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guérisons miraculeuses eurent lieu, se rattache le souvenir d’un des miracles les plus curieux de nos saints, et que des recherches sur la greffe humaine ont souvent invoqué comme précédent. Voilà comment le décrit le bienheureux Jacques de Voragine :
« Le pape Félix IV, aïeul de Saint-Grégoire, fit construire à Rome une magnifique église en l'honneur de saints martvrs Côme et Damien (1). En cette église se trouvait un serviteur des saints martyrs, auquel un chancre avait dévoré toute une jambe. Or, pendant son sommeil, lui apparurent les saints Côme et Damien qui
portaient avec eux des onguents et des instruments. L'un dit à l'autre : Où aurons nous de quoi remplir la place où nous couperons la chair gâtée ? Alors l’autre répondit : Dans le cimetière de saint Pierre aux liens se trouve un Éthiopien nouvellement enseveli ; apporte de sa chair pour remplacer celle-ci. Il s'en alla donc en toute hâte au cimetière et apporta la jambe du Maure. Lis coupèrent ensuile celle du malade, mirent à la place la jambe du Maure, et ils joignirent la plaie avec soin ; après quoi üs portèrent la jambe du malade au corps du Maure. Comme cet homme, en s’'éveillant, ne ressen-
lait plus de douleur, il porta la main à sa jambe et n'y
1. Cette église est titre cardinalice. Son titulaire actuel est le P. Fruwirth, dominican autrichien. Rome possède trois (et d’après Armellini, huit) autres églises dédiées aux saints Côme et Damien : l’une, dite San Cosimato, au Transtévère, la deuxième via in Miranda, la dernière à la Confraternita di Gesu Nazareno: c’est depuis le xvr: siècle le siège de la confrérie des barbiers qui y célèbrent chaque année, encore de nos jours, la fête des saints martyrs,
trouva rien d'endommagé. Il prit donc une chandelle, el ne trouvant aucune plaie sur sa jambe, il pensait que ce n'élait plus lui, mais que c'élait un autre qui était à sa place. Enfin, revenu à soi, il sauta tout joveux hors du lit, el raconta à tout le monde ce qu'il avait vu en dormant et comment il avait été guéri. On envova de suite au cimetière ; on trouva la jambe du Maure cou-
pée, et l’autre mise dans le tombeau ».
Au même siècle, saint Benoît, dont les enfants spirituels allaient couvrir la terre d’abbayes et de prieurés, consacra à saint Côme et à saint Damien un des douze monastères qu'il fonda à Subiaco. La dévotion des bénédictins à leur égard fut une des grandes causes de la diffusion de leur culte dans toute l’Europe. En Italie, où on les nomme gli santi medici arabi, ils furent de très bonne heure honorés comme patrons de la médecine et des médecins. Florence se mit sous leur protection et orna plus tard ses monnaies de leur image. Nous verrons plus loin le culte tout spécial qu’eut pour eux la famille de Médicis. En Sicile, en Illyrie, en Espagne, au Portugal, de nombreux monastères s’élevèrent sous leur-vocable : Salamanque les prit comme patrons, aussi Zurich en Suisse, et Essen en Allemagne. La Bohème fitmieux, et les choisit comme patrons de tout le royaume, concurremment ayec saint Wenceslas et saint Jean Népomucène. Et encore la ville de Prague, à cause de la florissante faculté de médecine de son université.
La catholique Bavière se distingua particulièrement,
et mérita l'octroi des reliques insignes des cœurs et des
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chefs des saints. Les chefs, jadis à Bamberg, ont été transférés dans l’église des jésuites de Munich. De nombreux procès-verbaux, visites, identifications, ont eu lieu au cours des temps ; ils concordent à tenir les deux chefs pour authentiques. Quant aux cœurs et à divers os, après avoir demeuré longtemps à Brème, ils furent transportés très solennellement en 1649, le 27 septembre, jour de la fête des saints, chez les mêmes jésuites de Munich. Un somptueux reliquaire les y contient toujours, dont le dessin se voit dans les Acta sanctorum. Munich a longtemps attribué à la puissante protection de ces patrons l’état prospère de sa faculté de médecine. Au xvrr° siècle, à Kaufburr, en Souabe, une relique des saints Côme et Damien produisit un grand nombre de miracles dont le bruit se répandit : la longue suite de ces guérisons souvent impressionnantes — si elles sont vraies — se trouve dans les Acta. Il serait trop long de narrer l'extension du culte des deux frères médecins dans toute l’Europe ; voyons un peu seulement ce qu'il en fut chez nous.
Le plus ancien monument de leur culte en Gaule
semble bien être le monastère que leur fit édifier saint
Germain d'Auxerre au v° siècle. Au vr' siècle saint Gré-
goire de Tours déclare lui-même (Yistoria Francorum) qu’il avait de leurs reliques dans sa cellule. Ces reliques . venaient de Rome; il les remit par la suite à saint Martin de Tours, ce qui donna un vif essor au culte des saints dans cette ville, près de laquelle il existait au x1° siècle un prieuré à eux dédié, dans une île de la
Loire. C’est là que se retira saint Gautier pour vivre à