‹ Essai historique sur la République de SanMarino. Par AugerSaintHippolyteChapitre 13 sur 13 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Dn gouvernement poliliquc de la république île San- Marino.

Nous avons voulu faire précéder l'examen auquel nous allons nous livrer sur la constitution titanique et ses formes administratives , des Mémoires relatifs aux siècles qui les ont consolidées. Nous avons dit que pour porter un jugement saïn sur le gouvernement politique d'une nation, il fallait connaître l'histoire physique et morale du peuple qui la compose. Si nous n'avons pas toujours trouvé les citoyens de la petite république à la même hauteur de vertu et de prospérité, du moins nous ne les avons jamais vus accepter volontairement l'esclavage : ce mot seul suffisait pour leur rendre l'énergie quand elle les avait abandonnes, et pour les engager à prendre les résolutions les plus sages. C'est un titre de gloire dont aucune autre nation ne peut se prévaloir. Le joua de Rome fut toujours repousse'; le pape ne clsa pas d'être, pour Sau-Mariuo, le chef de l'Eglise, m:iis son influence et son

pouvoir se bornèrent aux choses spirituelles,

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même lorsque la république eut passé sous sa protection immédiate. Le destin de ce qui est juste et vrai, est de résister aux orages, aux ■vicissitudes ^auxquels l'humanité est exposée; celui de ce qui est illégal, est de tomber tôt ou lard sous son propre poids. . . . *

jNous eussions préféré sans doute qu'une nation puissante par la circonscription de son territoire, par le nombre de ses habitans, par ses sciences, par ses arts, autant que par ses vertus, donnât l'exemple de la force constitutive qu'une petite famille isolée présente aux esprits méditatifs; mais il est à croire que tout ce qui attire les regards par les attributs du pouvoir n'est pas destiné à servir de modèle , ou du moins semble s'écarter du vrai chemin et de tout ce qui garantit une gloire durable. La philosophie, c'est-à-dire la sagesse, s'est de tous les tems cachée sous un extérieur simple et modeste : dans les sociétés, ce n'est qu'eu des rangs obscurs qu'on peut rencontrer lé bonheur fondé sur la vertu. 11 en est de même parmi les nations.

II importe donc que la république de Sau-Mai i'io n'ait pas été ballotéc par les révolutions des siècles, autant qu'il importe peu qu'elle n'ait pas bi îilé par des arts inutiles. La preuve qu'un gouvernement est sage, n'existe pas dans sa puissance mais dans sa durée. Où trouvons-nous un

gouvernement qui puisse compter quinze siècles «l'existence? Mais cette existence de la république (le San-Marino est moins une conséquence de son obscurité qu'un résultat de la sagesse île ses institutions et de la vertu des citoyens qui consistait à les respecter. Aussi maintenant que l'univers a vieilli sous le joug des ambitieux , qu'il est fatigué de ses fers, il sent le besoin de se reposer au sein de la seule vraie 'gloire, la liberté. Oui, l'univers appelle cette vertu politique qui doit enfin le gouverner, et qui s'était réfugiée sur le Titan , lorsque Constantin, au nom du Christ, organisait,^ nouvel esclavage du monde. Désormais la magie des noms jadis illustrés ne survivra plus à la puissance décime ; les peuples endormis dans la crainte se réveilleront pour leur sécurité : la politique a ses Luther; désormais plus de ville reine, plus de provinces esclaves, plus d'ilotes : les hommes sont égaux et libres, leurs talens seuls font les distinctions.

Parmi les rapporte comparatifs entre les Etats, celui de la circonscription du territoire est le premier qui frappe les regards du plus grand nombre ; appliqué à la république de San-Marino, il n'en peut résulter qu'un parallèle dérisoire. Mais aujourd'hui que nous avons une foi politique comme on eut de tout tems une foi

religieuse, nous pensons qu'un corps organisé doit son prix plus à son caractère moral et à ses principes qu'à des proportions géométriques.

Tout ce qui dérive d'une foi s'établit par la conviction, sans le secours de la force, seulement à l'aide du tems. On a cru jusqu'ici , comme nous l'avons déjà dit, que la condition, si avantageuse pour un pays, d'être gouverné démocratiquement, np pouvait exister que pour les petites agrégations sociales, parce que les élémens s'y trouvant plus semblables, les affinités jilus concentrées, l'homme politique y vivait, selon sa destination humaine , plus près de toute perfection relative. Ce préjugé était sans doute fondé, lorsque l'ignorance et l'asservissement abrutissaient les nations et empêchaient l'homme de se livrer à ses dispositions natives; on pouvait alors croire que, dans un petit Etat, l'unité étant plus étroite et mieux reconnue, les forces divergentes et excentriques, ainsi que tout principe funeste au corps politique, ne pouvaient que difficilement ; s'y introduire et s'y maintenir. Mais à. présent que la civilisation a nivelé les rangs, que l'éducation a éclairé les esprits, que l'idéologie «st une science répandue, il ne d^oit plus y avoir de préjugé contre le meilleur système de gouvernement : les masses réclament la plus grande part de bonlieur possible , comme naguères quelques individus

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La république lie San-Marino dont nous avons donné les Mémoires, n'est pas le rêve d'un esprit malade ainsi qu'on l'a répété de Vutop.e de Haton , mais un modèle que quinze siècles d'expérience appuient , un exemple à suivre sur l'échelle de proportion européenne.

Nous avons dit, d'après l'opinion de Montesquieu, que le climat a son influence sur la morale et la politique d'un peuple ; Scipion Cliiaramonti , avant notre célèbre jurisconsulte, avait commencé à tirer des observations relatives a l'esprit des peuples, de la situation physique du pays qu'ils habitent ; il avait senti l'importance de faire une géographie physico-morale, ainsi qu'il était facile d'en faire une physico-médicale. La république de San-Marino, voisine Je Césène, sa patrie , est le premier exemple qu'il cite à l'appui de son système, comme un phénomène naturel, résultat heureux de l'influence d'une température modérée relativement à la hauteur du Titan , à son exposition et à la violence des vents qui y régnent ; les esprits s'y trouvant dans une sphère favorable au développement de la sensibilité morale , il en conclut que cette influence atmosphérique entretient les San-Marinois dans l'état de choses qui s'accorde le plus avec la destinée de

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l'homme (*). Nous ne prétendons pas nier cette vérité : depuis Cliiaramonti les progrès de la chimie-pneumatique, ses rapports avec la physiologie, et les rapports de cette dernière science avec l'idéologie, ont démontré que le perfectionnement physique de l'homme doit précéder son perfectionnement moral : mais quelque certaine que soit cette démonstration, nous pensons qu'une répartition égale de l'éducation, basée sur des principes moraux et philosophiques, doit agir plus vivement, plus solidement que l'influence atmosphérique , quoique l'exemple de la Suisse vienne appuyer le système de Cliiaramonti. L'àpreté adoucie du climat rend les hommes plus sains, plus vigoureux; cependant

(*} Non procul a nabis abest oppidum Divi Marini, in edito mante position, quod totu/n palet Auttro t nihilborgœ

moratus popuius , qui inler polentiores et cupidùl pri/iclpatus servant et serval nunc qitoque libertatem : nempe ■caliilitas venti et . situi frigiditatem loci tempérât , et ad justam, mediocritatern adducit.

On lit de pins en mHrge,à L'iudication :

Oppidum Divi Marini conservât Uhertaùm mille et tvr-

De eonj ec tandis cujusqnc moriiiua , et latitanibus annni affretibus, semriolicpe moralis , seu de signis, Scipidmis Clibihobti. Lib. ti , cap. v.

c au )

combien de nations vivent dans des pays tempérés, qui sont énervées par des institutions vicieuses , par la corruption calculée du despotisme, malgré les efforts de la civilisation!....

Pour mûrir sagement notre opinion , nous avons cherché à connaître la morale des peuples; mais quoiqu'elle ne soit pas susceptible d'une mesure exacte, d'un examen précis, nousavons pu la juger par les effets, par les principes qui la déterminent, et nous avons vu ! 'amour de la conservation des formes politiques toujours coexister avec elle. Cette heureuse conséquence ou cet enchaînement, s'il n'est pas le produit direct de la vertu en action, est du moins celui de l'absence des vices qui caractérise la morale des peuples, comme le premier rapport appartient plus spécialement à celle des individus. Ainsi, dans un gouvernement où par la forme constitutive et administrative, les charges publiques, c'est-à-dire l'exercice du pouvoir, est regardé plutôt comme un devoir onéreux que comme un moyen de satisfaire les caprices du bon plaisir et les jouissances des superfluités, les passions du cœur humain germent difficilement : l'arbitraire, l'orgueil, l'ambition, la cupidité sont des noms ignorés des peuples si bien constitués, ht partout où de telles pnssions n ont pas leur foyer dam la loi fondamentale , partout où l'égalité des

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droits forme la base (le là justice naturelle et de l'intérêt commun, les ambitieux corrupteurs de la raison publique ou du patriotisme ne peuvent surgir et troubler l'Etat.

r(ous croyons qu'il n'est pas inutile de rappeler ici la formation primitive et nécessah e de la société dans ce qu'on regarde comme l'enfance du monde. Nous la trouvons presque uniforme dans les souvenirs des plus antiques traditions qui nous sont parvenues sous le voile des fables poétiques, et qui nous donnent une idée du principe primordial de l'espèce. La description qu'Homère nous a laissée des cyclopes est la peinture la plus vraie de l'état de tous les peuples avant que les familles n'eussent compris le besoin de se réunir dans quelque simple aggrégation. Alors, d'un côté , les hommes doués de forces supérieures corporelles et intellectuelles ne tardèrent pas à abuser de leurs avantages , et forgèrent cet embrion de monarchie mixte que nous voyons dans les traditions les plus reculées. D'un autre côté, les pères de famille devinrent des chefs civils , se convoquèrent, se réunirent pour veiller au bien commun, formèrent aussi le premier sénat, le seul qui fût selon la nature : telle fut la double origine des monarchies etdes représentations démocratiques.

Dans les révolutions successives et inévitables

des feins , ces premières institutions s'altérèrent ; la monarchie dégénéra en aristocratie absolue, et la démocratie avec un ou plusieurs chefe ou sans chefs , fut aussi plus ou moins infectée' dè venin aristocratique, quels qu'aient été les premiers pas des sociétés naissantes et le notimrfi des individus qui les composèrent. Mais après l'expérience des siècles, les populations, dans leurs accrois s cm en s ^ogressifs , voyant que sous la forme des gouveruemens mixtes la force se trouvait trop concentrée dans le corps aristocratique , c'est-à-dire que les chefs étaient individuellement faibles et le peuple nul, les extrêmes se réunirent dans un intérêt commun pour établir des proportions plus justes ët un meilleur état de choses, on abolit lé pouvoir aristocratique : Thésée vainqueur duminotaure est un symbole de ceu* réforme, qui, selon lé docte Ignaia, ne signifie que la chute du monstre de l'aristocratie ; aussi Thésée fut mis au rang des dieux par la reconnaissance publique. Peutêtre le9 prodigieux travaux de l'Hercule grec et des Hercules 1 ''' de tous les pays cachent-ils sous un sens emblématique les opérations des réformateurs des peuples ou des premières sociétés mal organisées ; et en employant des moyens plus doux, c'est-à-dire plus analogues à l'état moral des sociétés, l'éloquence et la conviction,

Orphée et Amphion , par leurs travaux non moins extraordinaires, nous semblent également être des allégories de la réformation successive des âges. Solon améliora l'œuvre de Thésée ; Aristide l'acheva. Yoici les premiers perfeclïonnemens du monde civilisé.

Marinus fut l' Amphion , l'Orphée du Titan :

il sut réunir autour de lui , par l'harmonie de ses vertus, des compagnons qui, guidés par le sentiment et par l'exemple de la justice, donnèrent l'exemple de l'égalité des droits et de l'intérêt commun, De l'uniformité de volontés il résulte , pour une aggrégation , une base égale et uniforme. Ainsi les compagnons de Marinus s'éloignant des troubles politiques et des guerres inhérentes à l'empire romain , formèrent le gouvernement des pères de famille purifié de tout germe ^aristocratique ; et, satisfaits de tirer de leurs rochfs arides les moyens naturels et artificiels de subsister, ils transmirent jusqu'à nos jours la forme de gouvernement la plus pure , et sans contredit la plus ancienne.

Matteo Valli, le premier qui ait écrit sur le gouvernement politique du Titan , témoigne naïvement, dans sa relation historique que nous avons déjà citée , l'embarras où d se trouve pour caractériser par un seul nom la forme du gouvernement de San-Marioo. Ainsi que lui , nous

éprouvons aujourd'hui le même embarras, tant le langage îles sciences intellectuelles est imparfaite! limité : il devient en effet difficile , dans la nomenclature politique, d'exprimer les nouvelles combinaisons variées de l'esprit humain ; les mots tirés du grec, et dont nous nous servons communément, ne les représentent pas exactement ; ils n'ont plus la même valeur, n'offrent plus les mêmes idées.

Le mot démocratie ne signifie autre chose que la force ou le pouvoir du peuple. Cependant en l'appliquant à la nature et à la forme d'un gouvernement, on l'a traduit généralement par gouvernement populaire ou état populaire : de là l'effroi qu'il inspire à tous ceux qui oublient que le pouvoir et la force résident essentiellement dans le peuple, et que la dénomination de démocratie peut convenir à tous les Etats.

Le mot aristocratie veut dire littéralement le pouvoir des très- bon s ; mais le peuple, à son tour, a horreur de ce pouvoir; il ne connaît rien de pire que ces privilèges héréditaires au nom desquels on le tyrannise.

La confusion des idées s'accroît encore si l'on veut se rendre compte de la dénomination de gouvernement mixte donnée dans la pénurie d'expressions justes et bien appropriées à ces différais gouvernemens, composés d'élémens hétérogènes , qui favorisèrent les monstres politiques ao

qu'on vit paraître sur la scène du monde : leur destruction prouve évidemment qu'ils n'appartenaient point au type le plus en harmonie avec la nature humaine, type qui peut seul donner Heu aux modes d'associations civilesque la philosophie appelle gouvernemens humains, c'est-à-dire les systèmes qu'on doit considérer comme les plus naturels dans leurs rapports avec le peuple , comme l'accord le plus parfait entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, et parmi lesquels il faut remarquer la monarchie dans la démocratie,

La république de San-Marîno ne saurait être une aristocratie quoique le pouvoir soit confié aux très-bons; là , aucune ctasse, aucune condition de l'entière population n'est exclue de l'éligibilité; les nobles sont sans privilège, et le me'rite et la vertu sont préférés au rang : les hommes de mérite, les hommes vertueux sont seuls les trèsbons de toute société.

On ne saurait appeler olygarchîe un gouvernement où les riches n'ont aucune influence. Ce n'est pas non plus un Etat populaire puisque le prince, représenté par le conseil , se trouve à la tête du gouvernement ; mais ce conseil est élu librement par le peuple , son pouvoir émane du peuple ; et la volonté générale du peuple étant ainsi établie de la manière la plus naturelle et la plus convenable, l'Etat doit être appelé démocratie dans la

plus noble acception du mot, ou, si l'on veut , isonomie , c'est-à-dire égalité de droits.

A San-Marino, l'autel de la justice fut élevé à côté de celui de la liberté. Les lois furent toujours, selon les besoins et les circonstances, en rapport avec la sobriété et la simplicité caractéristiques de la société. Cette législation permanente était, sans nul doute, préférable à l'immutabilité du code Justinien qu'on adoptait dans les autres Etats avec ses rapports surnaturels, théologiques et liturgiques. La démocratie pure, simple et mixte de ia république de San-Marino, quoique datant presque de l'antiquité, se trouve toujours à la hauteur de notre civilisation , tandis, que la république de Venise, si elle existait encore, serait l'effroi de tous les peuples, parce qu'elle était aristocratique et oligarchique.

Dans les premiers siècles de la congrégation de Marïnus, nous avons vu le gouvernement domestique et l'autorité des pères de famille suffire à l'ordre et au maintien de la société naissante; mais lorsque, par les effets de cette heureuse association, la société devint féconde et prospère, lorsque les individus se furent multipliés au point de former une population trop forte pour être régie par l'autorité des pères de la patrie , l'an ingo ou le peuple, dans la crainte que la confusion n'amenât la tyrannie populaire , et que les ignorans ne ao.

l'emportassent sur les sages, confia, d'un commun consentement, son autorité suprême à un conseil de soixante membres, qui ne reconnaissait d'autre supériorité que celle de Dieu : ce conseil représente encore aujourd'hui le prince, c'est-à-dire la volonté unanime de tous. Cette espèce de sénat naturel établit la plus loyale et la plus vraie représentation démocratique ou nationale. Et c'est ainsi que sans loi positive écrite, mais en suivant la marche naturelle des choses et leurs perfectionnemens successifs, cette population parvint, sans s'en douter, à former une constitution démocrati-isonomique, digne des plus beaux âges de l'antiquité.

Après avoir ainsi établi la volonté générale par le plus grand nombre de suffrages, l'Etat ou le peuple san-marïnois, pour mettre cette volonté en action, et pour la faire exécuter, essaya des moyens qui semblèrent les plus propres à cet effet; moyens qui, après avoir été adoptés et prescrits, fixèrent par la suite les formes -organiques de l'exécution de la volonté publique, et combinèrent les limites distinctes des pouvoirs législatif et exécutif, c'est-à-dire la condition la plus importante des constitutions républicaines. En effet, le nombre des individus exerçant ces pouvoirs, le mode de leur élection , la durée de leur ministère , l'extension de leur au-

torité, les qualités nécessaires pour être élu, les exceptions, la responsabilité, tout est de la plus grande importance pour la conservation des institutions et de !a forme d'un gouvernement qui convient et qu'on veut maintenir.

Sans nous livrer à l'examen détaillé de tous les articles relatifs aux formes organiques,. et sans entreprendre des dissertations politiques hors de propos , nous pensons que les San-Marinois, soit par L'effet de leur propre raison ou de leur expérience, soit par les exemples de l'antiquité, repoussant l'unité si périlleuse danslegouvernement d'un peuple libre, choisirent le nombre binaire, plus convenable au maintien de l'équilibre , se prêtant plus à l'accomplissement des attributions et des devoirs de leur magistrature primaire. Quant au nom dont les magistrats furent décorés, comme nous n'avons pas à ce sujet des documens antérieurs au siècle pendant lequel l'Italie sortant du sommeil de l'ignorance fut réorganisée par l'enthousiasme républicain, nous ne pouvons donner la dénomination primitive de la magistrature du uni virale : les titres de consuls, de défenseurs, de recteurs, ont devance celui de capitaine, qui est encore ch usage de nos jours, sans que rien changeât dans l'ordre naturel de la constitution, ainsi que nous l'avons fait voir.

Le système d'élection fut, sans doute, à cette

époque reculée, le même que dans les siècles suivans , une méthode combinée d'après les règles de la raison. Tous les citoyens, sans distinction, avaient part à l'administration , nul n'étant exclus de l'éligibilité. Les candidats à la magistrature se présentaient au peuple assemblé ; les sis citoyens qui avaient obtenu le plus grand nombre de suffrages étaient accouplés deux à deux par la voie du sort , mais de façon qu'il y eût toujours dans chaque couple un habitant de la ville et un de la campagne; après quoi ceux que le sort désignait étaient proclamés magistrats. Cette cérémonie avait lieu dans le temple, devant l'autel du Saint tutélaire ; e^t les libres accens populaires sanctionnaient cette élection tout en manifestant l'amour public pour les institutions et la forme du gouvernement de prédilection : la durée de la magistrature était de six mois; les élus entraient en fonctions le 1" avril et le i" octobre, par le serment solennel de garder et de défendre l'Etat, de conserver et d'observer ses lois et ses statuts. Cette coutume italienne des tems passés était d'autant plus utile, que la formule rappelait l'obligation des devoirs publics, non-seulement pour les magistrats , maïs encore pour tous les citoyens j elle entretenait l'énergie républicaine dans l'ame de tous, et semblait plutôt une profession de foi

générale ([u'un serment particulier. On jurait sur le code et non sur les saintes Ecritures.

Le secret du bonheur d'un peuple est sa ferme volonté d'être libre. Les hommes ont tous l'instinct de ce qui les rend heureux La politique n'est un. art ou une science que parce qu'il y a des individus qui trouvent leur intérêt à trahir la volonté générale. La sagesse desSan-Marinois , dans lestems reculés, se manifestait non -seulement en évitant l'unité monarchique d'un chef et en restreignant à deux le nombre des ministres du pouvoir exécutif, mais encore en limitant la durée de l'exercice de leurs fonctions au court espace de six mois. La fragilité de la nature humaine et l'instabilité de toutes choses devaient Élire craindre, avec raison, qu'un plus long teros ne favorisât les abus presque inévitables , et n'altérât à la longue la forme du gouvernement.

Plus l'autorité publique a d'étendue dans son pouvoir, dans ses facultés, plus sa durée doit être restreinte. Les hommes du Titan prévoyaient que quelque dangereux et délicat que fût le métier du commandement, on pouvait s'en faire une assez douce habitudepour ne plus vouloir l'abandonner. Aussi restèrent-ils toujours inébranlables sur ce point , et jamais ils ne prorogèrent le terme légal de la magistrature ; jamais la loi ne fut suspendue pour confirmer un plus long exercice du pouvoir

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aux Capitaines , attendu que les mêmes citoyens ne pouvaient pas être réélus deux fois de suite. Cette magistrature semeslrale convenait d'autant plus, que le ministère de la justice se trouvait combiné en elle avec le pouvoir exécutif, et que les magistrats n'ayant aucun intérêt à mal appliquer la loi , elle ne servait jamais de prétexte aux fausses interprétations; ainsi elle parvenait à son noble but. D'ailleurs les magistrats étaient responsables ; Us étaient justiciables de l'arringo ou conseil général auquel ils devaient rendre compte de leurs actions et de l'accomplissement de la loi : la moindre contravention était punie sévèrement. Une longue série de faits est la meilleure preuve des théories. Si dans le cours des siècles on eut la douleur de voir sur le Titan quelques traîtres à la pairie, ils ne s'élevèrent point sur le siège du pouvoir, ils ne sortirent pas de la classe instruite : aucun magistrat, aucun citoyen puissant par son mérite personnel ne se rendit coupable d'une telle infamie, comme dans d'autres villes d'Italie où ils semblaient tous aspirer à la tyrannie.

Ce que nous avons dit du passé, nous pouvons le répéter exactement du présent, à quelques petites exceptions près.

Les citoyens coopèrent à toutes les fonctions publiques à l'âge de vingt-cinq ans. L'expérience seule avait fait fixer cetàge où la vigueur est toute

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généreuse el indépendante. Un âge plus avancé eût laissé à l'intérêt personnel trop de prise sur l'homme, et la vieillesse n'eut pas offert assez de sécurité contre l'affaiblissement des facultés. Sur le Titan , comme dans tous. les Etats répubflcnins , l'intérêt commun portant tous les citoyens à s'occuper des affaires publiques , la jeunesse devenait de bonne heure habile à les diriger; et il arriva même que le corps législatif donna quelquefois des dispenses d'âge en faveur d'un mérite reconnu.

Mais si les disposions relatives aux élections, aux facultés , à la responsabilité et à l'âge <les premiers magistrats semblent justes et raisonnables, peut-être se trouvera-t-il des personnes qui regarderont comme impolitique la cumulation des pouvoirs judiciaire et exécutif. En effet, si l'on considère la facilité avec laquelle ou peut abuser de telles fonctions quand elles sont réunies dans le même individu, il n'y a aucun doute qu'il faille condamner une chance presque certaine en faveur de l'abus. Cependant si l'on réfléchit que dans les commencemens de leur congrégation les fils des compagnons de Mari nus n'eurent en vue que la fraternité sociale et chrétienne, qui ordonnait que toutes les discordes intérieures seraient examinées et arrangées à l'amiable; si l'on pense que d'après ce principe les affaires du gouvernement

étaient presque sans importance, on trouvera quelque fondement plausihle à cette double investiture des magistrats , qui sans de telles occupations fussent restés oisifs et inutiles. D'ailleurs iftst assez important de se souvenir que ce pouvoir existait dans l'antique magistrature consulaire; et quand la liberté, renaissant en Italie avec toutes ses formes barbares , les magistrats furent décorés du nom de consuls, on réunit en eux les pouvoirs exécutif et judiciaire , parce que cette dernière attribution, dans la rareté des rapports politiques, était la plus importante; mais quand les abus commencèrent à s'y introduire, cette forme de magistrature fut changée, et d'autres la remplacèrent pour le malheur des peuples. Nous avons vu comment les citoyens du Titan remédièrent à l'influence funeste de l'Italie; ils donnèrent d'autres noms , mais ils se gardèrent d'altérer les facultés d'une magistrature dont ils étaient contens; d'un autre côté, la judicature annexée au pouvoir exécutif obligeait tous les citoyens , qui aspiraient à devenir magistrats, de bien connaître leurs propres lois et de s'instruire sur tout ce qui concerne l'administration. De cette façon une grande partie des citoyens se trouvaient appelés à faire partie du conseil ou à être élu capitaine. Cependant reconnaissait que cette combinaison d'autorité oudepouvoir

devait avoir de graves inconve'nîens dans de certaines occurrences, on suspendit très-souvent la loi statutaire par des lois provisoires, et on appela, pour certain laps de tems, des jurisconsultes toujours étrangers, afin que n'ayant aucun intérêt à être favorablesà l'un ou à l'autre parti, ils pussent être équitables. Par ce moyen se calmèrent les desordres et s'anéantirent les abus qui menaçaient le Titan. L'office île conciliateur ou de juge de paix resta cependant toujours exclusivement aux capitaines; et comme il arrive rarement que le premier juge puisse terminer les procès, ce qui rendait un tribunal d'appel nécessaire, les juges Furent choisis annuellement dans le sein du conseil. Parmi les lois qui furent les plus salutaires au salut de la république, nous croyons pouvoir citer celle qui portait en substance que les citoyens, non-seulement de droit, mais de naissance, pouvaient seuls être élus consuls ou capitaines.

Quand l'ignorance, inhérente à tout esclavage, eut stigmalisé l'Italie et influe sur le Titan, en altérant ce sage et grossier bon sens dont toutes les masses populaires sont douées tant qu'elles sont libres; quand Varringo eut remis sa puissance à des citoyens d'un mérite supérieur , se réservant seulement le droit d'élire les capitaines et les conseillers, c'est-à-dire de s'assembler légalement tous les six mois, le conseil des soixante fut formé

de quarante hahîtans de la ville et de vingt habiteras des campagnes : des lois relatives à la formation de ce conseil, à l'élection des membres, réglèrent tout pour l'avenir. La naissance, la richesse, les professions quelles qu'elles soient, ne furent jamais des titres de recommandation pour faire partie du conseil, pas plus que pour en être exclus; cet honneur était seulement la récompense du mérite et d'une conscience droite. La charge de conseiller fut donnée à vie sans qu'on pût en être privé qu'en vertu d'un jugemeut et pour quelque délit grave; mais comme rien ne doit être héréditaire dans un gouvernement où le mérite personnel est l'unique droit aux récompenses, on ne put être élu conseiller qu'à la majorité des suffrages du peuple assemblé. Ainsi ce gouvernement offre le mode de celte liberté définie par Aristote dans le paragraphe de la politique, au chapitre i), par laquelle la puissance réside de fait dans la masse du peuple commandant et obéissant tout à la fois avec un ordre naturel.

Qu'il nous soit' permis de citer textuellement Mattéo Valli , afin qu'on ne puisse pas douter de l'authenticité de tout ce que nous avançons :

« Le pouvoir du pur et mixte empire de ce » couseil , dit-il, est exercé par une magistrature » duumvirale avec le litre de capitaines. Ces der-

» niers sont élus tous les six mois par scrutin sey> cret au nombre de douze candidats, parmi » lesquels les six qui ont le plus grand nombre » de suffrages sont accouplés deux à deux par la » voie du sort et inscrits sur trois bulletins. Ac- » compagnes des capitaines encore en fonctions, » du camerlingue et des conseillers, ils sont con- » duits dans la piève et devant le maitre-autel où » reposent les ossemens de Saint-Marino; l'arclu- » prêtre chante le Te Deum, après quoi les trois » bulletins sont déposés dans une urne; un jeune » enfant en tire un qu'il remet entre les mains de » l'officiant ; celui-ci en fait la lecture à haute et » intelligible voix, et les deux citoyens ainsi dé- » signés par le sort sont légitimement capitaines.

» Cette magistrature représente la république y> de majoribus; elle est conséquemment obéie » et révérée de tous , et au-dessus de toutes les s dignités ecclésiastiques. Les capitaines reçoi- » vent dans les églises les trois coups d'encenyi soir avant J'évèque. Après la capitainerie, la ■» première charge est celle du juge appelé com- » missaire de la république; mais elle n'est pres- » que jamais remplie, cette judicature n'étant » nécessaire que dans les cas extraordinaires et » lorsque les capitaines, soit dans la crainte d'être » récusés , soit dans les momens de troubles civils, » se trouvent dans l'obligation de ne pouvoir

» rendre eux-mêmes la justice, auquel cas on » choisit un docteur étranger qui prononce sur » toutes les causes civiles et criminelles. Après » le commissaire, viennent les deux juges d'ap- » pel qui revoient en seconde instance. Mais les » causes peuvent, encore être portées au conseil » des douze, formé chaque année dans le sein du » conseil général des soixante. L'autorité de ce » conseil de douze ne s'étend pas plus loin ; il » n'est convoqué que par les soins d'un rappor- » teur ou instructeur nommé à l'eiFet d'examiner » chaque cause , et chargé d'être arbitre dans » les cas que les lois n'ont pus prévus. »

La représentation nationale du Titan n'a , comme nous l'avons démontré, aucun caractère aristocratique, la noblesse étant sans privilège, et cette caste peu nombreuse ne pouvant heureusement contrarier en aucune façon la constitution populaire; de sorte qu'il arrive même souvent que les deux capitaines élus sont plébéiens , tandis qu'il est imposable que deux nobles le soient, les nobles faisant leur séjour dans la ville et l'un des deux candidats étant toujours villageois , c'est-à-dire habitant de la campagne.

Les citoyens ont le droit de pétition et de remontrances adressées aux capitaines, et discutées publiquement dans l'arringo à chaque élection.

Ainsi le système politique de cette république

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est naturel et facile à comprendre ; le conseil ina? movible des soixante forme le corps législatif; deux capitaines élus tous les six mois ont le pouvoir exéeulif, et le conseil des douze , qui se renouvelle chaque année par deux tiers, devient un corps intermédiaire entre le conseil ge'néral elle gouvernement; les fonctions du juge-commissaire durent trois ans. Plus le mécanisme d'un corps politique est simple, moins il y a de rouages, plus il parvient au but où doit tendre tout gouvernement, le bonheur du peuple. Nous ne parlerons pas de l'économie et des finances sur le Titan ; elles n'offrent pas assez d'importance ; cependant, comme tout est relatif et que la richesse consiste moins dans le total des sommes qui sont au trésor, que dans la manière de les administrer, nous dirons que le gouvernement cherchant à se maintenir dans un juste équilibre , ne voulant jamais rançonner ni ses voisins ni les citoyens , sut toujours fixer les impôts sur les vrais principes de la morale, c'est-à-dire les proportionner aux besoins publics, sans vouloir prolonger niaccumuler une dette nationale. A San- Marino le maniement des revenus n'est pas une spéculation : point de minisire des finances, point de cours de rente , point de jeu de bourse. Heureux , trois fois heureux le peuple qui n'engraisse pas les sinécuristes et dont toute la politique

financièfeseboroeàcette simple explication : nous avons dépensé laot pour le bien public, payons d'après la répartition des possessions de chacun.

Le système militaire est basé sur les sentimens de ces bons républicains : il repose sur ce principe que tous les citoyens en état de porter les armes sont les défenseurs naturels de la patrie et des lois. Heureux, trois fois heureux le peirple qui n'a qu'à se garder lui-même ! A San-Marino point de guerre injuste, point d'intervention armée ; il n'y a pas même de garde pour la vanité des capitaines : tous les citoyens doivent porter les armes, mais le sort n'en condamne aucun à se faire tuer pour une cause qui lui est indiflérente ou étrangère.

Voilà tout ce que nous avons cru pouvoir dire de ce gouvernement, d'après ta vérité des faits et la connaissance des causes. Wons avons toujours cherché un juste milieu entre les éloges exagérés et les préventions odieuses auxquels la république de San-Marino a donné lieu : les uns ont parlé de ses formes politiques comme des transmissions de l'âge d'or; les autres les ont mises au dessous de la médiocrité et du sens commun. Ciinarelli à l'illusoire souveraineté des peuples et à l'inexacte dénomination de peuple souverain, croit voir sur le Titan une société de rois. Zuccoti considérant les rapports les plus convenables au bienêtre civil , Ibrmc , sur les usages de Sau-Marino ,

l'image de la città felice (l'heureuse ville) , quoique à cette époque elle ne fût pus à son plus haut degré de prospérité. Les libellâtes albêroniens ont des raisons pour ne voir sur la cime tiranique que des ronces et des plantes vénéneuses , c'est-àdire une réunion de cannibales et de cyclopes. Melcliiore Deliîco, dont les Mémoires ont servi de base à notre travail, est le seul qui ait donné des notions précises sur la république san-marinoise. Les célèbres Anglais, Àddisson , Adams et Gillies en parlent : le premier, dans ses V oyages en Italie , le second dans son Examen des constitutions républicaines , et le troisième qui était profondément versé dans la connaissance des républiques grecques, dont il a donné l'histoire la plus complète, cite les Etats italiens du moyen âge comme des faibles imitations des institutions de la Grèce, et dit : De ces républiques une seule existe encore qui soit à la hauteur de ces antiques modèles , c'est San-Marino.

Quoique Addisson fût un grand philosophe, il ne porta pas sur le Titan l'observation réfléchie que les institutions de San-Marino méritaient; distrait par la multiplicité des monumens et des beaux-arts, il s'est trop arrêté aux vestiges de l'antiquité; et, semblable à tous les voyageurs, les fragmens épars du colossal empire romain Tout plus occupé que les édifices modernes. Un

mont presque sauvage écbappait à l'examen du philosophe. Celait là cependant qu'il eût trouvé l'amc des lems passes sortie des crevasses de celte terre tant de fois agitée par les révolutions. A dams n'est guères que le commentateur d'Addisson, et ne connaissant San-Morhio que sur les notions très-superfiei elles données par le premier, ses raisonnemens sur les institutions san-marinoises portent sur des assci'lions fausses : il n'est donc pas étonnant qu'il ait regardé la petite république comme une démocratie imparfaite, puisqu'il a cru, d'après Addisson, que le conseil ou prince était formé de façon que la moitié devait être composée- do nobles. A dams vit l'aristocratie dans celte organisation; mais l'aristocratie ne devient un corps dangereux que par le nombre, la condition et les privilèges : rien de cela n'existe sur le Titan A Sau-Marino les nobles sont une fraction inaperçue du tout; ils n'ont aucune prérogative; la qualité de conseiller n'est pas même héréditaire. Adams compare aussi la république du Titan à Sparte et à Home antique, crovant voir eii elle un mélange de monarchie, d'aristocratie et de démocratie, que l'on trouve encore dans quelques Etals d'Amérique : nous avons donné les preuves du contraire. Mais ce en quoi cet auteur est conforme à la vérité , c'est quand il s'exprime ainsi : « Le peuple a une grande répu-

» talion île probité , et passe pour rigoureux ob- » servateur Je la justice. Il semble plus heureux » au milieu cle ses roclies et de ses neiges que » tous les autres peuples d'Italie dans les plus » belles vallées du monde. Qui peut mieux proil- » ver l'amour que tous les citoyens ressentent » naturellement pour la liberté , et leur aversion » pour toute espèce de pouvoir arbitraire, que » de voir d'un côté une montagne aride etsauw vage couverte d'habitans industrieux, et d'un » autre la campagne de Rome déserte et veuve )> de son antique population? »

Cette observation ne suffit-elle pas pour résoudre la question de savoir quelle est la meilleure forme de gouvernement, et pour engager à repousser sagement le pouvoir théocratique , comme contraire à toute espèce de constitution naturelle et favorable aux peuples. C'est ce qu'ont toujours fait les citoyens de San- Marino , et leur gouvernement s'est conservé. En général les hommes n'ont guères et ne peuvent avoir une idée claire de la liberté quand on la leur montre toujours comme une rébellion , tandis qu'elle n'est en réalité qu'une combinaison naturelle des rapports sociaux. La liberté, c'est-à-dire son nom , a le sort de tout ce qui est altérable, comme la religion du Christ qui est devenue le prétexte de la haine, de l'ambition et de la méchanceté native des

hommes; elle a servi 71e manteau à des monstres sanguinaires et insatiables. Mais parce que les hommes ont abusé de la loi divine, cesseronsnous d'être chrétiens? Parce que la réaction de tant de siècles de souffrance et de scandale s'est faite en France au nom de la liberté, faut-il que nous méconnaissions nos droits V Qu'importe ce que furent nos pères dans l'ivresse de leur délivrance, nous voulons être libres, nous étudions la liberté, et c'est à San-Mnrino que nous la trouvons ce qu'elle doit être, tranquille, morale, juste, mère tendre pour tous les citoyens, Nous avons assez vécu pour la postérité, vivons maintenant pour nous. L'arbitraire et l'héroïsme de Piapoléon nous ont fait rentrer sous le joug dont nous étions affranchis; mais nous avons des princes paisibles; montrons- leur que nous formons toujours un grand peuple, que nous voulons un piédestal solide pour soutenir le colosse de la gloire nationale, c'est-à-dire des institutions fortes que l'Etranger ne pourra point altérer selon son bon plaisir. Liberté! liberté! voilà le cri du siècle. C'est en vain que vous feignez de ne pas l'entendre, hommes fourbes et avides; vous la voulez, mais pour vous seuls; vous en reconnaissez le droit quand il s'agit de vous; vous craignez ses lumières , sa franchise , ses vertus. Peuples et rois, une liberté sage est une

loi de soumission plus que la gloire la plus durable. Ne reportez plus vos regards vers le passé qui n'est^jlus en votre pouvoir, l'avenir vous appartient; c'est un champ assez vaste. S'il vous faut des exemples , tournez vos regards vers le Titan, sa loi fondamentale est d'origine céleste. Rappelez-vous que Cicéron reconnut, comme up titre impérissable à la gloire d'Alexandre-le- Grand , le respect que ce dévastateur avait montré pour la république de Pindinisse située, comme celle de San-Marino, sur la cime d'une montagne, comme elle entourée de nations belliqueuses et de princes ambitieux, et, comme elle , toujours libre et exempte de tout servage. L'Alexandre moderne a respecté les institutions du Titan et sa liberté perpétuelle; mais est-ce par vertu ou par indifférence pour une petite congrégation pauvre? La pauvreté, il faut le croire , est devenue l'asile de la liberté : c'est ainsi que l'humble enveloppe du Christ voilait aux regards des tyrans la morale qui devait un jour les détrôner et en purger la terre.

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