RELIQUES. CULTE
Les chrétiens ensevelirent done Côme et Damien ensemble, à Eges ; mais, par la suite, les corps furent transportés à Cyre, en Syrie, non loin de la frontière de Cilicie, probablement parce que cette ville était lé siège d’un évêché. Le culte des deux frères avait déjà commeticé en Grèce au iv° siècle, concurremment avec celui d’autres saints médecins. L'évèque Théodoret, qui occupait le siège de Cyre au v° siècle, dit qu'il y avait de son temps dans ce diocèse une église dédiée aux saints Côme et Damien. La présence des corps des saints avait fait de la ville un lieu de pèlerinage fréquenté, et, au siècle suivant, Justinien [° la fit orner et fortifier par respect pour ces saints ossements, et en remerciement de sa propre guérison due à l’intercession des deux frères, qui lui apparurent alors, dit Procope, que tous les médecins désespéraient de son état, et qu'il était déja presque sans vie. Il fit aussi restaurer ‘un temple en leur honneur qui existait en Pamphylie (leur culte existait donc en Orient) et reconstruire magnifiquement l’église qui leur avait été dédiée à
Rome mème au siècle précédent.
Vers la même époque un grand nombre de temples fut édifié sous leur invocation dans tout l'Orient; on en connaît à Jérusalem, à Edesse, à Stérion en Phocide, en Galatie où ils apparurent à Théodore le Sicéote et le guérirent. Habituellement ces églises étaient contiguës à un hôpital où les malheureux étaient soignés gratuitement en souvenir des deux saints. Les martyrologes et les ménologes nous les montrent encore vénérés dans les églises, slaves, russes, arabes et égyptiennes de l'époque.
Celte rapide extension s'explique par les miracles attribués à l’intercession des deux saints, et dont le récit emplit, chez les Grecs, des volumes et des volumes. Le concile de Nicée, en 789, s’appuya sur plusieurs d’entre eux pour légitimer le culte rendu à ces martyrs. Voici deux de ces miracles que la Légende dorée rapporte :
« Un paysan, après avoir travaillé à la moisson, dormail la bouche ouverte, et un serpent pénétra jusque dans ses entrailles. En se réveillant il ne sentit rien el revint chez lui ; mais le soir il éprouva d’atroces souf- Jrances ; il poussait des cris lamentables, et invoquait à son secours les saints de Dieu Côme et Damien. La douleur s'aggravant toujours, il se réfugia dans l'église des saints martyrs, et s'y endormit subitement ; alors le serpent sortit par sa bouche comme il y était entré.
Un homme qui devait faire un voyage lointain, recommanda sa femme aux saints martyrs Côme et
Damien, et lui donna un signe au moyen duquel elle
connaîtrait qu'elle devait aussitôt se rendre auprès de lui, S'il lui arrivait de la mander. Après quoi, le diable, qui sut quel signe le mari lui avait donné prit la figure d’un homme et lui dit en lui présentant le signe convenu : ton mari ma envové de telle ville pour te conduire vers lui. Et comme cette femme craignait encore de partir, elle dit : Je reconnais bien le signe, mais parce que j'ai été mise sous La protection des saints martyrs Côme et Damien, jure-moi sur leur autel, que {u me mèneras en toute sécurité, et aussitôt je partirai. Le diable fit le serment qu’elle demandait. Elle le suivit donc, et quand ils furent arrivés dans un lieu écarté, le diable voulut la jeter en bas de son cheval pour la tuer. La femme s'en aperçut et cria : Dieu des saints Côme et Damien, aidez-moi, je me suis fiée à vous, et je l'ai suivi. Aussitôt apparurent là, accompagnés d'une multitude de personnages revétus de robes blanches, les saints qui la délivrèrent. Or le diable avait disparu, et üls dirent à la femme : Nous sommes Côme et Damien au serment desquels tu l'es confiée ; et c'est pour cela que nous nous sommes hâtés
de venir à ton secours. »
-D'Orient le culte des deux thaumaturges s'était vite répandu en Occident. Nous savons qu'ils avaient une église à Rome où une notable partie de leurs reliques avait été apportée. Elle leur avait été élevée vers 528 par le pape saint Félix IV, près de l’ancien temple de Romulus et Rémus ; on l'y voit encore aujourd’hui. A cette église où, si l’on en croit l’histoire, de nombreuses
Vergnet 2