SAINT CÔME ET SAINT DAMIEN DANS L'ART FRANÇAIS
Nos ancêtres avaient multiplié les saints Côme et Damien dans les chapelles, les Heures, les livres de prière; on les voyait gravés sur les méreaux et les jetons, peints sur les enseignes, brodés sur les bannières, bariolés dans l'imagerie, et brillant aux verrières. La Révolution a tout saecagé ; voyons les débris qui
demeurent.
2 …. . « ; Peinture et miniature.
Aucun retable, tableau d’autel ou peinture de confrérie ne subsiste, à ma connaissance. L'église de Luzarches possède un grand tableau, pas beau, du milieu du xix° siècle, où les deux frères soignent un blessé, dans un décor d’architectures romaines.
Le livre d'heures d'Anne de Bretagne (1) contient une belle miniature du xv° siècle (2) où les deux saints s’en-
tretiennent sous une élégante coquille ornementale.
1, Bibl. nat. Mss, latin 9474.
2, D’après laquelle a été dessiné le frontispice de l'ouvrage du D' Caba-
nès : le costume du médecin (1922).
MAR Tpe Côme est en manteau violet à pècriné, avec col d’hermine et bonnet cerise ; il examine un urinal à goulot très étroit .et bord très large. Damien tient un pot galénique en faïence décorée, il est habillé d’une robe rosemorte et coiffé d’un chaperon bleu, son col échaneré et ses manches sont bordés de fourrure. Il y a deux miniatures du mème genre aux archives de Rouen, l'une
dans un manuscrit de la corporation des barbiers de la
ville, l’autre dans les ordonnances de Jean Davy, bailli .
de Rouen en 1424. Une autre, dans un manuscrit de la Chirurgie de Guy de Chauliac (1468), montre un maïtrechirurgien faisant son cours, assisté de saint Côme et saint Damien (1). Tous les trois sont en robe de forme très archaïque, à longs plis sur le devant, avec un très haut bonnet. Les saints, auréolés, sont munis d’une spatule et d’une boîte à drogues à deux compartiments.
On voit dans les Æeures d'Henri IV (2), une miniature plus récente, du même genre (Planche VII), d’une grâce et d’une finesse charmantes. Sur un paysage discrètement indiqué, les deux saints se détachent, vêtus de longues robes traînantes à col ouvert, d'aspect presque sacerdotal, et coiffés d'un bonnet à pli médian; l’un tient une trousse à instruments chirurgicaux, l’autre
un urinal. È
La fréquence de cet attribut est frappante; c’est que l'urinal est inséparable du médecin de l’ancien temps,
pour qui les changements qu'éprouve l'urine avaient
À. Reproduit dans la Chirurgie de Pierre Franco (édition Nicaise 1805). 2. Bibl. nat, Mss. latin 1171. ee