‹ Essai iconographique sur S. Côme et S. DamienChapitre 13 sur 46 · Cité dans La Pipe cassée de Vadé · texte numérisé non relu

Cité dans La Pipe cassée de Vadé

Dans sa thèse sur l’hôpital du Midi (Paris, 1885), le D: Pignot parle d’une oraison à saint Côme et saint Damien, d’une efficacité reconnue pour

les maladies vénériennes.

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SAINT CÔME ET SAINT DAMIEN DANS L'ART DE L’ANCIENNE ROME ET DANS L'ART BYZANTIN

La plus ancienne représentation à nous connue de saint Côme-et de saint Damien se trouve dans la magnifique basilique que leur édifia Félix IV (pape de 596 à 530) sur le forum. C’est au vi’ siècle ; Rome, sous la domination des papes, résiste seule à l'influence étrangère qui règne sur l'Italie. La basilique des saints Côme et Damien, construite à l’époque où l'Orient pénètre à Ravenne, nous garde un des monuments les plus complets et les plus purs de l’art romain chrétien primitif: son abside, ornée d'une mosaïque que les âges suivants imiteront souvent sans l’égaler. Dans un ciel d’un bleu sombre flottent des nuages rougeâtres, parmi lesquels paraît majestueusement Le Christ (1). A droite et à gauche,

deux grands palmiers sur lesquels est posé le Phénix ;

. saint Côme et saint Damien s’avancent vers le Seigneur,

conduits par saint Pierre et saint Paul ; ils portent dans leurs mains, recouvertes d’un voile, la couronne de leur

1. Cf. une photographie de cette mosaïque in A. Michel, Histoire de l'Art, tome Î[,

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martyre. Leurs visages sont barbus, rudes et sévères (1), d'une beauté farouche. Ils sont vêtus d'une sorte de si chlamyde ; aucun attribut pour indiquer leur profes-

sion : l’art n’est pas encore descendu sur la terre et son inspiration est purement mystique. :

1. CF. fig. 1, saint Côme de la mosaique de Rome, d’après Rohauült de Fleury.

À moins d’un siècle de distance, nous voyons les deux saints tout autrement représentés. C’est à Ravenne précisément, porte de l'Italie vers l'Orient, où règne l'art byzantin. Dans les mosaïques de l’église Saint-Michel, sont représentés Côme et Damien, non plus rudes champions de la foi, mais jeunes gens à l'air gracieux et doux : l'opposition est frappante. Leur costume est une élégante chlamyde, au bas orné de taches noires, et à la taille serrée d’une ceinture. Ils tiennent à la main (1) un cylindre qui a été diversement interprété ; les uns y ont vu un étui à instruments chirurgicaux, d’autres une baguette que l’on met à la main des personnes qu'on saigne, les priant de serrer fortement, afin de faciliter les mouvements du sang dans la veine ouverte ; c’est une pratique analogue à celle de nos jours, qui consiste à faire serrer le poing du malade, afin de voir se “dessiner mieux son lacis veineux, et faciliter le choix du lieu d'élection de la saignée.

D'autres ouvrages grecs, notamment des ménologes (2), montrent des médecins parmi lesquels sont peut-être nos deux saints ; ils tiennent toujours ce cylindre, ou parfois un petit vase sans couverele, sorte de ventouse renversée.

Mais c’est aux dernières périodes de l’art byzantin

4, Cf. fig. 2.

2. Guénébault, rapporté par le chanoïne Muller, cite un ménologe grec du ix° ou du x° siècle, où les deux médecins sont représentés debout, ovant dans leur manteau une sorte d’aumônière [étui à instruments ?] qui leur tombe du ciel. Allusion vraisemblable à l’origine divine de leurs

talents,

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qu'il faut arriver pour trouver des représentations plus curieuses. Nous en voyons au x1v° siècle, à Mistra, ville en ruines, qui fut capitale du Péloponèse grec, au-dessus de l’ancienne Sparte. Ici, dans l'Empire appauvri, la fresque remplace la mosaïque coûteuse. L'ouvrage de M. Gabriel Millet (1) a fait connaître au publie par de nombreuses reproductions ces belles peintures murales, qui recouvraient du haut en bas les murailles des églises.

Dans une première fresque Côme et Damien sont en consultation chez Palladie, cette femme qui s'était ruinée à courir en vain les célébrités médicales de son temps. Elle est au lit et tient un plat où il y a des œufs. Sa servante est derrière elle. Aupied du lit, les deux saints se concertent sur le traitement qu'ils vont appliquer. Dans une deuxième scène, ils font sortir le serpent du corps du paysan. Dans une autre enfin ils guérissent de nombreux malades, possédés ou paralytiques, qui se traînent à leurs pieds. Ils ne font nulle part acte de praticien : ce ne sont encore que des saints guérisseurs, rendant la santé par la vertu de leur parole ou de leur science, et non pas les ouvriers adroits, miraculeusement habiles à couper et rabouter, qu’aimeront à représenter les artistes d’époques où la Foi sera déjà moins rayonnante.

Ces fresques nous montrent les deux frères habillés d'un costume particulier, qui n’est pas celui des autres saints ; peut-être y faut-il voir celui des médecins du

temps ? Il ressemble à la Penula des prêtres, relevée

1. Monuments byzantins de Mistra, Paris, 1910 [152 planches].

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