‹ Essai Historique sur les Épidémies en BourgogneChapitre 10 sur 22 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

Peste de 1500, 1506-08, 1518. — Épidémie de trousse-galant à Autun. — Peste de 1531-38. — Épidémie de 1535. — Peste endémique à recrudescences de 1546 à 1557.

Le xvr* siècle, comme nous l'avons vu, est dès ses premiers jours hanté par l'épidémie qui a obscurci les dernières années du précédent. Naissance de triste présage ; pendant que les guerres civiles et étrangères vont envelopper d'une lueur sanglante les tournois chevaleresques où un roi va tomber, les fêtes brillantes de la Cour avec leurs intrigues, enfin toute la somptuosité et l'orgie artistique de la Renaissance, la peste est là qui dépeuple les chaumières et se glisse dans les palais. C’est la compagne qu'à chaque pas, on rencontre; on s’est habitué à sa présence et la phrase du notable d’Avallon : «il faut passer le temps à jouer, puisqu'on ne sait que faire », semble devenue la maxime générale.

Devant le fléau qui sévissait, la Chambre des Comptes dut, en 1500, s'éloigner de Dijon et tint successivement ses assemblées à Auxonne et à Barjon. Louis XIT qui, l'année suivante, avait traversé la Bourgogne, en allant à la conquête du Milanais, écrivit aux magistrats de la capitale de veiller au maintien en vigueur des ordonnances sur la peste. Dans la même séance du mois d'avril, où le Conseil prit connaissance de cette

Re PE lettre, il délibéra au sujet d’un édifice pour mettre les pestiférés, sur l'établissement de deux ou trois tombereaux pour tenir la ville propre et aussi sur la coupe d'arbres où étaient des chenilles.

Mâcon eut également à se défendre contre la contagion et prit des mesures sévères. Trois ans après nous voyons, à Joigny, le maître de l'hôpital, Pierre Le Barraut, rendre à Perrenet Cousseaulme, âgé de vingt-deux ans, tisserand en toiles à Brion, les biens que ce dernier avait donnés à l'hôpital; et Cousseaulme explique que « durant le temps de la peste dernièrement passée qui a régné à Joigny pendant trois ans, il se donna avec tous ses biens à l'hôpital, parce qu'il croyait alors, aller de vie à trépas, pour la peur de la peste; mais aujourd’hui il a prié ledit maitre d'annuler le don parce qu'il est délibéré de se marier et proufiter en mariage ». Toutefois, il ne reprit pas une maison sise à Joigny.

De 1506 à 1508 l'épidémie règne dans le Mâconnais, à Avallon et à Auxonne où elle occasionne de grandes dépenses. A Dijon, elle se déclare dans le couvent des Cordeliers ; on séquestre ces derniers dans leur maison et on leur fait passer des vivres par les fenêtres, quitte à leur accorder une indemnité pour le tort qu’on a pu leur causer ainsi. On renouvelle les ordonnances sanitaires, en enjoignant aux pestiférés qui n'auraient pas les moyens de se faire traiter à domicile, de se rendre à l'hôpital du Saint-Esprit. Les gens qui communiquent avec les malades sont expulsés pour un an. La désinfection des maisons infectées se fait en brûlant de la genne, de l’encens et en y répandant du vinaigre. Enfin la municipalité, en plus des chirurgiens ordinaires,

TE D EN retient, au prix de cent sous par mois, un médecin lombard qui s’est offert pour soigner les pestiférés.

Louis de la Trémoille, que Louis XII avait nommé gouverneur de Bourgogne, dut bientôt quitter le roi qu'il avait accompagné en Italie et revenir au secours de sa province ravagée par les Suisses. Dijon eut à soutenir contre eux le fameux siège qui, par l’obstacle qu'il apporta aux envahisseurs et par le traité qui suivit, sauva la France d’un désastre.

Le 22 septembre 1515, la duchesse Loyse d'Angoulême régente, écrit d'Amboise au maire et aux échevins de Dijon pour leur annoncer la victoire de Marignan, et leur ordonner d’en rendre grâce à Dieu : « A cette cause vous prions et néanmoins mandons que vous faites faire processions honorablement générales ou particulières, selon la disposition de votre ville, parce que en plusieurs lieux, y a bruit de peste; et que chacun se dispose et mette en meilleur état qu’il lui sera possible pour remercier Dieu et la Glorieuse Vierge Marie, sa mère, de ladite victoire. » Ces bruits de peste ne devaient s’élever de Dijon que trois ans plus tard; c’est au mois de juin que l'épidémie débute, on prend immédiatement, les mesures requises. En juillet, des religieux viennent prêcher la croisade que François I‘, de concert avec l'Empereur, l'Angleterre et l'Espagne, devait diriger contre la puissance ottomane. Pour éviter ies agglomérations de foules, la mairie ne voulut pas leur ouvrir les portes des églises sans avoir, au préalable, pris l'avis du gouverneur. La Trémoille, alors à Seurre, approuva les précautions et renvoya les prêcheurs dans les villages. Sur leurs instances, il révoqua sa défense « sous la con-

dition de ne pas donner à la station plus de douze jours de durée, de diviser les prêcheurs par paroisses afin de ne pas multiplier les causes de contagion, et d'interdire l'entrée de la ville aux gens de la campagne ». II recommande aussi de choisir les paroisses où il peut y avoir le moins de danger, « afin que inconvénient n'en puisse advenir par l'abondance du peuple », et de faire bonne garde aux portes, afin d'empêcher l'arrivée en ville d'habitants venant « de lieux d’alentour de Dijon, où ils se meurent ».

Quinze jours après, le maire lui écrivait qu'on avait dû emprisonner un des prêcheurs qui avait dit de la Municipalité, qu'ils étaient « tous traîtres à Dieu, à la foi et à la couronne »; il l'avertissait aussi, que « aucuns ont été frappés de peste, au quartier de la porte au Fermerot et quelques autres par la ville. » Le Parlement voulait se transporter à Beaune, mais ayant reconnu que le danger n'était pas très grand, il s'est décidé à rester. Ses membres durent s'en féliciter, car, en août, le fléau était à Beaune, ainsi qu'à Seurre, Montbard et Saint-Jean-de-Losne, et on interdit l'entrée de la ville à leurs habitants.

On défend aux chirurgiens, chargés du soin des malades, de converser avec les gens sains ou de se trouver aux assemblées: il leur est enjoint d'aller aux premières messes et de se rendre partout où il leur sera ordonné. On les loge dans la tour aux Anes. Il est défendu de sonner les cloches depuis le matin jusqu'à l'heure des vèpres. Le maire fait demander au clergé de célébrer des messes et de faire des prières pour obtenir de Dieu la cessation du fléau, et en même temps,

DURE | PRES ajourne la procession que l’on faisait en commémoration de la levée du siège par les Suisses.

Les pestiférés guéris et les gens suspects expulsés peuvent rentrer dans la ville et dans leurs maisons lorsque leur santé a été bonne pendant quarante jours; en prenant toutefois, la précaution de purifier leur logis par des fumigations de genièvre et des aspersions de chaux vive.

La boucherie se tenait à cette époque exclusivement dans la rue du Bourg; de toute la ville on venait s’y approvisionner; mais en temps d’épidémie ce grand concours de peuple étant dangereux, on prend une mesure qui sera souvent répétée dans la suite: on. interdit aux bouchers de vendre leur viande à leurs places habituelles et on désigne pour cette vente certains endroits disséminés dans les divers quartiers. De leur côté les habitants ne doivent pas toucher la viande sinon avec un bâton.

Le fléau continua pendant huit mois. L’Auxois fut ravagé; les Jours ou Etats de Bourgogne ne purent se tenir à Semur infecté; ils eurent lieu à Saint-Euphrône. Des indemnités durent être accordées à Semur, Saulieu, Flavigny, Rouvray, Epoisses, Changy, Thorey, Massingy, Lantilly, Dracy, Vic-sous-Thil, Corcelles, Bierre, Lucenay, Pouillenay, Monestoy, Vic-de-Chassenay etailleurs. A Avallon, le lieutenant du bailliage décharge M°Jehan de Clugny, l'un des receveurs du droit du huitième du vin vendu, au profit de la ville d'Avallon, de payer le produit de l’année 1518, attendu que la peste qui régna dans cette ville la fit abandonner des habitants, et que son commis à la perception mourut alors de cette maladie.

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Le souvenir d’un pauvre malade de Givry, dans le Chalonnais, nous est conservé par la donation qu'il fit à ses enfants, Hilaire et Etienne Mugnier, dit Bourgondi, des deux tiers de ses biens à raison des « grands, louables et agréables services, amours et curialités » qu'ils lui ont faits, en chaque jour de la maladie de peste dont il était atteint; « considéré aussi qu'ils font grosses poursuites tant de chirurgiens que de médecins pour la santé de son corps ».

Enfin le Parlement de Dijon, qui avait fini par se réfugier à Arnay-le-Duc, voit avec plaisir cesser l’épidémie, et le 7 décembre 1519, il écrit à Messieurs les vicomte mayeur et échevins de la ville de Dijon « Messieurs, nous nous recommandons à vous de bon cœur. Nous avons recu vos lettres et sommes très joyeux de ce que l’on se porte bien à Dijon, selon ce que vous nous avez mandé, et aussi des diligences et peines que vous prenez à faire nettoyer les maisons où il y a eu danger et infection de peste, et semblablement les rues, que fera un gros bien pour la ville et pour ceux qui viendront en icelle. Nous vous prions de vouloir y persévérer et mettre si bon ordre et diligence que le tout soit net et à sureté », de telle sorte qu'il n’en résulte aucun inconvénient ; ils demandent aussi qu’on les prévienne de l'exécution de ces mesures, afin qu'ils puissent bientôt retourner à Dijon.

La guerre vient d’éclater entre François I‘ et Charles- Quint : déjà des aventuriers, venus d'Italie, ravageaient la Bourgogne. Mais Marguerite d'Autriche, tante de l'Empereur, qui avait la Comté en apanage et la Bresse pour son douaire, songea à garantir ses possessions

Ed 2 des épreuves de la guerre. Elle fit conclure entre les deux provinces de Bourgogne un traité de paix qui, pendant plus d’un siècle, les mit à l'abri des guerres qui se succédèrent entre les maisons de France et d'Autriche. Quelques mois avant ce traité, signé à Saint- Jean-de-Losne en 1522, Chalon avait toutes sortes'de difficultés à trouver un chirurgien pour les pestiférés; les jurés du corps médical avaient bien désigné leurs collègues Pierre Davant et Charles Guyon, barbierschirurgiens, pour cet office; mais cette mission ne fut sans doute pas très agréable à ces derniers, car les échevins durent recourir à l'autorité du bailli Jehan de Lugny, seigneur de Ruffey, Allerey et Escouelles, pour les obliger à s’exécuter. Celui-ci leur donna l’ordre de soigner pendant un an les gens atteints par l'épidémie ; Pierre Davant fit appel de cette sentence au Parlement de Dijon qui lui donna raison, et le papier timbré continua de courir. Comme pendant cette querelle, les malheureux malades attendaient des soins, les barbiers-chirurgiens déléguèrent leur confrère Pierre Blondeau pour les leur donner; il prit l'engagement de servir les malades diligemment et sans nulle exaction, et reçut, pour honoraires, dix francs par mois pendant toute la durée de son service. | Avallon aussi était contagionné; Regnault Guibert soigne les malades à raison de quarante sols par mois; on fait sortir de la ville un certain nombre de personnes « à cause du danger de peste qui était en elles »; et à titre de secours on donne à chacune d'elles quinze à vingt sols. Le chirurgien Lyonnet Brunet reçoit cent sols par mois et est logé dans la tour de l'Eschauguet.

AS Il semble que ce soit surtout en 1524 que l'épidémie devienne inquiétante à Dijon; le gouverneur ayant édicté que non seulement les domestiques, mais les maitres et maîtresses seraient expulsés de leurs maisons et soignés à l'hôpital, le Conseil de Ville lui envoya une députation pour lui faire des remontrances sur la trop grande rigueur de son ordonnance. Louis de la Trémoille autorise alors les pestiférés à rester dans leur logis et à s’y faire soigner par un serviteur, à condition que les gens sains quitteront ces maisons et que les vivres y seront passés par les fenêtres ; enfin les malades et leurs domestiques ne pourront converser avec les sains que trois mois après leur guérison. On construit deux petites maisons pour loger les malades, derrière l'hôpital du Saint-Esprit, du côté de Larrey. Les mendiants étrangers sont expulsés de la ville; les autres sont mis aux hôpitaux où ils sont nourris du produit des quêtes. La mendicité est interdite dans les églises. Les gens suspects sont chassés de leur domicile et vont habiter des petites logettes sur le bord de l'Ouche; des indemnités pour leur nourriture leur sont accordées. Malgré tout, le mal étend ses ravages et, l’année suivante, il faut renouveler les ordonnances; «on rétablit les maugoguets et maugoguettes » qui doivent porter une verge en signe de leurs fonctions, et ne marcher qu'au milieu des rues; les maisons atteintes sont marquées d’une croix noire; on brûle du genièvre et de l’encens; on défend les jeux, les assemblées, l'usage des étuves, la vente des objets de literie et des habillements, etc. De nouvelles maisonnettes pour les pestiférés sont construites à la Maladière.

Avallon est toujours victime du fléau. Les principaux habitants ont quitté la ville; on fait construire sur les Chaumes des loges où l’on fait « charroyer » les malades avec leur «ménage. » Plus de deux cents fagots de genévrier sont brûlés pour la désinfection de la ville, Les habitants de Vézelay viennent processionnellement implorer la fin de ces malheurs. Mâcon est également ravagé.

Pendant ce temps, François I‘ était fait prisonnier à Pavieet, par le traité de Madrid, outre sa rançon, cédait le duché de Bourgogne à Charles-Quint. La province consentit à donner son argent, mais refusa d’être incorporée à l'Empire et décida qu’au besoin, elle se rendrait indépendante. Le roi se déclara délié de sa promesse par cette résistance et la Bourgogne demeura française.

Notre histoire médicale rencontre dans un mandement de Jacques Hurault, évêque d’Autun, relatif à l’'h6pital du Saint-Esprit de cette ville, la mention d’une épidémie au nom caractéristique : « Ledit hôpital est fortruiné eten grande décadence par les pestes, famines, maladies dites trousse-galant et autres, ayant cy-devant régné audit Autun et lieux circonvoisins; et auxquels sont morts et enterrés au cimetière de l'église paroissiale de Saint-Branches dudit Autun, puis quatre ans en Ça, trois à quatre mille pauvres ».

Dans cette même année 1529 « des fièvres subites » règnent à Dijon ; on fait l’autopsie d’un homme que l'on pense en être mort; parmi les frais que cette opération occasionne, nous remarquons ceux pour les porteurs de corps, les linges, étoupes, et la célébration d’un ser- -vice pour le défunt, ordonnée par les médecins et chi-

AAG rurgiens, ainsi qu'ils devaient le faire chaque fois qu'ils procédaient à une « anathomye ».

En 1531-33, on prend quelques mesures de salubrité et de police pour obvier « aux inconvénients de peste » qui s'étaient manifestés dans la ville et, par leur extension, obligeront la Chambre à se retirer à Saint-Apollinaire et à tenir leurs séances à Montmusard. Une commission visite la maison de la fonderie des suifs pour y installer les pestiférés. On chasse de l'hôpital des coquins valides qui s’y étaient retirés, au préjudice des habitants pestiféreux et on décide que, malgré l’absence de la plupart des gens riches, on continuera les quêtes. Les chirurgiens de peste et les maugoguets doivent porter des bonnets jaunes et éviter la compagnie des gens sains ; les malades doivent également porter une bande jaune et tout rapport avec les sains leur est interdit sous peine d’être pendus ou étranglés. Et de même qu'on veille à la sécurité de la population, on protège les pestiférés contre les exactions ; ainsi il est défendu aux chirurgiens et barbiers de peste de débattre leurs salaires avec les malades et on enjoint aux maîtresses de l'hôpital du Saint-Esprit de ne point maltraiter les malades sous peine d’être fustigées. Une « bonne mère jurée » est chargée d'assister les femmes enceintes atteintes de contagion et on nomme deux sergents qui, cette fois, marqueront d’une croix rouge les maisons des pestiférés. |

Dans le Châtillonnais, Baigneux perd plus du tiers de sa population et les habitants restants sont ruinés, le tout à cause des « guerres et mortalités qui ont régné ».

Avallon voit la peste sévir de juillet à novembre et

di construit une nouvelle maison « pour le soulagement des pestiférés et pour garder ladite ville dudit danger, hors de la ville, au lieu de la Maladière dudit Avallon ». En 1535 eut lieu la translation des reliques de saint Lazare : « La fête, dit Ernest Petit, eut un retentissement immense et dura dix jours: plus de cent mille personnes s'y rendirent ; on y vint de Normandie, de Bretagne, de Picardie, de Touraine, d'Allemagne. Toutefois, cette réunion de peuples, d'origines et de conditions si diverses, laissa le germe d’une maladie contagieuse, qui se déclara la même année et commit d’affreux ravages. »

La peste éclate de nouveau à Dijon, en 1542-43; les mesures sont aussitôt prises. L’apothicaire Perruchot est désigné pour fournir les drogues, médicaments et oignements nécessaires. On renouvelle la défense de jeter de l'urine dans les rues et d’y faire brûler les paillasses des lits. Les pestiférés sont logés à la Maladière et à l'hôpital neuf ; les gens suspects dans des maisonnettes en bois élevées sur les bords de l’Ouche, et les « maugoguets et barbiers de peste » dans une maison, rue de Cherlieu, achetée dans ce but. La contagion, elle, a élu domicile dans le voisinage de la porte au Fermerot. La plupart des habitants ayant quitté la ville, la garde des portes se trouve défournie ; la Chambre en fait fermer deux et installe aux autres un poste de huit hommes soldés par la ville. On ordonne d’enterrer les cadavres des pestiférés, aussitôt après leur décès ; les désinfections etles quarantaines d'usage sont pratiquées avec rigueur. On défend aux marchands de cochons d'en vendre par la ville ; ils doivent les mener hors des

murs, près de la porte d'Ouche, Le succès couronne ces

SMART = efforts, et d’après les nouvelles reçues, le duc de Guise, nouveau gouverneur de Bourgogne, peut écrire, le 24 novembre 1543, aux maire et échevins : « Très chers et bons amis, j'ai reçu vos lettres par le présent porteur votre confrère et suis très aise que l'inconvénient et danger de peste ait cessé dans votre ville; ce qui sera cause que j'espère bientôt, vous aller voir ». Antoinette de Bourbon, sa femme, se joint à lui et écrit: « Très chers et bien amés, j'ai reçu vos bonnes lettres etentendu par votre confrère échevin présent porteur, que le danger de peste où vousavez été, est passé ; dont je loue Notre- Seigneur, très joyeuse que vous portez si bien, que sera cause Monsieur vous ira plus tôt voir, chose que de ma part bien je désire ».....

En décembre, le duc Claude de Guise faisait solennellement son entrée dans la capitale de son gouvernement.

L'été suivant ramena le fléau ; la ville acheta, au village d’Aiserey, les bois provenant de la démolition d’une maison, les fit transporter à Dijon et s’en servit pour la construction, au faubourg d'Ouche, d’un bâtiment dit la maison de l'Ile, pour y interner les pestiférés, qui étaient surtout des gens de petite condition. Le 21 juillet, la Chambre de ville ne peut délibérer, la plupart des échevins ayant quitté les murs. Le surlendemain la peste éclate chez le maire, qui est obligé de se retirer à la campagne. Le 5 août, les séances de la Chambre sont ajournées à la Saint-Martin, à cause de la peste. Au mois de novembre, on défend aux pestiférés de vaguer par la ville, sous peine d’être pendus, et on érige des potences à cet usage. La même défense est faite aux

LA maugoguets, qui doivent porter des bonnets jaunes et des bâtons noirs, et à leurs femmes, qui doivent avoir des « gorgias » jaunes. Les morts sont enterrés pendant la nuit. Les médecins de la ville, invités à nommer un d'entre eux pour diriger le service de peste, répondent que celui qu'ils choisiront librement recevra un écu de gages par mois et ne « maniera » pas les malades. La Chambre leur déclare que leurs prétentions sont excessives et que, nonobstant leur art, qu'ils disent libre, ils déféreront à ces prescriptions, sous peine d’être expulsés de la ville.

L'année suivante 1545 semble assez tranquille au point de vue sanitaire, bien que la contagion règne en divers pays ; par précaution, il est interdit de vendre meubles, habits et autres « substances spongieuses » ; mais on permet le commerce du cuivre, airain, fer et autres matières semblables. On visite les boutiques des apothicaires pour vérifier sileurs drogues sont de bonne qualité et en quantité suffisante, en cas de besoin.

Au mois d'août, le fils du duc de Guise, François de Lorraine reçoit devant Boulogne, assiégée par François I‘, la blessure qui le fit surnommer le Balafré : dans un engagement avec les Anglais, un coup de lance l’atteignit à la joue, au-dessous de l'œil droit; le fer de la lance brisée resta dans la plaie. « François eut la force de rester en selle et de revenir au camp. Un seul chirurgien osa entreprendre d’extraire le fer de la lance. Mettant le pied sur la tête du blessé, il enleva le tronçon avec des tenailles, si habilement que François de Guise guérit. » Le chirurgien était Ambroise Paré.

A Chalon, la mairie décide que les barbiers seront

AIT VO avertis de choisir parmi eux un homme expérimenté « pour servir aux maladies contagieuses, le cas advenant mais que Dieu ne veuille, et qui n’aie occasion de s’excuser ». La contagion survient : le Conseil de Ville déclare qu'on « nommera un barbier, le plus ydoine qu'on pourra trouver pour visiter les malades, comme par exemple, maître Guillaume Prévost, actuellement détenu dans les prisons du Chatelet. S'il accepte cette charge, on ira à Dijon pour tâcher d'obtenir son élargissement et l'abolition de sa peine ». Le 19 octobre on ordonne « aux barbiers et maugoguets de se retirer hors de la ville, afin de eux éventer pendant quinze jours sans qu’ils puissent fréquenter ceux de la ville pendant ce temps ».

Pendant les dix années qui suivirent, la peste semble presque à l’état endémique en Bourgogne; tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, des cas sont signalés et mettent à l'épreuve la vigilance des magistrats chargés de protéger la santé publique. Dijon et Mâcon veillent avec soin à leur salubrité. En 1546-47, la première de ces villes menace du fouet et du bannissement pour dix ans quiconque hantera les habitants des lieux pestiférés ou conversera avec eux. Un sergent est chargé, comme d'habitude, de « cadener » les portes des malades, de chasser ces derniers hors de la ville ou de les enfermer dans leurs maisons, de brûler les lits, faire purifier les chambres avec de la chaux vive et du vinaigre. On accepte les secours d’un médecin italien qui offre de traiter les pestiférés, mais sans les toucher et en leur dispensant seulement ses drogues.

C'est à cette époque que les malades nous sont décrits

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comme ayant «une inflammation des glandes, la fièvre, grand soif, appétit de « vomir » ; le plus souvent, la tumeur est € à l’aine avec pesanteur, chaleur et suppuration » ; beaucoup ont des «carboncles, morbilles, etc. » Le corps d'un pestiféré présente : « le ventre et la poitrine enflés, les extrémités dénudées, grande ecchymose au dos; la chair noire, le scrotum livide et noir ; du nez et de la bouche sort une certaine humeur virulente et jaunâtre ». Le traitement, que nous verrons plus en détail à propos du xvir° siècle, comporte, en résumé : la saignée, si l’on est au premier ou au second jour de la maladie, si le malade est vigoureux, le pouls fort et les bubons bien développés ; si ces conditions ne sont pas remplies, la saignée fera plus de mal que de bien. Elle doit toujours se pratiquer du côté du bubon. Puis on donnera un petit clystère ou purge; mais il ne faut purger qu'opportunément et avec modération. Le principal traitement consiste dans les corroboratifs (toniques) et les alexitères, médicaments que l'on croyait spécifiques contre les venins. L'alimentation doit être légère; avant le septième jour, les viandes ne valent rien, sinon en consommés ou gelées pressés avec les sucs acides d’oseille, orange, citron, grenade, vinaigre et autres semblables. On donne des potages de poule, chapon, veau ou mouton. Localement on applique des cataplasmes et on incise lorsqu'il y a du pus.

En 1548-19, la contagion est à Blaisy et Turcey; l'entrée de la ville est interdite à leurs habitants et il est défendu aux hôteliers et cabaretiers de les loger. La procession faite le jour de la Sainte-Anne, en exécution du vœu de 1531, doit être suivie le plus dévotement

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possible par tous les habitants. En 1552-53, pour éviter la contagion de peste que l’on suspecte avoir été en la. maison d’un vigneron, sise rue du Champ-Damas, « Messieurs ont délibéré que commandement lui sera fait, à peine d’être pendu et étranglé, de non entrer dans ladite ville, lui, sa femme ni ses enfants, durant le temps et terme de six semaines et sera advisé de lui trouver logis aux fauxbourgs, en quelque lieu rémoté (écarté). » Divers cas éclatent dans le quartier Saint-Nicolas : « Seront faites croix blanches et noires à l'huile devant les maisons pestiférées afin qu'elles soient connues, pour éviter tout danger de peste. » Les corps de ceux: qui mourront de la peste seront portés hors la: ville, par la porte la plus proche du lieu de leur décès.

En 1553-54, les vicaires des paroisses sont priés de choisir un prêtre pour administrer les sacrements aux pestiférés et les médecins et chirurgiens de choisir deux d'entre eux pour leur donner les secours nécessaires. Un médecin, nommé Guillaume Le Doux, dont les capacités ont été reconnues suffisantes par trois de ses collègues de la ville, est autorisé par la Chambre à exercer à Dijon, après s'être engagé à donner ses soins: aux pauvres malades et aux personnes atteintes de maladies contagieuses. ;

En 1554-55, défense aux sœurs de l'hôpital, aux hôteliers et cabaretiers de recevoir les personnes venant de Beaune, Nuits, Gevrey et Corcelles-les-Citeaux, & pour éviter les dangers et inconvénients de peste ». Mais la maladie « commence à pulluler en la ville » ; la Chambre demande au vicaire général d'ordonner aux curés et vicaires « de faire processions particulières en leurs

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paroisses, pour prier le Créateur de vouloir apaiser son yre envers le peuple ». Les mesures d'usage sont prises. On ordonne au meunier des moulins de Saint-Etienne « de vider et fermer sa maison d'autant qu’elle a été inconvenientée de peste et sera marquée d’une croix rouge comme aussi toutes les maisons qui ont été et seront inconvénientées dudit danger ». L'entrée de Dijon est interdite aux habitants de Dôle et lieux voisins, sous peine d'amende arbitraire et de punition corporelle; même interdiction, s'ils ne veulent être pendus et étranglés, à un nommé Arcirolot et à sa femme qui ont séjourné longtemps au village de Ruffey où régnait l'épidémie. L’Avallonnais était aussi ravagé.

En 1556-57, des précautions semblables sont édictées contre les gens venant d’Auxonne et de Dôle. Deux médecins et deux chirurgiens sont chargés de visiter le corps de l'ancien maire Etienne Jaquetot « sur le soupçon qui était qu’il fût mort de peste » ; ils attestent qu'il n'était nullement atteint de maladie contagieuse.

Pendant ce temps, la guerre civile désolait la Province ; les huguenots de Chalon et de Mâcon s'étaient emparés de ces deux villes en 1552 et les avaient mises au pillage. Leur capitaine Poncenat, avec six ou sept mille hommes de bonnes troupes, ravageait le Mâconnais et la Bresse. Mais, en 1562, Gaspard de Saulx, lieutenant du roi en Bourgogne, reprit les villes enlevées et chassa les protestants de son gouvernement.

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