‹ Essai Historique sur la Signification Primitive de la Sainte-CèneChapitre 33 sur 40 · NI D · texte numérisé non relu

NI D

6 IL, p. 240; E. Æ., p. 115.

Ua et ic

9 N. Th. 1, p. 425; cf. IL, p. 108. Hdk., p. 227-228.

10 Zdb. Mc., p. 90.

18 Mc., p. 91.

13 À. SoxWwEITzER, Il, p. 6 et s., CLEMEN, p. 19-20, :BABUT, p. 103 et s., HozLmann, p. 52 et s., 62 et s., 99 et s., 125, A. SABATIER, o. c., p. 24et 25, H. Monnier, p. 290, GoGuEL, Ap. P., p. 226, 228, 23h et s. maintiennent l’authenticité. Par contre, dans Æuch., son dernier ouvrage, Goquec dit nettement que les derniers mots de Marc X, 45, sont «une addition paulinisante de quelque rédacteur de l’évangile ». (Cf. Ev. Mc., p. 205.) Nous renvoyons encore pour cette étude au célèbre ouvrage de Rrrscuz, II, 3me édit., p. 4r ets., 68 ets.

La doctrine de l’antipsychie, dont parle Henri Monnier, est contraire au fond même de l’Evangile.

L’on peut s'étonner à juste titre que le rédacteur de Luc, qui place la péricope immédiatement après le récit de la cène, ne cite pas la parole de Marc X, 45, qui représente une idée analogue à celle qui est exprimée dans la parole de l’institution sur le sang versé pour beaucoup. Et cela est encore plus surprenant si l’on admet l'authenticité des versets 19? et 20. On remarquera que dans les deux premiers évangiles, le verset qui ne se trouve pas dans Luc appartient à un autre ordre d'idées que les versets précédents!.

Cette fin est tout à fait inattendue. Nous avons là un écho de la prédication primitive.

A supposer que cette parole fût authentique, il ne faudrait en tout cas pas perdre de vue son caractère de généralité ; lon n’a aucun droit, comme l’a fort bien montré Horzmann?, d'introduire dans ces affirmations générales des déterminations spéciales. Jésus donnerait simplement à entendre que sa mort sera utile à beaucoup. Rien de plus. Comment cela ? Jésus ne le dit pas. Il se pourrait qu'il eût pensé gagner par sa mort plusieurs de ceux qu’il n’avait pas gagnés par sa vie. C’est l'explication de Horrmannè. Elle serait admissible si la préposition grecque avri signifiait « pour». Mais HozL- MANN lui-même a très savamment montré# que le sens de cette préposition ne peut être que « à la place de». Pour maintenir son explication, il est obligé de donner un double sens au mot Quyn, de le traduire tantôt par «vie » tantôt par «âme». «Le fait que Jésus livre sa vie

! Loisy IT, p. 241, de même : « L'idée de la vie donnée en rançon appartient à un autre courant que celle du service. » Cf. WELLHAUSEN, Mc., p. 91, et Kiosrermann, Ædb. Me., p. 90: « sie gehn über den Zusammenhang stark hinaus. »

5 P. roo ets.

# P. rgoets.

à la mort, a pour conséquence que plusieurs ne livreront pas leurs âmes à la perdition » !.

Ce tour d’adresse exégétique prouve une fois de plus qu'une seule solution s’impose : celle que nous avons adoptée.

Le verset Marc X, 45 n’a donc pas la valeur que d’aucuns lui accordent.

Nous ajouterons que la prière de Gethsémané est incompréhensible si Jésus a attribué à sa mort la valeur d’un sacrifice d’alliance ou d’un sacrifice d’expiation.

Qu'il ait prévu et prédit sa mort violente, mais que malgré tout il ait gardé jusqu’au bout la conviction que si Dieu le voulait, il pourrait lui épargner le supplice, — et qu’à l’heure suprême il crie encore au Père : « Que cette coupe passe loin de moi! », — que sur la croix, quoique ayant prévu et prédit son martyre, il s’écrie : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? », il n’y a rien là que de très humain, de parfaitement explicable. « Jésus ne serait pas véritablement homme, si la frayeur d’une mort imminente ne l’avait pas au moins pour un moment ébranlé?, »

Ce qui se conçoit moins facilement, c’est cette attitude au cas où il aurait vu dans sa mort le sacrifice de Palliance, voulu de Dieu, ou le sacrifice expiatoire « pour le pardon des péchés ».

S'il a, quelques heures à peine auparavant, affirmé d’une façon solennelle que par sa mort, que dans son

2 GRAFE, P. 134.

sang, l’ailiance est conclue, comment se fait-1l que soudain il demande à Dieu de le délivrer !?

S'il croit que si Dieu le veut, d’autres possibles sont réalisables, que deviennent les paroles de la cène ? Elles n’avaient donc pas une valeur absolue, et, par conséquent, dans la pensée même de Jésus, cette mort violente pouvait n’être pas nécessaire au salut du monde?

Il ne peut pas dire : « Voici mon sang, le sang de l'alliance qui est répandu pour plusieurs », s’il croit à la possibilité d'échapper à cette mort sacrificielle, de ne pas mourir en victime dont le sang scellerait l’alliance nouvelle.

Gœrz? remarque très justement qu’une prière comme celle-ci : « Éloigne de moi cette coupe » (rapéveyxe rd mothouoy roro 4x” émod), exclut la parole de l'institution : « Cette coupe est la Nouvelle Alliance en mon sang.»

Ei puis, il ne serait pas dans le caractère de Jésus d’hésiter, de reculer, après avoir entrevu nettement le but, surtout si ce but est le salut du monde voulu de Dieu ! Il ÿ aurait là une défaillance inconciliable avec sa fermeté, son courage, son héroïsme, son intrépidité, son obéissance au Père, et son amour des hommes, auxquels nous ont familiarisés les évangiles.

L’on voit à quelles contradictions l’on aboutit, dans quelles difficultés inextricables lon tombe, quand on attribue au Christ des paroles qui sont le produit de la réflexion, des saintes et pieuses méditations des premiers chrétiens.

Contre ces objections viennent aussi se heurter, nous semble-t-il, les théories qui ont pour but de montrer que Jésus voyait dans le martyre une nécessité inéluctable, parce que élément essentiel de sa messianité3,

1 Voyez Gæœrz, qui fait un raisonnement analogue, p. 171-172. 3 P. 177.

» CF. WREDE, 0. C., p. 87 et s.

S'il en est ainsi, si la notion du sacrifice est absente de la pensée du Christ, quel sens avaient donc pour lui la cène, le dernier repas qu’il prit avec ses disciples, et les paroles qu’il prononça au cours de ce souper ?

$ 3. La signification primitive de la cène.

Au point où nous en sommes, il nous paraît plus logique de rechercher quelle est la signification primitive de la cène, et d'aborder seulement après « la question de l'institution », la question de savoir si le Christ, dans le dernier repas qu’il prenait avec ses apôtres, a voulu fonder une institution nouvelle, inaugurer un rite nouveau, celui d’une religion nouvelle.

Les conclusions des deux premiers paragraphes de ce chapitre confirment celle du premier. Les éléments adventices reconnus comme tels et éliminés, nous nous trouvons ramené au texte de Luc du manuscrit de Cambridge comme à la source la plus digne de confiance :

« Tenant une coupe, il [Jésus] rendit grâces, et dit : Prenez-la et partagez-la entre vous ; car désormais, je vous le déclare, je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce que vienne le Royaume de Dieu.

« Prenant du pain, il rendit grâces, il le rompit et le leur donna en disant : Ceci est mon corps !. »

Nous avons deux actes, et chaque acte est accompagné d’une parole.

1 Kat defduevoe motiprov ebyapiorions eimev' XAdfere tobto xai lapeplate els Éautoës* Xéyw yap div où ph rl 4x0 toù vÜv axû toû yevfatos rc aurélou Ews où % Baorhela Toù Oeoù EXOn.

Kat Aaftbv &prov etyaprorons Éxlagev nai Edwxev autots AËywv * tord ÉGTIV TO GG LOU,

1. Jesus prend la coupe, la bénit, l’offre à ses disciples en leur demandant de se la passer l’un à l’autre, et ajoute : «Je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce que vienne le Royaume de Dieu. »

2. Jésus prend du pain (&prov, non du pain sans levain, &vuov), le bénit, le rompt, le donne aux disciples en ajoutant ces simples mots : « Ceci est mon corps. »

A condition que l’on veuille bien se donner la peine d'oublier les affirmations de l’Église chrétienne, catholique, luthérienne ou réformée, le sens se dégagera assez clairement du texte même.

Il ressort en tout cas des paroles du Christ :

1. Que le Christ croit sa mort imminente : « je ne boirai plus du fruit de la vigne. »

2. Qu'il a la conviction que le Royaume de Dieu viendra : « jusqu’à ce que vienne le Royaume de Dieu. »

3. Que dans ce Royaume, il compte boire de nouveau du « fruit de la vigne. »

Nul ne contestera l’exactitude de ces trois propositions.

Nous pensons être autorisé à faire un pas de plus et à dire :

h. Que le Christ n'arrête pas sa pensée à l’idée de la mort : au delà de la mort, il contemple la venue du Royaume de Dieu.

Jésus cherche donc à faire comprendre à ses apôtres que sa mort approche, mais que par delà sa mort il y a le Royaume : « Je vais mourir, mais le Royaume viendra », et nous pouvons ajouter que dans cette promesse est comprise celle du revoir : «Nous nous reverrons!1»

1 Cf. Luc XXII, 29-30.

Dans ce sens, Jon. Horrmann a raison de dire (p. 93), que « le der-

nier repas de Jésus est le repas fraternel du Messie avec ses disciples dans l’attente du Royaume de Dieu ».

Nous n’avons pu prendre connaissance de l’ouvrage de Jon. Horr-

Et la parole : « Ceci est mon corps », que signifie-telle ?

Certains critiques ont fait observer que Jésus ne parlait pas en grec, mais en araméen. Il n’a donc pas dit : TOÈTO écruw To cou mov, mais vraisemblablement Haggouschmi : « Ceci mon corps », « voici mon corps », et non « ceci est mon corps », puisque la copule n’existe pas en araméen.

En réalité, cette différence n’est d’aucune importance, puisque si la copule manque en araméen, il y en a une cependant sous-entendue, comme le dit avec raison ScHMIEDEL !. Il va de soi, cela ne se discute pas, que cette parole ne peut être prise à la lettre dans la pensée même de Jésus et de ses apôtres, puisqu'il est là, présent, en chair et en os. Elle est donc symbolique.

Rien n'indique qu'il y ait lieu d'établir un rapport entre la fraction du pain et cette parole. Le parallélisme serait celui-ci : Comme ce pain est rompu, de même mon corps sera rompu. Mais cette image est impropre. Le corps crucifié — ou lapidé (Jésus pouvait s'attendre à être lapidé) n’est pas rompu ?. Ainsi donc Jésus ne veut

MANN que notre étude une fois terminée. On sera frappé de la ressemblance entre l’interprétation que nous allons donner et les pages 85 à 93 de cet écrit.

1 Hdk. I (1 Kor.), p. 134. Cf. Soauzrz, p. 87.

2 Cf. Gœxz, p. 174 ; SrrrrA, p. 285, quoique Horcmanx traite son explication de « Pedanterie » (p. 152) et Haupr de « buchstäbische Auffassung ».

SrAGe, qui établit le rapport en question (p. 324), reconnaît cependant — et cet aveu est précieux — que si l’on ne possédait que la mention de la rupture du pain et la parole: « Ceci est mon corps », l’on n’aurait pas eu l’idée d'établir ce rapport, puisque l’acte de rompre le pain dans un repas est naturel et indispensable. C’est la parole de bénédiction de la coupe : « Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui a été répandu pour plusieurs », qui a permis de voir dans la rupture du pain le symbole de la mort.

« La fraction, dit Gocuez, Euch., p. 96, n’est que la préparation de la distribution. »

pas dire : « Voici mon corps rompu !. » Il ne dit rien de plus que : « Ceci est mon corps | » ou — traduction peut-être préférable : « Voici mon corps ! »

Et maintenant, essayons de nous mettre dans la situation historique.

Jésus vient de faire circuler une coupe. Le fait seul de manger et de boire ensemble, ou, plus exactement, de prendre un repas en commun, crée un lien entre ceux qui se trouvent ainsi réunis. Pour les Juifs comme pour d’autres peuples, le repas est un symbole d’union?.

Jésus rend ce symbole plus frappant encore en invitant ses apôtres à boire tous de la coupe qu'il leur offre après l’avoir bénie : « Prenez-la et distribuez-la entre vous. » Buvant du même vin de la même coupe, les apôtres devront se sentir plus que jamais unis les uns aux autres. « Vous êtes frères », tel est l’enseignement du Maître, et le silence des cœurs recueillis, plus éloquent que les mots des lèvres, a répondu : « Nous sommes frères ! » Une atmosphère de fraternité emplit la chambre haute à.

La coupe a circulé. Lui, maintenant, rend grâces, rompt le pain, le leur donne comme il leur a offert la coupe, mais ajoute ces mots : « Ceci est mon corps ! » « voici mon corps ! »

1 C0. WerzsæOKER, À. Z., p. 598-590.

2 Cf. Jon. Weiss, Schr. I, p. 510. Herrmüzcer, Æ/wb., p. 35. Go- GuEL, EÆuch., p. 90, $ I.

8 Il nous semble donc que Jésus fait plus qu’ « exprimer l’idée qu’il va être séparé de ses disciples, mais les retrouvera et qu’avec eux il boira du vin dans le Royaume de Dieu », comme conclut M. GoGue, Euch.,p. 92, cf. p. 95.

Mangeant du même pain, ils sont frères. Mais il y a plus : ce pain, c’est son corps, c’est Lui, « Me voici !», « Cest moi! » C’est donc en lui, par lui qu'ils sont frères. Le repas est un symbole d’union, mais lui, Jésus, est le principe — l’aliment — de cette union! !

C'est l'heure des adieux ; il va mourir, lui, il va parür..., les laisser seuls : «je ne boirai plus du fruit de la vigne », leur a-t-il dit. Le Royaume doit venir. Mais d'ici jusqu’à sa venue, qu’adviendra-t-il d’eux : ils n’auront plus leur Maître ! Et dans la tristesse de l’heure, la parole est tombée, douce et consolatrice : « Voici mon corps ! » « Me voici ! » C’est en lui et par lui qu'ils sont un.

Or Lui ce n’est pas son corps matériel, puisqu'il est avec eux en chair et en os, c’est son esprit, sa personnalité spirituelle. Quand donc il aura disparu du monde des réalités périssables, en lui et par lui, ils pourront encore et toujours fraterniser, rester unis. « Je pars, et pourtant je serai avec vous jusqu’à la fin du monde ?. »

Le symbolisme est des plus touchants et des plus émouvants : la mort ne détruira pas notre union, lunion de vous tous avec moi.

Ce n’était pas la première fois que le Christ rompait le pain et rendait grâces. Cette coutume existait, du reste, chez les Juifs. Il y avait même une liturgie pour

1 M. Gocuez, Euch., p. 100, écrit: « En distribuant le pain, Jésus veut exprimer qu'il se donne... Ce que Jésus donne aux siens, c’est lui-même, l’essence même de sa pensée, de sa foi, de son cœur. »

2 WeizsÆCKER, p. 598-599: « Dans les mots : « Ceci est mon corps », il faut voir le symbole de la présence personnelle, permapente du Christ. »

le repas du vendredi soir, plus important que les autres, et que l’on appelait le quiddusch 1. Les Pharisiens et les Esséniens ? avaient des repas religieux de confréries. Il est fort probable que Jésus, lui aussi, ait donné un caractère religieux à certains repas qu'il prenait avec ses disciples. En tout cas, comme tous les enfants de son peuple, il rendait grâces en rompant le pain. Cétait un instant de recueillement, et le Christ vraisemblablement en profitait pour laisser son âme s’épancher dans une prière fervente au Père présent quoique invisible, et par cette prière communiquer aux siens sa foi et ses espoirs. Il semble bien que quelque chose de spécial, qui lui appartenait en propre, distinguait son geste, son attitude, sa prière, puisque c’est lorsqu'il rompt le pain après lavoir béni, que les disciples d’Emmaüs le reconnaissent : « Comme ils étaient ensemble à table, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent *.. [ls racontèrent... comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain*.» On remarquera que les termes employés au verset 30 sont les mêmes que ceux du récit de la cène. Le parallèle est également frappant entre ce récit et celui de la multiplication des pains 5, en ce qui concerne la bénédiction et la fraction du pain.

1 Voir P. SABATIER, 0. c., p. 100 ets.

Von per Gozrz, Das Gebet.…., p. 214-215.

STAPFER, IL, p. 176 et s., Il, p. 240 et s.

2? WerzsÆCKER, p. 605.

GoGueL, Euch., p. 296.

3... AaBwv Tov dptov ebAdynoev xat xAdouc éxeddou «rois, Luc XXIV, 30-31.

# Idem, v. 35 : ...&s éyvoln aûroi év tÿ xAdoet rod &prou.

5 Marc VI, 41 (Matthieu XIV, 19, Luc IX, 16). Marc VII, 6 (Matthieu, XV, 36). CF. Jean VI, 11. Nous avons là le souvenir vivant d’un repas de Jésus avec la foule, Srrrra (0. c.) et Scawæirzer (Abendm. et Von Reim..., 373 et s.) parlent d’une anticipation du repas messtanique. La question pour nous n’est pas pleinement élucidée, mais,

Ce parallèle est si frappant que certaines liturgies ont ajouté au récit de la cène les mots : «les yeux levés au ciel », qui proviennent précisément du récit de la multiplication des pains.

Le dernier repas de Jésus avec ses apôtres ne diffère des autres repas qui réunissaient quotidiennement le Maître et les disciples qu’en ce qu’il est le dernier. C’est un repas comme les autres; il ne s’en distingue que parce que Jésus sait sa fin prochaine, qu'il l’annonce aux siens, et leur lègue, avant de les quitter, ce qu'il avait de meilleur : sa foi au triomphe du Père, — et la conviction qu’en lui ils pourront vivre en frères.

ALBERT SCHWEITZER a montré avec beaucoup de force et de justesse que l’interprétation que l’on donne de la cène doit expliquer, pour être valable, à la fois le dernier repas du Christ avec ses apôtres et les repas de la primitive église.

Or notre interprétation nous semble répondre à ces deux desiderata?.

nous croyons que l’on a tort de chercher à expliquer la cène par la multiplication des pains. C’est compliquer le problème de données obscures, sur le sens desquelles il est, sinon impossible, du moins fort difficile, dans l’état actuel de nos connaissances, de se prononcer.

1 Voyez KLosrEeRMAnN (dans Ædb. Lietzm., p. 54).

2 Nous savons bien que Scaweitzer comprend aussi dans les repas de la primitive église ceux des communautés pauliniennes, et qu’il voit une antinomie entre ces derniers et la cène de Jésus. De sa théorie, nous retenons seulement l’idée générale que nous venons d'indiquer, et que l’on pourrait encore formuler de cette façon : l’interprétation que l’on donne de la cène doit rendre apparent le rapport organique qui unit ce repas à ceux des premiers chrétiens. Nous avons montré ailleurs comment, par un processus logique, de développement en développement, la cène changea de caractère. Mais le rapport organique existe d’une forme à l’autre.

Les premières réunions de chrétiens reproduisent, en effet, les caractères essentiels de ce dernier repas, tels que nous les avons exposés. L'esprit est le même; c’est la même « Süimmung », comme disent les Allemands.

Chose curieuse : l’on ne songe pas à répéter les paroles que le Christ a prononcées en offrant la coupe et en offrant le pain!. Mais l'esprit du dernier entretien anime ces repas.

Le livre des Actes ne nous donne pas de renseignements détaillés. Nous apprenons cependant par trois passages II, 42, IT, 46, XX, 7, que les membres des communautés nouvelles se réunissent pour rompre le pain ?.

Le sentiment qui domine est celui de /a communion fraternelle :# «ils s’attachaient avec constance. à la communion par la fraction du pain» (rÿ xowovia + x\aoer où &prov, verset 42). Et si l’on prétend qu'il faut lire : «à la communion, à la fraction du pain», ou «à la communion et à la fraction du pain », et que par conséquent il n’est pas question de la communion dans les repas quotidiens, mais de la communion d’une façon générale, on ne niera pas que le caractère que nous signalions tout à l'heure est clairement exprimé au verset 46: «Rompant le pain, ils prenaient leurs repas avec joie et simplicité de cœur » (xAüvréç te xt” oxov &otov, WeTe- AduBavoy Tpopñs év iyaXuace «ai apehdrnre xapdiac). Le but de l’auteur n’est pas de nous décrire ces repas, de rapporter ce qui s’y disait et s’y faisait : il veut simplement parler de la vie des chrétiens et de leur commu-

4 Voir les Actes, la Didachè. Cela ressort aussi indirectement de 1 Cor. XI.

Cf. Haupr, p. 24.

2 Nous donnons, p. 158, l’opinion de M. GoGuez sur «la fraction du pain » dans l’église primitive.

3 WerzSÆGKER, Pp. 44.

nion de cœur et d’esprit, dont les repas collectifs étaient une importante manifestation !.

La Didaché? nous fournit quelques détails. Nous retrouvons bien ici les trois idées dominantes du dernier repas :

1. La communion fraternelle (IX, 4)3: « De même que ce pain rompu était dispersé sur les collines et qu’il est devenu un seul morceau, qu’ainsi soit rassemblée ton Église des extrémités de la terre pour ton royaume #. »

2. Le Christ est au premier plan. Par lui ont été révélées la vie, la connaissance, la foi, limmortalité : « Nous te rendons grâces, à notre Père, pour la vie et la connaissance que tu nous as révélées par Jésus ton serviteur » (IX, 3)5. « Nous te rendons grâces, Père saint, pour la connaissance et la foi et l’immortalité, que tu nous as révélées par Jésus ton serviteur » (X, 1)6. « Hosanna au fils de David! » (X, 4)7.

Assurément, ce n’est pas au Cbrist que l’on adresse directement les actions de grâces ; le christianisme n’est

1 WerzsæCker, p. 567, à propos de ces passages des Actes : «On ne peut pas dire que ces versets donnent une image des réunions ; c’est beaucoup plutôt une esquisse de l’état général de la communauté. »

2 Sur la date de composition et la valeur de ce document, se reporter plus haut, p. 35.

3 ANDERSEN, Pp. 60.

# "Qonep nv toûro xAdoua Gueoxopriouévoy Étdvw TOY Opéwy xat cuve Oèv éyévero Ev, oÙtw ouvayftw cou h éxxhnola and t@v nepdtuv ris vis els Thv ohv Basthelav. P. SABATIER, O. C., p. 19 et 55.

5 Eÿyaprotoüpév oot, nérep Qu@v, ürtp ts Gus ral yuoews, ÿs Éyvuipioas quiv d1à ’Inooù to rœdds oov. Idem.

6 Edyaprotoëuév oo, ndtep &yue,.… bnèp tic yrwoeuws nai miotews nai afavactlas, ns Éyvuipious quiv di ’Incoÿ Toÿ raidds sou. Cf. encore IX, 2 ; IX, 4: 6e où éotiv ñ D0Ea al h düvauus di Inooù Xprotod ets tobs aiivas. D’après AnDErsEN, p. 59, les mots 3. [. Xo. seraient inauthentiques parce que partout ailleurs il est dit: « Jésus ton serviteur », et: «A Toi la gloire et la puissance ». Ce raisonnement ne nous paraît pas convaincant.

1 Le ms. de Jérusalem porte r& 6e@ (sans iota souscrit) Aid.

pas encore un dythéisme: Jésus est «ton serviteur », il est subordonné à Dieu; on peut cependant dire qu’il est au premier plan, puisque c’est surtout et avant tout pour le don qui a été fait en sa personne que l’on rend grâces à Dieu.

3. On attend la venue du Royaume: «Qu’ainsi soit rassemblée ton Église des extrémités de la terre pour ton Royaume » (IX, 4); « rassemble-la [ton Église] des quatre vents, après lavoir sanctifiée pour ton Royaume, que tu lui as préparé » (X, 3).

Le terme de Maranatha, « le Seigneur vient »!, désigne le retour glorieux du Seigneur ? et non sa venue dans les espèces consacrées, quoiqu’en pense Zanx?. La prière du chapitre X marque bien, en effet, la fin de la cérémonie. C’est à tort, selon nous, que le savant historien voit dans cette prière une introduction à la célébration de leucharistie qu’il distingue de «l’agape», dont :l serait question au chapitre IX. Sprrra, Harnack, RretscHez, Drews ont fait justice de cette hypothèse #.

SPiTTA, R.-AD. HOFFMANN, ANDERSEN prennent Maranatha dans le sens de: « Tu es Seigneur ». La traduction généralement adoptée nous paraît préférable.

Enfin, aucune raison sérieuse ne nous permet de nous

1 Quelques-uns traduisent : «Seigneur, viens ! » Jou. Horrmann, par exemple (p. 221) ; GoGueL, Euch., p. 234.

2 P. SABATIER, O0. C., p. 6. Jon. Horrmann, p. 226 et s. M. Go- GUEL, td.

8 Forschungen sur Geschichte des N.T. Kanons. II, p. 293 ets. Cité par Von DER GOLTZ, 0. C., p. 209.

Voyez aussi WeizSÆCkER, 0. C., p. 602.

# Nous renvoyons encore à Von DER GoLTz, td.

M. Goauez (£Euch., p. 234) : «Il y a entre les prières du chapitre IX et celle du chapitre X une relation si étroite qu'il est difficile d'admettre que l’une se rapporte à l’agape et l’autre à l’eucharistie. » Pour cet auteur, ces prières représentent «une forme secondaire réunissant en une seule liturgie deux recensions de la même

prière » (p. 241).

rallier à l'opinion de von per Gozrz qui traite le passage X, 4 d’adjonction postérieure.

Voilà les trois idées principales que nous trouvons dans les prières eucharistiques de la Didaché et qui avaient été exprimées par le Maître au cours du dernier souper.

Jésus avait en outre annoncé sa mort. Cette pensée de la mort prochaine, lui une fois disparu, ne pouvait trouver place dans les actions de grâces du repas fraternel. Elle disparaissait d’elle-même.

L'interprétation que nous avons donnée du dernier repas du Christ semble donc confirmée par la façon dont les premiers chrétiens célébraient la cène.

On remarquera que la cène est un véritable repas: « Après vous être rassasiés » (per dè rù éurAncbñvat), lisons-nous au chapitre X; — qu'il n’y a aucun rapport entre ce repas et le repas pascal ; — qu’il n’y a encore aucune trace de la notion sacramentaire ?.

De bonne heure, puisque la 1'° épître aux Corinthiens est du milieu du 1° siècle (de lan 57 selon toute probabilité), on établit dans certains milieux un rapport étroit entre cette cérémonie et la mort du Christ. On fit de la cène un mémorial de la mort de Jésus, en même temps qu’un sacrement.

Il est vraisemblable que dans certaines communautés, spécialement dans les communautés judéo-chrétiennes, l’on s’en tenait à la forme primitive. Mais peu à peu la nouvelle prévalut.

10. c., p. 209. Von per GoLrz occupe une position intermédiaire entre Zann d'une part, et SpirrA, Harnack, etc..., de l’autre. Avec ceux-ci, il insiste sur l’unité foncière des deux chapitres, mais il conserve aux derniers mots de la seconde prière le sens que Zamx leur a donné, estimant qu’ils ont été ajoutés après coup au texte primitif, à un moment où la consommation des éléments de la cène était devenue un acte solennel particulier (p. 213). Contre Von per Gozrz, voir Jox. Horrman, p. 221 ets.

2 Voir sur ce dernier point ANDERSEN, p. 60.

Si la conception de Paul représentait la pensée du Christ, elle eût été dès l’abord — avant que Saul de Tarse fût devenu chrétien —., celle de toutes les communautés. Le passage de cette conception à celle de la Didachè ne se comprend pas, tandis que linverse est parfaitement explicable : la croix se dresse au centre même de la pensée de Paul; l’évangile, pour lui, c’est la prédication de la croix, la croix c’est le salut du monde. Aussi l’apôtre peut-il parler de «son évangile». Il ne se départira pas de ses idées favorites, des catégories de son esprit, dans l'interprétation qu’il donnera de la cène. Il verra la cène à travers son évangile, cet évangile qui, du reste, dans sa pensée, est une révélation du Seigneur, puisque depuis sa conversion ce n’est plus lui qui vit, mais le Christ qui vit en lui.

Et comme en réalité cette conception transfigurait la mort ignominieuse du Christ, «scandale pour les Juifs » (’Ioudaious wèv oxkvdadov), l’éclairait d’un jour qui l’ennoblissait et lui donnait un caractère de grandeur incomparable, puisqu’elle apparaissait comme le sacrifice suprême, le sacrifice de la Nouvelle Alliance, il est naturel que les communautés judéo-chrétiennes, comme les autres, aient fini par l’accepter. C'était la meiïlleure explication que l’on pâût donner alors de la Passion et de la mort du Messie; c'était aussi la meilleure apologétique que l’on pâût faire.

Quant à la notion sacramentaire que nous avons trouvée dans la r'e épître aux Corinthiens et dans le IVe Évangile, ce qui précède nous autorise à dire qu’elle est totalement étrangère à la pensée de Jésus.

Cela saute aux yeux et ne réclame aucune démonstration. C’est l’évidence même. Cette notion est aux antipodes de la pensée du Christ; elle est la négation de la notion toute morale que se faisait Jésus de la religion et des rapports de l'homme avec Dieu. C’est dans sa conscience morale que l’homme rencontre Dieu, sans intermédiaire et sans autre guide que le Christ lui-même. C’est par lui que nous pénétrons jusqu’au sanctuaire le plus intime où nous trouvons Dieu. Il n’y a plus de place dans cette religion ni pour le sacrifice, ni pour le sacrement.

Mais alors Jésus a-t-il vraiment donné à la cène le caractère d’une enstitution, d’une cérémonie à répéter «jusqu'à ce qu’il vint»?

C’est à cette question qu'il nous reste encore à répondre.

$ 4 La question de «l'institution».

Pour certains auteurs, la célébration de la cène ne s'explique pas sans un ordre formel du Christ. Telle est l'opinion de Werzsæcker !, Harnack ?, LoBsrern à, SCHÆFER *, Haupr5, CLeMEn 6, BATIFFoL 7.

JüLicaer est un des premiers qui ait carrément nié ee caractère « d'institution » 8. Il a été suivi dans cette

. 139. Cf. Dgmg. I, p. 641.

24 ets.

31 ets.

h7iets.

. 29D,et.S:

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