‹ Essai historique sur la musique en Russie (volume 2)Chapitre 4 sur 6 · RUSSIE · texte numérisé non relu

RUSSIE

^ les prétentions des

arlisles, ete. ; mais je

)ien le temps de Taire i

jn article sur un sujet

lureiJen'eDaipassou',

'ent d'aussi intéressant.

H. Berlioz.

t dire de Berlioz qu'i

il De lui arrivait pas

onpl»sd'Si™a™i,

imable. Toutefois, on

t douter de sa sincérité en cette occasion, parole et publia dans le Journal des Débals, du 16 avril i84S, un feuilleton fortélogieux confrère. Après avoir raconté quenaffuère, il s'était rencontré à Rome avec Glinka, et dessoiréesd'HoraceVernet, alors directeur émie de France, il avait entendu plusieurs isses de sa composition délicieusement ar Ivanow, et qui, dit-il, « me frappèrent 1 par un tour mélodique ravissant et tout à sut de ce quej'avais entendu jusqu'alors » , parler de fa Viepourle Tsar, pais de Rouis- Ludmilla, et voici comme il apprécie le leur auteur :

Glinka donna â la scène russe un second opéra, et LadmiUa, dont le sujet est tiré d'un poème ikine. Cet ouvrage, d'un caractère fantastique ienlal, pour ainsi dire, doublement inspiré par et les contes des Mille el ane Nuilg, est lifférentde la Viepourle Tsar, qu'on le croirait m autre compositeur. Le talent de l'auteur y lus mdr et plus puissant. Bousslane est sans m pas en avant, une phase nouvelle dans le ment musical de Glinka.

L HUSIQDE EK RDS SU

er opéra, i travers I ■ia national si frais et ; laît surtout sentir; d 41e que joue l'orcbe nique, & ia science del lier au coutraîre l'îni I artistes qui les pr lui beautés de la nou Henselt, qui ont transi hËmes les plus e aillai ellenieat aouple et v e se transformer A la exigences et le caracl 1 simple et naïf même, .'aucune tournure vulg.

nprévus, des période grand harmoniste, et

«s qui font de son i nés les plus neufs et ndre. Le public a paru donné jeudi dernier c . Une indisposition d' Eiint-Péterebourg qui léras du compositeur tendre les morceaux ij ; ; mais son tcheno e ; ont été vivement apf ekeno est entraînant, I extrËmemenl piquani t développé. C'eatsurti ue que brillent aussi érite est bien rare, et lui d'une harmonie di on, franche, nette et Ire â une place parmi

excellents de son époque. L'auteur de Rousslane est dans ce cas.

Ce jugement de Berlioz sur Glinka n'est assurément pas sans intérêt et méritait d'être rapporté (1). Je ne m'appesantirai pas davantage sur les dernières années de l'existence du compositeur, sur ses nouveaux voyages soit en France, soit en Espagne, sur ses derniers travaux, qui d'ailleurs n'eurent plus le théâtre pour objet. Si je me suis étendu si longuement sur lui, c'est que l'apparition de Glinka est une date flamboyante dans l'histoire de la musique russe et le point de départ d'une ère nouvelle, c'est que son nom est comme un symbole, c'est que cet artiste admirable est justement considéré dans son pays, et doit l'être partout, comme le fondateur, le créateur de l'opéra national, et qu'à ce titre il a droit à une place et à une attention exceptionnelles.

Oui, Glinka est bien un chef d'école et le portedrapeau de l'art moderne en Russie. Mais il n'a pas travaillé seulement pour la scène, et il serait injuste d'oublier qu'en dehors du théâtre son œuvre est considérable et varié. On doit faire assez bon marché

— et Ton a vu qu'il en faisait bon marché lui-même

— de ses compositions d'extrême jeunesse, celles qui précèdent son premier retour en Russie en 1834. Mais à partir de ce moment il faut considérer sérieusement ce qu'il a écrit, ses nombreuses roman-

(1) On peut lire aussi avec intérêt rexcellent compterendu que Maurice Bourges fit du concert de Glinka dans la Revue et Gazette musicale du 20 avril 1845.

ces sur paroles russes ou françaises (ilj 80, dont beaucoup sont exquises, tanW ment profond, tantôt presque sensuc musique pour le drame de Koukolni Kholmsky, une Tarentelle pour orches minskaia, morceau sjmphonique exq d'orig'ïnalité, ses autres œuvres s^'mph portées d'Espagne : la Jota Aragone:

Ouverture espagnole intitulée une .

Madrid, eufinquelques morceaux de pi ses autres compositions de genre (2 faut constater, c'est que si la Viepot restée, surtout par le fait de son sujf Gliuka populaire par excellence, iîousi milla reste d'autre part, pour beaucouj ■ trio tes du mattre, la manifestation la pi la plus éclatante et la plus élevée de son Ce bel ouvrage a fini par avoir raison di

(1) Les romances russes àe Gttnka sont connues en France, parce qu'elles ne sont J'en ai fait chanter deux admirables, en 1 d'Ilistoire de la musique queje professe h l'Ai l'enseignement secondaire lies Jeunes filles. L'une est intitulée Rousstane et est i^édiée à Pouschkine; l'autre a pour titre Pourqui Toutes deux sont d'une émotion intense e achevée.

(S) Je signalerai particulièrement encore :

avec chreur; Valse et Polonaise (en mi mu cbestre ; Tarentelle pour orchestre, avec chs Polonaise solennelle, écrite expressément pou ment de l'empereur Alexandre II ; un Hymc Tarentelle (en la mineur) pour piano; enfin r^mmes pour les élèves dn couvent de Smo lit ut-Catherine.

et des critiques des premiers jours, et il a aujourd'hui, dans le répertoire de l'opéra russ place qui lui revient de droit, une place bril que nul ne songe à lui disputer et qu'il doit resplendissantes beautés. C'est surtout par iîous que Gliuka a échappé aux traditions de l'art dental, c'est là qu'il a déployé toute son origii et toute sa grandeur et qu'il a affirmé complète sa personnalité. La Vie pour le Tsar était une messe superhe, Rotisslane et Ludmilla est un savoureux et mûr.

Comme il n'est jamais sans intérêt de coni l'homme dans un artiste, j'emprunterai ce po moral deGlinka àsa sœur. M"" Ludmilla Chesta qui, en publiant ses Mémoires, les a complété un chapitre duquel je détache les lignes que v

Mon frère était une nature naïvement enTantine, ti délicate, alTectueuee. Il était bien un peu capricie enTantgAlé; il fallait lui céder en tout. Cependai avait des torts, il s'empressait de les reconnaître et réparer. Il n'a jamaiB oublié un bon service, un bo cédé. Bien n'ébranlait son ctfiur, ni les discussio famille, ni les conversations de cercles où le 1 l'amenait. On ne peut dire qu'il eût du désordre, s était incapable de diriger ses affaii'es ; ce qui regar ménage lui était surtout insupportable. Ses d étaient une susceptibilité et une défiance eicessh craignait tellement la mort qu'il était ridicule de pru et se gardait des moindres choses qui lui parais nuisibles. La plus petite indisposition l'effrayait c une chose grave. Il se soignait lui-même k l'hom thie, et avait toujours chez lui une petite pharmaci

tenant les remèdes les plus nécessaire) principes d'Hahnemann, il craignait les odeurs, le camphre surtout, qu'il regan poison. Les épices et les aromates étaient aliments. Du moins il croyait ainsi : en réi nifere ne se gênait pas pour en introduire servis sur la table de Tamille. Un jour, Glinl dans son potage une feuille de laurier, il rebord de sou assiette, en disant ; Je n'ai turma léle ni dont la toupe (1).

(1) On a vu plus haut que Glinka mourut ■e trouvait depuis une année environ. An tatt 1900 uu hommage lui élait rendu en cette auquel s'associait dignement le tsar Nicolas faisait connaître une lettre adressée de Berl de Parii : « Grèce k la munificence de l'empf noua possédons depuis quelques jours une :

Le propriétaire de la maison de la rue Fraufi de la Vie pour te Tiar habita en 1666 et mourut le 13 février de cette dernière an:

reconstruire son immeuble, l'empereur Nic< pour la nourelle et superbe maison un beau l'honneur de Glinka. Ce monument est formi compositeur, entouré de deux figures représi et Ludmilla, les deui héros du second et fa de Glinka, le tout surmonté de l'aigle russe le groupe et produit un très bel effet. Deui mémoratives, l'une en allemand, l'autre en n la vie et la mort du compositeur. •

Il exis^ uoe < jeune école russe s, dont les m bres sont loin de manquer de talent, mais qu brille pas par la modestieetqui s'accorde voloni à elle-même ua brevet d'inrallllbllité. Cette je école, qui a eu pour initiateurs MM. Balakii César Gui, Rimskj-Korsakow, Borodine et M< sorgsky (ces deux derniers, morts aujourd'hui) dont le champion littéraire est M. César Cui, chi de répandre la bonne parole et de propager ses i trines par la plume, a ceci de commun avec la je école wagnérienne franco-beljg'e qu'elle conaii avec le mépris le plus complet tout ce qui se fai dehors d'elle et de ses principes très absolus qu'elle n'a que des paroles de commisération dé gueuse pour tout ce qui pense ou agit autren qu'elle. Il faut voir avec quelle hauteur près outrag'eanEe M. César Cui parle de grands et nol arlistes tels que Rubinsteia et Tachaïkowsky, avaient l'audace — ou le malheur — de faire d lusique autrement qu'il ne la comprenait. Il rai que Rubïnstein et Tschaikovrskj se sont veii

L\ MUSIQUE EN HUSSIR

rivant des œuvres qui avaient plus de valeur et int eu un autre retentissement que celles de ésar Cui, dont je ne veux point d'ailleurs con- ■ le talent très réel.

urai à m'étendre plus tard d'une façon plus >léte sur ce petit cénacle, qui rappelle d'ua peu :elui des romantiques français des environs de et qui, avec une modestie touchante, s'intitule léme a le groupe puissant > {Mogoutchaïa Ichka), tandis qu'on l'appelle à Saint-Pétersg; a la coterie », coterie qui constitue une sorte lie d'admiration mutuelle, en dehors de laquelle, îçard de ses membres, il n'y a point de salut — art véritable :

ul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amïs.

lur le moment j'ai à m'occuper de deux artistes semblent avoir, chacun en son genre, préparé oies à ces réformateurs un peu outrecuidants, pmafeurs qui sont en même temps des icono- «s, car ils paraissent ne rien vouloir laisser de- : de ce qui s'est fait, produit et créé avant eus. deux artistes, fort inégaux et très différents au it de vue des aptitudes, sont Dargomijsky et :andre Sérqw.

irgomijsky, qui commença par suivre en quelsorte la voie tracée par Glinka, jouit du même itage que celui-ci : c'est-à-dire que, né d'une fae de riches propriéuires, il eut la chance de les siens ne mettre aucune opposition à ses dé-

sirs, el qu'il put sans contraiote se livrer à la ( de rarlqu'ilaffeclionnait(l).Fétis,qui l'avait persoDnellemeDt, a donné sur son eQfance et : nesse les renseignements assez curieux que — « Dargomijsky était Agé de cinq ans lo commença à parler; ses parents avaient cru ju lors qu'il serait muet.... Dès son enfance il n un goût décidé pour les arts, et en particulie le théâtre. Il fabriquait lui-même de petites de marionneltcs, pour lesquelles il compos.

espèces de vaudevilles. A l'Age de sept ans donna uu matlre de piano, avec lequel il avai cessantes discussions parce qu'il était plus ( de la composition de petites sonates et rond de l'étude du mécanisme de l'instrument. Qu années plus lard il apprit à jouer du violon, vint assez habile sur cet instrument pour faii venablement la partie de second violon de quatuors. C'est alors que la musique lui a| sous un nouvel aspect : il commenga à comp la haute portée de cet art. A l'&ge de quinze ans il écrivit plusieurs duos concertants poui et violon, ainsi que quelques quatuors. I après, ses parents, éclairés sur sa vocation, < rent le développement de son talent aux so Schoberlechner, pianiste et compositeur dist qui lui donna les premières notions d'harm

jl) Alexandre' Se rguiévilch Dargoroijskr, né dana lage du gouvernement ds Toula le 3 février 1813, i à SaiDl-Péters bourg te 17 janvier 1868.

de conlrepoiot. Parvenu à l'âg'e dedix-hu gomijski entra, en 1831, au service de le ministère de la maison de l'empereur :

ses occupations ne l'empochèrent pas de ses éludes musicales. A l'âge de vingt ani d^jà dans les salons par son habileté su Lisant à première vue ta musique la plus fui recherché comme accompagnateur pa leurs chanteurs, artistes et amateurs. Dar cupation il acquit la connaissance des passionna pour la musique vocale et dr qui lui fit négliger celle des instruments, qu'il écrivit une immense quantité de d'airs, de cantates et de morceaux d'enseï accompaf^nement de piano ou de quatuoi On voit ce que fut la première jeunesse mijsky. En somme, il n'était devenu g\ chose encorequ'un amateur fort distingua ses aspirations sans doute fussent plus he bientât il fit la connaissance de Glinka, a il se lia d'amitié, ce qui peut-être lui de de travailler aussi pour le théâtre; et p< suivre son penchant, comprenant que s< tion n'était pas assez complète, il reno pouvoir l'achever, à son emploi au et employa plusieurs années à l'étude séi traités théoriques et à la lecture attentive lions des maîtres les plus célèbres. Lorsqi sûr de lui, il entreprit d'écrire un opéra t d'un sujet particulièrement dramatique

Lucrèce Borgia. Mais à peine avai partition qu'il l'abandoDDa et renonça & ce saje prendre un autre poème de Victor Hugo qui, là, avait été écrit expressément en vue de la lyrique : je veux parler d'Esméralda, que l'il auteur de Notre-Dame de Paris avait tiré de t mirable romao (1). Il mit en musique le texte çais, puis, la partition terminée, fit traduire ce en russe, et présenta son œuvre à la direclic théâtres impériaux. C'était en 1839, et malgi efforts, malgré ses instances, il ne lui fallut p tendre moins de huit ans une réponse dé&n que, sous mille prétextes, on tardait toujours donner. Enfin, le 5 décembre 1847, Esmérald sait son apparition sur le théâtre de Moscou, o obtint assez de succès pour que, quatre ans i en 1851, on la représentât au théâtre Alexandi Saint-Pétersbourg. 11 fut même un instant que: sur le désir exprimé par le fameux chanteur ' burini, de la traduire et de la transporter s scène de l'Opéra italien ; mais la direction des très impériaux s'y refusa décidément, voulant i

(I) C'est poor satisfaire au désir de MUe Louise I nile Hu directeur du Journal de» Débali, que Victor s'était décidé, non sana quelque ri^pugnance, k éci livret d'opéra. L'ouvrage fut représenté sur le théâ l'Opéra le 1* novembre 1836, avec Adolphe Nourrit, 1 seur et Cornélte Falcon dana les trois rûles princi Malgré celte interprétation superbe, malgré le granc de Victor Hugo, malgré l'influence immeode alors du nal det Débals, l'ouvrage n'eut point de succès et la mi de Mlle BârLîn fut jugée très médiocre.

ir la décision antérieuremeDt prise de i iser se produire sous forme italienne auct

de compositeur russe, l'élis, qui avait eu, trois ans avant qu'ell iscëne, l'occasion de lire la partitioD, l'ap ces termes dans une lettre adressée à la laicale en décembre 1844 : — « Je suis t égard deM. A. Dargomijsky, jeune comp noble famille, qui m'afeit l'honueur de m< on passage à Bruxelles, et qui se trouv •ment à Paris. Pianiste distingué, il a p Lersbourg beaucoup de compositions voi :trumentales qui ont eu de brillants succès i été particulièrement intéressé, je dirai ifondément étonné, par le mérite d'un éra composé par lui sur un poème de M igo. Beaucoup d'originalité, une grande conception qui n'exclut pas la grâce, de 1 i, une harmonie piquante et bien modulé

instinct très remarquable des combinais ix et des instruments, voilà ce qui m'e ns la partition sur laquelle M. Dargon siré avoir mon avis. Si la Russie peut être ns son éducation musicale future par q lateurs d'un mérite aussi vrai que ce je leur (?), nul doute qu'on n'j voie bientd irt d'une vie active, productive et indép is secours étrangers. »

En réalité, f^smeralda est une œuvre dej< '. style unpcu composite, conçue jusqu'à ui

point dans la forme des opéras français de Meverbeer et surtout de ceux d'Halévy, pour le g-énie duquel, dit- on, Darg'omîjsky ressentait une vive sympathie. On ne trouve guère trace d'orig-inalité dans ce premier ouvrage ; on en cite pourtant certaines pages comme très vivantes et très bienvenues, telles que le curieux et pittoresque épisode du cortège du Pape des fous. On j distingue aussi Thabileté remarquable que déployait déjà Dargomijsky dans sa façon d'écrire pour les voix, habileté que malheureusement, quoi qu'en pensât Fétis, il ne savait pas transporter dans l'orchestre. Toutefois ce n'était là, je le répète, qu'une œuvre de jeunesse, où ne perçait pas 'encore la personnalité du compositeur.

A peine avait-il terminé son Esméralday que Dargomijsky s'était mis à écrire un ouvrage moins important, le Triomphe de Bacchus, sorte de cantateballet dont le sujet était emprunté à Pouschkine. Mais cette fois il se heurta, de la part de la direction des théâtres, à un refus net et absolu, et ce n'est que quelques mois seulement avant sa mort qu'il eut la satisfaction de voir ce petit ouvrage présenté au public (à Moscou, en 1867). Un peu découragé sans doute, il composa alors, dans l'espace de quelques années, une centaine de romances, d'airs, de duos, qu'il publia chez divers éditeurs de Saint-Pétersbourg. Plusieurs de ces romances, remarquables par leur accent et par leur sentiment mélodique, obtinrent de la vogue, et on assure qu'elles firent

plus pour sa jeune renommée que n'avait ù premier opéra.

Cependant il n'avait pas renoncé à travaille! la scène. Mais, pour y reparatlre, il voulut s'in d'un sujet national, et il trouva encore ce suje le riche répertoire de Pouschkine, auquel il em[ cette fois sa séduisante Roussalka {l'Ondin poème étant j ustement dialogué et se trouvant d'une façon très heureuse pour l'effet tbéât n'eut que peu de retouches à lui faire subir l'adapter à la scène et travailla même presqu tout su ries vers superbes etsiimagésdePousd On dut pratiquer seulement par-ci par-là qu< coupures, en même temps qu'on ajoutait des ci et des danses pour compléter l'effet du spei <( La Roussalka, dit M. César Cui, réunit l'él dramatique à la couleur fantastique ; ce suje êtreconsidéré comme excellent pour la scène Ij: dans son ensemble et dans ses détails. 11 n point oulilier d'ailleurs que ce poème n'est p. moins pour la plus grande partie, l'œuvre librettiste quelconque, soumis au caprice du positeur, mais bien l'une des créations let iidmirables du plus grand poète qu'ait Russie (1). "Tout le monde connaît la fable po et mystérieuse de l'Ondine, qu'on retrouve tous les pays du Nord. Elle est évidemment mante à mettre à la scène, et elle offre au mui

()) La Muiique en Russie.

avec une couleur exquise, des incidents bien propres à exciter chez celui qui est bien doué la plus merveilleuse inspiration.

Elle a inspiré Dargomijsky de la façon la plus heureuse, et le compositeur a écrit sur cette légende adorable une partition qui a rendu aussitôt son nom populaire et l'a fait considérer comme le successeur direct de Glinka (1). Gustave Bertrand, qui avait fait, en Russie même, une étude très consciencieuse de la musique russe, en parlait en ces termes : « La Roussalka est œuvre de répertoire dans tous les théâtres d'opéra russe, à Pétersbourg-, à Moscou, à Kievsr, à Odessa. Sans offrir jamais ni le grand souffle génial ni la vive originalité des opéras de Glinka, celui de Dargomijsky jouit d'une popularité presque égale. Le sentiment dramatique y est sincère et souvent chaleureux, la déclamation récitative très vraie ; pour les airs, les duos et trios, les finales, l'auteur ne répudiait nullement les formes traditionnelles de l'opéra franco-italien. Le style est d'un travail consciencieux et ingénieux, qui sent parfois l'école, mais la bonne école : à travers tout cela le tempérament personnel s'affirme assez souvent, comme aussi le sentiment national. C'est, en somme, un excellent opéra. » De son côté M. César Cui, qui blâme précisément le compositeur d'avoir

(1) L'ouvrage fut représenté à Saint-Pétersbourg, le 4 moi 1856, sur l'ancien Théàtre-Cirque qui, reconstruit depuis lors, est devenu le superbe Théâtre-Marie, la véritable scène nationale.

comme tous ses prédécesseurs, des aii es trios, des scèaes d'ensemble », dai lelonlui, « se révèle son infériorité >, ap

partitioQ de la Rouasalka (1) : — c S< ; dramatique, Dar^omijskj atteint .

hauteur dans plusieurs scènes de la X ce point de vue, la musique de cet : & deux subdivisions : le récitatif propn l'aprés la qualification généralement adi ccaux détachés. Le récitatif de Dargon î qui a été fait de plus beau en ce genr heraiten vain ces lieux commus, ces pi vcntion, uniformes et ennuyeuses, q e musicien pourrait facilement impro avoir donner à chaque période, à cl

le sens musical qui s'j adapte le n -ouver l'accent mélodique propre à cl •e, il faut de hautes facultés spéciales lijskj possédait. Chez lui, tous les }us les détails du drame sont comm ièce avec la musique. Il est à présumi mps ni l'oubli n'atteindront aucun Ts mélodiques, aucune de ces phrases :

mme Wa^er, dont ils se dérendent pourlai e partager les ductrines. lei membres de la <i ase B prëtendent proscrire absolument de ramatiqus tout ce qui peut ressembler è. un eau, à une cantilâne, eaân tout ce qui peutp tionomie particulière et se détachar de l'enS' iXit, du récitatif, et encore du récitatif I Hors ue dramatique n'existe pas pour eux, et l't tns la barbarie.

Lk uusigUE EN nussiB tuées avec tant de vérité, car la vérité ne vieil pas (1). B

On voit quel enthousiasme eicîte chez l'écrivi ce récitatif de Ut Rousaatka. S'il faut l'en croi c'est là précisémeDt le point de départ et le sigi des doctrines préconisées par lan jeune école russ en malière de musique dramatique. En quoi le d( et le rôle de Dargomijsky acquièrent une impc tance exceptionnelle et qu'il fautfaire ressortir.

Le moment n'est pas venu encore d'aborder l'h torique de cette école. Nous j arriverons bîent Mais le dernier ouvrage de Darg-omijsky nous amé à effleurer dès maintenant ce sujet. Dans cet ouvraf le Convive de pierre, le compositeur poussera kVi ces l'usagée du récitatif ainsi préconisé, c'est-à-d qu'il en viendra à l'employer exclusivement, et pour l'admiration la plus complète des jeunes n siciens qui rêvaient une transformation radicale l'opéra. « Nous arrivons, dit encore M. César Cui la clef de voûte de la nouvelle école d'opéra rus; au dernier ouvrage de Dargomijsky, le Convi de pierre. Nous avons déjà pu constater, dans 1 nalyse de la Roussalka, avec quelle vérité Darj mijskj arrive à rendre les situations dramatiqui Pour atteindre ce but, it avait déjà alors roin avec les formes usitées, et commençait à attact une très grande importanceau rdcitafi^m^Iodigué Peu h peu il se forma un groupe de musiciens q

(1) La Mutiqut en Rtati*.

par la nature de leur talent et leur manièi ger les nouvelles questions de l'art m usi< constituer une nouvelle école d'opéra ■■ artistes tenaient en grande estime U Indiques de la Roussalka. Dar^omij l à eux avec enthousiasme, et, bientd oin de produire, il composa son opéra pierre. »

'ont ceci est une petite histoire qu'il : pas inutile de faire coonaltre. L'en!

aurait ici montré Dargomijsky peut j 1 excfissif en la circonstance, d'autaji artiste, pour disting-ué qu'il fdt réell< t ni l'étoffe ni le tempérament d'un cl vérité est que lepetit groupe déjeunes rs parfaitement inconnus dont parle M [ui comprenait, avec lui-même, Borod jsky.M.Balakirew.etunpeuplustard; -sakow, n'était pas fâché de s'abritei lié d'un nom presque célèbre. Tous a\ trente ans de moins que Darg^omijs taient de quel avantage il serait pour r en quelque sorte pour porte-drapei près idées, de celles qu'ils avaient l'ii e prévaloir et le désir d'imposer au >ressèrent autour de lui, réussirent b ir à force de flatteries, de cajoleries, ire qu'il n'y avait de salut pour l'art qu du procédé dont il avait usé avec sag e dans la Rousialka, et le ponssérei

l'emploi de ce procédé et à le porter h sod extré limite. Se croyant ec effet devenu le prophète d'i nouvelle relig'ion musicale, Dargomîjsky se lai: coDvaincreetiinit par céder à leurs conseilset àlei obsessions. D'ailleurs, déjà fatigué, faible et malt à cette époque, souffrant cruellement d'un anévris qui ne devait pas tarder beaucoup à l'emporter ne retrouvait pas, en écrivant son Convivede Pier l'inspiration (généreuse et chaude qui avait fait fortune de son œuvre précédente; or, il n'est pi sonne qui ne soit à même de comprendre que pc écrire une partition entière en récitatif, si « méto que » soit-il, la dépense d'imagination est moini que lorsqu'il s'ag'it de faire montre d'idées vraimf musicales et de payer généreusement de son c veau. Enfin le poème du Convive de pierre, q Dargomijsky avait pris encore à Pouschkine, av été conçu par celui-ci dans les condilions de la scj dramatique, et non en vue de la scène lyrique ; était, par conséquent, beaucoup trop développé pc cette dernière, et comme le compositeur n'y vou faire aucun retranchement, pratiquer aucune ce pure, il se condamnait, par ce fuit, à se priver 1 même de toute espèce de développement, et se voy obligé de se cantonner absolument dans ce récita qu'on lui conseillait insidieusement.

Dargomijsky, déjà souffrant, je l'ai dit, lorsqi entreprit d'écrire la partition duConvive de pter. n'eut pas le loisir d'y mettre ta dernière main mourut avant d'avoir pu l'achever complèteme:

\e sont deux de ses « disciples » q ie la mettre au point: M. Cûsar ( oir de terminer une scène restél I. Rimskj-Korsakow orchestra tOi ui-ci fut représenté seulement que lort de l'auteur, au mois de février «soin de dire, car le titre l'indique s u Convive de pierre est le même q uan; seulement, Pouschkiael'ava liére, en y apportant dcj variantes tuantàDarg^omijskj, il va de soi, uppose, que son inteolion n'était [ arallële et en lutte avec Mozart et s( I voulait, comme on l'a dit. non j e qui était malaisé, mais faire auli rise néaumoins était dan^reuse ient pu dire les tenants de la » je le fut pas des plus heureuses daos 'onvive de pierre fut accueilli avi ussi avec froideur par le public, el ra^e n'obtint jamais de succès, i otéressés s'en consolent en affirma 'est pas fuit pour comprendre de e telles beautés. L'antienne est c iode le procédé. C'est l'habitude t e parviennent pas à plaire k la fou re à rinintellig^ence de celle-ci. II ister sur ce point.

En résumé, la carrière dramati lijsky, quoique peu féconde, puis

id que trois ouvrag'es, offre ce fait siag'ulier lie présente aussi trois phases distinctes. Dans remier de ces ouvrages, Esméralda, le compoxr emprunte son stjle aux formes consacrées de êra occidental. Dans le second, la Roussalka, il brce, parfois avec bonheur, de marcher sur les es de son compatriote Glinka, et sa musique id un caractère incontestablement national. Enfin, s le Cani'ive de pierre, il répudie avec éclat ses X premières manières pour en adopter une troi- (le qui n'aboutit pour lui qu'à un résultat mé- :re. Pour tout dire, et en ce qui concerne le grand ilic, Dargomijsky reste et restera l'auteur de la issalka, ce qui suffit sinon à sa gloire, le mot triant t-é Ire trop grand pour lui, du moins à sa très itime renommée. Il a, par cet ouvrage, suivi la esi noblement tracée par Glinka, etill'a fait avec talent que nul ne saurait contester. C'est là son £ à l'estime et à la reconnaissance de ses compates (1).

iérow, qui occupe un rang important dans l'his-

.) Dargomijsky avait entrepris encore on autre op6ra, dana, du genre fantastique, maïs qu'il abandonna ique aussitôt, et dont on. ne connaît guère que deux lurs. Il faut citer de lui trois fantaisies comiques pour lestre : le Kosatchok, danse petite-russienne, vive, alerte, [ioale, pleine de couleur et d'un téritable caractère, une ■UtUie Finnoise, et Baba-Taga (morceau intitulé aussi : Volga à Riga), ainsi qu'une Tarentelle tlave, pour 10 à trois mainB. Quant à ses romances, qui sont fort ibreuses, j'ai déjà dit que la plupart sont remarquables u'elles ont beaucoup contribué & la réputation de leur

y4 LA MUSIQUE EN RUSSIE

toire de la musique russe contempon moins peut-être à sou talent de compo rûletrès actif, très turbulent même, qu'i le mouvement artistique du siècle. Pr second ordre (mais dont pourtant od nei injustice, méconnaître la valeur), mais i latlf ettrès élevé, particulièrement port^ etaidé par un tempérament esaentiellemei il s'est mêlé avec ardeur, avec passion, pourrait-on dire, à toutes les querelleS; controverses qui s'élevaient chaque jou rain musical, et il a dû à cette passion tait en toutes choses, et surtout aux < musique, un renom supérieur sans de qu'auraientpu lui valoir ses seules œuvre Ecrivain exercé, critique acerbe, polér table, conférencier infatigable, toujours façons sur la brèche, prêt en tout temp et à la rispote, il a forcément attiré l'ai lui de diverses Façons, et, en somme, ila place à part dans l'histoire du mouvem qui s'est produit avec tant d'éclat en Rus de ces cinquante dernières années.

Sérow était fils d'un avocat (1)- Dès ses années il donna les preuves d'une rare et d'aptitudes très diverses, étudiant l'h; relie, apprenant avec une étonnante

(1) Alexandre Sérow, nd k Saiot-Pctera bourg rier 18S0, mourut subitement en celte ville I 1er février 1871.

langues étrang-èrês (outre le lalia et le russe il parlait couramment le français, l'anglais et Titalien), montrant un goût prononcé pour le théâtre, s'e^erçant au dessin, et enfin, par dessus tout, adorant la musique. Il apprit d'une vieille demoiselle, sa parente., les premiers éléments de l'exécution au piano, mais n'eut point, à proprement parler, d'éducation musicale. Un de ses compatriotes, qui fut son ami après avoir été l'objet de ses critiques, M. W. de Lenz, l'auteur du livre fameux : Beethoven et ses trois styles, a dit à ce sujet, dans une rapide étude consacrée à Sérow^ :

En 1834 le père de Sérow fit entrer son fils à TÉcolede droit de Saint-Pétersbourg. Il en sortit en 1840, avec un numéro d'honneur, le deuxième, et entra aussitôt au département du Sénat. A l'École, Ch. Schuberth lui avait donné des leçons de violoncelle ; il ne continua point cet instrument. La vieille demoiselle au piano et Schuberth, voilà donc tout son enseignement musical , le reste, il le fit lui-même. Dès sa sortie de l'École, Sérow passa sa vie dans les livres de théorie musicale, en toutes langues, de tous les temps, depuis les Bach, les Kirnberger, les Albrechtsberger, lesFùrck, lesCatel, les Marx, en écrivant pour son usage la critique des ouvrages, qu'il trouvait tous insuffisants, beaucoup trop peu philosophiques. Il exceptait bien un peu le livre de Marx. Il était en proie à la pensée de fonder une théorie plus simple, mieux assise. Plus il avançait dans cet immense labeur, plus il négligeait son service au Sénat. Il fut transféré en Crimée, en qualité de vice-président d'un tribunal de justice. « J'écrivais de petites fugues pendant les rapports, — me disait-il, — de jolies petites fugues. Un jour qu'il s'agissait du vol d'un cheval, on voulut avoir

opioion; Je réponilis que je D'avais a ndu, et levai la séance. Je travaillai lier opéra, une Nuit de Mai ; je l'ai brû I . Sérow quitta la carrière judiciaire :Hpoir de son père, et revint à Saînt-F I l'avons rencontré censeur, avec un modiques (1).

a façon toute pratique et toute sa élude de la théorie musicale déve ■es proportions, chez Sérow, ud t il possédait le germe, dit-oD, à i s aussi peut-on croire que cet ensc ionnel troubla un peu l'équilibre les facultés musicales. En effet, S^ irdent admirateur des œuvres les a dernière manière de Beethoven t arné des doctrines de Richard '^ re montré d'abord leur adversaire iblaît trouver dans Beethoven ce rcheraient en vain : un souvent jes grecs ! et il s'était pris pour ci )ur qu'il rêvait une transformatioi ierne à leur profit, et qu'il les aui isportés à la scène.

|uoi qu'il en soit, Sérow song'ea, ( ser à aborder la scène comme coi le s'y prit que sur le tard, et i ses), à répandre ses idées et ses o sique à l'aide de la plume et de la]

) le Guide mutical (de Bmiellea), le

censeur à la poste de Saint-Pétersbou journaux étrangers, il n'était pas tellen par ses fonctions qu'il ne trouvât le tei cuper sérieusement des questions q saient et lui tenaient à cœur. 11 cou publier dans une revue, le Panthéon, lettres polémiques destinées à réfutt répandues par son compatriote Oulib l'ouvrage publié sous ce titre: Seetho tiques et ses glossateurs, puis une imp ctture dans laquelle il combattait les thé par son autre compatriote, M. W. de L livre intitulé Beellioven et ses (rots s Tout cela pour la plus grande gloire de manière de Beethoven. Sérow collab plusieurs autres journaux russes, do nombreux articles de critique bu Joum de Saint-Pétersbourg, et fut de 1856 à I principaux collaborateurs, sinon même d'une feuille spéciale, la Revue thêâtt cale. Simultanément, il mettait sa paroi de l'art qu'il adorait. C'est ainsi que, d des hivers de 1858 et 1859, il donna, ds salles de l'Université, une série de dis historiqueset esthétiques sur la théoriedf qu'au printemps de 1864 il reprit ces s'a tta chant celte fois au drame musical, il fit, au Conservatoire de Moscou, six sur le même sujet, et qu'enfin, au moii 1870, il consacra encore, dans la salle (

it-Pétersbourg, six séances à l'étud»

ent de l'opéra.

en taotque critique, D'élait ni tendre es entier dans ses idées (bien qu'il )is de se contredire lui-même), avec

et poussé par nature à la contranager dans ses expressions, toujours coups quitte à en recevoir lui-tnémc, le sa carrière, des démêlés avec tous Il n'est pas, écrivait de Saint-Pélers-

Berlrand, il n'est pas d'écrivain 'ecqui Sérow n'ait soutenu des poléis, et tournant à tout moment à l'inirmis de supposer que la bile n'en oupable, et que le calcul j était pour Ce n'est pas la première fois qu'on ulants casser les vitres pour forcer ique, et de plus illustres que Sérow I mSme. Weber, critique, secouait jur de la Symphonie avec chœurs r lui-même l'auteur du Freischûiz, >lissaitaussilestemplesdesesatnés, er les fondations de sa chapelle.

é ce talent d'invective au dernier

e avoisinaDt le délire Sérow se

seulemcnl comme le premier, mais critique russe : il ameuta tous ses lui et leur fit tête ; d'autre part, il acrilique la plus dédaig'neuse toutes sicalcs de l'Occident; à l'Instar des

ds de la nouvelle Allemag'ne il accablait ou ccabler l'auteur de Robert le Diable et des )(s ; Meyerbeer, selon lui, n'étaitqu'uu char- !s opéras ae seraient qu'un feu de paille,

{u'il y a de curieux, c'est que, je l'ai dit,

: démentait et se contredisait lui-même avec

mb et un sang^-froid imperturbables. En

exemple. En 1856, dans le Messager des

et de la musique, journal fondé et dirigé

rice Rappaport, il écrivait en toutes lettres

tetlesautres adeptes de Wagner ne savaient

disaient en considérant comme des chefs-

les opéras de ce dernier. « Ce ne sont, ajou-

je des œuvres tourmentées, les productions

ittante, doué de talent, il est vrai, mais qui

ite n'aura point pu achever ses études (!),

;sion générale causée par les œuvres de

c'est un ennui insupportable. » Il disait

ue, dansscs ouvrages, l'élément mélodique

lible, et que la majeure partie de sa musique

.. 1,^1 .ju. aoe psalmodie assommante, greBéesur une

harmonisation désagréablement originale et une

orchestration prétentieuse à la Meyerbeer ou à la

Berlioz. Or, dans le même journal, deux ans plus

tard, à la date du 30 juillet 1858, Sérow, ajant à

parler de nouveau de Wagner, déclarait qu'il Faut

être complètement idiot en musique pour ne pas

(1) Le Nord, S4 novembre 187*.

uves de la vie, de luleat à pleins bor< 1 ajoutait, avec une (Que le crétinisme n puissante contre 1' » Il faut avouer qi Qe qualité, ce n'est t * idées (1).

l'empire de ces d Vaguer, de l'enthou it si rapidement chez nt exprimés avec ta tit enfin piqué de l'a

de l'hiver de 1860, ] aJ>le tragédienne ita la troupe une série A lourg, et se Faisait [iftade Giacomeiti, latant. Sérow, éblo Lalent que déplojait 'rage, vit dans ce su un poème excellent s'en emparer à son t ène lyrique. Suivant :ner, devenu son mod i aussi, écrire lesmusique de l'opéra

'lié récemment à Sainl-I meil des écrits et des éi

it à l'œuvre. Toutefois il ne traça pas seul io, et se fit aider dans ce travail par un !0 ; mais ensuite il en écrivit les vers, qui, es endroits, furent retouchés et parfois le poète Maïkov, l'auteur de Deux destizvonarole, des Confeasioni de la Reine, lis enfin, il s'occupa de sa partition. Plus ns doute et plus heureux que ne l'avait e Dargomijslij, il eut la chance, sonwuis terminée, de la voir accepter sans re- 1 direction de l'Opéra russe, et sa Judith iUtée sur ce théâtre, au mois de mai 1863, tti et M*"' Bianchi dans les deux râles

le de Sérow dans Judith, a dit M. César 1 reflet de celui de Wagner dans la période 'rin B. Et encore ; a Sérow a écrit son prea en se modelant aussi strictement que jrles opéras de Wagner, sans toutefois sanplétement k l'orchestre l'indépendance lie vocale, comme le fait le compositeur Un semblable procédé ne conviendrait Q musicien russe ; Sérow, lui aussi, le conmme défectueux». La partition de Judith ensembletrès inégale etprésente.à côté de >rées et brillantes, un peu plus de non-vane faudrait. Néanmoins, si l'on songe que

, en publiant le livret de Judith, a très bonné- ]ué entre guillemets les vers de HaJIkov, après ircié dans boi préface.

première œuvre, et surtout la prec [ufrdu compositeur, il ja lieu de it tracée avec tant de hardiesse ett I qu'on trouverait malaisément un ant à son début une telle habileté.

Judith laisse unelar^e place à Js it citer pourtant, avec les élog'es q I certain nombre de morceaux: ai ne manque pas de couleur mais '<\ vide d'idées, une prière d'un bel m lon^ monologue de Judith, d'i uivi malheureusement de scènes pâteux et lourds ne commande au troisième, la marche triomph , page symphonique d'une rare ] •rand effet, le double chœur fér ss, qui est charmant avec ses ryt ni brisés, et des danses d'un toui ci encore, malheureusement, de ; récîtatîves, sans accent et aai an^uissent l'action jusqu'au cha iëme acte offre un beau cantabile i ie danse, dont quelques-uns acc( , plus heureux peut-être encore qi et un air farouche et viril d'Ho chant de guerre plein de caractèn les: «Nous marchons dans le dé i poitrines respirent du feu ; un c chameau succombe ; seuls, les au fond du désert ; une ville doréi

à l'horizon bleu ; une armée nous barre le pass Au combat! Il y a de belles femmes là-bas, i cette ville pavée d'or. Brisons tout sous les pied nos chevaux, et puis dans la cité nous couche en rois. » Il n'y a pas grand'choseà dire du resl

A tout prendre, etquoique la valeur en fût se daire, /udith était une tentative intéressante, ve d'un musicien qui paraissait pour la première f la scène. Aussi fut-elle accueillie sinon avec leur, du moins avec attention et sympathie. P avons vu que Sérow avait conçu cet ouvragée ; l'influence des doctrines wa^nériennes (il vena (aireunvoyag'een Allemagne, où il avait connu! et Wagner). Sa volonté de les mettre en prat était très nette, et il s'en expliquait très netlen aussi, tout en se promettant d'écrire une autre vre dans une autre manière. A quelqu'un qui lu mandait pourquoi, pour son début sur la si russe, il avait fait choix d'un sujet biblique au de prendre un sujet national :

— Je n'ai pas voulu, répondit-il, paraître man SUT les traces de Giinka.

Et comme son interlocuteur s'étonnait qu'il c pas hésité pourtant à imiter Wagner :

*- C'est bien difFérent-l répliqua- t-il. Wagnei presque inconnu chez nous. Eh bien, on apprei à le connaître, ne f â t-ceque d'après le style de Jud Puisque ce genre est nouveau ici, il ne saurait ter à des comparaisons, tandis que les allure. Giinka eussent été reconnues aussitôt. Je ne voii

sser par les Fourches caudines : le pu tourner à mon désavanlag^e. Di (pose de composer un autre opéra ; ional, dès que j'aurai trouvé des Un s sui generis qui ae permettroat | dre avec les imitateurs de Glinka.

>uvrage, auquel il songeait déjà, il

temps pour l'écrire, caril fut repréi demi seulement après Judith el su :, au mois de novembre 1863. Cel I actes aussi, et avait pour titre iït It pris le sujet dans les annales d -dire dans un épisode lointain et ui l'histoire russe, l'époque de la cod<

au christianisme. Comme pour /ut t encore son propre poète, et il était F du texte de son drame.

i dit que Sérow s'était donné pour t

daus Rognéda, de faire contraster ivec l'élément chrétien. C'est effectiv ippositioD constante des deux élén out l'effort du compositeur, et c'e

surtout l'effet voulu de la musiq mfrères français a caractérisé ainsi dances :

)ans l'opéra de Rognéda, nous avons p jes conlrasLes de styles différents, re une volonté toute-puissante, mais i I d'exprimer les passions inquiètes de !9 tourmentés du \

iaent. S'agil^il de mettre en scène tes diverlisine cour primitive, le style aussitdt se fait d'harmonie, très clair de mélodie et très carré

Toutes les Tois que reviendra l'élément chré- B imitera très exactement les allures spacieulusique d'église ; quelques alTectations d'ar-

feront remarquer dans certains passages populaires; puis, tout redeviendra Taci le, pur

pour les chansons des femmes du lerem

e que ces manières diverses se plaquent trop nt sur telles ou telles régions de l'œuvre. On urtantpas à se plaindre des disparates, parce : des nuances est toujours employée à propos : piration résulte de cette application constante trement ta musique du drame même. C'est iffet, que doit se proposer tout compositeur ; mais il ne faut pas que l'effort et la prémé-

trahissent. Or, en écoutant le drame lyrique

on se sent en face d'une œuvre inspirée sans i encore plus voulue qu'inspirée. Telle est e{l).

à remarquer aussi dans la partition de c'est, avec l'emploi de certains motifs ère vraiment natioûal, l'introduction par une harmonie qui rappelle les tonalités le et populaire issues de la musique antif a obtenu par là quelques effets curieux.

. du reste que Rognéda fut accueillie par vec une sympathie beaucoup plus vive i. L'ouvrage fit sensation, à ce point que

e Beetrind, Les Nationalité» mutieaUa étudiées ne lyrique {187Î).

L* MUSrQUB EN RUSSIE

eur voulut, en lui accordant sur sa cassette ision annuelle de fSOO roubles, récompenser - de son effort et de son succès ({).

n écrivit encore un troisième ouvrag'e, Vrajia requ'on traduitso us celui de iaForcema%ne, ore te Pouvoir du Diable), dont il avait ité le fond à une comédie d'Ostrowskj et qu'il ivisé en quatre actes. Mais il n'eut pas le le s'occuper de la représentation de cet opéra. Fut livré au public qu'après sa mort. Celui-ci rochait jusqu'à un certain point, dans sa

des tendances de la jeune école musicale TféanmoÏDs il a obtenu du succès et fait enirtie du répertoire des théâtres russes. Les populaires de la Force maligne et le personmoniaque du forgeron, admirablement inlertguère par le chanteur Stravinskj, jouissent veur particulière des habitués des régions ures.

iste, je ne crois pas sans intérêt de rapporter ugement général que porte M. Cui sur !e le Sérow, auquel il distribue à doses à peu îles le blâme et l'éloge : — a C'est principa-

dit-il, aux scènes de mœurs populaires que

mois de septembre 1S98, on donnait e.a Ibéàtre Saint-Péterg bourg la tSOB représentation de ftoïec MM. lakovlew, Erchuw et Malboroda, Mmei K*a st de Gorlenko-ûolina pour principaux interlela prouve le cas que l'on fait encore aujourd'hui ■e de Sérow, mais cela est loin aussi du succès des iras de GUnka.

SIQVE EN RUSSIE

i la couleur et de la vie.

ires et un avanlageux en îles l'ont bien servi de ce ■ pulaires de ses opéras sont de naturel. Dénuées pa Iles n'en sont pas moins d lonte sans peine l'imagini pason du lieu et des épis ies jeux. Il en résulte qu( [ réussis dans les opérai rai, les chœurs, les chanso oio : — a A proprement pa ucoup Fait progresser l'o t un orchestre très sonoi en moins élég'ant que celu

de quelques peintures réal ) la vie du peuple. Si on aj ibreux qu'il a faits pour se expressive, tant pour la f< lans Judith, en prenant agner, et dans la Force mali es que possible le courant' e), on verra que son a , et que, parmi les musii

et il conservera une place re du développement de l'o

tre, Sérow n'a pas écrit (

LA HUSIQtlE E» RUSSIE

'un Slabat Mater et ud Ave Maria pour, avec orchestre. On connaît de lui quelques E d'un opéra commencé avant /udîEb, mais bandonné et resté inachevé, de terminer la première partie de ce travail, t dire quelques motsd'un compositeur qui, as exerce d'influence sur le sort et sur les de la musique russe, n'en était pas moins : distingué, et a droit à une mention partï- Q sa qualité d'auteur du chant national ; veux parler du g'énéral Lvow et de son imeus : Bojé Tsaria khrani (Dieu protège que les circonstances ontrendusi populaire « en ces dernières années (1).

ris-Féodorovitch Lvow,néte 85 mai 17tl9àRëvaI, ie, est morl la S8 décembre 1870, dans son domaine ■Dément de Kowno.

: peut-âtre injuste de passer aussi sous silence un D pas russe, mais qui se QiB et mourut en Russie, liteur Daisch, auquel M. Câsar Cui a consacré les 3 voici : — 'La Russie n'était que le pays d'adop- Itsch, né a Copenhague : il vint s'établir à Pâters- IBiS et mourut en 1863. 11 avait Été élève de >hn au Conservatoire de Leipzig. Peudaut tout le sa vie laborieuse il n'éprouva que déboires et chaiS et déceptions. 11 fut obligé, pour vivre, e chef d'une harmonie militaire, tanlût da n jardin public. D'incessants déplaun travail hors de propurtion avec ses forces, la ifln se réunirent pour entraver le développement rière de compositeur, ébranlËrent en même temps 3t bâtèrent sa mort. En 1860 le public de Saintirg lit connaissance avec son opéra la Croate, qui ) sept représentations. Ce n'est pas là sans doute « décisive au théè,(re russe; les opéras qui tombent )lus se relever ne sont pas joués plus de trois fi '

LA HUSigUE BN RUSSIE 1

Fils d'un amateur lui-mSme fort distingué, Th( dore Lvow, qui futdirecteurde la chapelle impérii et auquel il devait être appelé à succéder, Aie: Lvow avait montré dés son plus jeune âge de rai aptitudes musicales. De très bonne heure il dev UD violoniste Fort habile, et il étudia la compositi surtout à l'aide d'une lecture assidue etattentive < œuvres des grands maîtres, c Tous les moments liberté que lui laissaient ses devoirs du service l'État, a dit de lui Félis, où il était entré fort jeu suivant l'usage établi dans la noblesse russe, il consacrait à l'art pour lequel il ao sentait une p sion invincible. C'est ainsi que par des travaux p sévérants pendant plus de trente ans, M. Lvow s'

Cep«Ddant, il faut bieo convenir que c'est un insuccfa on ne peut que te regretter, car il ; a dans cet ouvrage preuves d'un talent remarquable. A la vérité, on peut ppocher à Datach une «baeuce assez fréquente d'original de personnalité musicale: sous le rapport de la forme Croatt est écrite plus ou moins sur des modèles univer lement connus; à certaines pages il n'eat pas difllcile reconnaître tantôt Tinfluence de Me;erbeer, tantôt celle Uendelssobn ; plusieurs thèmes sont empruntés aux ra[ diee hongroises de Fr. Liszt. Nonobstant ces réminiecen' il est impossible de méconnaître les belles qualités de c œuvre, l'entrain, l'esprit vivace qui courent d'un boi l'autre de la partition, le bon goût, la saine conception listJque qui a présidé à son ordonnance, le charme sédui: de sa brillante orchestration. Le talent de Datach n'est tainemenl pas de nature h être divinisé ; son opéra point fait progresser l'art lyrique ; mais s'obstiner à igni cette œuvre charmante, c'est faire preuve de parli-pris. ne méritait poînl le dédain du public, elle mérite em moins l'ostracisme des musiciens, n DOtsch mourut ni Saiot-Pétersbourg, comme le croit et le dit M. César ' mais à Franc forl-sur-le-Mein.

iit une juste réputation de violoniste iteur. Servant honorablement son se a^s, il parvint par degrés au rang de ) t l'empereur Nicolas, avant appré< ans la musique, lui confia, en 183f irecteur de la chapelle impériale. En

visité Paris et Leipzig, et il s'y est vantageusement comme violoniste c lOsiteur ». On connatt de Lvow piusi ramatiques : le BailU de village, en i ïxte russe, représenté à Saint-Péters a e Gualtiero, opéra italien, aussi è ourg, où il fut chanté par Rubini, [ma viardol ; Ondine, opéra féerique ur texte allemand, représenté àVien irodeuse, en un acte, sur texte russt Iflint-Pétersbourg. On doit aussi à L" /aler, six psaumes et vingt-huit chants osés pour leservice des chantres do la aalaisies pour violon avec orchestr ont une sur des thèmes de chanso usses, et un assez grand nombre de ostrumentales ou vocales moins im] ublié aussi, en onzevolumes ta-4°, i lense des chants antiques de toutes 1 office divin du rit grec de Russie, ualrc parties sur le texte slave.

Mais ce qui a rendu surtout popul; 1 Russie le nom de Lvow, c'est sa d Hymme. national russe, dont il a rac

LA MUSigUB EN HUS3IE iH

en ces termes l'enfantement tJans ses Mémoires :

J'accompagnais en 1833 TEmpereur Nicolas daos son voyage en Pmsae et en Autriche. De retour en Russie, je fus inrormé par te comte de BenUeudorf que le souveraiu, regrettant que nous autres Russes nous n'eussions pas d'hymne national, et fatigué de l'air anglais qui y avait suppléé pendant de longues années, me chargeait d'essayer d'écrire un hymne russe.

Le problème me parut extrêmement difficile et sérieui. En me rappelant l'hymne britannique ai imposant : Goii tave Ihe King, le chant français si plein d'originalité, et l'hymne autrichien dont la musique est si touchante, je sentais et je comprenais la nécessité de faire quelque chose de fort, de grand, d'émouvant, de national, pouvant retentir dans une église, dans les rangs de l'armée, au milieu d'une foule populaire, accessible â tout le monde, depuis le savant jusqu'à l'ignorant. Cette pensée m'absorbait, les conditions du travail dont j'étais chargé me rendaient perplexe.

Un soir, rentrant très tard chez moi, je composai et écrivis en quelques instants la mélodie de l'hymne. Le lendemain j'allai chez Joukovsky pour lui demander les paroles ; mais il n'était pas musicien, et eut beaucoup de mal à les adapter à la conclusion mineure de la première cadence de la mélodie.

J'annonçai enHn au comte de Benkendorf que l'hymne était preL L'Empereur voulut l'entendre et vint (le 33 novembre 1833) k la chapelle des chantres de la Cour, accompagné de l'Impératrice et du grand duc Michel. J'avais réuni le chœur complet des chantres, renforcé de deux orchestres.

Le souverain lit répéter plusieurs fois l'hymne, voulut l'entendre chanter sans accompagnement, puis le fit exécuter par chaque orchestre séparément et par tous les exécutants réunis. Sa Majesté me dit alors en français :

112 LA Bcstgcs et Btssn

MvLt eet' «3pn-*e .' Ft elle ordOBBa séance I«d

comte de EU^tkLettdorf dlnloc^icr le ^iniatre de I.

■ne l~brBiae éUit adopté poor ramée. Cette me

malevêe le -I décembre 1833. La première

liqncde rfaimne eut liea le II décembre 1S33 ai

itie de Hoscoa L'Eoipermir paraissait touI

itie mon <m(re 1 ra^trécialiafi du pablie de

& décembre HiTnue releotil dans les salles ti

irer, 1 la cérémooie de la bénédïcUoa des d

e souTcrain voulut bien m'accorder, commi

gede sa satisfaction, une tabatière en or eni

lanls. et Sa Hajeslé ordonna en onlre que 1«

a pmligt U Tsar, seraient placés dans les a

la lamille Ltow rli.

I) Voici, reUiÎTe k une aiécntion asseï cm rmDs de Lrow, nne note que j'emprunte à la tieale da S4 aoAt 1856 :

: L'hymne populaire rosse, par Ltov, sera chan irises différentes lors du coaronnement de l'E idant la fea d'artifice qui représentera surces lage des tsars Pierre le Grand. Nicolas et Alex première [ois, l'hynuie sera exécuté par un ch( )é de 1000 Toii ; la seconda fois, par tous les mis el les corps de musique militaire ; et la B, avec accompagnement de canoas, que l'on te lyennanl un appareil électro- galvanique. ■ Voici, d'autre part, la traduction française des p

Dien, protège le Tsarl

Port, puissant.

Règne pour notre gloire.

Règne pour U terreur dss ennemis, Tsar orthodoxe I Dieu, protège le Tsar !

Comme dernier renseignement intéressant, j'a. ilustre auteur de Fautt et de Mireille, Charles G rit sur la motif de l'hymne de Lvow une Faoti ano-pédalier avec orchestre.

lans ses écrits, a tracé ua élog aient de Lvow comme violonisb >z, qui de, sa nature n'était pa:

Ljfe, lui aconaacré ces lignes pai >athiques, dans lesquelles il m îes facultés musicales : — « La rs de quatuors et les grands violoi pe connaissent ce musicien émi se et compositeur. Son talent s irquable, et son dernier ouvrage lini-Pétersbourg il j a quatre ■ne, dont M. de Saint-Georges ivreten français, contient des be.

)lus élevé, fratches, vives, jeur ité charmante. Depuis qu'il diri intres de la Cour, tout en suivf

ses devanciers en ce qui concer tnt de l'exécution, il s'est applii ipertoiredéjàsi riche de cetlechaj aat des pièces de musique religi it à d'utiles et savantes investiga :ves musicales de l'Église russi

auxquelles il a fait plusieurs d< es pour l'histoire de l'art (I). »

;on hymne, dont le caractère est iposant et majestueux, que Lvov

t de l'orchesfre, il' soirée. — On pe tue etGatette musicale du H oclobre [ sur Lvowj article qui porte la sigi BJchtffd Wagner.

LA UUSIQUB E»

icoDtestable popularité.

>porté d'autre part, je 1 ulier pour le progrès avons vu que celle-ci di a, que les travaux de Z l'ceuvre du ^and initi mlr, et que Sérow lui-:

ue influence sur le mou is Dalional. Nous aile la période contempore isteia et Tschalkowskj ive portait à ne pas b façon absolue avec le tra ont ils reconnaissaient irience et d'éducation, )res de la a jeune écoli illeuse sans doute et c ;ive de sa valeur, mais ite et qui, avec les cont circonstances l'oblig'erc : en quelque sorte malg:

lal une ère brillante el ( encore ni l'importance t

Avant de parler du groupe d'artistes fjraalé dans le chapitre précédent, ce ( prend lui-même le nom de « jeune écol qui comprend les noms de Borodioe ( sorgsky, de MM. César Cuï, BaUkirew Korsakow, lesquels affeclent le dédain 1 g^niSque pour tout être qui se permet idées personnelles et de ne pas suivre le il me faut faire connattre les deux musi accablent surtout de leur mépris, et qui sémeotlaplusgrandegloireetleplusgrà de la Russie musicale contemporaine, nobles figures de RuWnstein et de Tsi surgissent en effet, mâles et Rères, ai leurs émules et de leurs rivaux, qu'elle de toute leur hauteur, et quoi qu'en pi ceus-ci, ce sont elles qui personnifient dans son éclat le plus incontestable et le pi Quel que soit le talent d'ailleurs indisc Borodine, d'un César Cui, d'un Rimsky talent auquel il serait injuste de ne p

;e, il faut bien admettre qu' rament vigoureux, origiDal, de générosité, des deux graac récente a été pour la Russi 1 deuil national. Tous deux d'une façon merveilleuse, te 3 acharnés, tous deux prodi s'affirmant dans tous les j^eni us comme en se jouant et ', écrivant tour à tour des opér phonies, des quatuors, des raé les compositions instrumentai!

culé les bornes de l'activité I vre est inégal, il est telleme it vsrié, si remarquable d'à le, qu'on peutpardonner certa :ux créateurs si souvent heun admiration et comme la rec( qui a le sentiment vrai de II ir et de la noblesse dans l'art- 'autre d' « indépendants », pa les membres de la prétendu* ,ils se sont toujours peu souci ;ues, ont fui les petites sectei BS, n'ont jamais voulu s'eni ts dans leur g'énie, se sont bo ! et à marcher droit leur chen a conduits ensemble à la rec

ins d'abord de l'aîné des di

Rubinstein.qui ne fut pas seulement i de premier ordre, mais aussi, on pe des plus grands virtuoses de ce sîèc extraordinaires. H me semble le voi qu'il vint, il y a tantôt vingt ans, po fois se faireentendre en France. Un ci la poitrine vaste et développée, lesé[ puissantes, la charpente solide, la fa barbe ni moustache, le front haut chevelure noire et épaisse, le nez I sensuelle, les yeux enfoncés dans l'o regard, quoique pénétrant, semblât et indécis, toute la physionomie d avec la bonté peinte sur la figure, physique, ce pianiste incomparable, les deux mondes et qui était surtout nous, où il revenait toujours avec j s'y sentait vraiment compris etjusl Un virtuose étonnant d'ailleurs, pro sal, aux facultés les plus diverses, a plus opposées, joignant la grâce à h gance à la force, supérieur en toutei tous les styles, et qui procurait à se; émotions inoubliables. Que RubinsI Beethoven ou à Weber, à Schubert sohn, à Field ou à Hummel, k Schui cheles, à Liszt ou à Chopin, c'était, ai des procédés applicables à chaque caractère merveilleusement comprî chacun d'eux, c'était toujours la mi

!ine supériorité, od peut dire le mémi l'art de l'ioterprétatioD la plus iDtsUigi poétique et la plus exquise, ce virtuose au g'éaie superbe, plein de ha fierté, de fougue et de candeur, n'a int près d'un demi-siècle, de charmer, d'i mouvoir ses contemporains en visitant i leot tous les pays, en se faisant admirt s les latitudes. 11 serait difficile en effet r une contrée en Europe qu'il n'ait ps le, un seul point de ce vieux mondï ter le Nouveau, où ses doigts enchante inteurs — n'aient fait résonner, àla^rao ux qui pouvaient l'entendre, les touche >. On l'a vu aller de Pologne en Aller ;magne en Hollande, de Hollande enBel Inique en France, puis en Suisse, en Ita cbe, en Hongrie, en Danemarck, en Su* eterre, et enfin, traversant les mers, ail r jusqu'aux Américains des États-Unis da! D'ailleurs toujours victorieux, te iphant, toujours mattre du public et < e, et en même temps toujours bon, sei reux, prêta mettre sentaient au service de es, d'œuvres utiles ou d'artistes malheun

Il n'est pas sans intérêt de rappeler ici la cb I qne Rubinstein entreprit en 188S. A cette é ïsa une série de sept concerts tiistoriques d fournissait k lui tout seul, et dont les prog rensJent un enaembla de cent quatre-vinf

Et ce voyageur infatigable, ce virtuose incomparable et si prodigue de son talent, a trouvé le temps de composer une douzaine d'opéras, cinq grands drames bibliques ou oratorios dramatiques, un ballet, plusieurs scènes lyriques, des concertos et des sonates de piano, de violon ou de violoncelle, des trios, des quatuors, des quintettes, une demi-douzaine desymphonies, des ouvertures et diverses compositions importantes pour orchestre, près de deux

(siivreii de trente et an compositeurs diCTérects ; et corame, dans ces cent quatre-vingt-treize œuvres se trouvaient un assez grand nombre de Eonates, formées chacune de quatre morceaux, et un cycle de Scbumann qui à lui seul en offrùt plus de vingt, c'était un ensemble formidable d'environ deux cent quarante morceiui difTérents, que le virtaose jouait par cœur, sans un trouble de mémoire, sans l'ombre d'une hésitation. Or, ces sept concerts, Rubinsteia les donna, dans l'espace de sept semaines, i, Saint-Pétersbourg d'une part, i Moscou de l'autre, en les redoublant gratit, le lendemain de chacun d'eui, pour les élèves des Conservatoires et des divers instituts de ces deux villes (franchissanl tous las huit jours deui fois les 770 kilomêlreaqui séparent l'ane de l'autre !). Il tes reproduisit ensuite à Leipzig, en traversant l'Alleinagne pour venir en France. Arrivé à Paris il les renouvela, en les redoublant aussi chaque lendemain comme il avait fait en Russie, celte fois au profil de noire Association des artistes musiciens, puis il alla les répéter, toujours dans le mémo ordre, à Bruxelles el k Vienne d'abord, ensuite à Berlin, k Dresde, 4 Loadres, à. Manchester, à Liverpool et k Odessa. En résumé, au cours de cette tournée homérique, qui ne dura pas moins de neuf mois, Rubinstein donna cent cinq concerts, dans lesquels il joua de mémoire au moins quinze fois deux cent quarante morceaux, soit au total troi$ mille tix cents morceaux, sans compter ceux que le public insatiable lui redemandait, et qu'il ne refusait jamais I Et il n'est pas superflu de remarquer que sur le demi-million que lui rapporta cet exploit, Rubinstein sema sur sa roule près de 100,000 francs en œuvres de bienfai-

cents lieder, chansons ou romances à une ou deux voix sur paroles russes, f/ançaises ou allemandes^ et bien d'autres œuvres que je ne saurais énumérer ï Et il a été pendant cinq ans directeur du Conservatoire de Saint-Pétersbourg", après l'avoir fondé et organisé (1862) en dépit de mille obstacles, et où il avait su réunir des professeurs tels qu'Henri Wieniawski, Dreyschock, Davidow, Auer, Leschetitzki,. Zaremba ! Et il futdirecteur des concerts de la Société musicale de Vienne, pour revenir ensuite au Conservatoire de Saint-Pétersbourg" ! Et il a fondé la Société musicale russe, cette Société dont le rôle a été si important, qui a des sections correspondantes dans toutes les grandes villes de l'empire et dont il fut à l'orig-ine, en même temps que le premier chef d'orchestre, l'un des cinq directeurs (avec MM. le comte Wielhorski, Kologrivow, Kanchine et Stassow). Et pendant plus de trente ans il fut virtuellement à la tôte du mouvement musical de son pays, mouvement devenu si intéressant et si intense ! On peut dire qu'il y a pour certains êtres des g-râces: d'état, et Ton se demande comment ils peuvent suffire à tout et venir à bout d'un si efiFroyable labeur.. ► Le père d'Antoine Rubinstein était un industriel qui habitait Wechv^otynez, bourga4ede laNouvelle- Russie (gouvernement de Kherson), où son fils naquit le 16/28 novembre 1829 (1), et qui, peu de

(1) Cette date, souvent donnée d'une manière inexacte, a été relevée sur l'acte de baptême du grand artiste. Antoine

LA MUSIQUE EN RUSSIE 12i

la naissance de ce fils, alla se fixer près lù il Fonda une Fabrique de crayons. Sa ait bonne musicienne et qui jouait bien jant l'enfant rester toujours prés d'elle, rieux, lorsqu'elle s'exergait sur cet insdonna de bonne heure ses premières l'organisation du bambin était telle et 'urent si rapides que promptement il lui Ire matlre. On le confia à un excellent auteur d'une Méthode fort estimée, illoing, qui Je prit en affection et lui fit premier concert à Moscou le 11 juillet même qu'il eût accompli sa dixième eux ans après, en 1840, Villoing, étant re un voyage à Paris, demanda à em- Élève, ce qui lui fut accordée Dès son le produisit dans un concert où le petit ^uta différentes œuvres de Bach, de Beelummel, de Chopin et de Liszt. Ce derit présent, témoigna sa vive surprise de mdait et encouragea l'enfant de toutes ling et son élève ne rentrèrent en Russie après avoir parcouru la Hollande, l'Anle petit Rubinsteio étonna Mendcissohn

: mort le £0 Dovembre 1S94, dans sa villa de

1 journal moscovite Galalhée fsit conuattre eiâcutés par Bubinsteia à ce premier concert i. C'était Vallegro d'un concerto de Humœel, cernent d'orchestre, un andante de Thalberg es piÈcea de Field, Liszt et Henselt.

nme en France il avait étonaé Liszt), 1 î. In Suède et le Danemark, l'eafaDt se fa dre partout et partout obtenant de vifs s obtint de plus {grands encore dans sa p 1 jeune frère Nicolas commençait lui-mê r la musique(l). M™' Rubinstein résolu rendre en Allemagne avec ses deux i l^ré leur jeune &ge, manifestaient le d iier la composition. A Berlin elle se fit ] leyerbeer, et sur les conseils de ce granc ! les confia au célèbre professeur Debn.

'inrent les élèves pendant deux années.

I) Nicolas Rubinstein, né eD 1S35 & Moscou, m 18S1, fut lui-même un arlisle eitrêmeuent ren t d'orchestre excellent et virtuose de premier t OBOOU comme son frère le fut à Saiol-Péterst la en ISflO Is. section moacovite de 1& Sociét :se,dootil ne cessa, jusqu'à sa mort de diriger lei six ans après fonda le Conservatoire de cette rit la direction et qu'il organisa, d'une façon ren alaa Rubinsteio, absorbé par ses fonctions de e chef d'orrrhestre, n'a publié que quelques rai >nî, d'ailleurs distinguées. Au printemps ( ée et pendant le carême, il allait donner à Sa rg une série de concerts. Lorsqu'on 4878. à l'Exposition universelle de Paris, on organi) B du Trocadéro des concerta étrangers, Nicolas! désigné pour venir diriger trois coocerts russe mmes étaient composés d'une fa^on si intéi superbe talent de chef d'orchestre faisait n ires d'une façon si brillante, que ses trois conc ifflsBDle k satisfaire la curiosité du public et q ner un quatrième Le succès d'entbousiasn:

tau Nicolas Rubinstein comme chef d'orchi lentit pas lorsqu'on l'entendit comme virtuosi ut couvert d'applaudissements en eiécutant nt magistral, le beau concerto de Tschalkows se-caprice de son frère Antoine Rubinstein,

LA MUSIgUE KN RUSSIB 123

r le temps qui suivit pour retrouver Rubinstein Russie, où il revint en 1848. Il se fixa à Saintitersbourg, — son père était mort, — où il vécut donnant des leçons de piano. Il écrivait déjà beauup, et donna quelques concerts pour faire connati ses compositions. ËoËn, en 1852, il £t représen- ' son premier opéra, Dimitri Donskoi.Cet ouvrage, li fut très bien accueilli, lui valut une protection écieuse, celle delà /^ran de-duchesse Hélène. Préyant l'avenir qui était réservé au jeune artiste, tte princesse intelligente et bonne l'invita à passer ) étés dans son palais de KamenoTostrow, où il urrait travailler en toute liberté, Rubinstein ne se pas prier pour accepter, et c'est alors, à l'incilain de sa protectrice, qu'il écrivit trois opéras en un le, la Vengeance, les Sept Chasseurs sibériens et •m l'idiot, dont chacun devait offrir un tableau s mœurs d'une des parties de la Russie. De ces ùs ouvrages, le dernier seul fut représenté alors lat 1853), et avec un succès médiocre (1).

Cependant, le talent de Rubinstein se développait une façon si remarquable, que quelques-uns de ; compatriotes songèrentà lui procurer tes moyens

[1) Un autre, lesStpt CAa»sei(rs«Wrien»,fut jouéenlSS* r le tbéUra grand-ducal de Wetmar, La traduction alleinde du livret avait été faite par un musicien de grande eur. Peter Cornélius, auteur de deui opéras qui obtinrent succès : le Cid et le Barbier de Bagdad. La partition des p( Ckattetiri sibérien» a été publiée récomment en Alle- .gne. Quant k celles des autres ouvrages oi-dessus mennnés, y compris Dimitri Dotiikoi, elles n'existent plus, int été détruites dans l'incendie du Thé&tre-Cirque.

de faire un grand voyage pour le pe encore et le faire apprécier à l'étranger. 1 duchesse Hélène et lea comtes Wiel vinrent en aide à cet effet, et au commei i8l>7 Rubinstein quittait la Russie pour d'abordà Paris, ou,'dès son prentîer coii( duisait un effet foudroyant. Il en donni furent pour lui autant de triomphes, ei quels il fit entendre plusieurs de ses œuv tantes : son quatuor en mi mineur, doni avec sourdines est d'un eÉfet si délicieux pour piano et violon (op. 19), qui est vraiment magistrale, pleine d'énergie et c le concerto en sol majeur, avec orchestre tion originale, abondante en belles mélt harmonies nouvelles ; plusieurs morceau:

dre importance (Courante, Nocturne, I Valse), et enfin la symphonie en si bémol, fut moins heureux que pour ses œuvres d succès général fut immease, aussi bien concerne le compositeur que le virtuose (

(1) En parlant du concerto ea sot majeur, journal, la Revue et Gatetle mtaicale, s'eipr — I C'est une œuvre originale, pleine de mélod nies nouvelles. L'orchestre est brillant, jeune, v pourUnt celte riche instrumentation n'étoutT partie principale : elle dialogue, lutte de sonoril eFTels, si puissants qu'ils soient, et redit en tngé tationa ses dessins gracieux ou énergiques, t( caractère neuf, piquant, inattendu. L'andaute < de mélodie, et le final âlincelaat de force et d'éc savons si c'est Id de l'arl classique, rétrospectif i actuel ; mais k coup sûr c'est de l'inspiration, de

■ A partir de ce inoineDt Rubinstein niarcl; triomphe en triomphe, et, comme un victorieux est, parcourt l'Europe dans tous les sens, exi partout, avec la plus vive curiosité, l'enthousi le plus bruyaatetleplus expansif. Dès l'annéi vante il revenait à Paris, où il retrouvait un p plein de sympathie ; puis, de nouveau de retour son pays, il se voyait bientôt absorbé parles tn de la fondation et de ta direction du Conserv: de Saint-Pétersbourg, par ceux de l'organisati la Société musicale russe, par les nombreux importantes compositions en tout genre qu'il tait au jour, aussi bien que par les soins à di aux opéras qu'il faisait représenter tant en Al g^ne qu'en Russie même.

La situation qu'il occupait dès lors à Saint -P bourg était absolument prépondérante, et l'or dire, quoi qu'en puissent penser quelques-uns partir de ce moment Rubinstein se trouvait vi lement h la tête du mouvement musical de son considéré par tous, excepté par quelques en' comme un chef, un maître et un modèle. De lutte il avait conquis la renommée, son adm talent de virtuose était aussi incontesté qu'inci table, son ascendant sur le public et les artiste immense, et s'il est permis de croire que son

elle pUtt & l'esprit, remue le cœur et tait nattre i'e siasme, qni > souvent éclaté en bravos frénétiques, i pels réitérés, en bit pour des morceaux délicieux de c sition et d'axécution. »

î compositeur, parfois violent, heurté, i us inégalité et donnaitpriseà des critique n'en est pas moins vrai que dans tous loi produit des œuvres remarquables, souvi :s, et que sa puissance de production 'odig;e. Or, nul ne l'ignore, la fécondit gne de force, et reste l'apanage des temj inset vigoureux.

Rubinstein avait cependant, en Russi ion des ennemis, du moins des adversaîi :s, qui, loin de reconnaître sa supérioriti ienlen quelquesorte sous le jouget le con «que jour avec une ardeur digne d'une use. C'étaient les membres de la ■ jeun tte école dontj'ai parlé, si intransigeante oi^ueilleuse, qui voulait absolument r^ :r l'art, qui n'admettait de bon que ce q ses rangs et qui conspuait tout artiste as :ax pour ne pas plier le genou devantell suzeraineté. C'est cette jeune écolequi ni s de se rendre ridicule en poussant l'ai radoxe jusqu'à dénier à Rubinstein sa ni distique. Et qu'on ne croie pas qu'ici je j'exagère. Voici, à ce propos, les propre M. César Cui, qu'il n'a pas hésité à in !^e serait une grande erreu r de considérer n comme un compositeur russe ; c'est sin russe qui est compositeur (la distinctî e pas adorable ?) ; sa musique e plutdt é avec la musique allemande, et alors mi

iter des thèmes russes, l'esprit et le géoic

tui font défaut (1) ». Ainsi, parce que tia n'a pas voulu suivre servilemeut les cona voie de ces messieurs, parce qu'il n'a pas iser absolument avec les doctrines et les

connues jusqu'à ce jour, parce qu'il a cru uvait encore faire de bonne musique en taux préceptes depuis longtemps en usage, t hors la loi musicale et on le considère en

comme un étranger, comme un intrus !

loi? Faudra-t-il, pour plaire & ses détracpprimer le nom glorieux de Rubinstein et je l'histoire de la musique russe? On con- |ue la plaisanterie est un peu forte, et qu'elle plus que de raison les bornes du sens comte, les jugements portés de tout temps et en I sur Rubinstein sont souvent si singuliers, ates, que lui-même s'en amusait et critian tour ses critiques en disant avec humour, .

lettre à un ami : « Les juifs me consi-

>mme un chrétien, les chrétiens comme un lassiques comme un wagnérien, les wagnéirae un classique, les Russes comme un 1, et les Allemands comme un Russe. >

fuMique en Rustie.C6%i enpïrlaotde la cinquième I de BubiualeiD (op. 107), connue sous le nom de i russe, que M. César Cut, Christophe Colomb iau monda musical, & fait cette admirable découleut en sourire.

tla parce qu'il était S' t prétcDdait ne s'eni

lésar Cui, qui, dans i tsie, consacre généreii s travaux de Dargc is les membres de la tloie huit à peine pouj 1 trouve à dire de c EtuMnslein et Tschi qu'il est pourtant d'i i interdisani la possi !,avecquelle aimable tprochant d'abord cor lissante qui a contrit l'âge le plus tendre,

i inouïe. Sous ce rap cle — du siècle des ci es et des téléphonei ' , Il a écrit des opéras 3S, des quatuors, des imbre, etc., etc. Cetti lattre des doutes rela jvrages. Qui trop e qui est carré, et le ; e m'en voudrais de n Stail ce jugement per e fois que l'écrivain f l'artiste dont il s'occi

lire traîtreusement l'effet de cette concession je morceau est vraiment curieux :

bÎDBtein a le jet mélodique d'uoe abondance ex- '.ais trop souvent il se contente de la première le, distinguée ou banale, riche ou pauvre. Dans lencement de sa carrière ses idées musicales it celles de Mendelssohn; ce n'est que plus tard Dnt acquis une individualité plus marquée.

tein est un harmoniste expérimenté, plein de nailê il ne parait pas rechercher particulièrement auté de ce cOté. De même, très habile dans le nt des formes, et surtout des formes syraphonise montre peu soucieux d'innover dans l'opéra ; . de son mieux les situations scéniques, sans :mployer d'autres moyens que ses devanciers. En dramatique il n'a ni reculé ni avancé, et semble s pour devise le ■■ juste milieu ».

tstre de Rubinstein est parfaitement équilibré et en ; mais on n'y trouve guère la recherche des :urs et piquants, des ingénieuses combinaisons lenls, si en honneur parmi les compositeurs jrains. Rubinstein a prouvé en quelques oocail n'y est point éh'anger, mais il ne semble pas

aractériser d'une façon générale la musique de in, nous dirons qu'elle coule de source, sans enlu'elle ne manque pas de chaleur, parfois un peu eet mélodramatique, qu'ellea aussi de l'ampleur, )t pas exempte de longueurs ; elle sent trop en 'improvisation, le travail eslhâtif et peu réHéchi. e, la profondeur lui manquent souvent, mail le nun y abonde, et c'est là son défaut principal. :a pages, quand il s'en trouve dans ses œuvres, jque absorbées par le lieu commun, — celte hy-

L MCSIQCE EN RUSSIE

:e, contre laquelle l'audileur musicien orcede réaislance.

ireÎDtemeiit est complet, et quesous urs semées par ce langage douce- I joli paquet d'épines. Mais cela ne ■e piendre le change et nous inciter L vraie et très haute valeur du mer- [ue fut Rubinstein. Quoi qu'on en ubinsteîn n'a pas été toujours heuil j a obtenu néanmoins des succès lilem eut justifiés. Etquel est donc le i n'a connu que des triomphes ?

i les plus fortunés il faut citer sur- ( des Landes, dont le succès a été s l'Allemagne ; le Démon, dont la iculièremenl brillante et dont les e comptent par centaines à Saint- Moscou ; les Macchabées, qui firent !n Allemagne ; enfin Néron, partipleine de couleur, chaleureuse à inspiration grandiose. Rubinstein, est là ce qui fAche M. César Cui, ré- :he et exigeant — Rubinstein Conrad itionae lies de l'opéra, écrit des , des morceaux d'ensemble, et ne se es méandres infinis du « récitatif bien fait pour endormir les gens ; es sont vivantes, pathétiques, instratnent l'auditeur et font naître en et les émotions qu'il réclame, n'at-

îlles pas le but que doit se proposer toule n artistique, et ne doivent-elles pas être /eoues ? Ceci ne veut pas dire, toutefois, isteia n'a écrit pour la scène que des chefs- On a justement reproché à certains de ses des longueurs fâcheuses, une lourdeur évis la forme, un orchestre trop compact et Fu. Mais il n'empAche que lorsqu'il était ispiré parson sujet, comme dans le DemoTij 3 Macchabées, ses opéras sont dignes des ds éloges. Que, aiusi que l'a dit M. César dramatique de Rubinsteîn se rapproche des tendances de l'école allemande (non s de Wag^ner, qu'il a toujours combattu), ible, c'est vrai. Il n'en reste pas moins, ■s ce rapport, un créateur remarquable et ipérieur(l).

I la liste complète des œuvres dramatiques de : lo iJimiiri Oonjioi, Saint-Pétersbourg, 1852; ndiot, un acte, Saiut-Pélersbourg, mai ISSÏ; — leance, un acte (non représenté) ; — io les Sept libériens, ua acte, Weimar, 1854; — 5" tei Enandei, i actes, telle allemand de Mosenllial tiriS nouvelle de Cari Beck intitulée Janko, Vienne, m tnertbor, février 1861, interprété pour les deux :ipaui par M"" Oillag et le ténor Ander (devenu i) ; — 6' Feramort, 5 actes, teilo allemand de inberg tiré de Lalla Houkh, le célèbre poème de Hjre, Dresde, théllre Royal, 24 février 1863, inr Schnorr de Karolsfeld et M™ Janner-Krall ; — 1, 3 actes, teite russe deWiskowatow tiré d'une èbre de Lermontow, Sainl -Pé te rs bourg, théâtre anvier 1875, joué parKamissarjewski, Melnikow, Kroutjkova et Scbrceder, puis représenté t l'éallemaad, eu tchËque et en italien ; — B° tes

132 LK HUaieUB EN RUSSIE

Ud des chag;rins artistiques les plus eu Rubinsteia, qui adorait laPranc«, futde m jamais faire jouer à Paris un de ses op avait représenté, en Français, son Néron k à Rouen, mais cela était loin de le satisfai voulu surtout présenter au public parisien chabées, qu'il considérait comme un de ses i ouvrages, et peu de temps avant sa mort ii

Maechabéet, 3 actes, texte allemand de Hosentb Opéra Rojal, représenté le 17 avril 1875 sous l de l'auteur, avec Betz, Erast, M"*' Brandt et Gros terprëtes, ensuite en russe, au théâtre Marie di tersbourg, le 3 février 1877 ; — 9o Néron, i ac bleauT, texte Trançais de Jules Barbier, représeï maud à Hambourg le 1" novembre 1879 |Wii Krûckl, Landau, M"*' Sucher, Prochaska et Barrée k Saint-Pétersbourg le 10 février 1S84 (Sylva Valero, M™ Amalia SUhl, Maria Durand et R français ï Anvers en 18B5 et à Rouen le 14 livra 10° le Marchand Kalacknikoff, 3 actes, texte rus likow tiré d'un poème célèbre de Lermontow, 8( bourg, tbèàtre Marie, S mars 1880 (défendu par aprâs sa deuiiëme représentation et repris le 1SB9) ; — 11° la Sulamile, opéra biblique, Mamb< — 12° Entre oo/curi, opéra-comique en un acte, 1882; — 13" le Perroquet, opéra-comique ei Hambourg ; — 14° Moise, opéra religieux en :

texte allemand de Mosentbal, Riga, mars 1894 Christ, opéra religieux (posthume) en un prolog ties, texte allemand de H. Bullbaupt, Brème, 2! — A cela il faut ajouter un ballet en 3 actes, représenté à Berlin ; deux oratorios dramatiques : perdu, exécuté au festival de Koenigsberg en n la Tour de Babel, exécuté sous la direction de ÎO mai 187î,au festival rhénan de Dusaeldorf : e grandes scènes lyriques ovec orchestre : Agar dai Hécube et le Lyrique et le Requiem pour Mig composition sur la partie poétique du Wilkelm Gœttie, chantée à Vienne, en avril 1872, pai H""' Messoick at Passy-Cornet.

lors du brillaDt succès qu'obtiarent à l'Opéra-Comique les débuts de M"* Deina, il adressait à l'éditeur français de sa partition la lettre que voici :

Mon cher ami,

Je lis dans les journaux que l'Opéra -Comique possède en ce momeot une des plus belles voix de contralLo qu'on ait jamais eutendues, celle de M"* DeIna. Pourriez- vous demander à cette jeune artiste de vouloir bien prendre connaissance du rdle de Léah dans les Macchabées f II l'intéresserait peut-être, et elle pourrait alors décider son directeur à mettre en scène l'ouvrage, pour qu'elle puisse créer le râle à Paris. J'en garantis le succès avec une bonne exécution.

Je tiendrais tant à l'exécution d'un ouvrage de moi à Paris, surtout des Macchabées ? N'esMl vraiment pas possible de voir cet ouvrage arriver devant le public parisien ? Je ne puis vraiment m'expliquer le boyeotlage qu'on me Tait subir comme compositeur, quand toutes mes aspirations tendent vers cette ville, surtout je vous le

répète, pour les Macchabée» EnDn, prenons patience,

peut-être qu'après ma inort tout cela changera. Tout à vous,

Antoine RusirasTEiN (1).

(1) J'ai dit que Rubiostein adorait laPrance, où il se sentait peut-être mieux compris encore que partout ailleurs. 11 y revenait fréquemment, et toujours avec joie. Je trouve à ce sujet, dans mes notes, quelques dates, avec quelques détails, le tout d'ailleurs fort incomplet: — a flubinstein à Paris, 1857, trois concerts; — lS58,concerta; — mars, avril, mai 1868, concerta avec l'orchestre dirigé par Saint- SaSns ; le 13 mai, il rend la pareille à celui-ci en dirigeant Bon concert; — avril et mai 1870, coacerta ; séances de musique de chambre avec Vienitempa et Jacquard ; — mai 187S, concerts; la Tour de Babel k la salle Ventadour; — février 1876, point de concerta publics, mais passe quelque

lUt cela chan^ra-t-il en effet, mai iDstein n'est plus là, et verra-t-ODJ ris Néron ou les Macchabées 9 lis la musique dramatique ne cons

dire, que la plus petite partie de il de Rubinstein. 11 faut citer ausa ique d'orchestre : six symphonies les l'Océan et la Symphonie drama rture de concert ; l'ouverture d'Ant e ; la fantaisie intitulée Eroica, et tioDs caractéristiques d'une très 1 une en son genre. Don Quichott ible. C'est ô propos de la 5* sym] mphonie russe, » et de quelques au Ds dans lesquelles Rubinstein a fai les nationaux, que M. Cui écrit né, i< de toute sa musique, c'est encon moins réussi » ; et il ajoute : << Qui Etissance et ayant beaucoup fait p< ement de la musique dans son pc

est un compositeur allemand, si

liD I87T, lit tOcéanv

tre souvenir. Le Si janvier ISTS on don irt pour les victime:> fr&açtkises de la guej

fait pas prier pour y jouer. Salle et rec Des. Les places sont à troia francs, mais c

paient les leura jusqu'à 1,000 et 1,1 i nombre de dames de Mulhouse viennei irt en grand deuil.

rect de Mcndeissoha. Il traite les mélodies russes àlaniaDiëre allemande, ce qui constitue un amalgame des moins esthétiques. Des thèmes russes il a moins saisi l'esprit que le cdté extérieur, c'est-àdire certaines cadences, certains contours mélodiques. H reste étranger à la poésie, à la profondeur, à la beauté tranquille de nos chants nationaux. » Eh bien, oui, Rubinstein est sans doute, musicatemeat, moins foncièrement « russe » que quelques-uns de ses confrères (d'ailleurs fort audessous de lui) ; oui, son génie a des alunites avec le génie allemand; mais il est loin pourtant do se laisser absorber par celui-ci, sa personnalité reste vivace et puissante, et quoi qu'on en puisse dire, cette personnalité est telle qu'au point de vue de l'accent, du style et de la couleur, la musique de Rubinstein ne saurait, à mon sens, être confondue avec la musique allemande. Comme à la musique symphonique, cette réflexion s'applique encore, et plus encore peut-être, à la musique dé chambre et Ji la musique de piano de Rubinstein. Dans la musique de chambre il faut signaler particulièrement le quintette pour piano et instruments à vent op. 55, tes quatuors op. 17, 66 et 90, les trios op. 15, 52 et 85, les sonates pour piano et violon op. 13, 19 (un pur chef-d'œuvre I), 41 et 49, piano et violoncelle op. 18 et 39 (celle en ré mineur est célèbre en Allemagne et en Russie), piano et alto. Puis il faut mettre à part la série des concertos avec orchestre : 5 concertos de piano (le quatrième surtout, en ré.

est superbe), 2 concertos de vioIoD, !

violoDcetle (dédiés l'un à Alfred !

Charles Davidow). Cette musique Id Rubinstein se disting'ue par la franci:

la puissance des rythmes, la vitali fougue et parfois l'exubérance. Elle meut originale, et si l'on y peut repr faiblesses, si l'on peut lui reprocl manque de mesure et de proportio défaut sensible chez Rubinsteio), c méconnatti^ la noblesse, la grandeur ce qui est de la musique de piano pi qui ne comprend pas moins de 238(de huit) morceaux, elle place certaioem au premier rang et à la tète de tous le russes. Inégal, parfois long et diffus que d'orchestre (avec des éclairs dt conception d'une rare puissance), i quer, dans ses œuvres pour le pianO; abondance mélodique, une gran< formes, et tantôt parla grâce, tautdt toujours par une personnalité vigoui pose à l'attention. 11 y a un choix i ment, parmi des compositions si non genres si divers, et toutes ne sont pas Mais que de beautés dans ta plupart combien de jolis morceaux dans le Soirées musicales, des MisceUanées, Péterhoff, etc. ! (1). Ses valses, ses 1

(1) Notre eicellent professeur Marmout«l

ntelles, ses romances sans paroles sont souvent (lises et prouvent toute la souplesse, toute la feré de son imagination, ses préludes et fugues, ne forme un peu trop libre, n'en sont pas moins ressauts, et il n'y a plus à faire l'éloge de l'ado- \e sens àtt Bal costumé, qui est depuis longtemps

it comment ne pas mentionner aussi la musique de de Rubinstoin, si nombreuse et si savoureuse? délicieuses Mélodies Persanes, qui sont emintes d'une couleur si originale ; et la jolie collec- I de duetti que l'auteur écrivit pour la plupart à tention des deux ËUesdcMeyerbecr ; et toute celte ^ue série de lieder k une ou deux voix, si popues en Allemagne, que l'on commence à connattrc

t si droit, si sur et si expérimenté, appréciait en ces les les sonates de Rubinstoin : — « Bubinsleio a écrit lieurs grandes sonates ponr piano seul, et des sonates perlantes pour piano et violon, piano et violoncelle. Ces 'res, de baut style, sont tontes dignes de la réputation maître. L'exposition des idéei, le plan, les développeits, les épisodes affirment les aspirations élevées, les es études, la science et l'habileté de facture du compour. J'ai souvent tait joner le premier morceau de la ïte op. 12 aux examens de ma classe, et cette ceuvre a {ours été distinguée pour sa belle ordonnance et la noise des idées musicales » (Mahmontel, Virtuoses contemairu). — Il me faut toujours en revenir k H. César P.'ui ; s c'est qu'en vérité il est étrange de voir, dans un écrit talé la Mutique en Russie et qui devrait au moins justison titre, l'aulear ne pas dire un seul mot de la musique piano de Rubinslein, tandis qu'il cite avec complaisance e de compositeurs plue ou moins obscurs. Celui qui lirait ,e brochure sans être su conrant du sujet ignorerait otument te Rubinstein compositeur de piano. Est-ce que eu P. Loriquet ferait des élèves en Russie T

en France, et parmi lesquels on rencontre de véritables petits chefs-d'œuvre !

En résumé, si l'on peut reprocher à Rubiostein une trop ^ande fièvre de production, qui ne lui laissait pas toujours le loisir de châtier et de polir ses œuvres comme il eût Fallu, si par instants il pèche au point de vuedel'^é^ance et de la pureté du style, si, comme on l'a dit, il lui arrivait parfois de se contenter trop facilement de la première idée venue, il rachetait largement ces défauts par d'immenses qualités : l'abondance de l'inspiration, la chaleur de la pensée, l'ampleur delà Forme et la générosité d'un tempérament qui lui permettait d'aborder tous les genres sinon avec une ég;ale supériorité, du moins à l'aide de facultés qui montraient toujours en lui un artiste original, puissant, et doué d'une vigueur peu commune. Ce qui est certain, c'est que sa musique est toujours vivante, colorée, pleine de verve et de chaleur, et que quand le compositeur est vraiment inspiré il entraîne infailliblement l'auditeur à sa suite, excite en lui l'enthousiasme et lui arrache les applaudissements. Ce qui est certain aussi, d'autre part, c'est que pendant quarante ans et plus Rubïnstein est resté sur la brèche, soit comme virtuose, soit comme professeur, soit comme chef d'orchestre, soitcommecompositeur, c'est qu'il a donné l'exemple à tous, qu'il a activé le mouvement musical de son pays dans des proportions inouïes, qu'il a rendu à l'art des services éclatants, que c'est enfin beaucoup grâce à lui, k son action, à ses efforts, à sa vaillance.

que l'école musicale russe a pu se faire connaître à Tétranger et conquérir la place qu'elle ambitionnait. Cela surtout, nul ne devrait l'oublier, et ce sont toutes ces causes réunies qui assurent à Rubinstein une place à part^ et singulièrement importante, dans l'histoire de la musique en Russie. Voilà pourtant l'homme, l'artiste dont certains de ses compatriotes méconnaissent volontairement la valeur, qu'ils traitent avec un dédain aflfecté et qu'ils seraient prêts à renier pour un des leurs. Il faut plaindre vraiment ceux qui sont impuissants à comprendre, à apprécier, à admirer les facultés d'un artiste si extraordinaire, dont son pays a le droit d'être fier et glorieux.

Rubinstein montrait plus de justice et de générosité envers ces critiques farouchesqu'il n'en obtenait de leur part. Dans un écrit publié par lui il j a quelques années et dont une traduction française a paru sous ce titre : la Musique et ses représentants (Paris, Heugel, 1892, in-8<>), il s'exprimait ainsi sur le compte de la « jeune école » :

Notre jeune école russe est, dans la musique instrumentale, un résultat de Tinfluence de Berlioz et de Liszt; au point de vue spécial du piano, il faut y joindre l'influence de Schumann et de Chopin. Et par dessus tout cela s'accuse encore une tendance nationale cherchée et voulue. Les productions de l'école russe révèlent une complète connaissance .de la technique et un véritable coloris de maître, mais en môme temps aussi une absence complète de dessin et de forme. Glinka, qui a écrit quelques pièces pour orchestre sur des thèmes de danses et de chansons nationales, sert encore de modèle aux jeunes

compoeiteurs ruSBes, qui continuent k écri vent Bur des thèmes populaires et nationau par cela même la pauvreté de leur inv pauvreté qu'ils s'efforcent de cacher bous » nationalisme " ou sous l'épithète de " no Je ne sais s'il y a quelque cboseàenalten nir; mais je ne désespère pas, parce que la mélodie, du rythme et du caractère mus met en quelque sorte une fécondation n musique en général (je crois la musique c lée de même â une pareille fécondation), i que l'on ne peut contester le grand taleni représentants de cette école russe.

Maîntcaant que le grand artiste n'esl l'éclat de son génie ne peut plus rejett bre ceux que ce génie blessait et ofiFu»

être la haine et l'envie vont-elles s'étein OQ ses ennemis cesser de l'outrager po enfin la justice qui lui est bien due.

Ceux-là, d'ailleurs, peuvent ne pas i ne représentent qu'eux-mêmes, c'e; simple coterie artistique, et ne sont p pour la mémoire de Rubinstein. Le p les hommes sur leurs œuvres et se se certaines rancunes, qui ne se laiase tr les petites envies ni par les petites rivi est équitable en son ensemble et depu a fait justice de tant de critiques int rendu au noble artiste les honneurs digne, il lui a déjà élevé une statue di du Conservatoire de Saint-Pétersbourg vatoire qui lai doit son existence, et l\

LA. KUSigUE EN RUSSIE 141

tge touchant RubiDstein a été l'objet à

novembre 1902 qu'avait lieu l'inau^ute statue, avec un grand concert natuservé aux œuvres du maître, et deux ine seconde séance musicale, consacrée

de la Tour de Babel, était donnée avec des élèves des deux Conservatoires de bourg- et de Moscou. Je ne saurais mieux nettre en relief le caractère à la fois I affectueux de cette manifestation artiste reproduire ici ces fragments d'une téressantc que, le soir même, m'adreses amis de Saint-Pétersbourg :

jsanl votre admiration pour le génie de ; viens vous faire connaître les belles manii viennent d'avoir lieu à Saint-Pétersbourg lur. Avant-hier on a inauguré au Conservatue en marbre, due au ciseau de l'habile nstamm, que vous connaissez bien à Paris, i une foule immense a acclamé avec frénélOncert consacré à ses œuvres. Ce concert S de son poème humoristique Don Quichotte, t A' Antoine et Cf^opd/raet de l'opéra biblique \abel, admirablement interprétés, sous la (. Safonow, l'éminent directeur du Conserva- •J3U, par l'orchestre et les choeurs réunis de emiers Conservatoires (au total, 550 eiécuractère le plus touchant de cette manifeatae précisément dans la fraternité des élèves grands établissements. Désireux de comméad fondateur de notre enseignement musical, s deux sexes du Conservatoire de Moscou

LA MUalQUB EN RUSSIE

arrivés hier b six heures du matin dans notre capiet, droit de la gare, se sont rendus à Saint-Alexanewak; pour saluer la tombe de Bubinstein. De là ils allés au Conservatoire, qui leur a offert l'hospitalité. aUn ils se sontjoints à leurs camarades Pétersbourpour la répétiUon générale de la Tour de Babel, ; soir a marché avec une fraîcheur et un entrain lunéviles. Leur enthousiasme b la fin de la séance, u'ona acclamé M. Safonow et les autres interprètes, t plaisir à voir. Non seulement les trois chœurs se- I (trois merveilles, comme voua le savez} ont été exé- I avec une maestria superbe, mais l'imposant chœur a él^ rendu, lui aussi, de la taçoa la plus grandiose, autre épisode, touchant, celui-ci, se rapportant à 'émonie de l'inauguration de la statue dans le périsdu Conservatoire : la séance avait commencé par riËres de mort, le chœur des élèves chantant en haut, les tribunes. Pendant qu'on eiécuLait l'hymne ; Miélernellc t... le grand-duc Constantin s'est mis à iix, et après lui la plupartdes assistante. Lorsqu'on • relevé, le voile était déjà tombé qui recouvrait la e, et au pied de celle-ci le grand-duc, vice-président Société musicale, a déposé la première des trente >nnes qui avaient été apportées par autant de dépuis. A cette séance d'inauguration on a entendu deux I nouveautés de M. Anatole Liadow : une Polonaise orchestre, renfermant unlriotrèsfin,el un n Hymne (instein «, a cappella, qui, ce soir encore, a été eséculé 00 élèves de façon à être bissé.

termine en constatant que la saison est bonne pour nstein. L'Opéra privé russe du Conservatoire vient onter son Néron, après un silence de dix-huit ans ! ;uvre a déjà fait six fois salle comble. Et le Dimon se sur trois théâtres à la fois (1| »...

Les documents ne manquent pas pour ceux qui von-

adversaires irréconciliables de Rubinsteia baient dans la même an i ma d version un autre . artiste, Pierre Tschaïkowskj, son élève, :omme lui, prétendait ne s'inféoder à auécole, à aucune coterie, et marcher libredans la voie qu'il s'était tracée (!)■ Cette endance lui valut le même dédain, les mêmes imes qu'àRubinstein, mais il s'en souciait tout médiocrement et ne s'en troublait en aucune , songeant uniquement à l'art, qu'il aimait, au :, qu'il respectait, et à la gloire, qu'il ambilit.

I d'une excellente famille, fils d'un homme gué qui était ing'énieur des mines (2), Tschaï-

. les consulter sur RubJDsteiii. 11 y s d'abord les bio> :s russes de MM. Baakine (Moscou, Jurgenaou, ISSC), aowsk; {Saint-Pélerebourg, 1889), et don Menquex 1, 4889), plus le9 propres Mémoire» du compositeur,

paru en russe en 1BB9, et en allemaud, & Leipzig, 3. On peut aussi voiries numéros du Journal {ïnat Saint-Pétersbourg des 5 avril et 11 juillet 1889 et ier 1S9£. Enfin, on a publié dans divers paj s les es suivants : Anton Jtuàinstein, par A. van Halten Lt, 18HG); Anton Rubinstein, biograpliiEcher abrisa, Vogel (Leipzig, 188S); Anton Rubinntein, a biograeketch, par A. M" Artbur (Edimbourg, 1889); Anton fetn, ein Kanstler leben, par E. Zabel (Leipzig, lS9i); « Rubinttein, par Albert Saubies (Paris, 1894). A sienfin un écrit de Rubinstein lui-même : La musique

reprétentanti, entretiens sur la musique, écrit inté- , et curieux, dont une traduction française a été I par M Michel Oelines (Paris, Heugel, 1892, in-8*). l>iBrre-lljiIschTgchalkowsky,néle35avril/Traai IBtO insk (gouvernement de Viatka), est mort subitement > Pélers bourg, du choléra, le 13/2S novembru 1S93, si une semaine avant Rubinstein.

ia mère, née d'Assier, descendait d'une vieille famille

kowsky ne fut point, comme Rubinsteîn, la carrière artistique, bien que dès V&gs < ans, dit-on, il ait commencé à t^moig'ner d très prononcé pour la musique. On lui a donné, tout enfant, un professeur de pia médiocre diailleurs, qui n'était autre qu' libérée, mais ses études sous ce rapport fai toutes superficielles, et il avait à peine ac< dixième année que son père, qui avait le à le faire entrer dans la magistrature, le fit à l'École de droit de Saint-Pétersbourg. Ce on le comprend, dans un tel milieu qu'i trouver le moyen de s'occuper un peu séri de l'art qu'il aimait et qu'il devait illustre] Il resta là neuf ans, et ce n'est que vers la i séjour k l'École que son père, sans doute récompense, consentit à lui faire prendre é de piano avec un excellent professeur noi dolphe FQndinger. De cette époque seulemi ses premières véritables études artistique alors aussi que son penchant pour la m manifesta dans toute sa force.

Cependant, il venait à peine de quitter 1 droit qu'il entrait dans les bureaux du mii la justice, où il ne devait pas rester moim années. Ses fonctions administratives, tou l'absorbaient pas au point de l'empêcher

suivre avec ardeur l'éducation musicale qu'il avait commencée. Il ne tarda pas è deveuir habile pianiste, mais ses désirs allaient plus loin et plus haut, et il sentaittrès bien qu'on n'est point vraiment musicien tant qu'on ne s'est pas familiarisé avec la théorie de l'art. Justement, un didacticien distingué qui s'est fait connaître aussi comme compositeur, Nicolas Zaremba, ouvraiten ce moment à Saint-Pétersbourg' un cours d'harmoDÏe e( de composition (1). C'était au commencement de 1861. Tschaîkowsky se fit inscrire au nombre de ses élèves, suivit ce cours avec assiduité et s'y fit remarquer par la rapidité de ses progrès. Ces progrès furent tels que l'année suivante, Rubinstein ayant fondé le Conservatoire de Saint- Pétersbourg, Tschaîkowsky put s'y faire admettre et, sans cesser de travailler avec Zaremba, devint l'élève de Rubinstein lui-même, avec lequel il étudia surtout l'instrumentation.

Vers 1865, son éducation étant. terminée, il commença à se livrer à la composition. La première œuvre qu'il produisit en public fut une cantate,

(1) Proresseur et compositeur, Nicolas Zaremba, qui était né en 1SS3 dftQS le gouvernement de Vitebsk, est mort à Saint-Pétersbourg le 8 avril 1879. On lui doit un certain nombre de compositions de divers genres, dont 1& plus im~ portante est un grand oratorio intitulé Saint-Jean- Baptitie. il était professeur d'une des classes du Conservatoire de S&int-Pét ers bourg lorsque, Rubinstein a;ant abandonna une première fois la direction de cet ëtablissement, il fut appelé à lui Eucc^der dans ces fonettona. A sa mort, il eut lui-même pour successeur H. d'Asanlchawsky. Comme tout ce qui tenait ft Rubinstein et s'approchait de lui, Zaremba fut l'objet des brocards et du dédain des ennemis du maître.

i LA UUSIQUE EN RUSSIE

tée, je crois, inédite, qu'il avait écrite sur le texte la fameuse Ode à la joie de Schiller, illustrée : Beethoven dans sa Symphonie avec chœurs.

tte cantate fut exécutée au palais de la grande chesse Hélène, la noble protectrice d'Antoine binsteïnetduConservatoiredeSalnt-Pétersbourg. iffet en fut assez considérable pour que Nicolas binstein, qui venait, de sod côté, de fonder le nservatoire de Moscou, jugeât à propos d'aper à lui Tschaïkowsky pour le mettre à la tète me desclasBsde composilion de cet établissement, jeune artiste s'empressa d'accepter, et pendant £e ans il conserva ses fonctions, qui ne l'empâïrentpointdefaireplusieurs voyages à l'étranger, rticulièremeot en Allemagne et en France, pour fortifier encore et se mettre au courant du grand luvemeni musical européen.

n'est alors aussi qu'il se consacra avec ardeur à travaux de composition, et qu'il commença A re preuve de cette prodigieuse fécondité qui serçait tour à tour dans tous les genres et qui sait dire à M. César Cui qu' a il aurait fourni une liante carrière s'il avait ét^ plus sévère envers -même et s'il avait mieux raisonné ses tendances <on système de composition. »

jC reproche ici peut être fondé jusqu'à un certain int. La critique la plus impartiale pourrait en effet mer Tschaïkowsky de ne pas avoir toujours été ez scrupuleux dans le choix de ses idées, et, ces es une fois adoptées, de ne les avoir pas pas tou-

rs polies, affinées, serties avec un soin suffis; irtaot, là encore, cette mémecritiqueseraitobli c'est ce qu'elle ne fait pas toujaurs) de ti ipte du tempérament de l'artiste, de la nat ;oD talent, de ses facultés propres et particulië re tous ceux que l'art a marqués au front, ci a différent en ce qui'toucbe à la création I ' ssé parla fiëvrede production, toujours en fra ifantement, fera vite et ne saurait, sous pt npuissance, s'astreindre à attendre de l'in; on qu'elle se produise sous sa forme la [ ère et la plus châtiée ; tel autre, moins abond: imag ination moins riche et moins primesauti ra l'idée se présenter à lui plus atoumée, [ irie, plus foncièrement élégante, et prendr ips de l'embellir encore, de la parer de nouve aits. L'axiome de Boileau :

eot fois sur le métier remettez votre ouvrage, olissez-le sans cesse el le repolissez...

st pas de mise avec tous les artistes, dont, j été, les tempéraments sont divers, entrati erses manières de procéder. Ainsi, dans la nati voit des gras et des maigres, des bruns et nds, des lymphatiques et des nerveux. Vou diquer aux uns et aux autres la même forme ement, le même mode decri tique, estsimplen- : erreur ou une injustice, 'our en revenir à Tschaïkowsky, s'il n'était jours égal à lui-même, si l'on peut lui reproc

certaiaeK faiblesses, c'est que l'inspiration était chez lui plus rapide que le travail, c'est qu'une idée à peine éclose en amenait une autre à sa suite, et qu'il De pouvait toujours prendre le temps de coordonner ces idées, de les relier entre elles, de les unir en un ensemble parfaitement harmonieux. Mais quand, marchant de concert, l'inspiration et le travail le servaient à souhait, quand l'une et l'autre se fondaient et se coTnbinaient comme i! convient, on peut dire que le résultat obtenu était excellent. Qu'on voie, par exemple, le beau concerto de piano en ai b, la Valse-Caprice et la Valse-Scherzo op. 4 et 7, les délicieuses Romances sans paroles en fa mineur et en /'a majeur, op. 5 et 51, qui furent comprises par Rubinstein dans le programme de ses fameux concerts historiques, puis la Sérénade mélancolique pour violon que Sarasate fit connaître à toute l'Europe, et le sextuor pour instruments à cordes, dit < sextuor florentin », et la Tempête, page symphonique inégale sans doute, mais d'un sentiment si profond, d'un si beau souffle et d'une si grande puissance, — et qu'on dise si Tschaïkowskj n'était pas un noble artiste, noblement inspiré ! Il faudrait encore citer les fort belles variations sur un thème original, op. 19, qu'affectionnait surtout Hans de Biilow, le scherzo à la russe, op. 1, souvent joué par Rubinstein, la série de trois morceaux publiée sous le titre de Souvenir de Hapsal...

D'aucuns tiennent rigueur au grand artiste de sa fécondité. C'est comme si l'on reprochait à un bel

Lt MUSigUE EN RUSSIE i49

arbre de porter trop de fruits. Parfois une branche casse, ployant sous le poids, et quelques-UDS d e ceux-ci tombeDt k terre ; mais combiea ceux qui restent, mûris par le soleil, sont fermes et savoureux ! LaFécoodité deTschaîkowskj 1 elle est prodigieuse, en eETet. Dans une période de production qui n'a pas dépassé trente années, il a écrit 11 opéras, 3 ballets (i), 6 symphonies (2), 5 suites d'orchestre (le scherzo et les douze variations qui terminent la troisième donnent une haute idée du talent de l'auteur) et une sérénade pourorchestre à archets, 5 ou-

(1) Voici la liate de ses ouvrages dramatiques : i' le Volvode, Moscou, 1869; ^ i' Snegourolsehlca (la Pilla déneige), féerie arec musique eu 3 actes, poâme d'Ostrowsky, Moscou ; — 30 l'Opritchnîk (le Garde du corps), Moscou, mai 1874; — io Vakoul le Forger/m, i actes, poème de PoloDskj, d'après un conte fantastique de Micoiss Gogol {ia Veille de JVotl), Saint-Péterebonrg, thé&tre Marie, G décembre 1876; — 50 la Pucelle d'Orléans, i actes et 6 tableaoï, Saint-Pétersbourg, février 1881; — 6» Onéguine, 3 actes et 7 tableaux, d'après le roman en vers de Pouschkine, Hoscoo, 1881 ; — 7» JUageppa. S actes, Moscou, 188* ; — S" le Caprice d'Oksàne. (refonte de la partition de Vakoul le Forgeron), 4 actes, Moscou, 27 janvier 1887; — 9* la Tcha- Todéika (la Cbarmeuse), 4 actes, 1887;— 10' la Dame de pique, 3 actes, parole de M. Modeste Tschalkowsky (frère du compositeur), d'après une nouvelle de Pousctikine. Saint- Pétersbourg, tbéltre Maris, décembre 1 890 ; — 11* Yolande, un acte. 1S9S. — Puis, trois ballets : Le Lac des Cygnes, 3 actes, Moscou ; — la Belle au bois dormant, 3 actes el un prologue, Sainl^Pélersbourg, janvier 1890 ; — te Cassenoiteite, i actes, 1892. — On m'assure que Tschalkowsky & écrit des récitatifs pour la version italienne du Domino noir, d'Auber, lors de sa représentation à Saint- Pétera bourg.

(S) La première symphonie a été exécutée sous le titre de Rêverie d'hiver; la seconde, en ut mineur, est connue sous le nom de £^>npAo>ii« r<u»ie,-la sixième, intitulée iS'^mpAoRj'e pathétique, est simplement admirable, et mon excellent confrère Ch. Malherbe en a publié uue remarquable analj'se.

concert, plusieurs poèmes symphoniques •esW, je crois, inédit, la Tempête, Manicesca da Rimini, Roméo et Juliette, innée i8i3), 3 concertos de piano et un î violon avec orchestre (le second concerto en sol majeur, très intéressant, dédié à ibiastein, a étéjoué d'une fagon admirable nd artiste dans un des concerts russes otre Exposition universelle de 1878, celui ineur est une œuvre superbe), diverses musique de chambre, 2 messes à quatre ceurs d'église, une grande marche pour nilitaire, nne marche solennelle pour plusieurs autres pièces diverses pour des cantates, une centaine de morceaux mtant de mélodies vocales, des duos pour nmes, sans compter ce que j'oublie, car pas un catalogue et je ne saurais tout Il f a de quoi donner le vertige t a, assurément, n'est pas de même valeur, 1 choix à faire parmi tant d'œuvres de dies, surtout celles qui appartiennent à la partie de la carrière du compositeur et inent de son talent qu'une idée peut-être :. Tschaïkowskj, en effet, a été assez long fer des influences extérieures et à conquélonnalilé, devenue par la suite si brillante. es œuvres, comme, par exemple, le con- >I, que je signalais tout à l'heure, semble nt inspiré du souvenir de Schumann ; telle

LA MUSIQUE EN nussiB 151

autre, — beaucoup d'autres, pourrait-OD dire, se ressentent de la manière de Liszt, qui paratt avoir vivement impressionné son imaf^ination. Ce n'est g'uëre qu'aux environs de sa quarantième année que Tschalkowskj a pris vraiment possession de soimême et s'est vu maître de son esprit et de ses facultés. Cette réflexion me paraît surtout justifier son application en ce qui se rapporte au théâtre.

Comme en France, comme en Italie, le théâtre est en Russie l'objectif des compositeurs. Les succès éclatants que Tschaikowsky avait obtenus déjà dans le g;enre symphooique ne pouvaient l'empêcher de chercher à s'y produire. Il n'eut pas à s'en repentir, car s'il n'y futpas toujours heureux, on ne peut dire non plus qu'il eut toujours à s'en plaindre. Vakoul le Forgeron ûi Mazeppa a' oal pas été sans doute très fortunés (bien que le premier eût été couronné dans un concours) ; mais l'Opritchnick a été favorabUmentaccueilli, la Dame de pique, dont on signale le second acte comme extrêmement remarquable, est restée au répertoire depuis son apparition, et quant à Onéguine tl à laPucelle d'Orléans, tous deux ont rencontré des succès retentissants ; on considère le premier acte de la Pucelle (connue aussi sous le nom de Jeanne d'Arc) comme étantde premier ordre, et l'acueil fait à Onéguine non seulement à Moscou, mais k Saint-Pétersbourg', s'est traduit en cette dernière ville par une série de plus de cent représentations, qui ont mis le comble à la renommée du compositeur. Pour ce qui est du bal-

let de la Belle au hoi$ dormant^ dont la musique est charmaqte, son triomphe a été complet.

Tschaïkowskj, d'ailleurs, ne pouvait manquer de réussir dans la musique de ballet, car c'est un symphoniste de premier ordre, plein de g'randeur, de nerf et de couleur, sachant manier et combiner les^ éléments de Torchestre avec une habileté merveilleuse (1). Harmoniste très instruit, subtil même et recherché, il sait recouvrir ses idées d'un manteau plein de richesse, trop riche même parfois et trop somptueux, car on craint de voir disparaître rétoffe sous la broderie. Quand il est vraiment inspiré, il Test, je Tai dit^ de la façon la plus heureuse ; ce qui lui manque, c'est le sentiment de l'équilibre et de la mesure, c'est la sobriété dans les développements, qui chez lui sont souvent excessifs. Mais sa palette orchestrale est opulente, pleine d'éclat et de variété, et il tire de l'ensemble. instrumental des effets curieux, aussi neufs qu'imprévus. Sa seconde symphonie suffirait à le prouver^ surtout le finale, qui est original et plein d'intérêt , mais bien d'autres œuvres encore affirmeraient sa supériorité sous ce rapport.

Sa musique de chambre n'est pas exempte de défauts. On peut lui reprocher la prolixité et l'inéga-

(1) En dehors des ballets proprement dits, il a écrit dans plusieurs de ses opéras des airs de danse du tour le plus élégant et le plus original : la danse des bouffons de Sne^ gourotKhka, la belle Polonaise et la valse avec chœur d'Onéguine, la danse russe du Voïvode, la danse' cosaque (ffopaque) de Maseppa, etc.

lité, ce qui ne l'empêche pas d'offrir des pages intâressantes : entre autres, il faut sifjçaaler les deux jolis andante des deux premiers quatuors pour instruments à cordes (en ré et &afa). Le trio avec piano, écrit à la mémoire de Nicolas Rubinstein, est brillant et coloré, quoique trop long encore. Il me semble que le « sextuor florentin », que j'ai déjà mentionné, est ce qu'il a fait de mieux dans cet ordre d'idées. Toutefois, ce n'est pas en ce genre que Tschaikowsky a fait preuve de supériorité, et surtout de personnalité. Ses œuvres de musique de chambre ont été écrites, je crois, dans la première partie de sa carrière, alors qu'il subissait surtout l'influence de Liszt et de sa musique. Ce n'est que plus tard qu'il conquit la pleine possession de luimême.

Où TschaïkowskyestvraimentpersonneljOÙ il est lui sans conteste et sans discussion possible, c'est dans ses pièces intimes pour piano, dont plusieurs sont exquises, et encore, et surtout, dans ses délicieuses mélodies vocales, qui sont empreintes d'un sentiment profond, d'une poésie pénétrante, et parfois d'un caractère mélancolique d'une telle intensité qu'il confine au drame. J'ai cité déjà quelquesuns de ses morceaux de piano, si joliment écrits et si pleins d'une savoureuse élégance. Quant à ses mélodies, tantdt sur paroles russes, tantôt sur paroles" françaises, elles sont pour la plupart d'une inspiration chaude, souvent pathétique, et d'un style plein de noblesse et d'élévation. Il en a écrit plus d'une

, dont plusieurs sont devenues en France 'es parmi nos artistes, en raison de leur aclèrement douloureux, de leur simplicité tou- 1 de l'émotion qui s'en dégage. Je ne saurais les celles qui sont particulièrement dignes on ; je ne puis me tenir pourtant d'en rappelins quelques-unes :Oecep(iort, d'une poésie mélancolie pénétrantes, Oh ! qui brûla d'ari de passion d'une étonnante intensité, les

d'une tristesse poignante, l'Automne, vrairieuse. Chanson de la bohémienne, très ori- >uistncoreN'accusepas mon cceur,Toujours 'urquoi tant de plaintes ? J'étais une petite s champs, douce souffrance !...

haikowsky n'est pas, musicalement, aussi ment « russe » que certains de ses confrères itriotes sembleraient le souhaiter, il n'en 1 moins un musicien de haute valeur et de envergure. Ceux-là ne s'; trompent pas et

quoi s'en tenir sur son compte qui n'ont pas rouble parles mesquins préjugées d'école et sont pas mus par un regrettable sentiment sie. Le public russe avait enveloppé dans le affection, dans un même respect ces deux ïrtistes, Rubinstein et Tschaïkowsky, qui taient de la façon la plus noble, la plus

plus fiére, le jeune art musical si soudaiklos dans le grand empire oriental. Leur isque simultanée a été une perte douloureuse ml ou re use ment ressentie — pour cet art

naissant et déjà si vigoureux (1). Aujourd'hui, c'est . k ceux qui les ont combattus toute leurviede t&cber de les remplacer et de leur préparer des successeurs. De ceux-là je vais avoirà m'occuper maintenant, et ce ne sera pas, après tout, la partie la moins agpréable de la tâche que je me suis tracée, car en dehors des quelques .chefs du parti de la « jeune école, » qui commeacentà vieillir, je vais me trouver en présence d'un petit groupe de vrais « jeunes, » hardis et aventureux sans doute (2), mais convaincus, déterminés, iîien doués par la liature, et qui paraissent

(1) Uq journal russe s'exprimait aîDsiàpropoa de ta mort de Tscbaikowsk; : — a La France vient de perdre Gounod, la Russie Tscha.ïkawsky. Lea pertes sont inégales ; l'auteur de Fatal avait épuisé avant de mourir septuagénaire tout ce qu'il pouvait dire, l'auleur d'Eugène Onéguine, &gé de cinquante-trois ans seulement, ee trouvait encore an beau milieu de sa carrière artistique, si féconde et si élevée. La perte de Tscbalkowsky est presque aussi sensible pour la Russie que le tut naguère celle de Pouachkine ou de Ler-

(il II va sans dire qu'on s'est beaucoup occupé de Tschalkowskj après sa mort. Ou a publié d'abord ses Souvenir! mtt»icaucc, qui sont formés surtout d'une série d'arliclea donnés par lui à divers jaurnaui. Puis, M. Laroche a tait paraître une esquisse biographique du compositeur, tandis que H. Kaschkin en parlait longuement dans ses Souoenirt. Entin, le frère mâme du maître et sou collaborateur, M. Modeste Tschalkowsky, a entrepris la publication d'une biographie très complète de l'auteur A'Eugéne Onéguine, basée surloutsur sa correspondance, un ensemble de 6,000 lettres, dit-on, dans lesquelles on trouve, entre autres détails particulièrement intéressants pour nous, des jugements très curieux et pleins de sympathie sur quelques-uns de nos compositeurs, Delibes, Bïzet, Massenet, Sainl-Saéns, etc., pour lesquels il éprouvait une profonde admiration. A l'heure où j'écris, la publication de cet ouvrage est terminée. Je ne

ter haut le drapeau de l'art aational.

r de aign&ler deux écrits publiés hors de la Tachai kowiky, pa.r M. Iwan Kaorr (Berlin, Tichaikowiky, élude moDO graphique, de (Leipzig, 1902). Ed France, nous n'avons te Notice lur ta êymphonie pathétique de y, par H. Cbarles Holberbe (Paris, Noël,

Nous voici maintenant en présence du peti t ^n de musiciens — fort distingués, mais Fort exch et d'une intransigeance irréductible — qui on trepris en Russie une réforme de l'opéra aussi i dicale que celle dont Richard Wagner s'est fa promoteur en Allemagne, bien qu'ils se défen absolument de suivre les traces et les crremen l'auteur de Lohengrin et de l'Anneau du Nibel Pour ces oéo-réformateurs, dont l'infaillit semble âtre le caractère et qui ont en eux une fiance que rien ne saurait ébranler, rien de ne s'est fait jusqu'ici depuis Gluck ; Mojerbeer même, si l'on veut bien ne pas contester absolui ses rares facultés dramatiques, n'est pourtant q artiste très secondaire ; l'école française ne sei pas exister, et Monsigny, Grétrj, Mébul, BoieU Herold, Auber, Halévj sont à peine digne quelque attention ; quant à l'art italien, il leur pire une baine faraucbe qui ne connaît pas d mites, et ils considèrent ses représentants les illustres comme de simples fantoches, j'allais

. HUSIQUE EN RUSSIE

faiteurs artistiques. Enfin, à les eécolerusseatoutdécouvert en fait matique, et rien d'intéressant, rien d'intelligent, rien de raisonné ne Ile. Il est vraiment curieux de voir nus dans l'art, qui doivent tout à qui ne seraient rien sans eux, sans ns leurs chefs-d'œuvre, les traiter superbe et ce mépris écrasant. On Toutefois, ici je ne juge pas, sim- Lte, et cela d'après une fière dedans contenue dans l'écrit de M. César signalé à diverses reprises, la Muace par noua faire connaître les cîrisquelless'est formé le petit cénacle:

>îl, deux musiciens, très jeunes et leur art, se rencontrèrent à Saintcapitale de la Russie étant le prinal et intellectuel du pays, ils y fixent leur résidence. L'un était Balaui qui écrit ces pa^es. Quelque iskjr-Korsakow, BorodineetMousrent à eux, et peu à peu il se forma i'amis, qu'avait rapprochés une sion pour l'art musical. Que d'intructivcs causeries firent dès lors ^unions I On passa consciencieusepeu près toute la littérature musicritique avait beau jeu ; on discu-

sur des questions d'esthélique, les façons pernelles de voir et de sentir s'entre- croisaient, les férences s'alimentaient de vives analyses, de Qs divers, de mille choses qui activent la pensée, rissent et développent le ^oilt et tiennent le sens stique éveillé. C'est ainsi que ce petit cénacle t par acquérir des convictious arrêtées, par se îr un critérium applicable à une foule de quesis artistiques, très souvent en dehors des idées rantes de la presse et du public. L'idéal commun : membres de cette petife confrérie — sous la ;rve des aptitudes et de la nature musicale de cun — commença bientôt à se dessiner avec net- , et on s'efforça de le fixer sur les ouvrages ». voit quel était le point de départ; on va voir 1 était le but poursuivi. Ce but, je l'ai dit déjà, ait la réforme de la musique d'opéra ; car, quant

musique symphonique, dos jeunes révolution- ■es trouvaient — et ils n'avaient peut-être pas

— que tout avait été fait, et bien fait, par Bee- ?en, Schumann, Liszt (î) et Berlioz. Ici je me I obligé de faire une citation un peu longue ; >re est-ce avec le regret de ne pouvoir, vu les aes de ce travail, l'étendre davantage. Je n'ai pas lin de faire ressortir l'intérêt des considérations tenues dans les lignes que voici :

.. Vers la fin du XVIII- siècle Gluck entreprit, d'une 1 puissante, de rétablir la musique d'opéra dans ses ts primordiaux, de la ramener dans la vole de l'ez- BioD, et surtout de la fixer sur le terrain de la vérité

'amslique. Tant qu'il vécut, eoD idéal grandiose sembla >nsacré par l'éclatant succès de ses œuvres ; mate après i, ces belles et simples traditions s'évaporèrent une à le, etRossini fit de son mieux — jusqu'à Guillaume Tell cclusivement — pour amener l'opéra â n'élre que de la usique de concert, agrémentée de décors et de cos- Imes, en sacrifiant absolument la vérité d'expression H tours de force de la vocalise, distribuée à tous les tles indistinctement : au bachelier séviilan comme au ore de Venise, comme au prophète hébreu. Une réaction ipendant se fit sentir ; elle s'insinua d'abord par des îmi-mesures, prudentes, incomplètes (Weber, Meyerier, Glinka dans la Vie pour le Tsar, Dargomijsky dans Boussallia) ; puis, changeant brusquement d'allure, elle loulit à une réforme radicale, où Wsgnerdéploja toute >n énergie {te Cycle des Nibetungen) et où les musiciens isses de la nouvelle école, n'ayant pourtant, comme ÎU3 le verrons plus loin, que très peu de points de >ntact avec le novateur allemand, entrèrent, eux aussi, /ee tout le courage d'une inébranlable conviction. La nouvelle école russe prit à tâche de mettre en luière certains principes de la plus haute importance, ïntundes premiers est celui-ci ; La musique dramatique lit toujours avoir une valeur intrinsèque, comme musique igolue.abslrocllon faite du texte. On avait trop longtemps Sglîgé ce principe ; de nos jours même on est loin de jbserver strictement (1). Les compositeurs n'ayant pour ■incipale préoccupation que la mélodie pure et la virlosilé vocale, moyens inrallllbles de succès, les bana- ;éB les plus étonnantes, les plus naïves en même temps, 'aient une raison d'être et passaient sans difficulté. Ce li, dans une composition symphonique, aurait été mis l'index avec le dédain le mieux justifié, trouvait natu-

(1) Il me semble pourtant que c'est li simplement ce qu'on lui appeler un truisme.

Tellement sa place dans un opéra. Les Italiens sont concours pour leur supériorité en celte aCTaire. N' rant qu'aux succès faciles, fondés sur des lloriluref des »i bémol et des uf dièse aigus, se tenant av public dans une communication de mauvais goùt maintenant dans cet état inculte, il ne leur sufll d'abuser des thèmes les plus banals, il leur faut ei étaler ces laideurs dans toute leur nudité, sans r chercher à les atténuer par une harmonie tant soi élégante. Les meilleurs parmi ces musiciens ou t pèlent l'un l'autre ou bien se répètent eux-mêmes, ce style, thèmes et harmonies. Par ce moyen, ils ont r à faire de leurs opéras une série de jumeaux abâti d'une ressemblance désespérante. Il sufllt, pour convaincre, de jeter un coup d'oeil sur les trente et ques opéras italiens de Rossini, sur les soixanten plus de Donizetti (I). L'un et l'autre n'ont que dei troiB ouvrages typiques, dont le reste de leurs œ n*est que la reproduction plus ou moins faible et Et, mémedans leurs chefs-d'œuvre, quede lieux comi: que de pages ineignidantes et banales I

Chez un grand nombre de compositeurs non ita les résultats sontà peu près les mêmes ; ils écrivent ils spéculent trop sur tes moyens heureux des exécui sur le bel et irrésistible elTet des décors, eur l'agré toujourssûr des scènes de ballet (2). Meyerbeer lui-n un des plus grande compositeurs dramatiques, n

(1) Non pas • soiiante^dii et plus s, mais seutemei quante-sept véritablea opéras (ce qui est déjà trop doute), auxquels il faut ajouler neuf petits ouvragi cenx que les Italiens appellent farse. et qui n'ont plus d'importance que nos opérettes. 11 est bon de n'en

{1] Ceci vise, i, n'en pouvoir douter, les compos Irançais, qne l'écrivain, s'adressont & des lecteurs fra ne pouvait guère désigner d'une façon plus directe. Ts pour la Moelle, et pour la Juive, pour Fatitt, Bon

gnerail-il pas beaucoup à la Euppreesion des pi et des reines à roulades dans ses opéras ?

La nouvelle école russe envisage la question h de vue absolument différent. Selon son principi doit détourner la musique d'opéra d'être par e de vraie cl belle mutique; tout ce que l'art muE pluiséduisant doit s'y rapporter ; le cbarme de lli la science du contrepoint, la polyphonie et le c l'orchestre doivent y aller de pair. Un tel précc ne pas paraître d'une application très pratique blerait qu'un temps de repos pris Qà et là, à I d'un lieu commun, plue ou moins prolongé sek constance, ferait bien l'afTairc de l'auditoire, lui rait ta lassitude d'une attention trop soutenue. I L'école russe ne veut tirer aucun proOt de sei combinaisons, ai avantageuses qu'elles parais faire de lelles conccHsions. Elle ne changerait prix son point de vue à cet égard. Elle marche, t et flère,vera l'idéal qui l'appelle — cette source telljgence, d'honnêteté et d'éternelle poésie — préoccuper de la réussite ou de l'insuccès.

La nouvelle école russe en revient donc, s paroles de M. César Cui, à la formule dém l'art pour l'art, avec le mépris du public poui Cette formule, jadis en honneur parmi nos tiques, est depuis longtemps abandonnée, 1 en a^ant été suffisamment reconnue. D'( comme c'est g-énéralemcnt, en dernière i pour le public qu'on fait de l'art, il est perm demander, en présence de revendications s quelle peut être la fin du but poursuivi. Me

Juliette, Carmen, Hamlet, le Roi de Lahore, Sigx qui sont ici directement visés.

£pëte, il est facile de railler et de biftmer ce lit, [orsqu'oa arrive après deux ou trois 'essais et de travaux de toutes sortes, qu'on e l'expérience acquise et de l'accumulatii Éaultats, et qu'on n'a pas soi-mâme à marci UoDDements en tâtonnements, le chemin a.yi plani par la foule des devanciers. C'est là p 1 en t la situation de la nouvelle école russ 'a que la peine de' cueillir les fruits que d' nt eu tant de mal à arracher à la terre. Qi fËrmer d'une façon aussi péremptoire qu'i lonopole de la conscience et de l'honnêteté ques, ce qui revient à dire que tout ce qui illeurs est marqué au coio d'une improbité :ste et voulue, en ce faisant, ladite école, u'elle peut faire rire à ses dépens, risque attirer que des sympathies médiocres et rari Tout cela, néanmoins, n'enlève en aucune !ur talent, talent très actif et très réel, ausme e ce petit cénacle, dont le plus en vue est s lent M. Nicolas Rimsky-Korsakow, et M. Ces < plus turbulent, M. Balakirew demeurant lef de file. Et comme M. Cui s'est toujours tué le porte-paroles du groupe, que c'est p ue les théories, les désirs et les intentions roupe tapageur ont été révélés et présen' ublic, c'est de lui que nous allons d'abord ccuper. A tout seigneur tout honneur (1).

(1) C<SsarAQ(onovitchCui estnéà Wilnale IS janvif

Chez M. César Cui la passion de la musiqu tlle qu'il l'a cultivée d'uue façon très active, é^li^er pour cela les travaux absorbants arrière militaire qu'il a su Faire honorable et inte. M. Cui nous touche de près, car si sa tait Lithuanienne, son père était Français, et eut nier qu'il lui en reste quelque chose, pa èrement la verve polémique et le tempén atailleur qui accompagnent toujours dans ays la discussion des questions artistiques, omment a raconté ses orij^ines un biofi^raph li était très dévouéettrèssympathique: < Son ntoine Cui, Faisait partie de la grande armi [apoléon 1" en 1812. Blessé à Smolensk et à elé, il ne put la rejoindre dans sa retraite, n Russie, comme beaucoup de ses compaj 'armes, il s'y fixa, s'y maria, et embrassa li ière pédagogique. Il remplit les fonctions de erneur dans plusieurs familles considérab evinl définitivement professeur de langue fra u gymnase de Wilna. C'était, dit-on, un hi 'aptitudes remarquables ; il apprit parfaitem olonais et le parlait couramment; il étudiale ans matire et parvint à le savoir assez pour i eigner les premières notions. Il publia un Ri 'd'histoire de la littérature /Vanpaise, il coi i musique de plusieurs chansons, et cette mi 'est pas sans valeur. Bien que ses ressources fi nodestes, il laissa une assez belle bibliothè !ne collection numismatique. Sa verve frança

gatté et son esprit faisaient rechercher vol société. La mère de César Cui, Julie Guce' venait de petite noblesse lithuaDienne ; d'uae bonté aogélique, pleine d'abnégat vivait que pour ses enfants. C'est à e doiventnon seulement leur existence physi aussi leur valeur morale (f }. »

M. Cui embrassa de bonne heure l'état Après avoir fait d'excellentes études au Gj Wilna, il entra ô l'École du génie de $hi bourg. Il est actuellement major général seur de fortifications dans les trois acadéi taires de cette ville (académies de l'état-i génie et de l'artillerie). 11 a compté parmi sept grands-ducs, ainsi que le fameux géi belew, le héros de la grande guerre rus:

Comme écrivain militaire on lui doit un j l'histoire de lafortificationpermanente, v de fortification volante et plusieurs écriti dre importance.

Étant donnée une telle carrière, abouti tels résultats, il fallait être doué d'un sind fond amour de l'art pour lui juxtaposer ui musicale très active, très militante et q tout, n'est pas sans quelque intérêt. Qi musique ne soit pas pour M. Cui une p puisque ce n'est pas à elle qu'il a den

(1) Céiar Cui,. esquisse critiqae, par la c Merct-ArqbktbàI) (Paris, Fiscbbacher, 1888, in-i

eos d'existence, il s'en est occupé et l'a cultivée ^lle façon qu'il a le droit d'être considéré comme rtlste, et non comme un amateur. Mais aussi, et le fait, ne doit-il pas s'éloaner si on le juge avec que sévérité, soit comme critique, soît comme positeur.

est avec deux maîtres obscurs, nommés Hern et Dio, que M. Cui commenta l'étude de la ique. Mais c'estau célèbre compositeur polonais islas Moniuszko qu'il doit le meilleur de son alion musicale, éducation qu'il compléta plus par lui-même et parses recherches personnelles, ait à peine vingt-deux ans lorsqu'il écrivit, en , son premier opéra, le Prisonnier du Caucase, le devait être représenté que vingt-six ans plus , en 1883. Le livret élait tiré d'un poème de la esse de Pouschkine, e( l'ouvrage était primiti- ;nt en deux actes. Ce n'est que beaucoup plus , et lorsqu'il fut question de son apparition à la E, que le compositeur y ajouta un troisième qu'il intercala entre les deux existants et qui Dt par conséquent le second. On peut croire, t données les idées qui avaient alors germé dans rveau de M. Cui, que cet acte nouveau formait disparate assez sensible avec les précédents, qu'il eût fait subir à sa partition des remaniets considérables. Le Prisonnier du Caucase Tailleurs accueilli froidement et n'obtint que ques représentations (1), Mais, quoique cet

I Lt Prisonnier du Caucaie, traduit en français, fut

ouvrage fflt le premier qu'ait entrepris vue de la scène, il ne Fut point son début et bien avant lui le compositeur en avai senter deux - autres : William ftalclij actes, écrit sur le drame de Henri Heine M. Plechtchéiew (26 février 1869), et , quatre actes, écrit sur le drame de V imité par M. Bourénine (13 janvier 1876 fait par le public àces deux ouvrages tén enthousiasme médiocre. William Rati dépasser sa huitième représentation, et il n'en fut plus jamais question. Angélo plus fortuné, et on a essayé récemment ( remettre à la scène au théâtre impérial ( sans aucun succès. C'est qu'aussi, quoi et quels que soient ses désirs, l'originali la qualité dominante de M. Cui en ce qu la musique dramatique. Témoio ce juge par M, HermaoD Laroche, son confrère i au sujet de son William Ratcliff, jugei tant indulgent :

Le talent mélodique de M. Cui n'est pas op peut pas reprocher à aa mélodie de la vulgai sent qu'elle manque de physionomie individ saurait nulle part relever de plagiat, ni indiq k laquelle tel ou tel motif a été puisé ; il n'a ] mais seulement inspiré, et ces inspiration avec beaucoup de goût et l'intuition du bei

LA MUSigUK BH RUSSIK

lour H. Cui, comme pour beaucoup de g on mélodique originale. Mais, bien qu'elle d'originalité, les mélodies de RaleUff sont i el chantantes ; ainsi le prélude du troisièn le tout le rAle de Marie, et son duo avec 1 arlies pour voix d'hommes sont beaucoup éuasies que celles écrites pour les soprano

st une chose assez singulière que M. C |ue d'être un musicien russe (et qui re rement à Rubinstein et à Tschaîkowsb ice de nationalité), choisisse précisément e ses opéras en dehors de la Russie. Tarn ;es confrères mettaient à contribution h de leurs compatriotes : Pouschkine, Le Gogol, Ostrowsky, lui s'adressait uniqt trangers, & Heine avec William Ratdiff , ugo avec Angélo, à M. Jean Richepin i stier, étrit spécialement pour la France xandre Dumas avec le Sarrasin, son ( ige, représenté en 1899 au théâtre impé -Pétersbourg et dont le livret était t les VII chez ses grands vassaux. Nous t M. Cui nous a appris lui-même, i it les prétentions de la <' jeune école r ntions qui ne tendaient à rien de moii ■éforme radicale du drame lyrique. Pou en revenons au fameux système du « r dique »dontM. Cui nous a entretenus à argomijsky, puis à l'interdiction abso répétition de paroles, enfin à l'absence de

de trios et de toute espèce d'ensemble, et particulièrement de tout morceau «Éfectant une forme nette et déterminée. C'est une doctrine qui se rapproche beaucoup de celle de Wag^ner, bien que M. Cui, pour sa part, se défende avec vig^ueur de toute espèce de rapprochement avec l'auteur de Parsifal. Néanmoins il l'a employé abondamment, ce fameux récitatif mélodique (qui ne l'est pas toujours!), dans sa partition d'Angélo, à laquelle il n'a pas porté bonheur, et aussi dans celle du Flibustier, qui n'a pas été plus fortunée (1).

C'est qu'aussi M. Cui, qui a des haines invétérées, professe surtout le mépris le plus complet et le plus profond pour la race des librettistes. Je ne prétends certes pas absoudre ceux-ci dans leur ensemble. 11 me paraît pourtant que certains poèmes d'opéras ne sont pas à dédaigner et qu'ils ont pu n'être pas sans quelque influence sur l'inspiration des compositeurs; on pourrait citer entre autres ceuz à'Œdtpe àColone, de lajuive, deaHuguenots, du Prophète,

deLucia di Lammermoor, A' Aida Mais M. Cui,

qui est tout d'une pièce, ne veut pas entendre raison sur ce sujet. Ce qu'il lui faut avant tout, ce sont de beaux vers, en quoi il a tort ; car il est certain qu'une situation pathétique et puissante, même traduite en vers médiocres, sera plus utile au musicien dramatique et d'une plus grande action sur le

(1) Joué k l'Opéra-Comique !e 28 janvier 189i, leFlibuttier B saccombé soub l'emiui et n'a pu dépasser sa quatrième représentation.

que des vers très harmoi

qu'un draœeveule et sans t-il ? Il prend une comédi , le Flibustier, mais doni l parce qu'il est presqi

de mouvemeDt et d'actl Q conversations et en échî ■.s personnag'es ; il place c( it met en musique, de l'ui ïrs de M. Richepin. Mai!

Irins, c'est-à-dire la forr à la musique. Peu lui im ij usqu'au bout. Avec son a ilodique », il vous fera troi js appellera cela un opéra public ce qu'il en pense, i î deM.Cui.Il y apourtan is ce Fit bustier mis en m\ ille chanson de Janik au { k bataille fait par Jacqueu

deux voix de femmes, qu ]ue vraiment délicieuseet .

Equise. Mais trois actes c ah ! non !

éalité, M, Cui n'ajama

cequi tient peut-âtre moi )r!es malheureuses, etaui ;nu de succès. Il s'en coni ris avec lequel il consid F, c'est que les idées faus

propager font dans soa pays des adeptes préU exagérer encore, et qu'elles causent à l'art u considérable. Voici comment s'exprimait à ce un musicien belge éminent, l'excellent compoi Louis Brassin, qu'on aurait peine à faire passer réactionnaire, caril fut l'un des plus ardents p gateurs de la musique wagnérienne en Belgi « II y a dans ce pays, disaît-il, à côté de la école russe, dont le chef incontestable est Dora un petit cénacle très remuant, qui, en musique, fesse des théories absolument anarchiques. Le vres qui sortent de là ont un degré de parenté celles des décadents de la littérature, et ex comme elles une initiation préalable, sans latj elles restent lettre morte. L'écriture en est spé' surtout pour l'accentuation ; la forme en est vi et donne le sens de l'incohérence, de l'infini ; harmonisation est d'une audace peu commui froisse brutalement les régies de la syntaxe i cale. Est-il besoin de dire que les artistes qui posent ce cénacle parlent avec un souverain m des anciens compositeurs qui ont illustré notn et que certains d'entre eux considèrent déjà Wi comme un vieux ! »

C'est sans doute ici le lieu de faire connati sentiment personnel de M. Cuià l'égard de Wa On a vu plus haut comment, au point de vue , rai, M. Cui traite des artistes tels que Meyei

Rossini, Donizetti Je ne parle pas des musi

français; j'ai dit qu'ils n'existent pas pour ce

te farouche, qui les ju^e assurément d'une lince valeur pour leur accorder quelque attenlais ce qui est iotéressant, c'est de savoir ce réformateur russe pense du réformateur alledont cependant ses tendances sembleraient aborddevoir le rapprocher. On va voir ce qu'il en premier lieu par ce juji^ement général, qui Qque pas de saveur :

ipéras de Wagner, dit-il, sont une mystiflcatioa I dont lui-même est tombé victime, car il est pro- [u'it prenait ses eona vides d'idée pour de la vraie le, ses longueurs pour des cban ta divins, et croyait icune de ses notes valait son pesant d'or. Je vouréserver mes compatriotes delà dangereuse coudu décsdentisme wagnérien ; qui aime sa mugi- 'euse cesse d'aimer lavraie musique ; qui aime ses tient Giinka pour un auteur de vaudevilles. Enfin, r de trouver quelque chose de profond où il n'y a e peut avoir que de fâcheuses conséquences et les gens fous. Je die cela sérieusement, je peux •.e exemples. L'accompagnateur Joseph Rubinstein enu fou lors de la première représentation de u des Niebelungen à Bayreuth. 11 n'y a pas de doute 13 que la musique de Wagner a été pour quelque ians la mort de son royal ami. Aussi hien, j'espère iqu'à la lin de ma vie je n'ennuierai plus mes lecvec mes dissertations sur la musique de Wagner, lui, de son cOtê, ne m'ennuiera plus avec ses

à pour l'ensemble. Si nous entrons dans le voyons ce que le critique pense de la Valdont il dit, après en avoir fait une longue

.. J'ai cherché avec le plus grand soin noD seulement es les oasis, maismemeles moindres buissons qu'on , trouver dans cet opéra aride, el vous voyez que j'en écouvert très peu, surtout pour un spectacle qui I de huit heures k minuit. Tout le reste présente une ne infhlie et désolée de sons vides, une mosaïque de ie couleurs sans tableaux. L'absence de musique plfete dans la Valkyrie vous oppresse et provoque un li auquel on ne peut résister.

u tour de Siegfried :

.. Il y a là une série de tableaux intéressants qui, indant, produisent une impression trouble, parce Is changent trop vile, parce qu'ils manquent de Uni e forment pas un tout. Chaque tableau empiète sur uivant et masque le précédent. Quant aux épisodes ]ues et dramatiques qui pourraient toucher et donner l'émotion, ils sont peu nombreux et guère réussis. ifried parle beaucoup à l'intelligence, peu à l'oreille et

Infin voici pour Tristan et Yseult, que M. Cui fëre pourtant aux Nibeîungen, et qu'il déclare ilus supportable des opéras de Wagner ; il y a ^uoi faire dresser les cheveux sur la tète des loérieas français :

i l'on faisait grincer une porte pendant trois heures et lie, le temps que dure la représentation de Tristan, •i l'on écoutait ce grincement avec le même recueilleit, on recevrait la même impression et la même e que donne l'œuvre de Wagner (1).

1} J'emprunte ces citations K un travail intéressant publié

celle critique particulière k Wag-ner, nous loosaux doctrines générales de M. César 18 pouvons dire que ces doctrines à la fois es et débilitantes sont assurément un maurice rendu par lui à l'art et aux artistes de 9, dont elles ne pourraient que retarder în entraînant l'un et les autres dans une voie t sans issue. Ces doctrines, il s'est efforcé rente ans de les propag^er et de les soutenir nbre de journaux : le Nouvelliste duNord, , le Journal (russe) de SaintPétersbourg, ■la (la Semaine), la Revue musicaleÛB l'édiisel, dont il fut le très vigoureux rédacteur et même dans certains journaux français la Revue et Gazette musicale et le Mènesst juste de dire qu'elles ont trouvé en Ruslents détracteurs, qui les ont vigoureusement aes, et que le compositeur a peut-être pâti des intempérances du critique. Car, en lu théâtre, qui n'est point son fait et où il :éussir, M. Cui ne manque pas de talent. Il de nombreuses mélodies, dont on a fait en lusieurs recueils {Douze Mélodies, Vignetcales, 20 Poèmes de Jean Richeptn) qui ent des pièces intéressantes. Dans le recueil ! Mélodies il Faut signaler Je vous aimais, ient-il encore? Ma mignonne; dans les

chel Delines dans la Bibliothèque univtrttlle de

, de septembre 1902.

LA UUSigUE EN RUSSIE 175

jèmes de Jean Richepin on doit tirer de puir les eUx Ménétriers, et surtout les Songeants e( les 'Mots. Cela n'est pas toujours simple, cela est paris cherché et mâme recherché ; mais il y a là d'heuuses inspirations, qui ne manquent ni de saveur d'originalité. M. Gui a d'ailleurs écrit beaucoup, non pas seulement pour le chant, mais pour l'orestre, et aussi pour le piano et pour divers instrueats (1).

Après M. César Cui, il convient tout naturellement '. s'occuper de son ami M. Balakirew, qui, nous ivons vu, fut son compag^non d'origine, et quipar- ^a avec lui l'honneur d'Stre le chef, l'initiateur et nspirateur de la fameuse o coterie s, que ses par- ;ans appellent « la cohorte » et qu'on désigne là- .s sous le nom de Koutchka[^). M. Balakirew doit,

[I) Pour l'orchestre : H&rche solenD«lle: Pelite Suite; A ^enteau, BuHe ; Danses circasGieanea (très origiDoles au tnt de vue du rythme, de la couleur et de la sonorité), ar le piano : Suite (dédiée à Fr. Liszt) ; i Morceaux (dés à M. Leschetitzlty) ; 3 Valsoa (à Mme Sophie Menter) ; 'olonaises {k Antoine Rubinslein) ; 3 Impromptus (à Hans BAlow); IS Miniaturee; Valse-Bleue tte ; Valae-Caprice (à >• Annette Essipow) ; Sckerxando-giocoto; En parlant, . Puis encore : S Chœurs a cappella (dont quelques-uns t jolis, le Réveil des oiseaiun, la Vie, Nocturne) ; Ave 'ria pour voix seules et chœur de femmes, avec harmoim ; Suite concerto pour violon avec orchestre ; £ Mortui poar violoncelle, avec accompagnement d'orchestre, fin je ne saurais oublier de signaler encore un opéraaique, le Fih du Mandarin, qui, je crois, n'a jamais été irésenté que sur un théâtre de société. — M. Cui a publié, 1S9S, une Etude sur la romance russe (en russe]. '2) M. Mily Aleiéiewitoh Balakirew est né A Nijni-Kovorod le 2 janvier 1837.

I, le meilleur de sa première éducation musiun homme fort distingué, Alexandre OuHbi- , diplomate qui avaitservi son pajs avec hon- [out en cultivant l'art d'une Façon sérieuse et à on doit, sur Mozart et sur Beethoven, deux :^es importants dont on peut discuter l'esprit, qui n'en sont pas moins dig^nes d'intérêt et ntioD. Oulibichew, après avoir pris sa retraite, 1 fixé dans ses terres, à Nijni-Novogorod, ville î deM. Balakirew, et c'est là qu'à son retour université de Kazan, où il était allé faire ses s, celui-ci mit à profit ses leçons et sesconseils. t indépendant et vif, peu enclin à la servitude ectuelle, M. Balakirew ne conserva sans doute ts relations que ce qui se rapportait au c&té ique de l'art et non à son esthétique, sans que pût inQuer sur son tempérament propre et !s idées personnelles qui devaient, par la suite, tériser les théories très arrêtées, très entières, il allait se faire le révélateur, le propagateur et Fenseur obstiné. 11 n'avait guère plus de vingt trsqu'il se rendit à Saint-Pétersbourg, où il se }onr se livrer entièrement à l'étude sérieuse de isique. C'est alorsqu'il connut Glinka, qui lui Lgna de la sympathie. C'est alors aussi qu'il nençaàselier intimement avec M, César Cul e, de leur étude des questions d'art, de l'é* ^e de vues qui se fit quotidiennement entre eux iujet, résulta cet ensemble de doctrines et de ipes singulièrement intransigeants que l'un et

l'autre s'efforcirentbientôt de répandre autour d'eux, autant par l'exemple que parla persuasion.

M. Balakirew était doué d'ailleurs d'une énergie et d'uDe activité remarquables. Devenu pianistefort habile, il organisait en 1862, à Saint-Péters bourg, des concerta destinés à faire connaître les œuvres des membres du cénacle et qu'il dirigeait en personne. En même temps il étudiait avec ardeur l'art populaire national, dont il prenait k tâche de s'assimiler l'espritet le caractère, et publiait en 1866 un recueil excellent de quarante mélodies et chansons populaires. Un peu plus tard la Société musicale russe, reconnaissant ses rares qualités de chef d'orchestre, lui confiait la direction de ses concerts, et enfin M. Balakircw devenait bientdt directeur des chantres de la chapelle impériale {!).

Avec toutcela,M.BBlakirew apeu produit comme compositeur, et voici, mesemble-t-il,à peu près tout son bag^ag:e sous ce rapport : une symphonie ; trois ouvertures sur des thèmes russe et tchèques ; ouverture sur un thème martial espagnol ; Thamar, poème sjmphonique, inspiré par une poésie deLermontow; La Russie, poème sjmphonique; musique (ouverture, marche et quatre entr'actes) pour le Roi Lear, tragédie de Shakespeare ; Islamey, fantaisie orientale pour piano ; plus, quelques mazurkas, un

(1) Il ad6, depuis quelques années, pourraisoD de santé, renoncer à ce dernier emploi. M. Balakirew, atteint d'une sorte de monomanie religieuse el devenu misauthrope, est brouillé aujourd'hui, dit-oD, avec ses amis et ses aJleples d'autrefois, MM. Cui, Rimskj-Eorsakow el autres.

178 ljL musique en russib

recueil de morceaux de piano à quatre mains et une vinjjj^laine de romances dont on vante l'accent personnel. Et c'est tout. On' voit que la fécondité n'est pas la qualité dominante de M. Balakirew, et l'on remarquera qu'il n'a touché au théâtre que d'une fa^on secondaire et par à côté, avec sa musique du Roi Lear, qui d'ailleurs ne manque pas d'intérêt. Il avait pourlantcommencé la composition d'un opéra intitulé ('Oiseau d'or, mais, j'ignore pour quelle raison, cet ouvrage a été abandonné par lui. En France nous ne pouvons g'uère juger le talent de M. Balakirew comme compositeur, car il n'est guère connu chez nous que par son poème symphonique de Thamar, au sujet duquel les avis sont très partagés, les uns l'exaltant outre mesure, tandis que d'autres le déniffrent peut-être plus que de raison ; ce qui est certain toutefois, c'est que l'exécution dans nos grands concerts de cette œuvre fort discutée n'a produit qu'un effet à peu près négatif.

Arrangeur habile, M. Balakirewa donné debonnes réductions pour le piano de la Jota Aragonesa de Glinka, de la Fuite en Egypte e( d'Harold en Italie de Berlioz (cette dernière à quatre mains), ainsi que d'un quatuor de Beethoven (à deux pianos), En ce qui concerne son recueil fort intéressant de chansons populaires, son ami M. César Cui, qui le considère volontiers comme le premier musicien russe (ce qui peut paraître excessif lorsqu'on songe à Rubinstcin, à Tschaïkowsky et à M. Rimsky-Korsatow), l'analyse et l'apprécie en ces termes : « Le

recueil deBalakirew estextrémement remarquable ; de tous ceux qui existent, c'est sans contredit le meilleur. 11 ne contient que quarante chansons, mais toutes sont choisies avec le plus g;rand tact, très correctement notées et harmonisées avec beaucoup d'art. L'accompagnement au piano conserve d'un bout à l'autre son caractère essentiellement national ; il est d'une grande variété et s'adapte on De peut mieux aux différentes mélodies du recueil, de façon que chacune de ces chansons, prise séparément, constitue à elle seule, dans son petit cadre, une véritable œuvre d'art. Cette façon de traiter la mélodie nationale a trouvé des imitateurs, parmi lesquels il faut citer Proukoudioe et surtout Rimsky-Korsakow, dont un recueil de cent chansons populaires vient de paraître à Pétersbourg (1). »

Passons à Borodine qui, nous l'avons vu, était

(1) Comme indicatioD, je note ici le jagement d'ensemble que porte M. Cui sur 1o talent et la personoalité musicale de son ami Balakirew : — o Musicien de premier ordre, juge inexorable pour ses propres compositions, connaissant à fond tonte la liltéralure musicale, tant ancienne que moderne, Balakirew est surtout symphoniste. En Tait de musique vocale il n'a écrit qu'une vingtaine de romances, qui se distinguent par des mélodies limpides et larges, par des accompagnement^ élégants, souvent par la passion et l'entratnement. Le lyrisme y domine. Ce sont dee élans du cceur, exprimés par une musique délicieuse. Comme forme, les romances de Balakirew sont le trait d'union entre celle de Glioka et de Dargomijsky et celles des compositeurs qui vont suivre >>. Il ne me semble pas cepoudant, malgré l'estime qui s'attache au Dom de H. Balakirew, que cet artiste occupe en Bussie une situation musicale en rapport avec de tels éloges. Peut-être me trompé-je.

est à ce moment que Borodice t s'essajer au ihéAtre, daas des s assea originales. Etienne Gu

de l'Opéra russe, qui était un e distinf^ué, avaitécrit le livret < astique intitulé Mlada, qui <i

mise en scâne somptueuse ; iter cet ouvrage et désirait en v lique par les quatre champioiiE e, MM. Borodine, César Cui, iskj-Korsakow. Ceux-ci en trërei vues et se chargèrent chacun d'u

iisimo. L'auteur emploie sans dont ■étion, par commisération pour l'an, e soit par uu sentiment da honte, basse des choses qu'on n'ose pas c as ses couvres, ou dirait d'ailleurs qu luditeur un désagrément quelconqi romances, Dinaonance, parait être s Durs introduire quelque part une leurs, et il arrive parfois, comme .

I D'y ait pour ainsi dire pas autre (:h it, dans son quatuor, il semble a aideront l'abondance de ses cacopb ', pour sa défense, Mon chant ea ne pensée passa trop vite et n'abou ne dernier il édita chez Bessel trois sont infestées du même poison. 11 s non moins indiscutable, que cet e iique ne soit pas sans talent ; car, ces maladives et informes dont ses •.a, on ; rencontre parfois des hari àse. 11 se peut, après tout, que la t 9 le laid soit contraire & son instinct ruitamer d'une éducation artistique iielque chose de vrai sans doute dan la peut tenir néanmoins pour eices!

leM. MiDkousdevaîtécrîre toute la musique proprement dite (1) . Ils se mireal h l'œuvre, dis qu'ils travaillaient l'entreprise de Guéwmbrait, le théâtre changeait de mains, et 1 ne fut plus question de Mlada. L'un d'eux , M. Rimsky-Koraakow, ne perdit pas de jet, car, comme on le verra plus loin, il te liseul et fît représenter uneJtffadaen 1892.

il y a d'assez singulier, c'est qu'après la Borodine, qui dans l'œuvre collective s'était u quatrième acte et en avait tracé le finale chestrer, le même M. Rirasky-Korsakow 3in de terminer et d'orchestrer ce finale, xécuter et publier ainsi.

! tout, Borodine se scntaitattiré vers le théili le prouve, c'est qu'après son essai avorté tncée du Tsar, après cette déconvenue de 1 songea presque aussitAt, tout en écrivant ide symphonie (en si mineur), œuvre remarbeaucoup d'égards, très vivante et très à mettre décidément sur le chantier un it opéra, c'était le Prince Igor, qu'il devait

laJt que H. Minkous avait écrit à Paris la musique ou l'Amour vengé, bailet représenta il l'Opéra, la Stii, et, conjointement avec Léo Délibâs, celle de , reprËsenlée au mêrne tbè&tra le lï novembre retour en Russie, M. Minkous j était devenu insarchestre daJis les thé&lres impériaux de Hoscou, B71, avait été nommé compositeur de la musique s & l'Opéra russe, fonctions laissées vacantes par le Cesare.Pugni. On lui doit aJust plusieurs ouce genre, entre autres le Lyi et Calcaàrino.

souhaiterait à sa passion pour l'art. ~ siteur recherchant l'incog'nito, dit-i), pour avouer mon activité musicale. ( prend. Pour les autres, c'est l'affaire pr cupation, le but de la vie. Pour moi c un passe-temps qui me distrait de mon cipale, le professorat. Cui D'est pas un moi. J'aime ma profession et ma se l'Académie et mes élèves. Mon ensei sente un caractère pratique, et par a prend beaucoup de temps. Je dois e rapports fréquents avec les étudiant, diantes (1), parce que la jeunesse doi de près dans ses travaux. J'ai à cœur l'Académie. Si, d'une part, je désire I vre, d'autre part je crains de m'en oci siddment et de jeter un mauvais re&e

vaux scientifiques t

Pour en revenir au désaccord qm entre les idées de Borodine et celles touchant le caractère à donnera la mi tique, j'ai recours encore à sa correa lui-même le constate : — a II faut rem qu'au point de vue dramatique j'ai ti désaccord avec un ^rand nombre. Le

(1) Borodine fut un des plus ardents pari sion dss feminas à l'eiiaeignemeiit supérie fonda, avec le proreeseur Rudniew et Mm l'Ecole de médecine pour femmes à Saint-P^ où il enseigna la chimie à partir de lB7i et d< de s'occuper activement jusqu'i b& mort.

ni dans ma oature ni dans mon caractère. Bieaq dire de certains connaisseurs je ne le manie pas mal, je suis plutôt attiré par la mélodie et la ca Une. Je suis de plus en plus entraîné vers les foi finies et concrètes. » Ceci est clair et s'écarte com tement des doctrines préconisées par M. César Aussi, la partition du /"rince Igor, loin d'être çue dans la forme du Convive de Pierre de Dai mijskj, si vantée par ce dernier, est-elle divisé morceaux bien déterminés : airs, cavalines, di trios, etc. ; ce qui, d'ailleurs, ne lui enlève, pas qu'à la Vie pour le Tsar, son caractère netteme incontestablement national.

Il est cependant difficile d'apprécier exacten par cet ouvrage, le talent de Borodine en tant musicien dramatique, et cela parce que la parti du Prince Igor était loin d'être achevée Ion mourut l'auteur et que, je l'ai dit, elle dutétrt maniée et terminée par M. Rimskj-Korsakow, se fil aider dans ce travail par son excellent é M. Glazounow, l'espoir le plus brillant aujourd de la jeune école musicale russe. Borodine n'i écrit complètement que le proloj^ue et les deux miers actes ; à l'aide de ses esquisses M. Rim Korsakow dut remanier en partie le deuxième et écrireentiérementle quatrième, tandis que M. zounow instrumentait l'ouverture et tout le sième, j compris la très belle Marche polovtsl qui ouvre celui-ci. Toutefois on peut signale fort belles pages dans ce qui appartient en pro;

iW3 LA MUSIQUE EN RUSSJ^

Borodioe, entre autres la délicieuse cavatiae de Vladimir, un duo d'un caractère tendre et passionné et plusieurs chœurs bien venus: celui des jeunes filles polovtsiennes, qui est plein d'éjéyance, un chœur de paysans sans accompagnement, et un troisième : Deêcehds des deux bleus, tout à fait exquis. Mais dans ce que nous connaissons en France par l'andilion, il faut surtout tirer de pair les airs de ballet avec chœur dont le tour estsi curieux et le caractère orientais! remarquable. Ils sont charmants, ces airs de ballet, pleins de couleur, d'éclat et de mouvement, avec une rare orif^inalité dans les idées émises et dans les rythmes employés. Et quel orchestre chatoyant, brillant, pittoresque, dans lequel lecomposileur fait jouer à la batterie un râle sing'ulièrement. important ! Avec les timbales, en effet, on entend là, tour à tour ou tout à la fois, le tambour, la grosse caisse, les cymbales, le triangle, le tambour de basque : il n'y a pas i dire, tout le monde est de la fête, une fête et une orgie de sonorité vraiment délicieuse, car tout cela est employé avec une habileté el un tact exquis.

Il est certain qu'il y a dans la musique du Prince /(^or une couleur nationale très prononcée, et c'est ce qui, malgré les défauts du poème, a maintenu l'ouvrage au répertoire, — car on en a fait récemment encore une reprise brillante à Saint-Pétersbourg. C'est aussi sans doute ce qui faisait dire à Borodine lui-même : « Le Prince Igor est essentiellement un opéra national, qui ne peut avoir d'inté-

rit que pour nous autres Russes, qu retremper ootre patriotisme aux source!

notre histoire et à voir revivre, sur la su gines de notre nationalité (1). »

Les airs de ballet que j'ai sig'ualés s nous prouver l'habileté avec laquell< maniait l'orchestre. Cette habileté se rel la très curieuse « esquisse symphonique il a donné ce titre : Dans les steppes de traie. On recoanatl ici le penchant des ce russes pour la musique à programme, i qu'ils tiennent de Liszt et de Berlioz, lei favoris, et qui, après avoir été partagé [ tein et Tschaîkowsk^, se retrouve aujou MM. Rimskj-Korsakow, Glazounow, autres. Elle est très originale dans sa mélancolique d'accent, très intéressant de vue de l'orchestre, cette composition ment poétiquesi pénétrant et si intense, pi Borodine s'était tracé lui-même ce prog « Dans le silence des steppes sablonneu) centrale retentit le premier refrain d'u paisible russe. On entend aussi les sons

(i) Il ; avait trois ans que Borodine était m lieu à Saint-Pétersbourg, ea covembre 1890 roprésentotioD du Prince Igor. L'ouvrage ava prêtes H"' Olguina et Slawlna. HH. Helniliot Ougrinowitch et Slravinsky. M, Belaiew, l'édil Pétorsbourg, a publié une partition du Prince langues ; russe, allemande et franjaise. La tr mande est due & H"' Aleiandrew, 1^ version de Jules Ruelle.

i90 LA. MUSIQUE EN RUSSIE

ques des chants de TOrient, on entend le pas des chevaux et des chameaux qui s'approchent. Une caravane escortée par des soldats russes traverse rimmense désert, continue son long voyage sans crainte, s*abandonnant avec confiance à la garde de la force guerrière russe. La caravane s'avance toujours. Les chants des Russes et ceux des indigènes se confondent dans la même harmonie; leurs refrains se font entendre dans le désert et finissent par se perdre dans le lointain (1). »

Borodine tient, en réalité, une place assez importante dans l'histoire de la musique russe contemporaine. Sans exagérer sa valeur, on peut dire qu'il donne une note personnelle, et surtout caractéristique de son pays et de sa race. C'est un musicien un peu compliqué, un peu tourmenté, un harmoniste raffiné, subtil, et surtout audacieux, qui ne craint pas (pas assez, parfois) d'effaroucher les oreilles de ses auditeurs, un contre-pointiste fort habile et un élégant manieur d'orchestre. Ce qui lui manque, c'est le calme dans la force, c'est l'unité de conception, c'est surtout le sentiment de la simplicité parfois nécessaire. A celles de ses œuvres que j'ai signalées il faut joindre deux quatuors pour instruments' à cordes, en la et en ré (le nottumo qui forme le

(1) Cette composition avait été destinée^ dans le principe, à une représentation de tableaux vivants qui devait avoir lieu au théâtre de Saint-Pétersbourg, à l'occasion du 25^ anniversaire de l'empereur Alexandre II. Il s'agissait d'évoquer successivement une série d'épisodes de l'histoire de la Russie.

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troisième morceau de ce dernier est charmant et d'une allure vrai ment originale), une troisièmesymphonie, restée inachevée (qui a été terminée par M. Glazounow), un Scherzo pour orchestre, une Sérénade de quatre galants à une dame, quatuor comique pour quatre voix d'hommes (paroles etmusique), un septuor pour chant et piano, une Petite Suite pour piano et différents morceaux de chant (1).

Si l'on peut vanter l'habileté musicale de Boro- , dine, on n'en saurait dire autant de Moussorgsky, artiste étrange, incomplet, à l'éducation insuffisante et tronquée, maladroit par ignorance dans sa fa;on de rendre et de traduire ses idées, mais doué d'une faculté mélodique singulièrement savoureuse, profondément originale et d'un caractère parfois saisissant (2). Il étudia pourtant la musique dès son enfance, et fut confié de bonne heure à un pianiste

(1) La mort àe Borodine fut presque tragique. Od était au dernier jour du carnaval de 1B87. Il avait réuni chez lui, dans une soirée, de nombreux amis, auiguels il faisait avec gr&ce les honneurs de sa maison. Empressé, souriant et plein de galle, il ne se fit pas prier pour prendre pari aux danses, il chanta même et fît entendre à ses invités des fragmenta de sa troisième sjmphonie, exécutés par luimême BU piano. Puis, comme il avait entamé une conversation très animée, on le vit tout k coup p&lir, chanceler et tomber i. la renverse avant qu'on eût eu le temps de la retenir. On s'empreasa aussitôt autour de lui, on le relava... il était mort 1

(a) Modeste Petrovitch Moussorgsky, né à Karevo, dans le gouvernemeut de Pskov, le S8 mars 1830, est mort te SS mars 1881, précisément le jour où il accomplissait sa quaraote-deuTième année.

nommé Herke, qui, dit-on, était un excellent professeur ; mais l'indépendance de son caractère et la versatilité de son esprit rempèchèrent sans doute de se plier à la discipline et aux règ'les sévères d'un art qui veut être respecté lorsqu'on prétend l'exercer d'une façon sérieuse. Et il est trop facile de veir que Moussorg^sky avait le mépris le plus complet de ces règ-les et de cette discipline.

L'existence de Moussorg-sky, tuée par l'ivresse et les excès, est celle d'un bohème pour qui les passions et l'esprit d'indépendance poussé jusqu'à la sauvag'erie ne connaissent pas de frein. Admis, dès l'âge de treize ans, à l'ancienne École militaire des porteenseignes de Saint-Pétersbourg, il en sort officiera dix-sept ans, et, ne pouvant s'astreindre à l'exacte régularité de la vie militaire, donne sa démission au bout d'une année. N'étant point riche pourtant, il lui fallait vivre. Après avoir maladroitement gaspillé quelques années, avoir vécu tantôt à la campagne, tantôt chez sa mère, tantôt avec son frère et sa belle-sœur, il se livra d'abord à d'insipides travaux de traduction, puis enfin accepta un emploi au département du génie civil. Cela ne dura pas longtemps, et en 1868 il résignait ses fonctions. La misère le reprit cependant, et bien qu'il n'eût point laissé d'excellents souvenirs dans l'administration, il y rentra, cette fois au département des forêts, qui dépend du ministère des domaines, d'où, toujours changeant, toujours difficile à satisfaire, il passa au département du contrôle, après quoi, disant

LA HUSigUE EN RUSSIE

enâa adieu à tout emploi, il doana sa dér pour entreprendre, en 1879, avec une cantatr distinguée, Mi'e Léonova, une g^rande tourné tique dans la Russie méridionale et en Orien déjà la santé de Moussorpsky était minée misère, la maladie etiesexcès, etcethomme éi doué d'une vive intelligence et d'un réel seii de l'art, mourait en pleine jeunesse, avant d'atteindre le seuil de sa quarante-troisième Il va sans dire qu'au cours de cette existe n ci tureuse et décousue, Moussorgsky ne cessa de s'occuper de musique. De bonne heure il par l'effet du hasard, rencontré avecBorodin retrouva un peu plus tard avec lui, et ainsi i devint membre du petit cénacle dont MM.

Balaklrew avaient été les promoteurs. Mais ( celui-là qu'on peut dire qu'il fut toujours ui pendant. S'il occupe, ainsi qu'on l'a fait eni une place à pari, isolée, parmi les musiciens de son temps, s'il échappe à toutes les infli s'il déploie toutes les audaces, cen'estpas seu parce qu'il avait un tempérament artistiqu particulier, mais aussi, mais surtout, parc resté volontairement ig'norant des principes d de l'orthographe même du métier, il se pern comme sans y penser, les licences les plus étoc et traduisait sa pensée telle qu'elle se présenta se soucier de lui donner une forme quelcom y a vraiment, sous ce rapport, une analog'ie fra entre les productions de Moussorgsky et ce

nos prétendus poètes décadents, avec cette différence pourtant qu'on ne peut nier les superbes éclairs d'inspiration du musicien russe, et que ses chants, tout bizarres, tout difformes même qu'on les peut trouver, ont souvent en eux une force d'expression et un accent dramatique dont nul ne saurait méconnaître l'intensité. Il y aurait injustice à prétendre que celui-là parlait pour ne rien dire ; malheureusement, il se contentait trop souvent de balbutier.

En réalité, Moussorgskj n'était pas un musicien ; c'était, comme certains l'ont dit de Berlioz, mais à un de|$;-ré diantrement plus accentué, un poète qui se servait d'éléments musicaux, et pour lui ces éléments étaient singulièrement restreints. Son éducation était à ce point incomplète qu'il ne savait même pas tirer d'une idée le parti qu'elle comportait, donner même un plan à une simple mélodie vocale. Ses romances ne sont pas écrites, elles n'ont aueun développement rationnel, et la plupart du temps elles finissent à peine commencées, brusquement, tournant court et sans que l'on sache pourquoi. Voyez le Dit de Vinnocent, la Prière de Venfant, Dans le coin. Sans soleil, Chanson d'enfant, d'autres encore. Avec cela, des idées musicales d'une saveur étrange, d'une poésie souvent exquise et d'un sentiment dramatique d'une étonnante profondeur ; de vrais cris de l'âme, d'une intensité parfois tragique et toujours émouvants (1).

(1) Je parlais de V « indépendance » de Moussorgsky, ainsi que de la difficulté qu'il éprouvait à traduire sa pensée,

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Quant à sa musique de piauo, qu'en dire? Est-ce bien là de la musique, et peut-on lui donner ce nom ? Je prends son recueil de Tableaux d'une exposition, et je cherche à comprendre, sans pouvoir y parvenir. Cela n'a ni sens ni couleur, ni forme ni contour, on peut dire ni queue ni lële. Volontairement pasde plan, pa^ de conduite, des noies inscrites successivement et comme elles venaient, au cours d'une improvisation folle, sans aucune idée d'ensemble ou de cohésion. Ce sont là, non pas même des ébauches, mais des divag'ations bizarres, qu'aucun musicien digne de ce nom n'oserait livrei; au public. Je ne sais ce que pourront penser de moi, en lisant ces lignes, les admiraleurs quand même deMoussorgskj(il paraît qu'il ena!),mais jedi^clare que ceci est en dehors de toute espèce de conditions artistiques, qu'en un mot ça n'existe pas.

Que si l'on m'objectait que Moussorgsky a pourtant écrit des œuvres importantes, qu'il s'est même attaqué au théâtre, je dirais qu'il ne s'en est pas très

ce qui ramenait i. des bizarreries étranges. Je prends le numéro 1 de aes Seéaeg d'enfanU: dans les cinquante -trois mesures que comporte ce morceau, on trouve vingt-sept chaDgetnents de mesure, camprenaat des mesures à quatre temps, à 7/4, à 3/4, à 5/4. h 6/4, etc. Quel sens rythmique veul-on que cela puisse avoir, quelle ligure musicale cela peul-il donner ? Et à ce seul point de vue du rythme, Mous- Borgsky ne savait même pas écrire logiquement et correctement. Par eiemple, pour une mesure i 6/*, quin'est qu'un élargissement de la mesure k 6/8, je trouve, à la quaraotequalriëme 'mesure de ce même morceau : une noire, un soupir, une demi-pause (!) et une blanche. On dirait une mesure h 3/!. C'est plein d'incorrections de ce geiire.

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ivé, et qu'il n'a réussi d'ailleurs à se readre le que lorsque d'autres ODt pris la peine de sa musique et de la mettre, comme on dit, I pieds >. C'est ce qu'a fait, entre autres, ky-Korsakow. Ce n'est pas le tout, en effet, oir de l'inspiration, et j'ai ditque Moussor- D manquait pas, mais .encore taut-il savoir ir. Or, pour une œuvre compliquée et de ialeine, il ne suffit pas de tirer de son cerilques jolies mélodies, même quelques cris ou puissante et émue; il faut savoir coor- :t présenter ses idées, les habiller, leur donitief et la fig'ure nécessaires. On a beau jeu A mépris et la raillerie sur la critique, comme ïu sujet de Moussor^sky, un biog;raphe ente de celui-ci. M, Pierre d'Alheim, qui n'a E d'invectives pour ceuz auxquels il ne codis de s'agenouiller, comme lui, devant le » du compositeur, el qui excuse ainsi ses : « Sans s'attacher, dit-il, à g^randir les d'expression, Moussorgsky cherchait simà traduire les cris de l'âme qui frappaient lie ou sonnaient en lui. Certes, il foula les is fatalement, aous la pesée de la pen- * C'est bientôt dit. Mais encore, pour fouler d'une langue de façon & se le faire pardonfois même k se faire admirer, il faut préciles connaître, et connaître cette langue dont

iltaorgaky, par Pibhhb o'Alheih, Paris, \ 896, in-li.

LA HusrguE EN RUSSIE ' 197

oD veut se servir. C'est ce qu'ont fait les artistes immortels, les Rameau, les Beethoven, les RossiDi,les Wagner. Quant à Moussorgskj, il ne connaissait pas la lanj^ue musicale, et lorsqu'il a péché ce n'est point par génie, c'est par ignorance. Si vous voulez faire des vers sans savoir ni l'orthographe, ni la syntaxe, ni la métrique, quelque poésie que vous avez dans l'âme vous ne parviendrez, au point de vue littéraire, qu'à faire des monstres. C'est là, au point de vue musical, le cas de Moussorgsky, qui ne connaissait ni l'orthographe ni la syntaxe, et qui, par conséquent, ne pouvait produire que des œuvres informes et incomplâles. J'avais écrit à ce sujet à un de mes amis de Saint-Pétersbourg, en lui disant ce que je pensais de ce compositeur, à mon sens trop illettré. Il me répondit : « Ce que vous me dites de Moussorgsky eston ne peut plus juste, et c'est pourquoi il est méconnaissable dans ses œuvres posthumes, guiont été corrij/eesei remaméesparM. Rimsky- Korsakow, très fort au point de vue de la forme. Il en est ainsi de ses chœurs, de la Nuit au Mont- Chauve, de la Khavantschina. Rimsky vient de refaire aussi le Boris Godounow de Moussorgsky, et cette refonte doit être représentée cet hiver par une société d'amateurs. (L'ouvrage a été, en effet, ainsi représenté en décembre 1896). Certains ont parlé du caractère populaire de la musique de ce compositeur. Quiconque voit les choses de près sait cependant que pas une idée musicale de Moussorgsky n'a passé ni ne peut passer dans le peuple, que quand

les idées de cet artiste s'élucident et acquièrent quelque saveur, c'est de la muse populaire elle-même, ou de l'inspiration si éminemment nationale de Glinka qu'elles procèdent. Tout le reste est difforme et bizarre, à moins que M. Rimsky-Korsakow ne l'ait purifié et remanié. »

Moussorgsky était sans doute bien doué, et il eût pu faire parler de lui s'il avait consenti à travailler et à se familiariser avec la pratique de son art. L'intérêt que ne cessa de lui porter M. Rimsky-Korsakow ne pouvait évidemment s'adresser à une intelligence ordinaire, et l'on sait d'ailleurs que Moussorgsky avait Tâme d'un poète. Mais il se figurait trop que l'imagination suffit à un poète, et à une confiance aveugle en lui-même il joignait un trop grand mépris du savoir et de ceux qui ont pris la peine de l'acquérir (1).

(1) Pour preuve, ces paroles que lui attribue son biographe M. Pierre d'Alheim, qui croit peut-ôlre rendre service à la mémoire de Moussorgsky en dévoilant ainsi le sens critique de son héros. Il s'agit do la Danse macabre de M. Saint-

Saëns : — « Que fait M. Saint-Saëns ? Il décroche une

petite miniature et la met dans un cadre énorme. Il prend de toutes petites pensées et les noie dans un gouffre instrumental. Il appelle cela : Danse macabre. Il a pu comparer Toppressant et angoisseux Dies irœ de Liszt à cette miniature sentimentale, M. Saint-Saëns t Ce n'est pas « de la musique », des mots, de la palette, du ciseau qu'il nous faut — non, allez au diable, farceurs, beaux parleurs et tutti quanti — mais donnez-nous des idées vivantes, tenez *aux gens des discours vivants, quel que soit le sujet que vous traitiez 1 Vous ne tromperez personne avec vos jolis sons ; vous avez l'importance d'une jolie femme qui sait présenter gentiment des cornets de bonbons à un ami. Vous qui régnez sur l'orchestre, M. Saint-Saêns, vous ne produisez que trios, quar»

J'ai prouvé, par un esemple, qu'il ue savait mËme pas le solfège; il serait aussi facile de prouver qu'il ne savait pas davantage t'harmouie. Et si l'on croyait que j'exagère en parlant ainsi, on n'aurait qu'à s'adresser à M, César Cui, qui n'était certes point payé pour se montrer sévère à l'égard d'un des membres delà « coterie. » Voici pourtant comment M. Cui s'fisprimait sur le compte de RÎoussorgskj, alors que celui-ci vivait encore : — « Cette nature si largement douée semble par moments, si singulier que cela paraisse à dire, ne pas être abso- Imnent musicale, ou bien ne pas appartenir à la catégorie des seusitifs en musique. Il y a, en effet, de 1res grandes lacunes à constater chez lui, à côté de nombreuses et belles qualités. Les formes symphoniques sont tout à fait étrangères à M. Moussorgsky ; travailler ou développer des situations musicales n'est guère son fait; samodulation est par trop libre, et on dirait, par moments, qu'elle ne procède que du pur hasard ; il ne sait pas mettre la continuité voulue dans le tracé des parties d'une mélodie harmonisée, et ces parties prennent souvent, sous sa plume, des aspects impossibles, eontrenature, produisant des harmonies qui s'en vont à vau-l'eau et

lelti. quintelti, eti;., qui relèvent tous M rsrilhmélique! M. Salnt-Sïgns, un novateur I De toute la moelle de mon cerveau je le reaie; de toute la Torce des ballementa de mon cœur je le repousse I Un encadreur de minialureaj qu'avonsnous à eu Taire? a Inutile d'insister, [1 serait trop cruel d'établir un pirallêle entre la personnalité musicale de Moussorgsk; et celle de M. Saint-Saéns, entre l'auteur de Boris Godounoa et l'auteur de Satnson et Dalilal

' -.Ts^ïWBFnraj

urelês intolérables. Le sens critique et l'instinct ;au ne se révèlent pas toujours à son entende-

; son talent revêt le caractère d'une étonnante igerie, impatiente de tout frein. Et pourtant ces impétueux écarts, toutes ces irruptions démnées sont d'un jet plantureux, d'une sève g^éise, et constituent à M. Moussorgfskj- une phyimie parfaitement individuelle et originale. » Il npossible de constater plus nettement l'ignoi d'un artiste.

réalité, la musique de Moussorgsky ne deveïossible que lorsqu'une main amie et expériée avait pris la peine de la revoir et de la leusement corriger. En 1866 il écrivit une comion symphonique intitulée Une nuit sur le 'Chauve, qui ne fut exécutée à Sainl-Pélers- ^ qu'en 1886, cinq ans après sa mort, alors que Rimsky-Korsakow l'avait réorchestrée. C'est le même temps qu'il s'occupa de son premier ige dramatique, Boris Godounow, opéra en actes, dont le sujet lui avait été suf^g'éré par mi le professeur Nikolskj, d'après une tragédie mschkine, et dont il écrivit le poème et lamusiil avait commencé d'abord uaeSalammhô qu'il eva pas et dont il fit entrer les morceaux dans ioris Godounow). Cet ouvrage, représenté le •ierl874au théâtre Marie, de Saint-Pétersbourg, int aucun succès. Il en produisit un second, ■antchina, en cinq actes et six tableaux, dont Aussi le poème et la musique, mais que la

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mort lui ât laisser inachevé ; celui-ci fut termiDé et orchestré encore par M. Rimskj-Korsakow. Quelques représentations particulières en furent données, ea février 1886, par le Cercle musical et dramatique de Sa int-Péters bourg ; on le joua ensuite à Kiew en octobre 1892, puis, en octobre 1893, sur un théâtre privé de Saint-Pétersbourg. (J'en ai entendu, au piano, quelques morceaux qui sont absolament informes.) Une composition sjmphonique intitulée Intermezzo n'a pu être exécutée que sur une réorchestration de M. Rimskj-Korsakow — toujours! On connaît encore de laila Défaite de Hennachérib , chœur avec orchestre ; deus Chœurs hébraïques ; Scènes d'enfanls, recueil de sept mélodies ; Tableaux d'une Exposition, dix pièces pour piano ; quelques morceaux détachés de piano ; enfin, un grand nombre de mélodies, sur paroles de Pouschkine, Goethe, Henri Heine, Nékrasow, Chevtchenko, A. Tolstoï, Koltsow, Meï, Golénistchew-KoutousoW et de Moussorgsky lui-même. J'ai dit le caractère poétique, dramatique et parfois saisissant de quelquesMines de ces mélodies ; il en est, paratl-il, d'autre part, qui revêtent ud étonnant sentiment comique. Enfin, Moussorgsky avait esquissé la musique d'uo acte de Mlada, l'opéra collectif dont il a été parlé au sujet de Borodine, ell'on assure qu'il avait entrepris aussi de mettre en musique la Marieuse de Gogol. . Nous arrivons à l'artiste le plus en vue du petit groupe des réformateurs, en même temps qu'à celui dontla notoriété estindiscutablement la plus grande

epuis )a disparition si reg^rettable de ; de Tschalkowsky. Je veux parler de forsaliow, qui représente aujourd'hui

dans ce qu'elle a de plus élevé et de ment original (1). Musicien laborieux is fécond peut-être que largement ins- >ué d'heureuses facultés et pourvu d'une lolide, M. Rimslty Korsakow, qui s'est

tous les genres : musique dramatique, musique instrumentale, chant seul ou avait cependant, comme plusieurs de , étudié d'abord la musique qu'en amaaprès avoir fait ses preuves comme offile que, tout jeune encore, il renonça k i pour se livrer sans réserve à ses goûtjs

croire que, comme je le disais, M.

sakow avait acquis, même, dans ces me instruction musicale solide, puisqu'il vingt-sept ans seulement lorsque, en it chargé d'une classe de composition et lation au Conservatoire de Saint-Péters- I jeune que tous les membres du petit était entré le dernier, et, naturellement, abord l'influence dé MM. Balakirew et :e qu'il est facile de reconnaître dans ses :euvres dramatiques. Toutefois, son pérament musical le mit à l'abri de cerr

Ad

Lj^ UUSigUK EN RUSSIE 203

taines exagérations, et, d'autre part, son iatime conDaissance de la musique populaire et l'emploi qu'il eu a fait d'une façon, très heureuse dans ses compositions de divers genres lui ont donné une incontestable originalité. Et puis, il faut le constater, il arriva un jnoment où M. Rimskj-Korsakow, se sentant mattre de lui-même et se laissant tout naturellement entraîner par sa belle nature artistique, finit par marcher droit devant lui sans plus s'inquiéter des principes de ses bons amis du cénacle, ces principes que Borodine, nous l'avons vu, n'avait lui-même acceptés que jusqu'à un certain point. Il en résulta, comme on pense, un assez notable changement dans la manière du compositeur, et un de ses compatriotes m'a rapporté de lui, à ce sujet, un mot caractéristique. C'était lors delà représentation d'un des opéras récents de M. Rimsky- Korsakow, dont la musique se faisait particulièrement remarquer par la grâce et la sincérité de son sentiment mélodique. Comme le fait était un peu nouveau chez lui et que quelqu'un lui eu exprimait un certain étonnement: — «Ah! s' écria -t -il, c'est que j'en ai assez, du récitatif.et que je n'en puis plus t n Et du coup, voilà M. Cui enterré avec son système. On peut parodier, à son égard, le mot fameux de la Favorite : — Il rest? seul.... avec son récitatif mélodique.

Dès 1873 M. Rimsky-Korsakow abordait le théâtre avec un opéra en quatre actes, la Pskovitaine (la native de Pskow), dont le sujet était em-

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prunté à un drame du poète Meï, et qui fut représenté au théâtre Marie, de Saint-Pétersbourg (1). Dans ce premier ouvrage M. Rimsky-Korsakow commença à employer, non sans ingéniosité, plusieurs thèmes populaires russes (entre autres, au premier tableau, une délicieuse mélodie du district d'Arzamos, qui forme le numéro 27 du recueil de chants populaires de M. Balakirew). Par ailleurs^ l'inspiration du compositeur paraissait un peu courte dans la partition de la Pskovitaine, le récitatif en était un peu sec, et on lui reprochait certaines harmonies dont Taudace allait pour Toreille juqu'à la cruauté. L'ouvrage obtint seize représentations, à la suite desquelles il disparut complètement du répertoire. On le revit pourtant, au mois d'avril 1895, au théâtre Panaïew^, où un cercle artistique, la « Société pétersbourgeoise de réunions musicales, » eut l'idée de le faire représenter. L'auteur, pour cette circonstance, avait remanié sa partition, en Taméliorant d'une façon notable.

Huit années se passent sans que M. Rimskj-Korsakow reparaisse de nouveau à la scène. D'autres travaux l'occupent alors, dont j'aurai à parler plus loin. Entre autres il écrit, à l'occasion d'un concours ouvert par la Société impériale russe de mu-

(1) A remarquer que rannée précédente M. Rimskj-Korsakowj qui s'est toujours signalé par son habileté à manier l'orchestre, avait donné une première preuve de cette habileté en instrumentant la partition du Convive de Pierre, l'opéra laissé inachevé par Dargomijsky, qui était représenté au théâtre Marie le 28 février 1872.

piç*'!*^'

j sique, un quatuor pour instruments à cordes

I lui vaut une mention honorable, et il publi<

\ excellent recueil de 100 chansons populaires ruf

i recueillies et harmonisées par lui. Puis, le 20

I vier 1880, il donne au théâtre Marie son sec

opéra, la Nuit de Mai, en trois actes, dont le s

se mi- fantastique', semi-comique, était tiré d'un c

très populaire de Nicolas Gogol, Ici le composi

i donnait une note nouvelle, la note huiuorisliqi

gaie, el la veine mélodique était plus abondan

■. plus franche que dans la Pskovitaine. Le prei

I acte 4c la Nuit de Mai était plein de g^râce e

mélancolie, tandis que le second se distinguait

sa fantaisie et sa verve comique; le troisième i

sans doute de qualité inférieure, trop long d'aille

i et ne faisait guère remarquer qu'une fort jolie

iceuse ; néanmoins, l'ouvrage en son cnsembh bien accueilli, fort bien joué qu'il était surtout , M'"«'Bitcbourine,Slawioa,Wielinskaïa,etMM.S

' vinskj-, Lodi, Ende, Melnikow et Sobolew. La 1

de Mai a été reprise, non sans succès, sur la s( i du théâtre Michel, au mois d'octobre 1894,

I Deux années seulement séparent la Nuit de

d'un autre ouvrage qui est peut-être le meilleui compositeur, Snégourotchka {la Fille de nei opéra fantastique en quatre actes et un proloj écrit sur un poème d'Ostrowsky, et qui fut re sente en 1882 (1). Le sujet féerique et légendair

t déjà traité ce

lui-ci, où l'humour cAtoie incessamment la poésie, ait bien de nature à exciter l'inspiratioD du c }siteur, dont la partition, œuvre exquise, à la fois ndre etr^lorée, est tout empreinte de fraîcheur et une grAce juvénile, avec un sentiment national es prononcé; œuvre profondément orig'inale, par

forme, par le caractère de son inspiration, par m sens poétique délicieux et ce qu'on pourrait ap- ;ler son pittoresque local. Considérée dans son en- ;mble, la partition de ISnégourotckka est d'un ■arme en quelque sorte enivrant ; on n'y saurait iprendre que certains développements parfofc un !U excessifs, ce qui est le défaut assez ordinaire de luteur — et, disons-le en passant, tic presque tous s musiciens russes. Mais il y a là nombre demor- aux et d'épisodes particulièrement bien venus, qui imposent à l'attention et à la sympathie, tels que

scène franchement amusante du roi Bércndei, lie, si délicieuse, de Snégourotchka et de sa mère I bord du lac, l'adorable et savoureuse chanson I berg'erLel (dont lerôle entier est charmant, ainsi le celui de la Fille de nei^e), après quoi il fau- ■ait citer encore l'étoonant finale du premier acte, prélude du second, voire le troisième tout entier. ftverie, couleur, poésie, passion, humour, cettft usique enferme et provoque tous les sentiments. i qui n'empêche que le musicien, en tant que mucien proprement dit, n'oublie pas un instant son le. Au charme de son inspiration, à la fi^râce et à saveur de ses mélodies, il ajoute la science d'un

harmoniste souventplein il'împrévuetde neuves et'le talent d'un manieur d'orchestre qui joue e joue de tous les instruments avec une incompare habilelé. — Une remarque à faire. A l'encontre principes rigides du cénacle, et pour la premi fois, M. Rimskj-Korsakow a répudié complètem le système de la continuité absolue du discours i sical : la partition de Snégourotchka est constn tout entière en morceaux séparés, reliés entre par des récitatifs, selon la forme de l'opéra d

La partition de Mlada a pevt être plus d'ample Mlada est cet opéra-ballet féerique en quatre ac dont Etienne Guédéonow avait tracé le livret et q avait eu l'idée de faire mettre en musique par q tre compositeurs. On se rappelle que ce projet r vait pu être réalisé. Finalement, M. Rimskj-Kor kowencomposala musique entièrement,et l'ouvr fut représenté au mois de novembre 1892. Le su essehti elle m eut national etdenaturehistorico-lég daire, évoquai tune époque antérieureàl'introduct du christianisme danslespays slaves et faisait revi les mœurs des anciens slaves baltiques. L'ceuvre compliquée, mais d'un intérêt musical très intet et elle a des parties charmantes, particulièrem des chœurs délicieux et de jolis airs de ballet, modulation^ est traitée d'une main matiresse. L' semble est très poétique, d'un joli caractère et d"; heureuse couleur, et le jet mélodique est plein » légance. L'oric^inalité du fond se joint à l'ong^ina

de la forme. Pour ma part, j.*ai lu cette partition avec un plaisir très vif, et c'est avec regret que "je dois constater le succès à peu près nul qui Ta accueillie à la scène.

Nous trouvons ensuite un opéra fantastique en quatre actes et neuf tableaux, la Nuit de Noël, qui a été représenté au théâtre Marie le 10 décembre 1895. Cette fois le compositeur avait écrit lui-môme son livret^ en s'inspirant d*un conte très populaire de Nicolas Gogol, la Veille de Noël, qui avait déjà donné naissance à trois autres opéras : l'un, Vakoul le Forgeron^ de Tschaïkowsky, joué au môme théâtre le 6 décembre 1876 ; un autre, de M. Soloview, qui avait été donné avec un certain succès sur un théâtre privé; et un troisième, en dialecte petit-russien, dû à M. Lissenko, qui acquit une sorte de popularité à Kiew^ et à Kharkovv^,et dont la musique a été appliquée par des troupes petites-russiennes à une féerie empruntée aussi au fameux comte de Gogol et qu'elles ont jouée avec succès, pendant plusieurs années, à Saint-Pétersbourg môme. La partition de la Nuit de Noël est, dit-on, l'une des plus distinguées qu'ait écrites M. Ri msky-Korsakow ; elle n'est pas, comme ses autres œuvres, entachée des longueurs qui parfois leur portent préjudice, mais elle manque d'élan et de spontanéité dans son caractère mélodique. Les idées y sont courtes, manquent souvent du développement nécessaire, et pour vouloir, cette fois, en revenant aux principes fâcheux que nous connaissons, s'écarter trop résolument des

formes traditionnelles de l'opéça et s'applique Irëve à la contiouité du dialogue musical, le ci siteur a, par instants, alourdi et empâté son i plus qu'il ne faudrait. Par exemple toute la sjmphonique, qui se rapporte au côté fantai du sujet, y est traitée de main de maître et ofl caractère séduisant et plein d'originalité. En d de cela, plusieurs morceaux sont d'ailleurs à i 1er, notamment deux jolies romances de téi deux cavatines de soprano, dont l'une est emp d'un sentiment de mélancolie touchante. La de Noël, qui avait pour interprètes M"*' Mri Kamensky et Younossova, MM. Yerschow, vinsky.Koriakine.OugrinowitchetTchouprÏDn a été très favorablement accueillie par le publ Après la Nuit de Noël, représentée à Saint-P bourg, M. Rimsky-Korsakow donna au théâti périal de Moscou deux ouvrages^i m portants :ji de Nowgorod (6 janvier 1898), opéra-légenc sept tableaux, et le Conte du Roi Sultan (1 vembre 1900), dont le sujet était tiré d'un f de Pouschkine, qui en a tant fourni aux mus ses compatriotes. Celui-ci paraît avoir été ace sans enthousiasme, mais, au contraire, le suce premier a été considérable, non seulement à M mais aussi à Saint-Pétersbourg, où il a été mi scène en 1901, Plus considérable encore et très tané a été le succès de la Fiancée du Tsar, opt trois actes et quatre tableaux dont M. Rimskj sakow a écrit la musique sur un poème très f

]ue de Mer et qui 9 fait son apparition triomphale

1 oovembre J901, au théâtre Marie de Sainl-Pérsbourg, où il était joué par M<°'' Adélaïde Bolska, awina, Nosilowa et Gladkara, MM. Morskoï, Ya- )wlew, Serebriakow, Krantscbenk etAntonowskj. ans cet ouvrage, quidepuis lors fait le tour de tous s théâtres russes, le compositeur, abandonnant en lelque sorte, comme dans Snégourotchka, sa forme ibituelle, s'est considérablement rapproché de celle t l'opéra occidental, sans rcDoncer, bien entendu, 1 vrai slyle mélodique national. « On dirait, m'éivait-on de Russie, un ouvrage posthume de Glini. " Quelques-uns lui reprochent cependant une rtaine lourdeur produite par l'excès des déveloptments, et par conséquent des longueurs qui ne mt pas sans porter préjudice à l'ensemble et au sle équilibre de l'œuvre. Depuis lors, M. Rimskjorsakow s'est encore présenté trois fois à la scène. 'abord avec un petit opéra en un acte intitulé Mozart

Salieri, écrit sur le texte intégral d'un poème de juschkine relatif à un prétendu empoisonnement i l'auteur de Don Juan, qui a été joué en 1902, à 1 spectacle 3e la cour sur le théâtre de l'Ermitage reproduit ensuite sur diverses scènes particulières; est une petite partition très fin?, très soignée, qui valu un vif succès non seulement à l'auteur, mais issi à son principal interprète, l'excellente basse . Schaliapine. Il n'en a pas été de même de Seriia, opéra en cinq actes, dont, au contraire, la LUte parattavoir été complète au théâtre du Oonser-

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vatoire de Saiot-Pétershourg (décembre 1& fois, malheureusement, lecompositeurélail dans les erremenis chersau cénacle et en p à M. César Cui ; sa partition, écrite entier récitatifs, était d'une digestion trop dif public n'a pu la supporter. Ajoulons qui n'avait pas été peut-être sans dérouter u public. Ecartant cette fois les données n dont il s'était jusqu'alors toujours inspiré, . ky-Korsakow avait choisi, pour thème de ouvrage, un épisode sombre de l'histoire ( cutions religieuses sous Néron. Il revintaux populaires russes avec un dernier opéra l'Immortel Katschscitey, qu'il donna à Mo le théâtre Solodovnickow, en janvier 1903.

Mais le théâtre, malgré la fécondité don preuve, est loin d'absorberloute l'activité de ky-Korsakow, et l'artiste ne lui doit peut>e meilleure partie de la notoriété qui s'all justement à sod nom. C'est qu'il me sei M. Rimskj-Korsakowesl avant tout unsjm et que c'est à ses productions instrument doit surtout, en son pays, le plus clair de si renommée. Son bag'age est extrême ment coi sous ce rapport, aussi bien au point de vue d que de l'importance des œuvres. Il a écri trois symphonies, dont la troisième (en u 1886, et dont la seconde, qui porte un titi lier, 4>i(aï*, manifeste surtout cette préocci pittoresque qui paraît inhérente au talent

e de fabrique du compositeur. C'est là de la ue pittoresque nu premier chef, mais aussi de ;ique fort intéressante. Daus Sadko, ce talent umentation est poussé, peut-OQ dire, jusqu'au rsme ; il j a là encore une véritable org'ie de lés, souvent curieuses, parfois étrange, un s bizarre d'iostruments d'uue étonnante inten- : couleur; cela n'a pas toujours de charme, et e, par instants, désirerait un peu de calme et )os ; on regrette aussi certaines recherches ives d'harmonie, et surtout un désir trop appavraiment agaçant de toujours surprendre et er l'auditeur. Il semble que cela 3oit fait, ; on dit chez nous,« pour épater le bourgeois». ': tout il y a tant de verve, tant de chaleur, ^lan dans cette musique endiablée, qu'on en omme ébloui et qu'on admire la surprenante le d'un artiste capable de provoquer de telles sioBs et de produire de tels effets. ■oit qu'en tout cela le côté caractéristique de sique russe, avec sa couleur et sa saveur si ellement personnelles, tient une grande place es préoccupations du compositeur, gui re- 1 elfortifîe son inspiration aux véritables sourpulaires, presque inépuisables en son pays.

e part, et à le juger en dehors du théâtre, on ire que M. Rimskj-Korsakow, comme la t des artistes ses compatriotes, a subi beauan point de vue un pea chimérique de la Dce pittoresque de la musique, l'iafluence de

Liszt et de Berlioz, qui mène fatalement aux excès de rinstrumentation. Ces artistes veulent sans doute demander à la musique plus qu'elle ne peut donner, et, volontairement, prétendent confondre un peu l'art des sons avec l'art des couleurs.

Je crois, comme je l'ai dit, que c'est surtout à ses compositions symphoniques, genre où il est passé maître, que M. Rimsky-Korsakow doit le grand renom qu'il s'est acquis auprès de ses compatriotes. C'est qu'en efiFetces compositions sont d'un caractère vraiment neuf et plein d'intérêt en dépit de certains défauts et de certains excès, et qu'elles portent bien la marque et l'empreinte du tempérament national. Pour ce qui est de la musique spéciale de piano, il en a peu écrit : une Suite {Valse, Intermezzo^ Scherzo, Nocturne, Prélude et Fugue sur le thème B-A-C-H)(4) ; quatre Morceaux {Impromptu, NoveU lette, Scherzino, Etude); trois Morceaux (Vatee, Romance, Fugue) ; six Fugues. Mais ce qu'il faut signaler surtout parce que c'est très beau, très mâle, dans la juste mesure, sans développements inutiles et superflus, intéressant au point de vue du dessin adopté dès l'abord et qui est travaillé jusqu'à la fin avec beaucoup d'habileté, c'est le superbe concerto en ut dièze mineur, dédié à la mémoire de Liszt, et qui est digne de ce noble souvenir. C'est là une oeuvre de premier ordre, d'une belle ordonnance et

ÉB A c H t- ^^^^ ^ ^^ selon la nomenclature

d'une conception supérieure, et qui fait le plus grand honneur à M. Rimskv-Korsakow.

Ce ne sont pas encore là les seules compositions de M. Rimsky-Korsakow, dont la fécondité n'est pas le moindre mérite, cette fécondité, véritable apanage des forts, que M. César Cui blâmait si amèrement chez Rubinstein et chez Tschaïkowsky, et dont — avec raison d'ailleurs — il félicite son compagnon et son ami. M. Rimsky-Korsakow a encore écrit un assez grand nombre de romances et mélodies d'un accent très personnel ; une cantate, Switezianka,po\ir soprano et ténor, chœur et orchestre ; plusieurs chœurs a cappellapour voix d'hommes ou pourvoir de femmes ; d'autres chœurs, pour voix mixtes^ avec accompagnement d'orchestre ou de piano ; enfin une sérénade pour violoncelle avec piano, et une Fantaisie de concert pour violon et orchestre sur des thèmes russes. Dans la plupart de ses œuvres, quel qu'en fût le g'enre, M. Rimsky-Korsakow^ a mis larg'ement à contribution la mine si riche des chants populaires et des mélodies nationales, qu'il connais* sait mieux que personne pour en avoir recueilli luimême un grand nombre, et dont l'abondante variété est presque inépuisable. Et lorsqu'il ne les employait pas directement, il s'inspirait si bien de leur accent, s'imprégnaitsi profondément de leur couleur, que sa musique en prenait une saveur swi generis^ un caractère vraiment original et tout à fait particulier. Sous ce rapport il a suivi les traditions de Glinka et est entré vigoureusement dans le sillon creusé par lui

En fait, depuis la mort des deux grands artistes, ses aînés, que la Russie pleure encore, on peut dire de M. Rimsky-Korsakow qu'il se trouve viftuellement à la tête du mouvement musical de son pays, et cela non seulement à cause du nombre et de la valeur de ses travaux, mais aussi par le fait de son enseignement et de la haute situation qu'il occupe comme professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, où il a fêté en 1896 le vingt-cinquième anniversaire de son entrée en fonctions, H a, durant ce quart de siècle, formé un grand nombre d'élèves, dont quelques-uns, comme MM. Glazouno'w, Arensky, Wihtol, Grétchaninow, etc., ont déjà fait parler d'euK(l).

C'est aussi, maintenant que j'ai fait connaître, autant qu'il était en moi, ceux qu'on peut appeler les fondateurs et les premiers chefs de l'école musicale russe, ceux qui, par leurs travaux, par leurs écrits, par leurs exagérations même, ont appelé sur elle l'attention et lui ont donné son importance, c'est de leurs élèves et de leurs successeurs que je vais m'occuper pour terminer ce travail, en essayant de

(1) Auprès du nom de son mari, je ne veuï ptts oublier de signaler celui de Mm" Rimsky-Korsakow (née Na,dej[la- Nicolftievna Pourgold). Eicellenlemusicienne elle-même, en sa jeunesse élève de Dargoniijskj auquel elle dut une instruction sérieuse, M"* Riinsky-Koraakow s'est produit comme compositeur avec une sonate pour piano et une Fantaisie pour orchestre sur le sujet d'un conte de Nicolas Go«ol, la Nuit de la Saint-Jean. On connaît d'elle aussi quelques transcriptions d'orcheslre pour piano & quatre

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