SECONDE PARTIE
DU CHATAIGNIER.
C'est par cette partie que j'aurais dû commencer mon travail pour suivre l'ordre le plus naturel. Si j'en ai dévié, c'est, je l'avoue , afin d'éviter l'embarras d'adapter au châtaignier lui-même une série de dénominations et de caractères spécifiques, qui, pour la plupart, ne sont applicables qu'à son fruit.
Les botanistes, qui, dans l'étude de la nature , ne sont point , comme les agriculteurs , limités par un but spécial d'application pratique, rapportent à des types bien déterminés toutes les productions végétales du globe , afin de les distinguer nettement et d'un coup d'oeil. Aussi ont-ils attaché peu d'importance aux légères variations que le climat et la culture font chaque jour subir au châtaignier européen (1). Il aurait formé seul le genre castanea si d'illustres voyageurs n'étaient allés lui chercher au loin un très-petit nombre de congénères.
Ce fut dans l'Amérique septentrionale qu'on découvrit le châtaignier nain , fagus pumila (lin), appelé vulgairement
(1) Toutes les prétendues espèces dont nous avons parlé dans la première partie de cette notice ne peuvent être considérées scientifiquement que comme de simples variétés d'un type unique, qu'il serait , du reste, impossible de déterminer avec précision.
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chincapin. Sa hauteur varie de 3 à o mètres. Son tronc robuste , qui redoute les grandes chaleurs , résiste , en France et en Angleterre , aux hivers les plus rigoureux. Ses fruits sont petits , mais d'une grande saveur. On le cultive , comme objet de curiosité , dans les environs de Paris.
Le père Plumier fit la rencontre , en Amérique , d'un autre châtaignier plus voisin du nôtre que le précédent. Il n'en est même qu'une variété. On le transporta des montagnes de la Caroline en Europe vers le milieu du xvnr siècle, et l'on réussit à le multiplier dans les pépinières de Versailles. Ses bogues contiennent quatre châtaignes peu grosses et peu farineuses ; mais , s'il n'est pas intéressant pour son fruit, il est, assure-t-on , remarquable par un bois presque incorruptible et une écorce qu'on dit meilleure que celte du chêne pour la teinture et la tannerie.
M. Sprengel, dans son Systema vegetabulum, indique sous le nom de castanea chinensis une espèce de châtaignier indigène à la Chine, espèce qui m'est tout à fait inconnue.
Arrivons au châtaignier d'Europe, castanea vesca, Gœrluer.
Sa hauteur moyenne est de 47 mètres. Il appartient , de même que les précédents, à la famille des amentacées , famille qui se compose d'arbres et d'arbrisseaux dont les fleurs sont le plus souvent disposées en chatons. Les botanistes le classaient autrefois dans le genre des hêtres ; mais, depuis assez long-temps, on a cru devoir se servir de demicaractères pour l'en séparer.
Ses fleurs, recherchées par les abeilles, répandent au loin une odeur très-forte et peu agréable. Elles sont unisexuelles et monoïques, c'est-à-dire réunies sur le même individu. Les mâles seules se développent autour d'un chaton grêle et allongé ; les femelles sont placées au-dessous vers l'extrémité des rameaux.
Ses feuilles se conservent, jusqu'à l'époque de leur chute, dans un état parfait de fraîcheur et de propreté. Elles sont très-rarement attaquées par les insectes. Je n'ai jamais vu sur leur surface unie et luisante ni uredos , ni puccinies , ni aucune de ces productions parasites qui tachent si souvent
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quelques-unes des parties parenchymenteuses de la plupart des végétaux. Ce n'est qu'après avoir séjourné à terre qu'elles sont envahies par trois ou quatre sphéries. champignons exigus qui ressemblent a de petits points noirâtres, et ne peuvent offrir un léger intérêt qu'au plus ardent cryptogamiste.
D'après Pline et Olivier de Serre, cet arbre précieux serait originaire de Sardaigne ; mais les auteurs modernes s'accordent à regarder cette opinion comme une erreur : il parait que, de tous temps, il a végété dans la plupart des lieux qu'il ombrage aujourd'hui.
Kn ce qui concerne notre contrée , un argument , que je crois péremptoire, prouve qu'il est indigène : c'est un magnifique échantillon (4) de châtaignier fossile, parfaitement caractérisé, trouvé dans un amas d'argile appartenant, selon toutes les apparences , à un terrain secondaire, près de Marthon (Charente) r à la limite de nos terrains primitifs. Le gisement d'où on l'a extrait contenait de nombreux et puissants fossiles de même nature, ainsi que des débris de pin maritime également bien conservés. L'examen .attentif des lieux indique que ces arbres ont dû être entraînés par les eaux anté-diluviennes des pentes granitiques où ils ?é-
(1) Je dois la communication de ce précieux échantillon à l'un de mes amis, M. Gustave Duverger, qui sait utiliser par une judicieuse étude de la nature les nombreux voyages nécessités par son commerce ; je lui dois aussi la plupart des observations géologiques de cette notice.
Je me suis entretenu avec M: Ad. Brongniard, si connu par ses admirables recherches sur les végétaux fossiles , de la découverte de mon ami. Ce savant, auquel je n'ai point encore communiqué le curieux échantillon recueilli près de Marthon , a paru douter qu'il représentât le débris d'un tronc de châtaignier. Malgré ce doute d'un homme dont l'opinion fait ordinairement loi dans la science, je n'en persiste pas moins à croire que mes premières conjectures sont fondées, car le morceau fossile dont il est question a toutes les apparences du bois de châtaignier : on y distingue même des lacunes régulières parmi les couches concentriques produites, sans doute, sur le vivant par le phénomène delà roulure.
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gétaienl sur le rivage des mers de la période géologique pendant laquelle se déposaient les calcaires oolitiques si largement antérieurs à la race humaine.
Les quartz et tous les silicates semblent jouer un rôle fort important dans la végétation du châtaignier. En examinant la nature du terrain des contrées où sa* végétation est le plus prospère et le plus répandue , il sera facile de remarquer que les roches caractéristiques du sol sont les granités à gros et à petits grains , les gneiss , les ampbibolites et les sols qui proviennent des détritus de ces roches plus «u moins altérées et décomposées.
S'il réussit dans quelques pays calcaires comme la Dordogne , aux limites de notre département , ce n'est jamais lorsqu'il repose immédiatement sur les terrains crétacé, liasique ou jurassique, mais dans les nombreuses parties couvertes de débris de transport (argiles et quartz) originaires des régions granitiques supérieures, ou dans celles dont le calcaire , désagrégé et remanié par les eaux , forme un léger terreau mélangé de ces silex généralement connus sous le nom de pierre à fusil. Encore fa ut- il remarquer que là, loin d'affecter, comme sur le sol granitique, un air notable de vigueur èt des formes colossales , son écorce est aride, son feuillage rare, tout son aspect annonce la souffrance : ses beaux et bons fruits ne se développent en médiocre abondance qu'au détriment de la production du bois.
Ainsi les terrains primitifs , les étages inférieurs de ceux dits secondaires , comme aussi les amas volcaniques des roches trachitiques , les dépôts originaires do ces diverses roches, conviennent parfaitement au châtaignier.
En effet, sî l'on promène un regard attentif sur la carte annexée aux Éléments de géologie (4) du savant d'Omalius d'HalIoy, on reconnaîtra que les contrées où la culture de cet arbre est le plus répandue, comme la Bretagne, le Uaut et Bas-Limousin , l'Auvergne , la Marche , le Lyonnais , les
(1) 2» édition, chapitre 111, p. 197.
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Cévennes, les Pyrénées ., le Jura , la Corse, une portion des Basses-Alpes , du Var et des Vosges , se classeut dans les trois groupes qu'il désigne par agalysiens, hémilysiens et lias-jurassique (ce dernier ne figurant qu'avec une faible importance), ce qui correspond exactement aux terrains cidessus désignés en termes plus usuels.
Mais les coteaux granitiques (4) paraissent être surtout la terre promise du châtaignier : aussi le rencontre-t-on fréquemment dans presque tout le vaste territoire qui s'étend en largeur depuis le Rhône jusqu'à la Vienne à Confolens, et en longueur depuis le Tarn près d'Alby jusqu'au-delà du point de séparation des déparlements de la Creuse et de l'Indre. > .
Lorsque nous posséderons une bonne carte géologique d'Europe , il deviendra facile de vérifier si ces observations doivent, comme il est probable, se généraliser en s'appliquant également à l'Angleterre, l'Allemagne, le Portugal , l'Espagne , l'Italie, la Sardaigne , la Sicile , la Grèce , pays peuplés aussi de châtaigniers, du moins sur les pentes de certaines chaînes de montagnes et dans leurs vallées.
Des conditions favorables au complet développement de cet arbre majestueux sont encore un climat tempéré, l'exposition au nord sur les étages intermédiaires ou inférieurs des hautes montagnes. On évalue à 580 mètres au-dessus du niveau de la mer l'élévation moyenne qui lui convient. Là son immense et verdoyant feuillage trouve une fraîcheur vivifiante ^lans l'humide atmosphère, et de fréquentes pluies disposent ses racines à l'absorption des sucs nécessaires à son alimentation.
(1) En Limousin, le châtaignier prospère moins bien sur les granités à gros grains» tels que ceux de la chaîne du nord, formée par les montagnes de Blond , Compreignac, Grandmont, Peyrat, Eymoutiers, chaîne qui se continue jusqu'en Auvergne, que sur les granités a petits grains et les tufs qui en proviennent. Les terrains anciens sur lesquels il réussit le mieux dans la Hautes- Vienne sont, sans nul doute, les terrains de gneiss et amphibolitiques.
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M. Victor Yvart (<) assure que, dans le Puy-de-Dôme, it végète encore vigoureusement à 700 mètres d'élévation.
L'Asie, d'après Buffon, possède aussi le châtaignier. Selon Rosier, on ne l'aurait jamais vu ni dans la haute Asie ni sur les côtes d'Afrique. On ne le trouve guère dans tes régions septentrionales, c'est-à-dire au-delà du 52* degré de latitude.
Notre pays réunit évidemment tout ce qui peut contribuer à sa prospérité. Aussi presque partout s'y propage-t-il, en quelque sorte, naturellement. Sa récolle n'est cependant point d'une abondance régulière ; rarement elle réussit bien deux années de suite. Nos paysans observateurs prétendent avec raison qu'un mois d'août humide et froid nuit au développement des châtaignes, qu'en septembre et octobre la pluie les engraisse (les fait grossir).
Dans les terres arides et peu profondes, les châtaigniers se dépouillent assez souvent de leurs feuilles à la suite des grandes chaleurs de l'été. Cet accident fait avorter les fruits dans la bogue.
Sans entrer dans de longs détails sur le mode de culture du châtaignier, résumant les nombreux mémoires publiés à diverses époques dans le but de déterminer les espèces les plus convenables pour semis, je dirai que, si les grosses châtaignes sont préférables pour ceux qui tiennent surtout au fruit, les petites offrent un avantage marqué pour la production de beaux arbres.
Ne se trouvent-elles pas effectivement, disent plusieurs auteurs, sous des châtaigniers sauvages, d'ordinaire plus vigoureux que ceux greffés, et ne doit-on pas naturellement penser qu'elles reproduiront des individus semblables à ceux qui les ont portées?
J'ai cependant rencontré parfois, sur plusieurs points de ce département, des châtaigniers sauvages dont les longs rameaux pliaient sous le poids de nombreuses châtaignes à la fois grosses et bonnes. Ne seraient-ce pas celles-ci qu'on devrait surtout propager par des semis, puisqu'elles jouiraient de
(1) Excursion agronomique en Amergn€,\). 142.
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l'heureux privilège de donner en môme temps de beaux arbres el de beaux fruits?
On sait qu'un châtaignier peut être enlevé du semis et transplanté à l'âge de sept à huit ans. On évitera avec soin de le placer à l'endroit même qu'aura précédemment occupé un vieux sujet de môme essence. Celui-ci n'a pas seulement épuisé la terre dans laquelle il a si long-temps végété : il l'a , en quelque sorte , infectée en y exsudant des matières âcres qui ne sauraient être digérées par son jeune successeur. De plus, quelques débris de sa vieille écoree restés sur le sol n'auraient-ils pas pu former une légère couche de tanin, substance délétère, qui, se propageant peu à peu par les spongioles des racines dans le tissu vasculaire de l'arbre nouvellement planté, ne manquerait pas de l'altérer, ou même de le faire périr [\) ?
Quelques agriculteurs font greffer les jeunes châtaigniers en fente ou même en écusson.
Le peu de solidité du second mode le fait généralement rejeter.
M. Simon La Raside parait avoir pratiqué avec succès la greffe en fente , qui est surtout employée dans les lieux où la culture du châtaignier est peu répandue.
M. le comte deMontbron, qui consacrait noblement ses loisirs à l'étude et aux progrès des sciences naturelles, recommandait l'usage de cette greffe dans une note adressée à la Société d'Horticulture de Paris : il y indiquait avec détail quelques mesures à prendre pour la faire prospérer.
Le procédé dit en flûte ou sifflet est celui qu'une longue expérience a fait préférer.
Cette greffe solide, qui résiste bien au vent, s'opère trois ou quatre ans après la transplantation (8) : nos paysans Tein-
(1) Observatimis (le M. Payai sur l'action qu'exerce le tanin sur les racines des plantes. (Annales des sciences naturelles. n°de janvier J835, p. 5.)
(2) M. Gérardin, propriétaire à La Jonchère, fait greffer les jeunes châtaigniers l'année même de leur transplantation : il assure que ce mode de procéder, qui réussit aussi souvent que les autres, lui
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ploient exclusivement pour la conservation des nombreuses variétés dont j'ai donné la nomenclature.
Il paraît que plusieurs de ces variétés auraient depuis longtemps fixé l'attention des habilants de cette contrée, a en juger par l'origine latine de leurs dénominations.
Eu effet, ces noms , qui sont sans racine dans le patoisacluel, semblent remonter , sinon à la domination romaine, du moins à cette époque du moyen âge où la langue romane avait succédée celle plus pure des anciens maîtres du monde.
Après vinjit et même trente années, un léger renflement circulaire au-dessus de l'écorce indique encore le lieu où avait été pratiquée l'opération de la greffe, te châtaignier ne peut être enté que sur lui-même, puisqu'il n'a point d'analogue en Europe. On essaya jadis de le greffer sur le noyer, le chêne [\)
paraît plus avantageux en ne qu'il conserve a l'arbre une meilleure forme, et fatigue moins le sujet, auquel il évite la seconde mutilation , toujours nécessitée par la greffe.
Voici sa manière d'opérer : il choisit des individus de moyenne grosseur , et plante k l'entrée de l'hiver , en ayant soin de ne pas couper la tête du sujet. Au printemps, lorsque la sève paraît , il coupe cette tête h une hauteur convenable, et greffe le tronc luimême, comme d'habitude on greffe les jeunes branches.
(1) Quoique le châtaignier et le chêne appartiennent à la mèma famille, il existe entre eux trop peu d'analogie, tant sous le rapport de la nature du bois que sous celui de la forme et de la qualité du fruit , pour que l'on se permette de croire à ce genre de succès. Toutefois il est bon de donner ici un extrait du Moniteur de la propriété et de l'agriculture qui constate le fait suivant : « M. Simon, pépiniériste au jardin botanique de Metz, a imaginé, en 1834, de greffer sur le chêne ie châtaignier et le marronnier à gros fruits , dits de Lyon. Dans son rapport sur l'exposition des produits de l'horticulture qui a eu lieu en 1837 , l'Académie royale de Metz s'est exprimée ainsi qu'il suit au sujet de cette découverte : « Nous cite- » rons , comme digne de remarque , le châtaignier greffé sur chêne » par M. Simon. Cette innovation peut offrir a la culture du châtai- » gnier des chances certaines de succès en remplaçant le pied délicat »> de cet arbre alimentaire par les racines robustes d'un arbre qui » s'accommode très-bien de nos terres, etc... » Outre l'intérêt que présente cette découverte comme fait curieux de phv siologie végétale , elle résout , pour nos contrées , le problème de la culture de
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et le hôlre; mais, ainsi qu'on devait s'y attendre, ces tentatives, faites sur des essences d'une nature toute différente, ou ne réussirent pas, ou ne produisirent que des résultats insignifiants.
La greffe occasionne parfois ia mort, surtout lorsqu'elle s'opère sur un individu trop âgé. L'élagage des branches produit alors, à l'insertion de la greffe, un engorgement séveux , qui se manifeste au dehors par une espèce de bourrelet. Pour exprimer qu'un arbre est atteint de cette maladie, on dit vulgairement qu'il se boute (4).
Le châtaignier croit plus rapidement que le chêne : il l'égale souvent en longévité; presque toujours il le surpasse en grosseur.
Qui n'a ouï parler du castagno di cento cavaUi , de cet arbre gigantesque dont les racines pénètrent les flancs de l'Etna? Cent cavaliers et leurs montures s'abriteraient, dit-on, sous ses rameaux, qui forment une téle de 59 mètres 30 centimètres de circonférence. Il est entièrement creux, et, d'après Valmont de Bomare, son écorce servait de parc pour enfermer pendant la nuit un troupeau de moutons. Tout ce qu'on a publié sur ce châtaignier approche tellement du merveilleux qu'on est tenté d'accuser d'exagération les nombreux voyageurs qui nous ont décrit ses formes colossales.
D'après M. Louis Duboys (2), le châtaignier du lord Ducie, dans le comté de Glocester en Angleterre, avait un tronc de M mètres de tour.
cet arbre , si précieux da«s les constructions et les arts , et si remarquable par sa grande force et sa longue durée même dans l'eau. Par cette transformation , la plantation du châtaignier en grand devient praticable même en terre calcaire sans silice. »
L'auteur de cet article ajoute trop de confiance dans un succès qui me paraît encore douteux. Il faudrait que la greffe en question datât au moins de dix années pour qu'on fût assuré qu'elle est susceptible de prendre un développement convenable.
(1) M. Juge de St-Martin a donné, sur cette maladie, des détails intéressants dans sa Notice sur les arbres et arbustes du Limousin , p. 50.
(2} Cours complet d'agriculture et d'économie rurale , T. III , p. 176.
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On cite aussi , dans le voisinage de Sancerre (déparlement du Cher) , un énorme châtaignier, chargé du poids de dix siècles, dont le tronc, de 40 mètres de circonférence, semblait parfaitement sain.
M. Simon La Raside a vu à Kougulet, canton deChabanais, un châtaignier dont la circonférence du tronc à hauteur d'homme était de 7 mètres 60 centimètres.
Dans les environs de St-Léonard, surtout près de St- Nicolas, domaine appartenant à l'hospice de Limoges, j'ai vu moi-même quelques châtaigniers prodigieux. Leurs troncs, ou caverneux ou passablement altérés, avaient près de
1 mètres de diamètre. Ils dataient de quatre a cinq cents ans , si toutefois j'ai réussi à fixer leur âge d'une manière au moins approximative en énumérant avec soin leurs minces couches ligneuses depuis l'aubier jusqu'à l'étui médullaire.
L'un d'eux ., placé dans un champ cultivé , donnait , dans les années favorables, 18 à 20 hectolitres de châtaignes de l'espèce qu'on appelle rousse.
M. Baillot a fait arracher, il y a peu d'années, dans sa propriété de Brutine (commune du Chalenel), un superbe châtaignier dont il retira 60 mètres de planches communes avec une pièce pour moulin de 6 mètres de longueur sur un peu plus de 8 décimètres d'écarrissage.
M.Simon du Paland possède, dans l'une de ses métairies , aux environs de St-Léonard , deux tirants d'une longueur de 44 mètres sur une largeur eu tous sens de 3 décimètres
2 centimètres 5 millimètres. Ils sont d'autant plus remarquables qu'on est persuadé qu'ils furent autrefois séparés par la scie du même brin de châtaignier.
Peu de personnes ignorent que le troue de cet arbre est très-sujet à se creuser intérieurement. Parfois même son écorce , a peu près vide , semble rester seule intermédiaire entre les branches et les racines. Mais comment et pourquoi se creuse-t-il ? Je vais faire en sorte de l'expliquer.
Le bois de châtaignier est , plus que tout autre , assujetti par la nature à se rouler.
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Un hois se roule lorsque , exposé aux injures de l'air , les diverses couches ligneuses dont il est formé se séparent les unes des autres de manière a laisser entre chacune d'elles des lacunes plus ou moins considérables.
Ces lacunes se distinguent facilement sur les espèces de chicots qui surmontent le tronc de châtaignier après qu'on l'a dépouillé de ses principales branches.
Chaque lacune, s'élargissant graduellement, permet aux eaux pluviales de séjourner, de s'infiltrer peu à peu dans l'intérieur du tronc.
Des insectes, des moisissures, quelques champignons parasites, en se fixant parfois dans ces cavités de dimensions variables, ajoutent leurs propres dégradations à celles dont j'ai déjà signalé la cause.
Le bois, lentement, mais inévitablement, se décompose , se change en poussière numeuse , puis tombe à terre par une fissure longitudinale d'abord peu apparente, mais qui, au bout d'un certain temps , offrira uue large issue, et se prolongera jusqu'au pied de l'arbre.
Évidemment le tronc du châtaignier sera d'autant plus sujet à se décomposer intérieurement que son bois sera plus apte à se rouler (1).
Cette funeste disposition, que la température , l'exposition et la nature du sol auront assurément le pouvoir d'accroître
(1) M. Alluaud aîné, auquel j'ai communiqué cette notice avant de la publier , a bien voulu m'adresser l'observation suivante : « Le phénomène de la roulure est bien décrit. — Mais quelle en est la cause ou l'origine? Je crois devoir l'attribuer a l'effet des gelées, effet fort différent de celui des gelivures. Lorsqu'un arbre a crû sur un sol humide, ses fibres sont moins serrées , la sève est plus abondante , le bois plus mou ; la sève , plus aqueuse , est chargée d'une plus grande quantité d'air. Si la gelée pénètre à une certaine profondeur, les fluides séveux se congèlent , se glacent ; l'air, devenant libre , produit par sa force élastique des solutions d,e continuité et d'adhérence entre les fibres du bois. De la les effets de la roulure ; le nombre des couches concentriques , disjointes autour de l'axe de l'arbre, atteste le nombre des hivers dont la rigueur a déterminé ce phénomène. »
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ou d'atténuer, n'appartient pas toutefois à un môme degré au bois de toutes les variétés de châtaigniers que nous cultivons.
Celui du châtaignier corrive, par exemple, ne se roule presque jamais, quelle que soit la qualité de terrain qui le produit. Aussi vaut-il mieux que le bois du marronnier , du roussier , du vert, etc. , pour la menuiserie et les autres usages auxquels on le destine.
Il serait donc utile , comme je l'ai laissé entrevoir dans la première partie de cette notice , de faire pour le châtaignier ce que l'on a déjà fait avec succès pour le chêne, d'étudier comparativement toutes ses variétés, afin de discerner avec précision celles dont on pourrait obtenir en même temps le meilleur fruit et le meilleur bois.
Ces variétés d'élite, propagées, autant que possible*, par la semence plutôt que par la greffe , changeraient indubitablement un jour le triste aspect qu'offrent généralement nos châtaigneraies , et augmenteraient de beaucoup leur valeur foncière , puisque les arbres qu'on en extrairait à l'avenir seraient moins crevassés , plus sains, et aptes à procurer abondamment de bon bois d'ouvrage.
Les gros tronçons qu'on a l'habitude de laisser en saillie lorsqu'on procède à l'élagage d'un châtaignier commencent toujours à s'altérer du côté opposé à celui qui porte de nouvelles pousses. Cette altération permet souvent à Pécorce desséchée de se séparer du bois , et, dans ce cas, il arrive parfois que l'infiltration des eaux pluviales s'effectue moins par les fibres ligneuses que par la voie plus facile qui s'ouvre entre les couches corticales et l'aubier. Cette espèce de gouttière pratiquée dans toute la longueur du tronc occasionne rapidement d'immenses dégradations.
Quelquefois nos paysans, sous divers prétextes, étôtent totalement un châtaignier. — C'est porter la perturbation dans toute l'économie de la vie végétale. Toute la sève qu'envoient les racines est réduite à se concentrer à l'état de cambium dans un espace trop resserré. Cette sève surabondante interposée entre le bois et Pécorce ne suscitera-t-elle
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point des boursouflures et autres accidents d'une certaine gravité? Les sucs nourriciers ne seront-ils pas insuffisamment élaborés , puisque , par suite de l'enlèvement des branches qui couronnaient le tronc, ils ne seront mis en action que par le développement d'une bien moindre quantité de feuilles que les années précédentes? — Je répondrai par l'affirmative , en rappelant avec quelle promptitude se dégradent par suite et dépérissent les saules et les chênes élevés en têtards.
Toutefois je ferai observer que cet étélemenl devient sans inconvénient lorsqu'il ne s'applique qu'à des individus sur leur déclin ; car leur tronc, déjà profondément altéré, n'a presque plus rien à redouter de cette opération , tandis que, en renouvelant ainsi leur tête décrépite et stérile , on leur rend , pour quelque temps, avec une nouvelle jeunesse , une nouvelle fécondité.
Quelques agriculteurs regardent comme avantageux de laisser les tronçons ou chicots dont j'ai parlé plus haut. Ils prétendent qu'une coupure transversale, pratiquée trop près du tronc, forme une plaie autour de laquelle s'élève plus tard un bourrelet d'écorce propre à retenir les eaux de pluie à la superficie du bois dénudé. — Cela peut effectivement avoir lieu chez des arbres d'une certaine grosseur. D'ailleurs Pélagage , quelle que soit la manière d'y procéder, n'est jamais sans inconvénient ou danger , puisque la nature n'offre aucun moyen direct pour recouvrir les larges blessures qu'il occasionne.
Le froid, surtout lorsqu'il succède à la pluie, vient souvent en aide à la hache du colon , aux vents et à la grêle pour endommager nos châtaigniers. Il les rend qélif${\), et la
(1) Je reproduis ici une seconde observation de M. AUuaud, qui m'a paru digne d'intérêt : « Je ne sache pas qu'on ait encore expliqué le phénomène de lagelivure. La fissure longitudinale, perpendiculaire , qui s'étend fort souvent sur toute la «longueur du tronc, s'opère spontanément avec un bruit qui s'entend de fort loin , et qui est d'autant plus grand que la gelivure est plus longue, l'arbre plus gros, et l'écorce plus résistante. Mais, chose
t)U CHAf.Mr.Nien. M
gelivure affecte plus particulièrement la partie inférieure des troncs. Elle se manifeste au dehors par une fissure longitudinale qui parfois s'opère avec bruit par l'effet de ta séparation subite des fibres ligneuses. Cet accident , qui met de suite en évidence une légère portion d'aubier , devient moins fatal au chêne qu'au châtaignier , parce quêtes zônes eoncentriques de son bots , exposées aux injures de l'air , sont bien plus rarement sujettes aux funestes atteintes de la roulure.
Le bois du châtaignier est remarquable par sa légèreté : il résulte des expériences de quelques forestiers, faites sur des portions ligneuses saines , denses , et dans leur état de perfection, que, vert , il pèse, te pied cube, 34 kilog. 88f gram. ,
remarquable qu'on n'a pas signalée î c'est que la gelivurfe n'a pas lieu de nuit . mais de jour ; c'est que les gellvures qui se manP Testent a une même heure sont toutes en regard du soleil , et jamais du côté du nord. La constance de l'orientation dans la gelivure, surtout chez les jeunes sujets , me porte k croire pju'elle s'opère sous l'influence solaire; et voici comment je l'explique : la gelivure exige un froid plus intense que la roulure d'au moins 10 degrés au-dessous de 0 ; la sève congelée à une plus gran de profondeur laisse échapper une plus grande quantité d'air. Celui-ci est refoulé par sa dilatation vers la circonférence , d'abord parce que le bois est plus dense vers le cœur qu'en se rapprochant àé l'aubier ; et ensuite parce que, par l'effet de sa réaction sur toimême , il se porte du centre vers la périphérie de l'arbre. La portion d'air injectée dans l'aubier , sous l'écorce. s'y dilate sous l'influence de la chaleur solaire, et, par l'effet de eettë dilatation et du ressort de l'air, fait éclater avec bruit Técorce longitudinal' lement. Toutes lesgelivures, qui éclatent k un instant donnée 3è trouvant orientées vers un même point de l'horizon . il serait facile d'en conclure l'heure k laquelle elle s'est manifestée.
» Si cette explication, qui m'a été inspirée par un grand nombre d'observations , est fondée, j'en induirai un moyen fort simple de préserver de la gelivure les arbres rares qu'on aurait intérêt k conserver : il sufl&rait k cet effet de les dérober k l'action solaire par un écran de paille ou d'une matière quelconque. Ce qui me porte k croire au succès de ce procédé, c'est que les arbres isolés et en bordure sont plus sujets aux gelivures que les arbres plantés en massif, lesquels, par leur position , se servent d'écrans successifs par la projection de leur ombre, j»
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et, sec , 20 kilog. 590 gram. Dans le premier cas, son poids est inférieur de 5 kilog. 812 gram. à celui du bois de chêne blanc; dans le second , celte infériorité de poids va à 9 kilog. 480 gram. Il est l'un des bois récoltés en France qui perdent le plus par l'effet de la dessiccation , puisque celle-ci lui enlève au moins le vingt-quatrième de son volume.
Sur environ soixante espèces d'arbres ou arbrisseaux qui se rencontrent communément dans le département de la Haute- Vienne, il nen est que quinze dont le bois soit plus léger que le sien : le peuplier d'Italie, le saule, le tremble et Faune sont de ce nombre.
Ce bois encore est fort estimé pour la charpente et la menuiserie. On lui attribue la propriété d'éloigner les araignées et la plupart des insectes qui ternissent ou rongent si fréquemment celui des autres essences. On l'emploie de préférence au chêne pour les pauneaux en boiserie , les lames des contrevents à jalousie, les corniches des appartements , les cymaises, les plinthes , les cadres ou baguettes, etc.... Cette préférence lui vient de ce qu'il est plus facile à travailler, et non , comme on pourrait le croire, de ce qu'il a moins de valeur.
Loin de là, il est ordinairement plus cher : c'est ce que va démontrer jusqu'à l'évidence un tableau comparatif des prix courants auxquels se vendent , à Limoges, les pièces de charpente et les planches provenant des trois essences principales. C'est à l'obligeance de M. Fournier, architecte de s notre cité , que je dois les documents d'après lesquels il a été dressé :
DU CHATAIGNIKR.
POUTRES , SOLIVKS , POTEAUX ET BOIS A LA SCIE , Al; MRTKF