‹ Essai Historique sur la Signification Primitive de la Sainte-CèneChapitre 16 sur 40 · GP · texte numérisé non relu

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7 B. Waiss, Das Marcusevang. u. seine synopt. Parallelen, p. 448, n. 1. Cit. par SPrrrA, p. 227.

Voir aussi Wasnirz, Il, p. 76. Lorsx, IL, p. 510, ne pense pas que ces disciples étaient revenus auprès de Jésus.

ciples » (oi maôntai) étaient couramment employées l’une pour l’autre, et que l’auteur se sera servi, sans réfléchir davantage, de la première.

L’interpolation, telle que Serrra la comprend, serait bien maladroite, et l’inexactitude qu’il signale serait, en fin de compte, imputable à l’interpolateur lui-même, car ou bien le verset 17 est une note rédactionnelle dont il est l’auteur !, ou bien il existait déjà, mais dans ce cas il était facile de substituer les termes « avec les disciples » (uerx Tüv ualrrv) à ceux de « avec les douze » (uerà rüv dédexa).

A regarder de plus près, l’on a lieu de croire que les versets 12 à 26 forment un tout. La même préoccupation se retrouve dans les versets 12 à 16 et 22 à 26: présenter la cène comme un repas pascal.

Ces versets 12 à 26 se rattacheraient eux-mêmes au récit de l’onction (versets 3 à 9) et ces deux péricopes appartiendraient à une tradition que l’on nous permettra d’appeler la tradition béfhanienne, parce que le bourg de Béthanie y joue un grand rôle.

D’après cette tradition, en effet, Jésus, pendant son dernier séjour à Jérusalem, aurait passé la journée au temple et chaque soir serait rentré à Béthanie pour y passer la nuit ?.

Si telle est la coutume de Jésus, comment se fait-il que Judas, au lieu de se diriger avec la troupe à Béthanie, se rende au Mont des Oliviers, et qu'il y trouve effectivement celui qu’il trahit ?

On le voit : il y a là deux traditions en présence, l’une d’après laquelle Jésus passe ses nuits à Béthanie, — l’autre d’après laquelle Jésus passe ses nuits au Mont des Oliviers ÿ.

1 Jon. Waiss, À. E., p. 292.

2ICEEXT, Titre; 3 Jon. Weiss, À. Æ., p. 292. Nous sommes tenté de voir dans XI, 19:

Le mélange de ces deux traditions est visible encore ailleurs.

Ainsi, d’après les versets 12 à 26 (tradition béthanienne), Judas est avec le Christ et les apôtres, et soudain nous le voyons apparaître à Gethsémané (XIV, 43), à notre grand étonnement, car nous ne sommes pas censés savoir qu’il a quitté le Maître.

On peut se demander si le récit de l’onction n’était pas primitivement après XI, r1! et si le rédacteur, trouvant la mention du départ pour Béthanie, le premier soir du séjour de Jésus à Jérusalem, n’a pas transformé en habitude un acte de Jésus purement occasionnel. I] aurait déplacé l’onction, qui a eu lieu à Béthanie, afin d’avoir une mise en scène pour le repas pascal (les versets 12 à 16), car si le Christ passe la nuit au Mont des Oliviers, comme cela ressort de l’autre tradition, il doit prendre ses repas à Jérusalem dans une maison amie, mais alors le récit de la préparation (12-16) n’a plus aucune raison d’être.

Cette mise en scène (12-16) est, du reste, visiblement inspirée de XI, 1-6 ?. Le parallèle entre les deux récits est frappant.

La péricope 12 à 26 appartient donc à la tradition béthanienne, qui est, semble-t-il, un produit de la réflexion, et comme la série de faits mentionnés plus haut contredit la donnée chronologique du verset 12, c’est évidemment à cette série de faits qu’il faut donner la préférence.

« Et quand venait le soir, ils sortaient de la ville » (xai Gtav oÿè èyeveto, kfexopetovro ÉEw tis x0Xews) un reste de la tradition « gethsémanéenne » (que l’on nous permette encore cette expression commode).

1 Jon. Weiss le place avant l’entrée à Jérusalem, conformément à la donnée du IVe Evangile.

2 Jou. Weiss, Schr. I, p. 202 ; À. Æ., p. 288. Nicocanpor, P. 291. WELLHAUSEN (Mc. p.117) dit carrément : unhistorisch. M. Gocuez, Év. de Marc, p. 257.

Ce verset 12 écarté, il ressort clairement du récit de la Passion que le Christ a été crucifié non le 15 Nisan, jour de grande fête, jour sabbatique, mais un jour ouvrable, au plus tard le 14.

Nous avons parlé de Marc. Les deux autres évangiles dépendent de lui. Les quelques divergences de détail que l’on signale se comprennent facilement comme tentatives de la part de Matthieu et de Luc de mettre de Punité dans le récit !.

Luc dit nettement que Jésus passe la nuit au Mont des Oliviers : « Le jour, il restait au Temple et y enseignait, mais il allait passer les nuits hors de la ville, sur la montagne appelée des Oliviers » (ñv dë raç mépas ëv Tr tep@ didacxwv, Tac Jè vünras SÉepyômevos noMero els Td 0poç To xahoüwevov élu@v, XXI, 37) ; «il sortit et, selon sa coutume, il se dirigea vers le Mont des Oliviers » (at 2ÉeX0ov émopetln xara Tù ÉÜoc ei Tù Opos Tv EX, XXII, 39).

L’incohérence des deux traditions subsiste quand même. Ainsi XXII, 7, on ne sait pas d’où Jésus envoie les disciples. Est-ce du Mont des Oliviers, où Jésus passait ses nuits ? Est-ce du temple, où il restait jusqu’au soir ?

Luc ne parle pas de l’onction ; c’est probablement qu’il a un récit parallèle (VII, 36-50). À remarquer aussi que les disciples envoyés pour préparer la Pâque portent des noms; ce sont Pierre et Jean, précisément les deux apôtres qui jouent un rôle si important dans les Actes.

1 Luc XXI, 37 ; XXII, 14 ; XXII, 39.

Quant à Matthieu, suivant son habitude, il dramatise, en mettant dans la bouche de Jésus ce que les autres donnaient simplement comme une indication chronologique dans le style narratif (XXVI, 1-2)!, et en nous faisant assister à l’entretien de Judas et des prêtres (XXVI, 15)2. Chose curieuse, il abrège Marc XIV, 12- 16 (Matthieu XX VI, 17-19). Pourquoi ? Nous lignorons. Comme il développe souvent le texte de Marc, il lui arrive de labréger. Il le modifie comme bon lui semble.

Ces divergences ont peu d’importance; Marc est bien à la base des récits du premier et du troisième évangile. Et ceci vient encore appuyer notre thèse. Il faut que l’auteur du troisième évangile ait eu de sérieuses raisons pour se séparer de Marc, lorsqu'il s'agissait de rapporter les actes et les paroles du Maître pendant son dernier repas, d’autant plus que comme Marc il admet que ce souper fut le repas pascal, — de sérieuses raisons pour ne pas faire la moindre allusion à une parole aussi importante que celle de l’alliance, qui convient parfaitement à la situation historique telle qu'il se la représente.

D'après les S'ynoptiques eux-mêmes, Jésus est donc mort un jour ouvrable, au plus tard le 14 Nisan.

Telle est la conclusion à laquelle nous a conduits notre étude. Le dernier repas de Jésus avec ses disciples a donc eu lieu au plus tard le 13 Nisan (second soir, premier soir du 14). Il s’agit maintenant de savoir si ce repas fut, comme on le prétend généralement, un repas pascal.

1 On peut rapprocher de cette introduction les finales ou les exordes suivants : VII, 28; XI, 1; XIII, 53 ; XIX, 1.

2 NicocarDor, p. 73. J. Wriss, Schr., p. 390. Lorsy, Il, p. 492, 503.

3 M. GoGuez aboutit au même résultat : L’Æuch., et Les Sources.

$ 2. La Cène et le Repas pascal.

On sait que le repas pascal était célébré le 14 Nisan second soir. Si donc le Christ est mort le 14 Nisan, le repas pris le 13 au soir ne peut avoir été pascal, semble-t-1l.

Certains auteurs, cependant, affirment le contraire. Le Christ, disent-ils, a anticipé la Pâquet.

Nous savons, d’après Nombres IX, 10, 2 Chroniques XXX, 1,* que dans certaines circonstances l’on pouvait célébrer la Pâque un mois plus tard, mais nous n’avons aucun renseignement relativement à une Pâque anticipée. L’agneau pascal devait être sacrifié au temple Paprès-midi du 14; le particulier ne pouvait pas limmoler lui-même. Le 13 au soir (14 premier soir), Jésus n'aurait donc pas pu avoir d'agneau. Un repas pascal sans agneau pascal et sans « pains sans levain» (les évangiles disent donc « pain » &ptos, et non «pains sans levain», &fvua), voilà un singulier repas pascal! «Jésus s’affranchit de la forme usitée alors pour le mode», écrit Goper, ? «aussi bien qu’il s’affranchit de la loi ellemême pour le jour ».

Mais alors, que reste-t-il du caractère pascal à ce repas ?

On dit* : Jésus ne pouvait aller au temple; son arrestation était décidée, par conséquent il ne lui était pas

1 BryscuLaG, Das Leben Jesu. Halle, 1886. 1, p. 365-373; IL, p. 426.

Goper, Luc Il, p. 339 ets.

Wasnirz, Il, p. 76. 1, p. 100-130.

2 Et versets 13 à 15. Cf. encore JosèPxe : De bello jud. VI, 9, 3.

4 Goper, WABNITZ.

possible d’avoir un agneau pour le repas du 14. L'on oublie que les prêtres eux-mêmes avaient dit : «Rien pendant la fête» (un ëv rñ éoprÿ). Comment donc auraient-ils empêché Jésus de monter au temple pour le sacrifice de l’agneau, et de célébrer la Pâque ?

De plus, Jésus vraisemblablement ne savait pas que son arrestation était décidée. Enfin, une arrestation au temple risquait de produire du désordre, ce que les prétres cherchaient à éviter : « de peur qu'il n’y ait du tumulte parmi le peuple » (un more £otar 06puBos Toù Axod). C’est par ruse (év ô6kw) qu’ils voulaient s’emparer de lui. Même si Jésus avait eu connaissance de la ferme intention des prêtres de mettre la main sur lui, nous ne pensons pas qu'il eût manqué à ses devoirs de fils d'Israël, qu’il se fût dispensé de monter au temple, pour le sacrifice de l’agneau. L’idée, du reste, ne pouvait lui venir qu'à ce moment-là, en plein temple, alors qu’il manifesterait son attachement aux coutumes religieuses de son peuple, on l’arrêterait !

Cawozson!, que nous avons souvent cité, a émis l'hypothèse suivante :

L’année de la mort de Jésus, le 15 Nisan étant un sabbat, au lieu de sacrifier les agneaux le 14, on les sacrifia le 13, un jour plus tôt, dans la crainte de ne pas pouvoir terminer l’immolation avant le commencement du sabbat. Comme limmolation seule était officielle, mais que manger la Pâque était affaire privée, les uns (Jésus, par exemple) la mangèrent tout de suite (13 second soir — 14 premier soir), — les autres, tels les Sadducéens, le r4 second soir, à la date habituelle.

C’est pourquoi ceux-ci, lorsqu'ils mènent Jésus au prétoire, n’y entrent pas. Ce serait contracter une souillure qui les empêcherait de célébrer la Pâque. Jean le

1P,.12ets.

dit expressément : «Eux-mêmes n’entrèrent pas dans le prétoire, afin de ne pas contracter de souillure et de pouvoir manger la Pâque» (ædrot oùx eilcñAlov eis ro TEALTOPLOV, (VX LA LuavDGow dAAX péywow To résya)!.

Ingénieuse hypothèse, soutenue avec un appareil d’érudition remarquable.

Cependant, si les choses s’étaient passées ainsi, il serait bien étonnant qu'il n’y en eût aucun écho dans les évangiles. Pour l’auteur de Marc XIV, 12 et suivants, il s’agit bel et bien du 14 Nisan, «jour où l’on immolait la Pâque», et du «premier jour des pains sans levain», non de la veille.

Il faut ajouter les quelques considérations suivantes :

Ce qui seul fait penser à un repas pascal dans les récits Marc XIV, 12-26 (Matthieu XXVI, 17-30) et Luc XXII, 7-109%, c’est tout d’abord le récit de la préparation, mais ce récit — nous l’avons vu — ne peut être considéré comme historique; c’est ensuite la parole que Luc seul nous a conservée : « j’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous » (verset 15), qui provient d’une source, dont l’auteur, dominé par l'idée que le dernier repas du Christ fut un repas pascal, avait transformé la parole eschatologique, en lui faisant dire de la Pâque ce que le Christ avait dit du «fruit de la vigne ». C’est enfin la parole de Marc XIV, 24 et de Matthieu XXVI, 28 : « Ceci est mon sang, (celui) de Palliance»2. Or Luc, qui dans les versets 17 à 19? suit une tradition qui pour d’excellentes raisons doit être préférée aux autres, ne la possède pas.

1 Jean XVIII, 28.

3 Nous croyons qu’il y a bien là une allusion à la Pâque, quoiqu’en disent Sprrra (p. 238-239), Haupr (p.21), Barirroz (p. 36-37) et Horrmanx (ce dernier cité par SCHÆFER, P. 127).

Le rapport avec Exode XXIV, 3-8 n’exclut pas le rapport avec l'idée représentée par la Pâque, comme nous le verrons plus loin. Cf.

Les défenseurs de la thèse du repas pascal invoquent encore le verset 26 de Marc (Matthieu XXVI, 530) : «Après avoir chanté, ils partirent pour le Mont des Oliviers » (xai iuvioavtes 2%) 0ov ic To 0p0ç Tv éuov). Il s’agit, dit-on, des hymnes qui terminaient le repas pascal. C’est évidemment ce qu'ont pensé Lurner et les traducteurs français OSTERVALD, ARNAUD, SEGOND, OLTRAMARE, STAPFER, qui traduisent : «Après avoir chanté /e cantique », ou «/’hymne », ou « les cantiques », ou «les psaumes», Lurner : «den Lobgesang ».

Pour eux, cela ne fait aucun doute : le Christ et les apôtres ont chanté le Æallel (psaumes CXIII-CX VIN). Mais rien n’est moins prouvé. Le texte grec porte : duvicavre, sans aucune détermination; la traduction la plus fidèle ne peut qu'être : « Après avoir chanté». Ce simple mot duvnoavres n'indique pas qu'il s’agit d’un hymne rituel‘. Remarquez que Luc qui considère le repas comme pascal, ne dit rien de ces chants, pas plus que de «l'alliance ».

Enfin, il n’est pas sûr que le chant des cantiques terminât le repas. Sprrra ? prétend que c'était la quatrième coupe, sauf dans un cas particulier, celui où l’on ajoutait une cinquième coupe.

Voilà tous les passages qui peuvent être invoqués en faveur de la thèse du repas pascal. Le pain et le vin ne sont pas des signes caractéristiques de la Pâque*. Il faut

Logstein, p. 50-66; ScamEDEL, p. 133 et s., p. 146; LiCHTENSTENN, p. 63. SCHÆFrER, p. 127 et s. semble douter de ce rapport, mais quelques pages plus loin (p. 249), il écrit : « Le repas pascal était bien «le repas d'alliance » de l’Ancien Testament. »

Jean Révizze, Q. É. p. 288 : «[Le repas pascal] était un banquet commémoratif et [l'agneau pascal] un signe de l'alliance [c’est nous qui soulignons] entre Dieu et son peuple. »

1 SPITTA, P. 237.

2 P. 236. Il cite 7r. Pesachim, X, 8.

3 HAuPT, p. 20.

vraiment mettre beaucoup de bonne volonté et d’imagination pour dire que dans ces récits «tout est plein d’allusions aux rites du repas pascal!. »

Il est facile, au contraire, de relever maints traits qui semblent exclure le rapport établi, déjà par les Synoptiques eux-mêmes, entre ces deux repas. Jean RÉvILLE, qui ne partage pas cette façon de voir, reconnaît cependant que « la description du repas dans les Synoptiques ne suit pas le rituel du repas pascal » ?. Cet aveu est précieux, quoique JEAN Révizre s’empresse d’ajouter que la tradition ne se préoccupait que de noter ce qu’il y avait de nouveau et n’avail pas le souci de reproduire le rituel de la Pâque, connu de tous.

Voici les traits auxquels nous venons de faire allusion :

1. Dans le repas pascal, la bénédiction surtt la rupture du pain, contrairement à ce qui se fait dans les autres repas juifs #. Or, dans nos récits, Jésus bénit d’abord comme 1l le fait lors de la multiplication des pains et au repas pris avec les disciples d'Emmaüs.

2. Dans le rituel de la Pâque, il n’y a aucun parallèle à nos « prenez », « mangez », « buvez » ; tous les participants mangent et boivent sans y être invités; même les plus pauvres boivent des quatre coupes.

3. Il semble, d’après Luc XXII, 17, que Jésus n'ait pas bu lui-même, ce qui est contraire au rituel pascal. Le président devait boire. Et ceci est d’autant plus important que c’est dans Luc que nous avons la parole: « j'ai ardemment désiré, etc... »

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