‹ Essai Historique sur les Épidémies en BourgogneChapitre 11 sur 22 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Peste endémique de la fin du xvie siècle. — Recrudescences de 1564, 1570, 1585, 1594. — Épidémie de coqueluche. — Règlement de 1597.

En 1563, le « grand mal aux bubons » sévissait à Chalon, Auxonne, Barges et autres lieux ; néanmoins, au commencement de l’année suivante, Charles IX qui, par sa présence, espérait calmer un peu les esprits, vint à Dijon prendre possession du duché et jura, à l’église Saint-Bénigne, le maintien des privilèges de la capitale. De là, il se rendit à Chalon où les habitants, qui s'étaient éloignés à cause de l'épidémie, revinrent lui faire une belle réception. La peste ayant recommencé, ils furent obligés de quitter de nouveau la ville; et le bailliage alla tenir ses audiences au château de Germolles. Le siège du bailliage de Mâcon fut transféré à Prissé et les exploits « ne se tenaient que de quinze jours en quinze jours et cela dura environ l’espace de six mois ». De même à Dijon, le Parlement suspendit ses séances et la Chambre de Ville cessa ses délibérations publiques. Et jusqu’à la fin du siècle, presque chaque année va voir se renouveler la crainte du fléau. De loin en loin, une recrudescence se produit ; telles celles de 1570, 1585, 1594 ; mais ces dates ne sont que les points culminants

DAME d’une courbe à peu près continue. Les mesures prises sont les mêmes que précédemment et en parcourant ces années néfastes où guerres civiles et épidémies s’accordent à désoler la France, nous ne nous arrêterons qu'aux particularités un peu saillantes de leur histoire sanitaire.

Dans l’année où débute cette triste série de calamités, la municipalité dijonnaise établit au poste de chirursien des pestiférés maître Jehan Livory et nomme des maugoguets ; elle les fait comparaitre devant elle et leur demande quel est le préservatif qu’ils emploient contre la contagion : « Ils ont dit qu’ils usent de vif-argent dans un long tuyau de plume qu'ils mettent sur leur cœur et qu’ils changent de quinze jours en quinze jours ; et tous les matins ils usent d’aloes avec du mithridate. » La méthode parut bonne, car on les envoya à la maison de Cherlieu avec défense « d'aller ni venir par la ville qu'ils ne leur soit ordonné à peine du fouet », et

“ordre « de faire tout devoir accoutumé et nécessaire dans leur chargé et ne piller, ni rober à peine de la hart ».

Au mois d'août, la maison de l'Ile est insuffisante pour loger tous les pestiférés ; le maire demande au Parlement l'autorisation de leur affecter un des hôpitaux ; elle est accordée à condition que les malades n’en souffrent pas. Il est ordonné à tous les habitants « de faire leurs nécessités » dans les « privés » de leurs maisons et non dans les rues et places de la ville. Quant à ceux qui n'ont point de « privés », il leur est enjoint d'en faire construire sous peine de dix livres d'amende.

Il est défendu aux prêtres des pestiférés de fréquenter

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les églises, « et afin que l’on se puisse donner garde d'eux et que l’on ne soit pas surpris, il leur est enjoint, comme aux chirurgiens desdits pestiférés et aux saccards et maugoguets, de ne plus aller par les rues le long des maisons, mais par le milieu des rues; et porteront chacun une sonnette telle qu’elles leur seront données; et aussi lesdits chirurgiens et barbiers des pestiférés en feront porter à leurs chevaux. Et quand les saccards porteront par la ville quelque corps mort dudit danger de peste, ils feront marcher un homme devant eux, par le milieu de la rue, avec une clochette et une verge pour faire détourner le peuple. Et ceux qui viendront après porteront encore une autre clochette pendue à leur bière sur quoi ils porteront leur corps ». L'échevin Raissey meurt de la contagion.

En 1566-67, c'est encore dans la rue du Champ-Damas que la peste choisit ses victimes; des charpentiers reçoivent trente-cinq sous tournois pour mettre des barrières aux deux extrémités de cette rue, afin de la condamner au public. En août, on porte à la connaissance de ce dernier une ordonnance rédigée par les médecins de la ville : « Les patients, incontinent qu'ils se sentiront frappés, pourvu qu'ils n'aient rien mangé, prendront le gros d’une noix de l’opiate ordonnée chez l’'apothicaire; que si ne le pouvaient prendre en forme d’opiate le faudra diluer avec eau de scabieuse, mélisse et oseille. Et si le patient avait mangé quand il se sentira frappé soudain, s’efforcera de vomir pour vider son estomac devant que de prendre ledit remède; après lequel pris, ne mangera de quatre heures, durant lesquelles il se tiendra couvert chaudement dans son lit

y BOT pour provoquer les sueurs ». Les mêmes règles que nous avons déjà vues pour la saignée seront observées ici. Sur les bubons, il faut appliquer des emplâtres de «diachylum magnum avec galbanum ; quant aux charbons, il faut les scarifier avec rasoirs » et appliquer dessus emplâtres et ventouses pour aspirer le venin. Boissons rafraîchissantes et alimentation légère.

Avallon, Mâcon, Beaune et Autun sont aussi visités par la contagion. |

L'entrée de Dijon est interdite, en 1568-69, aux habitants de Besancon, Salins, Genève et Saint-Jean-de- Losne, où règne l'épidémie. Cette même année, une armée de reîtres, conduite par le duc des Deux-Ponts et le prince Casimir de Bavière, vint au secours des huguenots et mit la province à feu et à sang. L’amiral de Coligny, venantau-devant d'eux, ravagea Cluny et les environs d’Autun. Des habitants de Marsannay-en- Montagne, qui avaient droit de retrait à Dijon, s’y réfugièrent ; mais comme la peste était dans leur village, ils reçurent l'ordre de quitter la ville avec leurs meubles, sous peine du fouet. La ville était aussi fermée, pour le même motif, aux personnes venant de Bar-sur-Aube et de Genève, ainsi qu'à celles venant d’Is-sur-Tille, qui avait de fréquents rapports avec les Genevois. Avallon fut décimé de façon terrible ; la population du bailliage diminua de près d'un quart. À Auxerre, les malades étaient soignés non seulement à l’'Hôtel-Dieu, mais encore à l'église Saint-Marien.

Grâce à l'intervention du président Jeannin, le comte de Charny, lieutenant général en Bourgogne, épargne à la province les horreurs de la Saint-Barthélemy. A

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