Essai historique sur la République de SanMarino. Par AugerSaintHippolyte
CjEfOuvragedevait paraître neuf mois plus IÔt; mais des chagiins domestiques, la maladie et la mort prématurée d'une mère tendre en ont retardé la publication. A cette époque M. de Chateaubriant n'avait pas fait publiquement sa franche et énergique profession de foi.
C'était beaucoup que de défendre la liberté au nom de la religion , avant qu'une plume éloquente eût tracé ces paroles qui se gravent dans tous les cœurs : La religion chrétienne est une religion de liberté : c'est la mienne. Mais il est aussi bien flatteur d'avoir eu un rapport de pensée avec l'illustre auteur du Génie du Christianisme; et c'est appuyé sur son opinion, que nous livrons au public le fruit de nos travaux avec plus d'assurance.
La république de San-Marino est essentiellement liée à l'établissement de la
religion chrétienne; elle n'eut pendant long-tems d'autres mœurs, d'autres rites que ceux de l'Eglise primitive; la morale évangéliqueestla base sur laquelle repose son gouvernement. Nous n'avons pas cru devoir, pour écrire son histoire, nous éloigner de l'esprit dont il fut toujours animé.
Nous avons respecté des doctrines que toute saine philosophie doit respecter; et ce respect est d'autant plus fondé, que ces doctrines sont l'objet de notre admiration.
D'un côté , il nous suffisait de rappeler ce qu'avait été la religion chrétienne dans son origine: une lumière , une réforme , une délivrance, pour faire naître des réflexions sur ce qu'elle est devenue sous les papes : une nuit sombre , une source de superstitions , un véritable esclavage.
C'était encore être- utile, c'était payer notre dette à la société. Nous prions le lecteur dene point oublier l'acception de nos mots ; en parlant de la religion , nous entendons la liberté morale par laquelle
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le christianisme s'est établi; en parlant de la liberté, nous ne croyons jamais être hors du principe fondamental de la religion.
D'un autré côté , et toujours au nom delà loi sacrée, nous avons appelé à notre aide tous les raisonnemens de la philosophie et de l'expérience pour combattre les préjugés delà politiqueet pour montrer les déceptions de la gloire. La gloire des princes coûte si cher aux peuples ! Nous pensons que notre siècle est assez sage pour n'être plus dupe du merveilleux qui masque les fers. Quand on est arrivé à dire que la morale du Christ doit être la seule vraie religion , on doit comprendre que , pour un prince , la seule vraie gloire est d'être juste ; que , pour un peuple, Tunique bonheur est d'être libre et indépendant de toute influence étrangère.
La république de San-Marino n'est rien dans la balance des na tions ; ses ambassadeurs ne brillent pas dans les Cours
européennes; les agens d'une politique inquiète et soupçonneuse ne s'occupent pas d'elle da ns les congrès ; el le est heureuse , elle est tranquille , et cette existence est le problème que chaque lecteur est appeléà résoudre. Puisse notre travail, quelqu'i m parfait qu'il soit , servir aux méditations de nos hommes d'état stationnâmes, et leur faire comprendre que lorsqu'on veut que rien ne change, il faut au moins que la situation soit supportable !
Prévenons le lecteur qu'il ne doit pas s'attendre à trouver danscetEssailestyle et Tordre que des écrivains célèbres ont consacrés à l'Histoire. Le peuple que nous avons entrepris de faire connaître étant une exception remarquable au système de l'Europe entière, nous avons pensé qu'on nous pardonnerait de n'avoir suivi aucune règle pour écrire son apologie. On doit comprendre aussi que n'ayant pas de personnages à peindre, nous n'avons pu en tirer des consé-
q uences. Da ns les mon arch ies , 1 e en r a et èr» du prince influe sur l'esprit, les mœurs et le moral de la nation: maïs à San- Marinb on doit voir le peuple dans les moindres choses ; et pour une république qui place son bonheur à rester petite et vertueuse, les changement n'adviennent que par le cours insensible des choses, et jamais par le choc des révolutions. ,
DE SAIV-MARMO.