INTRODUCTION
Notre but constant dans cette étude du culte des martyrs a été d'éviter toute polémique religieuse avec l'Eglise catholique. Notre rôle d'historien nous imposait comme premier devoir l'impartialité la plus stricte dans le récit et l'appréciation des faits — et, Sans nous faire illusion sur la difficulté de la tâche que nous avions à remplir, nous sommes convaincu d’être resté fidèle à notre principe : Respecter toutes les convictions.
Si de toutes les branches de la théologie nous avons choisi l’histoire pour lui emprunter un sujet de thèse, c'est que nous croyons qu'aucune science n'est aussi riche en enseignements féconds pour qui veut lui consacrer une étude sérieuse, — C'est que, forcé par nos études théologiques de revenir sur cetle histoire des premiers siècles de l’ère chrétienne, il s’est fait dans notre esprit comme un jour nouveau qui, nous montrant les faitssous
un autre point de vue et nous permettant d’en suivre à travers l’histoire, l’enchainement logique, nous a inspiré le désir de porter nos études sur ces commencements du christianisme.
Quelle que soit la valeur accordée soit à la personne, soit à l’œuvre de Jésus-Christ, onne peutnier que sa mort n’aitinauguré dansl'humanité une ère nouvelle, où l’esprit humain, affranchi du judaïsme et du paganisme, s’est ouvert une nouvelle voie, et, se développant librement à travers les siècles a fini par faire triompher dans le monde moderne les grands principes du christianisme. — Mais ce ne sont pas seulement des principes que le christianisme nous a légués, ce sont encore des cérémonies et des rites solennels qui, tantôt modifiant le milieu qu’ils traversaient, tantôt subissant à leur tour son influence, se sont approprié la forme définitive sous laquelle ils se présentent à nous revêtus du double caractère d’antiquité et de sainteté. — Les principes sont quelque chose d’abstrait dont l’étude n’offre guère d’attraits que pour le philosophe, mais les mœurs, les coutumes, les cérémonies religieuses en nous dévoilant la vie intime de l'humanité, en nous initiant à ses faiblesses ou à ses grandeurs, en faisant revivre devant nous l’homme avec toutes ses passions nobles ou petites, présentent à l'historien le champ le plus riche et le plus vaste en enseignements précieux. Aussi pouvons-nous le dire : C’est un intérêt réel qui nous a dirigé et soutenu jusqu’à la dernière ligne de ce travail.