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torique , critique et apologétique de sa conduite ; c'était le seul trophée de la conquête du Titan. Si les citoyens de San-Marino furent un peu maltraités par l'écrivain empourpré , le feu pape , le cardinal Corsini, son neveu, le secrétaire d'état, et tout le sacré collège comparé à un troupeau d'animaux vils et stupides, eurent encore moins à se louer de ses bonnes grâces. L'infâme libelle dans lequel l'auteur se grandissant de tous ses forfaits, se faisait gloire d'en attendre la conséquence, produisit encore quelque sensation sur les incrédules ; son arrogance aurait pu influer sur les timides, d'autant plus que l'illustre pape Benoît, digne de son siècle, et persuadé que l'écrivain était déjà suffisamment puni d'avoir fait son ouvrage, le livrait paisiblement au mépris des honnêtes gens. Mais il n'en fut pas ainsi du cardinal Corsini; il dut défendre son oncle, lui-même et le gouvernement du sacré collège : le mystère d'iniquité fut dévoilé, la fausseté et l'hypocrisie démasquées; et, les documens en mains , il confondit ouvertement la fourbe de l'indigne ministre. De tous les écrits auxquels cet événement donna matière, le Mémoire de Corsini est, sans contredit, le meilleur, au dire même de Muratorî. Aussi les faits devinrent si positifs , et la conduite de Clément \1I si épurée do toute participation à l'entreprise d'Alberonï , que les citoyens de San-
Marmo, pleins de reconnaissance pour celui qui avail maintenu leur gouvernement , lui élevèrent une statue. Mais un monument plus durable était sans doute, pour la république , l'histoire de ces troubles : la gloire d'être revenue à son indépendance , d'être restée le refuge de la liberté chrétienne, devait survivre à des marbres fragiles.
Cependant le siècle marchait, les lumières se répandaient sur la terre , et San-Marino pouvait applaudir aux efforts des peuples de l'Amérique septentrionale, et bientôt se réjouir de n'être plus seule dans l'univers à suivre les vrais principes de la loi chrétienne , à se gouverner selon l'esprit de l'Evangile. Les abus avaient obscurci l'horizon de toutes parts; l'orage grondait sourdement sur l'Europe inquiétée : il éclata sur la France. Les bataillons des nouveaux hommes libres franchirent les Alpes, le cri de délivrance retentit dans toute l'Italie; l'étendard de la victoire , les couleurs de la liberté flottèrent au pied des Alpes , aux confins de la Calabre ; l'écho seul du tumulte des armes et de la joie des peuples parvenait sur la cime titanique. Bonaparte, enfant de la réforme, secondé par l'ardeur de ses guerriers, favorisé par les souvenirs de l'antiquité qu'il évoquait sur la terre classique', apparaît en Romaine, passe le Rubicon , l'ame encore pure de tout intérêt personnel : il se tourne vers
le Titan , il incline son front audacieux devant ce sanctuaire de la paix et de la liberté; il étend son glaive pour protéger les institutions primitives que les républicains français devaient rendre au monde entier; et marchant entre l'honneur et la gloire , il députe {*) au peuple paisible un citoyen de la république conquérante : Monge salue , au nom de la grande nation , les humbles descendans des compagnons de Marinus; il dit à la famille assemblée :
La liberté qui, dans les beaux jours d'Athènes et de Thébcs , transforma les Grecs en un peuple de héros , qui , dans les tems de la république, lit faire des prodiges aiir .Romains ; .qui i depuis , et pendant le court intervalle qu'elle a lui sur quelques villes (l'Italie , renouvela les sciences et les arts et illustra. Florence; la liberté fiait bannie de l'Europe presque entière : elle n'existait qu'à fian-Maiino, où, par la sagesse d'e votre gouvernement , Citoyens, et surtout par vos vertus, vous avez conservé
(') Au quartier général de Pesarole io pluviôse , l'an 5 de la république française, une et indivisible. Le générai de division , chef de l'état -major. Le général en chef Bonaparte députe le citoyen Monge, commissaire du Gouvernement français pour les sciences et arts, auprès de la république de San-Marino, pour l'assurer de la fraternité et de l'ainîlié de la république française.
All\ iNnBE Bebthi rn.
ce dépôt précieux à travers tant de révolutions , et défendu son asile pendant une si longue suite d'années.
Le peuple français , aprèi un siècle de lumières , rougissant de son long esclavage, a fait un effort, et il est libre. Tome l'Europe, aveuglée sur ses propres intérêts., et surtout sur les intérêts du genre humain , se'coalise et s'arme contre lui. Ses voisins conviennent enlre eux du partage de son territoire, et déjà de tontes parts ses frontières sont envahies, ses forteresses et ses ports sont au pouvoir de l'ennemi; et ce qui l'afflige le plus, une partie précieuse de lui-même allume la guerre, civile , et le force à porter des coups dont il doit ressentir toutes les atteintes.
Seul, au milieu d'un si grand orage, sans expérience, sans armes, sans chefs,. il vole aux frontières, et bientôt
lition ; le succès de ses armes en force successivement d'autres à implorer une paix qu'ils obtiennent ; enfin il ne lui en reste plus que trois; mais ils sont passionnés, et ils n'écoutent de conseils que ceux de l'orgueil , de la jalousie et de la baine. Une des armées françaises entre en Italie, anéantit , l'une après l'autre , quatre armées autrichiennes , ramène la liberté dans ces belles contrées, et se couvre presque sous yos yeui d'une gloire immortelle.
La république française, qui ne verse tant de sang qu'à regret, contente d'avoir donné un grand exemple à l'univers , propose une paix qu'elle pouvait dicter.
Le croii ez-vous , Citoyens ! partout ses propositions ont été rcji'iées avec hauteur ou éludées avec astuce.
L'armée d'Italie , pour conquérir la paix, est donc obligée de poursuivre ses ennemis, et de passer près de.votre territoire.
Je viens de la part du général Bonaparte , ou nom de la république française , assurer l'ancienne république de San- Marino de la paix et d'une amitié inviolable.
Citoyens, la constitution politique des peuples qui vous environnent peu t éprouver des cliangeraens. Si quelques partics de vos frontières étaient en litige , ou même si quelque partie des Etats voisins , non contestée , vous était absolument nécessaire, je suis chargé, par le général en cbef, de vous prier de lui en faire part. Ce sera avec le plus grand empressement qu'il mettra la république française à portée de vous donner des preuves de sa'siiicère amitié.
Quant à moi, Citoyens, je me félicite d'être l'organe d'une mission qui doit être agréable aux deux républiques, et qui me procure l'occasion de vous témoigner la vénération que vous inspirez à tous les amis de la liberté.
Un flls du Titan répondit d'une voix émue :
Le jour de votre mission sur le Titan,Citoyen envoyé, deviendra pour nous une époque remarquable dans les fastes de la liberté. La république française ne sait pas moins vaincre ses ennemis par la force de ses armes, que surprendre ses amis par la générosiié. Nous nous trouvons heureux d'étrecites parmi les modèles qui méritent d'exciter votre émulation ; mais plus heureux encore de voir qu« vous nous croyez dignes de l'honneur rie votre amitié et d'en recevoir une illustre preuve. Nous ne pouvons penser sans enthousiasme que vous ramenez en Italie les jour» d'or de la Grèce et de la république romaine. L'amour sincère que nous avons pour notre libér é nous fait sentir le prix des efforts et de la magnanimité d'une grande nation pour parvenir à ce noble but. Vous avez surpassé l'attente
générale ; seuls, contre te reste de l'Europe, vous ave/.
donne' an monde un nouvel et illustre exemple Je tout ce étant est capable l'énergie qu'inspire le sentiment de]» liberté.
Voire armée , et son jeune cl preux conducteur qui réunit nui talens du génie les vertus du héros, marchent sur les liâtes d'Annihnl et rappellent les antique» merveilles. Vous tOUrnei VOS regards sur un point de la terre ou s'est réfugié un débris de la liberté primitive , et sur lequel revit la précision de Sparte plus que l'élégance d'Athènes.
Vous le savez. , Citoyen envoyé, In simplicité des mrelirs et le sentiment sacre de la liberté est l'unique héritage que nous ont laissé nos pères , et nous nous glorifions de l'avoir conservé à travers tant de siècles, sans que les efforts de l'ambition ni la haine des pnissans , ni t'envie de nos ennemis y vinssent impunément porter atteinte.
Retournez auprès du héros qui vous envoie ; portci-Iui le libre hommage de notre admiration et de noire gratitude ; dites-lui que In république de Nan-Marino , contente de la circonscription do son territoire cl de sa modeste existence, n'a garde d'accepter l'offre généreuse qui lui est faite , et de concevoir les vues ambitieuses d'un agrandissement qui pourrait, avec le teins , compromettre sa liberté; mais que ses citoyens devront tout à la fiénérosité delà république française et de son invincible général , s'ils obtiennent d'assurer la félicité publique par l'extension des rapports de
leur coron
iquel cette félicité est étroitement unie, et
cela aui ti
ins les plus favorables à leur subsistance.
Crti pr
ineipale
ment a cet objet que se bornent tons nos
vcenx , et i
■ui prions d'être notre organe auprès du
général en
chef.
Quant à
illustre Citoyen , nous nous trouvons
d'autant plus heureux dans ce moment , que nous appre-
dons en vons la sagesse unie au savoir et su patriotisme. Le but de votre mission , et celui qui Ta s oie ii»ell cm eut remplie seront un monument éternel de la.ma^aniinité des nouveaux vainqueurs de l'Italie : ils vivront toujours dans nos ciruvs ; notre reconnaissance leur est à jamais acquise.
Ainsi les rapports politiques lie l'Italie changèrent ceux de la république du Titan , mais sans altérer sa tranquillité ; le contact révolutionnaire n'avait rien à y détruire; les principes qu'on préconisait par les moyens démonstratifs des baïonnettes et du canon, étaient ceux qu'on y professait de lems immémorial ; si les affinités politiques la protégèrent, sa pauvreté la fit aussi respecter : et l'on put lire bientôt sous le parvis du temple cette proclamation :
BONAPARTE, Gfctfcit. s* chef ue l'abmke u'Itaue, aux Rcprcxentatis de la République de San-Marino.
Le citoyen Mange m'a rendu compte» Citoyens, dit tableau intéressant que lui a offert voire petite république. Je donne ordre que les citoyen» de San-Marino soient exempts de contributions, et respectés dans quelque endroit des Etats de la république française qu'ils se trouvent.
Je donne ordre au général Saliuguet, qui a son quarliergénéral à.Bilhtoi, de vous remettre quatre pièces de canon de campagne, dont je fais présent au nom de la république- 11 mettra également à votre disposition mille quintaux de blé qui serviront à i'approTisionnemunt de votre république jusqu'à la récolte.
Je tous prie de croire, citoyens, qar. dan* lotîtes les circonslancc% je m'empresserai de donner au peuple de San -Ma ri h^I es preuves de mon estime et de ma considération distinguée.
Les San -Marïnoià refusèrent un agrandissement par prudence , mais ils acceptèrent les dons du héros comme un monument de bienveillance du peuple français ; et s'il fut pour la petite -république une époque vraiment glorieuse, ce fut celle où la liberté conservée sur le sommet de la montagne reçut les hommages de la nation qui se montrait à la tête de l'univers.
Depuis ce tems tout fut tranquille pour San- Marino ; les exactions arbitraires de Napoléon et les différentes révolutions réactives qui troublèrent la péninsule, vinrent expirer devant la roche où la liberté trouve encore aujourd'hui un refuge que l'Europe entière lui refuse , quand l'Amérique lui élève des temples fondés sur le bonheur des peuples.