Jésus est-il mort le 14 ou le 15 Nisan
2. Le dernier repas de Jésus avec ses apôtres a-t-1l été, oui ou non, un repas pascal ?
Le résultat final de notre étude dépend, dans une certaine mesure, de la réponse que nous leur donnerons, le caractère général du repas devant vraisemblablement déterminer, en partie du moins, le sens primitif de la Sainte-Cène.
Il pourrait sembler suffisant de traiter la première question; en effet, si l’on démontre que le Christ est mort le 15 Nisan, ne s’ensuit-il pas que c’est bien le repas pascal qu’il a célébré la veille de sa mort, — et s’il a été crucifié le 14, son dernier repas n’est-il pas un simple repas?
Cependant, à y regarder de plus près, il reste la supposition que Jésus, considérant sa fin comme très prochaine, et prévoyant qu’il ne serait peut-être plus de ce monde pour célébrer la Pâque avec les siens, à la date officielle, dans le désir ardent de la célébrer néanmoins, anticipa d’un jour la cérémonie.
Examinons donc successivement les deux questions.
$ 1. La date de la mort du Christ.
A. Le Quatrième Évangile.
Il est superflu de rappeler que le IV*® Évangile est un écrit symbolique « dominé par un mysticisme religieux et théologique, entièrement conforme à l'esprit de la philosophie judéo-hellénique de son temps, pour laquelle
Phistoire n’a aucune valeur propre, mais n’a de signification que comme allégorie ou symbole de vérités morales ou religieuses »!{.
A-t-on le droit d’en conclure que l’auteur ne laisse subsister aucune donnée historique intacte? Il serait peut-être plus sage de dire que la tournure d’esprit de écrivain étant ce qu’elle est, on ne peut ajouter foi au témoignage du IVe Évangile que si, après un contrôle sévère, un examen minutieux, il est prouvé qu'il est conforme aux faits.
Cet évangile, assurément, renferme des erreurs positives (et des erreurs qui ne proviennent pas toujours de cette tendance à faire du symbolisme).
Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, ce ne sont certainement pas les soldats romains qui sont venus avec Judas à Gethsémané pour s'emparer de Jésus.? Ces erreurs, le plus souvent erreurs de détail, ne suffisent pas à infirmer «a priori la valeur historique de toutes les données, surtout pas des données générales. Dans certains cas, le symbolisme de l’auteur a pu les modifier. Dans le cas qui nous occupe, nous ne voyons pas que ce symbolisme soit si frappant qu’on veut bien le dire.
Si l’auteur du IVe Evangile place la mort de Jésus dans l’après-midi précédant le repas pascal, « c’est », écrit JEAN Révize?, « que Jésus est pour lui l'agneau pascal véritable dont celui du repas pascal n’était que le
1 Jean Révice, Euch., p. 121; Cf. Le Quatrième Évangile. Paris, Leroux. P. 80, 114, 297-298, etc.
2 Jean XVIII, 12. :
8 Euch., p. 121. Voir encore Q. E., p. 277 et s., 287. Et : Arserr Révizze : Jésus de Nazareth. Paris, Fischbacher, 1897. 1, p. 347; Il, p. 512. Loisv, Le Quatrième Évangile. Paris, Picard. 1903, p. 886 ; £. S. IL, p. 506. Evo. Sraprer, La mort et la résurrection de Jésus-Christ. Paris, Fischbacher. 3e édit., p. 113. HerrmüLcer, Schr. J. W. IL, p. 729, 851. An. Jüricmer, dans Die Kultur der Gegenwart. Berlin u. Leipzig, Teubner. 1906. 1, IV, p. 51. Cf. Scmmienez,
h4 ESSAI HISTORIQUE SUR LA SAINTE-CÈNE
type prophétique. Il l’a présenté comme tel dès le début de son récit (1, 29). Il le fait mourir au jour et à l’heure où J’on immole l’agneau pascal. »
Oui, l’auteur inconnu du [V° Évangile appelle Jésus (1, 29) : « l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (6 duvèc Toù eod 6 atpwv Thy auapriav rod x6cuou). Si nous ne faisons erreur, ce terme «lagneau » (0 auvés), appliqué à Jésus, ne se retrouve plus qu’une fois dans l’évangile, et cela, dans le même chapitre, sept versets plus loin (1, 36). Cette notion est donc secondaire dans le IVe Évangile. L'idée qui domine cet écrit est plutôt celle que Jésus est le Fils de Dieu (1, 34, 49 ; IL, 18; IX, 35; X5 905 XI 27 XIX NT
Et puis, si Jésus est appelé « l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » ([, 29), est-il bien sûr que l'auteur songe à « l’agneau pascal véritable » ?
Jean Révizze l’affirme : «il l’a présenté comme tel dès le début de son récit ». Rien n’est moins prouvé. L’agneau est considéré ici comme une « victime propitiatoire » (ilasrnptoc) ; la même idée se retrouve dans la re épître de Jean, dont l’auteur est vraisemblablement celui de l’évangile !: «le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché » (rù œiua ‘Incod rod vioù abroù xa- Oupiler huäs amd récns auapriac), lisons-nous au chapitre 1 (verset 7). Et plus loin : «il est, lui, une propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (xat ærèç L\XGLOÔG ÉGTIV Et TOV AUApTiV NUOV, où TE pt TOV LE répoy Ôè pôvov dAXX xoù mepi GXou roù xéouou, Il, 2); «il (Dieu) a envoyé son Fils comme une propitiation pour nos péchés » (améoreuley rdv vidv abrod ihaopôv meot Tov auapriov nuwv, IV, 10).
1 « L'identité des deux écrivains ne fait pas de doute. » BaumGar- TEN, Schr. J. W. II, p. 862.
Or l’agneau pascal n’était, en aucun cas, une « propitiation »!. On ne pouvait pas dire qu’il « ôtait les péchés d'Israël ».
Pour lIsraélite, la rémission des péchés ne s'opère que par l’effusion du sang ; c’est par sa mort, par son sang répandu, que Jésus sauve le monde. « Il a été blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités ?. » N’était-ce pas à lui que ces paroles du grand prophète anonyme de l’exil s’appliquaient? «Il a été maltraité et opprimé, et il n’a point ouvert la bouche, semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent. »
C’est vraisemblablement à cette prophétie — et non à l’agneau pascal — que songeait l’auteur du IV® Évangile, quand il appelait Jésus « l'agneau ».
Donc il ne nous semble pas qu’il soit exact de dire que l'auteur a présenté Jésus comme l’agneau pascal véritable dès le début de son récit. Cette idée paraît totalement absente du chapitre premier. Serait-ce donc en vertu de cette idée qui ne joue aucun rôle dans son évangile, que Pécrivain aurait changé la date de la mort du Christ?
S’ilavait voulu montrer aux Juifs que Jésus est «l’agneau pascal véritable », ne lui était-il pas facile d’attirer leur attention par une indication comme celle-ci, par exemple : « Au moment où l’on immolait les agneaux au temple....»? Ce n’eût pas été de trop pour des Juifs du second siècle, vivant en dehors de la Palestine, à une époque où la coutume n’existait plus d’immoler les agneaux au temple, puisque ce temple avait été détruit.
Et puis, si l'intention de l’auteur était bien celle que lui attribue Jean Révizze, n’aurait-il pas dans cette cir-
1 Cf. Srrrra, Streitfragen der Geschichte Jesu. Gôttingen, Vandenbæch u. Ruprecht. 1907. Vierter Abschnitt: Christus als Lamm, p. 203, et Scnurz, p. 88.
2 Esaïe LIIT.
k6 ESSAI HISTORIQUE SUR LA SAINTE-CÈNE
constance repris l’expression du début : « l'agneau de Dieu» (6 œuvès rod 0eod)? À supposer que cette expression désigne l’agneau pascal, comment expliquer le fait que l’auteur l’emploie dans une circonstance sans rapport avec la Pâque, et qu’il ne lemploie justement pas lorsqu'il s’agit de la Pâque, et au moment où il bouleverse la chronologie reçue pour montrer que « Jésus est le véritable agneau pascal »? Il faut avouer que c’est pour le moins étrange.
On dit bien que la citation : «Aucun de ses os ne sera brisé » (écrodv où cuvrpuBnserat adroù, XIX, 36) est une allusion à la prescription relative à l'agneau pascal (Exode XII, 46; Nombres IX, r12)!. Ceci aussi est à prouver*. Il semble qu’il s'agisse de laccomplissement d’une prophétie, non de lobservation d’une prescription de la loi. Nul ne niera que ce soit le cas de l’autre parole : «ils regarderont à celui qu’ils ont percé » (GVoyra eis üv ê£exévrnoav, verset 37). Il est donc légitime de se demander s’il n’en est pas de même pour le verset 36. S'il s’agissait simplement de l'observation d’une ordonnance rituelle, la tournure « car cela arriva afin que l’'Écriture fût accomplie » (éyévero Ydp Taèra iva à ypapà TAnpwbñ), ne serait-elle pas bien recherchée et emphatique? On attendrait plutôt, comme par exemple dans Luc II, 22 : « selon la loi » (xaxrx Tv véuov) ou, verset 23 : « suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur » (xañbs yéyparrou ëv vou).
Ces considérations nous autorisent à penser que le verset 36 est une citation libre du Psaume XXXIV, 21 : « I gardera tous ses os; aucun d’eux ne sera brisé » (œu- Aauoce Tévra TX 0oTa adrod Ev £ adrov où cuvrpiBnoetat).
1 J. Révisze. Lois, Q. Ah p+ 892. GoGueL, Les sources du récit Johannique de la Passion, p. 29.
2 CF, Gœrz, p. 127-128. Srrrra, Séreitfr., p. 202.
Le sens de ce verset convient mieux au contexte que celui de la prescription relative à l’agneau pascal. «El n’est pas besoin de démontrer longuement, écrit Srrrra !, que la communauté chrétienne devait voir une prédiction relative au Christ dans le passage du psaume qui parle du Juste qui souffre beaucoup, mais que le Seigneur délivre toujours, du Juste dont Dieu prend soin qu'aucun des os ne soit brisé, plus directement que dans la prescription concernant l'agneau pascal. »
Si l’auteur, ferons-nous encore observer, était préoccupé, en écrivant l’histoire de la passion, de faire voir en Jésus «le véritable agneau pascal », avait-il besoin pour cela de le faire mourir le jour de l’immolation des agneaux, le 14 Nisan? À supposer que Jésus, comme le laissent penser certains passages des Synoptiques, soit mort le 15 et qu'il ait célébré la veille le repas pascal avec ses disciples, le symbole n’était-il pas encore plus frappant : Jésus se donnant lui-même en nourriture à ses disciples, pendant le repas pascal, Jésus mettant fin à l’économie juive et inaugurant une nouvelle économie; Jésus, par sa chair et son sang créant une alliance nouvelle entre Israël et Dieu, Jésus, enfin (c’eût été plus naturel que d’opérer un changement de date), agneau pascal d’une nouvelle alliance?? Ce symbole s’offrant si naturellement à lui, on ne voit pas pourquoi il aurait faussé les données de l’histoire. Se serait-il mis ainsi en contradiction formelle avec la tradition synoptique, purement et simplement par amour du symbolisme, alors que cette tradition lui offrait le symbole cherché "?
Pour toutes ces raisons, nous nous voyons dans limpossibilité de nous ranger à l’avis du regretté JEAN Ré-
1 Sireitfr., p. 202.
2 C£. J. Wriss, À. E., p. 290.
3 CF, Gœrz, p. 127. Haupr, p. 20.
4 J. Wuurss, id.
h8 ESSAI HISTORIQUE SUR LA SAINTE-CÈNE
vice et des auteurs que nous avons cités plus haut.
Leur thèse ne jouit plus, du reste, dans le monde théologique, d’une grande considération; des hommes de la valeur des Jonannes Weiss, Spirra, Gœrz, WeLz- HAUSEN, Bousser, PREUSCHEN ! se sont nettement prononcés contre elle.
Mais comment se fait-il que l’auteur du IV* Évangile n’ait pas rattaché au dernier repas de Jésus « Pinstitution de la cène » ?
On a émis à ce sujet diverses hypothèses.
Srirra? suppose que le récit de l'institution existait et qu'il s’est perdu.
Son argumentation n’est pas convaincante.
BeyscHLaG pense que l’auteur a omis ce récit, parce qu'il se trouvait dans les Synoptiques*. Mais le IV° Évangile est trop original et trop profond — Lossrex le fait remarquer — pour n'être qu'une sorte de complément de la tradition synoptique.
Ou bien encore cette omission serait-elle une manière de protestation contre la cérémonie de la cène envisagée comme une institution du Christ lui-même? Mais le discours du chapitre VI semble bien confirmer cette institution.
Peut-être est-ce tout simplement que l’auteur, ayant parlé de l’eucharistie au chapitre VI, n’a pas trouvé utile d’en reparler ; il lui suffisait d’avoir marqué la place de cette cérémonie, d'en avoir indiqué le sens et la valeur, et s’il Pa fait au chapitre VI, c’est que le sujet s’y prêtait.
1 CF. aussi An. Harnack. 7h. Litztg. 1909, col. 49.
? Zur Geschichte u. Litteratur des Urchristentums. Güttingen. Vandenhoeck u. Ruprecht, 1893. 1. Unordnungen im Texte des vierten Evangeliums, p. 186. Cf. p. 220. Voir p. 111 ets. de notre étude.
3 Cité par LoBsrein, p. 152.
* Pour M. Gocuez (Les sources..., p. 53-64; ÆEuch., p. 195), le récit « du lavement des pieds est une allégorie de l’eucharistie. L’allégorie a été substituée au récit historique parce que, pour l’évangé-
Seulement ceci nous met en garde contre ses affirmations, et c’est précisément là l’une des raisons pour lesquelles nous disions en commençant que les données historiques du IVe Évangile ne peuvent être acceptées qu'après un examen consciencieux et minutieux, — que si ces données se trouvent confirmées par ailleurs.
Si donc aucune tradition ne vient appuyer la tradiüon johannique relative à la date de la mort de Jésus, il faudra s’en tenir aux indications de Marc XIV, 12 et Luc XXII, 7.
Cette tradition existe-t-elle ?
Nous croyons pouvoir répondre par l’affirmative.
B. Les Synoptiques.
Les Synoptiques eux-mêmes, en effet, confirment la -chronologie du IVe Évangile sur le point particulier qui nous occupe.
Il va sans dire que nous ne cherchons pas à faire de l’harmonistique comme FréÉDÉRiC Goper, par exemple. Nous le voudrions que nous ne le pourrions pas, car les textes seraient plus forts que notre volonté.
En effet, si l’on compare les Synoptiques, tels que nous les possédons aujourd’hui, avec le IV° Évangile, il faut reconnaître que toute conciliation entre eux est impossible. Mais examinons les textes d’un peu plus près,
liste, tant que le Christ n’était pas mort, l’eucharistie n’était pas possible ».
1 Nous nous plaisons à reconnaître l’ingéniosité de ce théologien (Com. sur l’év. de St. Luc, II. Neuchâtel. Sandoz, 1871, p. 336 à 354), mais tous les essais du genre du sien — si intéressants soient-ils — sont destinés à échouer.
5o ESSAI HISTORIQUE SUR LA SAINTE-CÈNE
et puisque Marc est considéré par la majorité des critiques comme ayant servi de base aux deux autres en ce qui concerne les récits de la Passion, commençons par l'Évangile de Marc.
Nous lisons au chapitre XIV, verset 1 : « Deux jours après, c’étaient la Pâque et les pains sans levain » (ñv dè To mécya rai Tà dCuux uerx Jüo fuépas). Nous apprenons ensuite que les chefs des prêtres et les scribes cherchaient un moyen de s’emparer de Jésus par ruse et de le tuer, mais qu’ils disaient : «Rien pendant la fête, le peuple pourrait se soulever » (à ëv T% éopt, un mote €orar D6puBos Toù Axod). Puis le récit est soudain interrompu. Nous trouvons Jésus à Béthanie, dans la maison de Simon, le lépreux (versets 3 à 9). Le verset 10 semble être la suite immédiate du verset 2!; le récit de l’onction n’est pas à sa place, le rédacteur du second évangile la mis là comme une sorte de prologue, de prélude symbolique à l’histoire de la Passion. Il n’y a qu’à lire le verset 8 pour s’en convaincre : «À l’avance, elle a parfumé mon corps pour la sépulture » (rpoélagev pupicau Tù oué ou els Tùv évrapracuov). Le verset 9 : « Partout où sera prêché l'Évangile — dans le monde
1 Jon. Waiss, À. Æ., p. 285-287. Schr. I, p. 201, 202. Nrcocar- DOT, p. 289-290. KLosrenmanx (db. Lietsmann), p. 121.
Loisy, IL, p. 490-491, cf. p. 498, tout en reconnaissant que «ce qui est dit de la trahison a pu faire naturellement suite à ce qu’on lit touchant les intentions du Sanhédrin », pense que l'indication chronologique se rapporte au repas de l’onction, c’est-à-dire en réalité à la cène, le repas de l’onction ayant pris la place du dernier repas. IL ne nous paraît pas nécessaire de faire cette hypothèse; il faudrait supposer dans ce cas un travail bien compliqué de la part du rédacteur. L’indication chronologique ne nous semble pas pouvoir être séparée de la fin du verset 1. Si elle se rapportait au dernier repas, pourquoi le rédacteur l’en aurait-il détachée ? et pourquoi séparer les versets 1 et 2 des versets 10 et suivants, car dans cette hypothèse — sinous la comprenons bien — l’on admet que l’auteur avait deux sources : l’une l’indication chronologique introduisant un récit de la cène, — l’autre : la fin du verset 1, les versets 2, 10 et 11.
LA DATE DE LA MORT DU CHRIST Dr
entier —, etc.... » (6mou édv xn puy 0% ro ebayyéALov eiç Chov rûv x66uov) suppose un temps où les récits de la vie de Jésus considérés comme une histoire — « l'Évangile » — sont le sujet de prédications. « C’est une réflexion de prédicateur chrétien », dit Lorsv{.
Les versets 10 et 11 nous informent que Judas va trouver les chefs des prêtres, qui sont dans la joie à l’ouïe de ses paroles, car Judas leur propose de leur livrer Jésus. Il s’agit seulement de trouver une occasion de le saisir (rëç abrèv ebxaipos mapadot), avant la fête, bien entendu, puisque les prêtres ont dit : «Rien pendant la fête », et si les prêtres sont si joyeux, c’est que Judas rentre dans le plan de s'emparer de Jésus avant la fête?.
Au verset 12, nous trouvons une nouvelle donnée chronologique, qui contredit nettement ce qui précède : « le premier jour des pains sans levain, où l’on sacrifie la Pâque » (ua 7% mpôrn uépa Tüv alÜpuv, Îte Tù nécya £Ovov).% Ce jour-là, les disciples demandent à Jésus où ils doivent préparer le repas pascal. Il n’est plus ques-
1 Il, p. 497. Cf. p. 500. Voyez aussi M. GoGuez, L’év. de Marc, p. 255.
2 Spirta (p. 225) reproche à Werzsæcker d’avoir traduit ebxalows par « bei guter Gelegenheit » : « dans une bonne occasion »; il traduit, lui, «zu rechter Zeit», «au bon moment», c’est-à-dire «au temps fixé » (avant la fête).
Les deux traductions nous semblent autorisées ; que l’on emploie l’une ou l’autre, le sens du texte est le même. Si l’on parle «d’une occasion favorable », il va sans dire qu’il s’agit d’une occasion favorable avant la fête, d’après la décision des prêtres (verset 2). Wasnirz (Il, p. 78) pense aussi que le terme eüxalpws correspond à la décision du Sanhédrin et dit très justement que la mention de cette décision ne s’explique que si les prêtres ont pu mettre leur projet à exécution.
3 WeLLHAUSEN, Me., p. 114 et s., Jon. Wirss, etc.... À mentionner également l’étude de M. Gocuer, Les sources du récit johannique de la Passion. Voir pour la question qui nous occupe, p. 20 ets.
5a ESSAI HISTORIQUE SUR LA SAINTE-CÈNE
tion de la décision du Sanhédrin. Le plan des prêtres a donc échoué? L’on n’en dit pas un mot, l’on n’éprouve pas le besoin de donner une explication !
Remarquons, du reste, que cette donnée est fausse.
Qu'un auteur, s’adressant à des pagano-chrétiens, dise comme au verset 1: « Deux jours après, c’étaient la Pâque et les pains sans levain », cela peut se comprendre, puisqu’à la façon de compter romaine, c’était bien le même jour qu'avait lieu la fête de Pâque et que commençait celle des pains sans levain, qui suivait immédiatement le repas pascal, le 14 Nisan, deuxième soir. Pour ceux qui ne comptaient pas les jours comme les Juifs, c’était donc en somme pendant la même journée que l’on fétait la Pâque et que s’ouvrait la fête des pains sans levain.
Mais il est inconcevable qu’un auteur juif écrive : «le premier jour des pains sans levain où l’on immolait la Pâque » ; cette assimilation complète des « Pains sans levain » à «la Pâque » constitue une grave erreur et autorise à mettre ce récit en suspicion !.
En effet, comme l’a montré CawoLsow?, le nom de « fête des pains sans levain », ‘ag Hammassôt (nxDn àn), les Azymes, en grec (rà ävua), n’était jamais donné au 14 Nisan, qui, lui, s'appelait « le jour de la Pâque »; il ne servait qu’à désigner la fête qui durait du 15 Nisan (premier soir) au 21 (actuellement au 22). «Le premier jour des pains sans levain » désigne toujours le 15 Nisan; il ne désigne jamais le 14. Il en est ainsi dans le Pentateuque, le livre des Jubilés, Philon, Josèphe, la Mischna, le Talmud, les écrits rabbiniques du moyen âge, et il en est encore de même aujourd’hui #. C’est une faute positive que d’assimiler «le premier jour
1 La même erreur se retrouve dans Luc XXII, 1 et 7. s P.51ets:
5 Voir CawoLson.
des pains sans levain » à «la Pâque». Car il y a ici assimilation; ce qui n’est pas le cas au verset 1.
Toute la suite de l’histoire de la Passion prouve l’inexactitude de la donnée chronologique de Marc XIV, 12.
Nous signalons, pour commencer, le verset 42 du chapitre XV : « comme c’était un jour de préparation, c'est-à-dire une veille de sabbat » (éxei ñv tapacxeut, 6 éottv poodfBaroy).
On peut s’étonner qu’un jour de grande fête, comme le premier jour des pains sans levain, soit appelé « jour de préparation ». CawoLrsoN! affirme que le terme de préparation (rapacxeur) ne pouvait être appliqué au 15 Nisan. Il semblerait donc résulter de ce verset que le crucifiement a eu lieu un jour ouvrable, et non un jour de grande fête. Nous croyons, avec CnwoLson, que cette déduction est parfaitement légitime ?. Cependant, étant donné qu’il était permis de cuire des aliments le 15 Nisan (bien que ce jour fût sabbatique) et que le vendredi était appelé « préparation » (rmapaoxeur) en tant que jour de préparation des aliments pour le lendemain, que par conséquent il se pourrait — ce qui est peu probable — que le 15 Nisan eût été désigné, quoique jour de grande fête, par le terme de « préparation», cette déduction a besoin d’être confirmée.
Elle l’est par une série de faits que nous allons exposer.
2 Nc ne voyons pas la nécessité de supposer avec Joh. Weiss (À. E., p. 285) et Waswirz (II, p. 76) que primitivement il s’agissait, dans ce passage, comme dans Jean XIX, 14, de la préparation de la Pâque.
3 Crwoson; Gæœrz, p. 129. Miscuna, Beza, V, 2 : « Il n’y a aucune différence entre le jour de fête et le sabbat, sinon pour la préparation des aliments. »
Il ne s’ensuit pas, contrairement à ce que dit Jean RÉvILLE, p. 127, que le 15 Nisan ne fût pas sabbatique.
1. Marc nous raconte que Judas vient à Gethsémané avec une troupe armée d’épées et de bâtons (6yhoç per payap® xai EGhwv, XIV, 43).
D’après la Mischna, il n’est pas permis de porter des armes le jour du sabbat. Et comme il n’y a de différence entre le sabbat et les jours de fête que sur le point mentionné plus haut, nous en déduisons qu’il était interdit de sortir armé de tels jours !. Ce qui est dit du sabbat s’applique aux jours de fête. Et particulièrement la prescription relative au premier et au dernier jour de la fête des pains sans levain était très précise?.
Le 15 Nisan était donc considéré comme un sabbat >? ; il ne se distinguait de celui-ci que par l’autorisation de cuire des aliments. Or, l’on sait qu’au temps des Macchabées et au temps de Pompée, les Juifs refusaient de combattre le jour du sabbat, et se laissaient massacrer plutôt que de porter des armes ce jour-là‘.
Dira-t-on que la troupe conduite par Judas est composée de païens? Il n’en reste pas moins à expliquer comment il se fait qu’un des disciples qui accompagnent le Christ, a pu tirer une épée. Et puis, le IV° Évangile, qui nous parle, en effet, de soldats romains, a commis sur ce point une erreur. C’est le Sanhédrin seul qui arrête Jésus. Il ne peut être question de soldats romains avant que l'affaire ait été portée devant le procurateurÿ.
1 Branor, p. 285, 303. CawoLson, p. 6.
3 Exode XII, 16; Lévit. XXIIT, 7 ; Nombres XXVIIL, 18, 25.
3 Voir Sraprer, III, p. 114.
4 Voir: 1 Macc. II, 34 ets. ; 2 Macc., XV, 1 ets.; JosèPue, C. Ap. I, 22; Ant. XIV, 8, 2; De bello judaïco I, 7, 3. Dion Cassivs, 37, 16.
5 Srapren, ÎIl, p. 165-167. Bousser, Schr. J. W. Il, p. 842, 843.
2. La réunion du Sanhédrin, rapportée par Marc XIV, 53 et suivants !: «tous s’assemblent, les chefs des prêtres, les anciens et les scribes » (ouvépyovrar mavrec où dpytepets Xa oi TpecDUTepor xai où Ypaupareis) ne peut avoir eu lieu le 15 Nisan, après la célébration du repas pascal? Il était interdit au Sanhédrin de siéger un jour de sabbat ou un jour de fête. On en vint même peu à peu à ne tenir de séance ni le vendredi ni la veille d’une fête, afin de ne pas risquer, au cas où l'affaire traînerait en longueur, d’empiéter sur le sabbat ou sur le jour de fête.
S’agissait-il d’une action criminelle, dont le châtiment serait la peine de mort? Il est dit expressément que la séance ne peut avoir lieu ni un vendredi ni une veille de fête, parce que la sentence doit être immédiatement mise à exécution, et qu’elle ne peut l’être les jours de sabbat et de fête ?.
Si donc les membres du Sanhédrin s’étaient réunis le 15 Nisan, c’eût été une profanation de la loi, profanation officielle, publique, en comparaison de laquelle les transgressions de Jésus, contre lesquelles s’élevaient si violemment scribes et pharisiens, n’étaient que des peccadilles #.
On dit : cette séance du Sanhédrin n’est pas une vraie séance ; il ne s’agit pas d’une condamnation régulière. Quelques membres du tribunal veulent simplement chercher ensemble quels sont les moyens à employer pour faire mourir Jésus.
1 Mt. XXVI, 57 et s., Le. XXII, 66 et s.
2 Wasxirz, Il, p. 79. Jou. Weiss, À. E., p. 285; Schr. I, p. 201. Sprrra, p. 241. HerTmüLien, p. 26. Cawozson, p. 6 et 7.
3 Miscuna, Beza, V, 2 ; Sanhédrin, IV, 1,6. Tarmun, Sanh., fol. 35 a et 6.
# Cf. Jon. Weiss, Schr., I, p. 201.
5 CF. RÉvILLE, p. 126-127.
Mais, à supposer même que cette séance n’ait pas été une vraie séance, on a de la peine à se représenter ces sacrificateurs et docteurs de la loi envoyant prendre Jésus aussitôt après avoir mangé le repas pascal, en pleine fête, et, pendant la nuit qui suit cette solennelle cérémonie de la Pâque, discutant sur la façon dont on pourrait se débarrasser le plus vite du Nazaréen! Il faudrait qu’ils fussent tombés à un niveau moral et religieux bien bas, pour profaner à ce point par leur haine cette fête émouvante et pour que le souvenir des délivrances accordées par Jahveh aux pères ne produisit dans leurs cœurs aucun apaisement. La Pâque ne devait-elle pas être pour eux comme une trève-de-Dieu ?
Et puis, sur quel texte s’appuyer pour prouver qu'il ne s’agit pas d’une condamnation régulière? Le Sanhédrin condamne Jésus, voilà ce que nous savons. Cette condamnation, prononcée pendant la nuit d’une fête religieuse nationale, quand bien même elle ne serait pas réqulière, ne s’expliquerait pas mieux que la réunion du Sanhédrin, de la part de sacrificateurs et de docteurs de la loi.
Ainsi donc, même au cas où ces séances n’auraient été qu’officieuses, elles n’auraient guère pu se tenir le 19 Nisan. À plus forte raison, n’ont-elles pas eu lieu à ce moment, si elles ont été régulières, et les Synoptiques laissent penser qu’elles le furent. Srarrer! les considère comme telles et affirme d’autre part? que « le 15 Nisan..., le repos... était observé aussi strictement que celui du sabbat». Mais alors comment ce même auteur peut-il concilier ces deux affirmations avec cette troisième : que c’est pendant la nuit qui suivit le repas pascal que Jésus fut pris et jugé? On ne le voit pas.
1 III, chap. VIII et IX.
2 LE, p. 114,
3. Le Sanhédrin renvoie Jésus à Pilate. Pilate propose aux Juifs de leur relâcher un prisonnier!.
La coutume à laquelle il est fait allusion ici, ne s’explique-t-elle pas en tant que mesure permettant au prisonnier de célébrer la Pâque avec tout le peuple? Or, dans ce cas, il était trop tard de le relâcher le 15 Nisan. La dernière limite était l’après-midi du 142.
4. Simon de Cyrène revient des champs (éoydwevov at” æyeoùd), lorsqu'il rencontre le cortège montant au Calvaire 5.
D’après Cawozson “, l’expression grecque que nous venons de citer correspondrait à l’hébreu 57v# 19 Na, qui signifie dans la règle : revenir du travail des champs*. Et il est de fait que ce sens-là se présente à l’esprit avant tout autre. Mais il était interdit de travailler aux champs un jour de fête. Traduit-on : « qui venait de la campagne », en s'inspirant de Marc XVI, 12 : «... à deux d’entre eux qui se rendaient à la campagne » (ropevouévois sis &ypôv), «la campagne» étant prise ici en opposition à « la ville», la difficulté reste à peu près la même, puisqu'il n’était pas permis de s’éloigner, le jour du sabbat, de plus de 2000 coudées de la ville6, soit un peu moins d’un kilomètre.
5. Il est inadmissible que Joseph d’Arimathée aille trouver le procurateur romain un jour de fête juive aussi important que le 15 Nisan ; il est impossible qu'il
1 Mc. XV, 6 et s. (Mt. XXVII, 15).
2 SPITTA, p. 214, 241.
3 Mc. XV, 21 (Le. XXIII, 26).
s CF. Genèse XXXIV, 7 ; Juges XIX, 16.
6 Cf. Mt. XXIV, 20 : «Priez pour que votre fuite n'arrive ni en
hiver, ni un jour de sabbat » (rposetyeofe dé iva ph yévntat ñ puyn bpév xemuovos unôë cafBdtw). Lorsx, IL, p. 422. Gœrz, p. 129, cite JosèpHe, Ant. XIII, 84.
ait acheté ce même jour un linceul et enseveli Jésus! : c’eût été enfreindre la loi. Les femmes dont parle Luc? ne pouvaient pas non plus préparer le premier jour des pains sans levain des aromates et des parfums.
Nous n’invoquerons pas, à l’appui de notre thèse, le crucifiement lui-même, puisque l’exécution était Paffaire des Romains, non des Juifs, que les Juifs n’avaient pas à s’en occuper. Cest ce que Sraprer a fort bien montré : «Il est vrai que les Juifs n’exécutaient pas un jour de fête; mais la croix n’était pas un supplice juif, elle était un supplice exclusivement romain®... ... Le supplice étant romain, l'exécution devait être romaine, commandée par les Romains, faite par les Romains, avec un appareil militaire ; Jésus devait être abandonné «aux méchants », comme on disait alors »6.
Mais il n’en résulte pas — cela saute aux yeux — que le Christ soit mort le 15 Nisan, et SraPprer a tort de dire?: « On ne réfléchit pas qu’une crucifixion était beaucoup plus difficile la veille du 15, dans lPaprès-midi du jour où lon tuait les agneaux au temple, que le lendemain. Tout le peuple était occupé, l’après-midi du 14, aux préparatifs de la fête du soir, et beaucoup plus absorbé par celle-ci qu’il ne l'était le lendemain matin 15, où il avait d’autant moins à faire que le repos était absolu, »
Du moment que le crucifiement est l’affaire des Romains, qu'importe que le peuple juif soit plus ou moins occupé le 14 que le 15 Nisan? Un peu plus haut, du
1 Mc. XV, /42ets. (Mt. XXVII, 57 et s.; Le. XXII, 5o et s.). 2 XXII, 55-56.
3 GŒTZ, p. 129.
# Jon. Weiss et HerrmüLier ne sont pas de cet avis.
S JTE, p. 115.
5 INT, p. 2o7 ets.
7 OI, p. 115.
reste, SraPreR dit lui-même : « Telle qu’elle se passa, ce fut une fort petite affaire que ce supplice de Jésus. »
Tous les autres faits prouvent clairement, nous semble-t-il, que d’après Marc lui-même, Jésus n’a pas été crucifié le premier jour des pains sans levain, mais un jour ouvrable, au plus tard le 14 Nisant.
Nous trouvons donc dans le second évangile la même tradition que dans le quatrième.
Cette tradition est confirmée par l Évangile de Pierre, où nous lisons : «et il (Pilate) le livra au peuple, la veille des Azymes, leur fête » (xai mapédwxey abrov To Aug moù puis Tüv aCouev, TA Éoprñç abr@v), ? — et par les Actes de Pilate3. Et le témoignage de l'Évangile de Pierre serait d’autant plus important que, d’après Spitra #, cet écrit ne dépend en aucune façon du IV* Évangile.
On pourrait ajouter que HrippoLYTE, IRÉNÉE, CLÉMENT d’ALEXANDRIE, APOLLINAIRE, pOur ne nommer que quelques-uns des plus anciens Pères, enseignaient que Jésus a souffert comme victime pascale, mais qu’il n’a pas mangé la Pâque. Gærz, à qui nous empruntons cette observation ÿ, renvoie à ScHürer 6 et cite cet intéressant passage d’Hrppozyre : « le [dernier] souper, il [le Christ] l’a vraisemblablement pris avant la Pâque ; la Pâque, il ne l’a pas mangée, mais il a souffert comme un agneau pascal (/ttéralement : « mais il l’a soufferte »), car ce n’était pas le moment de manger [la Pâque] » (etxotec
1 Voir à ce sujet l'opinion d'Auc. Sasarier dans l’£ncyclopédie de Lichtenberger. Art. Jésus-Christ, p. 377.
2 Voir Lops, o. c., p. 17, 34, 69 ; Gœrz, p. 126 ; SPiTTA, p. 241-
8 Acta Pilati, Bd. XI, 2, 310, éd. Tischendorf. Cit. par Gærz, P- 126.
6 De controvers. paschal., p. 21 ets.
rù pèv demvov édeimvnoev mpù rod mdoya, rù dè mécya oùx Épayev, GA’ Émabev: où JÈ yap xaupds tv This Ppésewc). ! « Il serait très surprenant », ajoute Gærz, « que des Pères comme Hippolyte et Clément d'Alexandrie partageassent cette opinion, simplement pour l'avoir trouvée dans le IV® Évangile. Leur point de vue ne s’explique que s'ils avaient le sentiment de suivre non seulement la tradition du IVe Évangile, mais la vieille tradition de la communauté chrétienne, qui, en réalité, plongeait ses racines dans une forme des trois premiers évangiles concordante aux données du quatrième » (relativement à la date de la mort du Christ).
Aïnsi donc, d’après le second évangile lui-même, Jésus est mort un jour ouvrable. |
Il faut cependant ajouter : d’après le second évangile, à l'exclusion de Marc XIV, 12-26.
Que penser de cette péricope ? Nous avons déjà fait remarquer l’inexactitude de la donnée chronologique du verset 12, et comme elle est, au fond, la seule donnée sur laquelle se fonde l'affirmation que Jésus a été crucifié le 15 Nisan, qu’elle se trouve contredite par toute une série de faits importants, il nous semble que l’on est autorisé à donner la préférence à ces faits.
Cawozson ? a supposé une erreur de copiste. IL part de l’évangile de Matthieu (XXVI, 17-19), qu’il considère comme primitif par rapport aux deux autres. Cet évangile aurait été écrit en hébreu. Le copiste aurait eu un
1 Hippoiyre, Fragm. 13, 92, éd. Lagarde.
8 P. ro ets.
texte dans lequel les mêmes lettres p, 7, 2, 1 se seraient suivies deux fois :
IDDN 129PY 219P NVUIT WDTp NOV, ce qui signifie : « Le premier jour des pains sans levain approchait et les disciples s’approchérent, etc. » Il aurait laissé tomber le premier 31 . Comme la phrase serait devenue, par là-même, incorrecte, on aurait ensuite ajouté un 2 au commencement, d’où l'erreur : « Au premier jour des pains sans levain. »
Malheureusement, l'hypothèse de CawoLson repose sur hypothèse absolument gratuite que le premier évangile comme tel a été écrit en hébreu. D’après Pavis on peut dire unanime des critiques, les Logia de Matthieu ne contenaient pas ce récit {, et notre évangile, dans ce passage, dépendrait d’une source grecque.
Et puis, remarquons que XX VI, 2 a déjà parlé de l’approche de la fête : « Dans deux jours aura lieu la Pâque. » Pourquoi, quinze versets plus loin, écrire une phrase analogue : « Le premier jour des pains sans levain approchait » ? Il s’est pourtant écoulé un certain laps de temps entre le commencement du chapitre et le verset 17. Si nous sommes au 13 Nisan, comme le pense Cawozson, n’était-il pas plus naturel d’écrire : « Le lendemain, c’était la Pâque » ? Une expression aussi vague et indéterminée que celle-là « approchait », ne convient pas dans ce contexte.
Nous ajouterons que s’il est vrai que nos auteurs bibliques ne font pas de « style », la tournure 1291 2p semble cependant quelque peu difficile à admettre. En outre, l’auteur aurait fort bien pu employer un autre verbe que 2. Cawozson traduit « s’approchèrent » (xeo6%\8ov) par 127p1 ; rien n’empêche de rendre ce verbe grec par le verbe hébreu v33 : 1537. C’est le verbe em-
1 PiEPENBRING, J. A, p. 17-41. Jon. Wuiss, Schr. I, p. 390.
ployé dans le Nouveau Testament hébreu que nous possédons !. Et alors, à supposer que la phrase commençât par les mots : « Le premier jour des pains sans levain approchait (21p)», comment expliquer l’omission de ce 27p ?
Cette hypothèse de Cawozson doit donc être abandonnée ?.
Nous sommes ainsi ramenés à notre question : Que penser de cette péricope ?
Sprrra $, combattu par Jon. Weiss *, Loisy Ÿ et RéviLe 6, voit dans les versets 12 à 16 une interpolation postérieure. Il fait remarquer qu’au verset 17 il est dit que Jésus vient « avec les douze », ce qui, d’après lui, n’est pas possible, puisque deux disciples sont allés en avant à Jérusalem pour préparer le repas.
L’argument n’a pas grande valeur. Pourquoi les deux disciples, une fois les préparatifs terminés, ne seraientils pas allés à la rencontre de Jésus et de leurs collègues ? T « À quoi pouvait servir ce va-et-vient essoufflant ? » (Wozu dieses atemlose Hin und Her ?), demande Spirra. Mais si cela faisait plaisir aux apôtres d’aller au-devant du Maître qu’ils aimaient, pour lintroduire eux-mêmes dans la salle qu’ils avaient préparée avec amour ?
Il est également permis de supposer que les expressions synonymes « les douze » (oi dédexx) et « les dis-
1 Leipzig, 1878.
2 NiCOLARDOT, p. 290-291 conclut de même.
3 P. 221 et s. HerrmüLcer, p. 26, semble être de l’avis de Sprrra.
5 II, p. 510, n. 7.