc appelle là-bas un occidentaliste, c'est-à musique ne recherche pas absolument national. Aujourd'hui professeur au C de Moscou, c'est lui qui fut chargé d'é tate officielle exécutée en grande pomp de cette ville pour la cérémonie du couro tsar Nicolas II. 11 a publié des morceau ainsi que quelques romances. — M.
now(l), son homonyme, qui néanmoin son parent, est, en même temps que c critique musical du journal le Nouveau les musiciens russes ont, comme les ndtre
(1) Né à Moscou en 1850.
geaison d'écrire et Tirrésistible désir de faire de la critique. M. Michel Ivanow a beaucoup produit. Outre un ballet en trois actes, la Vestale , et deux opéras, la Princesse Zabava et la Fête de Potiomkinef tous deux représentés à Saint-Pétersbourg-, on connaît de luila Nuit de Mai, sjmphonie, Savonarole, prologue sjmphonique, une Ouverture triomphale, une Suite champêtre eiune Suite orientale pour orchestre, une musique pour Médée (ouverture, entr*actes et chœurs), un concerto pour violon et orchestre, une messe de Requiem^ \xn Ave Maria,. la musique d*un poème de Polonsky : le Grillon musicien, pour chant et piano, enfin des chansons, des romances, etc. C'est aussi M. Michel Ivanow qui a été chargé par la municipalité de Saint-Pétersbourg d'écrire la cantate qui a été exécutée aux récentes fêtes du double centenaire de la capitale russe. — M. Boris Scheel de son vrai nom Vietinghoff) est un amateur pratiquant, très actif comme compositeur et qui s'efiForce de faire parler de lui, mais dont les œuvres, quoique nombreuses, ne sortent pas, je crois, de Tordinaire, et ne s'élèvent pas au-dessus d'une honnête médiocrité. Il a fait représenter en 1885 un opéra en quatre actes, le Démon, en 1886 un autre opéra, Tamara, en 1887 un ballet, la Tulipe de Harlem, suivi, en 1890, d'un second ouvrage du même genre, Zolouschka (Cendrillon). Il a encore composé un autre opéra, Judith, non joué jusqu'à ce jour, Jean Damascêne, oratorio, la Fontaine de Bachtschissaraï, poème symphoni-
que, la Russe, scène populaire, une Suite fantastique y etc. (1). — M. Jules. Bleichmann est aussi un amateur, de qui l'on connaît, entre autres compositions, une symphonie, une Suite de ballet pour orchestre (Ouverture — Danse des bouffons — Danse orientale — Danse des feux-follets — Vision — Valsé), et un assez grand nombre de romances et de morceaux de piano. Il a fait exécuter sous sa direction, en 1896, une œuvre plus importante, Saint-Sébastien, légende :\
religieuse en trois parties pour voix seules, chœur et orchestre, pour laquelle la critique a montré quelque sévérité, et il a donné à. Moscou, en 1900, un opéra intitulé la Princesse lointaine, dont il est superflu de dire que le livret est tiré de la jolie comédie de notre compatriote M. Edmond Rostand. — Plus intéressant et plus sérieux aussi est M. Georg-es Kasatschenko (2), ancien élève de MM. Johansen et Rimskj-Korsakow^ au Conservatoire de Saint-Pétersbourg-, qui a déjà beaucoup écrit : une symphonie, une Suite arménienne pour orchestre, une Fantaisie sur des thèmes russes pour 'alto solo avec orchestre, la Roussalka, cantate pour soprano solo, chœur et orchestre, des chœurs et des morceaux de chant, et enfin un opéra, le Prince Sérébrény, représenté en 1892 à Saint-Pétersbourg. - M. Kasatschenko est aussi Fauteur de la Cantate de
(1) J'apprends que Boris Scheel, qui avait encore fait représenter au théâtre Marie de Saint-Pétersbourg un opéra intitulé Don Juan^ est mort en 1902.
(2) Né le 21 août 1858.
244 LA. MUSIQUE Elf RUSSIE
réception exécutée en cette ville pour les fêtes données en rhonneur du Président de la République française en 1897, cantate dans laquelle, dit-on, il a su employer avec habileté le chant de l'Hymne russe. Dieu protège le Tsar, et celui de la Marseillaise. — Deux artistes disting>ués, MM. Conus et Rakhmaninow, tous deux de l'école de Tschaïkowsky, tous deux fixés à Moscou, se sont fait connaître, le premier par un ballet. Dalla, représenté en cette ville en 1896, un concerto de violon, des lieder et diverses compositions élég'antes pour le piano, le second par un charmant opéra en deux actes, A^e/co, écrit sur le sujet de Tsiganes^ de Pouschkine, et exécuté au cercle dramatique et musical de Saint- Pétersbourg", une Fantaisie pour orchestre, deux concertos pour piano et orchestre, une sonate pour violoncelle et piano et plusieurs pièces de piano seul. — M. Schenck est un jeune compositeur à Tinspirâtion facile et fraîche, à qui l'on doit une symphonie, les Fantômes, l'agréable musique d'un ballet, Barbe-Bleue, représenté en 1896 à Saint- Pétersbourg, et deux opérettes intitulées Phryné et Hadji'Mourad. — M. Krotkow a fait représenter au mois de février 1886 un opéra italien, Fiore fatale, et en avril 1892, à Saint-Pétersbourg, un autre opéra, en un acte, intitulé le Poète, — M. Korestchenko, auteur d'une Symphonie lyrique, s'est produit aussi avec deux opéras, tous deux en un acte, la Maison de glace, jouée à Moscou en décembre 1900, et la Fête pendant la peste, d'après un poème de Pous-
chkîoe, aussi au théâtre impérial de Moscou, en janvier 1902. — M^i® Kaschpérow, nièce de Tartiste dont j'ai parlé plus haut, est une jeune pianiste habile, qui ne manque de tempérament ni comme virtuose ni comme compositeur, et qui a écrit pour le chant et pour le piano plusieurs œuvres fort intéressantes. ~ Un Arménien devenu Russe, Génari Karganow, professeur de piano à TEcole de musique de Tiflis, mort jeune en 1890, s'était fait connaître par de nombreuses compositions pour le piano et par une série de romances russes qui, si elles péchaient un peu par le stjle, ne manquaient ni de saveur ni de caractère. — Un autre artiste mort jeune aussi, en 1888, Grégoire Lischine, élève de MM. Soloview et Rimsky-Korsakow, avait fait représenter trois opéras d'une valeur assez ordinaire, les Tziganes, le Comte Nouline et Don César de Bazan, et avait écrit quelques pièces sjmphoniques, ainsi que les paroles et la musique de plusieurs romances. — Et je ne saurais oublier un compositeur mort encore à la fleur de Tâge (janvier 1901), Basile Serguiévitch Kalinnikow, alors qu'il donnait les plus brillantes espérances et qu'il montrait la plus heureuse activité. Auteur de deux symphonies, dont une, en sol mineur, extrêmement remarquable, fut exécutée au Trocadéro, lors de notre Exposition universelle de 1900, sous la direction de M. Winogradsky, il a écrit encore une suite d'orchestre, deux t Tableaux symphoniques, » dont l'un intitulé les Nymphes, l'autre le Cèdre et le Palm^ier, une musique pour
I LA MLSIQCE E."( nCSSIE
drame d'Alexis Tobtol : Tsar Boriê, enfin des
lodies vocales et qaelques morceaux de piano.
'apprêtait à aborder la sc^ne avec un opéra, l'An-
! 18tS, qne la mort ne lui a pas permis de 1er-
ner.
Quelques compositeurs dont les noms sont encore
1 connus ont aussi fait représenter quelques opé-
: M. Hardenwald la Puissance de l'amour, d'a- !S un récit de Tour^néoiew (Kharkow, 1895) ; Puchalski, directeur du Conservatoire de Kiew, léfie d'après un autre récit du même écrivain iew, 18%) ; le prince TroubetskoT Mélusine (Mos- 1, 1895);H.Blarember)ir, que j'ai déjà cité, Tous- Imy, sur un texte d'Ostrowsky (Moscou, 1893} ; Garteveldel'jlmourtrtomphartf (Moscou, 1895) ;
Alexandre Fédorow la Fontaine des Fleurs, îd'une fable dePouschkine(Ekaterînoslaw,189C);
Sokalsky le Siège de Doubno; M. Alexandre néîe^ que ses graves fonctions de directeur de la ancellerie impériale n'empêchent pas de se livrer a pratique de l'art, la Vengeance de Camour, tit ouvrage qui a été représenté en mars 1902 vaut la cour, au théâtre de l'Ermitage....
A signaler aussi un jeune pianiste fort distingué, . Léopold Godowsky (1), dont les succès ont été ands à Paris et en Amérique, et qui a écrit pour n instrument un certain nombre de compositions téressantes ; M. Hermann Laroche, le critique
(1) Né k Wilna la 13 février 1870,
bien connu, à qui Ton doit, avec quelques romances, une musique sjmphonique assez inégale, mais non absolument sans valeur, pour la Carmosine d'Alfred de Musset; un jeune amateur bien doué, M. Serge Youférow, auteur de plusieurs recueils de romances sur paroles russes ou françaises et de jolis morceaux de piano {Novelettes, les Soupirs , Théâtre des Marionnettes, petite suite fantastique), d'un caractère intime et délicat ; M. Hlavatch, chef d'orchestre des concerts d'été à Saint-Pétersbourg, qui a fait entendre quelques compositions symphoniques légères ; un pianiste élégant, M. Sapelnikow, qui a publié diverses pièces agréables pour son instrument. Enfin je citerai encore et j'inscrirai pêle-mêle ici, avec le regret de ne pouvoir donner sur eux aucuns renseignements, les noms de MM. Touchmalow, Dloussky (ex-élève du Conservatoire de Saint-Pétersbourg, auteur de plusieurs romances et, en société avec M. Werani, d'une opérette intitulée Madame Sans- Gêné), G, de Bach, Lissenko, Kaprj, Kousnétzow, Nicolas Artsibouchew (auteur de quelques compositions légères pour le piano et pour l'orchestre), Schtchurowsky (qui a écrit un opéra intitulé Bogdan-Khmelniizky , lequel, je crois, n'a pa,s été représenté), M. Kadletz, à qui l'on doit la musique d'un ballet intitulé Acis et Galathée, donné récemment à Saint-Pétersbourg, M. Nicolas Amani, qui a publié un trio pour instruments à cordes et d'assez nombreux morceaux de piano; puis encore MM. G.
Starzow, D. Slolypine, S. Zybine, Donaourow,
Miklachewsky» Alénew, Akimenko, Zolotarew, G. Démidow, M. Kolatchevsky, Tschérépnine, auteurs de romances et de mélodies vocales, qui, tous, sont de simples amateurs. C'est aussi et précisément parmi ces derniers qu'il faut ranger deux compositeurs morts récemment, Adolphe Barianskj en 1900, et le baron Basile de Wrangcel en 1901. Barianskj, que sa situation de grand industriel n'empêchait pas d*ètre un pianiste fort habile, s'est fait connaître par plusieurs œuvres de musique de chambre et un certain nombre de pièces de piano ; le baron de Wrangel, à qui l'on doit aussi divers morceaux de piano ainsi que des mélodies vocales, a écrit la musique d'un ballet^ la Fille du Mikado^ représenté à Saint-Pétersbourg, et celle d'un petit opéra en un acte intitulé le Mariage interrompu.
Par tout ce qui précède, on a pu voir quelle est l'intensité du mouvement musical de la Russie actuelle, et que, comme je le disais au début de cette étude, ce pays est le seul aujourd'hui qui, avec la France, possède une véritable école nationale. Le mouvement n'a pas été seulement pratique, il a été aussi théorique et raisonné, grâce à la publication de nombreux travaux, tant critiques qu'historiques, souvent importants et intéressants. Ces travaux, malheureusement un peu épars, sans cohésion entre eux, et dont la réunion ne saurait donner une idée générale de Tétat actuel de l'art musical en Russie, non plus que de. son origine et de ses développements, n'accusent pas moins, surtout en ces dernières années, une activité méritoire et digne d'encouragement. Parmi les nombreux ouvrages ainsi publiés, je citerai particulièrement ceux du R. P. Dmitri Razoumowsky (Le chant d'église en Russie) ; de Youry Arnold (Mémoires et écrits divers) ; du prince Nicolas Youssoupow (Histoire de la musique en Russie, Luthomonographie historique et raisonnée) ; de Pérépé-
tionnaire musical. Histoire illustrée de t en Russie, i4(bum historico-musical 'Alexandre Faminlziae (De la structure lodie dans les cliants populaires russes, jusicale, l'Ancienne gamme de l'Indu- Bouffons populaires en Russie, etc.); e Oulibicbew (Vies de Mozart et de Beee W. de Lenz {Beethoven et ses trois Platon de Waxel, qui ne s'est pas borné BDt dix-sept ans l'excellent critique mummal (Français) de Saint-Pétersbourg-, publié, outre une biographie de Glinka, ravaux importants sur la musique russe que portug;BÎse ; d'Alexandre Roubets ',re biographique des m.usiciens russes, fait deux édïtious) ; de Michel Pétoukhow systématique du Musée instrumentât du ire de Saint-Pétersbourg, Instruments ilaires du Musée du Conservatoire) ; de La musique eii Russie, Essai du dévelop- ■a romance russe) ; de Sacchetti (Histoire lue. Du domaine de l'esthétique et de la ^hrestomathie historique et musicale, théorie musicale) ; de P. Weimarn (Bioî Glînka) ; de Wladimir Mikhnévitch l'histoire de la musique en Russie) ; de (L'instruction musicale populaire en ans l'Europe occidentale); de Wladimir iographies d'Alexandre Borodine et de tka) ; de P. A. Poelchau (Étude spéciale
sur le chant d^église); de Gabrilovitch (Àlmanach musical^ dont il a paru plusieurs années) ; de Nicolas Findeisen (Vie de Glinka) ; enfin les ouvragées divers de Sérow, du prince Odoewsky, de Sokalsky, Dourow, Razmadzé, Hermann Laroche, Tchéschihine, Trifonow, Khalutine, M^^ Touvyguine, etc. (1). Quant aux ouvrages théoriques, ils sont nombreux, et je me bornerai à mentionner, après ceux de Huncke, de Yourj Arnold et de Zaremba, ceux, plus récents, de Tschaikowsky, de MM. Rimsky-Korsakow, Arensky, G. Gonus, M™* Spassky.
Mais si le mouvement musical russe est remarquable au point de vue de la création des œuvres, il ne Test pas aussi complètement en ce qui concerne leur interprétation, du moins pour ce qui a rapport au théâtre. Un de mes amis de Saint-Pétersbourg", dont je ne saurais récuser le jugement parce que je connais sa compétence, m'écrivait récemment à ce sujet : — a Nous avons eu chez nous très peu de bons chanteurs. M°*® Mainvielle-Fodor a débuté à rOpéra russe sous Alexandre I®'^ (2) ; M"*® Schpberlechner était une Russe ; vous savez ce qu'était le
♦ (1) Le comte Orlow a publié naguère un piètre Essai sur l'histoire de la musique en Italie (en français). Plus tard M. Belikow, inspecteur de la chapelle impériale, a traduit en russe deux ouvrages de Fétis : Curiosités historiques de la musique, et La musique à la portée de tout le monde.
(2) Joséphine Fodor n'était pas Russe. D'origine hollandaise, elle était née à Paris et, élevée à Saint-Pétersbourg, où elle avait été emmenée par son père dès l'âge de quinze mois, elle y épousa un acteur français nommé Mainvielle.
ténor Ivanow. M™* Vorobieva-Peirova, le contralto, créatrice du rôle de Vania dans la Vie pour le Tsar^ avait une voix phénoménale, tout comme plus tard M™' Lavrovsky. M"® Léonova avait surtout du tempérament. La basse Pétrow était un artiste accompli ; le baryton Melnikow, voix prodigieuse, mais peu de gpoût, tout comme le ténor Nikolsky ; Korsow et Stravinsky, bons acteurs, avaient plus de style que de méthode. M. Figner, le ténor actuel, a plus de goût que de voix, et il en est de même des barytons Prianischnikow et Tartakow. En réalité, on ne chante bien chez nous qu'à POpéra italien, supprimé comme scène impériale en 1885, mais rétabli depuis comme théâtre non subventionné. La cantatrice russe qui a acquis dans le répertoire italien une certaine notoriété est M"® Boulytchew. M^^* Litvinne, vous lé savez comme nous puisque vous Tavez entendue à Paris, est devenue tout à fait remarquable dans le répertoire wagnérien. Le ténor Sobinow est doué d*une voix charmante. La basse Schaliapine a mis du temps pour se former, mais aujourd'hui son nom peut prendre place auprès de ceux des plus grands artistes lyriques du dernier siècle, tant comme jeu que comme chant. Son double triomphe est surtout le rôle de Méphisto dans les deux opéras de Gounod et de Boito. » On voit ce qu^il en est. Je me bornerai donc à rappeler simplement ici les noms d'un certain nombre de chanteurs qui ont occupé ou occupent à TOpéra russe une situation plus ou moins importante. Ce sont, pour les ténors, Sétow,
/ <ri
Orlow, Ende, Komissarjevsky, Mikhaïlow, Préobrajenskj, Yerschow ; pour les barytons, Artémovsky, Khoklow, Yakovlew ; pour les basses, Vassiliew, Koriakine, Tchernow, Sariotti ; et du côté féminin jyjmes Séménova, Mravina, Sionitzky, Platonova, Pavlovsky, Raab, Leschetitzky-Friedebourg',Kotchétova, Bitchourine, Kartsew-Panaïew, Slawina, Gorlenko-Dolina, Kroutikova, Adélaïde Bolska, Zviaguina, etc. etc. (1). Constatons en passant que Ton compté en Russie trois théâtres impériaux d'opéra f à Saint-Pétersbourg, Moscou, et Varsovie.*
Si la Russie n'a produit que peu de bons chanteurs, elle prend sa revanche du côté des virtuoses instrumentistes, et sous ce rapport ne laisse rien à
•Vi
(1) La grande cantatrice Mme Darya Mikhaïlovna Léonova, morte au mois de février 1896 et pour laquelle Meyerbeer avait une profonde admiration, fut la créatrice du rôle de Rognéda dans le célèbre opéra de Sérow. •Mile Elisabeth Lavrovsky, qui jouit d'une renommée'presque égale, quitta, je crois, le théâtre à la suite de son mariage avec le prince Tsertelew ; elle était, ainsi que Mii« Raab et M™e Bitchourine (morte en mars 1888), élève de Mme Nissen-Saloman^ la superbe cantatrice suédoise qui fît, il y a un demi-siècle^ les beaux jours de l'Opéra italien de Saint- Pétersbourg. Le fameux chanteur Ossim Pétrow, l'inoubliable Soussanine de la Vie pour le Tsar^ est mort le 1 1 mars 1878. Une des cantatrices aujourd'hui les plus remarquables^ les plus intéressantes et les plus justement renommées de rOpéra russe est cette toute charmante M™® Marie de Gorlenko-Dolina, dont nous avons pu apprécier à Paris,à diverses reprises, la voix superbe et le talent de premier ordre. La France a contracté une dette de reconnaissance envers Mme Dolina, qui depuis plusieurs années met ce talent hors de pair au service de nos compositeurs et ne néglige aucun effort pour répandre et faire connaître leurs œuvres dans son pays.
irer. Il sérail superflu de rappeler les exploits, 1 j'ai sufËsamraent fait connattre, de l'admirable niste que fui Antoine Rubinstein ; son frère Nico-
ne lui cédait guère à cet ég-ard, et nos ardsles nt pas oublié l'effet foudroyant qu'il produisit iqu'il se fit entendre en 1878, ans concerts russes Trocadéro, où son talent si plein tout ensemble ligueur et d'élégance fut une révélation. L'école je de piano est en ce moment très remarble et comprend les noms de MM. Safonow ve deBrassin), Serge Tan éïw (élève de Nico-
Rubinstein), Sapelniko'w, Alexandre Siloti vB de Liszt], Bentsch, Holliday, Igoumno'w, row, Alexandre Scriabine, Doubassow (le prer lauréat du concours Rubinstein), Joseph Lhéle (élève du Conservatoire de Moscou, l'un des iqueurs aussi de ce même concours), et de M"" lette Essipow, Timanow (élève de Tausig), Ber- :on-Voronetz, Benois-Ephron (élève de M, Les-' jtzky), Posnansky, Yakimowgky et Drucker tes trois élèves d'Antoine Rubinstein), et ' KaschpérowetTerminsky. Pour les violonistes, Ss avoir rappelé le souvenir du général Lvow, fut un virtuose extrêmement distingué, il faut imer M. Lèopold Auer, l'excellent et très brillant on-solo du Théâtre Impérial de Saint-Pétersrg (1), et ensuite MM. Brodsky, Alexandre
Petschnikow (élève de Joachim), dont la femme est aussi violoniste, Kolakowskj, Gregorovitch, ainsi que M. Barciewicz (lauréat du Conservatoire de Moscou), que nous avons entendu à Paris à diverses reprises. Le célèbre violoncelliste Davidow, mort trop jeune, n'en a pas moins laissé une renommée européenne, et Ton prodig^ue aujourd'hui les élog'es au talent de M. Verjbilovitch, son meilleur élève, qui continue avec M. Auer les séances de quatuors de la Société musicale russe, dont le succès ne s'est jamais démenti. On ne saurait oublier de signaler aussi le nom de M. Zabel, harpiste fort distingué qui est en même temps compositeur pour son instrument. Les deux frères Rubinstein,run et Tautrèchefs d'orchestre de premier ordre, n'ont pas été remplacés sous ce rapport, et il ne paraît pas, malgré leurs désirs et leurs efforts en ce senâ, que MM. Rimsky- Korsakow, Glazounow, Jean Davidow^ (neveu du violoncelliste) et Krouschevsky soient appelés à hériter de leur habileté. Seul, M. Safonow possède les vraies qualités du chef d'orchestre, bien supérieur en cela à M. Winogradsky ; nous avons pu apprécier à Paris l'un et l'autre, et la supériorité du premier nous paraît de tout point démontrée. Il manie le bâton avec une parfaite intelligence du style et du sens de la musique qu'il interprète, ayant le vrai sentiment des mouvements justes ; il joint la forée à la clarté, la souplesse aux nuances les plus fines, et dans sa façon de diriger l'impression d'ensemble est d'une complète homogénéité. Je n'ai pas
sur le compte de M. Napravoik, dont j'ai ion de parler précédemment et qui justifie Qt sa haute rcDommée. Je citerai seuleore les noms de MM. Galkine et Erdmaas- |ui se soDt produits aussi comme chefs re. Eafio, en dehors de M. Arensky, tout at encore directeur du fameux choeur des de la chapelle impériale, ce chœur dont ne disait il y a peu : « J'ose à peine parler ceur incomparable, unique au monde : il ne, il est surhumain, il a toute la gran- )utes les nuances, • il faut citer les noms Théodore Becker et Ârkang'helsky, qui aits comme chefs de chœur une réputatée; on les considère en leur pays comme 'S encore à M. Dimitri Slaviansky d'Âgrénéanmoins a parcouru l'Europe avec succès rons entendu ilya quelques années àParis) 3 son personnel très habile et très exercé (1).
iccès était dû à la conleurdélicieuse de la musique i l'habileté et aui beurom détails de son eiécussi k ce fait que H. d'Agrenew et ses chanteurs lient dans les curieux et pittoresques costumes (Yi= siècle. Je trouve à ce sujet, dans V7ndépene (1887), une note qu'il ne me semble pas sans
reproduire ici : — « Vous n'avei pas oublié la lorale russe, aux pittoresques costumes, au pia-
habilement amené, qui donna des concerts h.
la Monnaie, sous la direction da M. Dioiitri Sla- ^gréneS. Son chef célébrera le mois prochain ses gent musicales, et des fêtes auront lieu k cette
Moscou, du 7 au 9 mai, dans la salle de l'As-
la Noblesse, à laquelle appartient le jubilaire. Une
Ceci m'amène à aborder la question de l'enseignement musical, qui occupe en Russie la place qu'il mérite, bien que l'Etat s'en occupe officiellement fort peu et que presque tout, dans cet ordre d'idées, soit dû à l'initiative privée. Les deux g^rands Conservatoires de Saint-Pétersbourg et de Moscou ont été fondés par les deux frères Rubinstein, le premier par Antoine, le second par Nicolas. Tous deux, aujourd'hui florissants, sont des modèles en leur genre, celui de Saint-Pétersbourg dirigé par M. A. Bernard, professeur excellent, auteur d'ouvrages théoriques fort estimés, qui a succédé à
■ f XÀ
communication que nous recevons ^u comité organisateur contient d'intéressants renseignements sur le héros de ces fêtes. D'abord étudiant à l'Université de Moscou, puis militaire, elle nous montre M. Slaviansky pris d'une irrésistible vocation artistique, quittant le service, faisant ses études musicales en France et en Italie, nommé chanteur de la Cour de Naples, puis engagé à Berlin, où il chante dans V Africaine^ et ensuite à, Saint-Pétersbourg. La musique slave l'attirait. Il renonce au théâtre pour en rechercher les trésors, voyageant dans tous les pays slaves et recueillant ainsi un millier de poésies et de mélodies russes et slavonnes^ dont une centaine de chants épiques sur les héros primitifs des peuples slaves. Publier ces chants populaires, les harmoniser en respectant leur caractère, les introduire dans le monde, les faire exécuter en public, former un chœur capable de les propager à, l'étranger, tel fut son œuvre, réellement national et en môme temps très artiste, car il s'agissait de retrouver les origines de la musique russe et d'ouvrir à l'école moderne les sources auxquelles il importe qu'elle puise pour se retremper et constituer sa personnalité. On comprend que cette œuvre ait valu à M. Slaviansky les sympathies de ses compatriotes, et l'étranger même, pour peu qii'il se rende compte du rôle de la nationalité dans l'art, ne peut manquer de joindre ses félicitations à celles qui attendent le jubilaire dans sa patrie. »
M. Johansen (1), celui de Moscou par M. Safonow^ dont j'ai eu déjà roccasion de citer le nom comme pianiste et comme chef d'orchestre. Ils sont loin d'être les seuls ; il en existe d'autres à Kiew (directeur, M. Puchalzki), à Odessa, à Tiflis, à Helsingfors, à Kharkow, à Riga, etc., en tout, je crois, vingt-six. Pour donner une idée de ce qu'est l'enseignement dans un de ces grands établissements et de quelle façon s'y exerce la direction, je m'adresserai à un de nos compatriotes qui sait voir et comprendre, à mon vieil ami Ch. M. Widor, professeur de composition au Conservatoire de Paris, qui, dans un de nos journaux, rendait compte en ces termes» il y a trois ans, d'une visite qu'il avait faite récemment au Conservatoire de Moscou pendant un voyage en Russie :
Permettez-moi de vous parler du Conservatoire de Moscou, que je visitais la semaine dernière, Tun des plus pratiquement réglementés et des plus florissants qui soient.
Là-bas, il y a séparation entre TÉcole et TËtat. Ni à Saint-Pétersbourg, ni à Moscou, ni à Varsovie, ni à Kiew vous ne pourrez lire en lettres d'or sur fond de marbre vert : Conservatoire impérial de musique^ ni voir flotter au-dessus du portique le drapeau national. Rien d'officiel comme à Paris, où directeur, administrateurs, profes-
(i) M. Bernard fut d'abord professeur d'harmonie et de fugue au Conservatoire, puis inspecteur de l'école. Lorsque la direction devint vacante, il fut élu directeur par le conseil des professeurs. C'est sur ses traductions qu'on joue en Allemagne plusieurs opéras de Tschaïkowsky et de M, Rimsky-Korsakow. Il a peu composé.
seurs et employés sont en réalité de véritables fonctionnaires, nommés par ordonnance ministériell e et émargeant au budget. Mais il y a, placé sous le haut patronage d'un grand-duc ou d'une grande-duchesse et siégeant à Saint- Pétersbourg, une Société impériale de musique, laquelle se charge de défendre les intérêts de Tart sur toute l'étendue du territoire, et subventionne les écoles des grands centres : de Saint-Pétersbourg et de Moscou, de Varsovie, Kiev, Helsingfors, Tiflis, etc. ; institutions vraiment libres, gardant pleine et entière leur personnalité civile, disposant comme il leur plait de leurs revenus, se gouvernant, se perpétuant elles-mêmes.
C'est ainsi que le Conservatoire de Moscou, subventionné à la fois par la ville et par la Société impériale, empruntait récemment une très forte somme pour achever les nouveaux bâtiments où il doit s'installer l'an prochain, superbe construction entreprise et presque terminée, sans souci d'une intervention officielle quelconque (1). Avant dix ans l'emprunt sera remboursé, grâce aux ressources de la maison, rentes, donations, recettes des con- ' certs, produits de la pension des quatre cent soixante élèves qui fréquentent les cours, et qui payent touSr
« Il n'est pas de pays d'Europe, me disait l'an dernier le professeur Johansen, directeur du Conservatoire de Saint-Pétersbourg, où l'initiative privée puisse se manifester plus librement qu'en Russie. » Le Conservatoire de Moscou en est un exemple frappant. Combien nous faudra-t-il de temps en France pour que les conclusion'g de M. Georges Berger, dans son rapport du budget des beaux-arts, reçoivent une solution ? Quand sera-t-il ac-
(1) Le Conservatoire de Moscou a été inauguré en i 901. Pour sa construction le tsar Alexandre III avait donné 400,000 roubles, un riche commerçant, M. Solodownikow, 200,000^ un banquier, M. Van der Wies, avait offert un orgue superbe de Cavaillé-Coll...
cepté que Dotre bibliotbë*que ne peut plus
livres, notre musée ses instruments, que, dans nos
classes délabrées et étroites, les professeurs se trouvent
régulièrement forcés de s'interrompre pour faire ouvrir
les Tenetres, risquant la bronchite plutôt que d'être
asphyxiés?
A Moscou le directeur, M, Safonow, s'aperçoit un beau jour que l'accroissement constant des élèves rend inhabitables les salles d'études ; que la classe de trombone, laquelle s'entend au loin, ne permet pas de dédoubler les cours d'harmonie devenus ineufllsants ; que les professeurs de chant menacent de démissionner, exaspérés par les exercices de trompettes leurs voisines... Sans se plaindre mais sans hésiter, il s'en va trouver un architecte et discuter terrain, plansetd»vis. Six mois plus tard les maçons sont à l'œuvre, et moins de deux ans après, on inaugure une magniltque construction avec salle de concert capable d'abriter deux mille auditeurs. Cette vaste salle, qui sera omée d'un grand orgue françaig — on vient de le commander à Cavaillé-CoU — n'a pas moins de 57 mètres de long, sur 30 de lar^e et 16 de haut.
Moins nombreux que le notre, le corps enseignant de Moscou ne dépasse guère une quarantaine de professeurs, le cumul, là-bas, n'étant point interdit. Xu lieu de se faire concurrence, comme chez nous, les trois classés de composition, affectées à l'étude de trois spécialités différentes, se trouvent ou successivement ou simultanément fréquentées par les mêmes élèves ; contrepoint, instrumentation, composition libre. J'ai constaté sept classes élémentaires de piano et quatre supérieures : trois classes de violon et trois de chant. Parmi les instruments étudiés Hgurent les timbales, le glockenspiel, le tambour, etc. C'est le même professeur qui enseigne tout ce qui concerne la percuiehn. A signaler tout particulièrement, à coté de l'enseignement musical pur, tout an système d'instruction générale : histoire, géogra-
pbie, calcul, grammaire, littérature, laogues étrange
Ici je touche au point le plus intéressant du d'études, les cours d'ensemble. C'est l'éminent direc qui en a assumé l'entière reeponeabililé et pris toui charge: orchestre, chœurs, musiquede chambre, M. i now fait lui-même ces trois cours, chacun de deuï aéai par semaine. •■ Les lundis et les jeudis, me disait-i réunis monorcbeetre d'élèves, soit pour travailler le r^ toire ancien et moderne, que tous doivent connaître, pourpermettre à nos jeunes compositeurs de s'ente: et de constater par eux-mêmes leurs progrès ou 1 fautes, soit encore pour accompagner des solii chanteurs ou instrumentistes. De plus, je cède de te en temps mdD bâton aux jeunes gens les mieux dou< je laisse ces aspirants chefs d'orchestre s'essayi conduire. »
S'entendre I s'essayer I Voilà ce que, à cor et à depuis des années, réclament les étudiants du faubi Poissonnière. C'est par raisonnement, par comparai par persuasion qu'on enseigne à ces malheureux, si papier, l'art impalpable et subtil de combiner les s Ce n'est qu'avec les yeux qu'il leur est donné d'anal le système des sensations auditives. Telles des lei d'aquarelle à l'Institution des jeunes aveugles.
Les classes d'ensemble : orchestre, chœurs, mus de chambre, vrais cours d'application des hautes étu sont d'une absolue nécessité pour quiconque veut s« son métier, soit de compositeur, soit de chef d'orchei A Moscou, â Berlin, à Vienne, à Leipzig, à Bruxe elles existent partout. Dans tous les conservatoirei monde, chaque fois qu'un élève de la classe de con sition produit un morceau symphonique jugé suffi par le professeur, le temps de le recopier et Torche le joue. Eat-il une meilleure leçon que celle de l'ei rience ? M. Safonow me faisait entendre, l'autre jour devoir de simple contrepoint et une fugue convena
SZ LA MUSIQUE KN RUSSIE
ent conduite que travaillaient ses chœurs : c'était la compense décernée aux deux « premiers « delà classe. Autre article intéressant du rËglement de Moscou : Chaque année, les élèves de la classe d'opéra doivent >prendre au moins trois opéras en entier. Une fois par I, spectacle public avec costumes et décors. • Et voici lelques-uns de ces spectacles : Fidelio, Cosi fan tulle, airimonio tegrelo, le Noue di Figaro, FreischUlz, Iphigie en Tauride, Waffen Schmidl (de Lortzing), Onéguine B Tschaïkowsky), Ruth (d'ipolitow Ivanow), Raphaël 'Arensky). Les séances publiques ont eu lieu jusqu'ici ma l'immense sallede l'Opéra impérial. Quand la grande Ile du Conservatoire sera terminée, c'est là qu'elles se indront. Et c'est là encore, et non plus comme aujourlui dans l'élégante salle du Cercle de la noblesse, que donneront les beaux concerts de quinzaine de la iciété impériale de musique, concerts dirigés, eux ssi, par M. Safonow avec un profond sentiment artislie et une autorité superbe
Peut-être est-ce à cet eoseig^nement vraiment pra- |ue que les jeunes compositeurs russes doiveat leur lour de l'orchestre et leur habileté précoce à en aaier les élémeats. Lorsqu'ils se présentent devant public ils ontdéjà.grâceàces excellents procédés, alheureusement inconnus chez nous, acquis une rte d'expérience symphonique, ils connaissent la ■ture des timbres, leur diversité, leur emploi, ils
marchent plus à l'aveugle et savent déjà ce qu'ils nt sous ce rapport.
Toutefois, si la musique symphonique est en and honneur en Russie, comme on a pu le voir par
que j'ai fait connattre, la musique de chambre,
c'est-à-dire le quatuor et ce qui en dérive, n'y est pas cultivée avec moins d*ardeur, de sorte qu'avec l'opéra ce pays possède les trois g^randes formes par lesquelles la musique se manifeste dans l'ordre le plus ^levé. En résumé le mouvement est complet, les compositeurs l'entretiennent avec une étonnante ardeur et une activité rsure, les interprètes ne leur manquent plus (les Conservatoires de Saint-Pétersbourg" et de Moscou leur formant chaque jour de solides exécutants), enfin le public s'instruit et s'initie aux beautés les plus nobles et les plus sévères de l'art. Si bien que l'école russe, mettant à profit les trois cents ans de travaux préliminaires des trois écoles occidentales qui l'ont précédée, iu'ayant pas à perdre son temps en essais inutiles et parfois décourageants, ayant d'autre part à sa disposition, grâce à sa musique populaire, d'un caractère si original et dont elle se sert avec tant d'habileté, un élément nouveau et d'une grande puissance à -introduire dans l'art, l'école russe, dis-je, aujourd'hui en pleine efflorescence, semble appelée à un avenir vraiment glorieux, et qui sait? peut-être à renouveler les formes de cet art si mobile, et à prendre un jour victorieusement la tête du grand mouvement musical européen.
TABLE ALPHABÉTIQ
&E9 HOHS CITÉS
Adam (Adolphe) 13, U SI
Agrcnev (Slailaoïkj d') Î56
Akimeako 14S
Alibicv 37
Albredit 6»
AlbrachUbergsr. 95
AleiMW US
Alsundrc I" SS, 37 Ï51
Alnandrell .... S2, 7S, 113 190
Akiandre III SS9
AleuiidMw (M"-) ISS
Aleiii (laUiD 1!
AUiiilIikalloiltck 18
Albcim (Picrrs d') 196 19S
AlpMrakj *»9 Î30
AnfoMi 18
Ann«(L'Iiiipir>lnce|., IJ, IS 30
Anth^KD') '. 63
Aatipov il9,ï3l 133
AntOQOurty 110
Arl)l 30,31 Si
Artipov Ï9
Arcn>kj,lg9, HT, itiktfl,
31II,*51.ÏS6 i61
ArkiDEhelikjr iSt
ArUmovikr it3
BachlJetn-Sit lSI,ilII....
Bach (C. il«) .
fiakhonUki. . .
Bakbtonrias. .
Balaklrew, 9, 158, IS3, i:
193, iOl, K!
Elubier {in]«>
Bïriaask]' — Bsslli
Beck (ùr[) . .
Bsck«r<Th.>.
Beeltiarsn, 9, 9S, 96, 97, 176, 178, 19
Belale»
Bcligf»d.lijr Cl
Btlikoi
Bellinl
Bfnklndort. .
BeDols-Epbroi
iBLE ALPHABETIQUE
ÎII4
Si
nti
ws
IM
ii6
lU
IIU
iî3
Cithsrins II, 16, n, 18, 30,
C»«ilIé-Coll 359 !
CâiM 38, 39,59
Cbirpenlier
Ch«r4méUew (Le comM) ....
Cb«rDblai
Cbulakow (Hin«) 43,61
GhsitchCDko j
Cbicbkiue
Chopin 117,131,43^ S
ConilulÉii {■« gruid duc) — I
Comliiu (PeteO 1*3
Cologûl 131
Cricchl 31
CroHl *i
Cni {César), 7, 9, 10, S9, 39, 40, SB, 65. 68,79, 80, 86, 87,89,90,91,106, 109,115, 116,117,130,131.134,137, 148, 158 ï 175, m, 178, 179, 180, t3i, iSS, 180, 187,193,199,301,303,311, 313,316.334 3S0
DaLI'Oglio ([tomeDico) '. 31
Dalt'Ogli» (Gliueppe) 31
Diniaic«a* {Saint Jean) 17
Dameke 134
Dsrgomiislc;, 1.80)1 93, 101,
lit, 160, 168, 187, 301. .. . 117
Datid {Félkien) 16
DsTidow (Cbarles), IlO, 136,
Daildow (Jaan) 15S
Dcgtiarev U
Debn 45, Bl tu
D«]ibu(L4o) 16,155 183
Deliaei (Hieii«l) 143 174
Delns(Wle) 133
TABLE ALPHABETIQUE
Dloassky Î47
Donaonrow 247
Doniietti 25, 50, 55, 161 174
Doabassow 254
Doarow 251
Dreyschoclc 120
Drucker (Mme) 254
Dumas (Alexandre) 168
Durand (Mme Maria) 132
Dutsch 108 109
Elisabeth (l'impératrice), 13,
Ende 205 253
Eiigelhardt (D') 62
Erchow 106
Erdmansdœrfer 256
Ernst 132
Essipow (Mme Annette), 1 75,
Estafiew 229 231
Eastatiew 32
Ewald 229 233
Falcon (Ck)rnélie) 83
Famintziae 9, 238 250
Fedorow 246
FéUs..... 17, 18, 19, 34, 84 251
Field(John) 45.117 121
Figner 252
Findeisen 251
Fischbacher 30
Fomlne 36 37
Fouque (Octaye). . 19. 44, 45 67
Fuchs 30
Fiindioger 144
Fûrck 95
Fusano 31
Fusano (Giulia) 31
GabriloTitch 251
Gabrielli(La) 36
Galitzine (Les princes), 47, 49 237
Galkine 256
Galuppi 17, 18,28 33
Gandini 18
Garterelde 246
Giacometti 100
Gibelli 31
Giorgi (Gatarina) 31
Giorgi (Filippo) 31
Gladkoïa (Mme) 210
Glazounow (Alex.). 187, 189,
191, 217, 222 à 225, 228. . . 255 Glinka, 1, 7, 19, 28, 39. 41, 43 à 78, 82,87,93,103,104, 106,107, 114,139.160,172,
Gluck 25,157 159
Godowsky 246
Gœlhe 132,201 230
Gogol (Nicolas), 52, 149, 168,
Goldmark (Garl) 25
Golénitcbew-Kontousow 201
Gorlenko-Dolina (Mme). . 106 253
Gounod (Charles) .... 26, 112 155
Gregorovitch 255
Gretchanmow 217,229 232
Grétry 157
Grodski 229 232
Grossi (Mlle) 132
Gncewicz (Julie) 165
Guédéonow 65 182
Guglielmi 25
Gniraud 26
Habets 184
Haendel 25
Hahnemann 78
Halévy(F.) 24,85 157
Hardenwald 246
Haydn 25 46
Heckeren (Le baron d') 63
Heine (Henri), 167, 168, 201 230
Heinichen 30
TABLE ALPHABETIQUE
HélèDe (La grande dQcheise),
413, li4 145
Henselt 74, Ml 237
Herke 192
Harmana 166
Herald 24 157
Hengel 139
Halratoch 247
Hoffmann 73
Holliday 254
Holstein-Goltorp (Le dne de) 30
Homère 185
Hroby 166
Hogo( Victor) 83, 84, 167, 168 230
Hnmmel 117 121
Hnmperdiak 25
Honcke 251
IakoTiew 106
Igoamnow 254
Ippolitow-Ivanov 241 262
Ivaoow (Le chantear).. 49, 50 73
iTanow (Michel) 241 242
Iran-Ie-Terrible 11
Jacqaard 133
Janner-Krall (M-«) 131
Joachim 255
Johansen. . 226, 228, 243, 258 259
Joseph II 34
Jookowski 52 111
Jargenson 143
Kachine 9
Kadletz 247
Kalionikow 245
Kamenskaïa (M™*) 106
Kamensky (M"*) 209
Kanchioe 120
Kapry 247
Karabanow 29
Karganow (Génari) 245
Karmaléna (M») 185
Rarolsfeld (Schnorr de) 131
KarUew-Panaïew (M*«) 253
Kasatschenko 243
Kaschkin 155
Kaschpérow 237
Kaachpérow (M'i-) 245 254
Khalatine 251
Khoklow 253
Kirnberger 95
Kiesewetter 48
Klatarew 32
Klatcharow 9
Rnorr(Yoan) 156
Kolakowsky 255
Kolatschewsky 248
Kologoivow 120
KoUsow 201
Komissarjewsky 131 253
Kopylow 229 230
Koretschenko 244
Korlakine 61,209 253
Korsow 252
Kotchélo?a (M»«) 253
Roakolnik 52, 65 76
Koulikow 132
Kousnetsow 247
Krantschenk 210
Krotkow 244
Kronchewsky 255
Kroutikova (M—) 131 253
Krûckl 132
Ladyjewsky 237
£alo 26
Lamoureax 231
Landau 132
Languinow 29
Laroche (HermSnn) 6, 7, 10,
Laskowsky 237
Lavrow 254