‹ Essai littéraire et historique sur Apollinaris SidoniusChapitre 6 sur 6 · ROUSSELLE · texte numérisé non relu

ROUSSELLE

11 est probable qne Sidonias était lyonnais , et non pas arverne, comme Ta prëtendn Savaron. Bien que ce savant critique s'appnie sur quelques passages de la 1'^ et de la 3^ lettre du ni" lirre, et de la 21" lettre du IV^livre^ on peut lui opposer le témoignage de Sirmond, qui , tout auvergnat qu'il était lui-même, fait naître Sidonius à Lyon. Des textes en assez grand nombre militent en faveur de cette dernière opinion. Dans la 5" lettre du l^^ livre, par exemple, Sidonius, écrivant de Rome au lyonnais Heronius , parle de Rhodanusia comme de leur patrie commune : « Egresio mihi

Rhodanùsiœ noêtrœ mcmibus publictÂS cursus usui fuit »

Dans la 8" lettre du même livre , il se dit expressément lyonnais : (K Ais enim gaudere te , écrit-il à Gandidianus de Gésène , quod eUiquando necessarius tuus videam solem , quem utique raro bibitor araricus inspeœerim : nebulas enim mihi meorum Lugdunensium eûoprobras » En outre , au commencement de la 25" lettre du IV" livre, il appelle S. Patiens son père et son évèque dans le Ghrist : a Pater noster in

Christo , pariter et pontifeœ caput civitati nostrœ per

sacerdotium, provinçiœ vero vestrœper civiiatem, » Ges textes rapprochés de quelques mots des poèmes Y , XIII et XYII , tendent à établir nettement que Sidonius était de Lyon , et que TArvernie n'était pour lui qu'une seconde patrie.

Quant à la date de la naissance de Sidonius , elle est fixée par lui-même , dans le XX" poème, au 5 novembre , ou, ce qui

revient au même, aux noues de novembre : a Ifatalis noster nonasinstare novembres Admonet...y> Maïs de quelle année s'agitil ? Ici la certitude fait place aux conjectures. Dans la 6^ .let> tre du y IIP livre , Sidonius écrit à Nammatius qu'il» entrait dans l'adolescence sous le consulat d'Asterius : « AdoUscèns atqueadhuc nuper expuero, quumpater meus, prœfectus prœ* torio, gallicanis tribunalibus prœsideret ; sub cujmvidelicet magistralu consul Asterius anni sut fores votivum trabeatus aperuerat. » Or , les fastes consulaires rapportent le consulat d'Asterius et de Protogënes à Tan de Rome 1202 , c'est-àdire , à l'an 449 de l'ère chrétientie ; ce qui est confirmé par BoUandus , dans la préface générale des Acta Sanctorum , d'après un ancien manuscrit. Sidonius venait donc de sortir de l'enfance, en 449, pour entrer dans l'adolescence. Reste à savoir à quel âge on passait de l'enfance à l'adolescence. Selon Gensorinus (lib. De die natali , cap. 14), cette transition pour un jeune homme avait lieu à 15 ans révolus, et c'est à peu près le temps également indiqué par Aulu-Gelle ( Noct, Attic, X , 28). A en croire l'auteur des Nuits attiques , Servius TuUius , l'ancien roi , rangeait parmi les enfants les jeunes romains qui n'avaient pas encore atteint leur 17^ année : <K qui minores essent annis septemdecim. » Un texte de Jornandes relatif à Théodorik prouve le maintien de cet usage jusqu'à la décadence de l'Empire : « Theodoricus jam adolescentiœannos contingens, expleta pueritia , octavum decimum peragens annum..,y>(De reb. get,^ c. 55. ) Si maintenant nous accordons à Sidonius 17 ou 18 ans sous le consulat d'Asterius, c'est-à-dire , en 449 , époque où il sortait de l'enfance pour entrer dans l'adolescence , nous rapporterons par le fait sa naissance à 432 ou 431. Cette date , qui est celle de la mort de S. Paulin, a été d'ailleurs adoptée par les savants auteurs de la Gallia christiana.

Une autre difficulté porte sur le nom de Sidonius. Dans

l'adresse de son IX^ poème , il s'appelle lui-même Sollius ApoUinaris Sidonius :

a Largam SoUins hanc Apollinaris Felici domino , pioque frairi , Dicit Sidonius suuè salutem. »

Ces trois noms se trouvent dans le même ordre en tète de la lettre à Leontius , qui précède le XXII^ poème : « Sollius Apollinaris Sidonius Pontio Leontio salutem, » Mamert Glandien , dans sa préface dédîcatoire , omettant Apollinaris y substitue Caius : « Prœfeclorio , patricio , doctissimo viro et optimo, Gaio Sollio Sidonio. » A ces quatre noms le manuscrit de Gluni ,»d'où Savarona tiré l'épitaphe de Sidonius, en ajoute un cinquième , modesttis. Mais on n'en rencontre aucune trace dans les œuvres de l'auteur , à moins qu*on ne soit tenté de voir une allusion à ce surnom dans la 12« lettre du IX® livre, où il écrit à Oresius « malle se modestum quam facetum existimari,» Quoi qu'il en soit, il importe de remarquer que , de ces divers noms , celui de Sidonius est placé le dernier, selon l'usage du Y® siècle, où, contrairement à la coutume des anciens Romains, on renvoyait ordinairement le nom propre à la suite du nom patronymique , ainsi que l'a très-bien montré Sirmond dans la préface de ses Notes. L'auteur, toutes les fois qu'il lui arrive de se nommer luimême, se conforme à cet usage. C'est pour nous rapprocher de la vérité historique, que, d'après les contemporains, nous disons Apollinaris Sidonius et non pas Sidonius Apollinaris, comme on le fait généralement. En cela encore nous suivons la Gallia christiana. On peut consulter à ce sujet Henri Gannegieter : De mutata romanorum nominum sub Principibus ratione ; in-4o,Leyde, 1774. *

Malgré la confiance que méritent à tant de titres les aatenrs de la Gallia christiana, nous ne saurions adopter leur opinion touchant la date de la mort de Sidonias. Il a certainement vécu au-delà de 482; nous n'en voulons pour preuve que ses propres écrits. Dans la 12^ lettre du IX® livre, par exemple , il répond à Oresius qui lui demandait des vers, que , depuis le commencement de son épiscopat, il avait renoncé à la poésie , et qu'à partir de cette époque , il s'était écoulé trois olympiades, c'est-à-dire, 12 ans. Or, ces trois olympiades, dont nous avons fixé le point de départ à la fin de 471, d'après la lettre de Sidonius à S. Lupus^, s'étendent audelà de 482. Ajoutons à cette donnée que Sidonius, après l'horrible châtiment du premier de ses persécuteurs , dont parle Grégoire de Tours , et qui eut lieu postérieurement à 482 , vé«ut encore quelque temps, comme l'indique le récit du même historien. S. Grégoire dit de plus qu'à l'époque de sa mort les armes des Franks retentissaient dans la Gaule , et que la domination de ces nouveaux hôtes était vivement désirée de la population. Or, cette prédilection des Arvernes pour les Franks ne remonte guère au-delà de la bataille de Soissons. Ces considérations, en nous faisant rejeter la date adoptée par les auteurs de la Gallia christiana, nous engagent à recevoir de préférence celle des Bollandistes , qui placent la mort de

* Voir la oole 3 de la page 19.

Sidonias le 21 oa le 23 août 488 ou 489. On ne saurait en effet lui assigner une autre limite. Car , de même qu'elle n'est pas antérieure, elle n'est pas non plus postérieure à cette époque. Gennadius et l'auteur anonyme de l'épitaphe de Sidonius, que nous ayons rapportée d'après un manuscrit de Gluni suivi par Savaron , s'accordent A affirmer que Sidonius est contemporain de l'empereur Zenon. Or , Zenon lui-même mourut en avril 491. Ne faut-il pas d'ailleurs laisser quelque intervalle entre la mort de S. Sidonius «t celle de son successeur S. Aprunculus , qui paraît avoir eu lieu aussi en 491 ?

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