INTRODUCTION
Depuis plus d’un long siècle, les noms des anciennes provinces ont été abolis; celui de la Bourgogne est resté aussi vivant que par le passé. Il répond, en effet, non seulement à une division arbitraire et passagère, mais à un territoire qui, même après sa réunion à la Couronne de France, a conservé jusqu’à la Révolution son autonomie politique et administrative, ses Etats, son Parlement, ses privilèges et ses coutumes.
Quelle a été sur ce territoire la répercussion des épidémies qui ont ravagé la France et l'Europe, depuis la chute de l’Empire romain? Quelles mesures ont été prises au cours des siècles pour sa protection sanitaire et enfin quelles épidémies locales sont nées dans cette province distincte des autres à tant de points de vue ?
-Ce sujet n’a fait l’objet que de très peu de recherches et la bibliographie est des plus pauvres à cet égard. Les histoires locales ou générales mentionnent, en passant, quelques-unes des plus grandes épidémies. Quant aux ouvrages assez nombreux qui traitent des maladies épidémiques en général, leur documentation est rarement allée aux sources particulières ; trop souvent, ils se con-
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tentent de répéter ce qu'ont dit leurs prédécesseurs. Toutefois, les ouvrages de Papon, Ozanam, et le récent et remarquable travail de M. Lallemand, offrent un intérêt tout spécial.
Le but de cet Essai est, d’une part, de donner un aperçu de l’histoire sanitaire de la Bourgogne, d'autre part, et surtout, de montrer à quel point les Archives départementales et municipales, que je n’ai fait qu'effleurer, pourraient fournir des documents intéressants, au point de vue historique et médical, à quiconque y ferait des recherches un peu approfondies. C’est par la mise en évidence de toutes les richesses accumulées dans les cartons des Archives que des sources vraiment vivantes pourraient être fournies aux historiens des maladies épidémiques.
J'ai donc cru devoir, dans ce petit travail, me limiter strictement à son objet : fournir une histoire régionale par des documents locaux et, autant que possible, inédits. En conséquence, je n’ai pas reproduit les descriptions de maladies qui se trouvent dans tous les ouvrages généraux; il est aisé de s’y reporter. Je n’ai pas prétendu faire une Histoire des maladies épidémiques en Bourgogne. C’est un travail qui ne sera réellement possible que lorsque les Archives auront livré en entier leurs secrets; et pour faciliter les recherches à cet égard, on trouvera à la bibliographie, les cotes, avec leurs dates, des documents des Archives concernant l’état sanitaire de la Province. Cette liste, que j'ai dressée d’après les /nventaires-Sommaires des Archives des quatre départements : Côte-d'Or, Yonne, Saône-et-Loire, Ain, et de leurs principales villes, et où, d’ailleurs, j'ai
EST MES trouvé beaucoup de renseignements intéressants, est sans doute fort incomplète, mais telle qu’elle est, je crois qu'elle peut être de quelque utilité, quand ce ne serait qu'en évitant aux chercheurs une perte de temps.
L'exemple des contradictions que présentent les divers essais d'identification de maladies anciennes m'a conduit à laisser autant que possible la parole aux contemporains des maladies dont il est question. Certain épidémiologiste, après avoir cité une épidémie décrite par un témoin comme une peste avec bubons et charbons, ne veut-il pas en faire une variole et assimiler, de la même manière, les épidémies du xvi° siècle à des fièvres éruptives diverses. Le simple examen des écrits de l’époque montre que la peste a réellement été endémique à ce moment; et comme dit un autre historien, la peste était assez fréquente dans ce temps-là, pour que les médecins en aient l'expérience et ne fassent pas d'erreur de diagnostic. Sans doute le terme peste est parfois employé de façon imagée, et celui de pestilence dans un sens général, mais l’extension du fléau, les mesures prises, etc., viennent souvent préciser les cas douteux.
Je me suis attaché à donner autant que possible des dates exactes; si parfois j'en ai donné d’approximatives, c'est que les documents me faisaient défaut, ou que l’objet exposé se répartissant sur un groupe de mois ou d'années, une application rigoureuse de l’art de vérifier les dates aurait été inutile, et même, en limitant trop la question, aurait pu un peu fausser l’idée énoncée.
Je dois encore m'excuser d’une autre liberté que j'ai prise : n'ayant laissé la parole aux contemporains des
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épidémies que pour rendre plus vivante l'étude de ces dernières, et l'ayant fait très fréquemment, j'ai cru devoir, pour alléger le texte et faciliter la lecture, ne pas conserver l’ancienne orthographe.