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malade, soit par cause d'absence d’autopsie, mais elles n'en apportèrent pas moins un précieux contingent de faits cliniques. Elles montrèrent surtout que tout en retrouvant fréquemment le type décrit par Landry et qui faisait pour ainsi dire le fonds commun de l’histoire des cas observés, on notait fréquemment des symptômes nouveaux, soit dans l’évolution de la maladie, soit dus à des notions nouvelles introduites dans la pathologie nerveuse, telles que, par exemple, l'étude des réflexes tendineux et celles des réactions électriques au point de vue clinique, etles lésions des nerfs périphériques au point de vue anatomique. Aussi tout en conservant le nom de « maladie de Landry» au type décrit par cet auteur, est-il préfé- … rable d'employer le terme de « paralysie ascendante aiguë » qui a l'avantage, tout en ne préjugeant rien sur la nature de l'affection, de rappeler son caractère clinique fondamental : l’évolution rapide et généralement ascendante de la paralysie, et de pouvoirs’appliquer à des cas qui touten s'éloignant .sous plusieurs points de vue du type de Landry méritent sous beaucoup d’autres d'en être rapprochés. C'est un cas de ce genre observé par nous dans le service de notre excellent maître M. le D' Merklen, à l’hôpital S'-Antoine, que nous voulons rapporter ici. Bien que par son évolution rapide, sesallures graves, succédant à des symptômes de début mal déterminés, l’ascendance rapide de la paralysie, on doive la rapprocher de la maladie de Landry et qu’elle mérite incontestablement le nom de paralysie ascendante aiguë, elle s’en éloigne cependant par certains côtés et nous la rapportons immédiatement après l'observation classique de Landry, afin que cette juxtaposition fasse mieux ressortir les similitudes, les analogies, et les dissemblances. 3
OBSERVATION I (personnelle, inédite).
P..., âgé de 32 ans, chauffeur mécanicien de chemins de fer.
Antécédents Réréditatres. — Père mort à 66 ans, il ignore de quelle maladie ; était un peu buveur. Mère vivante et bien portante, mais très nerveuse, surtout depuis sa ménopause.
Une sœur bien portante mais très nerveuse. À eu, au moment de la puberté, une crise de chorée qui a duré huit mois. Trois enfants, un de 3 ans, bien portant. Les deux autres (11 mois et 27 mois) viennent de mourir presque simultanément de la rougeole.
Antécédents personnels. — Fièvre typhoïde à 17 ans; à l'âge de 28 ans, il con-
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tracte sur le gland une ulcération qualifiée chancre à l'hôpital du Midi ou, d’après lui, on le lui excisa en même temps qu'on lui ouvrit un ganglion suppuré + de l’aine droite, dont on voit encore la cicatrice ; à ce moment on ne lui a pas 2 dit qu'il avait la syphilis et il n’a suivi aucun traitement spécifique ; ultérieure- - ment pas de maux de gorge, d’alopécie, de lésions cutanées, rien qui puisse - faire penser à la syphilis.
Il y à deux ans, le malade a été pris de douleurs articulaires très violentes, portant sur toutes les articulations, mais plus spécialement sur la hanche, le genou et l'épaule de chaque côté ; les douleurs le maintinrent au lit pendant une vingtaine de jours avec une forte fièvre. Depuis, le genou gauche. est À resté plus sensible à la fatigue et légèrement douloureux, quand il marche longtemps.
< Il a été toujours très nerveux, sujet à des crises de colère sans grand motif, 3 terminées par des larmes. Malgré quelques rêves professionnels, il paraît peu . touché par l'alcool, quoiqu'il avoue quelques excès d’absinthe pendant son ser- ; vice militaire; mais il est fort fumeur, et a fait de grand excès de tabac, qui % paraissent avoir déterminé chez lui, il y a deux ans, de l’amblyopie toxique, it-
ne reconnaissait les couleurs des disques que quand il en était tout près. Il alla
consulter aux Quinze-Vingts où on lui recommanda de cesser de fumer.
$ Anamnèse. —Il y a trois semaines environ, le malade fut pris brusquement de céphalalgie assez forte, anorexie, courbature générale, toux et oppression
- légère.
*. Ces accidents, survenus en pleine santé, l'obligèrent de quitter son service et
de s’aliter. :
Il était au lit depuis 8 jours et commençait à aller mieux quand il perdit ses deux jeunes enfants de la rougeole à 2 heures d'intervalle, Violente émotion, et légère rechute.
Le 5 mars le malade, qui commençait à aller mieux mais était encoré très souffrant, fut obligé de reprendre son service (par suite d’un accident arrivé à son suppléant). Le soir il est en proie à un malaise général très accentué et ne peut dormir la nuit. Le lendemain il continue son service, le malaise général s’accentue, il éprouve une fatigue générale extrême et générale dans les jambes, avec des frissonnements et est obligé de s'asseoir à plusieurs reprises.
Le 6 mars, les symptômes persistant il est obligé de cesser son service et de se coucher dans l'après-midi avec un malaise général très accentué, anorexie, céphalalgie, etc.; le repos lui fit grand bien ct il s’endormit paisiblement, ce qui ne lui était pas arrivé depuis plusieurs nuits. Mais il se réveilla à 1 heure du … matin et constata alors à sa grande surprise que ses deux jambes étaient très lourdes et qu'il n’arrivait qu'avec la plus grande peine à les remuer. Cette paraplégie augmenta très rapidement et au matin elle était complète; les bras avaient conservé toute leur force. Pas de douleurs dans les membres ni de rachialgie, mais sensation intense de froid aux jambes et forte diminution de * la sensibilité constatée par le malade lui-même. En même temps rétention incomplète d'urine (le médecin appelé pratiqua le cathétérisme) et constipation.
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Insomnie, malaise général, anorexie, température de 38° (constatée par le médecin qui le vit à ce moment), un peu de céphalée, aucun trouble intellectuel. -
Son état resta le même pendant les deux jours suivants. Les jambes qui le 7 mars au matin étaient encore capables de quelques petits mouvements de latéralité sans pouvoir toutefois quitter le plan du lit, perdirent tout mouvement etle malade se fit transporter à l'hôpital le 8 au soir.
État actuel (9 mars). — Le malade est un homme robuste et bien constitué. Les réponses sont faciles et claires et il n’y a aucun trouble intellectuel.
Il est étendu sur le dos et dans l'impossibilité absolue de faire exécuter à ses jambes le moindre, mouvement. Les membres inférieurs sont dans une très légère flexion et quand on dit au malade de faire un effort énergique pour exagérer cetteflexion on voit que les muscles de la région postérieure de la cuisse se contractent encore légèrement sans que toutefois cette contraction soit capable d'imprimer au membre le moindre mouvement. Au niveau des autres muscles du membre inférieur on n’observe pas la moindre ébauche de contraction.
Les membres supérieurs ne sont nullement atteints et ont conservé toute leur force. Les muscles des parois abdominales, les intercostaux et le “dangeane se contractent bien.
Les réflexes rotuliens et plantaires sont normaux, on n'obtient pas le réflexe crémastérien. Les réflexes de l'iris, lumineux et accommodateur sont intacts.
Le malade peut uriner seul, maïs très lentement, et le jet n’a aucune force. Par le cathétérisme, on retire environ 300 grammes d’une urine très foncée avec un très léger nuage d’albumine et pas de sucre. Après avoir été constipé depuis le début de sa maladie, il présente depuis la veille de son entrée à l’hôpital, une diarrhée assez abondante et retient difficilement ses matières sans qu'il y ait incontinence.
La sensibilité est fortement atteinte, le malade ne sent pas le contact des draps, ni les frictions légères sur la peau. On peut le piquer avec une épingle, tirer fortement les poils sans provoquer de douleur; mais si on recourt aux fortes excitations, en pinçant très fortement la peau, par exemple, le malade ressent une très violente douleur manifestement hors de proportion avec l’excitation. La douleur ainsi occasionnée provoque une contraction brusque des muscles fléchisseurs de la jambe sur la cuisse, bien plus forte que la très faible contraction volontaire qui persiste encore, mais cependant trop faible pour imprimer au membre le plus léger mouvement
La sensibilité thermique est également touchée, le malade distingue mal le froid et le chaud et se trompe souvent.
Pas de douleur quand on malaxe les masses musculaires, ni sur le trajet des troncs nerveux. Aucune douleur spontanée nulle part, ni fourmillements dans les membres, ni douleur le long du rachis, mais sensation continuelle de froid aux jambes remontant jusque vers la racine de la cuisse dont le malade se plaint beaucoup. Rien ne parvient à le réchauffer. La température de ces régions semble, en effet, plus basse que celle du reste du corps, mais il ne semble pas que cet écart soit en rapport avec l'intensité de la sensation de froid accusée par le malade.
Les troubles sensitifs, qui présentent la même intensité des deux côtés, occupent les deux jambes et remontent en diminuant jusqu’à la ceinture, mais sans présenter de limites nettes. À peu près à égale distance entre le pubis et l’ombilic, la sensibilité tend à redevenir normale.
Pas de troubles vasculaires. Ni rougeur ni œdème. Température, 370,8 le matin, 38°,5 le soir. Pouls 100. Poumons. — Submatité aux deux bases et quelques râles de congestion, mais
3 la respiration est facile. Expectoration assez abondante.
Foie un peu gros. — Rate semble grosse. Rien au cœur. Anorexie, langue sale, céphalée légère. .
Pas de rachialgie. Pas de douleur dans la colonne vertébrale à la pression des -apophyses ni pendant les mouvements.
TRAITEMENT. — Ventouses sèches sur la FRIOR lombaire. Iodure de potassium.
10 mars. Le malade a un peu dormi, mais il a été réveillé vers minuit par des fourmillements dans les deux bras et dans la région thoracique en ceinture. Il y à ce matin une diminution sensible de la force ges deux bras. Les deux mains donnent 15 au dynamomètre.
Aux jambes, mêmes symptômes qu'hier. Mais la paraplégie a augmenté. Les
faibles contractions volontaires qui subsistaient ont disparu, et même les fortes excitations de la peau ne provoquent plus la contraction légère des muscles de la région postérieure de la cuisse notée hier.
État général assez bon. Température 372,7 ; 389,2. L'appétit revient. Le malade
ne peut plus uriner seul, on le sonde deux Le par jour.
Le 11. Les réflexes rotuliens et plantaires ont disparu. Les fourmillements dans le thorax et dans les bras sont beaucoup moins forts; depuis hier, douleurs
très vives dans les jambes, seulement quand on les remue pour le changer, et
persistance de la sensation de froid glacial. L’affaiblissement des bras semble stationnaire. Le malade se plaint de transpirer beaucoup.
Le diaphragme se contracte bien, les mouvements du cœur sont réguliers, tympanisme assez accentué.
Pouls 110. Température 370,7 ; 380.
Le 12. Même état général; cette nuit sueurs profuses et généralisées, surtout au visage. L’affaiblissement des bras augmente, surtout au bras droit; le malade ne peut plus s’en servir pour se remuer un peu dans le lit ; il lui est très difficile de
= porter les mains sur la tête. La main droite marque 5 au dynamomètre, la gauche 6.
Température 37°,7; 370,9. Pouls 100.
Le:13. Même état général. Les muscles de la paroi antérieure de l’abdomen
semblent totalement paralysés. Le tympanisme augmente, le malade accuse une
certaine gêne de la respiration; le thorax exécute mal les mouvements respira-
rafoirés et la respiration est surtout abdominale. Sur lé thorax le front et les
bras, on observe une éruption confluente de très petites vésico-pustules de la taille d’une tête d’épingle, lenticulaires, reposant sur une base rouge et très pru- ‘rigineuses. Constipation.
Pouls 120. Température 370,6; 370,9.
Le 14. Le malade se trouve plus Li Il n’a pas dormi à cause de la gêne de la respiration qui est fréquente, superficielle et presque purement abdominale ; pendant l'inspiration l'abdomen se soulève, il se rétracte pendant l'expiration. Les excursions thoraciques sont presque nulles. Vers 3 heures du matin le malade a eu une crise de suffocation qui a duré une heure environ.
La légère congestion pulmonaire persiste. Cœur régulier. Tympanisme augmente. Diarrhée. Sueurs abondantes. …
Depuis cette nuit le malade perd ses matières et ses urines.
Les deux bras sont presque totalement paralysés. On note cependant encore quelques faibles mouvements des doigts, de l’avant-bras et du deltoïde. Pas d’atrophie musculaire sensible.
Température 370,5; 38°,1. Pouls 110. n
Le 15. Même état. Respiration toujours aussi pénible. Les fourmillements “dans le thorax et dans les bras ont disparu. Cœur régulier. A la région sacrée médiane, rougeur assez intense depuis hier faisant craindre une eschare.
Température 370,8; 370,9. Pouls 110.
Le 16. Légère amélioration de l’état général; la sensation de froid intense aux jambes diminue ; la sensibilité cutanée semble revenir : la traction sur les poils qui les jours précédents n’était pas perçue, est sentie et même un peu douloureuse. Pouls régulier. La respiration est toujours exclusivement diaphragmatique mais moins pénible. Cependant le malade a euhier au soir à 11 heures un court accès de suffocation. Il n’y a plus d’albumine dans l'urine.
L'eschare s’est produite et atteint les dimensions d’une pièce de un franc. Sueurs très abondantes par accès.
Le 18. Amélioration générale continue. Le malade demande à manger. Léger œdème des jambes dans lesquelles il accuse toujours des douleurs lancinantes quand on les remue pour le changer. Tous les réflexes tendineux ont disparu.
L'excitation des muscles des jambes par le courant faradique ne denne aucun résultat ; cependant légères secousses dans les muscles de la région postérieure de la cuisse. Température 370; 370,8. L’eschare augmente.
Le 20. Le malade a teen hier soir des frissonnements répétés vers deux heures de l'après-midi. En même temps forte ascension thermique, 37,8 le matin, 390,6 le soir.
On constate du côté de l'eschare (qui dépasse les dimensions d’une pièce de 5 francs) un écoulement purulent considérable.
Incision au bistouri qui mène sur un décollement de la fesse droite : écoulement de pus très fétide, lavage à l’eau phéniquée faible qui entraîne des masses de tissu cellulaire sphacélées ; la plaie est bourrée de gaze iodoformée.
État général moins bon, pas de délire ; la paralysie des 4 membres est toujours absolument complète, le diaphragme entretient seul la respiration.
Vers 5 heures du soir, violente crise de dyspnée avec cyanose.
Le 21. La ibnpbratire a baissé. État général un peu meilleur, mais le malade, très affecté de son état, a des pressentiments de mort prochaine. Le malade ne souffre presque plus quand on remue les jambes. Dyspnée continue avec cya-