‹ Essai Historique sur la Signification Primitive de la Sainte-CèneChapitre 2 sur 40 · IP · texte numérisé non relu

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salut seront le lot de ses disciples qui l’auront pris pour aliment. »!

C’est un cri de victoire : Le triomphe est proche! Il est assuré ! Aussi le caractère de ce repas n’est-il pas la tristesse, mais la joie.

Les affirmations de Jüricner et de Sprrra causèrent dans certains milieux un vif émoi et provoquèrent des répliques, comme aussi attirèrent l’attention des esprits non prévenus, qui devaient se sentir poussés à rechercher la part de vérité que pouvaient contenir ces thèses.

Nous avons donné dans notre bibliographie la nomenclature des travaux et des principaux articles sur la question. ?

Il faut faire une place à part aux études de ScHÆ&rER, EICHHORN, CLEMEN, SCHMIEDEL, ALBERT SCHWEITZER, JOHANNES HoFFMaAnN, GœrTz, JEAN Révizze et HerrmüL- LER. Nous ne pouvons songer à les analyser toutes. Nous ne dirons que quelques mots de celles de ScnwerTzer et de RéviLce, qui nous paraissent plus particulièrement dignes d’attention.

ALBERT SCHWEITZER passe en revue les diverses explications qui ont déjà été proposées pour la solution du problème. Il les groupe en deux catégories généra-

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3 Donazp BRUCE a fait l'historique de la controverse jusqu’à 1897. Voir son article : Une récente controverse entre théologiens allemands sur l'institution de la Sainte-Cène, dans la Revue de l’Histoire des religions. T. XXXV, p. 205-215. 1897.

On trouvera aussi le résumé des ouvrages les plus importants dans À. Scaweirzer, Das Abendmahl, I, et dans Lorsx, Æ. S. II, p. 535 à 538.

les : «celle qui s’appuie sur l’idée du repas commun, et celle qui s’appuie sur l’idée du symbole commémoratif de la passion. » !

Or il estime que ni les uns ni les autres de ces nombreux essais ne sont satisfaisants, ceux qui se rattachent à la première catégorie, parce qu’ils expliquent la cérémonie de la communauté primitive, sans expliquer le repas du Christ lui-même, — ceux qui se rattachent à la seconde, parce que s’ils expliquent ce repas, ils ne rendent pas compte de l’usage primitif de l’Église. ?

Tous les auteurs qui ont traité la question avant ALBertT Scaweitzer sont donc dans l'erreur. Ils ont, selon lui, tous commis la même faute, en partant de cette idée que pour expliquer la cène, il faut commencer par expliquer les paroles symboliques du Christ, comme si elles constituaient la cérémonie. Mais il ne s’agit pas d'expliquer la fête par ces paraboles; c’est au contraire celles-ci qui doivent être expliquées par celle-là. ÿ

On pensait jusqu’à aujourd’hui que Jésus demandait aux disciples d’absorber le pain et le vin qui leur étaient offerts, parce qu’il les avait désignés comme son corps et son sang. En réalité, ce n’est pas son corps que les disciples mangent, ni son sang qu’ils boivent, mais parce qu’ils mangent ce pain et boivent ce vin, Jésus appelle cette nourriture son corps et ce breuvage son sang. Les paraboles ne constituent donc pas la fête, et le problème n’est plus de savoir ce que signifient les paraboles, afin de pouvoir ensuite expliquer la cérémonie, mais ce que

1 C’est ainsi que Lorsy (Æ.$S. IE, p. 534) a rendu l’idée de Scawerr- ZER; NOUS n'avons pas trouvé de meilleure traduction de ce que le théologien de Strasbourg appelle : « das Genussmoment » et «das Darstellungsmoment », 1, p. 5.

2 ,,., kônnen nur die urchristliche, nie die Aistorische KFeïer erklären ;.... kônnen nur die Arstorische, nie die urchristliche Feïer erklären. I, p. 37.

signifie la cérémonie, afin de pouvoir expliquer les paraboles, autrement dit de savoir «dans quel sens la distribution du pain et du vin était un acte si particulièrement solennel, en rapport avec la mort de Jésus. »!

SCHWEITZER donne la préférence au récit de Marc qu'il tient pour authentique. C’est comme Messie, et Messie souffrant, que Jésus agit. Le problème de la cène est le problème de la vie de Jésus. Refaire une nouvelle vie de Jésus : voilà la seule voie à suivre pour trouver la solution du problème de la cène. ?

Jésus est le Messie en expectative ; il ne le sera de fait que quand viendra le Royaume, mais Jésus a la conviction que «le Royaume est proche ». Déjà au bord du lac de Génézareth, au soir d’un jour où il a enseigné la foule accourue de loin pour l’entendre, en Messie futur, à ceux qui doivent bientôt avec lui s’asseoir au festin messianique, comme s’il voulait par là leur conférer le droit d’y prendre part, il distribue solennellement les aliments. Mais ils ne le comprennent pas, parce qu'ils ignorent que celui qui préside ce repas est le Messie futur, et qu’il le préside en cette qualité. 3

A Jérusalem, ce n’est plus la foule, ce sont les disciples qui représentent la communauté des élus du Royaume. Au cours de son dernier repas, Jésus leur offre le pain et le vin. Mais ils savent alors ce qu’il pense de lui-même, car il leur a dévoilé le secret messianique. * Ils comprennent le rapport entre ce souper et le banquet du Royaume. Seulement les paroles symboliques leur restent obscures. Pour lui, pain et vin sont

2 Ein neues Leben Jesu : das ist der einzige Weg zur Lôsung des Abendmablsproblems. I, p. 62.

3 Il, p. 55-57 et 103.

# Nun wissen sie aber, was er von sich hält. Er hat ihnen sein messianisches Geheimnis enthüllt. Il, p. 57.

corps et sang, parce qu’ «avec sa mort viendra le Royaume »,! c’est là le secret des souffrances du Messie, et ce secret-là, ils ne pouvaient le saisir. ?

Ce souper n’est pas le repas pascal : le Christ est, en effet, mort le 14 Nisan, à l’heure de l’immolation des agneaux. ÿ

Quant à Jean Révizee, il est le seul — avec Gæœrz — à employer la méthode régressive. C’est ce qui fait en grande partie l’originalité de son travail.

Au lieu de partir des textes des évangiles et de celui de la première épître aux Corinthiens, RéviLce prend comme point de départ la description de l’eucharistie que donne Justin Martyr vers le milieu du second siècle, et remonte de là jusqu'aux documents les plus anciens, dont l'interprétation est aussi la plus discutée. Il recherche ensuite ce qui, à travers les divergences, ressort comme le fond commun à toutes les conceptions diverses du repas du Seigneur. C’est ce fond commun, penset-1l, qui doit être originel; c’est lui qui constitue le critère avec lequel notre auteur examine pour finir les relations des évangiles.

De son étude critique, il résulte que :

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