‹ Essai mongraphique sur le châtaignierChapitre 4 sur 5 · PRIX I · texte numérisé non relu

PRIX I

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Voligea de toute largeur employées aux laites des couvertures , a 30 » 27 » 2* 30

(1) Ces prix sont ceux du cours à Limoges (matériaux de première qualité) : on ne peut toutefois leur attribuer une exactitude rigoureuse; car plusieurs

36 nu CHATAIGNIER.

A l'examen de ce tableau, tout propriétaire soigneux de ses intérêts ne sentira-t-il pas combien il lui serait utile de prendre plus à cœur la culture du châtaignier considéré eomme arbre forestier? Il en retirerait môme assez proinptement un grand avantage, puisqu'un brin de cette essence crott toujours plus vite qu'un brin de cbône ou de hêtre , et que, à l'âge de cinquante ans, il a acquis au moins une valeur d'un quart en sus (1).

Si les informations que j'ai recueillies se trouvent exactes, les belles charpentes du château de Kocbecbouart et de la plupart des vieux édifices du Limousin, le majestueux beffroi du clocher de St-Pierre, les combles élégants des églises de St-Etieone et de St-MicheN-des-Lions se composeraient de belles pièces de bois de châtaignier.

Long-temps d'habiles ingénieurs, en France et en Angleterre, ont pensé que ce même bois était entré dans la plupart des belles constructions antiques de ces deux pays. Assez récemment, lors du funeste incendie de la cathédrale de Chartres, ce chef-d'œuvre de l'art gothique, les journaux de Paris retentirent de l'irréparable perte que venait de faire le pays : la magnifique charpente de châtaignier qui couronnait cette basilique était restée la proie des flammes! — Eh bien ! ingénieurs et journalistes se trompaient. Depuis déjà longues années , Bu (Ton , Daubenton et autres savants naturalistes ont démontré que ce qu'on prenait généralement , soit dans la cathédrale de Chartres, soit dans le palais du Louvre, pour du châtaignier, était en réalité du chêne blanc.

circonstances doivent fréquemment les faire varier , de même que ceux de tons les objets admis dan* le commerce ; il convient aussi de faire observer que le bois d'ouvrage provenant de chAtaiguier» sauvages est aujourd'hui fort rare , même en Limousin, et c'est cependant à cette sorte de bois que s'appliquent tes prix de la première colonne du tableau : ils ne sont eucts que sous ce point de vue.

(1) La différence est plus grande encore pour les bois taillis Le châtaignier de sept à neuf ans propre à faire la latte et les cercles a presque une valeur double de celle du chêne et du hêtre de même âge.

DU CHATAIGNIER 37

Du reste , la méprise était facile , puisque M. Va rennes de Fenille dit à ce sujet : « Le bois de chêne a tant de rapport avec celui da châtaignier qu'il est très-ordinaire de les confondre , et quelquefois très-di (Boite de les distinguer. La disposition des pores et des fibres longitudinales, la qualité du grain et de la couleur, paraissent, à l'extérieur, les mômes; la teinte du châtaignier est seulement un peu moins obscure, et le contact de l'air ne la rembrunit pas autant que celle du chêne ».

M. Bosc a également observé que a les éruptions transversales du châtaignier, c'est-à-dire celles qui lient les différentes couches annuelles du bois entre elles, sont très-difficiles à apercevoir sans une loupe : c'est le moyen le plus sûr pour le distinguer du bois de chône ».

Ainsi on se trompait lorsqu'on s'appuyait sur l'existence de ces charpentes soit pour prouver qu'autrefois le châtaignier était plus cultivé qu'à présent, soit pour établir que, à des époques reculées, cet arbre avait ombragé des lieux dont aujourd'hui la nature du terrain s'opposerait à sa végétation.

Olivier de Serres lui-même, ce patriarche éclairé de notre agriculture, tout en appréciant les qualités remarquables du bois de chêne pour la charpenterie, a cependant reconnu la supériorité de celui du châtaignier (4).

Cette supériorité lui reste aussi sous plusieurs autres rapports, notamment pour la confection des tuyaux de conduite d'eaux souterraines. 11 se maintient ainsi , durant plusieurs années, passablement sain. Un fontainier de Limoges, M. Maury , s'en sert avec succès pour fabriquer des corps de

(1) (Test ici le lieu de citer un passage de V Aperçu sur la topographie médicale du département de la Haute-Vienne, travail trèsremarquable publié, en 1817 , par notre illustre compatriote M. lé docteur Cruveilhier : « A la tête des arbres du Limousin on doit mettre le châtaignier, oui nous dédommage pour ainsi dire de là stérilité de notre sol , et fournit a la fois du bois de chauffage, une nourriture saine et restaurante , des poutres et des planche* qui t emportent sur celles du chêne ».

38 DU CHATAIGNIER.

pompe parfaitement creusés, quoique allant jusqu'à 10 et à 4 4 mètres de longuèur.

En Italie, les futailles se font généralement de ce bois, qui conserve bien les vins et autres liqueurs spiritueuses s'il ne les améliore suivant l'opinion des habitants de ce pays.

En France, on ne l'emploie guère pour le grand merrain. Dans notre département , on en consacre une certaine quantité à la fabrication de douves de petite dimension , qui sont exportées dans trois ou quatre villes de la Dordogne.

II convient très-bien pour former des pieux, des échalas de refend de longue durée, des perches, des lattes, des clisses, de gros ouvrages de vannerie, et surtout des cercles.

D'après M. Texier-Olivier (1) , les trois arrondissements de la Haute-Vienne fourniraient au commerce par année près de trente mille meules de cercles en châtaignier, dont vingtquatre mille seraient expédiées dans divers pays vignobles. Cet objet d'industrie absorbe cinq mille quatre cents stères de bois, qui représentent une valeur d'environ 40,800 fr. , en y comprenant les frais de façon et de transport (2).

Limoges compte cinq ateliers où Ton s'occupe presque exclusivement de la fente do jeune bois de châtaignier ; plusieurs autres établissements du môme genre se sont successivement formés depuis quelques années, soit dans le voisinage de cette ville, soit sur d'autres points plus éloignés.

Doué d'une grande flexibilité , ce bois obéit sans grande résistance à la main qui le travaille. Fendu et convenablement

(1) Statistique du département de la Haute- Vienne, chapitre V, page 475.

(2) La canalisation de l'Ile jusqu'à Périgueux a donné, dans la Haute-Vienne, une grande valeur aux taillis de châtaignier : les cantons deSt-Yrieix, de Chalus, de Nexon , et mêmed'Aixe , exportent au loin , depuis l'ouverture de cette voie facile de communication , une prodigieuse quantité de cercles, de lattes et surtout d'échalas. Ces menus bois, conduits par le roulage a Périgueux, sont embarqués pour Libourne et Bordeaux. Ils offrent aujourd'hui a notre agriculture une source de richesse quatre ou cinq fois plus productive que lorsde la publication de la Statistique par M. Texier-Olivier: que sera-ce quand- le chemin de fer sera ouvert ?

DU CllArAHiMËB. M

préparé pour divers usages, il est très- l'echr relié , et consé- (juemment d'une vente facile et avantageuse : nouvelle considération pour eiciter l'agriculteur à multiplier les taillis de châtaigniers sur les terres de médiocre qualité. En effet , si 1 ensemencement exige des premiers déboursés, n'en serait- il pas amplement dédommagé plus lard par un produit égal, sinon supérieur à celui de ses champs les plus fertiles, du moins dans le voisinage des villes de quelque importance?

Comme bois de chauffage, le châtaignier a peu de valeur : il noircit au feu , donne peu de flamme, se couvre de cendres ; et, si la combustion s'active, il pétille avec vivacité en projetant des étincelles qui ne sont pas sans danger. Lorsqu'il a végété sur un foI propre à son essence , il produit plus de calorique , parce qu'il y a pris plus de densité.

Les fabricants de porcelaine à Limoges font usage , par économie, du bois des vieux troncs pour commencer à chauffer leurs fours. Jeune , bien desséché , et refendu en petites bûchettes, il développe subitement une flamme active et une chaleur intense. Préparé comme je viens de l'indiquer, et mélangé au bois de chêne , on s'en sert avec avantage dans nos diverses fabriques; on l'emploie même presque exclusivement dans celles de Coussac-Bonneval et de St-Yrieix, localités où les taillis de châtaignier occupent une partie considérable du sol.

On a (Firme dans plusieurs ouvrages, et notamment dans un calendrier du Limousin publié en 1763 par M. Devoyon , chanoine, que les cendres de ce bois lâchent h linge.

J'ai questionné là-dessus quelques paysannes intelligentes des environs de St-Léonard paifaitement aptes à me fournir des renseignements exacts , ne brûlant guère dans leurs maisons que du châtaignier. Elles m'ont assuré que ces cendres donnent de bonnes lessives lorsqu'on a eu soin de les faire bien cuire , et de n'y laisser aucune parcelle de charbon uon consumé.

Il est vrai que nos colons n'emploient le plus souvent que des branches pour se chauffer, et l'on sait que celles-ci produisent de meilleures cendres que les vieux bois, surtout s'ils

40 DU CHATAIGNIER.

sont altérés, parce que leur tissu ligneux est imprégné plus abpudamment de sels alcalins (1).

I,a plupart des vieux châtaigniers sont réduits en charbon f resque toujours de fort médiocre qualité. Une légère pression suffit pour l'écraser et le réduire en mille facettes lorsqu'il provient d'un bois disjoint, par la roulure. On obtient le raeiljeur possible d'un bois compacte et demi-sec produit par un taillis âgé de dix à trente ans : un stère de ce bois rend à peu près huit pieds cubes de charbon , c'est-à-dire le quart de son poids , terme moyen.

Lorsqu'on l'isole dans l'air, ce charbon s'éteint prompt ^ement ; c'est pour ce motif, dit un savant forestier, « qu'il est si mauvais pour les fourneaux de cuisine, si excellent pour les forges », Celles de la Biscaye l'emploient de préfé-r rence à tout autre ; en Styrie , pays ou l'on fabrique les faujx , on n'emploie que le charbon de châtaignier. Ici on en fait aussi un usage presque exclusif, surtout dans les forges des arrondissements de Rochechouart et de St-YrieiX.

En Angleterre, où Ton a poussé si loin le perfectionnement des arts industriels, l'écorce du châtaignier est avec succès rajse en usage pour le tam. £>a valeur sur le marché de Londres n'est guère inférieure que d'un sixième à celle du chêne.

La rareté de l'écorce à tan depuis une quarantaine d'années ne clevrait-*elle pas exciter les fabricants de cuirs de notre contrée mettre à profit l'expérience acquise par nos voisins d'outre-mer ? Pourquoi, surtout lorsqu'il s'agit d'agrandir le produit é'çme essence d'arbre qui prospère spécialement sur notre sol, ne pas les suivre dans la grande voie des progrès industriels.^)?

Quelques détails sur» les plantes cryptogames qui reposent

{ï) La. cendre pure de châtaignier ne tache donc point le linge ; mais les cuviers neufs en douves de bois de cette essence le tachent fortement. Ces douves conservent une aussi fatale propriété jusqu'à ce que le temps et l'usage aient enlevé les parties solublcs du ligneux.

i>) On est persuadé, dans ce département, que le tan fourni par

DU CHATAIGNIER.

sur les troncs de nos cbAtaigniers t' . mineront la seconde partie de cette notice.

En publiant, dans les Éphémérides de 4837, la flore , du reste peu complète , de l'église et du clocher de la cathédrale

Limoges , je trouvai l'occasion de démontrer par des faits la puissante fécondité de la nature, qui sait sur d'arides granités déployer les ingénieux ressorts de la vie végétative. Eh bien ! des phénomènes du même genre se répètent dans beaucoup de localités qui sembleraient vouées aussi à une absolue stérilité. Journellement ils se renouvellent dans les caves les plus obscures , dans les puits , au fond des eaux , sur les tiges herbacées , les feuilles, les tissus ligneux, enfin sur la plupart des substances végétales, soit qu'elles jouissent encore de l'action vitale, soit qu'elles se décomposent, et passent à l'état de putréfaction. Chose étonnante 1 des corps devenus inertes, vermoulus, infects, hideux , se couvrent souvent d'une foule de petits ôtres peu connus, mais d'une grâce prodigieuse, d'une infinie perfection dans leur con texture , leurs formes , leurs couleurs.

Comment ne pas se complaire à ce brillant et inépuisable tableau ! Mais , pour rester dans les limites de ma simple notice, voici le résumé succinct des récoltes que j'ai eu le bonhour de faire sur les chAtaiguiers de ce département,

J'ai pu y recueillir jusqu'à ce jour 1 fougère , 20 mousses , 8 hépatiques , 64 lichens, 45 hypoxilées, 24 champignons, 7 lycoperdacées , 4 urédinées, 8 mucédinées, 2 aJgues ; en totalité, 453 cryptogames, qui^ pour Ja plupart, se rencontrent presque partout fréquemment.

Les plus communes sont : Vhypnum cupressi forme (Linn.), variété tenue; Yorthotrichum Lyellii (Musc, brit., t. 22); les jungermannia dilatata eitamarisd (Linn.) ; les parmelia perlata, caperata, saxatilis (Ach.); \esramalina fastigiata et farinacea (Ach.); le pannaria ccnnoplea (Del.); le variolaria discoidea (Pers.) ; le cenangium calici forme (Pries.) , etc

récorce du châtaig-nier tache leeuir. Il faudrait alors prendre connaissance des procédés au moyen desquels, en Angleterre, on obvie à ce grave inconvénient.

42 DU CHATAIGNIER.

Je ci ter. ii parmi les plus rares Vhypnum populeum (Hedv.); le cornicularia jubata (De); le cetrutïu glauca (Hoffm.j, à St-Léon<ird; le peziza echinophilu , B ill.j 1 , à Limoges ; le fistulinu hepatica (Fries.) s à Eybouleul' ; le polyporus sulphureusfîiles.}, à Orgnac, près du Chatenet, et aux Grandes Maisons , chez M. Dubraole; le polyporus megaloporus (Pers.) , à St-Yrieix , etc....

Tai remarqué que les jeunes et les vieux arbres ne sont poiut recouverts constamment par les mêmes plantes semiparasites. 11 en est un petit nombre qui se remplacent à mesure que le corps ligneux, revêtu d'écorné , qu'elles embrassent, s'accroît en grosseur et en étendue. Ainsi, sur un espace fort limité , le pourtour d'un trono souvent exigu, ■ se reproduisent en raccourci ces a 1m ira bles successions de plantes que l'on voit s'opérera la surface de vastes terrains dont la constitution physique vient à se modifier, soit par» l'effet de l'industrie humaine , soit par diverses circonstances accidentelles.

Un châtaignier de six à huit ans que l'on arrache du semis pour le transplanter est déjà chargé çà et là d'écussons à croûte pulvérulente ou •granuleuse qui offrent des espèces appartenant aux genres variolaire, verrucaire, lécamre, etc.

A mesure qu'il prend de la force et de la consistance , ces productions infimes du règne végétal y sont ombragées par des orihotrics, des physcies, des ramalines, etc....

Puis quelques-unes de ces dernières espèces s'éclipsent tout-à-fait (2) sous d'épais gazons d'hypnes à rameaux couchés, ou sous les feuilles étalées de lobaires et de partnélies , qui forment parfois, en s'entremélant , de larges mosaïques, à compartiments arrondis et très-diversement colorés.

C'est ainsi que chaque tronc, môme chaque branche, finit

(1) Sur les involucres pourris de la châtaigne.

(2) Je ferai toutefois observer que les troncs âgés ne sont pas exclusivement couverts de cryptogames de grande dimension : on y rencontre fréquemment des espèces fort petites , de sopégratjhes , des patéllaires, des isidium, des perttaaire*, etc.*. Même des plantes appartenant à ces divers genres sont spéciales aux. vieilles écorces.

DU CHATAIGNIEK. 43

par offrir l'aspect .d'une forêt de végétaux nains, que les caprices du hasard n'ont point attachés h la place qu'ils occupent, puisque plusieurs d'entre eux diffèrent d'habitudes, de goûts et de sympathies. Les uns recherchent le mince épiderme des tendres tiges ; les autres, l'écorce ridée des troncs séculaires ; ceux-ci prospèrent a l'exposition du nord ; ceux-là se plaisent à regarder en face les vents de l'ouest ou du midi. Tels qui se rencontrent sur le tissu ligneux n'adhèrent jamais à celui des feuilles, qu'ils trouveraient trop peu substantiel et trop délicat. Enfin l'on en compte parmi rux qui sont des amis du grand jour ou des amis de l'obscurité. Les peltigères canine et renversée , les stictes à fossette et à paquets , la pannère conoplée , choisissent pour habitation le voisinage des racines; l'usnée fleurie se suspend aux rameaux élevés; la fistuline hépatique , les polypores embriqué et sulfurin sortent des cicatrices des vieux arbres; \escalycium, les lèpres, les mucédinées , la patellaire à croûte verdâtre, tapissent les parois des troncs caverneux ; la partnélie renflée, la dothidée en forme de mûre, les cénomyces entonnoir, écuilleux, digité, etc., recouvrent la surface des souches à demi pourries; enfin te pezize échinophile croit exclusivement sur le brou de la châtaigne.

Ces détails surprendront certains hommes, même fort instruits , pour qui la reproduction par graines [sporules) des plantes cryptogames parait encore une chose incroyable. Mais pourquoi serai en belles dans l'impuissance de fructifier, puisque d'ailleurs tous leurs caractères les élèvent au rang d'êtres organisés? Vivraient-elles seules dans le domaine de la nature sous l'empire d'une inexplicable exception? Il serait déraisonnable de le penser , alors même que des moyens d'optique très-puissants n'auraient pas permis de voir et d'étudier leurs semences. Il est notoire dans la science que ces semences existent , et qu'une main providentielle sait admirablement les fixer aux lieux favorables à l'acte si mystérieux de leur germination.

nU Mil AT A Ki M Kit.

TROISIÈME ET DEKMÈKK IWltTIE.

CHATAIGNERAIES.

Je me suis engagé, dès le commencement de cette notice, à démontrer par des chiffres l'importance agricole du châtaignier. Voici mes calculs :

J'exposerai d'abord ce qu'a produit, en bois, à ma réserve, une châtaigneraie de médiocre qualité, dont j'ai fait exploiter les arbres, en 1834, à La Chapelle (commune de Si- Léonard).

Cette châtaigneraie , d'un hectare dYtendne, comprenait 90 arbres transplantés depuis 150 ans. Tous les troncs, saut 15, étaient creux ou profondément altérés.

J'ai retiré de ces châtaigniers :

lo 1,100 mètres de planches de 23 à 27 millim. d'épaisseur, qui , à raison de 50 fr. le 100 de 2 mètres, atteignent une r f . e .

valeur de 275 »

2* 700 mètres de planches dites de lattes» qui, a 15 fr. le

100 de 2 mètres . valent. 52 50

3° 210 stères de bois de bûche, qui, à 1 fr. 50 C. l'un,

s'élèvent à la somme de 315 *

4» 500 fagots , qui , a 5 fr. le 100 , ont été vendus 25 »

5° 3 stères de copeaux ou de menues branches , que

j'estime , a raison de 50 c. r un. 1 50

Total 669 »

Ce produit est net , en ce sens que , dans chacune de mes évaluations, j'ai défalqué successivement les frais de main-d'œuvre.

Mais, comme en exploitant moi-même j'ai fait un acte d'industrie , il y a lieu d'en estimer la valeur à 200 »

Mon produit total se trouve de la sorte réduit h 469 »

C'est , à 49 fr. près , le prix que plusieurs marchands de bois m'avaient offert de mes 90 arbres sur pied. Le sol nu valant, à raison de 460 fr. l'hectare 46tt »

ma châtaigneraie avait , avant d'être exploitée, une valeur

réelle de 929 »

MI CHATAIGNIER. 45

Ainsi, un sol d'une valeur de 460 fr. ayaot atteint, en iUG années, une plus-value foncière de 469 fr., j'arrive à oeUe conclusion rigoureuse que ce sol avait capitalisé chaque année une valeur moyenne de 3 fr. 42 c, et ce indépendamment du revenu annuel, que je vais déterminer à son tour-

Adoptant pour terme moyen le tiers de ses produits cumulé* depuis trois années, j'obtiens le rendement annuel

de i »

fr. c.

lo 15 hectolitres de châtaignes , qui , à 1 fr. l'un , valent 15

2» 9> charretées de. feuilles , qui » a 1 fr. l'une, valent. 9 »

3» 10 stères de bote, provenant des vieux troncs ou des

émondes, qui, à 75 c. l'un , donnent 7 50

(non compris quelques lattes, corps de pompe, planches de caisse).

6, jeunes cochons, en se nourrissant pendant un mois des châtaignes de rebut laissées sous les châtaigniers (1)» ont accru en valeur de.. 3 50

160 brebis ou agneaux, en y pâturant durant 15 jours, ont acquis un surcroît de valeur de 2 »

On y fauchait annuellement une énorme charretée de fougères , qu'on ne peut estimer au-dessous de 1 »

Total 38 »

C'est encore on produit net, puisque, avant d'estimer les objets qui figurent dans ce tableau , j'ai pris soin de faire distraction de mes déboursés pour frais de toutes sortes, même ceux de la garde dea porcs et des moutons.

On sera ii peut-être surpris que te produit des feuilles se fût élevé à 9 fr. si l'on ne savait que ce genre de récolte est moins variable que celle du fruit (2).

(1) Dans plusieurs domaines de ce département, les colons sont dans l'habitude d'abandonner aux coehonB dans les châtaigneraies les fruits petits et défectueux.

(2) L'abondance des feuiMee-est surtout relatives l'âge des arbres et a la nature du terrain sur lequel ils reposent. Dans chaque localité la quantité produit» annuellement varie tres^peu ; mais il n'en est paB constamment de mémo de la quantité a* recueiltfr, sujette a diminuer jusqu'au* moment de la récolte, qui aWeu à rentrée de

46 DU CHATAIGNIER.

Peut-être aussi trouvera-t-on étrange que les châtaignes de rebut consommées sur place aient presque atteint le quart de la valeur de celles qui ont été ramassées. — Mais il faut remarquer que, les premières n'ayant à peu près exigé aucun frais de récolte, j'ai eu moins de réduction à opérer sur leur produit, et que, dans les années défavorables aux châtaigniers, ceux-ci se couvrent cependant de bogues exiguës, dont les fruits, quoique demi-avortés, fournissent encore un aliment assez substantiel à quelques-uns de nos animaux domestiques.

Du reste, j'ai droit à quelque confiance en mes calculs d'après la sanction qu'ils ont trouvée chez deux des agriculteurs les plus distingués de notre contrée. MM. le colonel Dumas et Armand Noualhier, dans leurs propriétés des Cros (commune de Royère) et de Puymeau (commune de Nieul) , ont recueilli des observations conformes aux miennes, et, tous trois opérant séparément et sans nous rien communiquer, nous sommes arrivés à des résultats presque identiques.

l'hiver, lorsque, en juillet et août, de petites pluies froides , en forme de brouillais, presque instantanément suivies de coups de soleil brûlants , ont déterminé leur chute prochaine en laissant sur leur surface des tâches brunâtres , souvent arrondies , et en desséchant le point d'attache des pétioles aux rameaux : comme elles tombent alors assez rapidement à une époque prématurée , l'action combinée de l'eau et de la chaleur, le passage des hommes et des troupeaux , les détruisent insensiblement. Ainsi, en 1841, la récolte des feuilles et celle des ; châtaignes furent nulles en beaucoup d'endroits par suite de circonstances atmosphériques analogues.

Une bonne partie de feuilles gisantes se perdraient quelquefois, emportées au loin par le souffle du vent, si les colons les plus soigneux y des la fin de novembre , ne les réunissaient avec le râteau , les groupant en petits cônes fortement comprimés d'abord avec le pied , puis avec une pierre qu'ils placent et laissent au-dessus. Elles sont ensuite enlevées pour la litière à mesure des besoins; et, plus les bogues mêlées avec elles sont grosses et nombreuses, plus, l'engrais obtenu augmente en qualité, parce que ces bogues,spongieuses et de forme concave , ont retenu les urines , et en ont empêché l'écoulement dans la partie basse de rétable.

DU CHATAIGNIER. 47

Si quelques différences nous séparent, elles résultent de ce que mes évaluations sont moins élevées que les leur s.

Ainsi donc 38 francs! tel a été le rapport annuel de ma châtaigneraie sur ses dernières années.

Mais, pour déduire des conséquences générales, une moyenne prise sur le court espèce de trois années serait insuffisante.

Je vais donc rechercher une base plus large, la moyenne du produit de cette châtaigneraie pendant les 180 années de son existence.

Ici je ne puis prétendre à donner des calculs rigoureusement exacts; mais je n'ai rien négligé pour approcher le plus possible de la vérité , et je crois avoir atteint le point essentiel , celui qui suffit pour servir de fondement à des raisonnements solides.

Je me suis aidé , pour cette partie de mon travail , des renseignements que m'ont fournis deux de mes colons d'une rare intelligence, et fils d'un vieillard qui» pendant 80 ans, a cultivé la propriété de La Chapelle, dont je jouis en ce moment.

On remarquera qu'il suffit de rechercher les variations de quantité de produits. Leur appréciation sera la môme que précédemment par une raison bien simple, c'est que, si, d'une part, en remontant à 450 années , le prix des choses en général a dû être bien inférieur a ce qu'il est aujourd'hui , d'autre part, la rareté du numéraire lui donnait bien plus de valeur qu'il n'en possède actuellement. La compensation de ces deux différences maintiendra donc l'expression du prix énoncé.

Je divise d'abord les 150 années en quatre séries, comprenant , les deux premières, chacune 25 années; les deux suivantes , chacune 50.

i moyenne des produits a été , pour la première série, de 15 fr. 80 c; savoir :

1- En céréales et sarrasin (attendu que, l'ombrage des jeunes

46 DU CHATAIGNIER.

arbres n'étant point encore nuisible , on pouvait labourer et ensemencer le terrain); ci 13fr.80c. \ K A .fr. c .

2' En châtaignes 1 2 » > 15 80

Cette somme, multipliée par les 25 années de la série ,

donne. 395 »

Pour la deuxième série, de 25 fr. 75 c, savoir :

1° En châtaignes 11 »

2» En châtaignes de rebut pour les

cochons. 2 50

3° En feuilles. -7 m

4° En pacage pour les brebis 3 75

5» En fougères destinées à la litière... 1 50

Cette somme, multipliée par les 25 années de la série, donne 643 75

Pour la troisième série, de 42 fr., savoir :

1° En châtaignes 18 »

2° En châtaignes de rebut 4 25

3° En feuilles... 13 »

4* En bois 3 » ( 42 *

5» En pacage pour les brebis 2 75

6° En fougères l »

Cette somme, multipliée par les 50 années de la série,

donne % ioo „

Pour la quatrième série, de 37 fr. 25 c, savoir :

1<> En châtaignes 15 »

2° En châtaignes de rebut 3 50

3° Enfeuillesw io »

4o En bois... ; 5 75 & M (*)

5» En pacage pour les brebis 2 » V

9° En fougères..... i » /

Cette somme, multipliée par les 50 années de cette dernière série , donne. 1, 862 50

Total du produit pour les 150 années 5,001 25~

efcc t • i ■■1:

Cette somme, également répartie sur les 450 années d'etts-

<l)Ce total est inférieur de T5 centimes de la moyenne des produits dt ma châtaigneraie pendant trois années . s 'élevant à 38lr. : on voit par là combien je me suis appliqué à ne pas

DU CHATAIGNIER. 49

tence de ma châtaigneraie , donne annuellement , pour toute sa durée, un revenu moyen de 33 fr. 34 c.

11 est facile de suivre, dans ces quatre séries, la marche de croissance et décroissance de chaque espèce de produit. Tout agriculteur un*peu éclairé appréciera fort aisément la raison de ces différences. Il comprendra, par exemple, que, dans la première et la deuxième série , le revenu en bois a dû être nul à cause de la jeunesse des arbres ; comme aussi , dans la quatrième , il a dû être plus important que dans la troisième , parce que les arbres, moins vigoureux en passant à l'état de vieillesse, ont été plus fréquemment déchirés par • les ouragans, et attaqués par la hache avide du colon.

Reprenant mes calculs, je dis :

La moyenne du revenu annuel pendant les 150 ans a fr. c.

été de 33 84

La plus-value foncière annuelle a été de 2 12

Ma châtaigneraie a donc rapporté, pour toute sa durée , un produit annuel de 35 46

qui, comparé a sa valeur première, savoir :

1° Prix du sol nu 460 »

2° Prix de la plantation et des premiers soins 22 »

Ensemble. 482 »

m'a donné pour ce capital un intérêt d'un peu plus de 7 1/2 pour cent.

Dans la crainte d'avoir, par erreur, exagéré quelquesunes de mes évaluations , je réduirai volontiers ce rendement annuel h 7 pour "/,.

Le même sol , depuis 1835 , alternativement cultivé en céréales et en sarrasin , a rapporté chaque année, en moyenne, la somme

de 170fr.»c.

Les frais de labours, d'engrais, de semences, de battage , etc. , tant pour seigle que pour sarrasin , se sont annuellement élevés a 140 »

Produit annuel net 30 »(1)

(1) Quelques agriculteurs prétendent , el je crois avec raison , que le* terres , daus le canton » de Saint-Léonard , donnent chaque année par hectare un produit moyen d'au moins 40 fr.; ils «lèrent à la même somme le produit des châtaigneraies. D'après M. le colonel Dumas, ce* deux moyennes seraient de 50 fr.

50 DU CHATAIGNIER.

Afin de rester dans le vrai , je devrais réduire ce produit d'un cinquième, parce que ma terre, naturellement maigre, légère et peu susceptible d'améliorations, du moins par le mode de culture pratiqué dans nos domaines , a déjà perdu la fertilité provisoire acquise par un lorfg repos.

J'admets donc , et je m'y crois fondé , que , à dater de ce jour , la moyenne du revenu annuel de ma terre ne sera que de 24 fr. ; je la suppose de 26 fr.

La valeur foncière du sol étant de 460 »

Les premiers travaux de défrichement et de nivellement ayant coûté 60 »

Le capital se trouve de 520 »

La culture en céréales me donne donc 5 pour/*, tandis que celle en châtaigniers m'a donné 7.

Différence : 2 pour ••/„ en faveur de ces derniers (1 ).

Je dois rappeler que ma châtaigneraie , pendant les trois dernières années de son existence, rapportait annuellement 38 fr. » c.

Depuis qu'elle est devenue terre labourable , son rapport annuel ne s'élève qu'« 26 »

Mais, l'exploitation du boys de 90 châtaigniers m'ayant permis de capitaliser 469 fr., qui donnent . à raison de 5 pour «/» 23 45 j'ai porté, par mon opération , à 49 fr. 45 c. un revenu antérieur de 38 fr.

Conséqucmment , augmentation dans mon revenu de 11 45

Les nombreux détails numériques dans lesquels je suis entré m'aideront à résoudre plusieurs questions d'une certniiie importance pratique pour l'agriculture de nos contrées :

(1) Cette différence s'explique par la nature du sol de ma terre , qui la rend plus propre à la culture du châtaignier qu'à celle des céréales ; sur un terrain plus ingrat la différence deviendrait encore plus considérable en faveur de la première culture. J'ajouterai que, si , loin des villes , le rendement annuel des châtaigneraies est généralement égal à celui des champs cultivés, c'est parce que celles-là, comme les prairies, offrent l'avantage de ne pas nécessiter des avances annuelles de frais de culture.

DU CHATAIGNIER. 51

4° Y a-L-il avantage à abattre les bois châtaigniers? — Oui, dans quelques cas exceptionnels , du reste rares, puisque les châtaigniers n'occupent en général que des terrains peu propres à toute autre culture. S'ils reposaient , par exemple, sur un sol ou de bonne qualité, ou voisin d'une exploitation rurale , et susceptible d'améliorations peu coûteuses ; si ce terrain, naturellement riebe ou facile ^ h fertiliser, devait rapporter, cultivé différemment , un produit net considérable qui , venant se cumuler à l'intérêt des fonds capitalisés par la vente du bois, deviendrait un rendement annuel bien supérieur a celui delà meilleure châtaigneraie , alors, sans nul doute , il serait utile de remplacer des châtaigniers par des céréales ou des plantes fourragères.

Mais , si le sol , ce qui arrive le plus ordinairement (4), se trouvait dans des conditions opposées à celles que f ai signalées , on perdrait énormément à le déboiser, puisque cette opération priverait le domaine de ressources précieuses. En outre, l'agriculteur prudent considérerait s'il ne possède pas déjà suffisamment de champs à faire ensemencer, et si , dans le cas où il en accroîtrait le nombre, il ne manquerait ni de bras pour les travailler convenablement, ni d'engrais pour les mettre en bon rapport.

La destruction de ma châtaigneraie m'a profité, puisque des calculs précis ont mis en relief une bonification de

(1) Jadis le contraire se voyait fréquemment, surtout aux environs de St-Yrieix , parce qu'alors les cultivateurs , sous le régime de la féodalité, subissaient l'impôt de la dîme : il n'y avait , à cet égard , d'exception que pour les récoltes qui , ne résultant point de leur travail annuel , ne pouvaient être consi- , dérées comme le fait d'un acte industriel. La récolte des châtaignes étant de ce nombre , ils croyaient avantageux de peupler leurs meilleures terres de châtaigniers, qui, dans d'aussi favorables conditions, prospéraient admirablement, et donnaient, presque *ans interruption , une continuité de beaux produits , sur lesquels l'espèce de fisc de cette époque n'avait à exercer aucune prise. L'heureux élan donné à l'agriculture par Turgot, Parmenticr, et d'autres économistes de ce temps, plus tard l'abolition des lois féodales', mirent fin à cet état de choses.

52 DU CHAT Mf. NI EH.

H fr. 45 c. dans mon revenu ; mais , si , loin de circonscrire la signification de ce résultat dans les limites d'un fait partiel, on cherchait à lui donner un sens plus étendu, il deviendrait alors véritablement une amorce séductrice et trompeuse.

Dérivant de chiffres consciencieusement posés, on ne peut contester sa réalité; mais je nierai son efficacité, même sa sincérité, sous ce point de vue que, si j'avais généralisé ma coupe de châtaigniers sur les divers points de ma propriété susceptibles d'être ouverts par la charrue, j'aurais bien peutêtre reproduit momentanément, dans chaque lieu, une bonification égale à celle dont j'ai parlé, mais, par suite d'un surcroîtde terres superflu , qui bientôt serait resté en jachère, j'aurais préjudicié d'une manière grave à mes intérêts, ayant remplacé par des champs arides et a peu près improductifs des châtaigneraies dont les récoltes abondantes, gratuites, enrichissaient annuellement et les colons et moi-même.

J'ai eu mille fois raison de qualifier à'amorce séductrice le résultat que mes calculs ont fait ressortir , puisque l'espérance d'un gain semblable séduit beaucoup de propriétaires. L'appât d'une somme d'argent dont la réalisation peut devenir presque immédiate les porte à mettre impitoyablement la hache au pied de tout châtaignier qui leur promet quelques mètres de planches et uu certain nombre de stères de bois a brûler : leur conduite serait généralement inexcusable si elle ne s'expliquait par l'état de gêne habituel de la plupart d'entre eux. Sous le poid3 de besoins urgents, dont la satisfaction ne saurait guère s'ajourner, ils prennent aveuglément toutes les ressources qui leur tombent sous la main , sans préoccupation de l'avenir , sans se douter que, en opérant comme je l'ai dit, ils imitent tout malheureux débiteur qui croirait améliorer sa position en empruntant chez le banquier pour payer ses dettes.

2" Y a-t-il avantagea créer des châtaigneraies?

Plusieurs des considérations qui précèdent résolvent à peu près cette question : si leur destruction devient le plus souvent fatale h ceux qui l'ont entreprise, il est évidemment utile d'en accroître le nombre chaque fois qu'on le pourra

DU CHATAIGNIER. 53

sans danger de restreindre des cultures plus essentielles. Les châtaigneraies ne sont-elles pas, du reste, avec les prairies, l'élément de prospérité de beaucoup do nos domaines? Ne leur doit-on pas en partie les gros bénéfices qui se réalisent, chaque année , sur quelques-uns de nos animaux domestiques? Ne servent-elles pas h augmenter considérablement la quantité des engrais? Ne -fournissent-elles pas aux colons le bois nécessaire à leur chauffage? Enfin n'ai-je pas démontré, adoptant pour point <le comparaison ma châtaigneraie des environs de Saint- Léonard , qu'elles donnent annuellement par hectare un revenu moyen fr. c.

de 36 40

tandis que le terrain consacré a cette môme châtaigneraie, par sa conversion en un autre genre de culture, ne produit en moyenne que 26 »

Différence 40 46

11 est vrai que ce terrain, de mauvaise qualité , comme je l'ai déjà dit, est plus propre à la culture du châtaignier qu a celle du seigle. Sur un sol meilleur la différence deviendrait moins sensible, et les produits peut-être se nivelleraient. Sur un excellent fonds la différence du rendement annuel se déplacerait en faveur de la culture des céréales.

Toujours est-il que . si , dans de rares circonstances , on peut avec avantage arracher des châtaigniers , on aurait toujours le plus grand tort, si les localités le permettent , de ne pas les remplacer immédiatement, sur un autre point, par uu plus grand nombre de jeunes arbres de. la même espèce. Dans le cas où notre âge avancé ne nous permettrait pas de jouir nous-méme de plantations dont nous aurions fait les frais, nous aurons du moins la satisfaction d'avoir amélioré uotre héritage > de le laisser en bon état à nos enfants, de leur avoir préparé des ressources dont ils profiteront un jour , comme nous avons su profiter de ce que nos pères avaient semé et planté pour nous.

3" Dans quelles circonstances trouve-t-on plus ou moins d'avantages à la culture du châtaignier? — Plus uu domaine

54 DU CHATAIGNIER.

sera pauvre, plus il sera profitable à celui qui l'administre d'y multiplier les châtaigniers. Leurs fruits y combleront le déficit des grains ; leurs feuilles abondantes y remplaceront, pour la litière des bestiaux , les chaumes du seigle.

Ainsi, dans notre contrée, la culture du châtaignier est généralement nécessaire. Ses longues et larges feuilles, jouant en quelque sorte le r6Ie de puissantes racines aériennes, lui permettent, grâce à l'humide atmosphère, de croître avec assez de vigueur dans nos terrains les plus maigres ; et, sans recevoir beaucoup ni de la terre ni des hommes , il nous prodigue des trésors que nous recueillons sans fatigues et sans frais.

Tout terrain inculte, soit par le motif du son aridité naturelle, soit à cause de pentes rapides ou de profondes inégalités qui n'y permettent pas le passage de la charrue , en un mot , tout rebut de métairies ne pouvant être ensemencé , ou l'être fructueusement, doit appartenir à la culture du châtaignier si la convenance des lieux ne rend préférable son emploi en semis pour bois taillis : c'est un moyen infaillible de le mettre en valeur. Après trente ans de plantation, le produit, mis en parallèle avec celui d'autrefois, présenterait en plus l'étonnante proportion d'au moins cent à dix.

C'est donc plus particulièrement dans ces terrains qu'il est à propos de créer des châtaigneraies , comme aussi dans ces massifs de landes, incultes à défaut de bras et d'engrais , que l'on rencontre a chaque pas sur plusieurs points de notre département.

La destination que j'indique pour des terrains qui , par l'effet de circonstances diverses , sont réduits à l'état permanent de stérilité, n'a nullement pour but d'exclure la culture du châtaignier de terrains naturellement doués de certaines qualités productives lorsque l'étendue de ceux-ci dépasse les besoins d'une exploitation rurale, ou plutôt se trouve peu en rapport avec les faibles moyens d'amélioration dont le cultivateur peut généralement disposer. Eh bien ! qui ne sait que ce cas , dans la Haute-Vienne, devient applicable à beaucoup de domaines dont les terres arables, trop peu

DU CHATAIGNIEH. 55

restreintes, ne répondent le plus souvent qu'avec ingratitude aux soins qu'on leur donne , quoiqu'elles absorbent presque complètement le temps, l'activité, l'industrie des colons , et une bonne partie du produit des prairies , cesl-àdire le travail des bestiaux et les engrais?

Je conclus , en peu de mots, de l'ensemble de mes réponses à trois importantes questions, que la culture du châtaignier est en général mal appréciée ; qu'on se rend un compte trèsinexact de ses avantages réels ; qu'elle joue incontestablement un rôle essentiel dans celle contrée ; qu'un grand nombre de propriétaires ne sauraient soit la négliger, soit surtout l'anéantir complètement , sans décourager leurs colons , sans se nuire à eux-mêmes d'une manière notable, en appelant sur chacun de leurs domaines toutes les conséquences fâcheuses d'un appauvrissement du sol immédiat , auquel il ne serait de long-temps et peut-être jamais possible de remédier.

J'ai maintenant h fournir quelques détails statistiques qui ne sont pas sans intérêt pour le sujet dont je m'occupe : je les ai puisés à des sources authentiques , dans les bureaux de la préfecture et du cadastre.

Abstraction laite, pour le moment, des déboisements comme des plantations qui ont eu lieu depuis l'application du cadastre en nos contrées, la superficie des châtaigneraies de ce département serait de 50,693 hectares, qui se répartissent ainsi dans nos quatre arrondissements :

lu.

1» Dans l'arrondissement de Limoges 20,533

2« — deBellac 5,981

3» — de Rochechouart 9,674

4° — deSt-Yrieix.... 14.505

Les cantons de Laurière, de St-Sulpice-les-Feuilles , de Magnac-Laval , du Dorât, de Bellac, de Châteauponsat , de Besshtes, de St-Junien , de Mézières, de Nantiat , ne figurent guère que pour un sixième dans ces 50,693 hectares, tandis qu'au moins les cinq sixièmes appartiennent aux cantons de St-Yrieix , de St-Mathieu , de St-Léonard , de St-Germainles-Bel les, de Limoges, d'Oradour-sur-Vayres , de Chalus,

56 DU CHATAIGNIER.

d'Ambazac, d'Aixe, de Pierre-Buffière , de Rochechouart , de St-Laureni-sur-Gorre , d'Eymoutiers et de Nieul.

Les communes où l'on rencontre le plus de châtaigneraies sont celles de St-Yrieix (2,900 hectares), de Coussac-Bonneval (1,422 hectares), de Dournazac (4,157 hectares), de Ladignac (4,058 hectares), deSt-Mathieu (1,040 hectares ).

Les communes où Ton en rencontre le moins sont celles de St-Léger-la-Montagne , St-Pierre-la-Montagne , Rempnat, Beaumont, St-Martin-le-Mault, Mailhac , Jouac, Sl-Georgesles-Landes, Cromac , Les Gbezeaux, qui, toutes réunies, ne présentent qu'environ deux cent-soixante hectares de châtaigneraies.

Le petit nombre de châtaigneraies dans les quatre premières communes et quelques autres que je pourrais citer s'explique, d'uu côté, par l'élévation assez considérable du sol au-dessus du niveau de la mer ; d'un autre , par la composition de ce sol , dont la base , formée de roches graniteuses h gros grains, convient peu à la production de ces grands végétaux. Ces communes sont disséminées sur les divers chaînons dépendants de la chaîne de montagnes qui traverse ce département du sud-est au nord-ouest. Leur température est froide, humide, souvent inégale; elles offrent un aspect monotone et triste, a l'exception toutefois de quelques gorges privilégiées dont l'heureuse situation et la fertilité naturelle fixent agréablement l'attention du voyageur, et les lui font considérer comme de véritables oasis.

L'insuccès de la culture du châtaignier dans les six autres communes que j'ai citées me paraît devoir être attribué à la nature fortement argileuse du sous-sol des landes qu'on y rencontre: l'on sait que ces landes, non perméables à l'eau, incultes, couvertes de brande (bruyère à balais) offrent une assez grande étendue dans l'arrondissement de Bellac, dont ces communes font partie.

Nos 50,693 hectares de châtaigneraies forment environ la onzième partie de l'étendue de ce département; ils ont ensemble une valeur de 30,415,800 fr. si je porle à 600 fr. le prix moyen de chacun deux.

DU CHATAIGNIER. 57

L'hectare étant seulement occupé par 50 pieds d'arbres en état de rapport, le nombre des châtaigniers s'élèverait à 2,534,l>50, dont la moyenne du produit annuel en châtaignes ne saurait être évaluée, par tète, au-dessous de 40 kilogrammes, ensemble 253,465 quintaux métriques, qui, h raison de 1 fr. 60 c. l'un sur place, et avant d'avoir été ramassé, atteignent une valeur de 405,544 fr.

N'élevant qu'à 30 fr. ia moyenne des produits de toutes sortes de chaque hectare de châtaigneraie, j'obtiens un rendement annuel net de 1,520,790 fr., somme qui justement représente l'intérêt à 5 p. "/., de celle de 30,415,800 fr., valeur approximative de la totalité des terrains plantés en châtaigniers (1).

Avant d'entrer dans des détails statistiques d'un autre genre , il devient nécessaire de chercher à rectifier le plus possible ce que les opérations cadastrales, par l'effet d'une origine déjà ancienne , doivent présenter d'inexact dans l'application de leurs résultats à l'époque actuelle. Ne sait-on pas, en effet, que, depuis long-temps, le nombre et l'importance des plantations en châtaigniers n'ont été nullement en rapport avec les déboisements considérables (2) et successifs qui ont eu lieu? Tenant compte de celles-là, je crois pouvoir avancer, d'après des documents du reste assez incomplets quoiqu'ils m'aient été fournis par des hommes passablement informés , que l'étendue de nos châtaigneraies a été réduite

(1) Tout praticien en agriculture reconnaîtra que mes évaluations sont au-dessous dé la vérité, surtout relativement au produit des châtaignes, qui ne figure guère que pour un quart dans le produit total que j'ai attribué aux châtaigneraies. 11 est vrai que je n'ai point fait entrer en ligne de compte les châtaignes de rebut, qui, comme je l'ai déjà fait observer, sont d'ordinaire consommées sur place par les porcs.

(2) Ces déboisements ont été, sans doute, dans quelques cas, suffisamment motivés par les progrès de l'agriculture et l'accroissement rapide de la population, surtout depuis 1815, qui ont augmenté sur plusieurs points , et notamment dans le voisinage des villes, les moyens d'amélioration des terres; mais, dans beaucoup de circonstances , ils ont été opérés sans sagesse et avec

DU CHATAIGNIER.

d'environ deux cinquièmes, ce qui la circonscrit à 30,946 hectares. Cette réduction réagissant naturellement sur leurs divers genres de produits, la quantité des châtaignes récoltées annuellement de nos jours ne peut guère être évaluée qu'a 154,734 quintaux métriques, correspondant à peu près à 244,991 hectolitres (1).

L'hectolitre fournissant cinq repas a une famille de cultivateurs comprenant huit personnes de sexes et d'âges diffé- • rents , chacun de ces repas économiserait, dans le ménage,

au moins deux kilogrammes (2) de pain de seigle tel que nos colons le préparent.

Quelques faibles exportations au loin , la population des villes et divers animaux domestiques absorbant au moins le quart de la récolte annuelle des châtaignes (3) , sa partie

une incroyable légèreté : ne se rappelle-t-on point, par exemple, que , il y a peu d'années , de jeunes novateurs en agriculture . d'ailleurs pleins de science et de louables intentions , proscrivirent subitement et complètement le châtaignier, s'efforçant d'introduire à grands frais dans notre mode habituel de culture des réformes hérissées d'écueils , parce qu'elles étaient ou mal calculées , ou appliquées trop précipitamment?

(1) Les départements de la Dordogne , de la Corrèze et delà Haute- Vienne sont ceux dont les produits en châtaignes sont généralement les plus élevés : d'après les Archives statistiques du ministère des travaux publics, de l'agriculture et du commerce, la récolte des châtaignes fut, dans la Dordogne, en 1815, de 1,200,000 hectolitres; en 1830, de 600,000 ; dans la Corrèze, en 1815 , de 500,000 ; en 1830, nulle; dans la Haute-Vienne, en 1815, de 296,000; en 1830 , de 378,000.

(2) Lorsqu'un homme à la campagne a déjeûné de châtaignes blanchies, ce mets savoureux et nourrissant ne lui permet guère de porter grand appétit au repas qui doit suivre ; ensuite , chaque fois que l'un des cultivateurs d'une métairie rentre au logis, qu'il soit jeune ou âgé, sa première action est de mettre la main dans la corbeille enfumée qui contient les précieux restes du déjeûner, dont les dernières miettes deviennent la part des chiens, des chats , et surtout des poules. Il résulte de tout cela une économie de pain , dans la journée , supérieure à celle que j'ai indiquée.

(3) Depuis l'année 1841, époque de la première publication de cette notice , l'exportation des châtaignes a pris un certain déve-

DU CHÀTAIGNIKR. 59

disponible pour les habitants de la campagne se réduit, en moyenne, à 483,744 hectolitres, procurant, durant quatre mois, un repas par jour à 7,554 familles dont chacune est composée comme celle dont j'ai parlé.

Ces hectolitres, à 1 fr. 50 c. l'un, ramassé et conduit à domicile, représentant une valeur de 293,990 fr. 40 c, leur

tiennent lieu d'abord de 4,837,444 kilogrammes fr. c.

de pain bis, qui , à 4 4 c. l'un, valent 257,242 46

Puis du bouillon destiné à tremper la soupe, qui ne peut être évalué au-dessous de 20 c. par repas; ci 483,744

Total 440,983 4tf

Le repas de châtaignes revenant à 4 c. par personne, celui de soupe à 6 c; ou plutôt le prix de 483,744 hectolitres de chAtaignes vertes,

qui est de 293,990 40

rapproché de la valeur du mets qu'elles remplacent, fait ressortir, pour l'ensemble des

consommateurs, une économie de 446,992 76

c'est-à-dire de 46 c. par jour pour chaque famille; de 49 fr. 46 c, si l'on applique l'économie quotidienne à une durée de quatre mois.

Ainsi les châtaignes, aliment sain et agréable, sans nécessiter les moindres frais d'assaisonnement, servent, d'un côté, à combler le déficit du grain dans la plupart de nos exploitations rurales, et, d'un autre, présentent annuellement aux cultivateurs la bonification qui résulte de la

loppement par suite de l'ouverture de nos voies ferrées. Cette exportation étant encore destinée à s'accroître , il en résultera une notable augmentation dans le prix des fruits qui en seront l'objet : aussi quelques propriétaires imposent-ils déjà à leurs colons le partage annuel de cette récolte. De la sorte , mes anciens calculs devront être modifiés, mais dans un sens favorable à ce précieux produit de nos campagnes.

DU CHATAIGNIER

différence de leur prix, comme marchandise, à celui du seigle.

Les divers produits de uos châtaigneraies méritent donc, sous quelque point de vue qu'on veuille les envisager (1), Pattention sérieuse de l'agriculteur, et cependant serait-il possible de citer une autre portion de nos héritages qui soit plus négligée? Le châtaignier, surnommé par M. le colonel Dumas Varbre à pain du Limousiu , n'est-il pas continuellement exposé , lorsqu'il est jeune , au frottement el a la dent meurtrière des bestiaux? N'est-il pas le plus souvent privé de labours? Ne l'oublie-l-on point dans la fosse étroite où l'on emprisonne ses racines pour ne se souvenir de lui qu'au moment où ses rameaux donneront des fruits? Enfin ne semble-t-on pas complètement ignorer que cent individus de cette essence, objet de quelques soins, produiraient beaucoup plus que quatre cents privés de toute culture (2)?

(1) Je n'ai point encore saisi l'occasion de signaler la précieuse ressource qu'offre à nos colons l'eau acidulée dans laquelle ils ont fait cuire des châtaignes sèches : soit qu'on la donne seule aux cochons, soit qu'on la mêle à d'autres aliments, elle contribue puissamment à les pourvoir d'une graisse abondante et d'excellente qualité. Cette eau n'agit pas moins efficacement sur lés bœufs.

(2) Pourquoi , lorsque les localités le permettent , ne chercheraiton pas a imiter un peu les indùstrieux cultivateurs de la Normandie , qui ne manquent jamais d'ensemencer les vastes terrains où croissent leurs pommiers soit en céréales ou légumineuses , soit en plantes fourragères, dont ils savent choisir les espèces qui prospèrent le mieux à l'ombre? Les parties ombragées de nos prairies , nos chemins étroits et couverts . les clairières de nos forêts, et nos châtaigneraies elles-mêmes, nous offriraient une collection assez nombreuse de végétaux herbacés, appelés par l'intelligence à remplacer, dans certains cas, nos gracieux, nos poétiques mais stériles gazons.

Je reconnais que ce mode d'amélioration serait généralement d'une exécution difficile, vu l'étendue de nos châtaigneraies, qui manquent de clôtures ; son succès serait encore douteux par suite de l'aridité ordinaire du sol et de son état habituel de sécheresse. Néanmoins, son adoption me paraissant devoir être parfois utile, je signalerai quelques-unes des plantes qu'il conviendrait d'em-

nu chataicnikk. 61

On pourrait presque dire que la majorité de nos châtaigneraies sont d'une éternelle durée; car, outre qu'on a l'habitude de remplacer sans retard les arbres qui dépérissent successivement soit par le f.iit de la vétusté, soit par celui de coups de vent , le châtaignier , élevé en quelque sorte en têtard, meurt rarement d'épuisement, puisque, en le dépouillant de ses branches, on réussit jusqu'à un certain point à renouveler sa tête décrépite.

L'ombrage des châtaigniers ne nuit que légèrement (1) aux plantes céréales , surtout si l'on a eu l'attention d'élaguer les branches inférieures, et de diriger la force végétative vers le haut de l'arbre, ainsi que cela se pratique pour les noyers dans le midi : la cause en est, sans doute, dans ce que les chaumes du seigle, par exemple, ont à peu près atteint leur entier développement lorsque nos châtaigniers achèvent de déployer leur riche foliation.

La paille qui a crû à l'ombre est grêle, légère, d'une couleur pâle, et très-souple : aussi la recherche-ton dans les campagnes pour en fabriquer des nattes et surtout des chapeaux.

J'ai rencontré parfois des châtaigneraies dont les produits étaient peu abondants parce que les arbres, trop rapprochés les uns des autres, se nuisaient réciproquement : il deviendrait souvent avantageux de transformer en taitlis celles qui se trouvent dans ce cas. Avant d'opérer de la sorte, on exa-

ployer à cet usage ; en voici les noms : la Jouve odorante ; la danthonie inclinée; le&fétuques dure et des brebis; Vagrostis commun et stonolifère; les pâturins annuel, commun, des bois et des près; Ynraie vivace ; le trèfle rampant des prés ; la lupuline ; le plantain lancéolé , etc.

(1) J'ai fait battre îi part, en 1837 , de la paille de seigle récoltée dans une châtaigneraie. Ayant fait peser un hectolitre de ce grain, son poids fut inférieur de 15 kilogrammes à celui d'un autre hectolitre , pesé comparativement, qui provenait de paille dont les épis avaient mûri au grand soleil : cette différence paraît minime lorsqu'on se rappelle la fâcheuse influence de l'ombrage sur le sarrasin , le maïs et d'autres plantes cultivées.

62 DU CHATAIGNIER.

minera si la plupart des arbres d'un certain âge sont susceptibles de jeté r par pied de jeunes scions ; ils ne repousseront ordinairement de leur souche, du moins avec vigueur, que lorsque leurs troncs, renflés inférieurement, reposeront sur une espèce de gros bourrelet qui ressemble assez à un piédestal. On distingue toujours sur ce bourrelet adhérent au sol une quantilé considérable de petites brindilles, de loupes et de nœuds.

Il me reste à indiquer succinctement les diverses plantes qui croissent naturellement dans nos châtaigneraies : elles sont en général fort exiguës, et se ressentent du manque d'air et du besoin de culture de la terre aride où d'ordinaire elles végètent. Voici les noms (1) de celles qu'on y rencontre le plus fréquemment : les renoncules rampante, bulbeuse, des mares; Yerodium à feuilles de ciguë; la radiole faux lin; le millepertuis couché ; le polygala couché; la cardamine velue; le sisymbrede Thalius: la capselle bourse à pasteur; la téesdélie ibéride; la drave printanière; la gypsophile des murs; les sagines couchée et dressée ; les spergules des champs et subulée ; la sabline rouge; les céraistes commun et congloméré; la gnavelle annuelle; Villécèbre verticillée; la corrigiole des rivages; la montie des fontaines ; Vorpin rougeâtre; la tormentille dressée; Yalchémille des champs; Yajonc nain; le genêt à balai; la bugrans rampante; la 'luzerne lupuline; les trèfles des champs, des prés, semeur, rampant, couché, filiforme; Vornithope délicat; le boucage saxifrage; le conopode sans involucre; la carotte commune; les gaillets sauvage et des rochers; la pâquerette vivace; les cotonnières d f Allemagne, de montagne; le gnaphale des fanges; Yachillée mille- feuilles ; la camomille romaine; le séneçon commun; le cirse nain; la carline commune; la thrincie hérissée; la porcelle enracinée; le pissenlit officinal; la crépide verdâtre; les épervières

(1) Je donne les noms français , dans l'espoir que le sens attaché a chacun d'eux sera plus facilement compris par la généralité des agriculteurs. J'ai formé ce catalogue, qui est loin de comprendre toutes les plantes éparses dans nos châtaigneraies , d'après l'ordre établi par M. Borbau dans sa Flore du centre de la France

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piloselle, auricule; la jasione des montagnes; les campanules à feuilles arrondies, lierrées ; les scorpiones hispide, changeante; le thym serpolet; la brunelle commune; la litlaire striée, Veuphraise officinale; les véroniques agreste, des champs, à feuilles de serpolet , officinale ; les plantains à larges feuilles , lancéolé; la patience petite oseille; la renouée des oiseaux; les joncs aggloméré , épars , des crapauds; ta luzule champêtre; le carex précoce; les agrostis stolonifère (agrostis decumbens, Duby) , commune ; la flouve odorante ; la canche précoce ; la danthonie tombante; les féluques queue d'écureuil (festuca bromoïdes, Duby), des brebis, dure; les pâturins des prés, annuel; la brise moyenne ; le cynosure à crêtes ; le naref raide : Vorge queue de rat ; Yivraie vivace ; la piéride aquiline; le lycopode à massues (à St-Sylvestre t La Jonchère, Eybou- • leuf, etc.; mais rare dans chaque localité).

La digitale pourprée et la molene de Schrader (verbascum thapsus , Duby) envahissent souvent les terres nouvellement remuées par suite do l'extraction des vieilles souches de châtaigniers.

De jolis gazons de mousses recouvrent la superficie du terrain dans toute l'étendue de nos châtaigneraies : ils sont formés par les polytrics commun et pilifère , les hypnes éclatant et cyprès, le didymodon purpurin , le trichoslome blanchâtre, les dicranes glauque et en balai , enfin par une foule d'autres espèces qu'il serait trop long d'énumércr.

Aux tiges verdoyantes des mousses se mêlent souvent quelques jongermannes et de beaux lichens, tels que le béomyces des Landes et le cénomyce cochenille : ces deux cryptogames se rencontrent plus particulièrement dans les clairières.

Les gourmets ne me pardonneraient pas d'oublier le produit le plus délicat de nos châtaigneraies : les champignons y croissent en trop grande abondance pour que j'entreprenne d'en faire ici la nomenclature. Je ne citerai que les trois espèces habituellement admises par les cordons-bleus dans nos ateliers culinaires : la giraudelle (cantharellus cibarius) , le bolet ou potiron ( boletus edulis) , et Y oronge ( ngaricus auran-

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tiacus) , cet agaric d'un goût exquis dont les gourmets de Rome étaient si friands, et que Néron appelait Calment des dieux Ce léger aperçu sur la flore de nos châtaigneraies me fournit naturellement l'occasion de faire part, d'une observation qui n'est pas sans intérêt. Témoin de la destruction d'un grand nombre d'anciennes châtaigneraies , dont te terrain a été presque immédiatement ouvert par la charrue t j'ai pris note (les plantes herbacées qui ont levé spontanément avant qu'on n'y eût jeté la moindre semence. Il m'a été facile de constater par ce moyen combien la terre jouit à un haut degré de la puissance de conserver aux graines enfouies dans son sein à une certaine profondeur leurs facultés germinatives, puisque j'ai vu reparattro la plupart (4) des plantes de nos champs cultivés , qui provenaient sans nul doute de graines d'une origine d'au moins trois a quatresiècles, c'est-à-dire antérieures à la plantation des châtaigniers arrachés.

Terminons par un rapide résumé de ce qui peut être de quelque utilité pratique dans chacune des trois parties de cotte notice.

Dans la première, j'ai donné la nomenclature des principales variétés de châtaignes connues dans ce département : tout propriétaire un peu observateur les distinguera aisément, je l'espère, à leur description, et pourra faire ainsi un choix judicieux des espèces à propager soit par la greffe, soit par des semis. Il importe d'avoir l'attention de cultiver simultanément des espèces tardives et précoces , afin d'assurer sa récolte contre les chances des nombreuses et subites variations de température, si familières à notre contrée.

Dans la seconde , j'ai signalé l'importance qu'il y aurait à rechercher, dans nos forêts , des châtaigniers sauvages , productifs de fruits beaux et abondants, ainsi qu'il m'est

(1) Le radis ravenelle , la bugrane rampante , la centaurée bleuet , le trèfle des clmmps , la lampzanc fluette , la cotonnière de France , les punies xert et pied-de-coq , la digUaire sanguine , l&br&me mollet, etc.

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arrivé d'en rencontrer plusieurs fois dans mes courses botaniques. Ces espèces, propagées par des semis , nous procureraient des arbres sains et robustes, qu'on serait dispensé de mutiler dans leur enfance par la dangereuse opération de la greffe.

En rendant compte des nombreux accidents qui creusent les troncs altérés de nos châtaigniers , j'ai indiqué la roulure comme étant le principe funeste de leur décomposition. J'ai désigné les espèces corrive et malàbre, comme celles dont les couches ligneuses sont le plus cohérentes , et par suite le moins sujettes à cette fatale disposition.

Enfin j'ai fait remarquer l'utilité qu'il y aurait à faire des études et des essais dans le but d'apprendre à préparer convenablement pour la tannerie l'écorce du châtaignier. Pourquoi ne lui donnerions-nous pas, comme en Angleterre , cette fructueuse application , vu surtout l'état de rareté et de cherté toujours croissant de l'écorce du chêne V

Dans la troisibmb partie, j'ai démontré par des calculs détaillés l'importance agricole du châtaignier, son produit moyen étant, dans certains cas, supérieur à celui de nos terres. La recherche du revenu annuel d'une châtaigneraie pendant la longue période do cent cinquante années a servi à la solution de plusieurs questions d'un haut intérêt pour l'agriculture de nos pays. Il était surtout essentiel de déterminer nettement les circonstances dans lesquelles on a raison, comme celles où l'on a tort, de détruire uue châtaigneraie pour en transformer le sol en terre labourable.

Aujourd'hui même , parmi les propriétaires les plus éclairés, les avis sont très-partagés sur le mérite agricole du doyen de nos arbres fruitiers : les uns l'exaltent sans modération ; les autres en font peu de cas, ou lui jettent légèrement un injuste mépris.

Au milieu de ce conflit d'opinions diverses et contradictoires, il fallait porter les lumières de l'observation et l'impartiale rigueur de la logique et du calcul , afin de ramener dans les voies de l'utile, en leur montrant la vérité, ceux qui auraient pu s'en écarter au détriment de l'intérêt général.

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Je m estimerais heureux d'avoir pu, par ce travail , approcher de ce but ou l'atteindre. Cette notice (1) m'aurait ainsi procuré le seul succès que j'en ose attendre.

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